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Full text of "L'intermédiaire des chercheurs et curieux"

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L'INTERMÉDIAIRE 



Des 



CHERCHEURS ET CURIEUX 



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PARIS. — TYPOGRAPHIE DE CH. MEYRUEIS 

Rue Cujas, i3 



Chtrcheg »t 
voui troueêTiX. 






Il M fttlU 



L'INTERMÉDIAIRE 



DES 



CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, t^OTES and QUERJES français} 

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QUESTIONS ET RÉPONSES, COMMUNICATIONS DIVERSES 

A L'USAGE DE TOUS 



LITTÉRATEURS ET GENS DU MONDE, ARTISTES, BIBLIOPHILES, ARCHÉOLOGUES, 

GÉNÉALOGISTES, ETC. 






5* ANNÉE 






1869 (•(BODLi/.r.:-:';' 



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PARIS 

LIBRAIRIE DE JOËL CHERBULIKZ 

KUE OE SEINS, 33 
1869 



TABLE DES MATIERES 



N.B.— Les questions qu} n'ont pas reçu de réponse dans ce volume étant accompagnées d'un 
seul chiffre de renvoi^ il est facile de les* distinguer dans la Table. 



A pas d'église. 662. 
Abbaye de Cluny, en Bourgogne. 56 
Abraham Patras. 60. 

Académie de peinture. Expositions de Tancien- 
ne — 84, 24Q, 477. 

— de Troyes, en Champagne. M. Louis Viar- 
dot etr — 719. 

— française. Les fauteuils de V -* 86, 190. 

— Les immortels de r — 5oi, 670. 
Acheter et vendre chat en poche. 275. 

Actes des apôtres, La duchesse d'Aiguillon et 
un verset des — 809, 89 1 . 

Actesi de légitimation, j)ar des évêques, de bâ- 
tards de prêtres. 690. 

Adonistus. (Prince) Histoire du — .^66, 647. 

Adry (J. F.). Manuscrits de — (III, 616.) ^44. 

Affaires. (Les) C'est l'argent des autres. 11 3, 
2o3, 236, 292, 415. 

Agneau. Le loup et 1' — vignette révolution- 
naire. 626. 

Aide-toi, le ciel t'aidera. La société secrète. 48. 
109, i54, 204, 293, 321. 

Aiguillon. La duchesse d' — et un verset des 
actes des apôtres. 309, 391. 

AlmanachdesCumulards. i)2, 217. 

Almanachs en matière criminelle. De l'impor- 
tance des — 398. 

Alcibiade. Un soufflet d' — 401, 482. 

Alembert. Naissance de d' — 40 5, 460, 487. 

Alphonse X. D'un mot d' — 596. 

Alsace. Le marquis de Lagrange, intendant 

Alvimar. (Général d') Les tableaux du — (IV, 

38i.)73. 
Amazone. Etymologie du mot — (II, 154.) 669, 

649, 704. 
Amelette, omelette. (IV, 219.) 69. 
Amérique au XIII« siècle. Découverte de 1' — 

(III, 468.) 34. 
Amours du Palais-Royal. Les — 48. 
Analogies de plusieurs noms de neuves. 275, 

352, 427. 
Anéroïde. 696. 

Anet. Une inscription au cimetière d' — 372. 
Angers. Nobles et gentilshommes avant 89. 24. 
Anglais. Lerf caricaturistes — (IV, 365.) 45. 
Anselme et Simplicien. La continuation des 

PP. — 375. 
Antitabac vers les premières années de ce siècle. 

(IV, 206.) 37. 
Applaudissements comme moyen de chauffage. 

Des - 688. 
Arago (François), a-t-il eu des collaborateurs i 

2l3. 

Arbrissel. Robert d' — (1047. 11 17.) 596, 706. 

Archal. Fil d' - 59, i38, 286. 

Arc. Noblesse de la famille de Jeanne d' — 3o, 

i53. 
Aréopage. Le temple de 1' — 85, 348. 
Argent des autres. Les affeires c'e&t V — 11 3, 

2o3, 236, 292, 4ï5. 



Argentiers du XVII" et XVIII* siècles. Orfèvres 

et — 6, 379. 
Arioste et les voleurs. 46 1 . 
Armes de Voltaire. Les — (IV, 2q5.) 42, i35, 

382. 
Armoiries à reconnaître. 5o8, 642. 

— des prélats et des sénateurs. 600, 708. 
Armoriai général de d'Hozier. (IV, 2q5.) 37. 
Arrêts du Conseil des Dix. Recueil des — 7. 
Artichaut. L'Italie comparée à un — 116. 
Augustin de France. (L') 246, 327. 
Auguste et Tacite. Un renseignement nouveau. 

335. 
Aulnoy. Mots spéciaux des Contes de M"« d' — 

499, 614, 65 1. 
Auteurs latins. La Révolution "française écrite 

par les — 52. 
Auteur à retrouver. Un — 81. 
Autographes de Gérard van Papenbrock. La 

collection d' — 32. 

— de Marie-Antoinette ou de l'abbé de Ver- 
mont. (IV, 245.) 216. 

— de Gérard de Nerval. Le dernier — 46. 
Asperge. Le sonnet del' — (IV, 157.) 95. 
Assedio di Arlem. Les Gueux, Patrie, et 1' — 

240. 
Avocat anonyme de Bordeaux au XVII« siècle. 

Un — 532. 
Avoir du quibus, du conquibus. 83, 187, 349. 

B 

Badaudisme. 435, 5 20. 
Balzac. Des vers de — 432. 

— Les œuvres projetées par — 464. 

— Mémoires de Sanson rédigés par — 628. 

— L'imprimerie de H. de — (III, 337.) 94, 537. 

— Monographies et notices sur — (IV, 368.) 
535. (in, 106.) i5. 

— Un portrait de Salomon de Caux, découvert 
par — 58. 

— Renseignement sur les œuvres de — 281. 
Ballades dont on cherche l'auteur. Deux — 53 1 . 
Ballet inédit de la Fontaine. Un — 25. 
Baour Lormian. Vers de — Empruntés par 

Alfred de Musset. 370, 451. 
Baptême. Emploi du sel dans la cérémonie 
du — 53, i55. 

— Gants de — (IV, 270.) 08. 
Barthélémy. Médailles de la Saint — 533, 58g, 

621, 680. 
Barbier (Auguste). Vers presque inédits de — 
333, 397. 

— Une nouvelle édition du Dictionnaire de — 
61, 248, 63i. 

Barbe d'or. Une ^ 405, 490, 58o, 649. 

Bas bleu. 5 3o. 633. 

Bastianini (G.j, statuaire. 5o2, 61^. 

Bâtards de prêtres. Actes de légitimation, par 

des évêques, de — 696. 
Bataille livrée à jeun. Une — 86, 169. 
Battus payent l'amende. Les — 238. 
Bayle; il ne s'agit que de l'en tirer. Tout est 

dans — 695. 



Vj 



TABLE DES MATIÈRES. 



Bazin sur Rangouze. Note de M. — 5q8. 
Beaux esprits se rencontrent. Les — 433, 5i8. 
Beau est la splendeur du vrai. Le — 53, i56, 

260, 329, 417. 
Beauté. Et le sceptre revient toujourp à la — 

338. 
Beaux-Arts. Dictionnaire de TAcadémie des — 

283, 35g. 
Beaujon frisant la potence. Le financier -^ 279, 

357. 
Béatrice de Cusance. 4. 
Beati vauperes spiritu. (IV, 377.) 73. 
Beau Dunois est-il bien le nls ae la reine Hor- 

tense? Le — 147, 317. 
Beaumarchais. Bons mots de — 565, 645. 
Bec de corbin. Gentilshommes au — (lA, 738.) 

II. 
Beethoven était-il connu à Vienne sous le nom 

de Quatuor des Harpes.^ Pourquoi le deuxiè- 
me quatuor de — 114, 255. 
Belle. Faire la — 59, 220. 
Benicourt, Boucot^ Flory de Lessart, de Rou- 

ville, Tojmard, Surl^eck. 60, 161. 
Benserade. Véritable orthographe du nom de — 

148, 228, 3oo. 
Béranger. L'Enrhumé de — > 1 14, 254. 

— et Louis XVIII. 55. 

— Une passion de — (I, i5.) 569. 

— Premières chansons inconnues et retrouvées 
de — 716. 

Bernard, calligraphe. 665. 

dernières. Extrait de mariage ou acte de ma- 
riage religieux d'Abraham Duquesne et de 
Gabrielle de — 468. 

Bergeron, Lamberdière. Lauron. 698. 

Béthisy, Phélippes et de la Garmoise. Généa- 
logies Marcel, Corbie, de Laistre, de — 60. 

Bévues contemporaines : Jeanne d'Arc, Figaro, 
et Don Quichotte. 368. 

Bibliothèque universelle des dames. 407. 

^ du prince de Soubise* 698. 

— de la rue Richelieu. Proposition de brûler 
la — 180. 

Bibliothèques publiques. Extrait des — 32. 
Bible i Quel est le nombre de lettres, de mots 

qu'il y a dans la — 401, 612. 
Bicêtre. De quoi. 83, 160, 233. 
Bienfaisance) Est-ce à Vaugelas ou à Balzac. 

ou à l'abbé de Saint-Pierre qu'on doit le 

mot — (lll, 146.) 93. 
Billets autographes de l'abbé Barthélémy. 

Deux — 657. 
Blois (Pierre de). M. Brame et — - 688. 
Boaça (M. de). 06 5. 
Bœufs de Suze et les bœufs... réactionnaires de 

1792. Les — 656. 
Boileau ? De qui le rondeau: A la fontaine où 

s'enivre — i, i25. 
Boliment, boniment.^ 662. 
Bonnière. Cabinet du docteur — 534. 
Bonneville. Vers cités par — 2. 
Borel. Dictionnaire des antiquités de — 314. 
Bordeaux. Le manuscrit d*un livre tie i65i, 

sur— (I, io3.) 121. 
Bossuet. Une lettre de — (IH, i3i.) 93. 
Boscus (L.). De antiquitatibus Grcecorum, (IV, 

356.) 72, i65. 
Boue pétrie dans du sang. De la — 435. 
Bouillet et la cour de Rome. Le Dictionnaire 

de — 149^ 23 1. 
Bouilhet père, poâte. 526. 
Bourbonnais et le nom de son auteur. Histoire 

du — 2 1 3. 
Bourse. Quatre vers sur la -r^ 370. 
Bourses (Clémence de) et Louise Labé. 377, 

455. 



Boucs et porcs d'écurie. 117. 201, 236. 
Boucot, Flory de Lessart, de Rouville, Toy- 

nard, Surbeck, Benicourt. 60. 
Bouillon de onze heures. 84. 

— (Le peintre) (IL 53.) 62. 
Bourbons. Une fille des — 407. 

— Cantates et chants politiques en 18 14 et 
181 5, en l'honneur des — 095. 

Bourguignote. La — 467, 549, 61 3, 686. 
Bracelet qui semble bien apocryphe. D'un — 

694. 
Brame (M.) et Pierre de Blois. 688. 
Bride avallée. 53o, 618. 
Brillât-Savarin. Mémoires secrets de — 7, 284. 
Brouillard du choléra. Le — 32. 
Brosses (Le Président de), Alphonse Karr, et 

Alexandre Dumas. 720. 
Bruit est pour le fat. Le — 625. 
Brunet (Jacques-Charles). Travail annoncé de 

M. Leroux de Lincy sur M. — 376. 
Brune. Œuvres littéraires du maréchal — 52, 

217, 536. 
Burbanck, peintre de chats. 341. 
Burgat (François), chanoine de Bourges en 

1564. 182. 
Burger et Auguste Lafontaine. (IV, 345.) ici. 
Burchard. A propos de — 3i i, 393. 
Byron. A propos de lord — (iV, 3 16.) 98. 



i 



Cabanis. Lieu de naissance de — 608. 

Cabel (Adrien van der), peintre hollandais. 
1631-1695. 90. 

Câble sous- marin, sous les auspices de la poli- 
tique. Un — 496. 

Cadran solairiana. 535, 589, 620, 710. 

Cadres ciselés par Froment-Meurice, pour les 
peintures de Meissonier. 178. 

Caigniez. Le mélodramaturge — 28, 5/2. 

Calembour? D'où vient le mot — 565, 645. 

Calendriers nouveaux. 210, 298, 363, 416, 4g3. 

Calvaire. L'imprimerie du — 378. 

Camoêns et Jules César. 495. 

Candidatures officielles aux Etats-généraux en 
1614. Les — 3oi. 

Canropert. Statue antique du maréchal — , 
taillée par lui-même. 527. 

Cantates et chants politiques en 1814 et 18 1 5, 
en l'honneur des Bourbons. 695. 

Caquire, parodie de Zaïre. 509. 

Caractères. Les deux rondeaux des — 692. 

Cardan et son époque (Jérôme). 6 1 . 

Cardinal espagnol a-t-il jamais souffleté un car- 
dinal français? Un — 245. 

Caricaturistes anglais. Les — (IV, 365.) 4.5. 

Camée, représentant les traits de Jésus-Cnrist. 
594. 

Carnavalet. Origine de l'hôtel— 148, 23o, 268, 
35i. 

Carpentras, ville comique. 1 18, 477, 58o, 

Cartel à interpréter. Un — 4o5, 490. 

Cartes et médailles des Conventionnels. 56,86, 
190, 234. 

Cartes d'entrée à la Convention. 56, 159, 5 10. 

Casanova. Les Mémoires de — 568, 648. 

Casaubon. Documents sur les — ^11, 76.) 122. 

Catalogue de Fortsas. (IV, 328.) 39. 

— des tableaux de mon cabinet. 1 14, 254. 
Catéchisme de 1806. Le — (IV, 166.) 64, 162, 

232. 

— français à l'usage des écoles primaires, par 
La Chabeaussière. 212. 

Catherine de Médicis. Sur un pamphlet contre 
— 6. 



TABLE DES MATIERES. 



vij 



Catherine. Coiffer sainte — (IV, 354.) 346, 607. 
Caus (Salomon de). Portrait ancien de — 58, 

219. 

— Figaro et — 5q2. 

Ce que j'aime... de Victor Hugo. 661. 
Centenaire de Marceau. Le — ô25. 
Ceneau. La hiérarchie de Robert — - 49. 
Censure. Un couplet de romance supprimé par 

la — 1 79. 
Cent-et-un. Ladvocat et le livre des— (II, 1 79.) 

Q2. 

César. Encore une phrase des Commentaires 
de — 209. 293, 36i. 

— (Jules). Camoôns et — 4q5. 
Chamillart. Les reliures de*M»« de — 282. 
Champi. Edition originale de François le — 

92, 536. 
Chanson parisienne de : Fi-fi. La — 242, 325, 
396, 5x3. 

— populaire du temps de Louis XIV. Une — 
145. 

— par M. Rathery. « Chansons populaires » 
Les — 90. 

Chant héroïque de Rouget de Lisle. 1 76. 

Chanteurs de la Comédie italienne. 61. 

Chapier. 340, 423. 

Char de l'Etat et celui de la colonnade du Lou- 
vre. Le — (IV, 390.) 123. 

Charles IV de Lorraine. Le testament politique 
de — 1 1 5, 444. 

Charles IX. Maladie de — 468, 55 1, 641. 

Charpentes en chêne ou en châtaignier. (IV, 
26D.) 97. 

Chat en poche. Acheter et vendre— 275,480. 

Chateaubriand. Un vers sur — 529. 

Chauvinisme. Le, — 245, 326, 396^ 459. 

Chemins de fer. M. Thiers, ennemi des — (IV, 
389.) io5, 253. 

— flottants à locomotives sphériques. 599. 
Chénier. Deux passages d'André— (IV, 32 1.) 

70. 

— Portraits d'André — 40 5, 489. 
Cheval blanc. Hôtel du — 53 o. 
Chevalier de la Léeion d'honneur. Un — 2i3. 
Chiens? Euripide mt-il mangé par des — 1 15. 
Choffard. Sujets galants gravés par — 57, 160, 

6o5. 
Choiseul. Le quatrain de — 564. 
Choléra. Le brouillard du — 32, 134. 
Cigué ? Socrate fut-il empoisonné par la — (IV, 

34b,) 100. 
Citations latines dont l'origine est à trouver. 

Quelques— 529. 
Cluny en Bourgogne. Abbaye de — 56. 
Cocotte. Origine du mot — appliqué aux 

femmes... comme il en faut. 43 1. 
Codions à l'engrais du prince Louis. Les — 

402, 484. 
Code Napoléon mis en vers français. Le — 597, 

684. 
Coiffer sainte Catherine. (IV, 354.) 346, 607. 
Comédie italienne. Chanteurs de la — 61. 

— en France. Origine de l'opéra et de la — 469. 
Comminges. Les négociations du comte de — 

279. 

Complot. Coup d'Etat. 403, d.86. 

Commynes. Généalogie de Philippe de — (III, 
741.5409. 

Commentaires de César. Encore une phrase des 
— 209, 293, 36 1. 

Comme pour l'amour de Dieu. 3o8, 390. 

Comptes du monde aventureux ? Quel est l'au- 
teur des — 3 12. 

Comfort, confort. 662. 

Concile de Trente. Pourquoi le — fut-il trans- 
féré à Bologne? x8o, 291, 41 5. 



Condé. Jean de — 6q8. 

Connaît-on aujourd'hui les plats de galère et 

les poteries de miel, alias : miellé f (lll, 65o.) 

io5. 
Conquibus. Avoir du quibus, du — 187, 349. 
Conseil des Dix. Recueil d'arrêts du — 7, 284. 
Considérations sur la France, par Joseph de 

Maistre. Les — 5oq, 554. 
Contes de ma mère 1 Ove. 1 14, 200, 410. 

— de fées de M"« d'Aulnoy. Divers mots spé- 
ciaux des — 499. 

Contre-Vérités du marquis de Rouillac. Les — 

597. 
Convention. Cartes d'entrée à la — 56, iSg, 

5io. 
Conventionnels. Cartes et médailles des — 56, 

86, 190, 234. 
Convention nationale, statistiquée en dix lignes. 

La — 495. 
Convenant. Famille de — 279. 
Conversations patriotiques. 91. 
Collégiale de Mantes et collégiale de Saint- 

Maimbœuf d'Angers. 56. 
Colin-Maillard. Le — 57. 
Collot d'Herbois. Une lettre autographe du 

comédien ambulant — qui depuis... 559. 
Coqs et croix. (IV, 263.) J6, 573. 

— gaulois. Le — 342, 504, 607. 
Coquilles. Les fameuses — (liï, 536.) 94. 
Coroie, de Laistre, de Béthisy^ Phélippes, de la 

Garmoise, Marcel. Généalogies de — 60, 220. 
Corneille (Claude). Un peintre et curieux à 

Lyon, en i55i ? Peut être — 277, 354, 428. 
Cornes. 148, 229, 3 20. 

— du diable. Les — 5q, 347. 

— du taureau sont-elles venimeuses ? Lès — 
277, 354. 

Coup d'Etat. Complot. 4o3, 486. 

Courir le Guilledou. (IV, 74, 137, 247.) 12» 

Couronne de fleurs du poète de Platon. De la 

prétendue ^54. 
Cours. Revue des — 33. 
Cousin. Couvrez-vous, mon — 3 1, 216. 

— Date de la mort de Jean — 409, 539. 

— Sur un quatrain, cité par M. Victor — 62 5 . 
Coutumes et croyances populaires,fpar M.Lais- 

nel de La Salle. 90. 
Couyent des oiseaux. Le — (IV, 294, 379.) 2 1 , 



10 1, 129. 



Couvrez-vous, mon cousin. 3i, 216. 

Credo quia absurdum, 145, 288. 

Creyers. La famille de — 118. 

Crevés. Petits — 59^^. 

Cri du jeu de l'Empire d'Orléans. 660. 

Crinoline. Antiquité de la — 624. 

Croix. Coqs et — (IV, 263.) 36, 573. 

Coqs et croix. (IV, 263.) 36, 573. 

Cuir des bêtes prend-il des rides avec l'âge. Le 

— 342. 
Cuias. Le testament de — 211. 
Cuihat, Trintinhac. 53o, 700. 
Cumulards. L'almanach des •=— 52, 217. 



Dagobert. (Le général) 5o5, 584, 704. 
Dague de plomb. Fin à dorer comme. une — 

53, 379, 457. 
Dam! Dame! 84. 

Dames. Bibliothèque universelle des — 407. 
Dante. Un vers de l'enfer de — 563, 672. 
Date, Epoque, Ère. {IV, 200.) 18. 
— de la mort du maréchal de Biron.(IV, 264.) 

16. 
Daurat? Qui était le sieur — 3i3. 



V\l} 



TABLE DES MATIÈRES. 



David. Mot attribué au peintre —^ 148, 23o, 
267. 

Décimal. Le système — et les horloges. 85. 

Décimales. Pendules et montres —117. 

Décoration du Lis. La — 268, 632, 71 5. 

Découverte de TAmérique au aIII* siècle. La — 
YIII, 468.) 34. 

Décret. Edit. Ordonnance royale. 86, 170. 

Définition du silence. Une — 2^7, 328. 

Dégommer. Le mot — 210, 298, 5i3. 

Delansle et de M. Charles Dupin. Les métaphores 
de M. — 591. 

Délassements du père Gérard. Les — Jeu na- 
tional. 5q, 160,410. 

Delessert. La bibliothèque des — 509. 

Demoustier. L*Emilie des « Lettres sur la 
mythologie » de — (III, 447.) 94. 

De prqfunais. Un — S. V. P. 407, 55o. 

De qui ces deux vers? 370, 45o. 

De quoi. Bicétre. 83, 166, 233. 

Desaix. Le cheval de — peint par Carie Vemet. 
5o2, 617. 

— Buste et portrait de — i xo. 
bésert. Le vaisseau du — 27. 

. Devise de Valentine de Milan. 595. 

— latine. Une — 402, 415. 
Diable. Les cornes du — 59, 347. 
Dictionnaire de l'académie des Beaux- Arts. 283 . 

— de Barbier. Une nouvelle édition du — 61, 
248, 63 1. 

— de Bouillet et la cour de Rome. 149, 23 1. 
Diderot. Deux vers de — 177. 

— Salon de — 436, 541. 

Diète polonaise en 1773. La — (IV, 262.) 1670, 

678. 
Dieu bénit les nombreuses familles. 59. 
Dindon. Origine du — (IIL 2o3, 3i2, 5o6, 52 1.) 

(iy>,î^9?0 10. I2Q, 186, 478, 641. 

— de la farce. Etre le ^-59. 
Dioclétien. Un mot de — 54, 219, 314. 
Discours académiques imprimés en lettres do- 
rées. 473. 

Discours bien payé. Un — 342, 482. 
Distraction de M. Emile Ollivier ou... de son 

imprimeur? Est-ce une — 207. 
Division de la France. Sieyès et la — 56, 
Documents sur les Casaubon. (III, 76.) 122. 
Donné. 178, 262. 

Doré. Le Rabelais de Gustave — 89, 1 95, 3 1 5. 
Dorval (Marie). 21 3, 322, 5 12, 671. 
Drame de M. L. Halévy : Martin Luther. 33, 

107, 171. 
Droit de Santerre. Le — (IV, 134, 344.) i3. 
Du Bartas i Racine a-t-il imité — 56o. 
Duchesne. Les fourneaux du père — (IV, 1 39.) 

345. 440. 
Du choc des opinions jaillit la vérité. 53o. 
Dumas (Alex.). Le président de Brosses, Al- 
phonse Karr et — 720. 
Dumoulin (Gabriel), curé de Maneval. 278. 
Dunois. Le beau — est- il bien le fils de la reine 

Hortense? 147. 
Dupin (Charles). Les métaphores de M. De- 

langle et de M. — 591. 
Duquesne (Abraham). Extrait de mariage ou 

acte de mariage religieux d* — et de Ga- 

briellede Bermères. 468. 
Duroc. Dernières paroles de — 474. 
Duthé. tJn buste de la — 3 10, 393. 
Du Tronchet. Un secrétaire d'autrefois. 621. 



£ 



EauNaf. 3i3, 394, 450. 

Ecrivain anglais. Th. E. May. (IV, 293.) 20. 




Edit de Nantes ? A quelle date Louis XFV signa- 
t-il la révocation de V — 148, 259, 386. 

Edit. Ordonnance royale. Décret. 80, 1 70. 

Eglise de Saint-Herbeland à Rouen. 56, i37. 

Eglises réformées en 1597. Plaintes des — (IV, 
263.) i5. 

Emigration vers l'Est des centres de popula- 
tion. 599, 685. 

Emilie 
moustier. 

Empérièi 

Emeute 
558. 

Emploi du sel dans la cérémonie du baptême. 
53, i55. 

Endetté comme un boucher. 594, 7o5. 

Enfant de Paris mâle et femelle tout à la fois. 
Un — 592. 

— pétrifié. Histoire d'un — 78. 
Enrhumé de Déranger. L* — 1 14, 254, 328. 
Enseigne de Paris, une vieille— 3, i23, 2o3. 

— Personnages publics ou historiques sur les — 
504. 

Ensorcelés de Morzine. Les -— 244. 

Entretiens de l'évêque Majoli. 22. 

Entre la poire et le fromage. 404, 487. 

Epigramme contre M. Henri Martin. L' — 625, 
7i3. 

Epinards. Les — d'Henri Monnier. 21 5, 479. 

Epaminondas volé... par un de nos plus spiri- 
tuels chroniqueurs. 239. 

Epoque, date, ère. (IV, 290.) 18. 

Errata. Origine des — 32. 

Ere, date, epocjue. flV, 290.) 18. 

Erostrate des bibliomèques publiques. L' — 32. 

Erudition de Mathurin Régnier. 27, 78, 166. 

— de Jean-Jacques Rousseau. 82, 166. 
Escampette. Prendre la poudre d' — (II, 548 

627.) 8. 
Escalade. La société de 1' — 247, 385. 
Eschassier. L' — 437. 
Escobar. Une assertion d' — 372, 636. 
Espion dévalisé. L' — (IV, 197.) 67. 
Essars-ts, ou d$? Famille des — 212. 
Estrées. Deux questions à propos du cardinal 

d' — 3o8. 
Etats généraux. Les candidatures ofiicielles 

aux — 3oi. 
Etienne et Bernard Picart. Armoiries d' — (IV, 

292.) 374, 483. 6i3. 
Ether. Gouttes d — 600. 
Etiquette (Dame). D'où vient-elle? 212, 322. 
Etouffeur du comte de Paris. L' — 5gb. 
Etriers. Usage des — (IV, 328.) 100, 197. 
Etre le dindon de la farce. 59. 
Euripide fut-il mangé par des chiens? 1 15. 
Evremont (Saint-), gouverneur des canards du 

parc. 86, 169. 
Exactitude. L' — est la politesse des rois. 56. 
Expositions de l'ancienne Académie de peinture 

et de sculpture. 84, 249. 



Fabuliste russe. Krylof — 271. 
Factums de Lafontaine. Deux — 5 1 . 
Faire la belle. 5p, 220, 348, 444. 

— la béte au roi quatrième. $94, 65 i . 

— ripaille. 586, 65o. 
Famille de Montchal. 3i. 

Fat. Le bruit est pour le — 625. 

Faussetés passant la permission. Pastiches et 

Faust. Le petit— 336. 



TABLE DES MATIÈRES. 



IX 



Faustine de Marc-Aurèle. Que faut-il penser de 

la -(III, 333.) 3.1. 
Fauteuils. Les ~ de TAcadémie française. 86, 

190. 
Faira, graveur de médailles. 3oq, 391. 
Femmes. Apologie des— 120, 3 16, 395. 

— du monae. 4?o, 52o, 587, 679. 

— Les tailleurs pour — sont-ils antérieurs au 
XVII» siècle? 65, 164. 

— Satire de Boileau contre les — (IV, 236.) 96. 

— ... Savez-vous pourquoi les —(III, 74.5.) 344. 
'Fer. Les anciens ont-ils connu Tart de fondrele 

— 505. 
Ferdinand I*', roi de Sicile. 437, 522. 
Fl-fi. La chanson parisienne de — 242. 
Figaro et Tinfini. 391. 
^ et Salomon de Caus. 592. 

— Le nom de — (IIL 74.) 475. 

— Le Mariage de — Edition originale de la Folle 
Journée ou. 81. 

Fil d'archal. 59, 286, 574. 

Fin à dorer comme une dague de plomb. 53, 

379, 457. 
Flavius Josèphe. LTiistorien — (IV, 268.) 71. 
Fleury, en 1672. Le marquis de — 88. 
Fleuves. Analogies de plusieurs noms de — 

275, 352, 427. 
Flory de Lessart, de Rouville, Toynard, Sur- 

beck, Benicourt, Boucot. 60. 
Flûte et le tambour. La — (IV, 304.) 38. 
Folle Journée. La — ou le Mariage ae Figaro. 

81. 
Fontaine où s'enivre Boileau i (A la) — De qui 

le rondeau — i25, 477. 
Fortsas. Catalogue de — (IV, 328.} 39. 
Fournier (Eidouard). Les poésies d — 699. 
France i De qui est l'histoire de l'Estat de — 



9J 



— L'Augustin de — 246, 327. 

— Sieyès et la division de la — 56, 285. 
François (Saint) à Mélinde. 179. 
Francs. Le nom des — 434, 5i8. 
Franquette. A la bonne — (II, 290.) 7. 
Frater et merlan. 5oi, 6i5. • .' 
Fraudes pieuses. Tromperies honnêtes. 5oi, 

616. • 

Fromages de roche. 63o. 
Froment-Meurice. Cadres ciselés par — pour 

les peintures de Meissonnier. 170. 
Funérailles anticipées. 270. 
Fust. Le — de Wurtemberg. 628. 



Galands d'or. 402, 484, 614, 710. 

Garde des rôles des offices de France et mar- 
chand de vin privilégié de la cour et suite du 
roi. 56, 159. 

Garmoise. (De la)— Généalogies Marcel, Corbie, 
de Laistre, de Béthisy, Phélippes et — 60. 

Gascons. Ouvrages relatifs aux — 91 , 1 96, 3 20, 
395, 459. 

Gaudichon. La mère — (IV, 21.) 345. 

Gaulois sont fiers. Ces — 307, 389. 

Gavarni. Les Nénais de — 84, 167, 382. 

Gazettes. Je règne par les — 564, 676. 

Geneviève (Sainte). 4, 127, 28j. 

Général Menou. Le — iq3, 2o3. 

Géographe Nicolas de Nicolay. Le — 60. 

Généalogies Marcel, Corbie, etc. 60, 220. 

Gentilshommes au bec de corbin. flll, 738.) r i. 

Gérard. Les délassements du père — ou la 
Poule de Henri IV mise au pot en 1.792. Jeu 
national. 59, 160. 

— de Nerval. Le dernier autographe de — 46. 



Gérard van Papenbrock. La collection d'auto- 
graphes de — 32. 

Gettons d'argent. 3 11 . 

Gît-le-cœur. Rue — 436, 52 1, 643. 

Gloire. Une singulière définition de la — 465, 
548. 

Gnathène et Stilpon. i, 76, 124. 

Gog et Magog. (I, 67.) 474. 

Goethe. Le dernier mot de — et le dernier mot 
de Jodelle. (IV, 3 18.) 70, 164. 

Godart. Etre relevé de — (IV, 323.) 72. 

Gothiques. Impression en caractères — 246. 

Gourgandine. 3i, i34, 287, 480. 

Grand Erratum. Le véritao'e auteur du — (II, 
684, 763; III, 20.) 70, 164. 

Grana Off. Une belle phrase du — 3qq, 

Grand-Monarque. Hôtel du — 372, 636- 

Graveur anglais. Harleston — 61. 

Gris. Ici on donne le — (11^ 14.) 149. 

Groliei^ en 1517. Une dédicace de — 692. 

— (Jean). Portrait de -^ 371. 

Guacher. La comtesse — §07. 

Guasco. Un livre de l'abbé de — 378, 457. 

Gueux, Patrie, et TAssedio di Arlem. Les — 
240, 3oo. 

Guerre, jurements, etc. Anciens cris de — 

(IV, 353.Ï101. 

Guilledou. Courir le — (IV, 74, 137, 247.) 12. 
Guillotin et la guillotine. 80, 140, 382, 458, 

637. 
Gutemberg. Mentel ou — (IV, i83.) 64. 



H 



Habent sua fata libellL 593,681. 

Halévy. (M. L.) Martin Luther, drame de — 

33, 107, 171. 
Hammer à Stockholm. Le musée — 468. 
Hamond (Pierre). De la date de la mort de — ' 

628. 
Harleston, graveur anglais. 61. 
Harpes ? Pourquoi le dixième quatuor de Bee- 
thoven était-il connu à Vienne sous le nom 

de quatuor des — 114. 
Henri IV. Une phrase à propos de — 370. 

et Ravaillac. 28. 
Henri V. Monnaies de — 212, 299, 364, 428. 
Henri VU a-t-il été empoisonné au moyen de 

la communion ? 595, 706. 
Héraut. Le — d'armes de Normandie en 1616. 

627. 
Hermine. Un poète italien rival de 1' — 277. 
Hic Rhodus, hic salta. 402. 
Hiérarchie de Robert Ceneau. 4Q. 
Hippocrate. Le chapitre d' — 273. 
Hirondelle de Carie Vçrnet. L' — 3 10, 392, 

445, 552. 

— Où vont les — 58, 63 1. 

Histoire de Paris, de Sauvai. Le manuscrit de 

r — 29, 573. 

— (!') de l 'Estât de France i De qui est — 9 1 . 
Historiographe. Nom d'un — 279. 
Hollandais. \J Intermédiaire — 208. 
Homère. La patrie d' — 341. 

Homme au masque de fer. L' — 689. 
Hommes et femmes célèbres non mariés. 373, 

45 1, 494, 532, 542, 588, 65o. 
Horace. Une traduction inédite d' — 658. 
Horloges. Le système décimal et les — 85, 1 17, 

188, 3i5. 
Hortense ? Le beau Dunois est-il bien le fils de 

la reine — 147. 
Hôtel Carnavalet. Orieine de 1' — 23o, 268. 
Hozier. Armoriai général d' — (IV, 295.) $7. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Hugo (Victor). Une métaphore de — 34, 134, 

225. 

— Ce que j'aime, de — 661. 

— Deux vers de — 177. 261. 

Huguenot? Àmbroise Paré était-il — 87, 191, 
234. 

— Parpaillot. (IV, Sgi.) i5, 74, 139, 172, 225. 
—(IV, 391.) 74, i3q, 258. 

Humilmime. 564, 045. 



Ici on donne le gris. (II, 14.] 149. 

Il est trop tard.^IV, 389.) 284. 

Images sur vélin découpées au canivet. An- 
ciennes — 33, log, iqq. 

Imitateur de Rabelais. (IV, 7.) 35. 

Imitateurs du Père Loriquet. Les — 173, 237. 

Immortels. Les — de l'Académie française. 5oi, 
670. 

Impasse? I^aut-il dire un ou une — 53 1. 

Impression en caractères ^thiques. 246, 327. 

Imprimerie au Mans. Naissance de T — 1 20. 



— H. de Balzac 



— du Calvaire. 378. 

. , 337.) 04. 
Incas. Les — du Mexique. Jio. 
Inchistes. Les — 88. 



^70. 
.ffll. 




Inscription au ciinetière d'Anet.'Une — 37Î 

— émgmatique. 241, 324, 412, 492, 670, 697. 

— rétrograde. 210, 297. 

— grecque. Une — 564. 
Intermédiaire hollandais. 208. 

Inventaire général des objets d'art de la France. 

589. 
Ironie de M. Troplong. L' — 207. 
Italie. L' — comparée à un artichaut. 1 16. 



J. H. J. Les initiales — 379, 458, 524. 

Jallet. Portrait de — flV, 102.) 36. 

Jamin. Familles — (I, io3.) 475. 

Je règne par les gazettes. 564, 676. 

Jeanne d Arc. Noblesse de la famille de — 3o, 

107, i53. 
Jérôme TSaint] a-t-il jeté au feu les Satires de 

Perse i 3, 1 52. 

— Cardan et son époque. 61. 
Jésus-Christ. Camée représentant les traits de 

— 594. 

Jésuites. (Dix) en eau-forte. (III, 271.) 343. 

Jeu national. Les délassements du père Gérard. 
5Qj 160. 

Jeudis. La semaine des quatre —435, 519. 

Jeune homme, vous commencez par où je vou- 
drais finir. 60 1 . 

Jeunesse. Expositions de la — 437. 

— Le miroir de la — 149, 288, 557. 

Jeux de nos ancêtres. Quelques-uns des — 466, 

549, 643, 700. 
Joannesa burgîs. 343. 
Jodelle. Le dernier mot de Gœthe et le dernier 

mot de— (IV, 3i8.J 70, 164. 
Joie d'un érudit. La aernière — 3o5. 
Josèphe. Une traduction de — 5 1 . 
Joséphine. La vérité sur la mort de — 3o, 573. 
Judas. Une réhabilitation de — 144, 5 12. 
Junius. Lettres de — 
Jurements, etc. Anciens cris de guerre, (IV, 

353.) loi. 



K 

Karr (Alphonse) Le président de Brosses, — 

et Alexandre Dumas. 720. 
Képi. 436, 54 u 
Krylof, fabuliste russe. 271. 



Labé (Louise). Clémence de Bourges et — 377, 

455. 
La Calprenède? Où naquit — 532. 
La Chaoeaussière. Catéchisme français à l'usage 

des écoles primaires par — 212. 
Lacoste. Familles — 406. 
Ladvocatetle livre des Cent-et-un. (II, I79092- 
Lafontaine (Auguste). Burger et — (IV, 345.) 

lOI. 

La Fontaine. Un ballet inédit de — 25. 

— Deux factums de — 5. 

— Un commentaire des fables de — 
Lagrange. Le marquis de — intendant d'Alsace. 

88, 194, 252. 
Laisnel cle La Salle. Coutumes et croyances 

populaires par — 90. 
Laistre (de). Généalogies Marcel, Corbie, — de 

Béthisy, Phélippes et de la Garmoise. 6ô, 220. 
Laiton, Verdet, vert-de-gris, loutton. 82, 3 14. 
Lamberdière, Lauron, Bergeron. 698. 
Langeac. Marquise de — (IV, 39.) 62. 
La Palisse. De — (IV, 357.) 72. 
Las-Cases. Hudson Lowe, assassin du jeune — 

en 1825. (IV. 393.) 149. 
Lasne (P.) fut-il imprimeur ou libraire? 21 5. 
Lauron. Bergeron. Lamberdière. 698. 
Lauzun. (Comte de) 1690 Une lettre du — 43 o. 
Le Blanc. Un vers de — 3, 77, 1 25. 
Légion d'honneur. Un chevalier de la — 2 1 3. 
Le Pipi. La chanson : — 3 08. 
Leroux de Lincy. Travail annoncé de M. — sur 

M. Jacques Brunet. 376. 
Lestrigon. (Pire qu'un) 408. . 

Lettre. (Une) inédite de l^uteur de la Comédie 

humaine. 656. 
Lettres falsifiées fle M"« de Main tenon. L'Idylle : 

« Dans les prés fleuris, etc. » 662. 

— L'Emilie des — sur la Mythologie de De- 
moustier. (III, 447.) 94. 

— inédite d'Eugène Scribe. Une — (III, 160.) 
238. 

— du peintre Léopold Robert. Une — 1 74. 
Leu (Thomas de). Un portrait de — 663. 
Liberté de la presse. Un martyr de la — 697. 
Licorne (La\ Le phénix. 118, 256, 329, 420, 

493, 540. 

Lien. Une tasse qui est... un — 432. 

Ligny en Barrois. Famille Louis de — 599.^ 

Lion amoureux. La romance du — 206. 

Lionne (Hugues de). Un cachet de — 507, 642. 

Lis. La décoration du — 268, 333, 632, 715. 

Livre avec privilège royal. Le plus ancien — 
120, 2o3. 

Locomotives sphériques. Chemins de fer flot- 
tants, à — 599. 

Londres. 3i. 

Loriquet. Le P. — 75, 249. 

*— Un imitateur du — 140, i73, 237. 

— et le sabre de la bataille du Mont-Thabor. 
249, 328. 

Louis-Philippe. Mort de — 373, 608. 
Louis de Ligny en Barrois. Famille — 599. 
Louis XI. Un mot attribué à — 565. 
Louis Xlli. Les codicilles de — 469. 
Louis XIV. A quelle date — signa-t-il l'Edit de 
Nantes? 148, 259, 386. 



TABLE DES MATIÈRES. 



x; 



Louis XIV. Une chanson populaire du temps 
de — 145. 

— et la place des Victoires. 558. 

— Un mousqueton-revolver sous — (I, 96 ; Ili, 
10.^ 495. 

— Réponse d'un courtisan à — 170, 262. 
Louis A V. Premier lit de justice de — 470. 
Louis XVI à Rouen. 74, 248. 

— Anecdotes du temps de — 664. 

— Pétition rouennaise à la Convention en fa- 
veur de — A. 

Louis XVI. Mort de — Santerre. Beaufranchet 
d'Ayat. 698. 

— à Rouen. (IV, 389.) 74. 
Louis XVIII et Béranger. 55. 

Loup Le — et Tagneau : vignette révolution- 
naire. 626. 

Loutton, Laiton, Verdet, Vert-de-gris. 82, 314. 

Louvois. Portraits de — 88, 252, 51 5. 

Louvre. Le char de l'Etat et celui de la colon- 
nade du — (IV, 390.) 123. 

Lowe (Hudson). assassin du jeune Las-Cases, 
en 1825. (IV, 393.) 149. 

Lubienickz. (Le marquis de) (II. 716.) (III, 
626.) (IV, 336.) 602. 

Luc (Saint-). Salons de l'académie de — 467, 
5^9. 

Luther (Martin). Drame de M. L. Halévy. 33, 
107, 171, 437, 699. 

— a-t-il conseillé à sa mère de se faire catho- 
liaue.'(IV, 373.) 571. 

— Une lettre de — sur les pierrots. 339, 4^ 3. 
Lydorie. Encore — (III, 55o.) 476. 



Madame ou Mademoiselle. 367, 428. 

Madrigal. Rose et Baiser. 593. 

MœcenaSj atavis, 497, 582. 

Magellan. Plaques de — 57. 

Mahomet. Le cercueil de — 3 10. 

Maintenon. Lettres falsifiées de M"* de — L'i- 
dylle : « Dans les prés fleuris. »« 662. 

Maisons. Numérotage des — 88, 25o. 

Maistre (Joseph de). Les considérations sur la 
France par — 509, 554. 

Maioli. Les entretiens de l'évêque — 22. 

Mâle «t femelle tout à la fois. Un enfant de 
Paris — 592. 

Manuel du libraire. Une rectification à insérer 
au — 336. 

Manuscrit de l'Histoire de Paris, de Sauvai. 29. 

— d*un livre de i65i, sur Bordeaux. (I, io3.) 
12 1. 

— du maréchal de Vauba^. 596. 

— ayant fait partie de bibliothèques particu- 
lières, et à retrouver. 567, 677. 

— originaux de Sauvai. Les — 214. 
Mans. Naissance de l'imprimerie au — 1 20. 
Manœuvres de la dernière heure. Les — 365, 
Marat. Les compagnies de — 534. 
Marchand de vin privilégié de la cour et suite 

du roi, et garde des rôles des offices de France. 

56. 
Marceau. Le centenaire de — 525. 
Marcel, Corbie, etc. Généalogies de — 60, 220. 
Maréchal de Biron. Date de la mort du — (IV, 

264.) 16. 

— d'Aumont. Date de sa mort. (IV, 324.) 38. 
Mariage de Richard de la Pôle. 4. 

— morganatique. 58, 160. 

Marie- Antoinette. Autographes de — ou de l'ab- 
bé de Vermont (IV, 245.) 216. 

Marin Cureau de la Chambre. Année de la mort 
de — 566, 646. 

Martin Luther. Drame de L. Halévy. 33. 



] Martin (Henri) i D'une épigramme contre M. — 

! 625, 714. 

! Martyr (Un) de la liberté de la presse. 697. 
' Marton. Perrette et — 58. 
Massillon, Un manuscrit de — à retrouver. 567. 
Masque de fer. L'homme au — (III, 140.) 112, 

689. 
Mathématicien. Un grand — mort en 1645. 565, 

676. 
Mathurin Régnier. Erudition de — 27. 
May (Th. E.). L'écrivain anglais — 20. 
Médaille romaine en or. Une — 664. 
Médailles des Conventionnels. Cartes et — 86, 

iQOj 234. 
Médicis. Sur un pamphlet contre Catherine 

de — 6, 128. 

— (Catherine de). D'un livre qui était sur la 
table dans le cabinet de — en l'hôtel de la 
reine. 406, 460, 494. 

Médoc. Les chais de — (IV, 378.) 73. 
Meissonier. Cadres ciselés par Froment Meurice 

pour les peintures de — 1 78. 
Mélinde. (Saint François à) 179. 
Melodramaturge (Le)'Caigniez. 28, 572. 
Mémoires secrets de Brillât-Savarin. 7. 

— (Les) de Zamore, nègre de M"* Du Barry. 
3x3. 

Menou. (Le général) i83, 263. 

Mentel ou Guttemberg. (IV, i83.) 64, loo. 

Menu propos sur un tableau du Salon de 1869. 

304. 
Merangoises. 601. 
Merci de cette bonne!... 465. 
Mercure de France. Indicateur du — 272, 480. 
Mess. Le — 114, 200. 
Mestre de camp, brigadier des armées du roi. 

6» 77- 
Métaphore de Victor Hugo. Une — (III, 270.) 

34, i34, 255. 

— (tes) de M. Delangle et de M. Charles Du- 
pin. 591. 

Mettre les pieds dans le plat. 5 3o, 618, 710. 
Mexique. Les incas du — 3 10. 
Meyer, Prud'hon et M"« — 340. 
Michel-Ange. Un tableau de — 242, 326. 
Michelet. La sorcière de M. — 602. 
Michaud. La bonne vieille Quotidienne de M. — 

(IV, 35o.) 22. 
Migne. La croix de — 470^ 55 1. 
Milan. La devise de Valentme de — 595. 
Mille et une nuits. Les — 666. 
Ministre rational. 3 11, 393. 
Miraille (Marie), sorcière. 309, 392, 637. 
Miroir de la jeunesse. Le — 149, 288, 537. 
Miser (Jonathas). 314. 
Mitre (La) s'est-elle jamais combinée avec une 

couronne seigneuriale? 371. 
Mœurs françaises. Tableau des — 378. 
Molière. Jeton de présence de la troupe — 

278. 

— Vers de — à retrouver. 498, 583. 

— nom de théâtre. 89. 
Monaco. A la — (IV, 194.) 65. 
Mon cousin, couvrez-vous. 3i, 216. 
Monnier (Henri). Les épinards d' — 2 15, 479. 
Monnaies de Henri V. 212, 299, 364, 428. 
Mohographies et notices sur H. de Balzac. (III, 

1 060 (IV, 366.) i5. 
Monseigneur. Le titre épiscopal de — (IV, 329.) 

476. 
Montchevalier. Famille — 374. 
Montmartre. Une trouvaille faite à— 304. 
Montchal*. Famille de — 3i, i32. 
Montaigne ou Montagne ? Doit-on prononcer — 

(IV, Îqo.) 106, 198, 266, 38 1. 
Montargis. Le chien de — (IV, 219.) 69. 



XIJ 



TABLE DES MATIERES. 



Montesquieu a-t-il fait des emprunts à Paolo 

Paruta? 665. 
Montres déciijiales. Pendules et — 117, 202, 

236. 

— A. quelle époque a-t-on commencé à porter 
des — 5o5. 

Morganatique. Mariage — 58, 1 60. 
Morguienne. A la bonne — (II, 290.) 7, 8. 
Mort. La peine de — 63o. 

— de LouisXVI. Santerre. Beaufranchet d'Ayat. 
6û8. 

— de Henri Sauvai. La naissance et la — 126, 

223. 

Morzine. Les ensorcelés de — 244, 445. 

Mot attribué au peintre David. 148, 23oy. 267. 

— de Dioclétien. Un — 54, 219. 

— du Régent. Un ■ — 276, 353. 

— espagnol à expliquer. Un — 564. 
Moucny, Mouchards. 662. 
Mousqueton-revolver Un — sous Louis XIV. 

495. 
Mûrger (Histoire de) par Trois buveurs d'eau. 

92. 
Musée de Toulouse. Livret du — (III, 536.) 94. 
Musset f Alfred de). Un étonnement et un vœu 

d' — 335. 

— Supplément aux éditions de — 3 1 3, 417. 
Mystère (Un) à découvrir. 626. 
Mystifier et ses dérivés. Le mot — 45, 346. 
Mystification prodigieuse. Une — 56 1. 
Mythologie de Demoustier. L'Emilie des : Let- 
tres sur la — (III 447.) 94. 



N 



Naissance. (La) et la mort d'Henri Sauvai. 4, 5, 

6, 126, 223. 
Napoléon I**" ? De quoi est mort — 3o. 
Naissant (M.), musicien, en 1787. 5o6. 
Nénais. Les — de Gavarni. 84, 167, 382, 404. 
Nicodème. sculpteur. 404. 
Nicolay (Nicolas de), jgéographe. 60. 
Noblesse. L'origine de la — Poème satjrrique. 

280. 
Nobles et gentilshommes à Angers, avant 89. 

24. 
Noblesse maternelle. (IV, 379.) 102. 

— de la famille de Jeanne d'Arc. 3o, i53. 
Noël. 59, 347, 6o5. 

Nom d'un historiographe. 279. 
Nombreuses familles. Dieu bénit les — 59. 
Noms de villes devenues ridicules. 52, i35, 
258, 575. 

— propres étrangers. Prononciation des — 340, 
424. 

Noms romains et grecs, pendant la Révolution. 

56. 
Nord de la France. Souvenirs historiques et 

pittoresques du — 375. 
Normandie. Le héraut d'armes de — en 161 6. 

627. 
Nostras qui despicit artes, 404. 
Note de M. Bazm sur Rangouze. 598. 
Numérotage des maisons. 88, 25o. 

— des rues. 25, 88, 479, 553. 



Obit anus, abit onus, 404. 

Objets d'art. {Inventaire général des*— de la 

France. 589. 
Œuvres littéraires du maréchal Brune. 52, 217. 
Oie. La petite — 14, i3o, 197, 32i.. 



Oie. La petite— des Précieuses. (IV, 261, 348.) 

14, 106, 197. 
Oiseaux. Le couvent des— (IV, 224, 379.) 21, 

129. 
Olivier, élu empereur à Paris. 3 02. 
Olivier (Emile). Un moyen oratoire de M.— 337, 

480. 

— Est-ce une distraction d' — ou de son im- 
primeur? 207. 

Omelette, amelette. (IV, 219.) 60, 348, 427. 
Onze heures. Un bouillon de -7- 84- 
Opéra. Origine de 1' — et dé la Comédie en 
France. 469. 

— Un manuscrit concernant 1' — à retrouver. 
567, 647. 

Ophir de Salomon. (L') 62^. 
Opinions. Du choc des — jaillit la vérité. 53o. 
Orbilianisme. (U) 3o8, 390, 445. 
Ordonnance royale. Décret. Edit. 86, 170. 
Ordre des Jésuites ? Pourquoi aucun Français 

n'a-t-il été général de 1' — 372. 
Orfèvres et argentiers des XVII* et XVIII* siècles. 

6» 379. 

Origénisation des prêtres catholicjues r A-t-il 
été présenté au parlement anglais, il y a juste 
1 5o ans, un projet de loi décrétant 1' — 3 10. 

Origine des rimes latines. 371. 

— de la noblesse. L' — Poème satirique. 280, 
359. 

— du mot: sans-culotte. 3r, 217.^ 

— des: Errata. 32, i53. 

— de l'hôtel Carnavalet. 23o, 268. 

— du Dindon. (III, 2o3 , 3 12, 5o6, 52 1.) 10, 
186. 

Orléans. Le cri du jeu de l'Empire d' — 660. 
Ossat. M. Thiers et le cardinal d' — 464 
Où vont les Hirondelles? 58, 63 1. 
Ouvrages relatifs aux Gascons. 91, 196. 
Oxel ? Qu'est<e que — 33q, 554. 
Oye. Contes de ma mère 1 — 114, 200. 



P.... Le -(IV, 338.) 44. 
Palais-Royal. Les Amours du — 48. 
Palissy (Bernard). Une citation de — 665. 
Pamphlet contre Catherine de Médicis. Sur un 

— 6, 128. 
Paré (Ambroise) était-il huguenot? 87, 191, 

234, 3oi, 606. 
Paris. Une vieille enseigne de — 3, i23, 2o3. 
Parfaict ou Parfait. Les frères — 28, 1 06. 
Parlement anglais. Les subsides du — (IV, 254.) 

36. 
Parpaillot, Huguenot. (IV, 391.) i5, 74, 139, 

172, 225. 

Partisans et ti;aitans. 532. 

Paruta (Paolo) ? Montesquieu a-t-il fait des em- 
prunts à — 665. 

Pastiches et faussetés passant la permission. 
597. 

Patras (Abraham). 60, 220. 

Patrie, et l'Assedio di Arlem. Les Gueux, — 
240. 

Patriotiques. Conversations — 91. 

Peinture. Exposition de l'ancienne Académie 
de — et de sculpture. 84, 249. 

Peintre français. Raguenet — 118, 222. 

— Un — et curieux à Lyon, en i55i. 227, 354, 
428. 

— de portraits. Wilbaut — 278, 356, 387. 

— hollandais (Adrien van der Cabel) — 90, iq3. 
Pendules et montres décimales. 1 17, 202, 2Ï6. 
Perrette et Marton. 58. 



TABLE DES MATIÈRES. 



xii; 



Perse? Saint Jérôme a-t-il jeté au feu Jes Satires 

de — 3, i52. 
Personnages publics ou historiques sur les en- 
seignes. 504. 
Peste rouge. La — 568, 648, 
Pétition rouennaise à la Convention, en faveur 

de Louis XVL 4. 
Peutinger (Mademoiselle). 629. 
Phélippes. Généalogies Marcel, Corbie, de 

Laistre, de Béthisy, de la Garmoise, et — 

60, 220. 
Phénix (Le) et la Licorne. 118, 256, 3 16. 
Philippe III a-t-il été rôti ? 54. 
Phrase. Encore une — des commentaires de 

César. 209. 
Physionomies. Les — littéraires par Armand 

Baschet. Ses autres œuvres. 376, 453. 
Pibrac. Un poâme de — 307. 
Picard (Bernard). Armoires d'Etienne et — 

374, 01 3. 
Pichon. Du prix des livres à la vente — 400. 
Pieds dans le plat. Mettre les — 53o, 618. 
Pie. La messe de la — (IV, i52.) 62. 
Pindare et les vignerons provençaux. 398. 
Pire qu*un Lestrigon. 4.08. 
Plaintes des Eglises reformées en 1597. (IV, 

263.) i5. 
Plaques de Magellan. 57, 247. 
Platon. De la prétendue couronne de fleurs du 

— poète de —,54, 218. 

Plats de galère. Connaît-on aujourd'hui les — 
et les poteries de miel, alias, miellé? (lII,65o.) 
i85. 

Plumes métalliques romaines. (11^ 319.) 8. 

Plus souvent. 3i, i53, 410. 

Poésie. Une définition de la — d'après Voltaire. 
53i. 

Pofité italien rival de l'Hermine. Un — 277. 

— anonymes à rechercher. 699. 

Point d honneur. Rapporteur du — (IV, 340.) 

Polisson. Racine traité de — (II, 655.) 92. 
Politesse des rois. L'exactitude est la — 56. 
Pont d'or. Le — 342, 426, 449, 607. 
Pons Saint- Maurice. (Le lieutenant général de) 

467. 
Ponson du Terrail. Une inadvertance de M. — 

496, 58 1 . 
Portefeuille du R. F. Gillet. 462. 
Portrait de Thomas de Leu. Un — 663. 

— ancien de Salomon de Caus. 58, 219. 

— de Jallet (IV^ 102.) 36. 

— Wilbaut, pemtre de — 278, 356, 387. 
Porcs d'écurie. Boucs et — 117, 201, 236. 
Portique. Tenir le — 11 3, 200. 

Poudre d'iris, ou poudre de riz. (IV, 290.) 
19. 

— de riz ou — r d'iris. (IV, 290.) 19. 

Poule de Henri IV, mise au pot en 1792, Jeu 

national. 59, 160. 
Pourquoi aucun Français n'a-t-il été général de 

l'ordre des Jésui%s.^ 372. 

— le Concile de Trente fut-il transféré à Bo- 
logne.' 180. 

Précieuses. La petite Oie des — 14, 106, 197. 

Préface. La— de Vautrin. (II, 669.) i83. 

Préfets à poigne. Les — ' 690. 

Prélats. Armoiries des —et des sénateurs. 600. 

Prénoms défendus. (IV, 134.) 288, 36i. 

Prévost (Jacques), peintre graveur français. 28, 
131,348. 

prison. La — du Tasse. 99, 171. 

Privilège royal. Le plus ancien livre avec — 
120, 2o3, 267, 632. 

Procédé pour être tout à la fois debout et as- 
sis. Feu M. Troplong, inventeur d'un — 269. 



Productions inédites de Rabelais, à retrouver. 

25. 

Prononciation des noms propres étrangers. 340, 

424. 
Proposition de brûler la bibliothèque de la rue 

Richelieu. 180. 
Prudhommiana. 369, 43o, 461, 494, 524. 
Prud'hon et Mademoiselle Meyer. 340. 
Prussien. (IV, 33 1.) 43 
Prussiens et Russes. 53, i56. 
Public. Le — composé de sots. 365, 428. 



Quatuor des harpes.^ Pourquoi le dixième qua- 
tuor de Beethoven était-il connu à Vienne 
sous le nom de — 114, 255. 

Quatrain cité par M. Victor Cousin. Sur un — 
625. 

— Un — du château d'Anet. 465, 543. 

Quel est le nombre de lettres, de mots, qu'il 
y a dans la Bible ? 40 1 . 

Question de paternité. Encore une — 693. 

Quibus. Avoir du — du conquibus. 83, 187, 

Quichotte. Don — contre M. Thiers. 336, 621. 

Quidante. 626. 

Qui vive i Etre sur le — 241. 

Quotidienne de M. Michaud. La bonne vieille 

— (IV, 35o.) 22. 
Quos vult deperdere Jupiter dément at. 369, 

397* 449» 523,639. 



Rabelais. Productions inédites à retrouver. 2 5. 

— Une lettre autographe de — à retrouver. 
3o6, 388. 

— Un imitateur de — (IV, 7.) 35. 

— Le — de Gustave Doré. 89, iq5, 3 i5. 
Racine a-t-il imité Du Bartas? 56o. 

— traité de polisson. (II, 655.) 02. 
Raguenet, peintre français. 11 S, 222. 
Ramée (De la). 374, 453. 
Ramersheim. 56o, 646. 

Rangouze. Note de M. Bazin sur — 598. 
Raphaël. 41 ^ 134. 

— Pourquoi le nomme-t-on le Sanzio? (IV, 
294.) 41. 

Rapporteur du Point d'honneur. (IV, 340,) 44. 
Rathery (M.). Les chansons populaires par — 

Ravaillac et Henri IV. 28. 

Reboul (Guillaume). 568, 703. 

Récamier. Les autographes de Madame — 377, 

456. 
Récollets. Les -^ 602, 686. 
Regnault (Robert) du Havre. (II, 199.) 534. 
Régnier (Mathurin). Erudition de — 27, 78, 

i3o, 106. . 
Régent. Un mot du — 276. 
Réhabilitation He Judas. Une — 144. 
Reliure à la toile d'araignée. 121. 
Rhétorique. Une nouvelle figure de— 81. 
Réponse d'un courtisan à Louis XfV. 179, 262 . 
Réprimande militaire. Une — 5o8, 586. 
Revue des cours. 3 3. 
Révocation de l'édit de Nantes. 148, 25q. 
Révolution française. Le jeu de la — (IV, 273.) 

71, i36, 38i. • 

— écrite par les auteurs latins. La — 52, i36, 
204. 

— jugée par un grand esprit. La — 206. 

— Noms romains et grecs pendant la — 56. 
Riancey. L'amendement de — 406, 491. 



XIV 



TABLE DES MATIÈRES. 



Richard de la Pôle. Mariage de — 4. 
Ricovrati. L'académie des — 342. 
Ridicules. Noms de villes devenues — 52. 
Ruines latines. Orimne des — 371. 
Ripaille. Faire — 4^4, 5 19, 586, 619. 
Rivalz. Une eau-forte a*un' des — (IV, 3oi.)70. 
Robert. Le R. P. des — (XVIII« siècle). 405. 
— (Léopold) Une lettre du peintre — 174. 
Roi. Le — règne, et ne gouverne pas. (Iv, 353.) 

44. 
Romance du Lion amoureux. 206. 
Rome, œuvre des hommes ; Venise, œuvre des 

dieux. 657. 
Romany (Richard de). 470. 
Rondeau. De gui le — « A la fontaine où s'eny- 

vre Boileau?» i, 76, i25. 
Ronsard. Un exemplaire de l'édition in-40 de — 

annoté par un contemporain. 377. 
Rose et baiser. Madrigal. 5q3. 
Rôti i Philippe III a-t-il été — 54. 
Rouget de Lisle. Chant héroïque de — 176. 
Rougeville (Gousse de) et le chevalier d'Ed..v..e. 

3l2. 

Rouillac. Les Contre- Vérités du marquis de — 

597. 
Rousseau (Jean-Jacques). Erudition de — 82, 

3i5, 166. 
Rouville, (De) Benicourt, etc. — 60, 161. 
Rues. Numérotage des — 25, 479, 553, 88. 
Rus (Jean). Les poésies de — 435. 
Russes et Prussiens. 53, i56. 



S 



Sabotiers. Les — - 600. 

Sable. D'une variété de — bien peu connue. 240. 

Sachoir. Le verbe — 241, 324, 35 1. 

Sainte Geneviève. 4. 

Saint Jérôme a-t-il jeté au feu les satires de 

Perse.' 3, i52. 
Saint-Evremont, gouverneur des Canards du 

Parc, en Angleterre. 86. 

— Herbeland L'église de — de Rouen. 56. 
Sainte-Beuve. Quelques lignes de M. — 338, 

a8i. 
Salomon. L'Ophir de — 629. 

— de Caux. Un portrait de — découvert par 
H. de Balzac. 58. 

Salon de 1869. ^^^^ propos sur un tableau 

du — 3oii. 
Salons de 1 académie de Saint-Luc. 467, 549. 
Saly (J.-F.-G.). Le statuaire français — 664. 
Saxe. Portrait du maréchal de — (IV, 3 02.) 

lOI. 

Sanson, Mémoires de — rédigés par Balzac. 

628. 
Sans-culotte. Ori^ne du mot — 3i, 217. 
Santerre. Le droit du — (IV, i34, 344.) i3. 
Sanzio? Pourquoi nomme-t-on Kaphaél le — 

(IV, 294.) 41. 
Sarpi. Une vie de Pietro— 376.' 
Sarrazin (Jacques). Biographie de — 340, 425, 

656. 
Satire (La) de Boileau contre les femmeskr 

(IV, 236.) 96. 
Satires de Perse? Saint Jérôme a-t-il jeté au feu< 

les — 3, i52. 
Sauvai. La naissance et la mort de Henri — 4, 

5, 6, 126, 223. 

— Les manuscrits originaux de — 214. 

— Le manuscrit de l'Histoire de Paris de — 29, 
573. 

Savez-vous pourquoi les femmes... (III, 745.) 
344. 



Scarron. Vers attribués à — 658. 

Sceptre. Et le — revient toujours à la beauté. 

33o. 
Scherbutowo. Le prince Michel de — 89. 
Scies nationales. Les — 629. 
Scribe (Eugène). Une lettre inédite d' — (III, 

160.) 238. 
Sculpture. Expositions de l'ancienne Académie 

de peinture et de — 84, 249. 
Secrétaire d'autrefois. Un — Du Tronchet. 62 1 . 
Sel dans la cérémonie du baptême. Emploi du 

— 53, i55, 577. 
Sénateurs. Armoiries des prélats et des — 600. 
Sévigné. Une édition des lettres de M"** de — 

279, 358. 
Sic transit gloria mundi. 210. 
Sieyès et la division de la France. 56, 285. 
Silence. Une définition du — 247. 
Société secrète : Aide*toi, le ciel t'aidera. 48, 

i54, 204. 
Société. La — de l'Escalade. 247, 385. 
Socrate fut-il empoisonné par la ciguér (IV, 

345.) 100. 
Songe. Le — du Vergier. 26. 346. 
Sonnet. Le — de l'Asperge. (IV, 157.) q5. 
Sorcière. La — de M, Michelet. 602. 
Soubrette. 662. 

Soubise. Bibliothèque du prince de — 698. 
Souffleté. Un cardinal espagnol a-t-il jamais -** 

un cardinal français? 24?. 
Soufflet. Un — d'Aldbiade. 401, 482. 
— Le — injure grave. 85, 107, 2o5, 444. 
Sourds-muets, o. 
Souvenirs historiques et pittoresques du Nord 

de la France. 374. 
Souza-Portugal. Branche de la maison de — 

établie en France. 374. 
Splendeur du vrai. Le oeau est la — 157, 260. 
Staôl. M— de — Quatrain attribué à — (III, 

*520.) 570. 
Statues au musée de Toulouse. Deux — 696. 
Statuaire français, J. F. G. Saly. Le — 664- 
Stilpon. Gnathène et — ii, 76, 1 24. 
Stratonice. La — 596, 604. 
Subsides du parlement anglais. (IV, 254.J 36. 
Sujets galants gravés par Choffiard. §7, lOO- 
Suicide. Le premier — 698. 
Surbeck, Benicourt, Boucot, Flory de Lessart, 

de Rouville, Toynard. 60. 
Système décimal et les horloges. Le — 85, 117, 

3i5. 



Tableaux de mon cabinet. Catalogue des -** 
114. 

Tableau de Michel-Ange envoyé par le pape au 
cardinal de Lorraine et un autre moins a - 
gélique. 243. 

Taconnage. (IV, 346.) i5i. 

Tacite. Auguste et — Un renseignement nou- 
veau. 335. 

Tailleurs pour femmes. Les — sont-ils anté- 

^ rieurs au XVII- siècle? (IV, i88.) 65, 164. 

tallibert. Village de — 375. 

Tambour. La flûte et le — (IV, 304.) 38. 

Tanneries. Les — de peau humaine. 181, 234, 
322, 395. 640* 

Tartuffe. Un vers de — 339, 421,448, 606. 

Tasse. Une — qui est un lien. 432. 

Tasse. La prison du — flV, 324.) 99, 171. 

Taureau. Les cornes du — sont-elles veni- 
meuses? 277. 

Templiers. Fête anniversaire du erand-maître 
des — célébrée à Saint-Paul de Paris. 469. 



TABLE DES MATIERES. 



XV 



Tenir le portique. 1 13, 200, 3i5. 
Testament de Cujas. Le -~ 2 1 1 . 

— politique de Charles IV de Lorraine. Le — 
1 15. 

Tête- bêche. (IV, 248.) 96. 

Théâtre. Molière, nom de — 89. 

Thiers (M.), ennemi des chemins de fer. (IV, 

389.) lOD, 253. 

— et le cardinal d*Ossat. 464. 

— Don Quichotte contre — 
Times. Sur un mot cité par le — 40 1 . 
Toile d'araignée- Reliure à la — 121. 
Toilette. De quelques termes, en matière de 

— aujourd'hui hors d'emploi. 244. 
Tolus et ToU-Huys. 5oo. 
TolJ-Huys et Tolus. 5 00. 
Tombe. Pierre de la — 147. 
Touchard'Lafosse. 699. 
Toulouse. Deux statues au musée de — 696. 
Toynard, Surbeck, Benicourt, etc. 60. 
Traduction de Josèphe. 5 1 . 
Traitants. Partisans et — 532. 
Transposition monstrueuse. Une — 688. 
Trintinhac, Culhat. 53o, 7o3. 
Tromperies honnêtes, fraudes pieuses. 5oi, 

616. 
Troplong. L'ironie de M. — 207. 
Troplong. Feu iM. — inventeur d'un procédé 

pour être tout à la fois debout et assis. 269. 
Trouvaille faite à Montmartre. Une — 364. 
Turgot. Portraits de — et de Madame de Mira- 

mion. 5oi. 



Ubi bene, nemo melius. Ubi maie, nemo pejus. 

695. 
Ultima ratio regum, 695.' 
Usage des étriers. 100, 197. 



Vaisseau. Le — du désert. 27, 6o5, 686. 
Van der Cabel (Adrien), peintre hollandais. 90, 

ig5. 
Vapereau. Une édition nouvelle de — 598, 

707. 
Vauquelin (Nicolas), sieur des Yvetaux. 5o3, 

583. 
Vautrin. La préface de — (II, 669.) i83. 
Veit (Wenzel-Henri). 179. 
Ventum textilem. 370, 45o, 639. 
Venimeuses ? Les cornes du taureau sont-elles 

— 277. 
Ventrière, 276. 

Vendre chat en poche. Acheter et — 275. 
Venise, œuvre des dieux. Rome, œuvre des 

hommes. 657. 
Veniat, ouvrier fameux. (IV, 355.) 122. 
Verbe: sachoir. Le «^ 241. 
Verdelin (Madame la Marquise de), auteur 

d'un roman inconnu. 28 1 . 



Troyes, en 



Verdet, vert-de-gris, loutton, laiton. 82. 314. 
Verdor, visiteur général. 3i i, 417. 
Vérité sur la sainte Vierge. La — 47 1 . 
Vergier. Le songe du — 26, 346, 066. 
Vermont. Autographes de Marie-Antoinette ou 

de l'abbé de — (fv, 245.) 2 1 6. 
Vernet (Carie). LTiirondelIe de — 3 10, 392, 

445, 552. 
Vers attribués à Scarron. 658. 

— cités par Bonneville. 2. 

~ Quelques — à contrôler. 146, 227, 411. 
•^ de Le Blanc. Un — 3. 

— à retrouver. Deux — 625. 

Vers de Victor Hugo. Deux — 177, 261. 
Vert-de-eris, loutton, laiton, verdet. 82, 314. 
Veuve. Une — qui se remarie. 404. 
Viardot (Louis) et l'Académie ae 1 

Champagne. 7 1 9. 
Victor Hugo. Une métaphore de — (III, 270.) 

34. 
Vie. La — privée doit être murée. (IV, 278.) 

476. 
Vierge (Sainte). La vérité sur la — 471. 
Villers-au-Tertre. Famille de — 5 60, 646. 
Villebon, capitaine français sous François I*'. 

468. 
Villes. Noms de — devenues ridicules. 52, i35, 

258. 
Violette. Le quatrain de la — Deux questions 

à propos du cardinal d'Estrées. 3 08, 390. 
Vitty-le-François. 375, 453, 612, 637. 
Voiture sans chevaux au aVII* siècle. Essai 

d'une — 5 60. 
Voltaire. Les armes de — (IV, 295.) 43, i35. 

382^ 483, 554. 
Voltaire traducteur ou traduit. 593. 

— Une définition de la poésie d'après — 53i.. 

— Un vers de — 657. 

Voyage de Saint-Cloud par mer, et retour par 

terre. Le — • 7, 128, 317. 
Vrai. Le Beau est la splendeur du — 53, i56. 



X w 

Wilbaut, peintre de portraits. 278, 356, 387. 
Wurtemberg. Le Fust du — 628. 



X 



X. La lettre — 177, 262, 290. 
Ximenez, candidat à l'Académie. 341, 



Zaïre. Caquire, parodie.de — 509. 

Zamore. Les Mémoires de — et de M"« Du Bar- 

ry. 3i3. 
Zeller (Deux) au lieu d'un. 590. 
Zot? Ne pas imprimer, ni prononcer Zut. 433. 



ERRATA ET CORRIGE ND A 



Tome IV. 
Pagei. 

146, vers 18*, Use:(: qu*moué (non que' noué). 

Tome V. 

58^ 1. 46, lise^ : Màndeville (non Mondeville). 

61, 1. 20, lise\ : Couché (non Couchï), 

ld,y 1. 20, /î*ef : H. V. (non H. R.). 

66^ 1. 52, \ise:{ : le Torrent (non le Tonnerre.) 

72, 1. 46, lise![ : Francker (non Fràncken). 

93, 1. 28, liSei : 1 846 (non i S42). • 

99, 1. I, lisej : Byron (non Biron), 

145, 1. I î), lise;[ : Louis XIV. 

107, 1. 43, lisei: netnet (non nenet). 

171, 1. 34, /wcjf .; inventions (non invectives). 

i»5, 1. 48, /i«ef : faite (non posée). 

199, 1. 55, lise:^: in- 18 (non i«-8"). 

20S, 1. 3o, lise\: De Navorscher. 

2 53, 1. 27, lises[: fondateur (non donateur) 

261, 1. 38, lise\: 

273, 1.-29, /ife^; rayé. 



273, 1. 42, lises^: des recherches. 

286, 1. 46, /is^f : laiton (non lactice). 

3 14, 1. 4, f/sejf : vraisemblable. ' 

/^., 1. 8^, Uses;: laetwn (non lœtum). 

325, 1. 14, lise:ç : la pierre philosophale. 

391, 1. 44, liselç : De regimoer contre aiguillon 

(non Aquillon). 
429, 1. 20, /{5e;f : damisou (non damison). 
/L'j^ 1. 37, lisei[ : Jadschudsch. 
ta., 1. 5 1 , lisej : Reise durch Turkomanien). 
Id; 1. 55, /»£:f : Dhulkarnaîii. 
475, 1. 16, /i»e;f ; 78 /non 70). 

t79, 1. 53, lisejf : (V, 25o) (non V. 25). 
07, 1. 33, /wejf ; 1823 (non i8i3). 
5 1 2, 1. 40, lisez : d'Orléans (non de Montargis). 
563, 1. 29, fu (non fa). 
566, 1. 44, lise^ : Saint - Aulaire (non Saint- 

Ralin). 
5,92, 1. 02, lise^ : comme signature : H. de S. 
639, 1. i5, liteiif : ventum. 
670, 1. 8, lise^: 1376 (non 1 336). 



Nom. 97. 



Chêr^têMêî 

«CNM IrOHMTM. 



sfSrS 



n M 

«iilr'( 



lOjanv.1869. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, SUÇOTES and QUERJES français.) 

QUESTIONS ET RÉPONSES. COMMUNICATIONS DIVERSES 

A L'USAGE DE TOUS LITTÉRATEURS ET GENS DU MONDE, ARTISTES, 

BIBLIOPHILES, ARCHÉOLOGUES, ETC. 



^ow /a T4àati\o% : à M. Camlm oi Ra«h, directeur de V Intermédiaire , à la 
S*ADKK8Sim \ Ubrairie Joël Cherbuliez, 33, rue de Seine, à Paris. 

Ipour le» ahonnementa : MAm maisoiv, à Paris et à Genève; Williams et Noroatx, 
{franeo)i J à Londres; Bonii, à Leipsig; Muquaadt, à Bruxelles; Van BAKKaifis, à Amster- 
dam; KaAiuas, à Rotterdam; Wolvf, à Saint-Pétersbourg, etc. 



12 fr. par an. 

Etranger : 

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30 cent, la ligne 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Gnathène et Stilpon. — Guillaume Col- 
letet, dans ses Vies des Poètes françois 
(tome IV du ms original), nous ait : « Il 
me souvient de l'entretien qu'eut une fois 
Gnathène; une des plus fameuses courti- 
sanes, avec un des plus fameux esprits de 
la Grèce, nommé Stilpon, .car, comme 
celluy-cy luy eut un jour reproché qu'elle 
avoit grand tort de corrompre ainsy, par 
ses appas et par les charmes de son visage, 
les esprits de la jeunesse innocente : Tu es, 
aussi bien que moi, luy dit-elle, coupable 
de ce mesme crime, puisqu'avec tes dis- 
cours et tes escrits amoureux tu charmes 
tellement leurs oreilles, qu'il ne leur est 
pas plus dangereux de converser avec une 
courtisane telle que je suis, que de fré- 
quenter Teschole licentieuse d'un philo- 
sophe libertin et d'un poëte impudique et 
lascif tel qu'on te void paroistre. » A cjuel 
auteur CoUetet a-t-il emprunté cette cita- 
tion? Je ferai remarquer que ce n'est ni à 
Plutarque, ni à Diogène de Laerte, ni à 
Lucien. Yezimat. 



De qui le rondeau : a A la fontaine où 
s'enyYre Boileau? » — Le docte abbé Gou- 
jet disait en 1742 (Bibliothèque françoise, 
t. VI , p. 54) que Ton ignorait fauteur de 
ce joli rondeau contre Benserade. M. C. 
Hippeau, dans l'article Benserade de la 
Nouvelle Biographie générale, attribue 
ce rondeau à Chapelle. M. Hippolvte 
Babou {les Poètes français ^ tome II, 



p. 1 54) s'exprime ainsi dans sa notice sur 
Chapelle : « Nous nous contenterons de 
reproduire le fameux Rondeau sur les 
Métamorphoses d'Ovide, mises en ron- 
deaux par Benserade , pièce attribuée 
quelquefois au sieur Pierre du Bosc, mi- 
nistre du saint Evangile, mais qui nous 
paraît d'un gassendiste plutôt que d'un 
protestant. » Décidément, est-on bien sûr 
de savoir aujourd'hui ce qu'ignorait , en 
plein XVI 11* siècle, un des critiques qui 
ont le mieux connu l'histoire de notre lit- 
térature? T. DE L. 

Vers cités par N. Bonneville. — Le ci- 

to)ren Bonneville, espèce d'illuminé révo- 
lutionnaire , moitié libraire et moitié écri- 
vain, publiait des livres comme s'il eût 
prononcé des oracles. Il avait fait des vers 
qui ne manquent pas de verve et d'éclat; 
il en avait lu beaucoup et il en citait sans 
cesse, mais sans jamais dire la source de 
sa citation. Peut-être ne la savait-il pas 
lui-même. Son curieux et bizarre ouvrage 
intitulé : De V esprit des religions, ouvrage 
promis et nécessaire à la confédération 
universelle des amis de la vérité (Paris, 
impr. du Cercle social, 1792 (l'an 4 de la 
liberté), in-S», se termine aussi par un 
vers maxime dont nous demandons à 
connaître l'auteur : 

Vous verrez que chez eux le ciel est sur la terre. 

Puisque nous tenons Nicolas Bonne- 
ville et son Esprit des religions, extrayons 
de cette Genèse de l'illummisme politique 
quelques autres vers, également anony- 
mes, qui demandent qu'on leur cherche 
un père : 

On s'appela Français, ce qui ne veut rien dire. 

Nous n'avons pas besoin de défenseurs si bas 
Eclairez l'univers, mais ne Tembrasez pas. 

TOME V.— •! 



N- 970 



L'INTERMÉDIAIRE 



Et ces deux vers sur le retour du mal- 
heureux Louis XVI dans sa capitale : 

Le bloc royal resta, comttii à Versailleé, 
Sans pudeur, sans eaprit, sans c(tur et ian# et}- 

[trailles. 

BzBLé J. 



Un vers de Lé Blanc— M* Ed. Fournier 

{V Esprit des autres, 4« édit., p. 197) cite 
de cette façon le duriusctile alexanarid dtf 
Le Blanc : 

Crois-tu de ce forfait Manco-Capac capable? 

M. de Pongerville, dans la préface de sa 
traduction en prose de Lucrèce, s'exprime 
ainsi : « Quelque temps apfès la traduc- 
tion de La Grange, parut un essai de tra- 
duction rimée par Le Blanc de Guillet, 
auteur d'une certaine tragédie de Manco- 
Capac, où l'on trouve ce vers, qui dans le 
temps excita l'hilarité du public : 

Crois-tu de cruauté Manco-Capac capable? 

Quelle est la véritable version? Comme il 
y a encore plus de cacophonie dans la 
citation de M. de Pongerville que dans 
celle dé M. Fournier, la citation de l'aca- 
démicien doit être la bonne< Un f>o€te tel 
que Le Blanc de Guillet étant donné, plus 
le vers est mauvais, plus il est de lui, 
n'est-ce pas? Euqorkal. 

Saint lérôtte a-t-il jeté an fan les Sati^ 
res de Perse? — Tout le monde a entendu 
dire qu'un jour saint Jérôme, impatienté 
de ne pouvoir coniprendrê les vers serrés 
et pressants de Perse, les jeta au feu en 
s'écriant que c'était là le seul moyen de les 
rendre lumineux. Je suis comme Bayle : 
je voudrais une bonne caution pour cette 
historiette. Peut-on m 'offrir quelque chose 
de plus solide que le témoignage de Biaise 
de Vigenère, un menteur de la plus belle 
eau? (Traité des chiffres^ i587, in-4, p. 

12.) T. DE L. 

Une vieille enseigne de Paris. -^ Au nu* 

méro 40 de la rue de TEcole-de-Médecine, 
presque au coin de la rue de l'Ancienne- 
Comédie, on voit encore au-desàus de la 
boutique d'un épicier, entre les deux fenê- 
tres du premier étage (quand les persien-« 
nés sont fermées) une sculpture en relief 
oui devait jadis servir d'enseigne en forme 
ae rébus. Cette sculpture représente un 
chapeau à haute forme et à larges bords, 
semblable aux sombreros actuels ou aux 
chapeaux dits de Rubens. Ce chapeau re- 
couvre en partie une ville fortifiée ou un 
fort étoile. 

Je demanderai aux érudits sur le vieux 
Paris quelle peut être la signification de 
cette enseigne? A. Sorel. 



Pétition ronennaise à la GonTention en 
faveur de Lonis XYL^ (^uel est le numéro 
de la Chronique politique et littéraire y 
journal imprimé à Rouen en 1702 et 1793, 
qui renferme la pétition adressée à la Con- 
vention pour garder la vie sauve au roi? 

G. DUBART. 



Sainte Geneviève. — V a-t-il quelque 

biographie ou fragment de biographie de 
la patronne de Paris? ( IV, 314.) Je parle 
seulement de travaux sérieux faits d'après 
les sources et les citant. Quant aux ampli- 
fications de la légende, tout le monde sait 
qu'elles ne manquent pas. Nossiop. 



Mariage de Ricliard de la Pôle. — Pour- 
rait-on me dire quelle est la date du ma- 
riage de Richard de la Pôle, neveu de 
Marguerite de Bourgogne, et père du car- 
dinal de la Pôle (Polus), avec Marguerite 
de Salisbury? T.-F. R. 

Béatrice de Gusance. — Qui pourrait 
m'indiquer le point d^alliance existant en- 
tre Béatrice ae Cusance, princesse de 
Cante-Croix, maîtresse de (Jharles IV de 
Lorraine, avec la famille de Widrange ? 

T.-F. R. 



La naissance et la mort d'Henri Sauvai. 

— Tous ceux c|ui étudient l'histoire et les 
antiquités du vieux Paris connaissent, pour 
les avoir consultés souvent, et toujourff 
avec fruit, les trois volumes publiés sous 
le titre de : Histoires et Recherches des 
Antiquités de la ville de Paris y par 
M. Henri Sauvcfl, avocat au Parlement 
(Paris, 1724. In-fol., titre, caractères rou- 
ges et noirs. Il y a des exemplaires dont 
le titre est en caractères noirs, sous les an- 
nées 1^33 et 1750; mais le titre seul a été 
réimprimé). Depuis 1862, j*ai publié dans 
un autre recueil {Bulletin du Bibliophile^ 
deTechener, année 1862, i5« série, p. 109 
et 192; année iS66, ig* série, p. 22a et 
1173) plusieurs articles dans lesquels j*ai 
tâché de faire connaître la vie et le livre 
de cet avocat au parlement, qui, l'un 
comme l'autre, méritent de fixer l'atten- 
tion. Quant à l'ouvrage imprimé, j 'espère 
avoir démontré que les trois volumes qui 
portent le nom de Sauvai, publiés plus 
d'un demi-siècle après sa mort, ont été 
imprimés d'une manière déplorable; qwe 
non-seulement les manuscrits mis en œu- 
vre par ces premiers éditeurs ont été com- 
plètement tronqués, mais encore que le 
style très-original de l'auteur a été moder- 
nisé, sî je puis dire ainsi, et par conséqueî>^ 
très-dénguré. 

Avant de compléter mes recherches 
par une étude approfondie sur les manu- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



5 



[10 janv. 1869. 



scrits de Sauvai, je désirerais obtenir des 
lecteurs de V Intermédiaire quelaues éclair- 
cissements sur la naissance et la mort de 
Sauvai. 

Quant à la naissance, je n'ai encore au- 
cun document. Ce qu'il y a de sûr, c'est 
que Sauvai était natif de Paris, fils de 
commerçants qui jouissaient des privi- 
lèges de la bourgeoisie, et lui ont laissé en 
biens-fonds une fortune assez grande pour 
ce temps-là. Il avait eu un frère aîné, mort 
avant lui, lequel exerça .les fonctions de 
contrôleur des gabelles. Sauvai recueillit, 
soit de l'héritage paternel, soit de celui 
de son frère, deux maisons, l'une située 
rue de la Savonnerie et l'autre rue de 
Bussjr, auxquelles il faut ajouter deux 
moitiés de maisons, rue Saint-Martin et 
rue de Venise. Par acte notarié en date du 
14 mars 1671, il fit cession de toutes ces 
propriétés à l'Hôpital général, en se réser- 
vant une rente viagère de trois mille li- 
vres, dont il toucha le premier quartier au 
mois de juillet suivant. Tels sont les faits 
qui résultent de pièces originales conser- 
vées aux archives de l'Assistance publique 
à Paris. Quant à J'époque de sa mort, je 
n'ai trouvé encore aucun document qui 
me permette de la préciser; c'est à l'aide 
des pièces dont je viens de parler que j'ai 
pu émettre quelques conjectures à cet 
égard. Cette mort peut être circonscrite 
entre le mois de juillet 1671 et le milieu 
de l'année 1673. Voici sur quoi je me 
fonde : au mois de juillet 1671, Sauvai 
donnait quittance du premier quartier de 
la rente de trois mille livres qu'il s'était 
réservée, sa vie durant, sur ses biens- 
fonds ; dans un décret du 6 septembre 1 673, 
relatif à la maison située rue de la Savon- 
nerie, on parle de cette maison comme 
provenant de la donation de M. Henri 
Sauvalle (c'est ainsi que tous les contem- 
porains écrivent le nom dç Sauvai), vivant 
avocat au Parlement ; d'où il faut con- 
clure que le donateur n'existait plus. Il 
est singulier que les Registres de rétat ci- 
vil ne renferment aucune indication sur 
l'époque où la mort de Sauvai a eu lieu. 
Le document qui le concerne et que je 
viens de citer indique sa demeure comme 
' étant située rue Dauphine. Cette rue dé- 
pendait de la paroisse Saint-André des 
Arts; or. dans les Registres de cette pa- 
roisse, il n'est fait aucune mention de 
Sauvai. Peut-être aussi, suivant un usage 
très-ordinaire de son temps, est-il mort en 
la maison de Saint-Magloire, au faubourg 
Saint-Jacques, où il avait élu domicile 
pour faire donation de ses biens à l'Hô- 
pital général. Peut-être encore avait- il 
quitté Paris pour aller mourir soit dans le 
domaine d'un de ses puissants protecteurs, 
soit même à l'étranger. Sauvai n'avait pas 
toujours habité la France; d'après son té- 
moignage, il avait visité plusieurs villes 
d'Italie et même demeuré à Bruxelles. 



J^ me suis souvent adressé, dans mes 
recherches , à des travailleurs assidus , 
principalement à ceux qui exploitent la 
mine si féconde en résultats des volumes 
qui composent les anciennes Archives de 
l'état ciyil. Parmi ceux-là, je puis nommer 
M. A. Jal, auteur du très-curieux Diction» 
naire critique de Biographie et d'His- 
toire, eic, A la date du i5 juin 1 861, M. Jal 
m'écrivait : « Vous me prenez sans vert : 
« je n*ai rien sur Henri Sauvai; je l'ai 
« cherché beaucoup et partout sans l'aper- 
« ce voir, etc. » 

Le Roux de Lincy. 

Mestre de camp, brigadier des armées 
durci.— Que signifiait, au juste, le titre de 
brigadier des armées du roi , porté simul- 
tanément, sous l'ancien régime, avec celui 
de mestre de camp? T.-F. R. 

Sourds-muets. — Depuis plusieurs an- 
nées, la question des sourds-muets est 
agitée, et beaucoup de savants (contredits 
par d'autres) soutiennent que les maria- 
ges consanguins ont pour résultat de pro- 
duire, en plus grande quantité que les au- 
tres , des sourds-muets et des idiots. Or, 
s'il existe des unions archiconsanguines, 
ce sont celles contractées par les maisons 
princières : elles devraient donc, d'après le 
système de certains savants, présenter en 
masse les infirmités ci-dessus indiquées. — 
On demande en conséquence si quelque 
chercheur pourrait indiquer le nombre des 
sourds-muets qui se sont manifestés de- 
puis un siècle environ parmi les familles 
souveraines et princières de l'Europe, en 
laissant de côté les idiots. Z. A. 



Orfèvres et argentiers des XVII« et 
XVIII* siècles. — Pourrait-on me donner 
les noms des plus célèbres artistes en or* 
févrerie qui ont sculpté au marteau des 
pièces de vaisselle plate sous les règnes de 
Louis XIV et de Louis XV ? S. T. 



Sur un pamphlet contre Catherine de 
Médicis. — De qui est le Discours mer^ 
veilleux de la vie, actions et déportements 
de Catherine de Médicis, 1574? Je l'attri- 
buais à Henri Estienne ; mais le Manuel 
du libraire {X. II, col. 751, dernière édi* 
tion) m'apprend que ce discours n'est 
« probablement pas de ce célèbre impri- 
meur, lequel, personnellement, n'avait pas 
à se plaindre de la reine mère. » D'un au- 
tre côté, M. A.-F. Didot {Nouv. Bio- 
graphie gén,, t. XVI, p. 535) me rappelle 
que M. Sayous, dans ses Etudes sur les 
écrivains français de la Réformation, ap- 
puie du poids de son autorité l'opinion 
qui ne reconnaît ni pour le fond, ni pour 



N« 97.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



8 



la forme, Henri Estienne comme Tauteur | franc, libre, sincère, loyal (vieux français : 



de cet écrit. Si le sentiment de Maim« 
bourg, de Bayle, du Père Lelong, etc., 
doit être abandonné, faut-il croire, avec 
Jean Decker, que Jean de Serres est l'au- 
teur du Discours merveilleux^ ou, avec 
Patin, que c'est Théodore de Bèze? 

T. DE L. 



Recueil d'arrêts du Conseil des Dix. — 

J'ai trouvé en bouquinant un manuscrit 
italien intitulé : Raccolta di sentence ese^ 
guite in Venepa dalV anno 726 ali anno 
1 788, conla naras[ione dei più gravi delitti 
seguiti estratta dalV arcnivio delV Ex. 
Consiglio di Dieciy dal Fedel, P, G. ex- 
secretario del consiglio sudetto. Ce ma- 
nuscrit contient 92 pages de texte et est 
écrit sur un papier format du papier éco- 
lier, mais un peu plus large, ayant pour 
filigranes trois figures ressemblant assez à 
des champignons. Pourrais -je savoir : 
1° le nom de cet ex-secrétaire du Conseil 
des Dix? 2® si un recueil d'arrêts du Con- 
seil des Dix a été publié ? 3^ dans ce cas, 
où, quand et par qui? E. Q. 



Mémoires secrets de Brillât-Savarin. — 
Dans sa Physiologie du goût, Brillât-Sa- 
varin parle souvent de ses Mémoires se- 
crets. Ces Mémoires ont-ils été publiés? 
Si oui, où et quand? J.-E. G. 



Le < Voyage de Saint-Cloud par mer et 
retour par terre. • —Je possède le Voyage 
de Paris à Saint-Cloud par mer, et retour 
de Saint-Cloud à Paris par terre, par 
M. Néel; nouvelle édition, revue et aug- 
mentée. Paris, Daubrée, i8^3. En quoi la 
réimpression que vient de aonner M. L. 
Maillet, libraire, pour les bibliophiles seu- 
lement, diffère -t-elle de l'édition originale, 
à part la carte de voyage, a très-exacte, 
dont le plan a été levé sur les lieux? » 
Quelles sont surtout les autres éditions de 
cet amusant ouvrage ? Prière de donner 
les indications bibliographiques indispen- 
sables. Quels rapports ont le Voyage à 
Dieppe, V Itinéraire de Paris au Mont- Va- 
lérien et retour par Suresnes, et le Voyage 
et retour de Saint-Cloud par mer et par 
terre, de Lottin l'aîné, avec l'ouvrage de 
Néel (Louis Balthazar), littérateur né à 
Rouen, mort en 1754? D. Frion. 



A la bonne franquette et : Â la grosse 
morguienne (II, 200). — La première idée 
qui se présente, c est que cette locution : 
A la bonne franquette , vient du mot 



franceis,f ranci; bas latin : francus,fran' 
qiiitas, exemption de tout service et hom- 
mage, de toute redevance). En ce sens, la 
locution devrait donc se traduire ainsi : 
A la bonne exemption de tout hommage 
et service , par conséquent , sans cérémo- 
nie. — Il se peut encore que cette locu- 
tion, apportée par les émigrations celtiques 
ou gauloises, soit restée au fond de la 
langue française. Or, comme de l'aveu de 
tous les linguistes, les idiomes celtiques 
sont issus de la langue arienne, et que, 
suivant moi, les dialectes sémitiques et 
araméens sont les fils aînés de la langue 
primitive écrite, on peut trouver dans 1 un 
de ces dialectes l'origine rationnelle de 
franquette, — Quant à mordienne, qui de- 
vint plus tard morguienne, j'ai entendu 
des paysans dire mardienne, marguienne^ 
margaine. 

(Alençon.) Daulne. 

— De ces deux locutions adverbiales, la 
première est populaire et a pour radical 
franc. Elle veut dire franchement , libre- 
ment, mais avec une teinte de libertinage 
qui prévient peu en faveur de celui qui 
s'en sert. La seconde n'est qu'un blas- 
phème adouci, une espèce de jurement : 
mort de Dieu! adouci une fois dans mor- 
dienne, puis défiguré dans morguienne, 
sous cette forme employée largement dans 
l'opéra comique pour les rôles de paysans, 
et quelquefois même dans la comédie. 

L. G. L. 



Plumes métalliques romaines (II, Sig]. 
— Une plume ( mieux vaudrait dire 
un Calamus) en bronze, fendue et 
taillée exactement comme nos plumes 
d'oie, et qui paraît identique à celle que 
signale un Savoyard, de Chambéry, s'est 
rencontrée dans les fouilles de l'Amphi- 
théâtre de Nîmes en 1860. — M. Révoil, 
architecte du gouvernement, directeur des 
travaux de restauration de rÀmphithéâtre, 
a communiqué cette trouvaille très-cu- 
rieuse, avec une foule d'autres, à l'Aca- 
démie du Gard, dans sa séance du 16 fé- 
vrier 1861. Cet objet intéressant, et dont 
les spécimens paraissent très-rares, est soi- 
gneusement conserve dans une vitrine du 
musée de Nîmes. (Nîmes.) Ch. L. 



Prendre la poudre d'escampette (II, 
548, 627). —J'appelle M. Ch. d'Oltens 
en champ clos pour prouver l'étymolo- 
gie qu'il nous donne, quitte à prendre 
moi-même la poudre d'escampette si je suis 
battu. Voici mes armes, je veux dire mes 
raisons : 1® Je ne connais pas dans notre 
vieille langue de préposition es; je n'ai ja- 
mais rencontré que l'article locatif è5, dans 
les, qui ne s'identifie jamais avec le mot 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo janv. 1869. 



10 



qu*il détermine : maître es arts; 20.Les 
trois quarts des mots français commen- 
çant par es viennent de mots latins ou 
italiens commençant eux-mêmes par un s 
suivi d'une autre consonne. Latins : spes, 
espoir; spirituSy esprit; stare^ status, sta- 
biiirey ester, estât, establir; espée, spatha; 
estrée, strata, etc. Italiens : stocco, stoc^ 
cata, estoc, estocade; squadrone^ scadron, 
puis escadron; staffiere, estafier; strada, 
estrade; stampa, estampe; scampo, es- 
campe, d'où scampare, escamper, comme 
scappare^ escaper et échapper, etc. Au 
XII !• siècle, on dit espirital (spirituel). 
Comines écrit .'par espécial. Nos paysans 
disent encore : Éstalle (ital. ; stalld), esta- 
tue, escandale, esquelette, etc. L'autre 

âuart, à très-peu d'exceptions près, vient 
e mots latins commençant ou par ces : 
esté, estival, estuaire, estimer, ou par ex : 
estendre, extendere; esteindre , extin^ 
guère; estrange, estranger, extraneus 
(ital. : straniere). Nos paysans ont gardé 
la vieille prononciation de l'x que nous 
avons conservée dans Bruxelles et Auxerre : 
estension, estinttion, escuse, espert, etc. 
Escampe, s'il fallait admettre l'étymolo- 
gie de M. Ch. d'Ottens, serait le seul mot, 
à mon escient, dans la composition du- 
quel entrât l'article es, dans les. 

J'ajouterai que je serais fort estonné 
(extonitus) et fort ébranlé dans mon opi- 
nion si l'on trouvait avant Charles VIII un 
exemple de cette locution. Je m'imagine 
que nos soldats la rapportèrent d'Italie 
sous ce prince ou peut-être sous son suc- 
cesseur, vers l'époque où, dit-on, ils la mi- 
rent si fort en pratique à la journée des 
Espérons (ital. : sprone, sperone), 

F. -T. Blaisois. 

— Des textes nombreux, que je vais em- 
prunter aux archives de Béthune et de 
Lille, prouvent, selon moi, que ce dicton 
appartient à l'histoire de l'artillerie. 

Au XV« siècle, l'argentier de Béthune 
porte en dépense m s. pour deux perches 
de tilleul pour pendre le pestel, dont on 
escampe les poudres et salpêtres; puis il 
mentionne les perches de fresne pour faire 
les escampes; des escampes à querquier 
culleuvrines à ix d. pièce, ajoutant que 
celle qui servait à une grosse narquebutte 
pesait six livres; il parle aussi des lx 1. de 
fer pour les escampes d'un moulin à 
pouare. {Bulletin arch. du Comité hist. 
des arts et monuments, t. IV, p. 366, 
rapport de M. de SaulÈy.) 

A Lille, en 1475, les escampes des ha- 
quebusches coûtent xviii d. chacune. 

En i5i9, un carioteur fournit un mou- 
lin à estamper pouldre, et, en i56i, un 
caudrelier (chaudronnier) livre, pour un 
autre- moulin, quattre potsf d' escampes. 
Trois vireuUes et trois escampes, destinées 
à ce moulin, pesant xxxviii 1., coûtent 

LXXVI s. 



En 1557, l'argentier avait porté en dé- 
pense xxiiii 1. pour ung moUin à faire et 
estamper pouldre, alors que, en 1592, les 
escampes de fonte de cet engin coûtent 
VI s. chacune. (Fq^. mon Artillerie de la 
ville de Lille, p. 40.) De la F.-M. 



Le véritable antenr du « Grand Erratum » 

(II, 684, 763; III, 20). — J'emprunterai 
ma réponse au recueil dont l'Intermé- 
diaire est, pour notre bonheur, devenu 
l'héritier : a Comment M. P. Mérimée 
qui, à tous ses autres mérites, joint celui 
d'être un très-érudit bibliophile, a-t-il pu 
attribuer à un Belge ce qui est bel et bien 
l'œuvre d'un Français? Dans les Curiosi' 
tés historiques, publiées la même année 
que les Mélanges de l'élégant académi- 
cien, on dit avec raison que la brochure 
Comme quoi Napoléon n*a jamais existé^ 
a pour auteur un ecclésiastique d'Agen. 
Je demande à ajouter que cet ecclésias- 
tique est feu M. J.-B. Pérès, ancien orato- 
rien, homme dont la modestie égalait le 
savoir, et qui mit toujours à éviter la célé- 
brité autant de soins que d'autres en met- 
tent à la rechercher. » {Correspond, lit- 
ter. du 25 févr. 1860, p. 182.) 

Richard Cobden (discours prononcé à 
la Chambre des Communes dans la séance 
du I" août 1862, reproduit par le Moni- 
teur du 4 du même mois) cita une bro- 
chure pleine, dit-il, d'ingéniosité et d'hu- 
mour , par l'archevêque Whateley , et 
intitulée : Doutes historiques relatifs à 
Napoléon Bonaparte. Ce livre, ajoutait le 
regrettable orateur, a été écrit il y a 
trente ans (donc en i832, trois ans avant 
l'opuscule de M. Pérès) contre les scep- 
tiques, pour leur prouver que l'on peut 
mettre en avant de bons arguments contre 
l'existence de Napoléon Bonaparte. 

T. DE L. 



Origine du Dindon (III, 2o3, 3i2, 5o6, 
52 1). — Cette nouvelle réponse va peut-être 
embrouiller la question. Mais n'est-il pas 
utile que toutes les opinions soient con- 
nues? ■ 

Dans le Traité de la Police (tome II, 
page 728), j'ai lu ceci : « Jacques Cœur, 
rappelé de son exil par le roi Charles VII, 
aurait rapporté, entre autres raretés, des 
poules de Turquie, Gallinas turcicas, les- 
quelles n'auraient été appelées Poules 
d'Inde qu'un siècle plus tara. » 

Bouche, l'historien de Provence, dit au 
contraire que c'est le roi René qui aurait 
introduit les Dindons en France. 

Enfin, Legrand D'Aussy se fonde sur 
un passage d'un traité de i56o, de re Ci- 
barta, par Champier : a Venere in Gal- 
lias, annos adhinc paucos, aves quœdam 
externœ, quas Gallinas Indicas appel- 



N» 97.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



II 



12 



lant^ » pour conclure que cette importa- 
tion ne remonte guère que vers le milieu 
du XV I« siècle. (Histoire de la Vie privée 
des Français, tome I, page 35o.) 

Albert Tornezy. 

— La plus grosse et une des plus déli- 
cates volailles qui figurent sur nos tables 
n'était pas connue des Romains, peuple 
qui, pourtant, a le renom de ne pas avoir at- 
testé la bonne nourriture, — Un Provençal 
attribue au roi René l'introduction des 
Dindons en France, et presque tous les 
écrivains qui en ont parlé prouvent que 
ce volatile vient des forêts de TAmérique, 
où il était dans l'état sauvage. — Ce fut de 
là que les jésuites l'apportèrent, à ce qu'on 
dit, en Europe, où l'on parvint à l'assujet- 
tir à Tétat de domesticité. Les premiers 
Dindons parurent en France sous le règne 
de Charles IX, et, dans la description des 
noces de ce prince, je vois qu'on en servit 
un qui fut admiré comme une chose ex- 
traordinaire. — On les nomma d'abord, 
comme on les nomme encore quelque- 
fois. Poulets d'Inde^ dénomination qui se 
change en celle de Dindons, sous laquelle 
on les désigne généralement en France. 

Jules Lamazèke. 



Gentilshommes au bec de corbin (III, 

738). — C'étaient des compagnies de gen- 
tilsnommes préposés à la garde du roi. 
Bec de corbin et bec de faucon étaient 
synonymes; mais le dernier est fort an- 
cien, tandis que bec de corbin est usité 
depuis Louis XI. La seconde compagnie 
de ses gardes du corps était armée du bec 
de corbin. Le bec de corbin, ou becquoV' 
sel, était une canne d'armes, une halle- 
barde courte, une pertuisane dont la tête 
rappelait en quelque chose l'ancien mar- 
teau d*armes ; il ressemblait cependant 
plutôt à l'ancienne masse qu'à la pertui- 
sane, et la partie du fer opposée à celle 
qu'on pourrait appeler contondante était 
recourbée et avait de la ressemblance avec 
le bec d'un corbeau ou corbin. En 1474, 
Louis XI créa une compagnie désignée 
prolixement par lui sous le titre de com^ 
pagnie de cent lances des gentilshommes 
de la maison du roy pour la garde de son 
corps. Dès 1494, il y avait une seconde 
compagnie formée des archers attachés au 
service de ces gentilshommes, qui étaient 
obligés d'en entretenir et équiper deux 
chacun. Charles VIII créa une seconde 
compagnie de gentilshommes sous le nom 
à! extraordinaires, par opposition à l'autre 
compagnie, qui s'appelait ordinaire. C'est 
en i564, sous Charles IX, qu'ils prirent 
le titre de gentilshommes au bec ae cor- 
bin. Henri IV ne les employa pas auprès 
de sa personne. Louis XIII supprima les 
deux compagnies en 1629. Par ordonnance 
et déclaration de x 648 et de 1 649, Louis XI V 



les rétablit dans sa maison militaire. Ils 
assistèrent effectivement à la cérémonie du 
mariage du roi, en 1660. La deuxième 
compagnie fut dissoute en 1688; l'autre, 
qui eut potir capitaine dernier en date 
Lauzun, mt abolie sous Louis XV, en 1 724. 
Potier dit cependant qu'il existait encore 
nominalement des gentilshommes au beç 
de corbin ^ons Louis XV, mais ils n'étaient 
plus militaires : c'étaient des roturiers 
achetant des emplois de gardes en cette 
compagnie pour étr« es^empts de la taille. 

A. Nalis, 

— M. Chéruel, dans son édition des 
Mémoires de Saint-Simon (t. IV, p. 394), 
répond par une note ainsi conçue : « Les 
becS'de-corbin, ou gentilshommes à bec 
de corbin, formaient deux compagnies de 
la maison militaire du roi. Ils tiraient leur 
nom de leur hallebarde en forme de bec 
de corbin. La première compagnie avait 
été instituée par Louis XI, en 1478. Char- 
les VIII établit la seconde, en 1497. ^^P" 
primées sous Louis XIII, ces deux com- 
pagnies furent rétablies par Louis XIV, et 
dénnitivement licenciées sous Louis XVÏ, 
en 1776. Les gentilshommes à bec de 
corbin précédaient le roi dans les grandes 
cérémonies en marchant deux à deux. » 
Saint-Simon est une mine presque inépui- 
sable de réponses aux questions concer- 
nant le grand siècle, le grand roi, et la 
grande étiquette qui gouvernait Tun et 
l'autre. Il s'agit seulement de raccrocher 
les premières aux dernières dans les dix- 
neuf ou vingt volumes de l'édition in-8*, 
ou dans les treize in- 12 compactes de la 
dernière édition, ce qui n'est pas toujours 
bien facile. — Dans ce même t. IV, p. 161, 
je signale, en passant, l'expression râpés 
de V ordre, tout aussi énigmatique que les 
gentilshommes au beç de corbin. — Saint- 
Simon prend soin d'expliquer lui-même 
ces râpés de V ordre : « Ce sobriquet (4onné 
à certains officiers de l'ordre du Saint- 
Esprit) est pris de l'eau qu'on passe sur le 
marc du raisin après qu'il a été pressé. 
Cette eau fermente sur le marc et y prend 
une couleur et une impression de petit vin 
ou de piquette, et cela s'appelle un râpé 
de vin* » Qz, 




ment ce dicton d<3nt j'essaye de disputer 
l'étymologie contre M. J. P. — jL'ai- 
guillette n'était pas du tout une aiguille , 
mais un lacet, un cordon, sans doute ferré, 
qui, faisant l'office de nos boutons, servait 
à fermer les habits , à les attacher les uns 
aux autres, et aussi aux pièces de larmure 
(voir la cinquième des Cent Nouvelles 
nouvelles). Nouer r aiguillette était donc 
une excuse ironique que Ton fournissait au 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo janv. 1869* 



î3 



14 



babilan : s'il ne faisait œuvre, ce n'était 
pas défaut de nature, mais impossibilité 
de se débarrasser d'un vêtement que Tai- 
guillette retenait d'un nœud trop gordien. 
Le Moyen de parvenir, cependant , indi- - 
querait une autre étymologie, car, selon 
1 une de ses facétieuses histoires, le malé* 
fice s'exerçait en nouant effectivement une 
aiguillette; et tant que ce cordon restait 
noué , celui qu'avait nommé la sorcière en 
faisant le nœud eût mérité et justifié la 
confiance la plus intime du Grand Turc, 
Dans le Moyen de parvenir (stance 58), 
un jeune homme fait ensorceler ainsi son 
rival, qui épouse celle à qui ils prétendaient 
tous deux. Le maléfice est si complet qu'il 
amène la dissolution du mariage, et la 
quasi-veuve épouse l'auteur de l'enchan- 
tement; mais le jour même de ces secon- 
des noces, le hasard lui fait trouver « une 
aiguillette violette nouée, qu'elle prit sans 
Que Ton s'en aperçût ». C'était celle dont 
1 effet avait annule son premier mari. Une 
fois qu'elle la tient, elle s'échappe de chez 
le second et court retrouver le premier, 
qu'elle aimait malgré le maléfice; et l'au- 
teur, exact, n'oublie pas de dire « au'étant 
arrivée chez R... elle dénoue l'aiguil- 
lette». O. D, 

Le droit du Santerre (IV, 134, etc., 
344). — Je n'ai pas l'honneur d'être fer- 
mier, ni même propriétaire aux environs 
de Péronne; mais il ne me semble pas 
qu'il faille se consoler plus lestement (co- 
lonne 345) que M. le procureur général 
Sandbreuil, ou notre corépondant E.-G. 
P. (col. 278-280). Quand les propriétaires 
auront disparu du Santerre, je veux croire 
qu'ils ne réclameront pas ; et les fermiers 
qui s'enrichissent à bonne vitesse, par ces 
a moyens moraux » que le chef du Par- 
quet d'Amiens a caractérisés , n'en se- 
ront pas même réduits aux a transactions 
amiaoles » dont on se paye trop volontiers, 
selon moi. Le droit du Santerre s'étein- 
dra-t'il? — j'en doute... puisque MM. les 
fils desdits termiers passeront, en partie, 
gens de loisir I 

Le fait est simple et déplorable : les in- 
térêts coalisés dominent , depuis nombre 
d'années, dans le Santerre, le droit, les 
gens de justice... et les principes de 89 ! 

P^r le bail, la ferme est constituée en 
véritable fief, et à côté du fermage, — de- 
voir annuel , — se présente , aux prolon- 
gations et renouvellements, une sorte de 
don gratuit: le pot-de-vin. C'est Venga- 
gère des duchés de Lorraine et de Bar, — 
aliénation que le premier contrat proclame 
passagère , en stipulant le rachat en bloc 
pour une somme de deniers ; mais aliéna- 
tion presaue toujours perpétuelle, parce 
que la noblesse est prodigue et besogneuse, 
et que les prêteurs, qui grandissent , ne 
sommeillent pas. La mçiileure raison de 



ces fortunes croissantes, réside enfin dans 
cet oubli constant du pouvoir de la mon- 
naie, que M. Sandbreuil semble accuser 
avec surprise , et sans que je me range à 
son avis, sur la prétendue misère des 
temps voisins du XI I^ siècle. En est-on 
réduit encore à conseiller aux proprié- 
taires, qui ne seront, dans cette hypothèse, 
ni femmes, ni vieillards^ ni mineurs» la vie 
que s'est imposée un liomme énergique 
(M. dç La Fons?), et se dire que l'impôt 
s'acquitte en Santerre, sans qu'il y ait 
échange de cettç protection efncace, qui 
demeure sa justification naturelle et clas- 
sique? H. p£ St 

La petite oie des Précieuses (IV, 261, 
348). — Bret, dans son commentaire sur 
les œuvres de Molière, s'exprime ainsi au 
sujet de la petite pie ^ dont Mascarill^ 
parle, en ces termes, dans la scène X des 
Précieuses ridicules : « Que vous sem- 
ble de ma petite oie? La trouvez-vous 
congruente a l'habit? » La petite oie se 
disait alors des rubans, des plumes et dps 
différentes garnitures qui ornaient l'habit, 
le chapeau^ le nœud de Tépée, les ba^ ^t 
les soulier^! n ^^ ^ffpt , Cathos répond à 
Mascarille : « Tout à fait. » Mascarille 
continue : a Le ruban est bien choisi, » et 
la précieuse Madelon, renchérissant sur le 
tout à fait de Cathos, s'écrie : a Furieuse- 
ment bien; c'est du Perdrigeon tout pur. » 
Or, comme on sait que Perdrigeon était, 
à cette époquej le marchand en vogue qui 
fournissait aux gens du bel air tous les or- 
nements des beaux costumes de la ville et 
de la cour, on a presque la preuve que 
Bret a donné le véritable sens de la petite 
oie dans son commentaire. 

Richelet, dans son Dictionnaire, édition 
de 1732, parle bien de la petite oie \ mais 
il ne dit que ce que nous savons déjà: 
a On entend , par ces mots, les rubans, la 
garniture et tout ce qui sert à l'embellisse- 
ment de Thabit. Que vous semble de ma 
petite oie? Mol., prêt. » Puis il ajoute, ce 
que nous ne savions pas encore: « Ces 
mots se disent en termes d'amour et signi- 
fient toutes les petites faveurs que fait une 
maîtresse à son aimant : Je n'ai eu de la 
belle Iris aucune faveur solide , mais j'en 
ai toute la petite oie, n Napoléon L^^4^is 
et Bescherelle copient à pçu de choses pràs 
le commentaire de Bret et n'en disent pas 
davantage. 

Nous avons donc bien maintenant le 
vrai sens de la phrase de Molière ; mais 
nous n'avons pas encore l'origine de cette 
façon de parler. Cependant, en astfonon^le. 
Voie étant une petite constellation, il se 
pourrait que les amants précieux et ridi- 
cules eussent appelé d'abord leurs ridicules 
et précieuses amantes leur petite oie pour 
dire mon étoile , celle que j élève jusau'au 
ciel , celle dont le cœur et la pensée ae 



No 97.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



i5 



16 -- 



font qu'un avec ma pensée et mon cœur 
— le mot constellation étant formé de cum, 
avec, ensemble, et de Stella^ étoile; — puis 
ensuite , comme cela arrive presque tou- 
jours, qu'on ait pris la partie, pour le tout, 
de cette étoile , de cet amant , de cette 
amante qui brille et qu'on aime le plus, et 
qu'on ait donné le sens de petite oie aux 
objets qu'on remarquait et qui plaisaient 
le plus sur une personne ou sur une chose, 
qui attiraient le plus soit en bien, soit en 
mal dans les péripéties de l'amour. Quoi 
qu'il en soit de cette donnée étymologique, 
et ne sachant où trouver mieux, nous lais- 
sons aux habiles lecteurs de Vlntermé- 
diaire le soin de parfaire ces recherches. 



Monographies et notices sur H. de Bal- 
zac (III, 106; IV, 366). — La notice sur 
Balzac, qui figure en tête des Femmes de 
Balzac (Paris, Jannet, i852, gr. in-S», fi- 
gures et portraits grav. d'après les dessins 
de Staal), aurait été, dit-on, ébauchée par 
la sœur de Balzac, M"« de Surville, qui 
serait l'auteur du livre. Le bibliophile Ja- 
cob, qui a signé cette notice, n'a fait que la 
récrire en la complétant et en la modifiant. 

M. V. 

— Il est utile de consulter sur cet objet le 
Catalogue de la bibliothèque de feu Ar- 
mand Dutacq^ accompagné de notes du 
bibliophile Jacob (p. 4) et publié en 1837 
à la librairie Techener. M. Dutacq s'était 
attaché à réunir les récits o du plus fécond 
de nos romanciers, » ainsi que les jour- 
naux où il avait éparpillé des articles. 

II reste aussi un point à examiner, les 
traductions en langues étrangères des 
livres de Balzac. Les Allemands, ^ui tra- 
duisent beaucoup, ont, à coup sur, fait 
passer dans leur idiome une grande partie 
de ces récits qui eurent tant de vogue. 
Quant à l'Angleterre, j'ai sous les yeux 
un catalogue de tous les ouvrages publiés 
à Londres, de 181 5 à 1843; le nom de 
Balzac n'y brille que par son absence. Je 
crois pouvoir affirmer qu'il existe des tra- 
ductions espagnoles. (Rouen.) F. D. 



Hnguenot , Parpaillot ( IV , Soi ). — 
M. A. B. D. n'a qu'à ouvrir le Diction- 
naire de Trévoux, il aura à choisir entre 
une douzaine d'étymologies pour le mot 
Huguenot. Quant au mot Parpaillot, que 
Ménage écnyait Parpaillaut,r abbé Bor- 
delon n'a fait que reproduire ce qu'en di- 
sait ce même Dictionnaire de Trévoux, 
trop peu consulté aujourd'hui. 

Alf. de Courtois. 



a Plaintes des Eglises réformées en 1597 » 
(IV, 263).— Ces Plaintes se trouvent dans 



le tome VI des Mémoires de la Ligue, in-4, 
édition de 1758, p. 428-486. M. A. B., fo- 
rézien, apprendra avec regret que le ter- 
rible cure de Saint- Etienne n'est pas 
nommé dans ces Plaintes. Woic'i le passage 
qui le concerne (p. 453} : « Le curé de 
Saint-Etienne-de-Suran (sic. Faute d'im- 
pression, pour Fur an), lorsqu'il porte son 
hostie par la ville aux malades, s'il voit 
quelau'un qui se détourne, court après à 
granae force, et l'aiant atteint, s'il refuse 
de se prosterner, le bat à grands coups de 
poing, ou du bâton de ia croix. Ainsi le 
treiziè;ne septembre dernier, il en battit 
tant un marchand de Nîmes, âgé de 73 ans, 
nommé Bertrand Guillaume, dit Fortunat, 
venu là seulement pour la marchandise, et 
lui en donna tant de coups par la tête, 
qu'il en resta grièvement malade. » Il est 
encore question de l'intolérance du curé de 
Saint-Etienne (p. 454). Les protestants fu- 
rent molestés à Saint-Etienne par d'autres 
que par le curé (p. 436, 438, 467). Si M. 
A. B. le désire, je ine ferai un grand plaisir 
de lui envoyer copie de tous les passages 
que je viens d'indiquer. T. de L. 

— Elles se trouvent dans les Mémoires de 
Duplessis-Mornay, à qui on les attribue, je 
crois, non sans raison. Elles ont aussi été 
publiées à part en un petit volume in-i8. 

S. D. 



Date de la mort dn maréchal de Biron 

(IV, 264). — Moréri, Bayle, la Nouvelle 
Biographie générale, s'accordent à dire 
que le premier maréchal de Biron fut tué 
le 26 )uillet 1392. Je retrouve la même 
date dans V Histoire des Guerres civiles de 
France, psLT Davila (i), et je crois que c'est 
la bonne. Quant à la date donnée par la 
lettre de Henri IV, je suppose qu'elle 
n'existe qu'en vertu d'une faute de lecture, 
et je le suppose d'autant plus fortement 
que les fautes de ce genre sont plus com- 
munes dans le recueil de M. Berger de 
Xivrey. Puisque nous en sommes au ma- 
réchal de Biron, qu'il me soit permis de 
rappeler qu'aucune réponse n'a encore été 
faite à ma question intitulée : Le Maréchal 
de Biron et ses maximes de guerre (II, 
2 2 g). Après plus de deux ans d'attente, 
n'ai- je pas le droit de sonner de nouveau à 
la porte des savants bibliophiles qui pour- 
raient si bien satisfaire ma curiosité? 

T. DE L. 



Empérière (IV, 289). — Se trouve dans 
le Glossaire de la langue romane, de Ro- 
quefort, avec la signification : « Qui ex- 
celle en toutes choses, » et avec celle a d'im- 



(i) Cheverny, Brantôme, le président De 
Thou, Mézeray, etc., n'ont pas indiqué le jour 
de la mort d'Armand de Biron. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo janv. i86g. 



17 



18 



pératrice. » Roquefort cite à l'appui ces 
vers du Roman de la Rose : 

Si voudroie ores mieux, dist-elle^ 

Qu'estre Emperière appellée. 

Le Dictionnaire étymologique de Mé- 
nage (Paris, 1694) donne emperière, sorte 
de rime. — § Cette rime est dite empe- 
rière^ dit Charles Fontaine dans son Art 
poétique, pource qu'elle ha triple cou- 
ronne : 

En grand remord Mort mord 
Ceux qui parfais, fais, fais, 
Ont par effort, fort, fort, 
De clers et frais, rais, rès. 

Le Dictionnaire de Trévoux dit que « le 
vieux mot emperière signifie empereur, 
impératrice... On disait emperière autre- 
fois non-seulement au propre pour la 
femme de l'empereur, mais aussi pour les 
choses du genre féminin qui avoient quel- 
que autorité, prééminence, excellence. » — 
Montaigne (Essais, 1602, p. 88) appelle la 
coutume « la royne et emperière du monde. » 
— Nicot se plaint que l'on quitte emjfé- 
rière, qui est tout français, pour impéra- 
trice, qui est latin (Noël et Carpentier, 
Pict, étymoL), 

(Grenoble.) N. M. 

— Ce mot se trouve dans le Dictionnaire 
de Trévoux, et était déjà vieux à cette 
époQue ; on disait même empérier : 
« L empérier de l'Indoustan. » Il s'em- 
ployait au figuré : « La charité est l'empé- 
rière de toutes les vertus. » — Rime empe- 
rière : celle dans laquelle la syllabe qui 
faisait la rime était précédée immédiate- 
ment de deux syllabes semblables et de 
même terminaison : 

« Qu'e5-tu qu'un immonde, monde, onde. » 

H. G. 

— Le mot est mentionné par Ménage 
{Dict, étym. delà langue française, Paris, 
ijSo) sans accent aigu, et ainsi défini: 
« Sorte de rime. Thomas Sibilet, dans son 
« Art poétique, liv. II, chap. dernier : 
« Rime emperière est espèce de couron» 
€ née. Et est dite emperière parce qu'elle 
tf a triple couronne, çtc. » 

Alf. de Courtois. 

— Rien d'étonnant qu'en iSjô on ait 
écrit le mot emperière, puisque c'est celui 
dont se servaient alors les écrivains pour 
désigner ce que nous nommons mainte- 
nant impératrice^ et qu'il était encore em- 
ployé au i7« siècle. En effet, un auteur de 
grand mérite, quoique peu connu, Jean de 
Schelandre, qui, plus de deux siècles avant 
M. Victor Hugo, a proclamé et pratiqué 
les préceptes de la préface de Cromwell, 
fait dire encore en 1C08 à son héroïne, 
dans Tyr et Sidon, tragi-comédie : 

O femme du Tonnant, Emperière des cieux ! 



(Acte II, scène 11. Ancien Théâtre Fran» 
çaiSy t. VIII. Paris, Paul Jannet, i85ô. 
Voir aussi Glossaire, t. X de la même col- 
lection.) 

- Le Dictionnaire de Littré, à l'article 
Empereur^ donne les anciennes formes au 
masculin empereres^ empereor, empe- 
reour, emperière; puis il cite un exemple 
où se trouve emperière pour impératrice. 
A l'article Impératrice , il indique seule- 
ment l'ancienne forme empereris. 

Le Dictionnaire du vieux langage, de 
Lacombe , ne contient que le mot Àm- 
pière, empire, royaume, puis au Supplé- 
ment : Empery, empereur, Impere, em- 
pire. Z. A. 

Date, Epoqno, Ere (IV, 290). ~ Il serait 
bien long de répondre à la très-courte 
question de M. A. S. Me permettra-t-il de 
le renvoyer au \" volume du Dictionnaire 
de Bibliologie de Peignot, article Date? 

H. PAS(iUIER. 

— Date, du latin datum (donné), men- 
tion que l'on mettait autrefois au bas des 
lettres, des actes, en marquant, en indi- 
quant le jour, le mois, l'année. 

Ere, du latin cera^ ère, certains points 
du temps, d'où l'on part pour compter les 
années. Ces points de temps sont remar- 
quables par quelque événement qui a or- 
dinairement eu de grandes conséauences 
dans le monde, comme la création, la nais- 
sance de Jésus-Christ, la fondation de 
Rome, etc. 

Epoque, du grec epochê, qu'on retient, 
qu'on nxe dans le cours du temps pour in- 
diquer le moment où un fait a eu lieu ou 
aura lieu. Dne. 

— Date vient du latin data^ par ellipse 
de charta, pagina, ou epîstola , papier ou 
feuillet donne, missive donnée. Ancienne- 
ment, alors que la langue des Romains 
était universelle, il était d'usage d'inscrire 
au bas de la pièce d'écriture le mot data , 
suivi du quantième du mois et du millé- 
sime de 1 année. Avec le temps, le mot 
français donnée, remplacé chez nous data : 
donné au Louvre, par exemple, le 8 sep- 
tembre iôi5. Or, ahn d'être sur-le-champ 
et sans peine saisissable à Tœil, cette in- 
dication du lieu, du jour et de l'an se 
traçait le plus souvent en caractères 
rouges, semblables à ceux des missels ou 
autres livres et prenait pour cela le nom 
de rubrique. De là l'expression si usitée ; 
nous recevons « sous la rubrique » de 
Grenoble, 3 décembre 1867, 

Ere a pour racine ceris , génitif de ces, 
airain. A Rome, quand un événement 
mémorable entre tous venait de s'accom- 
plir , le grand prêtre, que regardait d'ail- 
leurs le soin de composer et de notifier le 
calendrier , enfonçait dans le mur du 
temple un clou d'airain , et il indiquait 



N- 97.] 



L'INTERMKDIAIRE 



ï9 



20 



par là qu'un nouvel ordre de choses, une 
autre série d'années venait de commencer. 
Par analogie , on appelle ère , en chrono- 
logie, un fait culmmant oui sert de point 
de départ et comme de jalon dans la sup- 
putation du temps. 

Epoque dérive du grec hzoyi^y dans le- 
quel entrent Ij^w et hzi^ je m'arrête sur. 
L'époque est en efiFet un notable événe- 
ment qui est pris pour point à' arrêt ^ et 
par suite pour point de repère dans l'é- 
tude de l'histoire. Du haut de ce fait 
insigne, notre regard se dirige tour à tour 
sur ce qui a précédé et sur ce qui suivra. 
Ainsi le voyageur, parvenu au sommet 
d'une montagne, mesure de l'œil, arpente 
de la pensée et ce qu'il a fait déjà et ce 
qu'il doit faire encore d'efforts et de che- 
min. L'époque est subordonnée à l'ère, 
comme la période est comprise dans 
l'époque. (Grenoble.) J. P. 

Pondre de riz ou poudre d'iris ? (IV, 2 90}. 
— Pourquoi pas tous les deux ? 

Th. Pasquier. 

— Mais il y a poudre de riz et poudre 
d'Iris! Les écorchures que le séjour au lit 
va faire naître ou aggraver chez un malade, 
les érésipèles, les démangeaisons que le 
rasoir a provoqués sur le visage, se traitent 
ou s'atténuent par des placages plus ou 
moins épais de poudre farineuse. Les 
amidons la fournissent, sans qu'il soit né- 
cessaire d'indiquer au commerce sous 
quelle étiquette le consommateur s'en ac- 
commodera le mieux. Quant à la poudre 
de racine d'iris, son rôle ne se borne pas à 
la confection de sachets odorants, pour 
parfumer certains accessoires de toilette ; 
et ses nuages , discrètement répandus , 
donnaient et donneront aux boucles crê- 
pées des blondes, une harmonie vaporeuse 
et un maintien gue les chignons du jour 
n'ont pas ambitionnés. H. de $. 

— Nous pourrions rappeler à l'hono- 
rable questionneur ce que disent Horace 
et Boileau : Brevis esse laboro, obscur us 
fio. 

J'évite d'être long et je deviens obscur. 

Mais à travers le laconisme de sa de- 
mande, nous avons cru lire le véritable 
sens de sa question qui est : Doit-on dire 
poudre de riz ou poudre d'iris? Quel est 
le mot propre? Et de ces deux poudres, 
quelle est celle que les femmes et même 
quelques hommes emploient pour leur toi- 
lette? Nous nous empresserons donc de 
répondre : c'est la poudre de riz qui sert 
à enfariner le visage des raffinés et des pré-- 
cieuses de 1868, et c'est la poudre d'iris 
qui, légèrement mêlée à la poudre de riz, 
procure à cette farine une odeur de vio- 
lette. On dit donc et peut dire : poudre de 



riz, et : poudre d'iris. L'un et Tautre ont 
leur spécialité ; l'un et l'autre ont leur 
vertu spécifique. La racine d'iris , dont la 
farine est d'un blanc un peu jaune, est as- 
tringente et aromatique. Elle était autre- 
fois employée, comme astringent et à 
l'usage interne, par l'ancienne médecine. 
Mais nous avons changé tout cela ! Aujour- 
d'hui on ne s'en sert plus que comme 
agent odoriférant. L'iris dont la racine 
sent la violette vient de Florence. Le riz 
dont on fait la poudre ou farine pour la 
toilette est aussi astringent et en même 
temps adoucissant pour la peau. Quand il 
vient de la Caroline , sa farine est plus 
blanche ; mais le riz qu'on doit employer 
pour l'alimentation doit venir du Pié- 
mont parce qu'il est de meilleur goût et 
plus nourrissant. 

Maintenant , après avoir mis indûment 
un bonnet de docteur que de plus méri- 
tants changeront peut-être en bonnet 
d'âne, nous nous permettrons de finir par 
cette plaisanterie sur la phrase donnée 
par M. de la Taille^ en disant que la 
poudre de riz peut être aussi la poudre 
d'iris, si cette poudre date du dix-hui- 
tième siècle , et si elle a appartenu à cette 
Iris qu'ont chantée presque tous les poëtes 
et dont le nom a fait dire au satyrique 
Despréaux : 

Pour quelque Iris en l'air faire le langoureux. 

J.-T. L. 

— Il ne nous semble pas douteux qu'il 
faille dire poudre d'iris, comme autrefois ; 
la poudre de rii^ ayant la même couleur, 
le même parfum que la poudre d'iris, et 
servant au même usage, à cela près qu'au 
lieu de la chevelure, c'est le visage qu'on 
en saupoudre aujourd'hui. Je pourrais 
faire bien des citations à ce sujet, mais je 
n'en ai qu'une sous la main, la voici. C'est 
un passage de la Muse historique de Loret, 
Lettre du 10 déc. i65i : 

Tous les blondins du camp d*Harcour 
S'en sont retournez à la Cour, 
Où l'on entend moins de fanfares 
Mais des concerts beaucoup plus rares... 
Mais plus de gens poicdres^ d'iris, eti. 

Ed. F. 

L'écrivain anglais Th.-E. May (IV, 293). 
— Voici, sur ce contemporain, quelques 
détails qui pourront donner une première 
satisfaction à la curiosité à\m chercheur» 
Thomas-Erskine May, né en 181 5, fut 
élevé à Bedford-School. Il était, en i83i, 
bibliothécaire adjoint de la chambre des 
communes. En iSSg, il entra au barreau 
à Middle -Temple. ï)t nombreux articles 
relatifs à l'économie politique, à l'histoire, 
à la biographie, furent fournis par lui à la 
Penny Cyclopœdia, En 1844. il publia 
sur les privilèges et les procédés du par* 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 janv. 1869. 



ai 



— 22 



lement Un maâuel qui fit autorité, eut plu<> 
sieurs éditions et fut traduit en allediand 
et en hongrois. D'autres traités sur les tra- 
vaux parlementaires lui valurent divers 
emplois dépendant de la chambre des 
communes, ^Is que ceux d'Examinateur' 
pour les bills d'intérêt privée et, en i856, 
de Clerc*as$istant4 Ces fonctions ne l'em- 
pêchaient pas de poursuivre ses études sur 
le droit public; il fut l'un des collabora» 
teur de VEdinburgh Review et du Law- 
Magasine, Enfin, en 1861, il publia son 
Histoire constitutionnelle de V Angleterre^ 
qui, adoptée chez nos voisins comme une 
continuation du célèbre ouvrage d'HalIam, 
a eu déjà deux éditions , et qui, réimpri-* 
mée aux Etats-Unis, traduite ein alle- 
mand,- va être enfin, grâce à M. de Witt, 
connue des lecteurs français si lents à 
s'assimiler les productions étrangères etl 
dehors des romans et de la littérature fa- 



cile. 



E.-J.-B. R. 



L« oouvént des OiaMtiz (IV» 294^ 3^9). 
— La réponse se trouve dans Ca vie de 
la révérende mère Marie^Anne^ Maria de 
la Frugla^e^ religieuse de la congréga- 
tion^ de Notre-Dame, chanoinesse régw 
Hère de Saint-Augustin au second mo- 
nastère de PariSf dit des Oiseaux , rue de 
Sèvres y 86. Paris, 186 5. — En 1818, une 
communauté religieuse de Tordre de la 
congrégation de Notre-Dame, fondé vers 
la fin <lu XVJe siècle par le B. Pierre 
Fourier, curé de Maltaincourt (Vosges), 
« loua dans la rue de Sèvres, au coin.du 
boulevard des Invalides, l'hôtel de Mory. 
Cet hôtel avait été vendu précipitamment 
en 93 par M. de Mory^ caissier général de 
la compagnie des Indes, forcé d'émigrer. 
Métamorphosé en prison pendant la ter- 
reur, l'hôtel avait ensuite reçu les élèves de 
l'Ecole polytechnique; puis, d'hôpital mi- 
litaire, il était devenu pensionnat de jeunes 
personnes. Or, avant de passer par des 
phases si diverses, cette demeure avait 
reçu déjà la singulière dénomination d'Ho- 
tel des Oiseaux. Et voici comment. L'un 
des propriétaires ou des locataires (M. le 
marquis du Lau d'Allemans, dit la tradi- 
tion) avait établi, dans son jardin, d'im- 
menses volières quil entretenait à grands 
frais. Son peuple ailé , appelé de tous les 
points du glooe et royalement entretenu, 
divertissait les allants et venants du boule- 
vard, grâce à la grille à jour, aujourd'hui 
murée ^ qui entourait son enclos. On ap- 
pela son habitation elle-même VHôtel des 
Oiseaux, On oublia vite le nom du pos- 
sesseur. On ne garda mémoire que de ses 
oiseaux, lors même qu'ils eurent disparu; 
et bon gré, mal gré, quand vinrent s'éta- 
blir là les religieuses, elles héritèrent du 
même nom : on les appela les religieuses 
des Oiseaux, » / t^'H. 



La lionaa TiêlUe Quotidiannô de M. Mi- 
ohand (IV, 35o). — M. P. Paris est-il bien 
sûr de ne s'être pas trompé en voulant me 
rectifier? Je viens d'y regarder A plusieurs 
fois et je me persuade que c'est bien ATi- 
chaud, et non Michaut, qu'il faut écrire, — 
à moins que tous les dictionnaires biogra- 
phiques aient tort à cet égard, et que 
M. Michaud lui-^même ait ignoré la véri- 
table orthographe de son nom. Ne s'agit-il 
pas de J. •'F. Michaud, de l'Académie 
française, de l'auteur du Printemps d*un 
Proscrit, de YHistoire des Croisades^ de 
l'éditeur (avec Poujoulat), de la Collection 
des Mémoires pour servir à V Histoire de 
France, de la Biographie universelle, enfin 
de cette jolie continuation de V Abrégé 
chronologique de V Histoire de France, du 
président Hénault, où l'Intermédiaire a 
signalé, il y a quati'e ans, ce mémorable 
flagrant délit de taux en matière historique, 
relativement à la prétendue translation des 
restes déjà violés et disparus de Voltaire et 
de Rousseau, à la date du 2 janvier 1822 ? 
Est-ce moi qui fais erreur? P. M. 



Les « Entretiens • deTôvêque Majoli.— 

Simon Majoli, né à Asti, en Piémont, est 
l'auteur d'un ouVrage intitulé : Dies cani- 
cuLARES, Hoc est Colloquia tria et vigenti 
physica, nova et penitus admiranda, ac 
summa jucunditate concinnata, quihus 
pleraque naturce admiranda,.. recensen- 
tur.,. Ursellis, in archiepiscopati Mogun- 
tinensi. 1600, in-4 de 824 p., plus un 
index de 122 p. Fruit d'une immense lec- 
ture, ce livre n'est qu'une compilation in- 
digeste et sans critique où sont recueillis 
tous les faits extraordinaires que l'on ren- 
contre dans les auteurs. Il y a trois ans 
(Interméd., I, 3i8j, un libraire établissait 
un rapprochement entre lui et M. Miche- 
let, à cause des titres de quelques-uns des 
entretiens : Mulier, Mare, Insecta, Saga *, 
ce qui n'avait rien d'étonnant, le bon évê- 
que parlant à peu près de tout. Mais les 
libraires ont beaucoup d'imagination quand 
il s'agit de faire valoir leur marchandisej 
et celui-ci la mettait à, un bon prix. Quoi 
qu'il en soit, ayant réussi à me procuref 
le bouquin sans dépasser un chiffre raison- 
nable, le puis donner aux lecteurs de \ In- 
termédiaire une idée de son contenu, et 
leur faire comparer, sans frais, la manière 
de Majoli à celle de Michelet. Peut-être 
jugeront-ils, comme moi, que le moins 
édifiant des deux n'est pas celui qu'on 



(i) Cependant je n'ai pas trouvé ce dernier 
titre, et la table ne fait mention ni de sorciers 
ni de sorcières. 



N- 97.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [10 janv. 1869. 
— 23 24 

pays, et Guichardin a vu le tombeau et 
l'inscription qui relate Thistoire. Ainsi cela 
doit être vrai, et dès lors, il n'y a plus rien 
d'étonnant dans le fait de la comtesse (en- 
core une comtesse !) Hirmentulde de Ar- 
telf, qui eut 22 enfants à lajfois, et dans 
celui d'une femme citée par Albert le 
Grand, qui en eut 145 de ta. grosseur du 
doigt : au demeurant, parfaitement confor- 
més. Le théologien admire de tels prodi- 
ges, et remarque que Dieu permet aussi 
aes accouchements spirituels monstrueux. 
Ainsi dans cet horrible siècle (le XVI«), la 
seule Allemagne a mis au monde plus de 
trois cents hérésies. L'accouchement de 
Marguerite est monstrueux ; celui de l'Al- 
lemagne est plus monstrueux encore. 

Arrêtons-nous à cette pieuse réflexion. 
Le reste de l'entretien, où il est question 
de malheureuses qui donnent le jour à des 
chiens, à des serpents, etc., nous mènerait 
trop loin. . . sat prata biberunt, E. P. 



pense. Je choisis le troisième entretien in- 
titulé Mulier. Il a lieu, comme tous les 
autres, entre trois personnages, un Cheva- 
lier y un Philosophe y un Théologien, Le 
philosophe dit que la femme est d'une na- 
ture supérieure à l'homme, car celui-ci a 
été formé du limon de la terre, et hors du 
paradis terrestre, tandis que la femme est 
sortie de la noble substance d'Adam, et 
qu'elle a reçu l'existence dans le paradis 
même. Cette raison, approuvée par le 
théologien, lui explique pourquoi la femme 
est plus délicate que l'homme, et moins 
propre au travail. Elle est aussi plus faible 
d'esprit ; les grandes études lui sont inter- 
dites, ainsi que les occupations politiques. 
A l'homme de commander; à elle d'obéir: 

Du côté de la barbe est la toute-puissance. 

La seule misdon de la femme est de 
conserver la race humaine. A cela se doi- 
vent borner ses travaux et ses études, 
o Quelle est la femme que vous estimez le 
plus ? disait M™« de Staël à Napoléon. — 
Madame, celle qui fait le plus aenfants. » 
Tel paraît être le sentiment du théologien. 
On parle ensuite des hermaphrodites, et 
on en cite Quantités d'exeniples. Le 
chevalier regarde comme abominable l'u- 
nion de deux hermaphrodites, et il pense 
Îue le mariage devrait leur être interdit, 
.e théologien n'est pas de cet avis, et il 
ne veut pas que l'on prive ces pauvres gens 
d'une si grande consolation. Mais il y met 
une condition. Laquelle? C'est fort diffi- 
cile à dire en français; mais je puis vous la 
dire enlatin — si bonum semblatur domino 
prcesidi — lequel, en vertu de son pouvoir 
discrétionnaire, vous communiquera ou 
remplacera par des points la citation sui- 
vante : a Crudeli quadam ratione fieret, si 
eis matrimonium negaretur. Verum non 

utroque... (i)» . , , 

Tel est le beau cas de conscience résolu 
par les jurisconsultes et les casuistes, art. 
de imped. matrim. Après cela, on vient à 
parler des accouchements multiples; on 
commence par les cas les plus simples, 
trois. quatre..., jusqu'à dix ou vingt enfants 
à la fois. Mais tous ces cas merveilleux pâ- 
lissent devant celui de Marguerite, com- 
tesse de Hollande, âgée de 42 ans, qui, un 
certain vendredi de 1 an 1276, à neuf heu- 
res du matin, accoucha de 364 (]Qdis trois 
cent soixante-quatre) enfants de l'un et de 
l'autre sexe. Réunis sur un même bassin, 
ils reçurent tous à la fois le baptême par 
les mains du vénérable évêque Guido, en 
présence de toute la cour. A peine furent- 
ils devenus chrétiens qu'ils expirèrent, ainsi 
que leur mère, et furent enterrés sous un 
tombeau de marbre dans un monastère de 
Hollande. Erasme en parle, qui était de ce 



(i) Non semblatur bonum domino praesidi 
(qui tamen non est begula) continuare citatio- 
nem episcopi Majoli. (^Réd,) 



Nobles et gentilshommes , à Angers, 
avant 89. — Ce qui suit est extrait du Ca- 
hier des plaintes, remontrances et de- 
mandes de la juridiction des consuls de la 
ville d'AngerSy 27 févr. 1789 : 

Le consulat d Angers a remontre qu'à 
peine un marchand a-t-il acquis une for- 
tune honnête, il tourne toute son ambition 
vers l'anoblissement; oue, du moment 
qu'il y est parvenu, il aojure tout travail, 
toute occupation, par le préjuge établi 
qu'un gentilhomme ne doit point travail- 
ler; que ce préjugé pernicieux est l'effet 
nécessaire des ordonnances royales, qui 
interdisent les arts aux gentilshommes, 
sous peine de déroger; que par là le com- 
merce est non-seulement privé des fonds 
qu y verseroient les nobles, mais encore est 
sans cesse énervé par la désertion des ro- 
turiers les plus capables de le faire fleu- 
rir; que cette manie d'anoblissement dans 
les roturiers, a pour cause les privilèges et 
exemptions d'impôts que le gouvernement 
y a attachés, en sorte qu'il semble avoir 
proposé des récompenses à l'oisiveté et 
des châtimens au travail; que, par ces 
anoblissemens multipliés, la ville d'An- 
gers se trouve peuplée d'hommes inutiles 
et qui se font honneur de l'être, et parce 
que ces hommes sont en même temps la 
classe riche, il en est résulté cet effet mo- 
ral pernicieux, que, dans l'opinion publi- 
que, les idées de Noblesse et d'oisiveté se 
sont associées, et que l'on a reporté sur 
celle-ci la considération attachée à celle-là. 

a Se plaignent les négocians et mar- 
chands que ces mauvais exemples corrom- 
pent l'esprit et les mœurs de leurs exifans, 
oui, se piquant d'imiter ceux des Nobles, 
déd,aignent les états de leurs pères et pas- 
sent leur vie dans l'oisiveté. » 



Parii. - Tjp. de Cb. Heyrueis, rue Coju, 18 - 1869. 



QSAQQB 



Numéro 98. 



Ckêreluaet 
«on* trùtittrc*. 




Il M fmut 
•iUr*aider. 



i^imAm. 



— ♦— 



£2ntnmélftattt 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.) 



25 s= 



(Stuedtiond. 

Belles-Lettres — Philologie — Bcaux-ârts 

— Histoire — Archr'ologie — Numismatique 

— Epigraphie —Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Productions inédites de Rabelais à re- 
tronyer. — Un éditeur zélé, établi à Ge- 
nève, M. J. Gay, a fait réimprimer, à cent 
exemplaires seulement, la notice sur Ra- 
belais, qui figure dans les Vies des poë- 
tes françoiSy écrites par Guillaume Colle- 
tet. Nous n'avons pas besoin de rappeler 
que le manuscrit de cet ouvrage, fort pré- 
cieux au point de vue de Thistoire litté- 
raire, existe à la Bibliothèque du Louvre ; 
on n'en a encore publié aue quelques frag- 
ments. CoUetet signale ae la façon la plus 
positive des écrits de Rabelais qui mérite- 
raient qu'on s'efforçât de les retrouver. Il 
parle (p. 18) de « certaines lettres que 
a Rabelais escrivoit à quelques-uns de ses 
u amys, qui sont encore entre les mains 
« des curieux, et que j'ay veuës, où entre 
u autres choses il leur mande qu'il avoit 
« (à Meudon) de bons et pieux paroissiens 
« en la personne de Monsieur et de Ma- 
te dame de Guise. i> Un autre passage 
(p. 24) est encore plus digne d'attention : 
M Dans l'abbaye de Fontevrault, en Poic- 
« tou, on garde précieusement encore un 
tt livre manuscrit de Rabelais, qui est un 
«c ample recueil de ses diverses poésies, 
« comme je l'ay appris du fils oe René 
« Chartier, docte médecin du roy, c^ui Ta 
« veu, leu et feuilleté sur les lieux, n 

Les archéologues, les savants du Poitou 
ne sont- ils pas en mesure de savoir ce que 
sont devenus les manuscrits de l'abbaye en 
question? Il y a là un champ ouverte d'in- 
téressantes investigations, et nous croyons 
devoir signaler aux curieux les assertions 
de Colletet, qui, enfouies Jusqu'ici dans un 
manuscrit, imprimées ennn, mais dans un 
livre dont la circulation restera fort res- 
treinte, courent grand risque de n'obtenir 
3ue bien peu de publicité ; r Intermédiaire 
u moins leur prêtera la sienne. F.-J. M. 



Un ballet inédit de La Fontaine. — Dans 



26 



les excellentes éditions des Œuvres de J. 
de La Fontaine, publiées par le savant 
Walckenaer, on trouve des Vers pour des 
bergers et des bergères dans une fête don* 
née à Troyes en 1678. Walckenaer avait 
trouvé ces vers dans les Etrennes d'ApoU 
Ion, almanach littéraire rédigé par d'A- 
quin de Château-Lyon. Grosley les avait 
fait connaître le premier, en nous appre- 
nant que La Fontaine les avait composés 
pour un divertissement au château des 
Cours, près de Troyes, où il allait souvent 
passer l'automne cnez Remond des Cours, 
frère du fermier général. Walckenaer n'a 
pas eu connaissance de la lettre de Gros- 
ley, que j'ai retrouvée dans la collection 
du Journal encyclopédique. Il résulte 
de cette lettre que Grosley avait sous 
les yeux le divertissement d'où il a tiré 
les vers charmants publiés dans /'A/m^- 
nach littéraire de d'Aquin. Ce divertis- 
sement était un Ballet sur la Paix de 
1678; il avait été imprimé certainement 
à Troyes. L'exemplaire que Grosley avait 
découvert dans les papiers de son père 
portait en marge les noms des personnes 
qui figuraient parmi les acteurs du ballet. 
Il pensait que ce ballet devait être l'œuvre 
de plusieurs Troyens lettrés, amis et com- 
mensaux de Remond des Cours. Mais nous 
pencherions plutôt à croire que La Fon- 
taine, qui avait déjà fait pour la société de 
Château-Thierry le ballet des Rieurs du 
Beau Richard, était le seul auteur du bal- 
let sur la paijt représenté au château des 
Cours. Quoi qu'il en .soit, nous avons 
cherché partout avec une rare persévé- 
rance le oallet en question, et nous ne- l'a- 
vons trouvé nulle part. Quelque chercheur 
sera-t-il plus heureux que nous? C'est avec 
une véritable tristesse que nous avons re- 
noncé à l'espoir de faire entrer ce ballet 
inédit dans notre dernier volume des Nou- 
velles Œuvres inédites de Jean de La Fon- 
taine. BiBL. Jacob. 



Le a Songe dn Yergier. » — Cet écrit n'est- 
il pas un dérivé du Dialogus inter Cleri-^ 
cum et Militem super dignitate papali et 
regia? J'ai déjà appelé l'attention sur 
cette question dans le Notes and Queries 
(août i863); je désire la soumettre à des 

TOMB V. — a 



N« 98 .J 



L'INTERMÉDIAIRE 



27 



28 - 



lecteurs françs^is com[>étents. Il s'agirait 
avant tout de déterminer la priorité du 
Dialogus et son origine. Baie {Scriptores 
Britanniœ)^ fjoldast, et après eux Cave, 
l'ont attribué à Oeéaoi, mort en 1 347. Si 
cette attribution est vraie, le Songe du 
Vergier, qui n'est certainement pas anté- 
rieur à 1 376, ne saurait être dônilé à Un 
auteur français, Charles de Louviers ou 
tout autre. Le sujet est bien de ceux oui 
convenaient à Occam, mais je n'ai pu aé- 
couvrir sur quel fondement la première 
attribution du Dialogus lui a été faite. Je 
crois cependant aue les signes internes 
sont propres à inaiquer que le Songe dé- 
rive effectivement du Dialogus, Existe-t-ll 
en. France des manuscrits qui puissent jeter 
Quelque lumière sur ce point ? La Biblio- 
tnèque bodléienne d'Oxford possède plu- 
sieurs manuscrits du Songe^ du commen- 
ment du XV' siècle, mais aucun du 
Dialogus. Au British Muséum, un ma- 
nuscrit du Dialogus se trouve dans le 
même volume que d'autres ouvrages, dont 
le dernier est le Polychronicon continué 
jusqu'à l'an 1376, et écrit de la même 
main, semble-t-il, que le Dialogus. Je 
connais l'intéressante étude de }\. Léopold 
Marcel sur l'auteur du Songe du Vergier; 
mais il paraît avoir, comme tant d'autres, 
ignoré ou méconnu la coïncidence des 
deux traités, coïncidence que je n'ai moi- 
même découverte qu'accidentellement. 
Dans Vlftdex librorum prohibitorum de 
Sixte V^ les deux ouvrages sont prohibés, 
et le Dialogus est désigné comme incerti 
auctoris. Je souhaite que vos lecteurs 
soient en mesure d'accroître la lumière 
sur cette question instructive ; c'est pour- 
quoi ie n'insisterai pas davantage sur l'iden- 
tité aes deux ouvrages. 
(West- Derby. Liverpool.) 

John Eliot Hodgkin« 



Le « vaisseau du désert ». — On a sou- 
vent dit que Buffon avait appelé le cha- 
meau le vaisseau du désert. Je viens de 
relire le beau chapitre de \ Histoire natu- 
relle consacré au chameau et au droma- 
daire, et je n'y ai point trouvé cette heu- 
reuse métaphore. D'où nous vient-elle? 
Et si, comme je le crois, elle est d'originô 
orientale, depuis quand est-elle acclimatée 
chez nous? T. de L. 



Erudition de Mathnrin Régnier. -- Dans 
sa XIII« satire, intitulée Macette, ou VHy^ 
pocrisie déconcertée^ le poëte nous mon- 
tre son héroïne au moment où 

Elle a mis son amour à la dévotion. 

Sans art elle s'habille : et, simple en contenance, 

Son teint mortifié présche la continence. 

Clergesse elle fait jà la leçon aux prescheurs : 

Elle lit sainct Bernard, la Guide des Pécheurs, 

Les Méditations de la Hètë THérèsâ $ 

Sçait que c'est qu'hypostase avecques sinderese. 



A coup sûr, Macette en sait plus que moi 
et que bien d'ai^tres. Sans doute, par la 
Guide des Pécheurs il faut entendre le 
célèbre ouvrage de Louis de Grenade {La 
Guida) et, par hypostase^ la substance ou 
l'essence même des personnes de la divine 
triade. Mais qui pourra me révéler d'une 
façon un peu pertinente ce que signifie cet 
étrange mot sinderese, d'où il dérive, en- 
fin dans quelle production littéraire la sin- 
derese avait autrefois sa place marquée, 
comme partie intégrante et indispensable? 

J . Lit 



Les frères Parfaict ou Parfait. — Claude 
et François Parfaict sont les auteurs, sou- 
vent cités, de divers ouvrages sur l'his- 
toire des théâtres français et italiens, des 
spectacles de la foire, etc. Pendant tout le 
XVI Ile siècle, leur nom a été écrit : Par- 
faict; aujourd'hui, l'usage semble prév&- 
loir de l'écrire : Parfait. Peut-on donner 
une raison plausible de ce changement 
d'orthographe? Eud. S. 

Jacques Prétest, peintre-^rrereur fran- 
çais. — Mariette dit en note, à la page 192 
de VAbécédario manuscrit : « Jacques Pré- 
a vost, dit de Gray (apparemment du nom 
« de sa patrie), a peint le Trépassement de 
a la Vierge dans l'église de Saint-Mamert, 
a à Langres. » Quelqu'un de mes honora- 
bles et savants coabonnés pourrait-îl me 
dire si ce tableau existe encore et s'il est 
toujours dans l'église de Saint-Mamert? 
A-t-on conservé quelqu'une des œuvres 
du vieux peintre du XVI" siècle, soit dans 
les musées, soit dans les églises, soit dans 
les collections d'amateur? En signale-t-on 
d'autres soit chez nous, soit à fétranger? 
Je fais plus particulièrement appel à ceux 
de nos coabonnés qu'intéressent les ori- 
gines de notre peinture nationale. Je ne 
tairai pas que mon humble collection peut 
exhiber du peintre franc-comtois un pan- 
neau représentant la Sainte Famille et si- 
gné. Jacques D. 

Le mélodràmaturgé Geigniez. — On se- 
rait heui'eux d'apprendre, par la voie de 
r Intermédiaire^ sll existe un portrait peint 
ou gravé de Caigniez, auteur de la Pie 
voleuse, et si quelqu'un possède de lui des 
manuscrits ou des lettres autographes. 

A. C. 

Henri I? et Ravaillao. ^ On trouve 
dans VHistoire du Droit de guerre et de 
paix, par M. Marc Dufraisse (Paris, Ar- 
mand Le Chevalier, 1867), à la page 172, 
le passage suivant : « Tout le monde sait 
que Heari IV, dans sa verte et galante 
vieillesse, tomba violemment amoureux 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



19 



3o 



[25 lanVi ïB6^. 



été transportés en Nivefnals, où îl s'était 
retiré et où il est mort, en i838. 

Paul Lacroix. 



de Henriette de Montmorency, et que, 
pour ravoir sous la main, il maria la jeune 
personne, à la coilr. au prince de Condé. 
On sait aussi que l'époux mal appris réso- 
lut d'emmener sa femme hors de France, 
afin de la dérober â^ la lubricité sénile du 
roi. On sait encore que la fugitive fut long- 
temps poursuivie ou plutôt précédée sur 
la route, de relais en relais, par Henri le 
Grand, déguisé en postillon avec un em- 
plâtre sur l'œil gauche, et qu'enfin, sous 
prétexte de Juliers et de Clèves, les régi- 
ments de France partaient déjà pour la 

conquête de la dame quand, le vieux sa- 1 -,«*.. .^^ — .^..^ ..*w.w ^ -.* 

tyre ayant trompé et déshonoré la sœur cancer, ^ oU a-t-on voulu caractériser, 



De quoi est mort Napoléon !«'? — On 
lit dans une poésie de Henri Heine, inti- 
tulée le Tambour^major. la strophe sui- 
vante, à propos de Napolcon I" : « Sur le 
rocher de Sainte-Hélène, ils lui infligèrent 
un infâme supplice. Il mourut à la fin d'un 
cancer à l'estomac.'» — Quel supplice les 
Anglais oni*ils fait subir à Napoléon I"? 
L'Empereur est-il réellement mort d'un 



ae Ravaillac^ cet exécrable vetigeur de la 
sainteté de la famille arrêta, d'un coup de 
couteau, l'exécution a du grand dessem. » 
L'attac^ue est vigoureuse, mais est-elle 
bien justifiée? La violente passion du Vert 
Galant pour la princesse de Condé est pas- 
sée à l'état de vérité historique (je laisse de 
côté les exagérations); mais est-il vrai que 
Ravaillac ait eu une sœur trompée et dés- 
honorée par Henri IV? Ce fait, avancé 
sans preuves par M. Marc Cufraisse, mé- 
rite d être éclairci. A-t-il déjà été consigné 
dans d'autres écrits? GinoïK. 



Le manuscrit de « l'Histoire de Parie, » 

deSauvaL — Il s'aeirait de retrouver dans 
les limbes de quelçiue bibliothèque pu- 
blique, un manuscrit qui existait dans la 
bibliothèque du chancelier d'Aguesseau, 
et q^ui fut compris dans la vente de cette 
bibhothèque, en 1785. 

Voici comment ce manuscrit est signalé 
dans le Catalogue des livres imprimés et 
manuscrits de feu M. d'Aguesseau^ doyen 
du Conseil, etc. ( Paris, Née de la Rochelle, 
1785, in-80) : 

« N® 4716. Histoire de Paris, par le 
« sieur Sauvai, en neuf portefeuilles. 

« C'eàt le manuscrit qui a servi à l'im- 
« pression de cet ouvrage. Il provient de 
« la bibliothèque de Cl.-Bern. Rousseau, 
« auditeur des Comptes, qui en fut l'édi- 
I teur. » 

Ce manuscrit fut adjugé au prix de 
72 livres 5 sols, ce qui représente uhe 
somme asser honorable, eu égard â la va- 
leur des livres et de l'argent, à cette époque. 

Il serait fort intéressant de le retrouver ; 
car ce n'est certainement pas le manuscrit 
c\m a servi à l'impression des trois volumes 
in-folio de l'édition Cl.-Bern. Rousseau. Ce 
serait plutôt une ancienne copie des origi- 
naux ae Sauvai. 

Nous ne serionç pas surpris que le libraire 
Née de la Rochelle, qui faisait la vente 
des livres de d'Aguesseau, ait acquis pour 
son propre compte, et en vue de ses propres 
travaux, ce manuscrit dont la trace est au- 
jourd'hui perdue. Les livres et les manu- 
scfits qiM possMiit Née de la Rochelle ont 



par une comparaison poétique, la douleur 
morale qui rongeait le gt'and homme? 

L. G. 



La vérité sur la mort de Joséphine. — 

L'impératrice Joséphine expira tout d'un 
coup, inopinément, le 29 mai 18 14. — Il 
se répandit alors plusieurs bruits étranges 
au sujet de cette mort rapide : on alla 
même jusqu'à parler de poison! Quelle est 
la version la plus accréditée et la plus gé- 
néralement adoptée par l'histoire? UtR. 

Noblesse de la famille de Jeanne d'Arc. 

— Il y a quelque temps, l'Union contenait 
l'article ci-après, qui ne porte aucune indi- 
cation d'auteur ou de provenance : 

tt II a été dit jusqu'à présent que Jeanne 
d'Arc, dite la Pucelle d Orléans, était une 
simple fille des champs, née^de parents 
pauvres çt obscurs, à laquelle ses beaux 
faits méritèrent que ses père et mère, ses 
trois firères Jacquemin, Jean et Pierre, ses 
oncles, neveux et nièces et leur postérité 
fussent anoblis par Charles Vil, roi de 
France, avec la liberté de prendre le nom 
de du Lys, qu'ils ont, en effet, porté au 
lieu de celui d Arc. Mais ce que l'on ignore 
encore, c'est que là famille d'Arc était de 
noble origine, et que la pauvreté seule les 
obligea tous à une vie dure et pénible dans 
le travail et la culture des terres, les for- 
çant à devenir laboureurs et fermiefs. La 
famille d'Arc, antérieurement à ses tnal- 
heurs, portait pour armes : d*a:^ur, à un 
arc d'or, bandé de trois flèches de même, 
Jeanne d'Arc parut donc au monde coinme 
un astre qui rendit l'éclat à sa famille, et 
l'anoblissement que la pauvreté avait terni 
et obscurci longtemps. » 

C'est la première fois que pareille alléga- 
tion est produite. Les partisans de l'ortho- 
graphe Darc ont, entre autres arguments 
à l'appui de leur thèse, insisté sur la roture 
des parents de Jeanne. Sur quelles données 
s'appuie l'article ci-dessus ? Où trouve-t-oh 
les preuves de la noblesse des d'Arc et la 
description de leur blason ? 

Frédéric Lock. 

-* Même question de M. A. 



N» 98.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



3i 



32 ^ 



Famille de Montchal. — - Dans son. livre 
intitulé Lucques et les BurlamacchL Sou^ 
venir s de la Réforme en Italie (Paris- 
Genève, Abr. Cherbuliez, 1848, in- 12), 
M. Ch. Eynard dit (p. 189) que Lyon pos- 
sédait, au XV I« siècle, un nombre consi- 
dérable de comptoirs et de maisons de 
soieries, tenues par des famiJles nobles de 
France et d'Italie, « telles que les de Juges, 
les de Grollier, de Baronat, de Trie, de 
Revilliasc, de Montchal, les Thellusson, 
les Micheli, les Turretlini, les Arnolfîni et 
les Calandrini, qui avaient embrassé les 
idées nouvelles, et les professaient dans 
cette ville avec une grande liberté. » — Où 
pourrais -je trouver des détails sur cette 
famille de Montchal ? Sa généalogie a-t-elle 
été imprimée quelque part? Elle n'était 
probablement ni lyonnaise ni dauphinoise, 
car VArmorial du Lyonnais^ rore:^ et 
Beaujolais (Ljron, 1860, in-40) et VArmO" 
rial au Dauphine\ par G. de Rivoire de la 
Bâtie (Lyon, 1867, gr. in-8*) ne donnent 
point ses armes et ne la mentionnent même 
pas. Th. D. 

Mon cousin, cottyrez-YOus. — Faut -il 
voir une plaisanterie dans le récit qui 
nous montre un membre de la famille de 
Lévis, se faisant peindre, rendant, le cha- 
peau à la main, visite à la sainte Vierge, 
qui lui dit : Mon cousin, couvre^^-vous 9 — 
Ce qui du moins est bien certain, c'est que 
Ton peut lire dans un livre très-sérieux, 
r Etat présent delà France (Paris, 1662), 
p. 43g, que^« la maison de Lévis tire son 
« origine de Lévi, une des douze lignées 
« d'Israël, de laquelle est issue la vierge 
<c Marie, que messieurs de Vantadour 
« nomment leur cousine. » T. de L. 



Pins souvent I ^^ Quelle est Torigine, et 
quelle est l'analyse grammaticale de cette 
expression familière? L. G. 



Gourgandine. — Quelle est Torigine de 
ce mot? X. 



Londres. — D'où vient le nom de Ion- 
drès que la Régie des contributions indi- 
rectes donne à certains de ses cigares? 
Cette dénomination a-t-elle quelque rap- 
port avec la capitale de l'empire britan- 
nique? DiCK ASTÈS. 

Origine du mot « sans-culotte. > — Je 

lis dans le Nouveau Paris de Mercier, 
chap. XCIX : a On ignore généralement 
l'origine de ce mot ; la voici : le poëte Gil- 
bert, peut-être le plus excellent versifica- 
teur oepuis Boileau, était très-pauvre; il 
avait tancé quelques philosophes dans une 



de ses satires; un auteur qui voulait leur 
faire sa cour'pour être de rAcadémie, ima- 
gina une petite pièce satirique intitulée : 
le Sans Culotte^ on' y raillait Gilbert, et 
les riches adoptèrent volontiers cette dé- 
nomination contre totis les auteurs qui 
n'étaient pas élégamment vêtus. Lors de 
la Révolution, ils se ressouvinrent du 
terme, le ressuscitèrent, etc., etc. » 

Un des lecteurs de l'Intermédiaire peut- 
il me dire quel était l'auteur de la susdite 
pièce satirique et si elle a été imprimée? 

Max. D. 



Le brouillard du choléra.— M. Glaisher, 
le célèbre météorologiste, assure que la 

Erésence du choléra est indiquée par un 
rouillard bleuâtre {{choldra-mist) parfai- 
tement visible. Or, il se trouve qu'en i832, 
un des guetteurs du beffroi de Metz a af- 
firmé à une vieille Ecossaise, de la con- 
naissance d'Alceste, avoir vu une boule 
bleue passer sur la ville. Ce guetteur 
existe- t-il encore? a-t-il fait part à d'au- 
tres personnes de cette observation. D'au- 
tres personnes, à Metz ou ailleurs, ont- 
elles fait la même remarque? Alceste 
accueillerait avec reconnaissance toute in- 
dication à ce sujet, vu la grande impor- 
tance de la question. Alceste. 

L'Erostrate des bibliothècnies publiques. 

— Nous voudrions connaître le véritable 
nom du terrible homme que l'abbé Gré- 
goire, évêque constitutionnel de Blois, 
avait baptisé ainsi. Cet Erostrate, il est 
vrai, ne voulait brûler les bibliothèques 
qu'après en avoir extrait les ouvrages rares 
qui pouvaient servir à compléter la Biblio- 
thèque nationale, qui eût été alors la seule 
bibliothèque de la République française. 
Nous demandons des détails sur cette sin- 
gulière proposition, adressée au Comilê 
des arts, en 1793. P. V. 



Origine des < errata. » — Quel est le pre- 
mier ouvrage imprimé à la fin duquel a 
été inséré le relevé des erreurs typogra- 
phiques? Les plus anciens imprimeurs, le 
célèbre Caxton notamment, si cher aux 
Anglais, relisaient les ouvrages qui sor- 
taient de leurs presses, corrigeaient les 
fautes à la marge d'un exemplaire qui 
servait ensuite de modèle à des scribes 
, chargés d'exécuter sur l'édition entière 
; une semblable opération. Aujourd'hui on 
se donne moins de peine, et une foule de 
volumes qui auraient le plus grand besoin 
de se terminer par un ou deux feuillets 
fï errata, en sont complètement dépour- 
vus. ' E. S. 

• 

La collection d'autographes de Gérard 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 jtnv. 1869. 



- 33 



34 



Tan Papenbrock.'— Costè a Te premier fait 
connaître, en l^J^rant dans, son édition 
des Essais de Mohtaigi:iç., une lettre 
adressée par Timmortei , philosophe à 
M"« Paumier. LVriginal existait dans la 
collection de l'amateur aue nous venons 
de nommer, ancien président des échevlns 
d'Amsterdam, lequel possédait plus de 
mille lettres autographes des écrivains les 
plus célèbres de TËurope depuis deux 
siècles. Il serait bien utile de savoir ce 
qu'est devenu ce trésor, et de connaître les 

ërincipales richesses qui le composaient. 
!n Hollande, les cabmets se conservent 
habituellement pendant de longues an- 
nées, et si celui-ci a été dispersé, on doit 
savoir à Amsterdam en quelles mains il a 
passé. B. T. 



c Martin Lnther, » drame de L. Halévy. 

— M. Léon Halévy a publié un drame 
historique, en quatre actes , reçu , mais 
non représenté au Thédtre^Français ; ce 
drame, imité de Zacharias Werner, est in- 
titulé : Martin Luther ou la diète de 
Worms. Serait-il possible de connaître 
les motifs oui ont empêché la représenta- 
tion de ce drame? P. L. A. 



Anciennes images snr vélin découpées 
an canivet. — Le Moniteur universel a an- 
noncé que le prince de Ligne aujourd'hui 
existant se proposait d'envoyer à l'Ex- 
position un très- précieux et très-rare Ma- 
nuscrit duXV* siècle, véritable trésor d'art 
et de patience monacale, appartenant à 
cette illustre famille depuis plus de trois 
cents ans, composé de vmgt-quatre feuil- 
lets in- 12, du plus beau velin qui se peut 
voir, et dont les lettres du texte, le trait 
et le dessin des estampes sont entièrement- 
découpés à jour dans la peau même, dou- 
blée a'un léger transparent de couleur, 
chargé de faire ressortir davantage la 
beauté et la délicatesse de ce merveilleux 
travail. 

Connaîtrait-on en France (dans les bi- 
bliothèques publiques de Paris et des 
grandes villes de province, ou dans les 
collections particulières des plus célèbres 
amateurs) des manuscrits découpés de ce 
genre, qui pussent rivaliser avec le magni- 
fique exemplaire du prince de Ligne? 

Et pourrait- on donnera V Intermédiaire 
l'indication précise de ceux de ces ouvrages 
qui peuvent avoir été conservés dans notre 
pays, ainsi que la liste détaillée des diverses 
Etudes artistiques ou bibliographiques 
dont ces précieuses reliques ont été l'objet? 

Ulric. 



r des sociétés savantes de Paris^de la France 
et de l étranger y in-4. Pourrait-on me dire 
combien de temps cette Revue a paru, et 
s'il est facile de se procurer les numéros 
ou les années parus r E. Q. 



tt Revne des Cours, t — Le i3 avril i855, 
il a paru, sous la direction de M. Odysse 
Barot, une Revue des Cours publics et 



Une métaphore de Victor Hugo (III, 
270). — Un troisième rapprochement 
prouve que la métaphore attribuée au 
célèbre romantique a été souvent em- 

{>loyée ; mais ici, tombés des hauteurs de 
a aivinc poésie dans la vile prose, les clous 
sont d'un métal moins précieux : « Les 
étoiles ressemblaient à des clous d* argent 

Îui retenaient un voile bleu, » écrit 
,ouise de Chaulieu à son amie Renée de 
Maucombe, dans les Mémoires de deux 
jeunes mariées, par Balzac. J, Mt. 



Que faut-il penser de la Faustine de 
Marc-Aurèle? (III, 333).— M. Ernest 
Renan a lu une très - spirituelle apologie 
de Faustine dans la séance solennelle des 
cinq académies, en août 1867. ^^ disser- 
tation de M. Renan a été reproduite dans 
la Revue des Cours littéraires du 3 1 du 
même mois. L Intermédiaire ne doit-il 
pas se féliciter d'avoir appelé l'attention 
sur une question qui^ un an plus tard, 
devait, en plein Institut, être si savam- 
ment et .si élégamment traitée? 

Yezimat. 

P, S. Presque en même temps que 
M. Renan tentait de réhabiliter Faustine, 
un des professeurs les plus distingués de 
l'Université, un maître de conférences à 
l'Ecole normale, M. Zeller, s'amusait à 
essayer de réhabiliter Xanthippe. (Revue 
moderne, du i®»* septembre 1867.) L'Inter- 
médiaire 3L rappelé (III, 641) que déjà 
l'helléniste Gail avait plaidé (où donc?) les 
circonstances atténuantes en faveur de la 
femme de Socrate. 



Découverte de l'Amérique au XIII« siè- 
cle (III, 468). — On peut lire à ce su- 
jet les Lettres écrites des régions po- 
laires par lord Dufferin (Paris, Hachette, 
1860, trad. Lanoye, p. 40 à 44). Dans ce 
récit d'une érudition peut-être superficielle, 
on voit mentionner l'arrivée à Reykjavik, 
en Islande (1477), ^^ Christophe Colomb 
venant s'inspirer des traditions encore vi- 
vantes dans ce pays, relatives à l'existence 
d'un grand continent situé au sud-ouest. • 

Lord D. cite un manuscrit que, sans le 
désigner autrement, il qualifie « d'histo- 
« rique , notoirement écrit avant 1 3gS , 



«•98.} • 



LINTERM^DIAIRË 



35 



36 



n c*est'à»dire un siècle avant le voyagct de 
« Colomb, et qui relate avec quelques dé- 
« tails comment un nommé Leif, faisant 
« voile à destination du Groenland , fut 
tf entraîné loin de sa route par les vents 
« contraires jusque sur une côte vaste et 
« inconnue, qui augmentait en beauté et 
« en fertilité en descendant vers le sud, et 
« comment, par suite du rapport fait par 
tt Leif après son retour, des expéditions 
« successives avaient été dirigées dans la 
a même direction. A deux reprises différen- 
« tes, les aventuriers semblent s'être fait 
« accompagner de leurs femmes, et un de 
« leurs vaisseaux fut même commandé par 
« une dame. Pendant le cours de deux ex- 
a péditions, ils hivernèrent sur cette nou- 
« velle terre, y construisirent des maisons 
« et y jetèrent les bases d'une colonisation, 
a Des motifs demeurés inconnus leur firent 
a néanmoins abandonner ce projet, et avec 
« le temps, on en vint à considérer ces an- 
ci ciens voyages comme aussi apocryphes 
a que la circumnavigation de l'Afrique 
« tentée par les Phéniciens sous le règne 
« du pharaon Nécho. » 

Cette découverte de l'Amérique remon- 
terait au commencement du XI« siècle. 

Quant au Groenland lui-même, lord D. 
cite un bref du pape Nicolas V, de 1448, 
octroyant un évêque et un renfort de prê- 
tres, « en considération de la piété de ses 
bien-aimés fils du Groenland, qui ont élevé 
plusieurs édifices sacrés et une splendidé 
cathédrale. » G. B. 

Un imitateur de Rabelalu (IV, 7). ^ 

MM. J. Gay et fils, éditeurs à Genève, 
viennent de faire paraître une réimpres- 
sion du Rabelais ressuscité (Rouen, 16 11), 
Î>récédée d'une notice et de notes de Phi- 
omneste junior (M. Brunet, de Bordeaux). 
C'est un petit in- 12 de viii et io5 pages, 
pap. vergé, tiré à cent exemplaires, du 
prix de 8 fr. L'éditeur de cette nouvelle 
réimpression ne donne aucua renseigne- 
ment sur Nicolas de Horry, mais il fait 
ressortir toutefois qu'on trouve dans cet 
écrit quelques traits qui, pour l'époque, 
sont d'un bon comioue, « la manière dont 
le nom de Robinus dérive de celui de Pla- 
ton (ch. x) peut aussi être mentionnée 
comme un trait lancé contre les folies de 
quelques étymologistes du XVIe siècle, 
tout aussi dénués de sens que quelques 
celtomanes d'une époque plus récente, y 

Quant à la facétie du roi Happebran, 
promettant, à l'occasion du mariage de sa 
nlle, de payer « auxdicts futurs époux la 
somme de six cents mil livres, moins deux 
cents mil escus, » elle rappelle une carica- 
ture delà monarchie bourgeoise, représen- 
tant le roi prenant part à une souscription 
en faveur du célèbre banquier Laffitte : 
« Voilà cent sous , rendez - moi cinq 
francs. » 



Quant à des renseignements particu- 
liers sur la vie de Nicolas de Horry, on 
n'en a pas. ^Strasbourg.) C. M. 



Portrait de JaUet (IV, 102).— La Biblio- 
thèque impériale de Paris possède un por- 
trait dessiné de Jallet; je ne saurais dire 
s'il est de David : toutefois, celui-ci était 
de 1789 à 1791, avec Isabey, Denon, Alex. 
Duval le futur dramaturge, au nombre 
des dessinateurs qui fixèrent l'image de 
nos constituants. 

Outre ce dessin, il existe, à ma connais- 
sance, trois portraits gravés du curé Jac- 
ques Jallet, député du clergé de la séné- 
cnaussée du Poitou en 1789, oui mourut 
à Paris le i3 août 1791, avant 1 expiration 
de son mandat. (Auch.) H. Vienne. 



Les sobaides du parlement anglais (IV, 
254). — Je remercie M. P. A. L. de sa 
réponse. Il ne me donne cependant pas ce 
que je demandais, c'est-à-dire le sens de 
ce mot n subside, » qui devait probable- 
ment représenter une somme déterminée, 
Euisque le parlement en accordait un nom- 
re différent (5-7-8-14, etc., etc.), suivant 
l'étendue des besoins auxquels il fallait 
pourvoir ou la nature de ses relations avec 
la couronne. 

Il n'est peut-être pas facile d'obtenir ce 
que je désire, car je me rappelle l'avoir de- 
mandé, et en vain, à mes professeurs 
d'histoire, MM. Weiss et Camille Rous- 
set, à J'époquç éloignée déjà où j'étais au 
lycée Bonaparte. G. R. 



Coqs et croix (IV, 263). — On m'a as- 
suré, dit M. le D' Koemer dans le « Na- 
vorscher, » année i853, page 147, que le 
çoq, comme armoirie des Francs, a trouvé 
$a place, le premier, sur nos tours d'église. 
Ailleurs {H. Alt. d, christl. cultus, p. 29), 
je trouve noté que le coq, étant consjdéré 
anciennement comme pouvant prédire le 
temps, fut placé pour cette raison en effi- 
gie là où Ion annonçait la direction du 
vent. D'autres le mettent en rapport avec 
saint pierre ou avec l'Eglise, qui considère 
cet apôtre pomme son chef. D'autres en- 
core assurent que le cocj placé sur les 
tours d'église est originaire des Gaulois, 
qui firent placer leur emblème (savoir 
un gallus ou coq) sur tous les temples 
de la religion chrétienne, comme té- 
moignage qu'ils en devaient être con- 
sidérés comme fondateurs. On lit en- 
core à ce sujet, dans « Opus Tripart. de 
« profanis et sacris veteribus ritibus » de 
Gasalius, t. 11, p. 246, les lignes sui- 
vantes : « Denique hoc addam, morem 
« esse (ut ego vidi) in tota Germania su* 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 janv. i36g. 



- :»7 



38 



n periore et inferiore, pec noia in Qallia et 
a Ançlm , ut in omnibus . çampanorum 
« turribus appdàatur in summitate effi- 
« gies Gain ex métallo ad praelatorum et 
« curionum ajliciendam atqiie excitandana 
« vigilantiam. » Un certain Reinerius, et 
quelques autres avec lui, disent que, dans 
le moyen âge, le coq fut considéré comme 
emblème d^n savant ou ministre : « Item 
CL mysticum sensum in divinis scripturis 
a réfutant : praecipue in diçtis et actis ab 
« Ecclesia traditis : ut quod gallus super 
« campanile significat doctorem • (^Notes 
and Queries, V, 447). 

Quant à la signmcation de la croix, elle 
nous rappelle le crucifiement du Sauveur, 
et la pomnae dorée, la chute de Thomme. 
Aussi la croix et la pomme étaient autre- 
fois l'emblème de la puissance ecclésias- 
tique et séculière. Je mentionne encore, en 
finissant, une explication du coq, de la 
croix et de la pommcy qu'on peut trouver 
dans l'évangile selon saint Marc, ch. XIV^ 
38, où on lit : « Veille^ et prief, afin que 
tt vous n'en.trie;ç pas en tentation. » 
(Anisterdam.) J. G. de G. J. Jr. 

« Amorial général t de d'Hozier ( IV, 

395).— Cet ouvrage a été imprimé en dix 
volumes in-fplio de 1738 à 1768, et réim- 
primé textuellement en 186S, page pour 
page, ligne pour ligne. En souscription à 
la librairie Firmin Uidot frères, et à la li- 
brairie Bachelin-Deflorenne. — Il y a aussi 
r Indicateur du grand armoriai, par d'Ho- 
zier, publié par Louis Paris, 4 vol., i865 
(Recueil officiel dressé en vertu de Tédit de 
1696.) H. GÉN, 

L'antitabao vers les premières années de 

ce siècle (IV, 296). — Ce titre est-il exact? H 
nîç semble que cela ne date que du règne 
(Je Louis-Pnilippe. Aurait-on osé, sous 
l'Empire, essayer ce petit croc-en-jambe à 
la régie? L'antitabac était ou passait pour 
çtre de la feuille de noyer. Il y eut un pro- 
cès. Je n'affirmerai? pas qu'il fut correc- 
tionnel; mais jele crois. Si je ne me trompe, 
c'aurait alors été le fabricant qui eût es- 
sayé inutilement de maintenir son droit 
contre les interdictions de l'administration. 

O. D. 

— Il a dû exister plusieurs variétés de 
préparations destinées ^ux ipêmes usages 
que lé tabac. La dernière, et celle qui fit 
aux contributions indirectes la plus dan- 
gereuse concurrence, av^it été inventée par 
un sieur Duchâtellier. Elle se composait 
d'un mélange de feuilles de vigne, de noyer 
et de betterave, fermentées à divers de- 
grés. On supposait même à ce mélange 
Mrtiineg vfrtu» hygiéniques, et lors du 
Qboléra de 18^9 circula ce distique bpuf- 



P'antitabac si prenez une prise, 
Le choléra sur vous n'aura jamais de prise. 

Duchâtellier, poursuivi comme falsifica- 
teur du tabac officiel, gagna son procès de- 
vant la Cour de cassation (arrêts du 2 dé- 
cembre i83o et 7 juin i83i), La régie 
s'adressa alors aux pouvoirs gouvernemen- 
taux, et une loi du 13 février i835, art. 5, 
proscrivit « la fabrication, la circulation, 
a la vente du tabac factice ou de toute 
« autre matière préparée pour être vendue 
« comme tabac. » L'historique de cette af- 
faire se trouve dans divers recueils judiciai- 
res, et notamment dans le Répertoire mé- 
thodique et alphabétique de Dallo?, v® /m- 
P$ts indirects, n^» 6o5 et suiv. 

L. DE La Sicotïère. 



La flûte et le tambour (IV, 304). ~ Au- 
trefois, dans nos régiments, la compagnie 
dite colopelle, celle à laquelle était confié 
le drapeau, était précédée immédiatement 
de la musique proprement dite, dans la*- 
quelle étaient compris les violons, le? 
flûtes et les fifres, et qui était suivie de 
près des tambours. Pendant la marche, 
musique et tambours alternaient; mais, 
au son de l'une ou des autres, soldats che-» 
minaient du même pas. De là devait 

E rendre naissance, chez les joueurs ou 
relandiers, la locution proverbiale ; « Ce 
qui vient par la flûte s'en va par le tam' 
bour, » c'est-à-dire, au jeu nou^ gagnons 
et perdons aussi vite et de la même ma* 
nière, comme dans l'armée fantassins vont 
toujours du même train qu'ils règlent 
sur la flûte ou sur le tambour. Les Al- 
lemands possèdent ces deu^^ proverbes 
équivalents, et dont le premier se recom- 
mande par une remarquable assonancç 
ou allitération : Wie gewowwew, so zerror?- 
neUf (au jeu) comme (on a) gagné, ainsi 
(on a) perdu ; vous avez aussitôt perdu que 
gagné, — Was mit PfeifFen Kommt, ge- 
nêt mit Trommeln wieder weg, ce qui 
vient avec accompagnement du fifre s'en 
retourne au son du tambour. En Norman- 
die, on avait jadis coutume de dire : Ce 
qui vient avec èbç (reflux) s'en retourne au 
flot. De là ce vers si célèbre pour une 
Compagnie qui ne l'était pas moins : 

Le flux les apporta, le reflux les emporte. 
(Grenoble.) J. P. 

hB maréchal d'Anmont ; date de sa 
mort (IV, 324). — La Gazette de 1669 
répond à cette questiout Elle dit, p. yq 
et 71 , que le maréchal d'Aumont « ayant 
été attaqué d'une^ apoplexie la nuit du 
10 de, ce mois (de janvier) mourut le len- 
demain sur le midi , en sa soixante-hui-' 
tième année. Le 12, son corps fut exposé 
en son hôtels sur un lit de parade,, . et k 



N- 98.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



39 - 



soir il fut porté aux flambeaux en Téglise 
Saint-Gervais , sa paroisse , où il est de- 
meuré en dépôt dans sa chapelle. » Plus 
loin, page 120, la Galette ajoute : a Le 
même jour (3i janvier), il se ht un service 
fort solennel pour le maréchal duc d'Au- 
mont en Téglise de Saint-Gervais... A l'is- 
sue de cette cérémonie... le corps fut 
reporté en sa chapelle... pour y demeurer 
jusques à ce qu'on lui ait préparé un tom- 
beau, que la duchesse, sa veuve, désire 
rendre autant magnifique qu'il sera pos- 
sible. » Renaudot. 

Catalogue de FortsaB (IV, 328). — 
Le catalogue original de la vente Fort- 
sas, édition de 1840, est devenu très-rare, 
c'est une savante mystification bibliogra- 
phique du bibliophile Chalon, qui s'est 
amusé à composer un catalogue de vente 
de 222 ouvrages des plus rares et la plu- 
part uniq^ues. Aucun de ces 222 ouvrages, 
qui devaient se vendre publiquement à 
Binche le 10 août 1840, n'existait, mais 
les titres annoncés présentaient un tel at- 
trait de curiosité qu une masse de savants, 
de bibliothécaires et de bibliophiles sont 
venus se prendre à la glu de cette an- 
nonce : les uns comparurent en personne 
pour disputer aux enchères ces volumes 
mtrouvables, et les autres adressèrent des 
lettres à M. Hoyois, l'expert de la vente, 
pour lui transmettre leurs commissions. 

J'ajouterai qu'en 1867, Hoyois, à Mons, 
a publié une brochure intitulée : 

Documents et particularités historiques 
sur le comte de Fortsas. 

Cet ouvrage est imprimé sur papier 
jaune ; pourauoi le choix de cette couleur 
jaune, la couleur des trompés? A la p. 1 17, 
note E, j'y trouve que M. Madcamp 
d'Horrues avait donné une commission 
de 5o fr. pour l'acquisition de ce fameux 
no48. 

J'y trouve encore la note suivante : 

a A l'époaue fixée pour la vente, l'inten- 
dant général de S. A. le prince de Ligne 
se trouvait en Allemagne. On lui dépêcha 
un courrier afin qu'il fût de retour pour le 
10 août, car on ne voulait confier à d'au- 
tres qu'à lui le soin de ne point laisser 

échapper un pareil ouvrage. M. H p 

avait reçu des instructions précises pour 
acheter, n'importe à quel prix, ce précieux 
volume relié en chagrin, avec serrure à 
secret. 11 y avait considérablement d'ama- 
teurs pour ce croustilleux n? 48. » 
. M. Chalon, le mystificateur, a fait 
preuve de beaucoup d'esprit et de science 
dans la rédaction de son fameux cata- 
logue Fortsas. Mais son esprit a fait 
tort à son tact en cette circonstance. Il y 
a de ces confidences qu'un homme d'hon- 
neur ne peut pas se faire même à soi- 
même, m, à plus forte raison, aligner en 
caractères d'imprimerie, quoique pour hii 






seul et à un ^çpl exemplaire, le tout fût-il 
même enveloppé d'une p^eau de chagrin. 

3%xvi)E Bruxelles. 

— Quoi qu*cn dise M. Yemeniz dans la 
note qu'il a consacrée au Catalogue Fort- 
sas, ce volume n'est pas rare ; if en a été 
&it plusieurs contrefaçons et il en a paru 
récemment une édition à Bruxelles, au 
prix de 5 francs. On sait que ce catalogue, 
dont les livres n'ont existé que dans l'ima- 
gination de M. Chalon, a fait sensation 
lorsqu'il parut. Un ^rand nombre de bi- 
bliophiles ont été pris à cette mystifica- 
tion, et plusieurs d'entre eux ont eu de 
cruelles déceptions. 

Voici le titre exact, avec la note qui 
l'accompagne, du n^ 48, que Madame la 
princesse de Ligne voulait acquérir à tout 
prix : a Mes campagnes aux Pays-Bas^ 
« avec la liste, Jour par jour, des forte- 
uresses quef ai enlevées à V arme blanche. 

a Imprimé par moi seul, pour moi seul, 
a à un seul exemplaire, et pour cause. 

« A. B. de l'imprimerie du P. Ch. De... 
a ^prince Charles de Ligne), sans année, 
a in -8°, 202 p., relie en chagrin vert, avec 
a fermoir à clef d'argent doré. 

« Catalogue plus que curieux des bonnes 
« fortunes du prince. Le maréchal de Ri- 
« chelieu lui avait sans doute donné l'idée 
« de ce singulier inventaire. » 

Dans la préface de ce curieux catalogue, 
M. Chalon fait supposer que a M. le 
« comte de Fortsas n'admettait sur ses 
« tablettes que des ouvrages inconnus à 
« tous les bibliophiles et les catalogistes. 
« Avec un pareil système, on conçoit que 
« la collection formée par lui, bien qu'il y 
tf ait consacré pendant quarante ans des 
a sommes considérables, ne peut être fort 
te nombreuse. Mais ce qu'on aura peine à 
c croire, c'est qu'il expulsait impitoyable- 
« ment de ses rayons des volumes payés 
« au poids de l'or, des volumes qui eus- 
« sent été l'orgueil des amateurs les plus 
« exigeants, sitôt qu'il apprenait qu'un 
a ouvrage, jusqu'alors inconnu, avait été 
« signalé dans quelque catalogue. La pu- 
« blication des Nouvelles Recherches de 
a Brunet, fut pour notre bibliomane un 
a coup bien sensible, et qui, sans doute, 
a n'aura pas peu contribué à accélérer sa 
a fin. Elle lui fit perdre en une fois le tiers 
a de sa chère bibliothèque. Depuis lors, il 
« semblait dégoûté des livres et de la vie ; 
c( il ne fit plus une seule acquisition, mais 
« le Bulletin*de Techener venait de temps 
u en temps encore éclaircir les rangs déjà 
o bien-dégarnis de son bataillon sacré. » 

On peut juger de l'effet que produisit, 
dans le monde des bibliophiles, ce catalo- 
gue précédé d'une pareille préface. 
(Strasbourg.) C. Mehl. 

— On a réimprimé cette année-ci (1867), 
sans doute en Belgique, sur un des deux 
exemplaires connus , un petit livre du 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 ;anv. 1869. 



— 41 



42 



prince de Ligne aussi édifiant à peu près 
que le serait celui de « Meh Campagnes 
aux PayS'Ba$i i) s'il existait. 

Nous le signaleront à M. H. Vienne, 
non pas pour . son contenu , mais pour 
Tavant-propos de«l!édJteur, qui donne une 
nomenclature des livres sortis des deux 
imprimeries particulières du prince , à 
Bruxelles et à son château de Delœil : 

Sans devant derrière, parle prince de***, 
sur l'imprimé de Delœil, sans titre, sans 
nom d'auteur, sans nom de lieu, sans 
date; in-8 de vii-75 p., tiré à 70 ex. nu- 
mérotés à la presse (5o pap. de Hollande, 
16 gr. pap. de Hollande, 4 chine). 
(Bruxelles.) P. M. 

Pourquoi nomme-t-on Raphaël « le 
SauzioT » (IV, 294). — « Le père de Ra- 
phaël se nommait Giovanni Sanli. Pour- 
quoi le fils se nomme-t-il Sanzio? Il de- 
vrait se nommer comme son père. On a 
dû chercher à expliquer cela. » En effet, 
on s'en est occupé et voici les renseigne- 
ments que l'on possède à ce sujet : 

Georges Vasari, l'auteur du célèbre ou- 
vrage intitulé : Le vite dei più eccelîenti 
architetii, pittori e scultori italiani, com- 
mence ainsi son article biographique sur 
Raphaël d'Urbin : 

t Le gracieux Raphaël Sanzio d'Urbin 
offre une des preuves les plus éclatantes 
de la munificence du ciel qui se plaît par- 
fois à accumuler sur une seule tête des 
grâces et des trésors qui suffiraient à la 
gloire de plusieurs. » -— Puis il ajoute, 
un peu plus loin , dans le même article : 
« Raphaël naquit, à Urbin, le vendredi 
saint de Tannée 1483, à trois heures après 
minuit. Son père Jean de' Santi, peintre 
médiocre y (i) mais homme de sens et de 
jugement, se trouva capable de le diriger 
dans la bonne voie que malheureusement 
il n'avait pu connaître lui-même dans sa 
jeunesse. » (2) 

A l'article Pierre Perugino, page 353, 
tome III, Vasari dit, en parlant de ce 
grand peintre: « Il forma dans sa manière 
bon nombre de maîtres et, entre autres, 
le miraculeux Raphaël Sanzio d'Urbin, 
qui le surpassa de beaucoup, après avoir 
travaillé pendant plusieurs années avec lui 
et en compagnie de son père Jean (Gio- 
vanni) de' Santi. » — « On voit encore 
aujourd'hui à Urbin des peintures du père 
de Raphaël, qui indiquent que cet homme 
n'était pas sans mérite. On lui attribue, 
dans une petite église dédiée à saint Fran^ 
çois (San Francesco) le martyre de ce pa- 

(i) Remarquer la différence des jugements 
sur son talent. 

(2) Voir pages 207 et 208, tome IV, Vies des 
Peintres, Sculpteurs et A rchitectes,par Georges 
Vasari, traduites par Léopold Leclanchéj et 
commentées par Jeanron et Léopold Leclanché, 
1 vol. in-S". Paris, 1 889. 



tron, avec une figure en raccourci que 
Raphaël, étant fort jeune, imita dans le 
tableau du mariage de la Vierge à Citta 
di Castello. Il signait ses ouvrages Jo, 
Sanctis Urbi, , c'est-à-dire: Urbinas. 
Lanzi a lu cette inscription sur un ta- 
bleau de l'Annonciation que peignit Jean 
de' Santi, dans la sacristie des Conventuels 
de Sinigaglia. » (1) 

Dans sa note n^* i sur la biographie de 
Raphaël d'Urbin, par Vasari, M. Jeanron 
rapporte que la famille de Santi ou Sanzio 
était ancienne à Urbin; que sa généalogie 
se voit écrite sur un rouleau qu'Antoine de' 
Santi, fils de Jules de' Santi, chef de la fa- 
mille, tient à la main dans un portrait fait 
Ear lui, et qui existe encore au palais Al- 
ani; qu'on lit sur ce rouleau que c'est 
d'Antoine de' Santi que, par un Sébastien 
de' Santi , puis par un Jean-Baptiste de' 
Santi, descend Jean de' Santi, ex quo ortus 
est Raphaël qui pinxit in anno iSig; que 
Sébastien de Santi avait pour frère Ga- 
leas de' Santi, peintre remarquable, et 
père de trois peintres nommés Antoine, 
Vincent et Jules de' Santi, et que ce Jules 
de' Santi y était indiqué comme un très- 
grand peintre (maximus pictor). « Ainsi, 
dit M. Jeanron en terminant sa note, on 
remarque quatre peintres dans cette bran- 
che des Santi. Nous ignorons s'il reste 
d'eux quelques souvenirs à Urbin. » 

Enfin, dans sa notice sur Raphaël, in- 
sérée dans le tome XLI« de la Nouvelle 
Biographie générale publiéechezMM. Di- 
dot frères, M. Ernest Breton complète de 
la sorte les renseignements donnés par 
Georges Vasari et par M. Jeanron, et que 
nous demande M. Jacques D. : « Raphaël 
Sanli ou Sanzio est né à Urbin, le 6 avril 
1483, et mort, à Rome, le vendredi-saint, 
6 avril i520. Selon Passavant, dans la 
première moitié du XIV« siècle, vivait à 
Colbordolo, bourg du duché d'Urbin, un 
homme appelé Santé, dont les descendants 
adoptèrent le nom de del Santé ou de* 
Santi, en latin : Sancti (les saints), qui 
plus tard, et seulement du temps de Ra- 
phaël, prit la forme italienne de Sanzio, 
Quoique Raphaël n'eût point ajouté à sa 
signature le nom de Sanzio, ce nom lui a 
été donné de son vivant, et Ton en a pour 
preuve un sonnet composé par François 
Francia, orfèvre et peintre bolonais, son ^ 
admirateur et son ami, adressé : A IF ec- * 
celente pittore Raffaello Sanxio, Un des 
descendants de Santé de Colbordolo vint, 
en 1460, s'établir à Urbin, et fut le bisaïeul 
de Raphaël. Le fils de' Santé y acquit, dans 
la contrada del Monte (dans la rue du 
Mont ou de la Montagne) deux maisons 
adjacentes que le temps a respectées. Ra- 
phaël eut pour père Jean de Santi, peintre 
de talent y décédé en 1494, et pour mère 

. (i) Note n« 2, de M. Jeanron, artide Raphaël, 
tome IV, page 286. 



K» gà.j 



L'INTERMÊDÎAmË 



43 



44 - 



Makik Ciarla (0, fille d*un négociant 
d'Urbiû, qui mourut en octobre 1401. 

J.-T. L. 



Fnissiéii (Voyez Gttl-Uttic, piou-piou, 

IV, 33 î). — Je lis dans l'article indiqué 
ci-contre :«.... Les gamins de Paris, qui^ 
« du jour où notre infanterie a remplacé 
k l'haoit à basques par la veste ronde im- 
<< portée de Berlin, infligèrent le mot de 
« prussien à cette chose proéminente que 
tt rétoffene voilait plus... » 

Le mot prussien^ employé dans ce sens, 
isst depuis longtemps traditionnel dans 
Tàrmée. Son origine date, je crois, de 1792. 
Après la canonnade de Valmy, les troupes 
françaises et les troupes prussiennes res- 
tèrent en observation les unes vis-à-vis 
des autres. Comme ces dernières étaient 
postées sur les hauteurs du camp de la 
Lune, c'est-à-dire entre Tarmée de Du- 
mouriez et Tintérieur du pays, leurs con- 
vois étaient interceptés par la cavalerie 
française et par les paysans. Le temps hu- 
mide et pluvieux, ajoutant aux privations, 
engendra parmi les ennemis une dyssente* 
rie presque générale ; du plateau de Valmy 
nos soldats, entretenus en gaieté par leurs 
récents succès et par des approvisionne- 
ments suffisants, voyaient leurs adversai- 
res éparpillés aux avant- postes, occupés à 
la même besogne et montrant ce que nos 
troupiers gouailleurs, désignant la partie 
par le tout, nommèrent désormais un 
prussien. Nossiop. 

— Dans deux des numéros de Vlntermé- 
diaire (il, 357 et 474), il a été parlé des 
CulS'blancs pour désigner nos troupiers 
d'Afrique. Des renseignements que j'ai 
puisés à des sources que je crois authen- 
tiques, il résulterait que cette appellation 
aurait pour origine la couleur blanche du 
calot de la casquette d'uniforme portée 
par l'armée d'Algérie, de 1840 à 1845. 
Four peu que les rayons solaires frappas- 
sent sur ce calot, ils donnaient à nos sol- 
dats^ vus de loin et en masse, l'aspect des 
individus de la grande famille ornitholo- 
gigue que Ton nomme Culs-blancs, Je se- 
rais enchanté qu'un ancien membre de 
l'armée d'Afrique, abonné ou lecteur de 
V Intermédiaire y pût confirmer ma com- 
munication. SCRUTATOR. 

tes àrmôà de Voltaire (IV, 29$).— Voici 
un passage des Souvenirs de la marquise 
de Créquy^ 1840, vol. IV, p. 63 : « Aus- 
sitôt que M. de Voltaire est devenu gen- 
tilhomme ordinaire de la chambre du Roi, 
il a joui des privilèges de la tioblesse et 
pris la qualification d'écuyer, avec des 
armoiries à fond noir, une simple barre, 

(t) M. Èfnest Bt'éton, dit Caria. Il faut lire 
Ciarla. 



I 



en effigie d'tfn coup d'estoi; sur un bou- 
clier. On aurait dit un écù du temps des 
Albigeois; rien n'était si noblement sévère 

et de plus franc gothique. » O. D. 

> 

M. Borel d'Hauterive, dans V Annuaire 
de la noblesse àQ 1845, page 328, donne 
les armes de Voltaire sous cette rubrique 
ua peu sèche : 

Uapar à trois flammes d'or. 
sans commentaire historique, sans dire 
si ces armes provenaient d'une concession 
faite à sa famille ou si elles appartenaient 
au domaine de Ferney. Cependant on 
pourrait facilement s'en assurer en con- 
sultant un armoriai de la généralité de 
Paris, à partir de 1700, au nom d'Arouet, 
et un armoriai du Bugey ou du pays de 
Gex. Alcébte. 

Le P... (IV, 338J. — Les deux vers cités 
par votre correspondant : 

A ces mots il fit un gros p.., 
Et c'est le dernier qu'il ait fait, 

ne sont pas, que je sache, dans V Enéide 
travestie, mais ils se trouvent certaine- 
ment dans la Henriade travestie, par 
Fougeret de Montbron, V« chant, récit de 
la mort de Henri III. 
(Alençon.) L. D. L. S. 

Rapporteur du Point d'honneur (IV, 
340). — M. Tr. M. trouvera les renseigne- 
ments les plus complets sur le tribunal 
du Point d'honneur dans VÈncyclovédie 
méthodique, édition Panckoucke, Juris- 
prudence, tom. V, page 52 3, au mot lieu- 
tenant des maréchaux de France; ne pas 
confondre avec lieutenant de la mare- 
chaussée, 

(Lyon ) V. de V. 

Le roi règne et ne gouvemô jpas flV, 
353). — La phrase est de M.Thiers,dans 
un de ses articles du iV^fiow^/, peu après sa 
fondation en janvier i83o. Louis-Philippe 
ne se soumit guère à l'axiome fait préven- 
tivement pour le parlementarisme de son 
règne. Louis- Napoléon sV soumit encore 
moins. Le 5 octobre 18Î9, il écrivait à 
Ch. Durand, qui dirigeait pour lui le Capi- 
tale, une, lettre que j'ai vue autographe, 
dans laquelle il lui reprochait surtout d'a- 
voir admis la défense du fameux axiome 
dans son journal ; « Comment, disait-il, le 
Capitole, qui se fait Porgane du napoléo- 
nisme et du système impérial, va-t-il prê- 
cher le système des cochons à l'engrais?... 
Comment soufFre-t-il un article qui traîne 
le journal dans cette ornière des partisans 
de la constitution anglaise, dont le grand 
principe est cette guerre de synonymes : 
« Le roi règne et ne gouverne pas? » 

Ed. F. 



DES CHERCHEURS ET CUtOËtîilL 



45 



46 — 



faSjaav; 1869. 



Lbb OâHcalitflftUis ancilàià (IV, 365). — 
Je prie M, H. V., qui e$t passé maître 
en pareillâS:i matières, de vouloir bien 
excuser une légèiie rectification relative- 
ment âtt prénom de Cruikshank, l'ha- 
bile et Spirituel au teut des « Illustrations 
ofTimCj» « Illustrations of Phrenology, >î 
« My Sketch- Book, » « The Comic Alma- 
nack, » « John Gilpin, » et tant d'autres 
compositions pétillantes du meilleur hu- 
mour anglais. Son nom est Geor^e^ non 
WilUàfH. Il vit encore, mais âgé, mfirme, 
et incapable de travailler; il a bien rempli 
sa tâche. La reine vient de lui faire une 
pension. 

Il y avait un autre Cruikshank vers 1 8 3o, 
(|ai signait R. Cruikshank^ mais d'un ta- 
lent bien inférieur. 

Les caricatures de Gillray étaient aussi 
pleines de verve, mais, comme le dit 
M. H. V., son burin était vendu à M. Pitt. 
J'ai de lui un petit nombre de caricatures 
politiques contre la France, et aussi quel- 
ques-unes dans lesquelles des hommes 
d'Etat anglais sont représentés avec des 
costumes du temps du Directoire et des 
écharpes tricolores. Plus tard, vers l'épo- 
que du Reform-Bilïy un homme a surgi, 
dont les. caricatures politiques, lithogra- 
phiées et enluminées, ont eu beaucoup de 
vogue et un succès soutenu et mérité, mais 
plus à cause du jeu habile des physionomies 
et de la finesse d'esprit des légendes que 
parla correction du dessin. Je veux parler 
de Doyle, sous le pseudonyme de H. B. 

De nos jours, les grandes caricatures du 
Punch^ gravées sur bois, réunissent à infi- 
niment d'esprit le dessin le plus remar- 
quable. P. -A. L. 

— Il est bon d'ajouter aux renseigne- 
ments déjà donnés 1 indication de trois ar- 
ticles fort intéressants : Tun, signé Amé- 
dée Pichot, dans la Revue de Paris 
(i5 avril i832, p. 147-164); l'autre dans 
la Revue britannique (avril i838, p. 264- 
292); le troisième, de M. John Lemoine, 
\ Histoire par là Caricature, dans la Re^ 
vue des Deux-Mondes de 1849 (3® trimes- 
tre, p. 336-348}. L'œuvre de James Gill- 
ray occupe là, plus qu'aucune autre, une 
très-large place. Ed. F. 



Le mot tt mystifier » et ses dérivés (IV, 

387). — On aura beau chercher, on ne 
trouvera pas un seul emploi du mot mys- 
tifier et de ses dérivés avant la seconde 
moitié du XVI II" siècle, et rien, en effet, 
ne prouve mieux la fausseté de la préten- 
due correspondance entre Pascal et Newton 
<\ne\emotinystification, échappé au fabri- 
cateur de cette correspondance. 

EUQORRAL. 



trouuailke et ^nvmitk^ tic. 

Le dernier autographe dé Géï'àtd de 
Nerval. — Je trouve, en rangeant de vieux 
{papiers, un autograp'he fort curieux, dont 
j'avais oublié l'existence et que je ne sa- 
vais pas être en ma possession. C'est une 
liste des Œuvres de Gérard de Nerval, 
rédigée par lui-mêttie peu de jours avant 
sa mort. Cette liste, écrite siir un feuillet 
de papier à lettre teinté en vôrt, forine 
trois colonnes dans l'original, et offre di- 
verses abréviations qui auraient besoin 
d'être interprétées. Ainsi, dans l'article 
Journaux, Gérard de Nerval a indiqué 
très-exactement le faombre d'années pen- 
dant lesquelles il a fourni des articles, si- 
gnés ou anonymes, à tel journal ou à telle 
revue. 

Nous croyons devoir reproduire, à titre 
de document authentique, ladite liste, qui 
présente cependant quelques erreurs et 
plusieurs lacunes inexplicables. 

Par exemple, il ne cite même pas te 
Monde dramatique, revue illustrée qu'il 
avait fondé d'après les conseils de Balzac, 
et qu'il publia lui-même à ses frais, en y 
insérant un assez grand nombre d'articles; 
historiques et critiques. Il ne parle pas 
davantage de la Couronne poétique de Bé- 
ranger, qu'il avait recueillie en l'honneur 
de son illustre maître, joli petit volume où 
il a signé la Préface et plusieurs char- 
mantes poésies, etc. 

Voici la copie exacte de l'autographe : 

ŒUVRES COMPLÈTES. • 

Livres* 

In- 18. Faust. — Dondey-Dupré, 1828. 
In-i8. Les Poètes allemands. — BeV/zM«^, 1829» 
In-8. Léo Burckart. — Dése^siïr^, iSSg. 
2 vol. in-8. Les Femmes du Caire. — Souve^ 
rain, 18^8. 
— Les Nuits du Rhamazan. 1848. 
In-18. Id. Voyage en Orient.— Charpentier, 

1849. 
3* édit., augmentée des Amours de Vienne et 

des Mœurs égyptiennes. 
In- 18. Lorelv. — (jiraud et Daguin, iSSa. 
In- 18. Les Illuminés. — Lecou, i852. 
In-32. Châteaux de Bohême.— Didier, i853. 
In-32. Contes et Facéties. —- Giraud, i853, 
In-i8. Les Filles du feu. — Giraud, 1854. 

En feuilletons, 
2 vol. Le Marquis de FayoUes, — Le Temps, 

Poésies. 

La France guerrière, i vol., 1827. 

Satires. Le Cuisinier, l'Académie, etc. 182S. 

Ouvrages commencés ou inédits. 

Artémis, ou le Rêve et la Vie. 

La Bohême ^dXdSitQ, — Michel Lévy,\ Presque 

Les Nuits de Paris. — LeCou. /complets. 

Dolbreuse. 2 vol. 

Mémbir^s du comte de StliAt«*OerAiàin. 



N- 98.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [26 janv. 1869. 

— 47 48 

rard; nous eûmes plusieurs entrevues; 
nous établîmes ensemble les B^ses de Té- 
dition projetée; Je lui qfjfds^iite^a part de 
Dutacq, une somme très-importante pour 
droits d'auteur. Trjois jours avatnt sa mort, 
Gérard vint me voir e.t^ipporta ce qu'il 
appelait le bilan de ses Œuvres complètes. 
Ce jour-là, le pauvre garçon était presque 
fou; mais il n'avait jamais eu plus d'es- 
prit et de bonne humeur. Il me quitta, en 
me priant de lui faire donner un à-compte 
sur le prix de ses Œuvres complètes, et 
je ne l'ai pas revu. 

P.-L. Jacob, bibliophile. 



Lettres cabalistiques. 
La Méditerranée. 

Drames et Opéras. 

Piquillo. 3 a. Opéra-comique. Avec Dumas. 

Léo Burckart. 6 a. Porte Saint-Martin. 

Le Chariot et l'Enfant, ou Vasantasena. 5 a. 

Odéon. Avec Méry. 
L'Imagier de Harlem. 5 a. Porte St-Martin. Id. 
Les Monténégrins. 3 a. Opéra-comique. Avec 

Alboize. 
La Nuit blanche, i a. Odéon. Avec Méry. 
Princesse de Tours. Vaud. i a. Gymnase. Avec 

Coignard. 

Misanthropie et repentir 5 a. Traduction nou- 
velle, reçue au Théâtre-Français. 

Jodelet. 3 a. A l'étude. Id. 

Tartufe chez Molière. 2 a Odéon. Avec Lopez. 

La Main enchantée. 5 a. Reçue à la Gaîté. Avec 
Maquet. 

V^^i: • jt a s. ] Reçues et non jouées. 
Le Prmce des Sots, j ^ 

Louis de France. (4 a. écrits.) 

Corilla, opéra-comique, reçu, en préparation. 

Sujets. 

La Mort de Brusquet. 3 a. 

Beppo. 2 a. 

L'Abbate. 2 a. 

La Reine de Saba. 5 a. Halévy. 

Le citoyen marquis. 5 a. terminés. 

Le Margrave. 2 a. 

Francesco Colonna. Avec Lucas. 

L'Etudiant Anselme. 2 a. 

L'Homme de nuit. 5 a. 

Fouquet. 3 a. Avec Maquet. 

La Fiancée de Corinthe. 5 a. commencés pour 

Spontini, avec Th. Gautier. 
Nicolas Flamel. 3 a. Commencé. 
La Mort de Rousseau, etc. 

Journaux. 

Mercure. 5 ans. Divers morceaux. 

Charte de i83o. 2 ans. Feuilletons. 

Messager, i an. Feuilletons. 

Presse. 10 ans. Feuilletons. 

Figaro. 2 ans. Articles de genre. 

National, i an. Divers articles. 

Artiste. 4 ans.' Articles de mœurs et littérature. 

Revue des Deux- Mondes. 6 ans. Articles de 

voyages, poèmes de Henri Heine. 
Revue de Paris. Articles. 
En épreuves : Le Rêve et la Vie. 

Pensées, Philosophie, Religion, 
2 vol. de manuscrits. 

Nous avons dit que cette pièce auto- 
graphe date des derniers jours de la vie 
du malheureux poëte. On n'apprendra pas 
sans intérêt dans quelle circonstance elle 
nous fut remise. 

Dutacq, l'excellent, l'ingénieux, l'actif 
ami des lettres et des lettrés, avait eu la 
pensée de donner une belle édition des 
Œuvres complètes de Gérard de Nerval. 
Il m'avait chargé de m'entendre avec ce- 
lui-ci au sujet de cette édition. Mes rela- 
tions amicales avec Gérard remontaient à 
l'année 1828, et j'avais eu l'honneur, pour 
ainsi dire, de le conduire par la main dans 
la carrière littéraire. J'écrivis donc à Gé- 



La Société secrète : « Aide-toi, le ciel 
t'aidera. » — Parmi des papiers de l'épo- 
que de la Restauration, qui nous passent 
par les mains, nous remarquons une note 
portant le titre de la célèbre Association 
de « Aide-toi y le ciel f aidera. » La voici 
textuellement: 

ce Ariége. Général LafHtte. Pages de La Mi* 
nerve. Bons. — Joly, procureur gén. Montpel- 
lier. B. 2. — Pages Ferrère. M. 

«f Loiret. Laisné de Villevèque. M. — E. 
Souesme. B. 

« Saône-et Loire. Le général Thiart. B. 

« Seine-Inférieure. Eugène Aroux, procu- 
reur du roi à Rouen. B. 

« Indre-et-Loire. Girod de l'Ain. B. 2. 

« Calvados. Lisieux. Fleuriet la Touzerie.5. 

« Manche. Briqueville. B. 

»< Gard. Tulon, ex-secrétaire général, desti- 
tué, B. — Lascours. M. 2. ~ Chabaud-Latour. 
M. 2. 

« Nièvre. Lépine, B. contre Dupin aîné, M. 

« Corrèze. Lacoste. B, 2. — Gauthier, maire 
de Vaugirard, près Paris, B. 2. 

S. D. 



• Les Amours du Palais-Royal. » — La 

Revue des Autographes de mars dernier 
(n«> i5), annonçant un manuscrit ainsi 
intitulé et relatif à Louis XIV et à M"« de 
La Vallière, ajoute : a Ce manuscrit est 
ce original, et très-probablement inédit. » 
Inédit, très-assurément non. C'est un 
de ces nombreux petits romans historico- 
satyriques, qui forment comme le cortège 
du trop fameux livre de Bussy. Celui-ci a 
été souvent imprimé sous ces titres : His- 
toire du PalaiS'Royal, le Palais-Royal 
ou les Amours de M"»« de La Vallière; et, 
sans s'arrêter au détail des éditions an- 
ciennes (Voy. Brunet, t. I, col. 244), ij 
suffit de rappeler ici qu'il a été réimprimé 
par les soins de M. Livet dans la Biblio- 
thèque elsfévirieiîne de M. P. Jannet: 
Histoire amoureuse des Gaules, 3 vol., 
1856-57. — L'extrait du manuscrit que 
donne la Revue des Autographes, se trouve 
mot pour mot au t. II, p. 89 et suiv. de 
cette réimpression. Alf. de Courtois. 



Paru. «- Tïp* do Ch. Mejraeis, rue Coju, 13 — 1868. 



Numéro 99. 



Chtrduttt 
vomtrawnrêt. 




Il M foM 

•ntr'atdtor. 



10(éTr.l869. 



C'JnterméMûtre 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, U^OTES and QUERIES français.) 



49 



€tue0ti0n$. 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatiq.ue 

— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 



La « Hiérarcliie » de Robert Ceneau. — 

Sauvai cite fréquemment, dans le pre- 
mier volume de ses Recherches sur Paris, 
un ouvrage que j'ai vainement cherché 
depuis plusieurs années, c'est une descrip- 
tion lopographique de Paris, composée en 
latin par Robertus Cœnalis et qui ferait 
partie d'un ouvrage intitulé : Hiérarchie 
française. Avant de rechercher quel est 
l'ouvrage indiqué par Sauvai, il est bon 
d'en faire connaître l'auteur dont les bio- 
graphes ne parlent que très-inexactement. 
Rohertus Cœnalis (en français Robert 
Ceneau) né à Paris, étudia dans la fameuse 
université de cette ville. Il était en iSoj 
procureur de la nation de France et profes- 
seur es arts au collège de Montaigu ; en 
1 5 08, il passa au collège de Reims, pour 
y faire un cours de philosophie qui dura 
trois ans. Recteur de l'Université en i5i2, 
puis bachelier de théologie en Sorbonne, 
il y obtint l'année suivante le grade de 
docteur. 

Il fut chargé d'affaires importantes et 
les actes de TUniversité font très-souvent 
mention de lui. La science et l'habileté 
dont il donna des preuves, le zèle qu'il dé- 
ploya contre les nouvelles doctrines qui 
allaient amener la Réforme, le firent dis- 
tinguer par François !«', qui . lui confia 
successivement les évêchés de Vence, de 
Riez et d'Avranches ; il fut promu à ce 
dernier siège en i532. Il mourut au mois 
d'avril 1 56o, à Paris , et fut inhumé avec 
beaucoup de pompe dans l'église Saint- 
Paul, détruite en 1799. Sur une tombe de 
marbre on voyait la statue en cuivre de 
R. Ceneau, il était représenté dans ses 
habits pontificaux, foulant aux pieds les 
deux serpents de l'Hérésie ; plusieurs vers 
latins étaient joints à son épitaphe {Gallia 
Christiana, t. XI, p. 497. — Description 
historique de la Ville de Paris ^ 



in-i2, t. IV, p. i58). 



etc., 1765, 



5o 



Robert Ceneau joignait à la connais- 




t. Vï, p. 970). Il a composé plusieurs 
ouvrages ; je n'ai besoin de citer ici 
que celui qui se rapporte à l'histoire de 
France, et dont voici le titre: Roberti 
Cœnalis, divina clementia Episcopi Abrin- 
censis, doctoris theologi, ordine et ori^ 
gine ParisiensiSy Gallica Historia, in duos 
dissecta tomos ; quorum prior ad anthro- 
pologiam Gallici principatus, posterior 
ad soli chorographiam pertinet. — Ad 
Henricum II Valesium, jFranciœ regem 
Christianissimum, — Accessit Appendix 
commodissima insigniorum Gallia» loco- 
rum, nec non etfiuminum^quin et Italica- 
rum complurium civitatum nomenclatura 
vêtus, appellatione recentiori illustrata , 
etc., etc. ParisiiSy i557, in-f». 

On trouve dans cet ouvrage une foule 
de renseignements sur l'origine et l'his- 
toire des peuples de la Gaule et en parti- 
culier sur la nation française. Mais beau- 
coup de fables se mêlent aux faits qu'une 
sage critique doit accepter comme vrais. 

Je croyais rencontrer aussi, dans ce 
volume, les explications nombreuses que 
donne Sauvai sur l'origine et l'étymolo- 

fie d'un assez grand nombre de rues de 
*aris, et qu'il dit avoir extraites d'un 
ouvrage de Robert Ceneau (qu'il nomme 
toujours Robertus Cœnalis) ouvrage c^u'il 
apipelle Hiérarchie française, mais qui ne 
fait nullement partie du volume indiqué 
ci-dessus. Est-ce un ouvrage imprimé, 
est-ce un manuscrit de l'évêque d'Avran- 
ches? c'est ce que je n'ai pu découvrir. — 
Dans le volume de Robert Ceneau que 
j'ai cité précédemment, je trouve bien 
au f» 116 et suivants une nomenclature 
qui porte le titre de Hierarchia Gallicce 
topographice, mais cette nomenclature 
de quelques pages seulement n'a aucun 
rapport avec le livre dont Sauvai a ettrait 
ses Recherches, au moins en est-il ainsi 
dans l'édition de i557, in-f», la seule que 
j'aie pu avoir entre les mains. Celle qui 
est indiquée avec la date de i58i dans le 
père Lelong (t. i»»*, p. 78, n® 1200), ne se 
trouve dans aucune fcibliothèque. C'est 
une recherche bibliographique à faire, que 

TOME V.— 3 



N- 99.] 



L'INTERMEDIAIRE 



3i 



52 



j*ai essayée sans résultat et que j'adresse 
à de plus habiles. Le Roux de Lincy. 



Deux « Factnins n de La Fontaine. — Le 

savant xM. Benjamin Fillon, de Fontenay- 
le-Cotnte, a découvert, dans les archives 
de la famille Pidoulx, alliée à celle de La 
Fontaine, un factum aue notre grand fa- 
buliste avait produit dans son procès en 
usurpation de noblesse; mais M. Fillon a 
malheureusement négligé de prendre co- 
pie de ce factum qui ne se retrouve plus. 
Le baron Walckenaer et moi, nous Tavons 
cherché inutilement dans toutes les biblio- 
thèques publiques et particulières. Voici le 
titre de ce factum, tel que M. Fillon l'a 
recueilli : Deuxième factum pour Àf« Jean 
de La Fontaine^ maistre particulier des 
eaux et for est de Chasteau-Thierry y et 
Response aux dits du S, Cornay de la 
Vallée, sans nom d'imprimerie et sans 
date, 7 pages in-4. Ce ti^re est d'autant 
plus précieux qu'il constate l'existence 
d'un premier factum qui n'a encore été si- 
gnalé par personne. M. Fillon a supposé 
avec raison que le deuxième factum, qui 
contient quelques détails sur la famille de 
La Fontame, devait être de 1662 ou 166 3. 
Ce fut, en effet, en 1 662 que La Fontaine, 
condamné à une forte amende pour avoir 
pris indûment le titre à'écuyer, adressa 
une épître en vers au duc de Bouillon 
pour obtenir d'être exempté de payer cette 
amende. Quelque ami des livres et de La 
Fontaine découvrira-t-il ces deux facturas? 

BiBL. Jacob. 



Une traduction de Josèphe. — M. G. 

Brunet, p. loi de/j France littéraire au 
XV^ siècle {%T. m-^^, i865), après avoir 
dit que la première traduction française de 
Josèphe fut imprimée par Vérard en 1492, 
ajoute : 

a Une autre traduction ûwowj^me, faite à 
Reims en 1463 est restée inédite; elle est 
attribuée à Guillaume Coquillart. La 
Bibliothèque Impériale en possède des 
copies manuscrites (n*>* 6892 et 6893, 701 5 
et 7016). » 

Mais M. Ch. d'Héricault gui, t. !«', 
p. 3 et 5 de son édition de Coquillart (1857, 
Bibl. elzév.) parle seulement des n®*7oi 5 et 
7016, assure que cette traduction dont il 
donne quelques extraits, est très-positive- 
ment du chanoine de Reims, et il cite à 
l'appui un acrostiche placé à la fin du 
manuscrit et reproduisant les nom et pré- 
nom de Guillaume Coquillart. 

J'ai souligné ci -dessus avec intention 
les mots anonyme et attribuée qui mon- 
trent que M. G. Brunet est beaucoup 
moins affirmatif que M. d'Héricault; or, 
je serais heureux qu'on voulût bien me 



dire si, en définitive, la traduction dont il 
s'agit est, oui ou non, de G. Coquillart. 

A. B. D. 



Œvfres littérairos en maréchal Bmne 
(1763-1815;. — Je f>ossède un petit volume 
anonyme, format in- 12, magnifiquement 
imprimé en caractères neufs sur double 
papier vergé collé, avec vignette avant la 
lettre en frontispice: •Moreau inv. Li Du- 
val se, » et je trouve ce petit livre ainsi 
indiqué, sous le o9 1941 3, dans le Diction- 
naire des Anonymes de Barbier (2™« édi- 
tion) : € Voyage pittoresque et sentimen- 
tal dans plusieurs provinces occidentales 
de la France (en prose et en vers, par le 
maréchal Brune). Londres et Paris, 1788 
ïn-S^; 1802 et 1806 in- 12, et in- 18. • 

Le maréchal Brune, — rien que cela ! — 
Quelles sont donc les autres publications 
de cet illustre guerrier, po€te et voyageur? 
— Le Dictionnaire de Bouille t (article 
Brune, G. -M. -A.) nous dit que dans sa 
jeunesse s'étant lié avec Danton, « il se 
fit connaître par Quelques écrits politi- 
ques. » Quels sont les titres de ces divers 
ouvrages? Ulric. 



La Révolntion française écrite par les 
auteurs latins. — Les'lecteurs de l Inter- 
médiaire se rappellent-ils avoir vu dans 
VHermès romanus, de Loêve-Veimar, un 
morceau composé avec des extraits des 
auteurs latins et qui porte ou à peu près 
le titre ci-dessus ? V. Dufour. 



L' « Almanach des Cnmnlards. » — Je pos- 
sède le petit volume suivant: « Almanach 
des Cumulards, ou Dictionnaire histori- 
que des dits individus Cumulards, avec 
la note très-exacte de leurs divers appoin- 
tements, traitements, pensions, etc. Le 
tout mis en lumière par un homme qui 
sait compter. Première année. Paris, à h 
librairie monarchique de N. Picard. » 
Petit in-i2, de 204 et viii pages, 182 1 (avec 
portrait d'un Cumulard, dessin anonyme 
rappelant le genre de Henry Monnier et 
gravé par Giraldon-Bovinet.) « Première 
année » dit le titre. 

Pourrait-on me dire : i® s'il a été publié 
une suite à ce premier volume , 2® com- 
bien de séries doit compter la collection 
complète, et 3° à qui l'on attribue la pa- 
ternité de cet almanach? Ulric. 



Noms de villes devenus ridicules. — Un 

lecteur de l'Intermédiaire pourvait-il nous 
renseigner sur l'origine du ridicule atta- 
ché au nom de quelques villes de France, 
telles que Pont-à- Mousson, Carpentras, 
Landernau, Brives-la-Gaillarde, etc.. etc? 

H. H. D. L. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



53 



54 



[lofévr. 1869. 



Fin à doror oomme une dague de plomb. 

— Le chapitre xvi du livre H de Rabe- 
lais (Pantagruel) commence ainsi : « Pa- 
nurge était de stature moyenne, ni trop 
grand, ni trop petit, et a voit le nez ung 
peu aquilin, fait à manche de rasouer et 
pour lors étoit de l'eage de trente à trente- 
cinq ans ou environ, fin à dorer comme 
une dague de plomb... » Que signifie cette 
dernière phrase : Fin à dorer comme une 
dague de plomb? H. Prévost. 



Emploi du sel dans la cérémonie du 
baptême. — Bernard Palissy prétend que 
ce fut en Bourgogne qu'on employa le sel 
pour la première fois dans la cérémonie du 
baptême. Mais il n'apporte aucune preuve 
à rappui de son dire. A quelle époque 
faut-il faire remonter l'emploi du sel dans 
cette cérémonie? J. E.-G. 



Prussiens et Russes. — Pourquoi les 
habitants de la Prusse sont-ils des Prus^ 
sienSy tandis que ceux de la Russie, dé- 
nommés Russiens jusqu'au commence- 
ment du XVIII« siècle, ne sont plus que 
des Russes? . G. R. 



Le Beau est la splendeur du Vrai. — 

M . Chaignet, dans Touvrage intitulé Prin- 
cipes de la science du Beau, prétend que 
cette proposition : « Le beau est Texcel- 
« lence du bien et la splendeur du vrai, » 
généralement attribuée à Platon, non- 
seulement ne se trouve pas exprimée en 
ces termes dans les ouvrages du célèbre 
philosophe, mais encore qu'on aurait beau- 
coup de peine à extraire du fonds naturel 
des idées de Platon le sens et l'esprit d'une 
proposition pareille. — Quel est donc celui 
qui le premier l'a attribuée à Platon? (Il 
est bon qu'on connaisse le nom de ceux 
qui, par fausse science ou supercherie, ont 
induit en erreur une suite de générations.) 
A qui la restituer? J'ai cherché en vain 
une réponse dans V Esprit des Autres. 

S. -T. Blaisois. 

— Presque tout le monde admet que cette 
magnifique définition du beau appartient 
à Platon. Il n'en est rien cependant, si 
l'on en croit le regrettable M. Emile Sais- 
set qui, dans la Revue des Deux-Mondes 
du i5 nov. 1861 (Un nouvel Essai d'es- 
thétique, p. 431, note I), dit que cette cé- 
lèbre formule n'est pas de Platon, mais de 
son plus grand disciple, le sublime et 
mystique Plotin. M. Saisset ne se serait-il 
pas trompé? J'ai lu avec la plus grande 
attention, dans la fidèle et savante traduc- 
tion de M. Bouillet, les Ennéades, et je 
n'y ai point trouvé, condensée en quatre 
mots si frappants, la pensée que Plotin 
aurait eu l'honneur de livrer à l'admiration 



de l'humanité. Quelque savant helléniste 
voudrait-il nous apprendre toute la vérité 
sur cette intéressante question? — Je rap- 
pellerai, du reste, que saint Augustin, cité 
par le P. Félix dans une de ses conférences 
de cette année, a dit que la beauté est la 
splendeur de l'ordre, splendor ordinis, 

T. DE L. 



De la prétendue couronne de fleurs du 
poète de Platon. — J'ai établi autrefois, 
dans la Correspondance Littéraire (n^du 
5 nov. i858), que Platon n'avait jamais 
couronné de fleurs le poëte dont il parle 
dans le livre III de la République, et, en 
même temps, j'ai demandé quel était l'au- 
teur qui avait le premier changé en /leurs 
les bandelettes dont le disciple de Socrate 
entoure tout simplement le front (\e Vêtre 
sacré qu'il met si poliment à la porte. Je 
redemande aujourd'hui à qui revient le 
brevet d'invention de l'élégante coiffure 
dont M. Jules Simon parlait dans la der- 
nière session du Corps législatif. M. Jules 
Simon pourtant devrait mieux que tout 
autre savoir à quoi s'en tenir là-dessus, 
s'il est, comme on le dit, l'auteur de la 
traduction de Platon qui a paru sous le 
nom de M. Cousin. Déjà, ne l'oublions pas, 
dès le premier siècle de l'ère chrétienne, 
Josèphe (Réponse à Avion) avait remplacé 
sur la tête du poëte cle Platon les bande- 
lettes par des lauriers, T. de L. 



Un mot de Dioclétien. ■— Gibbon {Déca- 
dence de l'Empire romain, chap. XIII) 
dit de Dioclétien : « Sa réponse à Maxi- 
mien est devenue célèbre. Ce vieillard in- 
quiet le sollicitait de reprendre les rênes 
du gouvernement. Dioclétien rejeta cette 
proposition avec un sourire de pitié: «Oh ! 
que ne peut-il voir, s'écria-t-il, les lé- 

fumes que j'ai plantés de mes mains à 
alone ! » Le Namde Tillemont (Histoire 
des Empereurs, tome IV) avait parlé des 
herbes de Salone. Bien avant lui, Mon- 
taigne avait attribué à l'ex-empereur ces 
mots : « Si vous aviez veu le bel ordre des 
arbres que j'ay moy-mesme plantez chez 
moy, et les beaux melons que j 'y ay semez ! » 
D'après César Cantu et beaucoup d'autres, 
le noble jardinier aurait célébré surtout la 
beauté de ses laitues. Quelle fut décidé- 
ment la phrase adressée à Maximien par le 
philosopne retiré des affaires? 

EUQ.ORRAL. 

Philippe III a-t-il été rôtiî — On sait 
jusqu'à quelle férocité le cérémonial était 
poussé à la cour d'Espagne; en voici une 
preuve à laquelle pourtant il me coûte 
d'ajouter foi, maigre l'affirmation d'histo- 
riens sérieux : « Philippe III, étant malade, 
se trouvait placé tout près de la cheminée 



N« 99.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



55 



56 



où Ton venait d'allumer un énorme feu de 
bois. La chaleur devint bientôt intolérable, 
et le roi dit aux courtisans de retirer quel- 
ques bûches et de reculer son fauteuil; 
mais, comme le duc d'TJssède, grand 
boute-feu de la couronne, comme le grand 
chambellan, n'étaient pas là, personne ne 
voulut prendre la responsabilité de pareilles 
infractions à l'étiquette; bref, comme il 
était défendu, sous peine de mort, de tou- 
cher à la personne sacrée du roi, les cour- 
tisans le laissèrent rôtir tranquillement. 
Quant le boute-feu et le chambellan arri- 
vèrent, le roi était mourant et il ne sur- 
vécut que jusqu'au lendemain. » Les cher- 
cheurs de T Intermédiaire, en éclaircissant 
ce point d'histoire, pourraient-ils me dire, 
si de nos jours, dans une cour d'Europe, 
à celle de France, par exemple, un cour- 
tisan pousserait le tanatîsme de l'étiquette 
jusqu à laisser cuire à point son souverain? 
En admettant même ce respect pour les 
us de cour, je ne pense pas que le souve- 
rain s'opposât à ce qu'un courtisan se mît 
devant lui pour rôtir à sa place, et ce 
serait alors entre courtisans une lutte 
acharnée à qui grillerait le premier ! 

Sous Charles 1 1 , petit-fils ae Philippe III, 
la tolérance en matière d'étiquette ne pa- 
raît pas avoir fait de sensibles progrès. J'en 
appelle encore aux collaborateurs de /'/«- 
termédiaire pour savoir si l'anecdote sui- 
vante, rapportée, elle aussi, par des écri- 
vains sérieux, est vraie. 

« Tout individu qui avait touché le pied 
de la reine, pour quelque raison que ce 
fût, était puni de mort. La femme de 
Charles II, faisant un jour à cheval une 
promenade avec quelques dames d'hon- 
neur, est tout à coup renversée, et son pied 
étant resté pris dans l'éirier, est traînée 
sur le pavé. La fou Je regardait ce triste 
spectacle, mais n'osait porter secours à la 
reine à cause de l'étiquette ; elle allait in- 
failliblement périr, si deux officiers fran- 
çais, qui se trouvaient là par hasard, ne se 
fussent dévoués pour la sauver : l'un se 
jette à la bride du cheval et l'arrête, pen- 
dant que l'autre parvient à dégager le pied 
de la reine, qui en fut quitte pour quelques 
contusions. Les deux officiers s'éclipsèrent 
au plus vite et bien leur en prit, car la 
reine ne parvint à obtenir leur grâce auprès 
du roi qu'avec la plus grande peine, et 
encore nos deux officiers durent-ils quitter 
l'Espagne dans le plus bref délai. » 
(Gray.) Th. Pasquier. 



Béranger et Louis XVIII. — Est-il vrai, 
comme le dit M. Paul Boiteau (Vie de Bé- 
ranger, p. 88), que Louis XVIII mourut 
avec les chansons de Béranger sur sa table 
de nuit? D' Lejeune. 



L'ezactitnde est la politesse des rois.- 
Où et quand ce mot aurait-il été prononcé 
par Louis XVIII? H. Tiedeman. 



Garde des rôles des offices de France et 
marchand de vin privilégié de la cour 
et suite du roy. — Pourrait-on me donner 
des renseignements sur cette charge et sur 
ce titre ? A. Nalis. 



Abbaye de Gluny en Bonrgoane. — 

Existe-t-il encore des registres de 1 abbaye 
de Cluny, dans le Maçonnais en Bourgo- 
gne, et fallait-il être noble pour devenir 
chanoine de cette abbaye? 
(Amsterdam.) M. E. 

Collégiale de Mantes et collégiale de 
Saint -Maimbœuf d'Angers. — Quelques 
informations sur ces deux collégiales, s'il 
vous plaît? A. N. 

Eglise de Saint-Herbeland, a alias > Her- 
bland de Rouen. — Quelques renseigne- 
ments sur cette église? A. N. 



Sieyès et la Division de la France. — 

L'abbé Sieyès est-il réellement, comme on 
le dit, le promoteur de la division de la 
France en départements? 
(Clermont.) F. M. 

Noms romains et grecs pendant la Ré- 
volution. — A quelle époque précise de la 
Révolution française a-t-on commencé à 
changer les prénoms d'usage en prénoms 
romains ou grecs, tels gue Brutus, Aris- 
tide, Publicola, etc.? Existe-t-il une dispo- 
sition législative qui ait prescrit ou autorisé 
ces changements? (Clermont.) F. M. 



Cartes et Médailles des Conventionnels. 

— De quelle couleur étaient les diverses 
cartes officielles, typographiées, que por- 
taient sur eux les membres de la Conven- 
tion nationale, pour établir leur identité, 
entrer dans la salle des séances, etc.? 

Chacune de ces cartes devait-elle, de 
droit, être revêtue de la signature auto- 
graphe ou de la griffe du député auquel 
elle appartenait? 

Combien d'émissions différentes en fut- 
il effectué par le gouvernement? 

Je connais deux dessins de ces cartes 
historiques, entièrement dissemblables. En 
existe-t-il un plus grand nombre? L'une 
et Tautre carte sont de forme ronde. La 
première, dessinée et gravée par Sergent, 
porte, pour type : une statue de la Répu- 
blique assise, tenant dans ses bras un 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lofévr. 1869. 



58 



faisceau de verges. Légende : « Egalité^ 
— Libertés — Unité, » Exergue : « Répu- 
blique française, 21 septembre 1792. » 

La seconde est gravée par Morret. L'a- 
vers donne pour type : une statue de la 
République debout, appuyée d'une main à 
la nampe de sa pique surmontée du bonnet 
phrygien^ et de Vautre sur un faisceau de 
verges. Légende : a République française 
une et indivisible. » Sur le revers on lit, 
au centre : « Citoyen Représentant du 
peuple. — Membre du Comité d'inspec- 
. tion. » Et, en légende circulaire : « Con- 
vention nationale de France, Van III de 
la République française, » [1793.] Outre 
ces deux cartes de simple papier les Con- 
ventionnels ne portaient-ils pas des mé- 
dailles d'argent ou de bronze attestant 
leur qualité et se rapprochant de celles que 
le gouvernement, par la suite, fit distri- 
buer aux divers députés qui composaient 
le Conseil des Anciens, le Sénat Conser^ 
vateur. Je Tribunat, le Corps Légis- 
latif, etc.? 

Quelle était cette médaille particulière 
des membres de la Convention? U. 



* Plaques de magellan. — Le catalogue 
d'une collection de curiosités vendue ré- 
cemment contient la description suivante : 
« Carnet porte-tablettes en or, le fond 
formé de plaques de magellan. » Qu'est-ce 
que des plaques de magellan? S. R. 



Le < Colin Maillard, » estampe. — J'ai sous 
les yeux l'épreuve rognée d une scène de 
colin-inaillard, pièce en hauteur, gravée en 
couleur; le jeu se passe entre trois person* 
nages, deux hommes et une femme, en 
costume Louis XVI, sur la terrasse d'un 
jardin; la composition en est attribuée à 
Lafrensen et la gravure à Lecœur. 

Un amateur ayant dans ses cartons la 
gravure intacte, peut- il m'en donner la 
lettre, pour me fixer sur la justesse de 
l'attribution? (Auch.) H. Vienne. 



Suite de sujets galants gravés par Ghof- 
fard. — Chofîard a gravé, sans donner de 
titres à ces estampes, une suite de paysan- 
neries galantes d'après les gouaches de 
Baudouin ; j'en connais trois, et en raison 
de la manière dont elles sont numérotées, 
tout porte à croire qu'il en existe une qua- 
trième; en voici la série avec les titres 
généralement adoptés par les amateurs : 

1. La Leçon d'amour. 1767, dédiée à 
M. de Truaaine. 

IV. La Fille querellée par sa mère. 
1767, dédiée à M. de Besehval. 

III. La Fille mal gardée, 1782, dédiée 
au prince de Ligne. 

La deuxième gravure de cette suite 



existe-t-elle? Je ne l'ai jamais rencontrée : 
Serait-ce la Tendre amitié signalée dans 
V Intermédiaire (IV, lOiV? 

Le Manuel Ch. Le felanc mentionne 
bien quatre sujets, mais il fait une telle 
confusion de titres que l'on n'en peut rien 
augurer de positif. (Auch.) H. vienne. 



Un portrait de Salomon de Ganz décon- 
yert par H. de Balzac. — L'illustre auteur 
de la Comédie humaine, dans une note de 
la dédicace de l'une de ses Etudes philo- 
sophiques sur Catherine de Médicis (Vid. 
tome XV, page 468 de l'édition in-S® de 
Fume, 1845), consacre quelques lignes à 
« Salomon de Caux , — et non de Caus. 
€ Ce grand homme (né à Caux, en Nor- 
mandie), a toujours du malheur, même 
après sa mort, son nom est encore tron- 
qué! » 

H. de Balzac, entre autres choses, parle 
d'un portrait original de Salomon fait 
à Vâge de quarante-six ans, et qu'il au- 
rait retrouvé à Heidelberg. — Sait-on au- 
jourd'hui ce qu'est devenue cette peinture, 
et où elle se trouve actuellement conser- 
vée depuis la découverte signalée autrefois 
par le grand romancier? K. T. 



Perrette et Marton. — H. Guttenberg 
et Ponce ont gravé, d'après Baudouin, sous 
ces titres, deux portraits de femmes dans 
les rôles de comédies à ariettes de Dunî : 
les Chasseurs et la Laitière (1763) et la 
Fée Urgèle (1765); ces portraits sont-ils 
ceux' des actrices qui ont créé ces rôles à 
la Comédie-Italienne, et quelles sont ces 
actrices ? 

l^mes Favart et Laruette ont chanté dans 
la Fée Urgèle; sur l'estampe, la physio- 
nomie de Marton a beaucoup d'analogie 
avec celle de Rose dans la composition de 
Rose et Colas (Seàaïne etMônsigny, 1764), 
gravée par Simonet d'après le même maî- 
tre, et cette Rose n'est autre que M™« La- 
ruette; cette dernière créa-t-elle aussi le 
rôle de Perrette dès i763? En 1766, 
M"« Mondeville, plus tara M"»« Trial, dé- 
butait dans ce rôle à la Comédie- Italienne. 

H. V. 



Où vont les hirondelles? — Le savant 
Humboldt ignorait lui-même où vont les 
hirondelles quand les froids les chassent 
de nos climats. A-t-on enfin découvert le 
pays où elles prennent leurs quartiers d'hi- 
ver? J. E.-G. 



Mariage morganatique. — On voudrait 
savoir l'origine, l'époque du premier em- 
ploi et la signification exacte de ce mot. 

F. M. 



No 99O 



L'INTERMÉDIAIRE 



59 



60 



< Dieu bénit les nombreuses familles. » 

— Quel est le créateur de cette phrase 
consacrée, stéréotypée et si solidement 
clichée : c Dieu bénit les nombreuses famil- 
les, » donnée éternellement, comme fiche 
de consolation, aux malheureux pères et 
mères trop prodigues de progéniture? 

B. 



Les cornes du Diable. — Pourquoi re- 
présente-t-on toujours le diable avec des 
cornes? Q. 

Faire la Belle. — L'Intermédiaire a de- 
mandé (III, 546) quelle est l'origine de 
Texpression: Faire Charlemagne, — A 
mon tour je lui demanderai aoù vient 
une autre locution familière à tous les 
joueurs : Jouer la Belle, faire la Belle, 
pour dire prendre une dernière revanche, 
jouer une partie décisive de la victoire, 
quand les gains des deux joueurs sont 
ex œquo. U . 

Noël. — Quel est historiquement et éty- 
mologiquement l'origine de ce mot; en 
d'autres termes, comment de Natalis a- 
t-on formé Noël, et quel est le plus ancien 
document écrit où l'on trouve ce cri de 
joie en l'honneur des anciens rois de 
France? Question simple en apparence et 
qui n'est peut-être pas indigne aes savants 
correspondants de V Intermédiaire, 

L'abbé V. Dufour. 



Etre le dindon de la farce. — Quelle est 
donc l'origine de cette sorte de proverbe? 

G.R. 



Pil d*archal. — Quelle est l'origine du 
nom du fil métallique dkisi appelé ? P. 



« Les Délassements du père Gérard, jeu 
national. » ■— En quoi consistait le jeu an- 
noncé ainsi au verso du faux titre de 
VAlmanach historique de la Révolution 
française pour 1792, par M. J -P. Rabaut: 

« On trouve chez les mêmes libraires: 
Les Délassements du père Gérard, ou la 
poule de Henri IV mise au pot en 1792 : 
jeu national à la portée de tout le monde, 
et propre à faire connaître à toutes les 
classes de la société, les avantages et les 
bienfaits de la révolution et de la Constitu- 
tion. Ce jeu, principalement destiné à in- 
struire les habitants des campagnes, se 
vend par paquets de 20 exemplaires, à 
raison de 5 livres, et de 6 livres franc de 
port. Les lettres et l'argent doivent être 



port 

affranchis [sic), » 



N.-D. 



Abrabam Fatras. — On sait que ce 
personnage a été le 2 4|^« gouverneur des 
Indes Néerlandaises. Ëxiste-t-il quelque 
part des documents inédits qui le concer- 
nent? A. C. 



Généalogies Marcel, Corbie, de Laistre, 
de Bétbisy, Pbélippes et de la Garmoise. 
— Pourrait-on m indiquer: 

lo Les armes de la famille Marcel, les 
parents d'Etienne Marcel, prévôt des mar- 
chands, tué en i338, et le nom de sa 
femme. 

^^ Les armes de la famille de Corbie» Le 
nom de la femme de Robert de Corbie et 
celui de la femme de son fils Arnaud de 
Corbie, chancelier de France, mort en 
1413. 

3° Les armes de la famille de Laistre. Les 
ascendants d'Eustache de Laistre, chan- 
celier de France, gendre d'Arnaud de 
Corbie, mort en 1420. 

40 Les armes de la famille de Béthisy^ 
les ascendants et la femme de Jean de 
Béthisy, dont la fille Marie épousa Jean 
Lu illier y avocat général au Parlement, 
mort le 22 février 1468. 

5» Les armes des familles Phélipves et 
de la Garmoise etles ascendants de Jacqui- 
not Phélippes, seigneur de Landreville, et 
de Catherine de la Garmoise^ dont la fille 
Catherine Phélippes épousa Armand ou 
Arnaud Luillier, seigneur de Vé en Valois 
et de St-Mesmin près Troyes, trésorier de 
Carcassonne en 1465. 

(Amsterdam.) M. E. 



Le géographe Nicolas de Nicolay. — 

Connaît-on, en Europe, d'autres manu- 
scrits et d'autres cartes géographiques de 
Nicolas de Nicolay, géographe de Char- 
les IX, auteur des Pérégrinations orienta- 
les, que ceux qui sont conservés à la Biblio- 
thèque Impériale de Paris et à la Biblio- 
thèque Mazarine? Existe-t-il des lettres et 
un portrait de ce personnage? A. C. 



Beniconrt, Boncot, Flory de Lessart, de 
Ronville, Toynard, Surbeck. — Puisque 
tu renais, ô Intermédiaire, plus jeune et 
plus vivace que jamais (pour la plus grande 
félicité des chercheurs ), je me hâte de 
demander, par ton entremise, à mes co- 
abonnés, quelques renseignements biogra- 
phiques et historiques sur les personnages 
suivants : 

1» Bénicourt, un des affidés du cardinal 
de Richelieu, Dulaure en parle, mais briè- 
vement à propos de Bagneux, près Paris. 

2® Boucot (Claude), conseiller du Roi. 

3° Flory de Lessart (André), président 
des trésoriers de France. 

40 Rouville {Comtesse de)^ Marie de Bé- 
thune. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo févr. 1869 



61 



— 62 



5* Toynard^ fermier général. 
6* Surbeck, (Eugène-Pierre de). 

A. Nalis. 



Harleston, graveur anglais. — Les ré- 
pertoires français omettent le nom de ce 
graveur sur la personnalité duquel je dé- 
sirerais avoir quelques renseignements, il 
a gravé sous le titre des Amours cham- 
pêtres et des Amants surpris, deux copies 
exactes des estampes de Choflfard d'après 
Lafrensen, connues sous les noms de la 
Leçon d'amour et de la Fille querellée par 
sa mère. H. 



Chanteurs de la Comédie-Italienne.— 

Quels sont les acteurs chantants en 1784 
les deux rôles principaux des Sabots de 
Sedaine et Duni à ce théâtre? 

Une scène de cette comédie à ariettes où 
ils figurent tous deux, a été gravée en 1 784 
par Couchi, d'après une gouache de La- 
frensen ; les deux personnages de Testampe 
sont sans doute des portraits. Celle-ci est 
dédiée au comte de Pons-Saint-Maurice; 
ce personnage avait probablement la goua- 
che dans son cabinet ; est-il connu comme 
amateur? H. R. 



Une nouvelle édition du « Dictionnaire » 
de Barbier. — Pourrait-on savoir si quelque 
littérateur ou bibliographe français pré- 
pare, en ce moment, les matériaux d une 
troisième édition y remaniée, corrigée et 
considérablement complétée de l'excellent 
Dictionnaire des Anonymes et Pseudony- 
mes de A.-A. Barbier, et à quelle époque 
paraîtrait cette nouvelle édition, si géné- 
ralement demandée par tous les véritables 
amis des livres? La dernière, déjà ancienne 
(1822-1827), quoique imprimée sur un pa- 
pier détestable, remplie d'additions et de 
suppléments qui la rendent fort incom- 
mode, et bien peu au courant de la 
science actuelle, atteint aujourd'hui des 
prix relativement fort élevés (et inabor- 
dables pour plus d'un travailleur!) lors- 
que de rares exemplaires apparaissent de 
loin en loin dans les ventes publiques. Il 
serait bien à souhaiter que quelque savant 
érudit de nos jours pût refondre, coor- 
donner à nouveau en un seul corps d'ou- 
vrage et compléter par des recherches 
récentes qui lui fussent propres, tous les 
grands travaux bibliographiques sur cette 
matière, précédemment publics par Bar- 
bier, Quérard, MM. Jos. et Edmond de 
Manne, etc. ^ A. J. 



Jérôme Cardan et son époque. —3 La 

Nouvelle biographie générale, de Didot, 
t. VIII, paru en i855, (article Cardan 
(Jérôme), signé Victorien Sardou, indique 
au nombre des sources où l'on a puisé 



pour cet article , l'édition intitulée : 
J. Crossle Y, The Life and times of Cardan, 
Londres i836, 2 vol, în-8®. 

On demande à acquérir cet ouvrage, et 
l'on prie le lecteur cle r Intermédiaire qui 
en posséderait un exemplaire, de vouloir 
bien en indiquer le plus exactement pos- 
sible le titre, le nom d'éditeur et la date 
d'impression, au Bureau de F Intermédiaire 
(maison Cherbuliez, rue de Seine, 33), en 
indiquant aussi le prix qu'il en désire, 
dans le cas où il consentirait à le céder. 



.1 



E. J. 



Le peintre Bouillon (II, 53). — J'ai 
trouvé deux tableautins de cet artiste tour- 
naisien, qui fut, dit-on, le maître de Phi- 
lippe de Champaigne, — de Michel Bouil- 
lon. Ce sont deux pendants sur cuivre, sujets 
de fleurs (roses et tulipes dans un vase de 
cristal globuleux). Tous deux portent la 
date de i65o et sont signés M. Bouillon. 
Je suis assez de Ta vis de notre aimable et 
savant coabonné W. B., qui, dans ses 
notes intimes, dit de lui : Plus fort que 
Baptiste, C'est du moins un talent plus 
franc, plus simple et de moins d'apparat. 
Car je ne vois pas la nécessité de tant faire 
poser les fleurs. Elles s'en passent très- bien 
et n'en ont que meilleure mine. 

Jacques D. 

La marquise de Langeac (IV, 39). — 
Les mémoires du temps nous la représen- 
tent comme une aventurière, adultère, 
quelque peu bigame, et faisant, avec un 
certam chevalier d'Arc, le joli trafic des 
lettres de cachet à 25 louis pièce, sous le 
ministère de son amant, le duc de La Vril- 
lière, auquel un plaisant donnait pour bla-' 
son une girouette, avec cette devise : Quo- 
cumque spirat, obsequor. Quand celui-ci 
en nt sa maîtresse, elle était la femme 
d'un sieur Sabatin, homme de peu de 
chose comme elle, dit la Correspondance 
secrète. On fit partir ce mari pour les tles, 
puis on répandit le bruit de sa mort, de 
sorte que La Vrillière, désireux de donner 
un père titré à ses enfants adultérins, fit 
épouser la soi-disant veuve Sabatin par 
un vieux gentilhomme ruiné, le marquis 
de Langeac. Ces enfants ne mentirent 
point à leur origine ; les aventures du che- 
valier de Langeac et de sa sœur, la mar- 
quise de Chambonas, défrayèrent plus 
d'une fois la chronique scandaleuse sous 
Louis XVI. (Auch.) H. Vienne. 



La messe de la Pie (IV, 1 62). — M. C. L. 
a donné quelques fragments d'une chan^ 



N» 99.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



63 



son poitevine analogue à ce sujet. Cette 
chanson a été recueillie et annotée par 
M. Jérôme Bujeaud dans son ouvrage sur 
les Chants populaires de l'Ouest, publiés 
à la librairie Clouzot, fà Niort), 1866, 2 vol. 
in-80. Je vous la transcris en entier. 

LE PETIT AGEASSON. 
I. 

Au printemps la mère ageasse, [bis) 
A fait nie dans n*in bouesson, 

La Pibole, 
A fait nie dans n'in bouesson, 

Pibolon. 

II. 

Aile y couvit troês semaines, {bis) 
Troés semaines tôt au long, 

La Pibole, 
Troês semaines tôt au long, 

Pibolon. 

III. 

Dreit au bout daux troés semaines, {bis) 
O vindgit in ageasson, 

La Pibole, 
O vindgit in ageasson, 

Pibolon. 

IV. 

Quand l'ageasson int daux aies, {bis) 
Glie volit sus les maisons, 

La Pibole, 
Glie volit sus les maisons, 

Pibolon. 

V. 

Glie chaillit dan-n-ine edgUise, {bis) 
Dreit au mitan dau sermon, 

La Pibole, 
Dreit au mitan dau sermon, 

Pibolon. 

VI. 

Quand le prêtr' dit: Dominusje, (bis) 
Vobiscum, dit Tageasson, 

La Pibole, 
Vobiscum, dit l'ageasson, 

Pibolon. 

VII. 

Et le prêtre dit aux aôtres: {bis) 
Qu'est o tchien qui me répond, 

La Pibole, 
Qu'est o tchien qui me répond, 
* Pibolon. 

VIII. 

01 est in* petite ageasse, {bis) 
O ben in p'tit ageasson, 

La Pibole, 
O ben in p'tit ageasson, 

Pibolon. 

IX. 

J li frons faire daux dgeïtres (bis) 
Et daux petits eanaçons (i), 

La Pibole, 
Et daux petits eanaçons, 

Pibolon. 



(i) Caleçons. 



64 

X. 

L'envoierons dans tchiés compagnes {bis) 
Peur prêcher la mission, 

La Pibole^ 
Peur prêcher la mission, 

Pibolon. 

L. C. 



Catéchisme de 1806 (IV, 166). —Autre 
édition à ajouter à la liste de toutes celles 
qui ont été précédemment indiquées : 
• Catéchisme à V usage de toutes les Eglises 
de r Empire Français ^ Imprimé par ordre 
de Mgr Charles Brault, évêquedeBayeux. 
Quatrième édition, augmentée d'une Ta- 
ble des matières contenues en ce livre. 
Unus Dominus, una Fides, unum Bap- 
tisma. 5. Paul, Epist. ad Ephesios, 
cap. /F, y. 5. Prix : neuf sous broché. A 
Bayeux, ches[ la veuve Nicolle, impri- 
meur-libraire, rue Saint'Jean, » Un vol. 
gr. in- 12 de 1 32 pages (sans date). L'au- 
torisation de l'éveque de Bayeux « d'im- 
primer, vendre et distribuer dans tout le 
diocèse » le catéchisme, datée de Bayeux, 
/e 14 mars 1807, est imprimée sur le verso 
du titre. — Le texte de ce petit volume (à 
Texception des pages 5, 6, 7, contenant le 
Mandement de Mgr VEvêque de Baveux 
qui ordonne la publication du Catéchisme), 
etc.), est la reproduction intégrale de celui 
des éditions de Paris. 

Je remarque le paragraphe ci-dessous 
dans ce Mandement (pajge 6) : 

« L'Empereur et Roi, N. T. C. F., en 
ordonnant, par un décret authentique, la 
publication de ce catéchisme exerce un 
droit inhérent à sa couronne. Il remplit 
les fonctions sublimes de défenseur de la 
foi, de conservateur des canons, d'E- 
vêque extérieur. Il imite le zèle et la 
foi des illustres Empereurs qu'il a déjà 
surpassés par ses hauts faits et sa valeur, 
des Constantin, des Théodose, des Char- 
lemagne, et des plus grands Rois ses pré- 
décesseurs sur le trône de France, dont 
les lois et les règlements, conformes aux 
règles ecclésiastiques, ont été adoptés par 
les Evêques, qui se sont fait un devoir de 
s'y soumettre, etc. Donné à Bayeux, en 
notre maison Episcopale, sous notre seing, 
et le contre-seing de notre secrétaire, le 
20 septembre 1806! »(Page 7.) U. 

N, B. Le catéchisme de Bayeux, et celui 
de Paris (original), étaient 'publiés par 

les mêmes imprimeurs-libraires (la famille 
Nicolle). 

Ils furent édités l'un et l'autre en deux 
formats différents (le petit et le grand 
in-12), dont la composition et les caractères 
d'impression étaient tout à fait dissem- 
blables. 



Mentel ou Guttemberg (IV, i83). - 
Dans ma note relative à Nicolas Jenson, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



65 



[lofévr. 1869. 



66 



je dis qu'il fut envoyé à Mayence par le 
roi de France pour y prendre connaissance 
de la découverte de Guttemberg. — L'im- 
primeur a ajouté, entre guillemets, un point 
d'interrogation; — est-ce un doute quant 
à rinventeur, ou quant au lieu qu'il habi- 
tait? Je sais oue les Strasbourgeois en re- 
vendiquent l'honneur. Voir la statue de 
Guttemberg par David d'Angers, mais 
Mayence en possède une aussi, due au 
ciseau de Thorwaldsen. 

On sait effectivement que Guttemberg 
ou Gutenberg (Jean) qui est supposé être (i; 
l'inventeur de l'imprimerie, naquit à 
Mayence, en i4oo, d'une famille noble 
nommée Sulgeloch ^um Gutenberg, Il 
vint s'établir à Strasbourg vers 1424, et 
paraît avoir fait dans cette ville les pre- 
miers essais du nouvel art, en 1430 ou 
1440, en employant des caractères en bois. 
Après avoir dépensé de grandes sommes 
dans ses premiers essais, il retourna à 
Mayence vers 1443, s'y associa, en 1450, 
à Fust avec lequel il imprima la Biblia 
latinay dite aux quarante-deux lignes. 

Les tailleurs pour femmes sont-ils anté- 
rieurs au XVII« siècle? (IV, 188.} — J'ai 
trouvé dans les comptes des ducs de Bour- 
gogne l'article suivant : Année i387. — 
« Travaux exécutés pour faire une taillerie 
pour Jehan Dipre, tailleur de M™« de 
bourgogne. » D' Lejeune. 

« A la Monaco > (IV, 1 94). — Pendant plu- 
sieurs années, je me suis occupé de l'histoire 
de la petite principauté de Monaco et de ses 
princes; j'ai même écrit sur ce sujet deux 
gros volumes, et j'ai eu le regret de ne 
trouver nulle part réponse à cette ques- 
tion^ que je me suis adressée souvent. Je 
me joms donc à M. Chaban pour prier 
celui des correspondants de l'Intermé- 
diaire qui aurait été plus heureux que 
moi, de vouloir bien nous tirer d'embar- 
ras. En attendant, je crois pouvoir risquer 
quelques hypothèses, qui mettront peut- 
être sur la voie d'une solution. 

Les princes de Monaco, après avoir été 
pendant tout le moyen âge les alliés de la 
France, après avoir fourni à ce royaume 
plusieurs amiraux, dont Tun figure à Ver- 
sailles dans la salle des Amiraux, Rainier 
Grimaldi, amiral sous Philippe le Bel, 
rompirent au XVI® siècle avec le roi Fran- 
çois I®', qui avait donné à l'évêque de 
Grasse, Augustin Grimaldi, alors régent 
pour son neveu Honoré !«% mineur, de 
graves sujets de plainte. Augustin traita 
avec Charles-Quint, prêta sa forteresse et 

(i) Je dis supposé, parce aue la ville de 
Harlem a aussi sa statue à la mémoire de 
Laurent Coster, 



son port aux Espagnols, et c'est de Monaco 
que partit la flotte qui appuya le conné- 
table de Bourbon, quand ce prince assié- 
gea Marseille. 

En retour des services nombreux que 
lui avait rendus Augustin, Charles-Quint 
lui fit iplusieurs donations de domaines, 
soit en Espagne, soit dans les Deux- 
Siciles, et lui accorda de fortes pensions ; 
les rois d'Espagne continuèrent, jusqu'à 
Philippe IV, à combler de faveurs les 
princes de Monaco. Mais Philippe IV, ou 
plutôt le gouverneur du Milanais au nom 
de ce roi, ayant usurpé le droit de garni- 
son à Monaco, le prince Honoré II, mal- 
traité dans ses droits, dans ses biens, dans 
ses sujets, par les capitaines espagnols, et 
n'obtenant nulle réparation de ces griefs, 
traita secrètement avec le cardinal de Ri- 
chelieu, chassa, par un coup de main heu- 
reux, les Espagnols de sa forteresse, et 
reçut les Français à leur place. Un traité 
signé à Péronne (1642) régla les avantages 
faits au prince par le roi de France, et le 
droit de garnison accordé au gouverne- 
ment français, devenu protecteur de la 
principauté. 

Ce passage alternatif de l'alliance fran- 
çaise à l'alliance espagnole, puis à l'al- 
liance française, frappa les esprits à la 
cour, d'autant plus que la façon expéditive 
et très-hardie dont le prince avait chassé 
les Espagnols, y ajoutait une teinte de 
romanesque. 

Ne serait-ce pas là l'origine de la chan- 
son qui disait alors : 

A la Monaco (i^ 
L'on chasse et Ton oiéchasse, (2) 

A la Monaco 
L*on chasse comme il faut. 

Autre hypothèse. — Le petit-fils et suc- 
cesseur de ce prince Honoré II qui chassa 
les Espagnols, le prince Louis I«', épousa 
Charlotte, fille du maréchal de Gram- 
mont. Cette princesse, belle, spirituelle, 
brillante, fut surintendante de la maison 
de M™« Henriette d'Angleterre, duchesse 
d'Orléans. Elle eut à la cour des succès 
trop éclatants, dont on peut lire les dé- 
tails dans M^^ de Sévigné et dans les^é- 
moires du temps. Elle était surnommée 
le Tonnerre, à cause de l'impétuosité de 
son caractère et de la fougue de ses ca- 
prices. Elle fut souvent l'émule de la du- 
chesse de Mazarin, et, presque, de la 
fameuse marquise de Courcelles; le roi 
Taima. N'aurait-elle pas eu quelque part à 
un ballet, à un bal, à une figure de aanse, 
de sorte que les aventures militaires et 
politiques des aïeux de son époux, sa 
propre célébrité d'un tout autre genre, sa 

( I ) Pour à la façon de Monaco. 

(2) Jeu de mots sur la figure de danse, et 
sur les faits aue nous venons de raconter de 
lliistoire de Monaco. 



«• 99-] 



L'INTERMÉDIAIRE 



67 



68 



grâce à la danse, toutes ces causes réunies 
enfin, aient donné à un bel esprit de la 
cour l'idée de la chanson ? Je présente ces 
hypothèses avec circonspection. Puissent- 
elles aider à trouver la solution du pro- 
blème. H. M. 



« L'Espion dévalisé » (IV, 197). —Est-ce 
Mirabeau ou Beaudouin de Guémadeuc 
qui en est l'auteur ? Le marquis du Roure, 
aans son Analecta biblion (Paris, Téche- 
ner, i836, 2« vol.), consacre à ce pamphlet 
une notice de sept pages, de laquelle il 
résulte que Miraoeau en est l'auteur, le 
nom de Beaudouin n'y figure même pas. 
« Le lecteur, dit-il, ne doit pas s'armer 
a de réprobation contre cet écrit, sur son 
a titre, qui annonce un libelle. C'est un 
a pamphlet très-caustique, en effet, mais 
« ce n est point un libelle proprement dit, 
« du genre de ces productions mensongè- 
a res et venimeuses qui souillèrent les der- 

« nières années de notre monarchie 

a C'est un livre fort amusant, plein d'anec- 
« dotes et de détails de mœurs utiles à 
a conserver, qui contient même un mor- 
« ceau de premier ordre, l'Avis aux Hes- 
« 5015 ou autres peuples de V Allemagne 
a vendus par leurs princes à V Angleterre 
a (chap. xvii), où la plus éloquente indi- 
« gnation est, du moins cette fois, em- 
« ployée à servir la plus juste des causes. )» 

En i855, M. Justin Lamoureux s'oc- 
cupa de r Espion dévalisé dans le Bulletin 
du Bibliophile, pag. 179-185. « On a long- 
« temps, dit-il, attribué ce pamphlet, l'un 
a des plus piquants qui aient paru à la fin 
« du XVI II« siècle, au comte ae Mirabeau, 
o Le savant philologue auteur de VAna- 
a lecta Biblion y a partagé, sur ce point, 
€ l'erreur commune. » M. Lamoureux 
nous fait connaître que Mirabeau lui- 
même repousse cette attribution dans 
une brochure parue en 1784, sous le 
titre : Conversation du comte de Mira- 
beau avec M, le garde des sceaux de 
France (Miroménil) au sujet de son pro- 
cès avec madame son épouse, Paris, 
1784, in-8°, page 1*7. Toutefois il établit 
p£M^itement que Mirabeau n'était pas 
étranger à la publication de ce pamphlet, 
qu'il en corrigea les épreuves à Neuchâ- 
tel (Suisse), où il fut imprimé et publié 
par le libraire Fauche. Lé seul morceau 
de VEspion dévalisé qui paraisse être sorti 
de sa plume, ajoute-t-il, mdépendamment 
des vers et (de l'extrait de lettre connus 
pour être de lui, est F Avis aux Hessois, 

Quant à la Notice sur les maîtres de 
requêtes et les intendants (chap. xviii), 
M. Lamoureux pense avec raison qu'il 
n'est pas possible de donner à l'auteur, 
qui cette ibis serait Beaudouin, un autre 
nom que celui de libelliste, car il repré- 
sente tous ses anciens confrères comme 
des hommes ineptes ou vicieux. 



M. S. T. trouvera dans le Bulletin du 
Bibliophile^ à la fin de l'article de M. La- 
moureux, tous les noms des intendants 
avec leur résidence, et une partie de la 
close peu charitable de Beaudouin à leur 
égard 

Dans les Mémoires secrets, dits de Ba- 
chaumont, on trouve, sous la date du 
3o décembre 1782, une nouvelle toute 
contemporaine à la publication de l'Espion 
dévalise. Nous la transcrirons, bien qu'elle 
soit un peu longue. 

« M. Beaudouin de Guémadeuc, maître 
« des requêtes, demeurait chez son oncle, 
a l'abbé Beaudouin, chanoine à Notre- 
« Dame, riche, ayant une excellente table 
« et y recevant fort bonne compagnie, 
tt surtout les ministres étrangers, des am- 
a bassadeurs, ce qui rendait cette maison 
a un bureau de nouvelles, rival de celui 
« de M°»e Doublet, qui vieillissoit. Le jeune 
tt Beaudouin avait contracté ce goût dans 
a une pareille société. Il tenoit note de ce 
a qu'il entendoit ou voyoit. Sa charge 
a 1 appelant à Versailles, il ne laissait pas 
« que d'y apprendre bien des anecdotes 
« de cour. On sait que depuis, il a été en- 
« fermé pour des fautes et même pour des 
« bassesses , comme il l'avoue lui-même, 
a Dans sa détention, il s'est rappelé beau- 
tt coup de choses contenues dans les re- 
tt cueils saisis avec ses papiers, et c'est du 
a résultat de toutes ces réminiscences 
a qu'il a composé VEspion dévalisé y qu'on 
a sait positivement être de lui. On ne 
a doute pas que M. de Mirabeau, fils de 
a l'Ami des hommes, et le compagnon 
« d'infortunes de M. Beaudouin, n'ait 
a contribué pour sa part au manuscrit; 
a étant devenu libre et passé en pays 
« étranger, ce jeune homme y a fait impri- 
a mer. 

« Du reste, le cadre de l'ouvrage est fort 
a simple. L'éditeur suppose, dans un petit 
« avertissement, que, en rentrant de nuit 
a chez lui, il avait été observé par un 
a homme, qu'à ses manœuvres il a jugé 
a espion, dont il a voulu se débarrasser, et 
a qui en fuyant a laissé tomber son porte- 
a feuille, où étaient les différents mor- 
o ceaux qu'il offre au public en dix-huit 
a chapitres. 

a On veut que M. Beaudouin, parent 
« ou allié, ami du moins du duc d'Ai- 
tt guillon, ait eu principalement en vue 
tt dans son ouvrage de servir celui-ci, en 
« ôtant pour jamais au duc de Choiseul, 
ft son rival, tout espoir de rentrer à la 
a cour. En effet, ce ministre est partout 
a très-maltraité, et l'on y trouve même 
a une accusation des plus graves. » 

Il nous reste maintenant à compléter, 
pour répondre à la question de M. S. T., 
une partie des initiales qui se trouvent 
dans l'Espion dévalisé. 

L'auteur se met souvent en scène * 
page 32, ... à ... (Beaudouin de Guéma- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lofévr. i869. 



- 69 



70 



deuc); page 128, M. B... de G... (idem). 

Page 6, Botd... (Boulogne, intendant 
des finances) ; page 7, Silh... (de Silhouette, 
contrôleur général des finances) ; page 1 1 , 
Stain... (Stainville) ; page i3, duc de Ch... 
(Choiseiil); ibid., femme de chambre de 
M™« de Gour... (Gourdan, célèbre proxé- 
nète. Voir la plupart des libelles du temps) ; 
ibid., chevaher Tur... (Turgot, le frère du 
célèbre ministre); page i5, M. de ... maître 
des requêtes (Beaudouin de Guémadeuc, 
l'auteur); page 28, d'Am... (d'Ambrun); 
page 32, marquis d*A... (d'Angeviller) ; 
ibid., M™» Forçai... a répété à ... (For- 
calquier, marquise de ... à Beaudouin); 
page 33, abbé de Rad... (Radonvillers, 
littérateur); page 70, d*A... (d*Argenson) ; 
page 98, mon oncle (c'est Beaudouin qui 
parle); page 128, M. de Ch... (Choiseul^; 
page 188, cardinal de B... (Bernisj; 
page 189, Dider... (Diderot). 

Quant au banquier juif PeixottCy nous 
trouvons son nom écrit : Rixotte, dans 
rarticle de M. Lamoureux, il doit s'écrire 
Peixotto. 

On sait que l'aventure de ce bardache 
avec W^^ Dervieux, qui forme le douzième 
chapitre de V Espion dévalisé^ figure aussi 
mot pour mot dans le libelle, le Parc au 
Cerf y ou torigîne de Vaffreux déficit^ 
s. 1., 1790. (Strasbourg.) C. M. 



Le Chien de Montargis (IV, 219). -— Le 
dernier mot de la question se trouve dans 
une dissertation de M. F. Guessard, en 
tête de : Anciens poètes de la France, 
Macaire^ chanson de Geste, publiée par 
M. F. Guessard, Paris, Franck, 1866, 
in- 16 de CLXXXIV et 408 pages. 

Après cette démonstration -là, il n'y a 
plus rien à dire. P. Ch. 

— Voyez Scaliger, contra Cardan, exer,, 
et Bernard de Montfaucon, dit la Biogra- 
phie Didot à rarticle Aubry de Montdidier, 

A. DURÈAU. 



Omelette, Âmelette (IV, 21Q). ~ L'un 
et l'autre sont bons; il y en a qui préfèrent 
âmelette, le faisant venir du grec àp.6XaT0V, 
ou d'6t[ji.a, ensemble, et Xueiv, battre, dé- 
layer, dissoudre, comme qui dirait œufs 
battus et mêlez ensemble. D'autres aiment 
mieux dire omelette du mot oomelina, pris 
de 'Û6v, œuf, et de [xsXl, miel. Je crois le 
sentiment de ces derniers plus conforme à 
l'usage. 

Feu Andry de Boisregard (1688). 

Nota. Voir aussi le Diction, de Trévoux 
et celui de Ménage, où sont longuement 
expliquées des étymologies déjà indiquées 
dans r Intermédiaire, F. -T. dlaisois. 



Une eâu-forte d'un des Rivalz (IV, 3oi ). 
— J'ai fort à remercier à tous les points de 
vue mon honorable coabonné M. Vienne, 
et je suis fort sensible en vérité à son 

Erocédé généreux et obligeant. Je n'ai pas 
esoin de dire que l'estampe en question 
sera tenue également à sa complète dispo- 
sition. Cela va assez de soi. 

(Grenelle.) J accrues D. 



Le dernier mot de Gœthe et le dernier 
mot de JodeUe (IV, 3 18). — Deux rectifi- 
cations bien vitel M. Ed. Fournier, dans 
sa nouvelle édition de V Esprit dans V his- 
toire^ m'apprend (p. 387) que si Ton ra- 
mène à sa simple expression le dernier cri 
de Gœthe : De la lumière^ encore plus de 
lumière! on trouve qu'il dit tout bonne- 
ment en se tournant vers sa servante : Ap- 
proche^ la chandelle, — Quant aux der- 
nières paroles d'Etienne JodeUe : « Qu'on 
ouvre ces fenêtres, que je voye encore une 
fois ce beau soleil ! » elles ont été rappor- 
tées, non par du Verdier, mais par l'au- 
teur du Pithœana^ sive excerpta ex ore 
Francisci Pithœi (anno 16 16). On ajoute 
en cet endroit du Pithœana : « Jodelle 
étoit un peu philosophe naturel. » 

T. DE L. 



Deux passages d'André Ghônier (IV, 
32 1). — Dans le deuxième fragment de 
VArt d'aimer, le poëte recommande aux 
belles de «ultiver leurs attraits; et à l'appui 
de ce conseil, il cite l'exemple de Junon 
qui, lorsqu'elle attira les regards et les 
attentions de Jupiter, venait de prendre un 
bain, avec accompagnement d'onctions à 
la rose et au jasmin. Dès lors il est clair 
que ce n'est pas un ingénieux éphèbe, un 
intelligent garçon de bain, NOOS ou 
N0T2 , qui fiit chargé de ce soin délicat, 
mais bien une discrète et vigilante camé- 
rière, la nymphe NAIS, la Naïade par 
excellence, la même qu'il est ordinaire de 
prendre pour l'Onde en général et qui tire 
son nom du verbe véo), couler. Notre pre- 
mier passage me semble donc devoioj^tre 
établi de la manière suivante : 

Qu and Junon sur rida plut au m aîtrt du monde, 
Nais l'avait tenue au crystal de son onde. 
Et sur sa peau vermeille une savante main 
Fit distiller la rose et les flots de jasmin. 

Mais je tiens pour intacte et correcte de 
tout point la leçon du second passage. 
Dans sa XIV® élégie, André Chénier dé- 
crit les plaisirs de cet ami des champs à 
qui il est donné de revoir en pensée, et 
non sans attendrissement et bonheur, Julie 
d'Etanges, Clarisse Harlowe et Clémentine, 

Dont la troupe immortelle habite sa mémoire. 

Il revoit près de lui tout à coup animés 

Ces fantômes si beaux à nos pleurs tant aimés. 



N-99-1 



L'INTERMÉDIAIRE 



71 



72 



Né à Constantinople d'une mère^ecque 
et belle, autrement grecque deux fois, avec 
cela versé dès l'âge de seize ans dans la 
plus harmonieuse des lances humaines, 
André Chénier s'est permis, à bon droit, 
plus d'un hellénisme en français. De ce 
nombre est l'expression, a tant aimés à nos 
pleurs, » au lieu de « tant aimés de nos 
pleurs, » c'est-à-dire, si chers à nos larmes. 
La Fontaine a écrit également : • Ce fut 
bien dit à lui, ce fut à lui bien avisé. » 

Eour a ce fut bien dit par lui, ce fut par lui 
ien avisé. » Je me rappelle un autre sem- 
blable hellénisme du même André Ché- 
nier; on peut lire dans l'ode première à 
Marie-Joseph : 

Que les Grandeurs et la Fortune 
Te comblent de leurs biens, au talent mérités. 

Les Romains, eux aussi, employaient élé- 
gamment le datif seul, à la place de l'abla- 
tif précédé ou non d'une préposition, pour 
exprimer le complément du verbe passif; 
chez eux, Virtus quceritur viro bono était 
aussi pur au moins de latinité que Virtus 
quœritur a viro bono. 

(Grenoble.) J. P. 



L'historien Flavins Josèphe (IV, 268). 
— Le P. Tournemine a publié, dans le 
Mercure de France^ une « Dissertation 
sur le fameux passage de l'historien Jo- 
seph, touchant Jésus-Christ.» — Voir 
mai 1789, p. 834-855, et août, p. 1712- 
1739. — La Biographie Didot, t, XXVI, 
col. 976, complète largement ces indica- 
tions. P. Clauer. 



Le Jeu de la Révolation française (IV, 
273). — Il serait curieux de remonter à 
l'origine de cette espèce de jeu. En voici 
un qui parut en 1710. Il a pour auteur le 
P. Bernou, jésuite, dont Quérard, je crois, 
ne fait pas mention. Il a pour titre : Le 
Jeu historique de V Ancien Testament, Les 
Mémoires de Trévoux^ mai 1710, p. 926, 
en parlent comme il suit sous la rubrique : 
Nouvelles de Lyon, c Ce jeu se compose 
de^ médailles chargées d'inscriptions et 
rangées dans un bel ordre sur une table 
ovale représentant les événements les plus 
singuliers de l'Ancien Testament. Le sort 
des dez conduit chaque joueur sur quel- 
que médaille et lui impose la loi d'expli- 
quer l'inscription ou de payer la somme 
dont on est convenu. Celui qui, en obser- 
vant les règles, parvient le premier à la 
dernière médaille, gagne la partie. Un pe- 
tit livre imprimé chez Jacques Guerrier 
contient les règles de ce nouveau jeu et 
l'explication des médailles. » 

Que les chercheurs de l'Intermédiaire 
se mettent à la découverte de l'inventeur 
de cet amusement instructif. Le P. Buf- 
fier a fait aussi un Tableau chronologique 



de Vhistoire universelle en forme de jeu. 
Paris, 1717 et 1722. P. Clauer. 



Etre releré de Godart (IV, 32 3). - Le 
surnom de Godart donné aux maris dont 
la femme est en couche , date de loin, il 
n'est pas spécial aux époux champenois. 
On le retrouve à peu près dans toutes les 
provinces. D'où vient-il? Je ne sais. S'il 
fallait s'en rapporter à M. Camille Delteil, 
oui fit , sur ce point , une dissertation 
d'égyptologue , dans l Almanach du Ré- 
formateur de i85o, p. 3i, il faudrait en 
chercher l'origine dans un des mythes qui 
se rapportent au soleil. Pour moi, je n'y 
crois guère. J'aime mieux chercher la co- 
médie que la mythologie dans le type de 
Godart, et je l'y rencontre. En 1067, °° 
joua devant le roi à Fontainebleau une 
petite pièce en vers : V Embarras de Godart 
ou V Accouchée^ qui était, disait-on, de De 
Visé. Le dicton : Serve:{ Godart^ sa femme 
est en couche , que nous trouvons déjà 
dans la pièce du comte de Cramail, la 
Comédie des Proverbes (act. II, se. i), n'y 
était pas oublié. Suivant Quitard dans son 
Dictionnaire des Proverbes (p. 428-430), 
ce dicton se rapporte au singulier usage du 
Béarn, oui voulait oue le mari d'une femme 
en couche, se mît lui-même au lit pour se 
faire servir les meilleurs plats, et recevoir 
les visites. Ed. F. 



L. BoBcns, tt De antiqnitatibas Grsco- 
rum » (IV, 356).— M. le comte de Puymaigre 
a trouvé une curieuse légende sur Alexan- 
dre le Grand dans le Livre d^or de Marc 
Aurèle, chap. XXII. L'auteur de cet ou- 
vrage, Antonio de Guevara, dit avoir tiré 
son récit de Lucius Boscus^ De antiqui- 
tatibus Grœcorumy lib. III. C'est sur 
L. Boscus et sur son livre que M. le comte 
de Puymaigre dit n'avoir pu rien décou- 
vrir. 

Ce Lucius Boscus est Lambert BoSy né en 
1676, mort en 17 17; professeur de la lan- 
gue grecque à l'académie ou université de 
Trancken (Pays-Bas, Frise). Son ouvrage, 
Antiquitatum Grœcarum, principue Atti- 
carum, descriptio breviSy parut pour la 
première fois en l'an 1714, in-12. Plusieurs 
éditions suivirent. Une, Anno 1749, « ^^' 
ditis testimoniis exfontibus et observatio- 
nibus quibusdam, Is, Fred, Leisnen^ 
in-8. La dernière encore, à Groningue, en 
1809, i^^"S- — C'était le manuel ordinaire 
des étudiants pour connaître les antiquités 
grecques. (Leuwardin.) J. Dirks. 



H. de La Palisse (IV, 357). — Dans son 
excellent recueil de chants historiques 
français (Paris, Gosselin, 1842), M. Le 
Roux de Lincy donne, t. II, p. 92, une 
chanson satirique sur la bataille de Pavie: 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 



869. 



73 



'4 — 



Hélas! La Palisse est mort, 
Il est mort devant Pavie. 
Hélas! s'il n*estoit pas mort, 
Il seroit encore en vieî 

Quand le roy partit de France, 
A sa malheur il partit; 
Il en partit le dimanche 
Et le lundy il fut pris. Etc. 

La chanson totale a vingt couplets, que 
M. S. B. trouvera facilement dans le livre 
indiqué. Max. D. 



« Beatipauperesspiritu » (IV, 377).— Un 
homme d'esprit se qualifiait en latin, selon 
le cas le plus ordinaire : ingeniosus, per- 
acutuSy perurbanuSj etc. Cicéron, César, 
Properce, délaissant les mois animus et 
mens, se seraient servis de spiritus, pour 
noter sur leurs tablettes Vorgueil, Vassu~ 
rancCy la présomption^ Vinfatuation per- 
sonnelle dun penseur moderne... de haut 
vol. Souffle divin, aspiration et inspiration 
plus ou moins pures, se présentent ou se 
font pressentir dès que Ton veut traduire 
en chrétien le mot spiritus ; et sont heu- 
reux entre tous ces pauperes spiritu, qui 
viennent écouter la parole du Maître dans 
la simplicité et la naïve humilité du cœur. 

De s. 



Les chais de Médoc (IV, 378). — Le 
pays autrefois renommé pour ses huî- 
tres, le Médoc, Pagus Meaulicus, a fait 
aussi parler quelque peu de ses chaix ou 
chais. Or chaix vient du latin casa^ dans 
le sens de loge, logis, maison, demeure, 
endroit à contenir vin, autrement cellier. 
Et ce chaix n'est pas autre que notre pré- 
position c/ief; c'est de part et d*autre 
même sens et même mot. Dans l'expres- 
sion : je vais che:[ mon oncle, ce dernier 
mot oncle est au génitif, et c/ief , dont il 
est le complément, a le sens de maison. 
Du même casa dérivent également Choi- 
seul^ prononcez Chéseul (cnezeul) et aussi 
chezeau (casula). P. 

— Ce mot ne serait-il pas le même au 
fond que ceux de chasse et de caisse aux- 
quels on donne également pour origine 
capsa^ coffre? O. D. 

Les tableaux du général d'Âlvimar 

(IV, 38 1). — L'exposition des tableaux 
du général d'Alvimart (et non d'Alvimar) 
a été faite au musée Colbert en avril i833. 
Une seule toile avait été admise à l'expo- 
sition du Louvre. La totalité des tableaux 
et des dessins a été exposée lors de la 
vente publi(jue qui suivit, en 1854, la mort 
de M. d'Âlvimart, et la sévérité du jury 
semblait parfaitement justifiée. Les ta'- 
bleaux ont été alors dispersés, et je ne 



doute pas qu'ils n'aient été détruits en 
grande partie. 

Pour juger Tartiste, il est bon de con- 
naître l'homme. Octavien d'Alvimart était 
fils d'un colonel de dragons, sous-gouver- 
neur des pages du Roi, guillotiné à Paris 
en 1704, et il avait été à Brienne le con- 




partie ae 1 Asie, puis s'engagea 
service de l'Espagne. En 1808, il était gé- 
néral et occupait une position élevée au 
Mexique. Mais à la déclaration de guerre, 
il fut dépouillé de tous ses biens comme 
Français et jeté dans une prison d'Etat, 
d'où il ne put sortir qu'en 1822. Rentré 
en France, il usa son énergie et son acti- 
vité à soutenir des réclamations incessan- 
tes contre le gouvernement espagnol, mais 
il ne put rien obtenir et finit ses jours, le 
dernier de sa famille, dans l'isolement et 
la misanthropie. 11 a laissé plusieurs volu- 
mes sur la politique et la littérature qui 
prouvent sinon un grand talent, au moins 
un esprit cultivé. Il dessinait agréablement 
et avait rapporté de ses nombreux voya- 
ges des albums intéressants. Quant aux 
tableaux, le mieux est de n'en pas parler. 

E. V. T. 



Louis XVI à Rouen (IV, 889). - C'était 
chez les Rouennais qui avaient âge d'hom- 
me en 1792, article de foi, que le projet 
d'amener Louis XVI à Rouen pour le sous- 
traire à la Commune de Paris avait été 
sérieusement conçu. Il en est fait men- 
tion mais sans détails, à la page 7 d'une 
notice de M. le marquis de Blosseville 
sur M. de Vatimesnil, et cela d'après les 
souvenirs personnels du père de ce minis- 
tre. 

Ce plan, avorté par les incertitudes roya- 
les, s'accordait sans doute avec une combi- 
naison que nous trouvons développée dans 
un remarquable ouvrage de M. Boivin- 
Champeaux, ancien procureur impérial à 
Evreux, aujourd'hui premier avocat-géné- 
ral à la cour de Caen : Notices historiques 
sur la Révolution dans le département de 
VEure, Le projet d'évasion qu'il racMite 
page 290, était conçu par le duc de Lran- 
court, qui commandait en Normandie, et 
donnait pour asile à Louis XVI le château 
de Gaillon, véritable palais des archevê- 
ques de Rouen. 

(Evreux.) E. B. 

Huguenot (IV, 391). — Plus d'une fois 
déjà, j'ai protesté contre les étymologies 
fantaisistes et impossibles qu'on attribue 
i à ce nom historique. Ceux qui le font déri- 
ver de l'allemand Eidgenossen (Confédé- 
rés), n'ont retrouvé que la seconde moitié 
du mot. Qu'ils expliquent, s'ils le peuvent, 
comment et pourquoi les trois lettres Eid 



N« 99.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



se sont métamorphosées en la syllabe if m? 
A-t-on jamais cite un exemple de trans- 
formation analogue ? La science du lan- 
gage n*est plus tellement conjecturale 
qu on puisse s'y permettre d'aussi étran- 
ges libertés. 

Huguenot, selon nous, vient du hollan- 
dais Huisgenoot (commensal), qui désigne 
les habitants d'une même demeure. Les 
deux dernières syllabes genoot sont la 
forme, très-connue et usitée en hollandais, 
d'un mot qui en allemand deviept genossey 
et qui indique communauté. Mais, au lieu 
de l'allemand Eid (serment) nous trouvons 
ici le hollandais //m «(mai son). Or, tandis 
que Eid ne pourrait devenir ifi/. Huis a pu, 
par une simple abréviation, prendre cette 
forme. Il fallait nécessairement qu'une 
transformation de ce genre eût lieu, et cela 

Ear deux raisons: 1" Parce que les sylla- 
es germaniques, trop chargées de con- 
sonnes pour les bouches françaises, en per- 
dent le plus souvent au moins une; exemple: 
lanîsknec/it, lansquenet; riding-coat, re- 
dineote; Chlodowlg, Louis, etc., etc. 
Voilà pourquoi l's de huisgenoot a disparu. 
2* Parce que le son hollandais de la diph- 
thongue ui n'a pas d'équivalant exact en 
français; ne pouvant dire ce ui, on a 
prononcé simplemient w, en gardant la 
voyelle dominante. 

Quant à la signification du mot, elle 
reste à peu près la même dans les deux 
cas. Confédéré ou commensal indiquent 
des rapports assez analogues de confrater- 
nité. Quand les persécutions de Philippe II 
et du duc d'Albe forcèrent des Hollandais, 
des Flamands, des Wallons à fuir, ceux 
qui traversèrent ou habitèrent la France 
ont pu se traiter de huisgenooten, nom in- 
offensif, et d'ailleurs inintelligible pour les 
gens du pays; ils l'ont naturellement étendu 
ensuite eux-mêmes à leurs coreligionnaires 
des pays où ils se trouvaient. De ce terme 
d'amitié les catholiques, ne sachant pas 
le hollandais, ont fait très-naturellement 
un nom de secte. 

Il faut se rappeler qu'avant de porter 
les noms de Réformés ou de Protestants, 
ceux qui se ralliaient à la Réforme étaient 
vaguement désignés en France sous les 
noms d'hérétiques de Meaux^ christandins, 
luterrens, parpaillots. Il n'est peut- être 
pas étonnant que celle de ces dénomina- 
tions populaires qui avait une origine 
étrangère ait prévalu, bien que cette ori- 
gine elle-même ait été bientôt oubliée. On 
a longtemps affecté en France de traiter 
en étrangère la liberté religieuse. 

Ath. Coquerel. 



. Le P. Loriquet (IV, 396). — Puisque 
la question Loriquet a été remise sur le 
tapis, je crois pouvoir ajouter mon té- 
moignage à tant d'autres. J'ai en ma 
possession le cours d'histoire du P. Lori 



76 



quet, en 7 vol. édition de 181 6, et je n'y ai 
pas trouvé la fameuse phrase, ni rien qui 
fasse présumer qu'elle ait pu être, écrite 
dans la première édition (édition très- 
problématique, d'ailleurs). Nulle part le 
P. Loriquet ne conteste le titre impérial de 
Napoléon, il le considère partout comme 
chef de gouvernement, comme empereur 
de fait, sinon de droit. Sur ce dernier 

f)oint il fait ses réserves, car il est fort 
égitimiste; mais voilà tout. Quelle que 
soit la sévérité, l'injustice si l'on veut, de 
ses appréciations sur Napoléon, il ne 
donne jamais ni explicitement, ni impli- 
citement, un démenti absurde à l'histoire 
des faits. 

(La Flèche.) H. M. 



Gnathène et Stilpon (V, i). —La ré- 
plique de Gnathène à Stilpon, comme la 
plupart des apophthegmes des courtisanes 
grecques, se trouve dans Athénée {Deipno- 
soph. XIII, p. 584; t. V, p. 1 10, de l'édition 
Je Schweignaeuser). 

(Bordeaux.) R. D. 

De qui le rondeau : « A la fontaine où 
s'enyvre Boilean? » (V, i). — a Ce ron- 
deau n'est point de Chapelle, mais d'un 
nommé Stardin... » répond nettement 
Walckenaer dans la Vie de La Fontaine, 
et il cite en note jusc[u'à huit autorités, 
parmi lesquelles Racine fils, Boileau, le 
Ménagiana, etc. Mais il faut remarquer 
qu'il existe du dit rondeau, une variante 
assez considérable pour qu'on lui recon- 
naisse deux auteurs, l'un qui l'aurait fait, 
l'autre qui l'aurait refait. Voici celui que 
Walckenaer donne à Stardin : 

A la fontaine où l'on puise cette eau 
Qui tait rimer et Racine et Boileau, 
Je ne bois point, ou bien je ne bois guère ; 
Dans un besoin, si j'en avois affaire. 
J'en boirois moins que ne fait un moineau 
Je tirerai pourtant de mon cerveau 
Plus aisément, s'il le faut, un rondeau, 
Que je n'avale un plein verre d'eau claire 
A la fontaine. 

De ces rondeaux un livre tout nouveau 
A bien des gens n'a pas eu l'art de plaire ; 
Mais, quant à moi, j'en trouve tout fort beau, 
Papier, dorure, images, caractère, 
Hormis les vers qu'il falloit laisser faire 
A La Fontaine. 

Voici l'autre rondeau, tel que me l'a 
communiqué notre correspondant E. G. P. 

A la fontaine où s'enivrent Boileau, 
Corneille, Horace, et lie sacré troupeau 
De ces auteurs comme on n'en voit plus guère, 
Tout bon rimeur doit boire à pleine aiguière 
S'il veut donner un bon tour au rondeau. 
Bien que j'y boive aussi peu qu'un moineau, 
Cher Benserade, il faut te satisfaire 
Et t'en faire un ; mais c'est porter de l'eau 
A la fontaine. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[ I o févr. 1 869. 



77 



78 



De tes rondeaux un recueil tout nouveau 
A bien des gens n'a pas eu Tart de plaire ; 
Pour quant à moi, j'y trouve tout fort beau, 
Papier, dorure, images, caractère, 
Hormis les vers qu'il falloit laisser faire 
A La Fontaine. 

O. D. 



Un vers de Le Blanc (V, 3). — Je crois 
bien avoir vu ce vers cité par Voltaire, 
mais je ne parviens pas à ïy retrouver. La 
forme présentée par Voltaire serait: 

En croirais-tu, Manco. Manco-Capac capable ? 

dont il résulterait qu'il y avait dans la 
pièce, outre Manco-Capac, un autre per- 
sonnage nommé Manco tout court. Du 
reste Voltaire en eût parlé, pour raconter 
qu'aussitôt était partie du parterre la 
réponse : 

D'un tel forfait Manco croit Capac incapable ! 

D. 



Mestre de camp, brigadier des armées 
dn roi (V, 6). — C'est un terme ridicule, 
comme toutes les désignations militaires 
formées de périphrases, dit le général 
Bardin. Ce titre pompeux ne disait rien, 
car un simple brigadier de cavalerie, de 
rang égal à un caporal, était aussi briga- 
dier des armées. La langue militaire four- 
mille de pareilles contradictions. Le titre 
de brigadier de& armées indicjuait la charge 
d'un officier supérieur, ordinairement co- 
lonel a un régiment d'infanterie ou mestre 
de camp, et prenant, par sa fonction, rang 
à^officier général. En outre des attribu- 
tions ordinaires de son grade, il était re- 
vêtu, par commission, du droit de com- 
mander (mais dans Varme seulement dont 
il faisait partie) une brigade d'armée, et 
donnait, en ce cas, la couleur de sa livrée 
aux fanions de sa brigade. 

Consultera ce sujet l'excellent Diction- 
naire de r armée de terre du général Bar- 
din, à l'article Brigadier des armées du 
roi, et au mot mestre de camp, où l'on 
verra que la milice espagnole, du temps 
de Ferdinand et d'Isabelle, connaissait le 
grade de maestro ou maestre decampo. 

A. Nalis. 



Le véritable anteur du « Grand erra- 
tum » (V, 10). — La date qu'assigne 
M. T. de L. à Vopuscule de M. Pérès, ten- 
drait à faire mettre en doute l'orieinalité 
de son travail, qui aurait pu ainsi lui être 
inspiré par le livre anglais de l'archevêque 
Whateley. Maisla^io^r. Hœfer, au nom 
de Pérès, indique une première édition 
bien antérieure : « Agen, i8i^. Paris, 
18 19, 1860, in-32. » A la vérité, il y en a 
certainement eu, en i835, une édition que 
cette Biographie oublie. O. D. 



Erudition de Hathurin Régnier (V, 27). 

— Le mot syndérèse est employé par la 
philosophie scolastique pour désigner l'a- 
mour pur du bien ou l'amour du bien ab- 
solu. 

Les théologiens appellent syndérèse 
l'état de contrition, de aéchirement, où se 
trouve l'âme quand, faisant un retour sur 
elle-même, se rappelant ses fautes, elle 
compare ce qu'elle est à ce qu'elle devrait 
être. 

Une pareille expression revient fréquem- 
ment sous la plume des écrivains mys- 
tiques. 

Elle est fort bien placée dans la bouche 
de Macette, qui, au dire de Régnier : 

... N'eut avant que plorer son délit, 
Autre ciel pour objet que le ciel de son lit. 

Que l'auteur de la demande me permette 
maintenant de lui faire une petite que- 
relle. 

Voici à quel propos : « Sans doute, dit- 
« il, il faut entendre par hypostase, la sub- 
« stance ou l'essence même de la divine 
« triade. » Tel n'est point le sens du mot 
hypostase. Les Pères grecs se sont servi 
de ce terme pour désigner les trois spéci- 
fications égales et éternelles de l'essence 
divine, appelées par les Pères latins per- 
sonnes de la Trinité. On oppose le mot 
hypostase à ouda, qui désigne la substance, 

l'essence, la nature commune aux trois 
hypostases. H. Prévost. 



ïrûutJailUô t\ Curi00îté6, etc. 



Histoire d'un enfant pétrifié. — J'ai lu 
dernièrement dans l'historien de Thou une 
singulière anecdote du règne de Henri III, 
présentée comme un fait historique incon- 
testable. Elle est rapportée en ces termes 
dans son Histoire universelle (Londres, 
1734), t. yill, p. 66: 

« Il arriva cette année (i582) un événe- 
ment qui passeroit pour incroyable chez 
la postérité, si Ton n'en avoit les preuves 
incontestables. Comme j'en suis parfaite- 
tement instruit, j'ai cru devoir en rendre 
témoignage et en établir la certitude. 

« Dans la ville de Sens, métropole de la 
Gaule celtique, une femme, nommée Co- 
lombe Chary, mariée à un tailleur appelé 
Louis Carita, étant parvenue jusqu'à 1 âge 
de 38 ans en bonne santé et sans avoir eu 
d'enfants, eut des indices de grossesse par 
la suppression qui en est la marque ordi- 
naire; elle sentoit des mouvements fré- 
quents, son ventre grossissoit de jour en 
jour, ses mamelles même se remplissoient 
de lait ; enfin, au bout de neuf mois, elle 



N» 99.] 



•M 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [10 févr. 1869. 
— 79 80 

est-il plus croyable que certains récits 
légendaires? Est -il vrai que cet enfant 
pétrifié, qui aurait été vendu en 1627 
moyennant la somme de 210 livres et une 
riche turquoise, à Prudamont, lapidaire, 
et à Carteron, orfèvre à Paris, fasse au- 
jourd'hui partie du cabinet d'histoire na- 
turelle du roi de Danemark? C'est pour- 
tant ce qu'afl&rme M. Théodore Tarbé 
après avoir mentionné succinctement ce 
fait, p. 1 1 3 des Recherches historiaues sur 
' ille 



érirèu^ aès douleurs très-vives et les tran- 
cnéesi d'une femme en travail. Pendant 
quelques jours, elle eut une suppression 
d'urîne, qui sortit enfin comme un tor- 
rent^ Les médecins jugèrent qu'elle ne ve- 
hoit pas de la vessie, mais de la matrice, 
dont la tunique se rompit, et dont il sor- 
tit, avec le délivre, une masse qui avoit la 
figure d'un turbot. Depuis ce temps-là, sa 
gorge diminua; elle ne sentit presque plus 
remuer dans son ventre et ses douleurs 
furent très -médiocres. Après cet accou- 
chement monstrueux, elle fut alitée trois 
ans durant, se plaignant continuellement 
de sa mauvaise santé, de la dureté et de 
l'enflure de son ventre, des tranchées 
qu'elle sentoit, et d'un poids incommode 
qui se jetoit tantôt d'un côté, tantôt de 
1 autre, suivant les différentes situations 
de son corps. Ces accidents durèrent jus- 
qu'à sa mort. Ses voisins, se moquant 
d'elle et traitant sa grossesse de vision : 
« Attendez quelque temps, leur disait-elle 
o assez gaiement, l'enfant dont je suis grosse 
a viendra quelque jour, mais il en coûtera 
« la vie à sa mère. » Elle mourut enfin, après 
avoir porté ce fardeau vingt-sept ans. On 
l'ouvrit et on lui trouva la matrice ridée, 
de diverses couleurs et dure comme de la 
terre cuite. On tenta d'ouvrir cette du- 
reté, mais il se trouva comme une masse 
de plâtre qui résista longtemps au rasoir; 
on en vint pourtant à bout, et on en tira 
un enfant très-bien formé et dans la si- 
tuation ordinaire, mais presque entière- 
ment pétrifié, si ce n'est que les os de la 
tête étoient transparents comme de la 
corne; à l'égard des parties internes, 
comme le cerveau, le cœur, les intestins, 
ils étoient presque à l'ordinaire, excepté 
qu'ils se trouvoient plus durs, moins pour- 
tant que les parties externes. Ce petit corps 
se garde à Sens, où les passans vont le 
voir par curiosité. Il est entier, et les vers 
ni la pourriture ne Font point endom- 
magé. Il y a deux fameux médecins qui 
ont écrit sur ce prodige, Jean d'Alibour, 
d'Autun, qui a été depuis premier méde- 
cin de Henri IV, et Simon de Proven- 
chères, de Langres. Ils ont recherché les 
causes de la formation de cette masse et 
de cette pétrification faite après la mort 
de l'enfant, et qui devoit plutôt être suivie 
de putréfaction ; mais je laisse cet examen 
à ceux qui s'appliquent à l'étude des choses 
naturelles. J'ajouterai seulement que de- 
puis quelques années, il est arrivé à Paris 
Quelque cnose de semblable à une femme 
e condition; mais au bout de cinq ans, 
l'enfant fut tiré par morceaux, partie par 
des médicaments, partie par des ferre- 
ments, et il y a beaucoup d'apparence 
qu'il seroit devenu comme celui de Sens 
avec le temps, puisqu'il commençoit déjà 
à se pétrifier. » 

Un pareil récit, bien qu'il émane d'un 
auteur grave et estimé comme de Thou, 



la ville de Sens, par lui éditées à Sens en 
i838. 

Faut-il s'étonner que, dans le XV1« siè- 
cle, de bons esprits fussent ainsi portés à 
croire au merveilleux, lorsqu'il est con- 
stant qu'aujourd'hui même les juges mu- 
sulmans s'obstinent à regarder la gesta- 
tion de la femme comme pouvant être 
indéfinie, et rattachent la paternité de 
l'enfant né pendant un second mariage au 
précédent mariage que la femme aurait 
contracté, lorsqu'il s'est écoulé un laps de 
temps inférieur à 4 ans, selon les uns, et à 
5 ans, selon les autres, entre le décès du 
premier mari et le second mariage? Mais 
une affaire de ce genre ayant été portée 
devant les tribunaux, pareille présomption 
n'a pas été, bien entendu, admise par eux. 
(Arrêt *de la cour impériale d'Alger du 
!•' septembre 1866, rapporté dans le Droit 
du !•«• janvier 1867.) Ed. Leroux. 



Gnillotln et la guillotine. — Guillotin, 
célèbre médecin, est regardé à tort comme 
l'inventeur de l'instrument de supplice qui 
porte son nom ici. Lorsque l'Assemblée 
nationale s'occupa de refondre l'ancien 
système pénal, mû par un sentiment d'hu- 
manité, il proposa de substituer aux diffé- 
rents supplices jusqu'alors usités pour les 
condamnés à mort la décapitation, réser- 
vée autrefois pour les nobles, et indiqua 
l'emploi d'une machine très-peu compli- 
quée, connue depuis longtemps en Italie 
sous le nom de mannaia, dont il avait 
probablement lu la description dans le 
Voyage en Italie, du jésuite Labat. Le 
docteur Louis fut chargé d'examiner cette 
proposition, puis, sur un rapport du dé- 
puté Carlier, l'Assemblée nationale la 
convertit en décret... De là les noms de 
petite Louison, puis de Guillotine, qui fu- 
rent donnés au nouvel instrument. La 
tradition populaire a toujours voulu et 
veut encore (bien qu'on ait prouvé le con- 
traire à satiété) que Guillotin ait été l'in- 
venteur et la victime de cette fatale ma- 
chine. La première fut fabriquée par un 
mécanicien allemand nommé Scnmidt, 
facteur de clavecins. Guillotin, jeté plus 
tard en prison, faillit seulement en faire 
répreuve : le 9 thermidor le lui épargna. 

F. DUBIEF. 



Parts. - Tjp. de Ch. Mejrueis, rue Cujas, IS. — 1869. 



NomfrolOa 



Cktrdé»M0t 

«OM IreiiMr»* . 



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n têfâHÊi 



S5 rénier 1869. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.) 



81 <= 



82 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 

— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Une nonyelle figure de rhétorique. — 

Les nombreux admirateurs du talent de 
Victor Hugo ont dû remarquer qu'il em- 
ploie fréquemment, dans les Contempla- 
tions^ une figure de rhétorique fantaisiste, 
fort expressive bien qu'un peu bizarre, 
qui me paraît tenir le milieu entre la com- 
paraison et la métaphore. 

Notre poëte accouple deux substantifs, 
et fait jouer à Tun d eux le rôle d'adjectif 
qualificatif. Exemples: 

[nous mène ? 
A qui donc sommes-nous? Qui nous a? Qui 
Vautour Fatalité; tiens-tu la race humaine r 

{Contemplations, IV, viii.) 

L'arbre Eternité vit sans faîte et sans racines ; 
Ses branches sont partout, proches du ver, voi- 

Du grand astre doré ; [sines 

L'Espace voit sans fin croître Xdibranche Nombre, 
Et la branche Destin^ végétation sombre, 

Emplit l*homme effaré. 

[Contemplations, VI, xvi.) 

« 

Victor Hugo est-il l'inventeur de ce 
procédé poétique ? Ne l'aurait-il pas plu- 
tôt emprunté à quelque vieux poëte fran- 
çais ? J inclinerais à le croire. 

Henri Prévost, 



Un auteur à retrouver. — De quel poëte 
latin sont les paroles suivantes, qui ter- 
minent un vers et en commencent un 
autre ? Où les trouve-t-on et à quoi s'ap- 
pliquent-elles? 

... Nostrasqui despicit artes 
Barbarus est. 

MiNucius Infinitesimalis. 



Edition originale de t la Folle Journée ou 
€ le Mariage de Figaro. » — Pourrait-on 
me dire quelle est la vraie première édition de 
cette comédie de Beaumarchais? Est-ce celle 



qui porte seulement le nom de Ruault et 
la date de 1785, ou bien celle qui, avec le 
nom de Ruault, fait mention de l'imprime- 
me de la Société littéraire typographique ? 
Cette dernière renferme les cinq belles 
gravures dessinées par Saint- Quentin et 
gravées d'abord par Liénard, puis par 
Malapeau. Est-elle un tirage de luxe fait à 
part, à peu d'exemplaires (u en a été tiré 



iprinceps 
si l'on consulte son catalogue. 



F. M. 



Erudition de J.-J. Rousseau. — « On 

n'imaçineroit pas, raconte Rousseau, au 
VI I« livre de ses Confessions^ à quoi j'oc- 
cupois ce court et précieux intervalle qui 
me restoit encore avant d'être forcé de 
mendier mon pain: à étudier par cœur des 
passages de portes, que j'avois appris cent 
fois et autant de fois oubliés. Tous les 
matins, vers les dix heures, j'allois me 
promener au Luxembourg, un Virgile et 
un Rousseau dans ma poche, et là, jusqu'à 
l'heure du dîner, je remémorois tantôt 
une ode sacrée et tantôt une bucolique, 
sans me rebuter de ce qu'en repassant 
celle du jour je ne manquois pas d oublier 
celle de la veille. Je me rappelois qu'après 
la défaite de Nicias à Syracuse, les Athé- 
niens prisonniers gagnoient leur vie à ré- 
citer les poëmes d'Homère. » Celui qui 
s'accuse lui-même, de si bonne grâce, 
d'oublier le lendemain ce qu'il apprenait 
la veille, n'aurait-il pas, prenant un souve- 
nir pour l'autre, confondu avec les poëmes 
d'Homère, ceux de quelque autre écrivain 
de la Grèce ? (Grenoble.) J. P. 

Verdet, Vert de gris. Loutton, Laiton. ^ 

On sait que dans les contrées viticoles du 
midi de la France, la fabrication de ce 
produit occupe d'importantes usines et 
que cette matière tinctoriale est obtenue 
par l'action du marc de raisin subissant la 
fermentation acétique sur des lames de 
cuivre, qui ne tardent pas à se recouvrir 
d'une croûte verte. Après plusieurs prépa- 
rations, cette croûte devient le verdet du 

TOUS, V. — 4 



N« looj 



L'INTERMÉDIAIRE 



83 



» f . iBi M *' ■ 



84 



commerce. Je trouve dans un vieil inven- 
taire du 28 octobre 1 73 1 , ces mots :« Item : 
cent pots de cuivre pour le verdet gris. » 

Est-ce là une espèce de vert oil verd- 
de-gris, ou bien Ce defnSfr ifiot ÇQtùfoté 
n'est-il Qu'une corruption Ae cette expr e«- 
sion technique: verdet gris? Vert-de-gris 
ne signifie absolument rien, le gfia q'a pu 
engendrer le vert. 

Quelle est rétvmQloeje du mot laiton^ 
alliage de cuivre et de aiincî, le cttivi'e 
jaune ordinaire, que je trouve écrit loutton 
dans le même compte de 1731 ? C2. 

« âveir AU n l^ikv*. »— C'est là unô locu- 
tion qu'on dm^tid souvent prononcer dans 
lés fàuboui^^ : « Quifius, s. m. Argent, «- 
dèfns l'af got du t)euple, • nouB dit trop som- 
mairement M* AI. Delvau, dans son Dict» 
de'fy langue verte y-^ sans ajouter aucune 
esj^dce d'ëtymologie, -^ Ce n'est pourtant 
point là l'un de ees lAots qui datent d'hier! 
Il a [des chevroiis: on le rencontre dans 
les écrits du XV» siècle : dans le Mystère 
du CffiCPaOer qui donna sa femme alN 
dyabîe : 

Ho, n'en parle plus, il sufiîst, 
Bien sçay que chascun si te fault, 
Pour ce que n'as plus de quibuSé 
Ane* Théât* Français^ t, III, p* 45 3* BihU 
El\évir.) 

Dans Coquillartt 

11 fiiiUoit quHl vint sus ou jus 
La fournir à son appétit x 
Car qui ne fonce de quikus, 

{(Muyrei^ t. II, p. 22, éd. de la BibL 

Et, dehos jours, dans Balzac: «... Le 
Gouvernement n'a tant mis de droits sur 
le vin que pour nous repincer notre 
Quibus. yy (H. ne Balzac. Les Paysans.) 
-^ Ne pourrait-on pas dire en fin de compté 
que les faubouriens nomment ainsi l'argent 
parce qu'ils courent tfpp Souvent après 
a le vil métal i QxjiBvscum^ue viis? 

Ulric. 



Deqiioi. -^ Bieètrè. — Je désirerais con* 
naître la signification exacte des deux 
mots cités ci-dessus. Ils se trouvent dans 
les vers suivants extraits d'un placet de 
Chapelle au comte du Lude, pour lui 
demander du petit salé : 

C*est le seul mets, en bonne foi< 
Qui peut mon trop petit dequoi 
Sur ma table faire paraître 
pour nourrir ma famille et moi. 
Jusqu'au temps que vient un bon prêtre 
Nous dire à chacun : Souviens-toi 
De ta boue et de ton bicêtre. 

{Œuvres de Chapelle et de Bachau» 
mmty éd» de la BibL El^vir,, p. 1 40. ) 

J*R. 



Les c Nénals > de GaTarni. — On con- 
naît cette malicieuse légende d'un des 
Enfants terribles de Gavarni : « Grand- 
papa s'a fiché dQ petite Maman, parce que 
petite M^nian s'est fait des nénais avec du 
coton, na! » 

En la relisant l'autre jour, j'ai cherché, 
mailCQ vain, dans Alfred Delvau, Lorédan 
Larchey et fous les autres lexicographes 
des langues vertes contemporaines, 1 éty^ 
mologie probable de ce niot nénais. Le 
sens propre, on le sait. Mais l'origine du 
mot ? Ne viendrait-il pas de l'espagnol 
nenes, petits enfants ; ou mieux peut-être 
encore, du latin nceniœ, bagatelles, petits 
riens, dont on emulQ lea enfants? 

U. 

Bouillon de onze heures. — Pourquoi 
dit-on, avec le sens que chacun connaît, 
un bouillon de onze heures ? Et pourquoi 
pas bouillon de minuit, l'heure des ori- 
mes I -^ D'où vient cette expression ? 

J« E« -* G, 



Dami Qanel -^ OueUe est donc Tori- 
gine et la véritable orthographe de ce mot? 

J, É. ~^G. 



Expositions de Tanoienne Aôedémif de 
peinture et de scnlpture. — En vue d'une 

réimpression de ces curieux Salons, aux- 
quels maintenant s'attache un H haut 
prix, nous faisons appel aux bibliophiles, 
collectionneurs et amateurs : i® pour éta- 
blir les différentes éditions des anciens li- 
vrets de ces expositions; 2^ potrr complé- 
ter la bibliographie des critiques, donnée 
par M. de Montaiglon à la $uite de la 
réimpression du Salon de lÔjS, 

Nous précisons notre demande : 

Salon de 1673 : On ne connaît que trois 
exemplaires de ce livret; deux à la Biblio- 
thèque impériale (collection de Thoisy) et 
un troisième ches un amateur de Troyes, 
M. Corrard de Bréban, président hono- 
raire du tribunal. En existe-t-il d'autre 
exemplaire? Les armes qui figurent en 
tête de la plaquette de la Bibliothèque 
impériale appartienneni-^Ues bien réel- 
lement à ee livret? Dans quelle année 
de V Artiste se trouve l'article consacré à 
ce Salon par M. Eudore poulie ^ 

Salon de 1699 : Nous n'en connaissons 
qu'une édition, très-exactement indiquée 
par M. de Montaiglon; en existe-Hi une 
autre? Connaît-on d'autre mention con- 
temporaine de ce Salon que celle de Flo- 
rent le Comte, citée par M. de Montai- 
glon? 

Smlon de 1 {^04 : Trois éditions très-dif- 
férentes existent à la Bibliothèque impé- 
riale, tant aux imprimés ()u'eu cabipet des 
estampes. Quelqu'un cClnnaîtrait^il ^^ 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



- 85 



S« 



[25 févt. 1869^ 



éditiim différente? M. de MÔntftiglon À'a 
pas connu de critique sur cette exposition ; 
Hous tCevi avdns pas rencontré: en existe- 
t-il? 

Salons dé 1737, 1738, 1730 : Nous ne 
connaissons qu'une seule édition de cha- 
cun de ces trois livrets; y en a«t-il eu plu*» 
sieurs? Quelles sont les brochures et criti* 
quea auxquelles ces Salons ont donné 
naissance, en exceptant, bien entendu, les 
indications déjà fournies par M. de Mon<- 
taiglon? 

Nous continuerons ^as à pas ces infor- 
mations; nous recevrions donc avec re- 
connaissance les renseignements qui de- 
vanceraient nos questions, relativement 
aux deux points qui nous occupent, sur les 
livrets, depuis 1740 jusqu'en 1799. Enfin, 
comme souvent ces éditions anciennes 
portent de précieuses notes manuscrites, 
nous serions fort obligé aux propriétaires 
d'anciens livrets qui nous feraient ici part 
des commentaires contenus dans leuf 
exemplaire. J,-J* G. 

Le sysièmo décimal et les horloges. — 

Ne peut-on pas s'étonner, en présence de 
l'application si générale du système déci- 
mal, qu'on n'ait pas eu l'idée de rappli- 
quer aussi à la durée du temps? — Il me 
semble avoir pourtant vu quelque part qut 
Ton a ftiit des hOrlo|çes décimales* Quels 
inconvénients pourraient en empêcher l'u* 
sage ? J, E. — G. 

Le temple de l'Aréopage. — Nous 
ayons la> dans un écrit récent qui ne flit 
pas autorité, une allusion au temple jadiji 
bâti sur la colline de l'Aréopage d'Athè- 
nes. Ce temple (de Mars ou de tout autre 
dieu) est représenté par Raphaël dans son 
fameux carton de.Hanipt(«l*Gdurt, que les 
Arransi du Vatican et la gravure ©rit po-: 
pularisét La statue de Mars y Âgure %\xfAu 
Mais Raphaël n'était pas archéologue. Lei 
peM d'espace qu'oifre la surface de ce ro- 
cher, o& s'assemblaient souvent des juges 
et un public, rend peu probable l'existenoe 
d'un véritable temple sur cette plate-forme 
étroite 0t inégale. Peut-être y avait-il un 
simple autel, une statue, un edicule. Gon- 
nait-on des textes positifs qui attestent 
qu'il existait sur cette rocailleuse émlnence 
un temple, et de quelles dimensions pOu* 
vait être cet édifice? Quelle en était 1 ori* 
gine ? Quand a*-t-il péri ? P£àBGRiNu$« 



Le SotifiLet, injure grave. -«*>> Depuis 
quand et pourquoi considère-t-on un souf- 
flet, l'application de la main sur le visage 
d'un autre, comme une injure gtà^e mii 
ne peut se laver que dans le sang? En 
QUOI le soufRet, môme donné du bout des 
aoigts^ <l'ie»^ll fim vengeance qu'un co^p 



de poing donné dans le dôs, 6U un doup 

de pied envoyé — quelqUa pàft? J. 

Une bataille Uirrée â jétin. ^ M V a-^il 

pas une bataille, et quelle est-elle, où lé 
général en chef Ordonna à ses soldats. Ouï 
n'avaient pas mangé depuis plus d'un jôûf 
et à qui 1 on venait de distribuer des vi- 
vres, de jeter leur pëln au devant de l'en- 
nemi et dé Taller reprendre à là pointé éè 
la baïonnette ou dé répée ? G. 



Edit* -^ Ofâdutiànce rojrale. -- Décret. 

— Quell^ est la valeur exacte, la significa- 
tion précise de chsfcun de ces termes? En 
quoi différaient-ils au jusfé l'un de l'au- 
tre? H. M. 

Loi lantenilt de rAcadéffliô fifaHoelié 
^ J'ai remarqué que l'on n'est point 
d'accord sur les notos dés immortel qui 
ont occupé successivement chaéun des 
quarante fauteuils à l'Acàdémié ffanç&isê. 
Il y a là une confusion qui demandé dés 
éclaircissements; et d'abord > d'où naît 
cette confusion?— Prenons, pôrôXenipIej 
le dernier décédé des quarante, M* Empisi 
Selon M* Arsène Houssaye (Histoire dk 
quarantê-uniëmè/auiêuil), Ertlpis occupait 
le trente* deuxième fauteuil, où s'éçait d'a- 
bord assis le doux Racân et qu'illustra 
Labruyère; le Dictionnaire de LarousSô 
assied dans ce fhuteuîl M. de Sacy. En re- 
vanche, ce dernier place M. Ertipis dans lé 
trente-septième fauteuil, où se prélassa Cha- 
pelain. p*après M. Arsène HoUssaye, c'est 
Lamartine qui occuperait ce dernier fau- 
teuil. — Enfin, l'un fait entrer Enipis â 
l'Académie en 184B, et l'autre n? l'admet 
dans la noble assemblée qu'en 1847. 

G. 



Seint-Êyremeat ) gonterneor des «ih 
nards du Paru, en Angleterre. -- Dans le 
correspondance manuscrite de l'abbé Du- 
bois avec Toynard, acquise tout récem-^ 
ment à la vente Brunetpàrla Bibliothèque 
impériale, on lit les curieux passages qui 
suivent : 

« S juillet 1698. — Le Roy a fait M. de 
Saint- Evremont gouverneur des canards 
du Parc. Cette charge n'a que 600 l d'à* 
pointemens, mais, avec les profits, elle 
rapporte bien deux pu trois mille livres. 
Je lui en fus faire hier mon complîmentj 
et il sort de me rendre ma visite» L'embar- 
ras, c est comment le Roy l'exemptera de 
prêter les serments. Il a proposé l'expé- 
dient d'une survivance. » 

« 24 juillet. — M. de Saint-Evremont 
s'est accommodé de la charge que le Roy 
lui avoit donnée avec un homme qui, à ce 
que l'on dit, lui en rend cinq ou six cents 



N« loo.] 



LTNTERMÉDIAIRE 



87 



88 



pièces. Le fait est sûr, mais il ne s'expli- 
que pas des conditions. » 

Voilà pour un philosophe , il faut en 
convenir, un singulier emploi ! Les biogra- 
phes de Saint- Evremont n'en disent mot. 
Seulement ils assurent que le roi Jac- 
ques II ayant offert de créer en sa faveur 
une place de secrétaire de cabinet pour 
écrire aux souverains étrangers, a il refusa 
une charge qui l'aurait arraché, dans sa 
vieillesse, au repos et à l'indépendance ; 
et que, d'ailleurs, il regardait comme au- 
dessous de lui. n 

Ce n'était pas la peine de faire tant de 
façons pour nnir par accepter ce que Ton 
vient de voir. Il est vrai que la faveur, 
cette fois, venait d'un roi philosophe; 
mais la chose n'en paraît pas moins 
étrange. 

Quelles étaient donc ces fonctions, et les 
profits qui en augmentaient si notable- 
ment la valeur, et les serments qu'il fal- 
lait prêter et qui paraissaient répugner si 
fort à notre libre penseur? 

Les auteurs anglais que nous avons 
consultés ne nous fournissent pas d'éclair- 
cissements suffisants sur ces divers points. 
Nous voyons bien dans le Présent state 0/ 
Great Britain, par Chamberlayne, qu'il v 
avait dans la maison du roi un tueur ae 
taupes à 8 livres par an, — un preneur de 
rats à 48 livres , — que Thomas Werner, 
en 1733, avait 400 1. pour nourrir et éle- 
ver les faisans à Hampton-Court. Mais du 
gouvernement des canards, pas un traître 
mot. Cet emploi méritait bien de figurer 
au moins dans les Jocular Tenures de 
Blount. 

Quelqu'un de vos correspondants de 
France ou d'Angleterre pourra probable- 
ment répondre en tout ou en partie aux 
questions posées plus haut. £. J. B. R. 



Ambroise Paré était-il huguenot T — 

Brantôme et Sully l'affirment; MM. Haag 
l'affirment aussi. M. Malgaisne en a douté; 
M. Ed. Fournier l'a nié; M. Jal l'a nié 

{)lus énergiquement encore, et avec un tel 
uxe de témoignages, empruntés aux re- 
gistres de l'église Saint-André-des-Arcs, 
que j'ai cru, je l'avoue, qu'il avait eu com- 
plètement raison d'un vieux préjugé. Mais 
voilà que M. H. Bordier a repris la dis- 
cussion, et a adressé à. M. Jal tant et tant 
de pressantes objections, que de très-sa- 
vants hommes m'ont déclaré que la cause 
soutenue par l'auteur du Dictionnaire 
critique de biographie et d'histoire pou- 
vait être considérée comme bien décidé- 
ment perdue. Je voudrais que l Intermé- 
diaire, dans l'intérêt de la vérité historique, 
épuisât la question mise en tête de ces 
lignes, et préparât ainsi le prononcé d'une 
sentence définitive. T. de L. 



Les inchistes. — Il y a une trentaine 
d'années, une illuminée, M»« Inch, s'ins- 
pirant des idées de Jane Leade et d'Antoi- 
nette Bourignon, fonda, à Montpellier, 
une secte mystique dont le but était de 
préparer ici- bas le règne de l'Esprit pur. 
Lesîlnchistes, du nom de leur fondatrice, 
avaient une telle horreur des images 
Qu'ils tenaient leurs assemblées dans 
des salles aux murs nus et dépourvus 
même de toute tapisserie. Il existe 
encore, à Cette, nous a-t-on dit, quelques 
rares adhérents de la religion nouvelle. 

Occupé à des recherches sur les Mysti- 
ques de Tépoque actuelle, nous accueille- 
rions avec plaisir tous les détails sur les 
inchistes oui nous parviendraient par la 
voie de V intermédiaire. Qu'est devenue 
M™« Inch ? A-t-on quelques particularités 
intéressantes sur sa vie? La secte dont elle 
se constitua la papesse ne fiit-elle pas une 
copie de la fameuse secte des Multipliants 
QUI parut au dernier siècle, et qui a été 
1 objet d'une dissertation de la part de 
M. Germain, professeur d'histoire et doyen 
de la Faculté des lettres de Montpellier? 

F. BoissiN. 



Numérotage des rues. — A quelle épo- 
que a-t-on substitué en France aux ensei- 
gnes qui désignaient les logis des bourgeois 
et des gens de métier, les numéros qui 
sont partout en usage aujourd'hui, au 
moins dans les grandes villes? 

R. DE C. 



Le marquis de Lagrange, intendant 
d'Alsace. — Où trouver des détails sur ce 
personnage? Ml. 



Le marquis de Fleury, en 1672. — Le 

5 février 1672, le roi Louis XIV écrit au 
prince de Monaco pour se plaindre du 
o sieur marquis de Fleury, qui a armé à 
Mourgues (ancien nom provençal de 
Monaco) et a poursuivi queiaues-uns des 
vaisseaux de mes sujets et qu il prétend les 
visiter, et enlever les marchandises qui y 
seront chargées pour le compte des juiis 
ou autres estrangers. » 

Cette lettre est en entier dans le III«vol. 
de la Correspondance administrative sous 
le règne de Louis XI V, recueillie et mise 
en ordre par G.-B. Depping. 

Quel était ce marquis de Fleury? A 
qpuelle famille appartenait-il ? Pourrait-on 
citer quelque autre particularité sur ce 
personnage? H. M. 

Louvois. — En quel lieu ou dans quel 
ouvrage pourrait-on voir un portrait res- 
semblant du marquis de Louvois ? — H 
s'agit de constater iViuthenticité d'un por- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



89 



[25 févr. 1869 



trait peint par Mignard et attribué, en 

tant que modèle^ au célèbre homme d'Etat. 

(Reims.) E. D. 

Le prince Michel de Scherbàtowo. — 

En 1781, Helman, gravant le Roman dan^ 
gereuXy l'une des pièces les plus piquantes 
de Fœuvre galant de N. Lafrensen, dédiait 
cette estampe au prince Michel, chambel- 
lan de rimpératrice de toutes les Russies, 
chevalier de Sainte- Anne, etc. Ce per- 
sonnage a-t-il laissé trace de son séjour en 
France, de ses relations avec les artistes 
français de Tépoque ; est-il connu comme 
curieux, comme amateur? V. 



Ghateannières. — Je prie que l'on me 
donne des détails, beaucoup de détails, 
encore plus de détails, sur un homme de 
lettres du XVII* siècle, nommé Chateau- 
nières, auteur d'un livre intitulé : Le sage 
résolu contre la fortune. Je ne trouve le 
nom de cet écrivain dans aucun de nos 
recueils biographiques. Tout ce que je sais 
sur son compte, c'est qu'il était prisonnier 
à la Conciergerie en avril 1648, et qu'au- 
paravant il avait été mis à la Bastille. 

L. 



Molière, nom de théâtre. — (Quelle est 
l'origine de ce pseudonyme pris par le 
grand comique, lorsqu'il monta sur la 
scène? A. B. D. 



Le « Rabelais » de Gustave Doré. — 

Quelle est l'édition la meilleure et la plus 
complète du Rabelais illustré par Gustave 
Dore ? L'exemplaire que je possède (et qui 
ne me satisfait, hélas ! que médiocrement) : 
Paris, à la librairie des Publications il- 
lustrées, 5, rue du Pont-de-Lodi, 1857, 
se compose d'un volume de 341 pages, pe- 
tit in-40 imprimé à deux colonnes, dans 
le format des livraisons dites à vingt cen- 
times, — avec couverture blanche illus- 
trée, imprimée en rouge et en vert, — con- 
tenant quatre-vingt-sept petites gravures 
sur bois, imprimées dans le texte, et seize 
plus grandes, gravées de même et tirées à 
part sur papier fort. Le titre courant du 
naut des pages est celui-ci, recto et verso : 
Chefs-d'œuvre européens, François Ra- 
bêlais. Ce volume est en outre décoré 
d'une Dédicace de l'éditeur : A mon ami 
Gustave Doré, J. Bry, aine, imprimée sur 
une page blanche qui ne fait point partie de 
la pagination générale. 

Quoique j'aie choisi moi-même, c'est vous 
dire très-soigneusement, mon exemplaire, 
parmi quinze ou vingt autres, le tirage de 
ses gravures laisse infiniment à désirer en- 
core. Et quant au papier, aussi bien pour 
celui-là que pour tous ceux qui me sont 



90 



passés sous les yeux, il est d'une qualité 
plus que déplorable. 

Puisque, finalement, mon édition est 
loin d'être satisfaisante, — matériellement 
parlant, — Quelle est donc la bonne, ou, 
si par hasard celle-ci n'existe pas. la moins 
mauvaise? En connaîtrait-on des exem- 
plaires imprimés sur crand papier de luxe, 
vélin, — vergé, — Hollande ou Chine? etc. 

Ulric. 



c Coutumes et Croyances populaires, » 
par M. Laisnel de La Salle. — Un érudit, 
M. Laisnel de La Salle, membre de la So- 
ciété des Antiquaires de V Ouest, de la 
Société du Berry, etc., a publié, dans le 
Moniteur de V Indre, journal qui s'imprime 
ù Châteauroux (n®» du 29 novembre i853, 
et suivants), une série d'Etudes fort cu- 
rieuses sur les Coutumes et croyances 
populaires des paysans des environs de 
Gluis (Indre). 

Comme il est à peu près impossible au- 
jourd'hui de retrouver d'anciens numéros 
du Moniteur de V Indre, âgés de seize ans, 
nous serions bien désireux de savoir si la 
collection de ces articles, réunie par l'au- 
teur, a été réimprimée à part, en volume 
Je librairie, soit à Poitiers, à Châteauroux 
ou à Paris, et sous quel titre ils sont au- 
jourd'hui connus? X. 



t Les Chansons populaires, > par M. Ra- 
thery. — M. E.-J.-B. Rathery, le savant 
conservateur de la Bibliothèque impé- 
riale, a publié dans le Moniteur universel 
[nos du 27 mai i853 et suivants) une série 
d'articles fort intéressants sur les Chansons 
populaires en province. 

Ce charmant couplet, entre autres, m'est 
resté dans la mémoire : 

Le mal d'amour est une rude peine ; 
Lorsqu'il nous tient, il nous en faut mourir; 
L'herbe des prés, qu'elle [laquelle] est si sou- 

[veraine. 
L'herbe des prés ne saurait en guérir. 

Cette étude, depuis l'époque précitée, 
a-t-elle été publiée à nouveau par l'auteur, 
soit dans quelque revue littéraire, soit à 
part en volume de librairie ? T. 



Adrien van der Cabel, peintre hollandais, 
1631-1695. — J'ai recueilli quelques notes 
sur ce peintre, qui a fini à Lyon sa carrière 
aventureuse. Le Dictionnaire de Siret dit 

âu'on ne sait rien de précis sur son sujet ; 
me serait intéressant de fixer les princi- 
paux points de la vie de cet élève de van 
Goyen et en particulier de dresser le cata- 
logue de ses œuvres, dispersées en Alle- 
magne, à Montpellier, à Lyon et sans 
doute en d'autres villes, soit dans les 
musées, soit dans les collections particu* 



N» loo,] 



L'INTli:AIIBDI/VIR& 



91 



9» 



ii^re^*. Van dçr Q^b^l 4 aussi gravi des 
eaux-fortes. Je fais app^l aux renseigneurs 

i9 bonne volonté, c. 



Ouvragés relatifs aux Gaft&ons. «^ Je 

prie que l'on veuille bien m'indiquer les 
ouvrages âpéciauic^ plàisantd ou sérieux, 
favorables ou hostiles, qui existent sur les 
Gascons» C'est sans gasconnade que je 
promets la plus vive reconnaissance à 
ceux qui m'aideront à compléter ma liste 
tLeS livret gfandi^ et petits eonsacféi à la 
glorifîcitit)n ou à réreintement des com- 
patriotes dé M. de Cfac. Euc^oriul. 



De qui elt i rttiitoire de r£stat de 

Î'rancet > — Dans un récent travail sur 
ean de Montluc {Notes et documents vour 
servir à la biographie de Jeun de Mont- 
luc , êvêque de Valence^ Aubry, 1868), j'ai 
nié (p. 18, note i), m'appUyant sur le 
P. Lelong et sur Charles Brunet, que 
V Histoire de V Estât de France^ tant de la 
république que de la religion^ sous le rè- 
sne de François II (1576, in-8«), fût de 
Louis Régnier, sieur de la Planche. Un 
ami m'écrit aue rien ne lui semble justi- 
fier mon incrédulité. Qu*il me soit permis 
de porter la question devant les lecteurs 
de r Intermédiaire, et de prier ceux d'entre 
eux qui sont les plus compétents en ma- 
tière bibliographique de me dire si j'ai eu 
tôft de 8uivi*e l'opinion des savants au- 
teurs de la Bibliothèque historique de la 
f'rance et du Manuel du Libraire, 

T. DE L. 



« Conversations patriotiques. » — Quel 

est 1 auteur du petit volume anonyme sui- 
vant, que je ne ttouve mentionné nulle 
part, ni dans Barbier, ni dans Brunet, ni 
dans Quérard i 
ConPersàtions patriotiques. 

(PmUARË.) 

Nouvelle édition, A Paris, de Vimprime- 
rie de Guerbaft, rUe Dauphine, hôtel de 
Genlis, n^ 9. (Sans date.) i vol. in-12 de 
VIII et 168 pages, à très-grandes marges, 
papier fin^ vélin^ eo\lé**^u Avertissement, 
placé en tête, apprend a que les tfdis pté^ 
mières Conversations sont de 179 1, et les 
autres de 1792. n 

Ces Conversations, au nombre de six^ 
ont alternativement lieu entre un Jacobin , 
un Feuillant et Milord Bacward, A la fin 
de l'ouvrage (pages 127 à 168)^ ont été 
ajoutés deux Nouveaux Dialogues des 
Morts î l'un entre Aristippeet CratèSf l'au- 
tre entre Érasme et Luther. Une note, 
imprimée à la dernière page, indique que 



ces deux derniers Dialogues a forent écrits 
en 1 776. » Connaît-on l^auteur du volume ? 

U. 



Ii'JUttliQli orijrioàlo de 1 Fratifois le 
GhAmpi. > -^ Quand et comment parut 
c pour la première fois , » en volume de 
librairie^ le roman célèbre de Gi Sand : 
Fnancots le Champi, dont la publication^ 
S0U6 lornne de feuilleton , dans le Journal 
des Débats i fut inopinément interrompue 
par lee événements de février 1848 ? 

U. 



L'Histoire de Mûrger par Trois buveurs 
d'eau. — Quels sont les trois buveurs d'eau 
auteurs de V Histoire de MUrger pour ser- 
i^ir à V Histoire de la vraie Bohème^ publiée 
chez Hetzel et dédiée à M. Paul d'H....ys 
(d'Hormoys)? Je sais déjà que Nadar est 
l'un d'eux. M. Alfred Delvau, auteur de 
Henry MUrger et la Bohème, ne serait-il 
pas le deuxième? Quelle part revient dans 
ce volume à chacun des collaborateurs? 
On sait que cette biographie a été compilée 
à la hâte, en i86x, peu de temps après la 
mort de Murger« O. Frion. 



Ladvocat et le Livre des « Gent-et-un. » 
(II, 179). — M. E. C. pourrait utilement 
consulter dans la collection du journal k 
Figaro (n®» i56, jeudi 14 Juin 1860, à 
561) dimanche i«' juillet i86o) une très- 
intéressante Etude : le Libraire Ladvoeati 
pleine de renseignements curieux, et 
fort spirituellement écrite »par M. Dar- 
thenay. — Il serait même bien à désirer 
■— et tous les amis des livres partageront 
certainement notre opinion — que cette 
excellente Biographie d'un libraire, célè- 
bre à tant de titres, fût réimprimée séparé- 
ment, en volume de bibliothèque, avec 
portrait, fac-similé^ etc. T. 

Racine traité de polisson (II, 6$5); t 
Les chercheurs et curieux trouveront l'on- 
gine de ce mot historique très-finement 
racontée, dans le journal le Figaro^ du 
dimanche i®' juillet 1860. Citons le pas- 
sage : 

• Le père Gentil (Directeur littéraire du 
Mercure du X/X« siècle, de Ladvocat) 
était un homme de lettres..*, à ses heures; 
il a écrit fort peu et il n'écrivait pas élé- 
gamment; c'était en un mot un journa- 
fiste des plus médiocre^ ; mais il avait oe 
grandes qualités ; il est dans sa vie un trait 
qui n'a pas besoin d'éloge; il se r«*^* 
pour payer les dettes de «on frère 1 



DES CHBRCHBURfi CT CURIEUX. 



[25 févr. i8â9. 



93 



94 



u Gentil, singulièrement excentrique et 
fantaisiste, souvent bUarre, parfois origi- 
nal, était un causeur très-incorrect, et ne 
pouvant souffrir la plus légère contradic- 
tion, mais causeur paradoxal, très-vif et 
très-amusant, maigre ces incompréhensi- 
bles réticences* Le soir^ iî fréquentait assi- 
dûment le foyer des artistesau théâtre des 
Variétés. C'était à l'époque où le roman- 
tisme était dans toute àa furie* Un soir, on 
causait littérature et la discussion était des 
plus vives. Cette violence d'opinion l'aga- 
çait au dernier point, et, au milieu du 
tumulte, il trancha le nœud gordien en 
s 'écriant avec force { 

f Oui ! certainement, Racine est un po- 
lisson, » 

a A ce mot inattendu et original, les 
applaudissements éclatèrent et cette bou- 
tade fut acceptée comme argent comptant, 
par le parti romantique* L'ironie devint 
bîeiîtôt proverbe et le mot fit fortune. » 

P.-5. — Le carieaturiste J.-J. Grandville, 
s'est fort heureusement inspiré de ce mot, 
pour dessiner Tune déà plus spirituelles 
charges de ses Illustrations de Jérôme 
Paturot à la recherche (Tune Position 
sociale, Paris, Dubochét, grand in-8°, 1842. 

U. 



tlne lettre de doàstiet (III, i3t). — 
Personne n'ayant répondu à la question 
poséèy je désest^érais déjà de savoir qui 
avait raison de M. Floquet ou de M. Wal- 
çkenaër, <j[uand j'ai lu un excellent article 
de M. Pierre Clément de l'Institut, sur 
Philippe d'Orléans et Madame Henriette 
d'Angleterre {Revue des Questions histori- 
ques du i**" octobre 1867, P- ^^^)' Y^ici 
cette note qui clôt le débat : a On a une inté- 
ressante lettre de Bossuet sur la mort de 
Madame. Voir Etudes sur la vie de 
Bossuet, t. III, p. 416. — Cette lettre 
avait déjà été publiée par M. Floquet, 
dans la Bibliothèque de VEcole des 
chartes, 2« série, t. I, p. 174. M. Wal- 
ckenaër en ayant constaté 1 authenticité 
dans ses Mémoires sur la vie de M^^ de 
Sévigné, t. III, p. 223, M. Floquet l'a 
soumise depuis à une sévère critique, et il 
persiste dans son opinion. Nous sommes 
complètement de son avis. » 

EUQORRAL. 

BienûûBaneeî (Est-ce à Vangelas ou à 
Balxao^ ou à Ti^bà de BainV-Pierre qu'on 
doit !• mot) (HI» H^)^ "- Voici une ré^ 
ponse à laquelle nous ne nous attendions 
guère, nous tous qui avons pris part à la 
discussion ouverte, le 20 novembre 1864, 
par M. S. Pi de Moscou: < Bienfaisance 
(je me sers à dessein de ce mot, qui, con- 
trairement à l'opinion reçue, était en usage 
iè$ le treipHtiM siècle)... » Cexx» ré]»énBe 



est faite par M» Léon Gautier, ^ la page 
i3i du tome II (1867) de son livre inti- 
tulé : Les Epopées Françaises, 

Té DE L, 

imprimerie H. de Balzac (III, 337). — 
M. Champfleury n'a pas eu, je croiSj con- 
naissance du petit volume suivant, qu'il 
ne mentionne pas dans la savante Etude 
qu'il a consacrée à a Balzac, imprimeur » 
{Grandes figures d'hier et d* aujourd'hui^ 
p. 28 à ^4); titre : a Chants du siècle^ 
far Adolphe Nicolas » — Epigraphe : Prise a 
juvent alios, Ovid* — Une couronne de 
laurier, en fleuron. — Paris^ ponfhieu 
et C«* libraires au Palais-Rqyal. Leip^igy 
Ponthieu, Michelsen et C«, 1828, » — Au 
verso du faux-tître: % Imprimerie de H, 
Jbal^acy rue des Marais- S.-G», «017.» tJn 
volume in*8o, de 104 pages, papier wergé 
fin, d'Annonay, émtion ae luxei couver* 
ture imprimée. T. 

L*Emilie des « tettres aor la Mytho* 
logie » de Demoustier (111,447). —Com- 
plétons, par le petit renseignement suivant, 
ta confidence que nous avons précédem- 
ment faite à nos amis de V Intermédiaire ^ 
sur cette femme si célèbre de nom, et per- 
sonnellement, si peu connue. A la vente 
d'autographes de feule baron deTrémont, 
en février 1 85 3, on a adjugé aux enchères 
(page 16, n<> i33 du Catalogue suppléa 
ment aire, imprimé, de cette vente, m-8«, 
Laverdet, expert) — a Une lettre auto- 
graphe siénée de Madame Emilie Duboist, 
née De Laville-Leroux (à M. Amaury- 
Duval), 3 juillet.**, une page in-80 ; son 
portrait eravé, in-8*>, et le portrait gravé ^ 
in-4*» àt la Négresse, peinte par elle et fai- 
sant partie du Musée du Louvre. » 

V.Z. 



Livret du Hnséô de Toulouse (tll, 536). 
— On pourra consulter encore sur cette 
question, les pages consacrées à l'étude 
du Musée de Toulouse, dans l'ouvrage de 
M. le comte L* Clément de Ris) (conser- 
vateur des Musées impériaux): Les Musées 
de Provinces 2 vol. in-8«», Paris , F« Re- 
nouard, i858-6i. P. R. 



Les fameuses coquilles (IV) 137). — 
Citons le Figaro (N® du 5 juillet 1860): 
a On se rappelle l'article fameux par 
lequel le Journal des Débats annonçait à la 
France la mort d'un homtfie de bien 
(M. Laffitte), triste nouvelle que la mala- 
dresse ou la perfidie d*un compositeur 
avait ainsi formulée : 

La France a ppiimu UM homme de Rien. 

Truth. 



N» 100.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



95 



96 



Le sonnet de « l'Asperge » (IV, 1 37). ^ 
Une note à conserver pour les bibliogra- 
phes futurs des œuvres de Charles Mon- 
selet: Le dernier recueil des poésies de 
M. Monselet (Le Plaisir et r Amour y i vol. 
in- 12 de 17Ô p., avec portrait gravé, 
Paris, F. Sartorius, i865), contient (pages 
143 à i56) les Sonnets gastronomiques 
en question. 

Ce sont: I. Le Godiveau; — II. L An- 
douillette; — III. La Truite; — IV. La 
Choucroute ; — V. Les Cèpes; — VI. Le 
Cochon. 

Comme on le voit, par l'examen de la 
présente liste, le fameux sonnet de V As- 
verge^ si rudement malmené par M. Louis 
Veuillot (Voy. ci-dessus, IV, 100), ne 
brille plus que par son absence. 
• Pourquoi cet abandon tardif d'un enfant 
si parfaitement reconnu ailleurs? Le coup 
de trique de l'auteur des Odeurs de Pans 
aurait-il donc eu tant de portée ! 

Au reste, ce petit volume, — malgré le 
déploiement de luxe typographique dont 
on l'a entouré, — est un livre encore bien 
incomplet. Que de charmantes pièces, en 
effet, publiées antérieurement par M. Mon- 
selet, d'une poésie tendre, amoureuse, 
suave, ont été oubliées — à dessein, peut- 
être ! 

Sans parler de la chansonnette : O Paul 
de Kock qu'embellissent les roses (Statues 
et statuettes contemporaines y i852,p. 210J; 

— des Stances à Théophile Gautier, (Les 
Vignes du Seigneur, 1854); — de Une 
Date, stances de 1848 (/W^i.); — desJVoa- 
veaux Djins, (Parodie d'après VOrientale 
de V. Hugo. Figaro du 12 juillet 1860); 

— de Tune des trois parties de Madame 
Clorinde (Vignes du Seigneur), — et de 
V Album de M, de Cupidon : Nérine (son- 
net): — Stéphanie; — et -4 Madame 
de A***, etc. (Figaro du 2 5 novembre 1 860), 
citons seulement, pour les poëtes de lin- 
termédiairCy une petite pièce très-rare, de 
M. Monselet, fraîche et naïve comme la 
jeunesse: 

La Mariée. 

Pour la noce habillée, 
Front ému, cœur tremblant, 
J'ai vu la mariée 
Agenouillée, en blanc. 

Tout le temps de la messe, 
Dans l'ombre d'un pilier, 
Un homme avec tristesse 
La regarda prier. 

Au sortir de l'enceinte, 
Pâle et silencieux, 
Il lui donna l'eau sainte. 
Elle baissa les yeux. 

Avec la noce heureuse 
Il la vit s'éloigner. 
Elle était si joyeuse 
Q.u'il n'osa pas pleurer. 



Le soir, sous sa croisée, 
Il alla s'arrêter; 
Et d'une voix brisée, 
Il se mit à chanter : 

— « O toi qui pris mon âme, 
K Enfant, dans uii regard, 
« Je te retrouve femme ; 
« Je suis venu trop tard. 

« Ce que dans ma jeunesse 
« Je m étais tant promis 
« De bonheur et d'ivresse, 
« Dieu ne l'a pas permis. 

• 

«c Un jour^ à moi peut-être 
« Tu penseras un peu. 
« N'ouvre pas ta fenêtre, 
«< Et sois heureuse. Adieu. » 

Ulric. 



La Satire de Boilean contre les femmes 
(IV, 2 36). — La première édition originale, 
celle que je recherchais il y a deux ans, est 
in-4®; elle a été publiée en 1634, parle 
même libraire et sous le même titre que la 
petite plaquette in- 12 mentionnée ci-des- 
sus (III, io3). 

Je ne connais pas l'auteur des Nouvelles 
Remarques sur la Satire X, etc, que dési- 
rerait connaître M. C.-A. C. (IV, 236). 
Mais je nuis lui indiquer trois autres pièces, 
auxquelles la publication de cette fameuse 
Satire a donné naissance, et qui sont à 
ajouter à la collection des Critiques signa- 
lées dans la Question de notre honorable 
correspondant : 

i® Réponse à la Satire X du sieur D**\ 
(par Pradon). Paris, Libraires associés, 
1 694. In-4®. — 2» Satire contre les maris^ 
par Regnard. Paris, Libraires associés, 
1694. — 3® JLe Pour et le Contre du ma- 
riage, avec la critique du S»" Boileau, 
par le S' P. H.... Lilley Fiévet , 1695. 
(Cette dernière pièce est très-rare.) 

C. 



Tête-bèche (IV, 248). — J'ai souvent 
pratiqué, dans ma jeunesse, ce Jeu «cher 
à Gargantua,» et que M. O. D. décrit par- 
faitement. Qu'il me permette seulement 
une petite observation : ce n'est pas parce 
Que ce jeu demande une certaine fermeté 
de reins que l'assertion de Ravanne est sus- 
pecte, lorsqu'il a montre ce jeu exécuté 
par un homme et par une femme, » c'est 
parce que la position alternativement prise 
par les joueurs interdit formellement ce 
divertissement au beau sexe, à moins que 
la joueuse ne porte un caleçon, et encore... 
Mais venons au sujet de l'article. Les ga- 
mins de mon pays ne désignaient ce délas- 
sement de Gargantua ni sous le nom de 
tête-bêche, ni sous celui de pet-en-gueule, 
qui le dépeint pourtant à merveille, nous 
lui donnions un nom plus rabelaisien,, qui 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



97 



98 



[25 févr. 1869*. 



ne le dépeint pas moins bien, nous l'appe- 
lions vire-c n. Un Dijonnais. 



Charpentes en chêne ou en châtaignier 
(IV, 265). — J'extrais de Texcellent Cours 
de culture des boiSy par Lorentz et Parade 
^« édit., 1860), quelques passâmes qui 
viennent confirmer les réponses déjà fai- 
tes à cette question : 

tt On rencontre le châtaignier dans toute 

tt la France, excepté dans les départements 

u du Nord. Un climat im peu chaud pa- 

u raît donner plus de soliaité à son bois 

u et plus de qualité à son fruit; ce climat 

M lui est même nécessaire, car cet arbre 

a fleurissant plus tard que les autres es- 

u sences, sa tructification a besoin d'une 

« température douce pour arriver à une 

Cl maturité parfaite. Il est constant d'ail- 

u leurs qu'il supporte mal les froids rigou- 

« reux, et c'est, à ce qu'on prétend, l'hi- 

u ver de 1709 qui a généralement détruit 

u les châtaigniers autrefois très-communs 

tt en France. — Bufifon (2^ mémoire, Ex- 

tt périences sur les végétaux) rejette cette 

tt opinion comme n'ayant aucune base sé- 

tt rieuse 

« Il paraît constant que les ancien- 

u nés charpentes très-bien conservées, que 
tt Ton croyait être en bois de châtaignier, 
« sont en chêne pédoncule (Buffon, même 
tt mémoire). » 

Parade ajoute, du reste, « qu'on ne con- 
tt naît pas assez, en France, tous les usa- 
tt ^cs auxquels le châtaignier est propre, 
« parce que les forêts de cette essence s ex- 
« ploitent généralement fort jeunes, et 
« que les arbres qu'on laisse vieillir ne 
a sont cultivés que comme fruitiers et ne 
« se coupent ordinairement qu'après leur 
« entier aépérissement. Le châtaignier of- 
« fre un bois très-propre à la charpente. 
« Quoique plus léger que le chêne, il a 
a presque autant de force que lui, et l'on 
« prétend qu'il l'égale en durée. » 

Parlant du chêne pédoncule. Parade rap- 
pelle qu'on avait longtemps pensé que le 
chêne rouvre était préférable pour les 
grandes constructions, mais qu'après des 
études approfondies entreprises à la suite 
de la puDiication d'un remarquable mé- 
moire de M. L. Dubois, en i856, cette 
opinion s'était complètement modifiée. 

Parade s'appuie encore sur l'autorité de 
Buâbn, qui, dans son 2« mémoire déjà 
cité, affirme, a d'après de très -nombreuses 
« expériences faites sur des bois des deux 
tt espèces âgés de 25 à 100 ans et au-des- 
tt sus, que le bois du chêne pédoncule est 
« constamment d'une qualité bien supé- 
ft rieure à celui des chênes rouvres. — On 
tt ne peut donc assez recommander, ajoute- 
« t-il, la conservation et le repeuplement 
« de cette belle espèce de chêne, qui a sur 
tt l'espèce commune le grand avantage 
a d'un accroissement plus prompt) et dont | 



« le bois est non-seulement plus plein» 
« plus fort, mais encore plus élastique. » 

G. R. 



Gants de baptême (IV, 270). — M. P. B. 
a parlé ci-dessus de a gants que dans cer- 
taines provinces, on offrait aux personnes 
invitées à un enterrement. » Le grand 
peintre de mœurs de la Comédie Humaine^ 
H. de Balzac, avait depuis longtemps re- 
laté (1847) un usage analogue, mais tout 
parisien, dans le tableau si douloureuse- 
ment poignant de l'enterrement du cousin 
Pons, à la fin du « Deuxième Episode » de 
ce chef-d'œuvre : Les Parents pauvres: 

a ... Le maître des cérémonies, heureux 
d'avoir deux glands garnis, alla prendre 
deux magnifiques paires de gants ae daim 
blancs, et les présenta tour à tour à Frai- 
sier et à Villemot d'un air poli : 

tt — Ces Messieurs voudront bien prendre 
chacun un des coins du poêle!... dit-il. » 

Et, plus loin : 

a Le maître des cérémonies avait faci- 
lement décidé le courtier de la maison 
Sonet à prendre un des glands, surtout en 
lui montrant la belle paire de gants qui, 
selon les usages, devait lui rester. » {Edit, 
HoussiAux, tome XVII, p. 618,619.) 

U. T. 



A propos de lord Byron (IV, 3i6). — 
La Revue Britannique, dont la collection 
est aujourd'hui trop peu consultée, a pu- 
blié dans ses premiers volumes un grand 
nombre d'articles biographiques ou litté- 
raires, consacrés à l'étude de lord Bjrron, 
et a traduits des meilleurs écrits périodi^i 
ques de la Grande-Bretagne. » Je citerai 
notamment : 

Lord Byron et quelques-uns de ses con- 
temporains {Lord Byron and some ofhis 
contemporaries, bjr LeighHunt), tome IV, 

Sages 253 à 282. (Extrait trad. du New 
îonthly Magapne.) — Souvenirs de la 
comtesse Albris(p sur Lord Byron (Trad. 
de l'italien. Extrait de VExtractor) pa- 
ges i53 à 160 de la Revue, — Der- 
nier portrait de Lord Byron, Tome VIII, 
pages i58 à 168. (Extr. trad. du New 
Monthly Magasine.) — Beaux Esprits 
contemporains : Lord Byron et Walter 
Scott mar M. Hat^litt.] Deux articles. 
Tome IV, pages 238 à 258, (Trad. duNew 
Monthly magasine,) — La Sépulture de 
Lord Byron à Hucknall Torkard, Pa- 
ges 5i à 60. (Trad. du New Monthly Ma- 
gazine.) 



Dans ce dernier article se trouve repro- 
duite l'épitaphe de l'illustre pofite. Je tran- 
scris ici cette inscription, parce que les 
dates qu'elle indique, et qui sont gravées 
sur la pierre même du monument, répon- 
dent péremptoirement à la Question posée 
par M. Euqorral (IV, a 36): 



N* loo.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



99 



IDO 



CREDE BIRON (i) 

sous CETTB VOUTB 
OU SONT ENSEVELIS PLUSIEURS DE SES ANCETRES 

ET SA MÈRE, 

REPOSENT LES RESTES DE 

GEORGE CQftt>ON ffOEt» UtfLOfl, 

LORD BVRON, DE ROCHDALB» 

DANS LE COMTÉ DE LANCASTRE, 

AUTEUR DU PÈLERINAGE DE CHILDE HAROLD. 

IL NAQUIT A tONDAES 

LE 22 JANVIER 1788, 

ET MOURUT A MltSOLOltGia) 

DANS LA GRÈCE OCCIDEIITALE, 

LE 19 AVRIL 1824, 

EN FAlSANt DES EFFORT« GLORIEUX POUR RENDRE 

CE PAYS A SON ANCIENNE INDÉPENDANCE. 

SA SŒUR, L*HONORABLE AUGUSTA MARIE LEIGH, 

A PLACÉ CETTE TABLEttE POUR HONORER 

SA MÉMOIRE. 

Sous la voûte se trouve une urne sur la- 
quelle on lit cette inscription : 

DAN3 CETTE URNE SONT DÉPOSÉS 

LE CŒUft ET LE CERVEAU DE PEU LORD 

NOfeL BYRON. 

Ses restes furent enterrés le i6 juil- 
let 1 824 ; la tablette fut posée en août 1 02 5 . 

_ P. 

La prigon du tiisse (IV, 324). — On 
peut, en effet, en s'arrêtant au sens litté- 
ral, nier que le Tasse ait jamais été en 
prison, c'est-à-dire refuser ce nom à une dé- 
tention de quelques jours dans un des bâ- 
timents du palais aucal, et plus tard à 
« ^hôpital Saint- Anne, » maison qui ser- 
vait à la fois d'hospice aux infirmes, de 
prison aux coupables, de refuge aux in- 
sensés. (Lamartine.) Or c'est à ce dernier 
titre que le Tasse y resta plus de sept ans; 
et il est tout à fait probaole que sa raison 
était, en effet, assez dérangée pour autori- 
ser cette mçsure, mais non peut-être pour 
la rendre indispensable. La Tasse s'accuse 
d avoir parlé comme Ovide d*avoir vu. et. 
dans les deux cas, c'est une énigme dont 
on n'aura jamais le mot. Le retroidisse- 
ment qui, dès lors, se manifeste dans la 
protection autrefois si vive des sœurs du 
duc, me fait craindre qUe ces pa^!(e e te- 
tnerarie parole ne fussent des indiscré- 
tions sur les rapports qu'il avait pu avoif 
avec elles. Nouveau rapprochement avec 
Ovide ; et si la fille et là petite-fillé d'Au- 
guste ont laissé une réputation détestable, 
n'oublions pas que les princesses d'Esté 
étaient les petîtes-filles de Lucrèce Borgia. 

O. D. 

— La Revue des Cours littéraires (IV« 
année, p. 345) a publié une leçon faite paf 
M. Reynald à la faculté des lettres de 
Caen, sur la correspondance du Tasse. 
Dans cette leçon, M. Reynald dit que le 
cachot du Tasse, visité encore aujourd'hui 
à Ferrare, appartient à la légende et non â 
l'histoire, car ce poStè fut enfermé sept ans, 



-•* 



(i) CftfiDB BrvtoH (aye:çf0i en Byron^ 
la devise de sa famille. 



: c*e8t 



non pas dans un cachot» mais dans un 
vaste appartement de l'hôpital Sainte- 
Anne, ne manquant de rien et pouvant 
même recevoir ses amis. Ë. Q. 

-^ « Il suait de lire les lettres du poëte 
pour voir que ce n'est qu'un mensonge at- 
tendrissant. Le Tasse était fouj on l'en- 
ferma, mais avec tous les égards possibles; 
il eut de beaux appartements pour pri- 
son, » Voilà ce Que vous répond V Esprit 
dans VHistoire^ de Ed. Fournier. 

ItBftgé éeâ étritnrs (t V^ 328). -^ Un éche- 
lon particulier, non pas uni, mais hérissé 
çft et ià^ dans le principe^ de stries^ de 
rides, de rugosités, d'aspérités par les- 
quelles le pied doit être comme retenu 
sans glisser, est dit à bon droit ESTRIER 
ou ëTRIER. Les anciens ne l'ont pas 
connu : pendant assez longtemps le cava- 
lier s'aida pour s*dlancer en selle, soit de 
8à lance, soit des crins mêmes de l'ani- 
mal. Saint Jérôme, au V« siècle, Suidas 
au XII«, Codin au XV», Budé au XVI», 
voilà les quatre premiers auteurs qui 
aient nommé dans leurs écrits l'objet dont 
je m'occupe. L un l'appelle stapia, où 
se tient solidement le pied (stat-pes); 
l'autre, ANABOAErS, dont on se Sert pour 
s'élancer de bas en haut (âfvâc-^aXXu)]; 
celui-ci, (jxaXa, échelle; celui-là, subex 
pedaneuSy ou marche-pied. 

Les langues modernes de l'Europe ac- 
tuelle ont chacune un terme particulier 
pour désigner cette même chose. C'est 
pour les Allemands, Steigbugel ; pour les 
Hollandais, Steglls et Stijbengels; pour les 
Danois, Stigbdjler; pour les Suédois, 
Stegbbglar; pour les Anglais, Stirrups; 
pour les Itahens, Staffe; pour les Espa- 
gnols et les Portugais, Estribos; pour les 
Russes, Satremja; enfin, pour les Grecs 
modernes ^ xaTOjjoç , 'Ko.v/jfvf^i , aïof vy) , 
Çevxf. 

Mais j'incline à penser qu'on cherche- 
rait en vain dans un auteur du IV« siècle^ 
dans saint Jean Chrysostôme, par exem» 
pie, un vocable grec correspondant chez 
nous à ETRIEÎR. Aussi oien le mot 
noW(jTpoç(X5 pluriel de ïldSéorpofov, a pour 
synonyme IIôîooTpdipt; ; et ils sont l'un 
et l'autre, aussi bien nOAO2TP04>0iV 
que nOAOSTPABH, le nom d*un instru- 
ment de chirurgie, d'vin outil orthopédi- 
que, uniquement destiné à redresser les 
membres de notre pauvre corps^ çt en par- 
ticulier les pieds. J» P* 

Socraie fut-il empoisonné par la oiguêî 
(IV, 345.)— Aux réponses déjà faites à la 
question posée par M. T» de L.» je de- 
mande à joindk^ celle-ci qui les confirme» 
M* J« Rambosson^ dans son HistBJrff et 
Ugtnif^ fto plantes . utOoi «/ aineutes 



DES CHERCHEURS BT CURIEUX. 



[25 févr. 1869. 



IQI 



ID2 



(i vol. gr. in-*8<*. Didôi), déclare que la 
ciguë ne fut pour rien dans la mort de So«- 
crate. Yezimat. 



Aurgar et Ang. Lafontaine (IV, 345).--* 
La Silhouette y journal de caricatures, 
Parisy pet. in -4**, i83o. 2« vol., p. 3 à 5, 
a donne « Lenore, Histoire fantastique^ 
traduite et imitée de la Ballade de Bur- 
ger^ » par le baron de M***. 

Cette traduction (en prose) est illustrée 
d'une lithographie de Julien, imprimée 
d'après un dessin original de Tony Jo- 
hannot, resté célèbre : a Hurmhf,,, la 
lune éclaire et les morts vont vile,,, » 
{Paris. Lithogr. de V. Ratier,) Z. 



Anciens cris de guerre, jurements, etc. 

(IV, 353). — L'ouvrage suivant pourrait 
être utile aux recherches proposées ci- 
dessus par M. C. de la B. : Cris de guerre 
et devises des Etats de V Europe^ des pro- 
vinces et villes de France et des familles 
nobleSf par le comte deC**^, Paris, 18S2, 
I vol, in-x2, T. U. 



Potttàit du tnatéchal de Saie (IV, 362). 
— Il est à croire que M. H. V. trouverait, 
sinon tous les portraits et bustes origi- 
naux du héros de Fontenoy. du moms 
tous les renseignements désirables sur ceux- 
ci, en s*adressant directertient (au château 
de Nohant, Indre), soit à la petite-fille du 
maréchal de Saxe, M"»* George Sand, soit 
à son arrière-petit-fils, M. Maurice Sand 
(baron Dudevant), artiste peintre. B. C. 



Le couTent des Oiseatu (IV, 379). 
— Je remercie M. Ed. F. de sa réponse, 
mats il est trop ami de l'exactitude histo- 
rique pour ne pas me permettre une légère 
rectification. Le fondateur des Oiseaux 
n'est pas le P. Ferrier, mais le P. Four-- 
rier. Je possède une ancienne gravure, 
imprimée à Nancy, représentant, le P. 
Fourrier. On lit dans l'encadrement : Ins- 
tituteur des religieuses de la congréga- 
tion de Notre-Dame y et au bas : Le vray 
Pourtrait du R, P. Fourrier^ autheur, et 
esleu Général de la Congrégation des 
chanoines réguliers de Loraine. Décédé 
le p« Décembre, l* an \ 1640, aagé de 
76 ans. 

Le P. Fourrier était curé de Mattain- 
court (Meurthé). Son tombeau est au mi- 
lieu du chœur ae l'église de ce village. 

Jacob. 

La marquise de Créquy raconte dans 
ses Souvenirs (tome IV, chap. xvnij qu'au 
bout de quatre mois de séjour à Samte- 
Pélagie, elle fut transférée dans la maison 
d'arrêt dite det Oiseaux, 

u Ma nouvelle habitatioi^, dlt^elle, se 



« trouvait située lur le boulevard des In- 
« valides, dti bout de la rue Notre-Dame- 
« des-Champs. C'était le marquis de Lau 
c d'Allemans qui l'occupait avant la revo- 
te lution, et son nom des Oiseaux lui pro- 
a venait du peuple et des bonnes d'enfants 
« de ce Quartier, au regard et à l'égard 
o d'une belle volière qui se trouvait au 
« bout du jardin de cet hôtel, et qui se 
« voyait du boulevard (i). Au premier 
« coup de cloche de la révolution, les pa* 
(C triotes de la section Plumet- National 
« n'avaient pas manqué d'escalader la 
« griUe ou les murs d'enceinte, et de venir 
u Briser les grillages de ladite volière, afin 
a de rendre à la liberté tous ces malheu- 
« reux esclaves qui ne s'en sont pas mieux 
« trouvés que les rarisienSi car iU man^ 
« quèrent de nourriture et furent escolliés 
« par des chats* Je n'avais aucune peine à 
« faire convenir M, d'Allemans de ce que 
V. sa volière était l'image de la révolution 
«^fi-ançaise* » (Valenciennes») J»-L. 



Noblesse maternelle (IV, 379), — La 

demande formulée page 2p5 (et non a 6 5) 
est complexe. Elle appelle une réponse 
sur l'existence de la noblesse utérine en 
Champagne et dans le duché de Bar. Cette 
question a été traitée (IV, 379), mais pour 
la Champagne seulement. Quant au du- 
ché de Bar^ elle est restée sans solution, 
quoiqu'il existe une connexité intime entre 
le droit coutumier de ces deux provinces. 

Quoi qu'on en ait dit, il est certain que 
le principe de la noblesse utérine a pris 
naissance en Champagne bien avant 12241 
date de la plus ancienne décision conte- 
nue dans le recueil composé par l'ordre 
de Thiebault, roi de Navarre, et connu 
sous le titre de : Li Droict et lis Coustu-^ 
mes de Champaigne et de Brie. Il y a été 
constamment suivi et appliqué, jusqu'à la 
rédaction des nouvelles coutumes; il a 
même rayonné dans quelques pays voi- 
sins, et notamment dans le duché de Bar« 

Legrand, commentateur de la coutume 
de Troyes, est loin d'être favorable, en 
principe, à la noblesse utérine. Il déclare 
« qu'elle est contre la règle du royaume* 
qui ne reconnaît de noblesse que du côte 
paternel. » Cependant, il n'hésite pas à 
admettre que les art. P' et 8 de la cou- 
tume de Troyes, qui proclamei)t Texis- 
tence de la noblesse maternelle, ont leur 
origine dans l'ancienne coutume de Cham- 
f>agne. Voici le passage de Legrand : a Le 
tt droit de tirer sa noblesse du côté de la 
tt mère, en Champagne, n'est pas fondé 
« sur un simple consentement des habi-* 



utse 
sent 



(i) L'éditeur des Souvenirs de la marq 
de Créquy ajoute en note ; C'est à prei 
une communauté d'Augustines, appelée Cou- 
vent des Oiseaux f où se trouve un des pension- 
nats les plus nombreux et les plus reccmman- 
dables du royaume. 



N» IOO.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



io3 



104 



** tants, mais sur un privilège particulier 
" octroyé par les comtes de Cnampagne, 
^ à cause d'une grande défaite de la no- 
^ blesse de Champagne que M. Pithou, 
** en ses notes sur ledit art. if de cette 
*^ coutume, attribue à une défaite aux fos- 
* ses de Jaune, près Bray-sur-la-Seine ; 
^ les autres, à la journée de Fontenay, 
« près Auxerre, entre Lothaire, fils aîné 
<^ de Louis le Débonnaire, et Charles le 
« Chauve : à cause duquel privilège, les 
« enfants issus de mère noble et de vère 
« roturier étaient exempts de taille : 
^ dont M, Pithou remarque un arrêt de 
« Van 1^83 » (page i63). — Ailleurs, Le- 
grand cite un autre exemple de l'applica- 
tion du même privilège : a Une femme 
« noble, nommée du Val, de la ville de 
« Troyes, s'étant légèrement mariée à un 
« homme de basse extraction, duquel elle 
tt auroit eu des enfants, auroit, après la 
« mort de son mari, institué un sien fils 
« héritier à la charge de porter son nom, 
<( et non pas celui de défunt son père, de 
« peur que la honte et le déshonneur de 
« ce mariage ne demeurât, et pour ce fait 
u auroit obtenu lettres patentes du roi , 
« auxquelles les parents du côté paternel 
« s'étant opposés, le testament lut con- 
fijîrmé, nonobstant cette opposition, par 
« l'arrêt de la prononciation de Noël 
a 1599 (i). Sur quoi il est remarqué, par 
tt Mornac, que les lettres n'étoient pas né- 
a cessaires, la mère l'ayant pu faire ainsi 
tt par son testament » (Legrand, p. 6). — 
Il est donc certain que le principe écrit 
dans l'ancienne coutume de Champagne a 
été appliqué avant et depuis la rédaction 
de la coutume de Troyes. 

Quant au texte de l'ancienne coutume 
remontant au XIII« siècle, qui prouve 
l'existence de la noblesse utérine, c est ce- 
lui auquel Pithou donne le n* 6. Il en ré- 
sulte bien que si l'enfant d'une demoiselle 
noble et d'un roturier ne renonce pas à la 
succession de son père, il reste roturier, 
taillable et mainmortable ; mais s'il fait 
cette renonciation, il devient noble. Il y a 
donc là une alternative : si l'enfant garde 
la succession paternelle, ie cachet de ro- 
ture est indélébile; s'il y renonce, il est 
noble par le droit de sa mère. Le vieux 
texte est formel : a Et convient (il faut) 
« que ils soient tiaillables et de main morte 
o SI leur père en estoit,^ ou il convient 
« qu'ils quittent toute la descendue (suc- 
a cession) de leur père. » 

Les autres textes discutés par MM. Tar- 
dif et de Barthélémy sont sans intérêt. 
Toute la question se concentre sur le texte 
qui vient d'être cité et sur l'alternative 
qu'il établit. 

Cette alternative se retrouve dans une 

(i) Cet arrêt paraît indiqué par Baudot de 
Richebourg, t. lll, p. 337, sous la date du 
24 mai 1599. 



autre coutume bailliagère de Champagne, 
celle de Vitry, dont 1 art. 79 porte : « Si 
tt le père était de serve condition, le fils, 
tt en renonçant à tout ce qui serait du côté 
tt serf, aurait pareil droit que dessus^ » 
c'est-à-dire le droit d'aînesse dans la suc- 
cession de sa mère noble. 

On la retrouve enfin dans l'art. 71 des 
coutumes de Bar, qui est très -explicite : 
tt Si le père est roturier et la mère noble, 
tt les enfants suivront l'état et la condition 
« de leur mèrç, si bon leur semble, en re* 
tt nonçant à la tierce partie de la succès- 
tt sion paternelle au profit du seigneur 
tt duc. Toutefois, si, après la succession 
tt paternelle à eux échue, ils continuaient 
tt la roture, ils ne seraient reçus à l'état de 
« noblesse, sinon en renonçant à la totalle 
tt succession paternelle, » 

Il est bien évident que ces dispositions 
sont des applications de l'alternative posée 
primitivement dans l'art. 6 de l'ancienne 
coutume de Champagne, dont le principe 
est seulement modifie. 

Quant à la règle champenoise de la no- 
blesse utérine, elle s'affirme également 
dans d'autres coutumes, mais d une ma- 
nière plus franche et sans alternative ni 
condition quelconque. Ainsi, la coutume 
de Troyes porte, art. 1" : tt Ceux sontno- 
tt blés qui sont yssus en mariage de père 
tt ou de mère noble ^ et suffit que le père 
tt ou la mère soit noble; pose (quoique) 
tt l'autre des dits conjoints soit non noble 
« ou de serve condition. » — La même 
règle est reproduite dans l'art. 8 : « Entre 
« les rivières d'Aube et Marrie, le fruit suit 
« le ventre et la condition d'icelui, excepté 
« quand l'un des dits conjoints est noble* 
tt auquel cas le fi*uit ensuit le côté noble, 
« si suivre le veut. » 

Ainsi encore, les art. 2 et 3 de la cou- 
tume de Châlons portent : « Le ventre af- 
« franchit et anoolit... Nobles yssus de 
« père noble, mère noble ou roturière, et 
« ceux qui sont yssus de père roturier t\ 
tt de mère noble y sont exempts... » 

Enfin l'art. 149 de l'ancienne coutume 
de Sens et l'art. 161 de la nouvelle por- 
tent identiquement ce qui suit .• « Les en- 
tt fants nés de père ou mère nobles sont 
«réputés nobles, posé (quoique) l'un 
tt d'iceux père ou mère soit roturier. » 

Dans toutes ces coutumes, le principe 
de la noblesse utérine était appliqué sans 
contestation. Il en était autrement dans 
celles de Chaumont en Bassigny, et de 
Meaux. Quoique la règle de la noblesse 
utérine y fût écrite sans condition, les 
procès-verbaux révèlent qu'il s'éleva, sur 
ce point, des oppositions qui ne furent ja- 
mais vidées. 

Quant à l'Artois, il semble que la no- 
blesse maternelle y ait été connue de toute 
ancienneté, car 1 art. 198 relatif au droit 
de nouvel acquit en affi-anchit les person* 
nés nobles par mère seulement. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 févr. 1869. 



io5 - 



106 



Tous les anciens auteurs font remonter 
à un massacre de la noblesse champe- 
noise, dans une bataille quelconque, Tori- 
gine de la noblesse utérine. Sans doute, le 
fait n'est pas rigoureusement établi. Il 
n'existe, à cet égard, Qu'une simple tradi- 
tion sur la véracité de laquelle le doute est 
permis. 

Montaigne eût dit : Que sais-je, et Rabelais : 

[Peut-être. 

Mais, quoi qu'il en soit de cette légende, 
il reste démontré que la noblesse mater- 
nelle était de droit commun en Champa- 
gne au XI I« siècle, ou tout au moins au 
aIII«. Ce ne sont donc pas des jurisconsul- 
tes bourgeois qui ont voulu jouer un mau- 
vais tour à la noblesse. D'ailleurs, si les ju- 
risconsultes ont pris une grande part à la 
rédaction des nouvelles coutumes, les no- 
bles de nom et d'armes et les membres du 
clergé y ont également coopéré. La no- 
blesse a protesté dans quelques localités, 
mais, dans toutes les autres, les députés 
des trois ordres ont reconnu que la no- 
blesse utérine remonte aux comtes de 
Champagne. Dom Pelletier, qui n'était 
pas un juriste et qui a fait des questions 
nobiliaires l'étude de toute sa vie, s'ex- 
prime ainsi dans la dissertation placée en 
tête de son Nobiliaire de Lorraine : « Les 
a ducs de Bar, à V imitation des princes 
tt leurs voisins, ont autorisé l'anoblisse- 
a ment par le ventre...; la coutume du 
« Barrois a introduit le même privilège. » 
C'est donc par les princes que cet usage 
s'est établi. Sans doute, il ne s'est pas con- 
servé dans toute la Champagne. Il s'est 
altéré quelquefois ou même perdu dans 
certaines localités. Ainsi, la coutume de 
Reims repousse formellement la noblesse 
utérine; son admission dans celles de 
M eaux et de Chaumont a donné lieu à dés 
protestations. Mais on la voit conservée et 
formellement inscrite dans les coutumes 
de Troyes, de Sens, de Châlons et de Vi- 
try. Elle franchit les limites de la Cham- 
pagne pour s'implanter dans le Barrois et 
même dans l'Artois. — Molière s'est mo- 
qué de cette noblesse. C'était son droit. 
Cependant, au risque de ne pas avoir les 
rieurs de son côté, on est forcé d'admettre 
que Madame de Sottenville n'était pas 
tant sotte quand elle se disait issue de la 
maison de la Prudoterie, où le ventre ano- 
blît. E. Meaume. 

— Désintéressé dans la question, et par 
suite plus impartial, permettez à Jacques 
Bonhomme ae la trancher par un vieux 
proverbe bien connu : 
La truie n'anobht pas le cochon 
(Vendôme.) A. D. 



M. Thiers ennemi des chemins de fer 

(IV, 389). — On ne saurait dire, d'une ma- 



nière absolue, que M. Thiers ait combattu 
les chemins de fer, puisqu'il présenta, le 
2 avril i835, une loi sur ce sujet; mais 
toutefois, dans l'exposé des motifs, il se 
montre très-timoré, et même défiant vis- 
à-vis de ce nouveau mode de communica- 
tion. C'est ce qu'indique plus clairement 
encore cette phrase prononcée le 12 juin 
1840, dans la discussion du projet de loi 
du chemin de fer de Paris à Orléans (Mo* 
niteur du i3 juin 1840, p. 1400, col. 3, 
alinéa 14) : «Je n'ai jamais été enthousiaste 
des chemins de fer; j'aî toujours pensé 
qu'il ne fallait pas se presser, qu'il fallait 
laisser faire les premières expériences à 
nos voisins. » P. André. 



Doit-on prononcer Montaigne ou Mon- 
tagne? (IV, 390.) — Il y a plus de deux 
cents ans, on disait Montagne^ si j'en juge 
d'après une lettre autographe de Guy 
Patin, de i652, dans laquelle il parle 
a des Essais de M. Montagne; » car n'est- 
il pas présuma ble qu'il prononçait ce grand 
nom comme il l'écrivait? 

Dans une des notes de Querlon au Jour» 
nal du Voyage de Michel de Montaigne 
en Italie, il est dit (page 5) : a La dispute 
« entre le duc de Montpensier et le duc de 
« Ne vers (en 1541) était sur La baillée 
a des Roses au Parlement. Il fut ordonné 
« que le duc de Montpensier, qui réunis- 
« sait la qualité de prince du sang à celle 
« de pair, les baillerait le premier, quoique 
a M. de Nevers fût plus ancien pair que 
« lui. » — En quoi consistait la baillée 
des roses ? P. A. L. 



La petite oie des Précieuses (V, 14). — 
Que M. J.-T.-L. me le pardonne, mais je 
savais très-bien que petite oie signifiait les 
petites faveurs que peut faire une maîtresse 
à son amant. Comment ignorer ce que La 
Fontaine (Oraison de saint Julien) se donne 
la peine de nous apprendre ? 

Au demeurant, je n'ai pas entrepris 
De raconter tout ce qu il obtint d'elle, 
Menu détail, baisers donnés et pris. 
La petite oie, enfin ce au*on appelle, 
En oon françois, les préludes ct'amour. 

Et l'édition de la Bibliothèque Cauloise 
met en note: « Métaphore tirée du langage 
des marchands de volailles, oui nomment 
petite oie le cou, les bouts a'ailes, et, en 
quelque sorte, tous les accessoires d'une 
volaille. » Je crois même que Molière n'eût 
pas contesté l'application de cette note à 
ses Marquis de Mascarille. O. D. 



Les frères Parfaict ou Parfait (V, 28). 
— Il n'y a pas d'autre raison plausible à 
donner de ce changement d'orthographe, 
que celui qui s'est opéré dans notre langue 



N» 100.] 



L1NTERMÉDIAIRE 



107 



!08 



à regard de tous les mots d'origine latiûe, 
ayant la même désinence: faict^ traiet, 
préfect, portraict, etc. Au mépris de l'éty* 
mologie, dès qu'on a cessé de prononcer 
le c dans ces mots et dans cent autres, 
Tusage est venu de le supprimer en les 
écrivant. On ne Ta conservé, pour les 
yeux comme pour l'oreille, que dans leurs 
composés : faction, traction^ perfection, 
préfecture, etc. Clov. Mx. 

KobloBio de la famille de Jeanne d'Arc 

(V, 3o). — Ce n'est point la première fois 
que l'allégation consignée par M. F. Lock 
se trouve prpduiie, et VUnion prend en 
main la vieille cause de défunts collaté- 
raux de Lihons-en-Santerre. J'y revien- 
drai tout à l'heure, en écrivant, avec toutes 
bonnes raisons à mon service, d'Arc, et 
non Darc ou Darq, — certain, d'ailleurs, 
que le bel air calligraphique exigeait, au 
aV« siècle, qu'on supprimât l'apostrophe. 
M. le baron P.-G. de Dumast, correspon- 
dant de l'Institut, a traité cette affaire 
d'onomastique dans l'Intermédiaire de 
1866, p. 4a : )e suppose que les partisans 
de la roture trouvaient alors sa réponse 
complète. Mais cette roture de Jeanne d'Arc 
est fort douteuse ; car enfin, n'est pas rotu« 
rier qui veut 1 Charles VII n'y croyait guère, 
et ses patentes de 1429 anoblissant Jacques 
d'Arc et Isabelle Romée, père et mère de 
l'héroïque Pucelle, nous le disent en leur 
latin : non obstante quod ipsi ut dictum^ 
ex nobili génère ortum non sumpserint 
utforian alterius quant likerœ conditionis 
existant* 

Dans le roman de VUnion, il n'y a de 
vrai qu'un rappel implicite des prétentions 
de Charles du Lys, conseiller, avocat géné- 
ral en la Cour des Aides de Paris « et de 
Luc du Lys, écuyer, sieur de Reinemoulin, 
frères issus en ligne directe de Jean du 
Lys, échevin d'Arràs et neveu de Jeanne 
d'Ara ; lu-^tentioiis que des lettres patentes 
du 2 5 octobre 1613 avaient d'autant mieux 
sanctionnées^ que le roi Louis XIII, re- 
présenté par la Régente, doutait que les 
suppliants eussent besoin de l'autorisation 
souveraine, pour écarteler les armes oc- 
troyées en 1420 au père de la Pucelle des 
armoiries que Charles etjLuc du Lys sup- 
posent « à la bonne, riche et ancienne fa- 
mille Darc. » Notre conseiller à la Cour 
des Aides et le seigneur de Reinemoulin, 
officiellement lavés de la tache servile, se 
blasonnèrent par addition : d'aptr à Varc 
d'or enfance encoche de trois flèches en^^ 
trecroiséis, les pointes en haut, deux fé* 
rues d'&^, ferrées et plumetées d'argent 
et une d^ argent ferrée etplumetée d'or; au 
chef d'argent chargé d'un lion passant de 
gueules. (Metz.) H, os g. 



« |l«rtiii Ikutbor, » drame d«i I». Helévy 



(V, 33). -* Nous recevons la lettre que 
voici au sujet de cette question : 
vlAM.F. l. a. 

« Dans le dernier numéro de V Interné' 
diaire, qu'un de mes amis me communi- 
que, vous demandes s'il serait possible de 
connaître les motifs qui ont empêché la 
représentation de mon drame historique 
en quatre actes et en vers, Martin Luther^ 
ou la Diète de Worms, ouvrage reçu au 
Théâtre-Français. 

d J'ai l'honneur de vous répondre que si 
la représentation de Martin Luther n a pu 
encore avoir lieu, c'est que l'ouvrage a été 
reçu en ces termes : pour être joué à k 
volonté du théâtre, et sans frais* C'est* 
à'dire que la représentation en a été subor- 
donnée au bon plaisir de l'administration 
du Théâtre- Français, et que, si oe bon 
plaisir daigne un jour se manifester, il ne 
sera pas fait un sou de dépense pour re- 
présenter l'ouvrage* 

« Voici la réponse pure et simple à la 
question, telle que vous l'avez posée Je 
serais très-disposé à entrer dans plus de 
détails, à une condition : c'est que vous 
voudrez bien substituer votre nom aux 
simples initiales dont votre note est signée. 
Vous comprendrez, Monsieur, qu'il ne 
manquera pas d'âmes charitables pour 
supposer que, sous ces initiales, je me suis 
peut-être interrogé moi-même, afin de me 
répondre et d'entretenir ainsi le public de 
ma personne et de mon ouvrage. Je ne 
voudrais pour rien au mondQ être soup- 
çonné de ce truc ingénieux. Veuillez donc 
taire connaître votre nom ; «e)a sera pour 
moi double profit; car j'y trouverai l'occa- 
sion de vous exprimer ma reconnaissance 
pour le souvenir que vous voulez bien 
donner à Martin Luther; et, en outre, une 
fois affranchi de la crainte que je vous ma- 
nifeste, il me sera permis de faire aux lec- 
teurs de r Intermédiaire une communica- 
tion qui ne sera dépourvue, je l'eapère) ni 
d'enseignement, ni d'intérêt. 

« Agréez, etç4 LÉoH Hai,évy. » 

Gonviendra-t-il à notre correspondant 
(P. L. A.) de satisfaire au désir de M. L. 
Halévy? Nous l'ignorons; mais ce quf 
nous pouvons dire ici, quant à nous, c'est 
que M. L. Halévy ne s'est certes pas in- 
terrogé lui-même , et que l'auteur de la 
question nous e$t connu. 

Nous profitons de cette circonstance 
pour rappeler que, si l'Intermédiaire esi 
un salon de conversation où il est loisible 
de questionner et de répondre sous le 
masque, ce n'est jamais sans s'être fait f^ 
connaître du maître de la maisca< Ajou- 
tons que nous avons jusqu'ici surveille 
l'usage de cette faculté avec asseil de soin 
pour que notre vigilance n'ait jamais, ce 
semble, été trompée. Est-il besoin de dé- 
clarer que jamais Torgante des chercheurs 
et curieux ne sera^ une îoh seulement, de 



DES CHeRGHSURft ET ÇUWEU^i. 



[25 févr. 1869, 



■ w„. i « j » 



109 



IIO 



notre av«u, Vint^rm4dMre de féal$ines 
personnelle» > C R. 

AnQiennM images snr Tilin décaupées 
au caniTet (V» 33). -^ Un de mes amis a 
fait sur ce çujet une brochure curieuse à 
pro{^os d*un ouvrage analogue qui lui ap- 
partient; elle est intitulée ; Dermotypo- 
temnie. 

Si Monsieur U Iric le désire, je serais heu- 
reux de la lui oârir en communication» 

L'abbé V. Dufovr* 



La Société aêcrèie : Aide-toi, le oiel 
t'aidera (V, 48). «^ Il y a erreur à attri- 
buer la note publiée à « Tépoque de la 
Restauration, » car il y est fait mention de 
M. Eugène Aroux, procureur du roi à 
Rouen. M. £. Aroux ne fut nommé à ce 
poste qu'à la suite de la Révolution de 
juillet, et il Tpccupa environ deux ans. -— 
tt Gard, Tulon. » Il hnt probablement lire 
Teulon. C. Y. 

Mentel on fiatembôrg (V, 6^). ^ Si un 
accusé a quelque part le droit de réponse, 
c'est à coup sûr dans V Intermédiaire ^ et 
ce n*est pas à ses lecteurs qu'il est néces- 
saire d'en déduire les raisons. Nous n'a- 
vons rien à dire en ce moment sur le fond 
de la question : M. b. G. (III^ 210) ayant 
rappelé l'ouvrage d'Aug. Bernard, dans 
lequel la part respective de Mentel et de 
Gutenberg est, selon nous, pratiquement 
et victorieusement établie. — Nous venons 
simplement répondre à une petite ques- 
tion (grosse pour nous) de M. P. A. L. ~ 
a L'imprimeur, dit-il, a ajouté entre guil- 
« lemets, un point d'interrogation j — est- 
« ce un doute quanta V inventeur^ ou cjuant 
a au lieu qu'il habitait? » — L'imprimeur 
n'a pas, proprio motUy ajouté un point 
d'interrogation entre parenthèses (?); ce 
signe, placé à l'insu de récrivain^ est dû 
soit à une autre plume, soit à une correc- 
tion mal comprise par le compositeur. Il 
s'agirait de retrouver la copie^ qui n'est pas 
restée entre nos mains (i). — Il est com- 
munément admis qu'on peut mettre sur le 
dos des imprimeurs toutes les coquilles 
ramassées dans les livres et dans les jour- 
naux. C'est assez vrai souvent; mais ce ne 
l'est pas toujours. De ces fautes^ causées 
par la précipitation du travail, et surtout 
par l'état du manuscrit, de ces fautes, disons- 
nous, à un ajouté il y a un abîme, qu'un 
imprimeur ne tente jamais de franchir. 
Sa responsabilité est suffisamment étendue 
dans d'autres sphères, il ne tient guère à 
dépasser ^on mandat. Si lui ou ses em- 
ployés croient découvrir quelque erreur, ils 

( I ) Elle n'a pas été retrouvée non plus par la 
rédaction. {Red») 



soumettent leur dpute ^ l'écriyain, et sç 
ransent h, sa décision, r^ Nous ne pouvons 
d'ailleurs répondre que de nou3-mêmes^ 
mais qu'on nous permette d'affirmer que. 
dans 1 imprimerie de t Intermédiaire y nul 
n'est autorisé à introduire subrepticement, 
dans un écrit ou travail quelconque, un 
signe impliquant une observation, puis de 
l'imprimer sans vergogne. Ce serait nous 
montrer indignes de la confiance que nous 
croyons mériter. Alph. L. (prote.) 



%xomaiiit^ et €uvm\ik^ etc. 

BBSte et portrait de Oesaîx. -^ Le 

sculpteur Chinard, de Lyon (i), ayant été 
chargé par Bonaparte (z) de l'exécution 
d'un buste du général Desaix, tué à Ma- 
rengo, écrivit en Italie pour tâcher de se 
procurer un fac-similé du moulage qui 
avait dû être pratiqué, après la mort, sur 
le visage de Desaix. 

Voici ce qui lui fut répondu : 
« Révublifue française, — Armée d'Italie^ 

« Quartier général de Bergame,le 5 ther- 
« midor an V III. 

a Guigoud, secrétaire intime du général 
« Moncey, lieutenant général comman- 
« dànt l'aile gauche, 

« Au citoyen Chinard, statuaire, mem- 
« bre de l'Institut, à Lyon. 

a J'ai reçu, mon bon Chinard, ta lettre 
« du I®' messidor. Elle m'est parvenue 
« fort tard à Bergame. Cela ne fait pasl'é- 
« lo^e de l'organisation des postes mili- 
ce taires. Le heutenant général Moncey, 
a qui te considère, a été flatté de ton sou- 
« venir, et a lu avec plaisir les détails que 
CI tu nous donnes sur l'apparition du mo- 
« derne Marc Aurèle^ à Lyon, et sur les 
a espérances qu'il y a semées. 

« Je croyais me bien adresser en écri- 
« vant à Morin, notre compatriote, et se^ 
c( crétaire intime du général Masséna,pour 
a le masque «de Desaix* Ma lettre était 
Cl pressante et motivée. Je n'en ai point eu 
« de réponse. Pour expliquer ce silence, 
« il faudrait savoir si les vertus du défunt 
c( sont du goût de tout le monde. 

« Avant-hier, j'allai à Milan, où j'ai 
« resté douze heures, sans y rencontrer 
« Môrin, qui venait d*en partir avec Mas- 
« séna pour Turin. Je trottai donc pour 
« connaître le domicile de Taniste Man- 
« dini; point de Mandini. Le renseigne- 
« ment que tu nous as donné est raux; 
« mais je découvris que celui qui avait été 
<x chargé de mouler le visage du héros et 
o qui devait en faire le buste en marbre 
a était le statuaire Angelo Pizzi, domicilié 

(i) Joseph^ Chinard, né à Lyon en 1736, 
mort en iSi3. 

(2) Martha Beker, Etudes historiques sur le 
général Desaix, page 454, 



N« loo.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 févr. 1869. 
III — 



112 



« à la sacristie des Carmes. J'y ajiai, je vis 




pour exécuter son ouvrage. J'expli- 

« quai à ton collègue le sujet de mon 
« voyage. J'ornai rentrelien de tout le 
a vernis des procédés et de la politesse, 
« mais sans succès. Pizzi dépendait du 
a peintre Appiani qui l'avait mis en œuvre, 
a II fallut cionc aller chez Appiani. Je fus 
a accueilli de cet artiste avec la plus déli- 
« cate urbanité. J'y admirai le tableau 
a très-ébauché de Desaix. Mais je lus un 
a engagement passé entre Appiani et Sa- 
o vary, aide de camp de Desaix, par le- 
a quel Appiani se soumet à faire exécuter 
« en marbre par Pizzi, le buste de Desaix 
a et à peindre lui-même allégoriauement 
a le héros éteint aux plaines de Marengo, 
« sous la condition de ne céder ni masque, 
a ni copie, ni dessin, ni médaille de De- 
« saix, avant que les deux ouvrages com- 
« mandés et payés par Savary ne soient 
a parvenus à Paris, et ce, sous peine, en 
a cas de contravention, d'emprisonnement 
a et de saisie des biens d' Appiani, J'ai lu, 
«te dis-je, la clause; elle est extraordi- 

a naire. 

« D'après cela, ce n'est point Bonaparte 
o qui a ordonné à Milan le travail qui 
« s'exécute à la mémoire de Desaix, c'est 
a un tribut que paye Savary à l'amitié de 
« son patron. C'est la propriété de Savary, 
« et propriété garantie. En conséquence, 
« Appiani, qui a fondé sur de tels titres le 
« refus le plus honnête et le plus ménagé, 
« ne peut point autoriser l'importation en 
a France du contre-masque de Desaix. 
« Il sent pourtant qu'un grand homme 
« comme Desaix devrait appartenir à Tu- 
« nivers et n'être le trésor particulier de 
« personne, et c'est d'après ce principe 
a qu'il eût consenti à linstani même à 
« faire faire le contre-masque et à te l'ex- 
u pédier avec toutes les précautions con- 
« servatrices, dans l'un de ces deux cas : 
« ou l'exhibition de l'ordre de Bonaparte, 
a ou un acte d*autorité qui lui forçât la 
« main. Impuissant pour l'un et pour 
« l'autre, j'ai pris congé et suis reparti 
« pour Bergame. 

a Ce qu'il te reste à faire, mon ami, ne 
« dépend pas d'un conseil. Tu sais à quel 
« point tu es autorisé, et tu dois te faire 
« appuyer par le premier consul. Je te 
« laisse au surplus les deux adresscrs : celle 
a surtout d' Appiani, peintre à Mitan, rue 
a Montfort, n* 25i, qui te connaît sur ta 
« renommée, et qui est bien disposé à 
o remplir tes vues, si tu lui en facihtes les 

o moyens. . . 

« Nous sommes en armistice général 
« tant sur le Rhin qu'en Italie. Cette las- 
a situde des combats est l'augure de la 

« paix. 

a A travers tout cela, je ne suis point 
a heureux, et cependant je vis auprès du 



« meilleur des Français. On y apprend, 
a ce que je savais déjà, à être honnête 
a homme. Mais, pour de l'argent, le nerj 
« du ménage et, en dernier résultat, la 
tt récompense d'un père de famille qui se 
a dévoue, on n'en parle pas. Il serait ce- 
« pendant plus oue temps qu'on ne me 
a nourrît plus de la crème de l'espérance.., 

« Mes souvenirs à tous nos amis et salut 
a bien cordial, Guigoud. » 

(Bibliothèque de Clermont. — Section 
des manuscrits. Liasse : Pièces relatives à 
Desaix.) 

Il résulterait de cette lettre que le 
sculpteur Pizzi çt le peintre Appiani au- 
raient fait, d'après un moulage et sur Tor- 
dre de Savarv, l'un un buste et l'autre un 
Cortrait de Desaix. Que sont devenus ce 
uste et ce tableau ? Qu'est devenue aussi 
l'œuvre de Chinard? 

J'ai lu cependant (quelque part quil 
n'existait aucun portrait authentique du 
général Desaix. Francisque Mège. 

(Clermont-Ferrand.) 



L'homme au masque de fer (III, 140). 
— Je découpe, dans la Liberté du lundi 
18 janvier 1869, ^^ nouvelle ci-conn*e, 
qui revient de plein droit à V Intermé- 
diaire : 

« Le masque de fer. Nous n'en avons 
pas encore fini avec ce mystère que nous 
a légué le siècle de Louis XIV. Histo- 
riens et romanciers, polvgraphes et anec- 
dotiers, fouilleurs d*arcnives et fureteurs 
de livres vont encore une fois se remettre 
à l'œuvre. Sera-ce la dernière? Nous n'o- 
sons le dire. Toujours est-il que voici ce 
qu'on annonce comme un événement : 

a Un jeune écrivain, M. Marins To- 
pin, qui a obtenu cette année un prix de 
5,000 fr. à l'Académie française, pour son 
beau livre intitulé : L'Europe et les Bour- 
bons sous Louis XIV, vient de faire, à 
force de longues recherches dans les ar- 
chives publiques, une découverte bien 
propre à stimuler la curiosité des érudits 
et même des simples amateurs. lia trouvé, 
' d'une façon authentique et avec des preuves 
irrécusables, le vrai nom du fameux pri- 
sonnier au masque de fer. 

a Ayant communiqué sa précieuse dé- 
couverte à son oncle, M. Mignet, celui-ci 
lui a donné l'utile conseil de prendre date 
immédiatement par une lettre adressée au 
président de l'Académie des sciences mo- 
rales et politiques, lettre qui renferme le 
secret et le système de ITieureux histo- 
rien, et qui ne devra être décachetée que 
sur sa demande. Cette précaution a été 
prise. . 

« Nous allons donc connaître enfin le 
secret de l'énigme dont le mot est vaine- 
ment attendu depuis deux siècles. » *. 

- - — ■ -^^ 

Pdris. - Typ. de Ch. Meyrucis, rue Cujas, 18.— iW* 



QOAQOI 



Numéro 101. 



Cktnhe» e t 
vovi troU99rtM. 




Il M faut 
mtr'aider. 



10 mars 1869. 



£ 2nietméltïatv( 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, i^COTES and QUERIES français.) 



ni 



1 14 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique: 

— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Les afiàires, c'est l'argent des autres. 

— Qui a le premier lancé dans la circula- 
tion, où elle a si bien fait son chemin, cette 
spirituelle définition des affaires? V entends 
d ici cent voix me répondfre à la fois : C'est 
Alexandre Dumas fils. Je le croyais aussi 
hier, mais je ne le crois plus aujourd'hui. 
Je n'ignore pas que, dans la Question d'ar- 
gent (^c^^ II, scène VII), Jean Giraud ré- 
pond à René, qui lui demande ce que c'est 
que les affaires : « Les affaires, c'est bien 
simple, c'est l'argent des autres; » mais je 
crois qu'Alexandre Dumas fils n'est là 
qu'un père adoptif et quelque peu adulté- 
rin. M™« de Girardin avait dit la même 
chose avant lui dans son roman Margue- 
rite ou deux amours: « Les affaires, reprit 
a Montrond, eh! si vraiment, je sais très- 
a bien ce que c'est que les affaires : les 
« affaires, c'est l'argent des autres. » 

La priorité me paraît .acquise sans 
conteste à M"*« de Girardin, Marguerite 
ou deux amours ayant été publié bien 
avant la Question d'argent. Mais que ce 
soit volontairement, ou par l'effet d'une 
simple réminiscence, qu'Alexandre Dumas 
fils ait emprunté à M"^** de Girardin la cé- 
lèbre définition, il a fait cet emprunt à la 
manière des maîtres. Dans la bouche de 
Jean Giraud et à la scène, le trait est tout 
à fait en situation, et il acquiert par là le 
relief qui lui manquait dans le roman de 
M"* de Girardin. Gidoin. 

Tenir le portique. — Que signifie cette 
expression que Saint-Simon emploie plu- 
sieurs fois en parlant de Louis XIV? (Edi- 
tion Hachette, in-i2,t. I, p. 3x2.) 

« Il (le cercle) commença à six heures ; 
le roi y vint à la fin et mena toutes les 
dames dans le salon près de la chapelle, 
où elles trouvèrent une belle collation, 
puis à la musique, après quoi il tint le 
portique. » J. R. 



c Contes de mamèrerOye. » — Pourrait- 
on me dire exactement Torigine de ce 
titre? Que veut dire : Ma mère l'Oye? 

H. M. 



Le Mess. — On dit génénalement le 
Mess des officiers. Je ne sais pourquoi. 
N'est-il pas à croire que, par des trans- 
formations étymologiques , il vient de 
Mensa^ la table, comme le mot espagnol: 
Mesa? Renvoyé au journal V Intermédiaire, 
M. Littré n'en finit pas avec son M. 

Nestor Roq.ueplan. 

« L'Enrhumé • de Béranger. — Quels 
sont les vers que l'imprimeur fit suppri- 
mer (en 1821) dans Tavant-dernier couplet 
de cette chanson.^ D. Lejeune. 



« Catalogue des tableaux de mon cabi- 
net. » — Je possède un petit volume dont 
voici le titre exact : Catalogue des ta- 
bleaux DE MON CABINET. Au DéUceS, I780 

(in-80 broché de 80 p.). Ce catalogue 
donne la description raisonnée d'un cabi- 
net de tableaux des plus précieux. Il y a 
des Raphaël, des Vélasquez, des Lucas de 
Leyde, des Holbein, clés Breughel, des 
Rembrandt, etc. 

Ces tableaux paraissent bien authenti- 
ques, parce que la provenance est générale- 
ment citée, parfois encore le propriétaire 
dit : décrit dans d'Argenville^ en citant les 
pages. 

Qui est le rédacteur de ce petit catalo- 
gue, que je crois fort rare, et qui était, par 
conséquent, le propriétaire de cette magni- 
fique galerie^ qui valait bien, ce semble, 
celle de San Donato, vendue Tan dernier? 

L. LiEPMANNSSOHN. 



Pourquoi le dixième quatuor de Bee- 
thoven était-il connu à Vienne sous le 
nom de (< quatuor des Harpes? » — Serait- 
ce parce qu'on trouve, ûans le premier 
morceau, de nombreux effets de vi![:çicati? 
Cette supposition ne paraît pas donner une 
explication satisfaisante de cette dénomi- 

. TOME V. — 5 



N. 



lOl.j 



L'INTERMÉDIAIRE 



ii5 



— ii6 - 



nation, qui aurait pu être appUquée, au i Je donne à Vaudémont un peu d'affliction 

m^mA tîtro à KiAn n'aiitrAc npiivroc miici_ I h!t de rearef à ma npr«nnnA« 



même titre, à bien d'autres œuvres musi- 
cales. T. Raglo. 



Euripide fut-il mangé par des chiens? 

— Je lis dans le Journal ojficiel de r Em- 
pire français du i«' février 1869: « On 
sait que le célèbre poëte srec Euripide 
fut dévoré vivant par des chiens. » Est-il 
sûr que des chiens mal élevés aient jamais 
déjeuné aux dépens d'Euripide? N a-t-on 
pas calomnié ces amis de thomme en fai- 
sant mourir, sous leurs cruelles dents, l'au- 
teur d*Hécube et de Médée ? Je sais mau- 
vais gré à Bayle, le grand douteur, de 
n'avoir pas douté de la culpabilité de « ces 
maudits chiens, » comme il les appelle. Il 
n'a pas même indiqué Topinion qui veut 
que le poëte soit mort déchiré par les on- 
gles vengeurs de quelques femmes qui le 
punirent ainsi des invectives lancées con- 
tre un sexe auquel il avait dû deux mau- 
vaises épouses. Quelqu'un serait-il disposé 
à éclaircir la question trop promptement 
résolue par le Journal officiel ? 

Yezimat. 



Le testament politique de Charles IV 
de Lorraine. — Vos lecteurs connaissent 
ce duc Charles, qui, élevé près de 
Louis XIII, se montra prince léger, re- 
muant, irréfléchi , accueillit Gaston d'Or- 
léans et en fit son beau- frère, se vit enlever 
Vie, Marsal et Stenay, s'allia à l'Autriche 
pendant la guerre de Trente ans, fut chassé 
de ses Etats par la France, et après plu- 
sieurs années de lutte mêlées de succès et 
de revers, recouvra son duché à la paix des 
Pyrénées (1659), le risqua de nouveau en 
se joignant à la coalition contre Louis XIV, 
fut vaincu par Turenne à Sintzheim , 
vainqueur de Crécjui à Consarbriick, et 
mourut près de Birkenfeld en 1675. Un 
tel héros ne pouvait manquer d'être ohan- 
sonné, mort ou vif, par ses amis et ses 
ennemis. On a pris soin notamment de lui 
rimer des volontés posthumes qui forment 
une très- jolie pièce de vers. Je désirerais 
savoir si l'on en connaît le véritable au- 
teur. Peut-être voudrez-vous bien, afin 
d'intéresser vos lecteurs à ma demande, 
mettre sous leurs yeux le morceau lui- 
même, que vous trouverez ci-joint: 

Testament politiq.ue de Charles IV, 

DUC DE LoRIi/JNE. 

Sain d'esprit et de jugement, 
Et voisin de ma dernière heure. 
Je donne à l'Empereur, par ce mien testament. 
Le bonsoir avant que je meure. 

Je desdne à ma veuve un fonds de bons désirs 
Dont il sera fait inventaire ; 
Pour sa demeure un monastère. 
Le célibat pour ses menus plaisirs, 
La pauvreté pour son douaire. 



fc!t de regret à ma personne ; 

Avec ma bénédiction 

Pour Madame de Lislebonne. 

Je laisse à mon neveu mon nom, 
Seul bien qui m'est resté de toute la Lorraine; 
Si ce prince ne peut le porter, qu'il le traîne, 

La France le trouvera bon 

Pour acauitter ma conscience. 
En maître libéral, je me sens obligé 
De remplir de mes gens la servile espérance, 
Je leur donne donc leur congé: 
Qu'ils le prennent pour récompense. 

Je nomme tous mes créanciers 

Exécuteurs testamentaires, 
Et consens de bon cœur que mes frais funéraires 
Se fassent aux dépens de leurs propres deniers 

Qu'on me fasse des funérailles 
Dignes d'un prince de mon nom. 
Et qu'on embaume mes entrailles 
Avec de la poudre à canon. 

Que mon enterrement, solennel et célèbre, 
Fasse bruit en tous les quartiers, 

Et que le plus menteur de tous les gazetiers 
Fasse mon oraison funèbre. 

Que durant l'espace d'un jour 
L'on m'expose sous une tente, 
Et que l'épitaphe suivante [bour: 

Se lise, en mon honneur, sur la peau d'un tam- 

Ci-GÎT un pauvre duc sans terres. 
Qui fut, l'usqu'à ses derniers jours, 
Peu fidèle dans ses amours, 
Et moins fidèle dans ses guerres. 

Il donna librement sa foi 

Tour à tour à chaque couronne, 

Et se fit une étroite loi 

De ne la garder à personne. 

Trompeur, même en son testament, 
De sa femme il fit une nonne. 
Et ne donna rien que du vent 
A Madame de Lislebonne. 

Il entreprit tout au hasard, 
il se fit olanc de son épée; 
Il fut brave comme César, 
Et malheureux comme Pompée. 

Il se vit toujours maltraité 
Par sa faute et par son caprice ; 
On le détrôna par justice, 
On l'enterra par charité. 

Cette petite pièce est peu connue, et, si 
je ne m'abuse, on trouvera qu'elle est fort 
agréablement tournée. A-t-elle toujours été 
considérée comme anonyme, ou l'a-t-on 
attribuée à quelque bon faiseur du granJ 
siècle ? A.-B. 



L'Italie comparée à un artichaut. " 

M. Louis Blanc disait, dans le Temps du 
3 1 janvier dernier {Lettres de Londres\ que 
César Borgia prétendait que l'Italie aevait 
être mangée comme un artichaut, feuilIÇ 
par feuille. Est-ce bien César Borgia qu' 
est l'auteur de cette pittoresque comparai* 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 mars 1869. 



117 



118 



son? Je me souviens d'avoir lu dans une de 
ces chroniques de quinzaine que rédigeait 
si bien, à la Revue des Deux-MondeSy 
M . Eugène Forcade, que la spirituelle bou- 
tade avait eu pour père, beaucoup plus 
récemment, un prince de la maison de 
Savoie. Je demande que Ton veuille bien 
me tirer d'embarras. Euq.orral. 



Pendules et montres décimales. — En 

1793, après avoir reformé le calendrier, 
le gouvernement républicain, s'appuyant 
sur le système décimal, partagea le jour 
en dix heures, l'heure en aix mmutes et la 
minute en dix secondes. L'heure décimale 
éq[uivalait donc à deux heures vingt-quatre 
mmutes du vieux style, et la minute dé- 
cimale à presque un quart-d'heure. Ce 
système, peut-être un peu... systématique; 
était tellement contraire aux habitudes de 
chacun et rencontra partout tant d'oppo- 
sition qu'il ne tarda pas à disparaître. Ce- 
pendant, si court qu ait été son règne, des 
actes ont été passés où les divisions déci- 
males du jour furent employées. J'ajoute- 
rai, et c'est là que je voulais en venir, que 
des pendules et des montres ont été faites 
d'après le nouveau mode. Or, j'en ai 
cherché vainement chez les marchands de 
curiosités, je n'en ai même jamais vu dans 
nos collections publiques; j'ignore donc 
s'il en existe encore, et je serais heureux 
que quelqu'un consentît à m'en céder 
une, pourvu que le prix qu'on m'en de- 
manderait ne lût pas trop élevé. 

A. B. D. 



Boncs et porcs d'écnrie. — Tavernier, 
liv. IV, ch. III, de la relation de ses voyages, 
dit: «... et ceci est à remarquer qu'au 
lieu que nous tenons un bouc dans les écu- 
ries, les Persans y tiennent un pourceau. » 
Ce rapprochement devait en effet suffire 
aux contemporains, pour savoir à quel pro- 
pos les Persans mettaient des cochons dans 
leurs écuries; mais cela ne nous apprend 
plus rien, et nous avons également à cher- 
cher pourquoi nos pères d'il y a deux siè- 
cles y mettaient des boucs. Etait-ce par 
une idée pareille à celle que l'on attribue 
encore aux Siciliens qui, dit-on, garnissent 
leurs maisons de cornes pour crever le 
mauvais œil? A défaut de cornes, le verrat 
a, je crois, des crocs qui, pour ne pas va- 
loir ceux de son cousin le sanglier, suffi- 
raient bien encore pour crever un œil, 
même un bon. Ou bien, supposait-on que 
si quelque farfadet, quelque djinn se glis- 
sait dans l'écurie, il se jetterait plutôt sur 
une bête immonde, comme le bouc ou le 
porc, que sur les chevaux? Il est pro- 
bable que les Russes résoudraient fa- 
cilement cette difficulté, car Nicolas Go- 
gol nous donne à croire qu'ils n'ont pas 
encore tout à fait renoncé à cette cou- 



tume. « Ils trouvèrent sans surprise, dans 
ce même endroit, un vieux bouc, animal 
qu'une ancienne croyance fait regarder 
comme indispensable dans une écurie où 
l'on prend quelque souci du salut des che- 
vaux. Le bouc de Nozdref exhalait des 
senteurs énergiques. Il vivait au mieux 
avec plus gros que lui, et en passant et 
repassant à plaisir sous le ventre, soit de 
l'étalon, soit des juments; il était évidem- 
ment chez lui et ne faisait pas autrement 
sensation. » (Les Ames mortes, chant IV. 
Traductipn Charrière.) O. D. 



La licorne. Le phénix. — Je lis dans le 
t. IV des Œuvres de Brantôme, édit. de 
la Société de l'Histoire de France, p. io5 : 
a M. de Brissac eut pour sa belle part 
ceste belle et rare corne de licorne. » D'a- 
près une note, Boyvin du Villars et 
de Thou la mentionnent également. Je lis 
de plus, p. 142 : « J'ay ouï dire au baron 
de La Garde qu'il avoit veu au Grand-Sei- 
gneur un pennache de plumes de phœnix, 
et qu'il luy avoit fait monstrer par grand 
spéciauté; et quand moi et d'autres luy 
remonstrasmes qu'il n'y avoit qu'un seul 
phœnix au monde, et que luy-mesme se 
brusle quand vient sa fin, si bien qu'il es- 
toit mal aisé de recouvrer son pennache, 
il respondit qu'il n'estoit pas inconvénient 
qu'il n*en eust trouvé des plumes, par une 
grand' curiosité qu'on y pouvoit rappor- 
ter pour en chercher et trouver aux pays 
et aux lieux où il habite et branche... » La 
licorne et le phénix sont-ils fabuleux ou 
non? 



Garpentras, ville comique. — Depuis 
longtemps le nom de cette petite ville 
(charmante pourtant et très-coquette, au 
dire des touristes qui l'ont visitée) sert de 
point de mire aux saillies des vaudevil- 
listes parisiens en belle humeur et des 
commis voyageurs qui veulent dauber la 
province. 

Quel est l'écrivain, — ancien ou mo- 
derne, car je ne saurais vraiment préciser 
une date quelconque, — qui, le premier, 
a a attaché le grelot, » et cherché à ridi- 
culiser les bons et honnêtes habitants de 
cette paisible cité provinciale ? Ulric. 



La famille de Creyers. — Un des sa- 
vants généalogistes de V Intermédiaire 
pourrait-il me fournir quelques renseigne- 
ments sur la famille de Creyers, que je 
crois originaire du Dauphiné? A. F. 



Raguenet, peintre français. — Les ren- 
seignements biographiques nous manquent 
presque complètement sur cet artiste, doué 



N» loi.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



— 119 — 



- — 120 



d'un talent véritable, et qui s'est presque 
exclusivement consacré à peindre les diffé- 
rents aspects de Paris au XVII ï« siècle. 
On sait seulement, par le livret de l'expo- 
sition de l'Académie de Saint-Luc, qu'en 
1753 Raguenet demeurait dans la rue de 
la Licorne, et les nombreuses signatures 
relevées sur ses tableaux sont datées de 
lySo à 17Ô0. 

MM. de Marigny, Walpole et d'autres 
amateurs du temps lui avaient commandé 
des ouvrages ; ce qui prouve que si l'Aca- 
démie ne l'avait pas jugé digne d'être ad- 
mis dans ses rangs, il avait cependant ob- 
tenu la faveur du public connaisseur. C'est 
très-probablement à cette absence de titre 
officiel qu'il faut attribuer l'oubli où les 
biographes du siècle dernier ont laissé la 
personnalité de Raguenet, tandis qu'ils 
nous ont conservé celle d'une foule d'ar- 
tistes qui lui sont bien inférieurs, mais qui 
avaient obtenu le titre d'académicien. 

Porteur du renseignement fourni par le 
livret de Saint- Luc sur la demeure de Ra- 
guenet, nous avons trouvé , aux Archives 
de la ville de Paris, dans le registre de la 
paroisse de la Madeleine-en-la- Cité, qu'en 
a l'an mil sept cent cinquante-cinq, le 
a vingt-deux de may, a été inhumé au ci- 
a metière des Saints- Innocents, le corps 
a de Jean- Baptiste Raguenet y m» peintre, 
a demeurant rue de la Licorne de cette 
a paroisse, âgé de soixante et treize ans, 
a décédé d'hier, en présence de Nicolas- 
a Jean-Baptiste Raguenet^ son fils, peintre, 
a demeurant mêmes rue et paroisse, et 
a d'Edme-Nazaire Jaquotot, greffier au 
tt Chatelet, dem* rue du Temple, paroisse 
a St-Paul, lesquels ont signé avec nous, 
a Raguenet. Jaq^uotot. Robert, archip. 
a curé. » 

Puis, toutes nos autres recherches ont 
été vaines. — L'artiste avait-il quitté le 
quartier après la mort de son père? N'a- 
vait-il fait qu'y séjourner peu de temps? 
Ces registres ne font plus aucune autre 
mention des Raguenet pendant tout le 
XV II le siècle. 

Voilà, malgré tout, un coin du voile sou- 
levé ; nous savons maintenant que Rague- 
net s'appelait Nicolas-Jean-Baptiste, et 
qu'il avait un père établi maître peintre à 
Paris, ce qui semble indiquer qu'il appar- 
tenait à une famille parisienne ; mais en 
même temps la question se complique. Si 
nous ne connaissons le fils que par ses 
ouvrages, nous ne savons du père que la 
date de sa mort et son âge, et nous avons 
deux individualités à rechercher au lieu 
d'une. 

Au point de vue parisien, Raguenet le 
fils, mérite la plus sérieuse attention de la 
part de tous ceux cjui s'occupent de l'his- 
toire de notre capitale. Aucun peintre n'a 
mieux et plus fiaèlement retracé la phy- 
sionomie de Paris au siècle dernier. On 
sent, dans ses ouvrages, qu'il aimait la 



ville dont il peignait les monuments, parce 
qu'il était un de ses enfants et qu'il l'avait 
toujours habitée. 

L'Intermédiaire est lu par un grand 
nombre de chercheurs et de curieux. Quel- 
qu'un d'entre eux pourrait-il nous commu- 
niquer quelqiies renseignements sur la fa- 
mille Raguenet, et nous aider ainsi à tirer 
de l'oubli un artiste qui méritait un meil- 
leur sort? A. DE C. 



< Apologie des femmes.» — Dans un re- 
cueil factice ayant appartenu à M. de Bois- 
jelin, littérateur, se trouve un opuscule en 
vers, intitulé : Avologie des femmes^ De- 
launay, Paris, 1806, de 24 paçes, en vers 
de dix syllabes. Sans nom d imprimeur, 
avec cette épigraphe : 

Le donne son venute in eccelenza. 
(Arioste, Orl. fur., cant. 20*). 

Dans sa préfacé, l'éditeur prétend que 
le manuscrit a été trouvé dans un vieux 
château, etc., etc. 

Sous son titre menteur, V Apologie des 
femmes est une violente satire destinée à 
répondre au Mérite des femmes, de Le- 
couvé, dont il est question dans la pré- 
face. 

Peut-être le Dictionnaire des anonymes 
de Barbier fait-il connaître l'auteur? Mais 
je ne l'ai pas à ma disposition. Je pense 
que quelqu'un des correspondants de l'In- 
termédiaire pourra me le faire connaître. 

E.-G. P. 



Le plus ancien livre avec privilège 
royal? — La question des corrections ty- 
pographiques m'amène à demander à mes 
savants coabonnés, pour la plupart bi- 
bliophiles, quel est le plus ancien livre im- 
primé avec privilège royal. Question- 
nons ! questionnons fil en restera toujours 
quelque chose. (Lyon.) V. de V. 



Naissance de l'imprimerie an Mans. - 

On lit dans Lacroix du Maine : « La 
« grande et merveilleuse prophétie trou- 
« vée en la librairie dudit Thibault (Jean, 
« médecin et astrologue de François I",\ 
« après sa mort, commençant l'an 1^4^ 
tt jusques en l'an 1 556, imprimée au Mans, 
« par Denis Gaignot , l'an 1 545. II a 
« écrit plusieurs autres prognosrica.tions 
a savoir est pour les années i539, i540, 
« 1541, 1542, 1543 et 1544, toutes in^P"' 
tt mées à Paris et au Mans. » Connaît-on 




_e premier ouvrage imprimé 

nis Gaignot, imprimeur à Paris (i535\ 
était encore dans cette ville en i54f. 1' 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo mars i8Cg, 



- 121 - 



122 



était établi au Mans en 1544; en 1546, il 
y imprimait un magnifique missel,; il 
quitta donc Paris pour venir au Mans en- 
tre 1 541 et 1544. Quelque bibliographe 
pourrait-il donner une date plus précise? 
La marque de Denis Gaignot, qui ne 
se trouve pas dans Brunet^ représente un 
oiseau attaqué sur son nid placé au pied 
d'un arbre, par deux abeilles (ou guêpes) ; 
Tune est attachée à son flanc, l'autre vol- 
tige au-dessus de sa tête, près du tronc de 
Tarbre; à droite, au-dessus de Toiseau, 
une banderole enroulée porte : Fortitu- 
dine potior prudentick; une autre, partant 
du bec de l'oiseau et venant se contourner 
sous lui, laisse lire : Parvula cum no- 
ceant magnis animalia^ spectas quod ne- 
queatjieri robore posse doits. En arrivant 
au Mans, il change de marque, ou pour 
parler plus exactement, emploie concur- 
remment une autre marque, représentant 
un homme occupé, malgré une pluie bat- 
tante, à bêcher au pied d'un arbre, auquel 
est suspendu son bissac ; sur une bande- 
role qui part de son bras gauche et se 
développe derrière lui, on lit : Spes lucri 
minuit laborem. On voit encore de chaque 
côté du personnage les lettres Z). G., et 
sur la bordure en bas : Deum time, 

André Pierre. 



Reliure à la toile d'araignée. — Ne 
pourrais-je savoir ce oue veut dire l'ex- 
pression suivante : Reliure à la toile d'à- 
raignée, insérée sous le numéro 344, dans 
le catalogue des livres de M. le comte de 
A***, qui seront vendus les lundi 2 5 cou- 
rant, et suivants, par A. Aubry, libraire? 
Est-ce là, à mon insu, une désignation 
familière aux bibliophiles, ou seulement 
une expression nouvelle et plus ou moins 
heureusement trouvée par 1 auteur du ca- 
talogue? (Rouen.) Ch. Lormier. 



Le manuscrit d'un livre de 1651, sur 
Bordeaux (I, io3). — Ce ne sera pas moi 
qui répondrai à la question posée par 
M. Gustave Brunet, ce sera le signataire 
de la lettre inédite suivante, qui se trouve 
en tête d'un exemplaire de l'Histoire des 
mouvemens de Bourdeaux^ conservé à la 
Bibliothèque impériale (LB, 37. 171 3): 

«Bordeaux, 3i décembre 1726. 

« Agrées, Monsieur, que j'aye Thonneur 
« de vous souhaiter une heureuse année 
« et toutes les satisfactions que vous pour- 
tt ries y désirer. Personne ne sçauroit le 
t€ faire avec plus de sincérité, ny avoir plus 



« d'envie de vous estre bon icy à quelque 
« chose. Je me suis très-exactement m- 
« formé du second volume des mouve- 
« mens de Bordeaux, mais j'ay sçeu posi- 
« tivement qu'il n'y en avoit qu'un, le sieur 
« Fonteneil, qui prometoit le second vo- 
« lume, mourut sans pouvoir le mestre au 
a jour. J'attrois bien souhaité l'avoir pour 
a vous renvoyer et vous faire connoistre 
« en cela comme en toute autre chose la 
« parfaite considération avec laquelle j'ay 
« l'honneur d'estre, Monsieur, 

« Vostre très-humble et très-obéissant 
« serviteur, « Despuiols. » 

T. DE L. 



Documents sur les Casaubon (III, 76). 
— Un amateur de Poitiers possède dans 
son cabinet un petit portrait en miniature 
d'Isaac Casaubon; cette œuvre, quoique 
contemporaine de Henri IV, paraît àpeme 
vieille de vingt ans, en raison de son état 
de conservation et de la fraîcheur du co- 
loris. Cet amateur suppose que ce portrait 
est l'œuvre de Lagneau, en le comparant 
à une autre pièce de sa collection, un 
Saint -Vincent -de -Paul, œuvre authen- 
tique de ce même artiste. Casaubon paraît 
âgé d'environ quarante ans; ce portrait 
aurait donc été peint peu de temps après 
son installation à Paris comme bibliothé- 
caire du roi. (Auch.) H. Vienne. 



Veniat, ouvrier fameux (IV, 355). — 
La plaque de cuivre signalée par votre 
correspondant M. S. D. m'avait d'abord, 
je Tavoue, inspiré des doutes d'autant 
plus sérieux que je ne voyais, dans aucun 
des épitaphiers parisiens que contiennent 
nos bibliothèques publiques, la moindre 
mention de l'épitapne du fameux Véniat à 
l'église de TAve-Maria... — Mais la voici, 
je la tiens, je l'ai trouvée, eurêka! Ayant 
mis la main sur un Nécrologe du couvent 
de TAve-Maria de Paris, qui existe in- 
cognito à la Bibliothèque de l'Arsenal 
(H., n® 324, in-fol.), j'y ai lu, au 16 mai 
i663, ce qui suit: 

Vir probes ingenuitatis D, Carolus 
Veniat y huic monasterio tanto amoris 
vinculo nexuSy ut in excitandis vetustate 
collabentibus œdificiiSy cœterisque rébus 
agendiSy ut plurimum propria negotia se- 
posuerit nostris; inde sanctimonialibus ex 
multiplici exhibita charitate^ de meliori 
nota commendatus^ morte immatura prce-- 
ventus die 16 maii 166 3, in earum ecclesia 
corpus suum tumulari et charissimi fra- 
tris cadaveri adjungi curavit. Oretur pro 
eo, etc. 

Eh bien, point du tout! J'ai cru la tenir, 
et vous voyez, en lisant, que ce n'est pas 
là notre Veniat, l'ouvrier fameux inhumé 
en 1659. Mais, si ce n'est lui, c'est donc 



N» loi.j 



L'INTERMEDIAIRE 



123 



124 



son frère? Oui, précisément, et vous ap- 
prenez par les lignes ci-dessus que ce 
frère, mort en 166 3, cher au couvent de 
TAve-Maria, lui avait rendu les plus grands 
services, en restaurant ses murs tombant 
de vétusté, et voulut être inhumé dans l'é- 
glise, à côté de son cher frère. Mais cela 
ne nous dit ni quel était ce second Ve- 
NiAT, ni quel « ouvrier fameux » avait été 
le premier. — Veniat lux, vienne... la lu- 
mière! B. J. 



Le char de TEtat et celui de la colon- 
nade du Louvre (IV, 390). —- Le char du 
Louvre (je ne m'occupe pas ici de celui de 
l'Etat) n'est ni au-dessus ni au-dessous de 
la colonnade, mais bien au-dessus de la 
grande porte placée au centre de cette fa- 
çade du Louvre, et par conséauent entre 
les deux parties de la colonnade. C'est ce 
dont il est facile de s'assurer quand oh est 
à Paris. 

Le comte de Clarac, dans sa Descrip- 
tion du Louvre (page 409), en parle ainsi : 

« Le bas-relief qui orne le dessus de la 
porte d'entrée, et dont la composition 
rappelle celle de quelques camées anti- 
ques, entre autres du Jupiter foudroyant 
les géants, pierre célèbre du cabinet im- 
périal de Vienne, est de M. Cartellier. Le 
sujet fait suite à celui du fronton. Couron- 
née de laurier, les ailes éployées, la Vic- 
toire, montée dans un quadrige, distribue 
des couronnes et semble fouler aux pieds 
des trophées d'armes renversés par ses 
fougueux coursiers, que modèrent avec 
peine deux génies. Le char est rempli des 
palmes que la déesse destine aux vain- 
queurs. » 

Le fronton dont il est ici question est 
de Lemot, et représente Minerve, entou- 
rée des Muses et de la Victoire, consa- 
crant le buste de Louis XIV. J'ai lu 
quelque part, ou j'ai ouï dire par des con- 
temporains (mes souvenirs sont incertains 
à ce propos), que Lemot, qui exécuta son 
fronton sous l'empire, y avait mis le buste 
de Napoléon, auquel la Restauration fit 
substituer celui de Louis XIV. Il serait fa- 
cile de vérifier le fait au moyen de gra- 
vures des deux époques. 

C'est sous l'empire aussi, que Cartellier 
sculpta sa Victoire au quadrige. Les qua- 
tre chevaux semblent, en effet, courir deux 
à droite et deux à gauche. C'est là une né- 
cessité du bas-relief, mais ils ne menacent 
certainement pas de renverser le char. 

Frédéric Lock. 



Une vieille enseigne de Paris (V, 3). — 
L'objet qui se présente d'abord est un de 
ces grands chapeaux, si à la mode aux 
XVI« et XVI I« siècles, et qu'on appelait 
caudebecs , du nom de la ville où ils 
étaient fabriqués. 



Et chez ie chapelier du coin de notre place, 
Autour d'un caudebec j'en ai lu la préface. 

(BOILEAU, Ep. VI.) 

a L'un fait un inventaire de ce qu'il a 
perdu : son étui, sa tasse, son buffle, son 
caudebec, » 

(Mad. de Sévigné, 21 août 1675.) 

Au-dessous, et couvert par le chapeau, 
se montre un bastion. Cette portion de 
fortification est qualifiée de couverte lors- 
qu'elle est défendue par un ouvrage à 
cornes. 

Je suis donc disposé à lire ainsi le re- 
bus : (au) Bastion couvert de Caudebec. 
L'enseigne aurait appartenu à un chape- 
lier, peut-être originaire de cette ville. 

Maintenant, pourquoi cette allusion aux 
fortifications de Caudebec, qui étaient con- 
sidérables, ainsi qu'on le voit dans le plan 
donné par M. Saulnier? {Essai historique 
et artistique sur Caudebec et ses environs. 
Rouen, Périaux, 1841.) C'est ce qu'il res- 
terait encore à découvrir. 

Caudebec a subi plusieurs sièges. Se- 
rait-ce un souvenir du plus célèbre d'entre 
eux, celui de 1592, qui occupe une place 
importante dans l'histoire de la Ligue? 
I_^s habitants, dévoués à Henri IV, se dé- 
fendirent vigoureusement contre Alexan- 
dre Farnèse, qui fut atteint au bras d'un 
coup de mousquet parti d'une tour nord- 
est, appelée la Meurtrière. Farnèse s'em- 
para de la ville, mais il fut bientôt obligé 
de l'abandonner, et il fit alors une retraite 
admirée par Henri IV lui-même. Quel- 
ques jours après, il mourut des suites de 
sa blessure. Ad. D. 



Gnathène et Stilpon (V, i). — Dans le 
discours préliminaire mis par le savant 
abbé Richard en tête de sa traduction des 
Lettres d'Alciphron (i" vol., p. 71), le 
trait sur lequel M. Yezimat demande des 
détails est rapporté ; seulement, il est at- 
tribué à Glycère et non à Gnathène. Voici 
le texte : 

« Le philosophe Stilpon, soupant un 
« jour avec Glycère, lui reprochoit qu'elle 
a et ses semblables gâtoient la jeunesse. 
« Ne peut-on pas, lui dit la courtisane, te 
a faire le même reproche et à tous les 
« philosophes? Ne corromps- tu pas l'es- 
a prit et le cœur de ceux qui fréquentent 
a ton école, par tes questions inutiles, tes 
a demandes captieuses, tes paradoxes har- 
« dis, tes réponses ambiguës? Qu^im- 
« porte que la jeunesse qui doit être gâtée 
« le soit dans la maison d'une courtisane 
« ou dans l'école d'un philosophe? Tout 
a l'avantage, s'il y en a, est de mon côté; 
a car, comme le dit Agathon, une femme 
a dont le genre de vie affoiblit les forces 
« semble gagner, du côté de l'intelligence 
a et de l'esprit, ce qu'elle perd du côté du 
a corps. Or, c'est ce qui arrive à la jeu- 
ce nesse qui nous fréquente. » 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo mars 1869. 



123 



126 



L'abbé Richard ne cite pas son auteur 
sur ce trait isolé, mais il dit, à la page sui- 
vante, en parlant des courtisanes: «Ce 

• que j'en ai dit dans ce discours, pres- 

• qu'entièrement tiré du recueil d'Athénée, 
a suffit pour donner une idée générale des 
« femmes de cet état. » 

Il est donc presque certain que c'est dans 
Athénée { Deipnosophistarum lib. XV) 
que M. Yezimat doit chercher le texte pri- 
mitif cité par Colletet. Cet ouvrage a été 
traduit par Michel de Marolles, 1680, et 
par Lefebvre de Villebrune, 1789-51. 

J'incline à croire que l'abbé Richard, 
ayant Athénée sous les yeux, est dans le 
vrai en attribuant à Glycère la réponse 
que Colletet attribue à Gnathène. Colletet 
aura probablement cité de mémoire. 

E. G. P. 



De qni est le rondean : < A la fontaine 
où s'enTvreBoilean? » (V, i). — Le grand 
Dictionnaire de Larousse, articles Bense- 
rade et Chapelle^ l'attribue positivement 
à ce dernier. J. M t. 



Un vers de Leblanc (V, 3). — Ce vers 
n'est arrivé jusqu'à nous que par la tra- 
dition, n'ayant pas survécu à la première 
représentation, qui eut lieu le 12 juin 1763. 
Il n'existe pas dans la pièce imprimée. Il 
y a une troisième version, qui paraît la 
vraie, étant la plus répandue. La voici 
d'après une note de M. Bonhomme {Jour- 
nal de Collé, Paris, Didot, 1868, p. 3o8, 
t. II) : 

« Bachaumont s'égaye de cette tragédie, 
« qui renfermait ce vers, que l'auteur sup- 
« prima à l'impression : 

Crois-tu d'un tel forfait Manco-Capac capable ? » 

Dans une notice sur Leblanc, en tête de 
Manco-Capac (Suite du Répertoire du 
Théâtre 'Français, Paris, veuve Dabo, 
1 82 2), on lit : « Ala première représentation, 
a le parterre rit beaucoup de ce vers ridi- 
tt cufe et singulier : 

Crois-tu de ce forfait Manco-Capac capable?» 

La version de M. de Pongerville n'est 
donnée par aucun autre écrivain. Z. A. 



— On cite de deux manières différentes 
le fameux vers de Leblanc de Guillet. 

aU" 

cette 

manière : 



le lameux vers ue L.cDianc ac oui 
M. Edouard Fournier (V Esprit des 
très, 4" édition, p. 197), le donne de c 



Crois- tu àt et forfait Manco-Capac capable? 

M. de Pongerville (dans la préface de 
sa traduction de Lucrèce) y met cette va- 
riante : 

Crois-tu de cruauté Manco-Capac capable ? 



M. Euqorral est d'avis que la véritable 
version est celle de M. de Pongerville. Et 
la raison, c'est que, un poëte tel que Le- 
blanc de Guillet étant donné, plus le vers 
est mauvais, plus il est de lui. 

La tragédie de Manco-Capac fut, dès sa 
deuxième représentation , impitoyable- 
ment châtrée par dame Censure, à cause 
de certaines tirades contre les abus du 
despotisme, qu'on croirait écrites trente 
ans plus tara. On supprima 36o vers, 
parmi lesquels se trouvait celui que sa 
cacophonie a rendu célèbre. (Voir Biogra- 
phie universelle de Michaud, article Le- 
blanc, par le marquis d'AudifFret.) Il est 
donc difficile de se prononcer sur la véri- 
table version. Nous inclinons, comme 
plus universellement admise, pour la cita- 
tion de M. Edouard Fournier. Quant à la 
boutade de M. Euqorral, se rangeant à 
la version de M. de Pongerville, elle nous 
paraît trop rabaisser l'auteur de Manco- 
Capac, Condorcet faisait grand cas de 
cette tragédie, et Voltaire écrivait à son 
sujet à d'Argental (i3 juillet i763) : 
« Manco-Capac est-il imprimé ? Il faut tâ- 
cher que le drame inconnu (probablement 
Olympie, que Voltaire terminait alors) 
soit un petit Manco ; qu'il y ait du fort, 
du nerveux, du terrible. » Un professeur 
d'histoire, membre de la Société académi- 
que du Puy, M. Cl. Perroud, a publié en 
1864 une notice biographique de 62 pages 
in- 8'» sur Leblanc de Guillet. Cette notice, 
faite d'après des documents inédits et peu 
connus, trouvés par M. Perroud dans la 
bibliothèque du grand séminaire du Puy, 
contient plusieurs lettres fort intéressantes 
adressées à l'auteur de Manco-Capac par 
plusieurs grands personnages de l'époque, 
lesquels avaient de son talent une idée 
autre aue celle de M. Euaorral. Les cor- 
respondants de Leblanc de Guillet sont 
Malesherbes, Trudaine, Bréquigny, Vol- 
taire, Maurepas, le comte de Vaudreuil, 
Bailly, Marmontel, Thomas, Dacier et 
l'abbé Barthéleiny. Parmi ces lettres, la 
plus curieuse, sans contredît, est celle que 
M"»« Polier écrivait à Leblanc le 20 fé- 
vrier 1789, pour lui demander sa collabo- 
ration à une Histoire de la philosophie 
depuis le commencement du monde, éla- 
borée d'après le plan de celle de Brucker. 
Mme Polier a rédigé, de 1793 à 1800, 
le Journal littéraire de Lausanne, Elle 
fait allusion, dans cette lettre, à un grand 
ouvrage sur la Mythologie des Hindous^ 
qui parut en 1809 (2 vol. in-8®), et dont 
un incendie a détruit presque toute l'édi- 
tion. Cette savante dame avait une ortho- 
graphe des plus capricieuses, à en juger 
par sa lettre à Leblanc de Guillet. 

F. BoissiN. 



Naissance et mort de Henri Sauvai (V, 4). 



N» 10 ij 



L'INTERMÉDIAIRE 



127 



- 128 - 



— « Henri Sauvai, avocat au parlement, 
travaillait alors à nous donner une con- 
naissance plus exacte de nos antiquités. Il 
fit des recherches immenses; il recueillit, 
dans les dépôts publics et dans les archi- 
ves particulières, un nombre prodigieux 
de documents et de lettres qui pouvaient 
nous donner des lumières certaines sur 
l'état ancien et moderne de la ville de Pa- 
ris; mais il n'eut pas le temps de les met- 
tre en ordre : il mourut en 1670, et son 
manuscrit n'a été imprimé qu'en 1724. » 
(Jaillot, Recherches critiques, historiques 
et géographiques sur la ville de Paris; 
dans le discours préliminaire, et à la 
page IX. Edition de 1782, 5 volumes in-8®.) 
Le Mercure françoiSy jpaiTu. bien avant 
1670, et la Galette de France, créée en 
i63> par d'Hozier et Renaudot, doivent 
assurément parler de la mort de Henri Sau- 
vai. M. Leroux de Lincy fera peut-être 
bien de parcourir ces deux journaux, à 
Tannée 1670. (Paris.) J. T. L. 



Sainte GenevièYe (V, 4). — Outre les 
vies de sainte Geneviève bien connues, des 
PP. F. Pierre le Juge (i586) et Pierre 
Lallemant (i653), je citerai les suivantes, 
d'où l'on peut peut-être extraire quelques 
documents précieux : — La Vie et Mira- 
racles de la vierge Af"« sainte Geneviève, 
patronne de Paris, par J. Corbin, conseil- 
ler et maistre des requestes ordinaire de la 
Royne, Paris, i632, in-12. — Georgii 
Wallini filii, de sancta Genovefa, Pari- 
siorum et totius regni Galliœ patrona, 
disquisitio historico - critico - theologica , 
in III part, divisa, Wittenbergœ, 1723. 
In-4<' de 275 p., figures. — Genovefa, epi- 
cum Carmen, autore Ludovico Rouget 
{prof essore in colle gio Montis-Acuti), Pa- 
risiis, 1 743, in-8. (Poëme latin en 24 chants 
sur sainte Geneviève.) — La Vie de sainte 
Geneviève, vierge, patronne de Paris, par 
le Nain de Tillemont. Paris, 1825, in-12. 

HiPP. BONNARDOT. 

— M. Nossiop lira avec intérêt et profit, 
j'en suis doublement sûr, dans £^5 Femmes 
célèbres de Fancienne France, par un de 
nos savants collaborateurs, M. Le Roux de 
Lincy, un chapitre (le premier du livre I) 
qui est intitulé : Histoire de sainte Gene- 
viève et de son culte, M. Le Roux de Lincy 
(notes et appendices, p. 6o3) renvoie à une 
liste très-complète, dit-il, des vies particu- 
lières de sainte Geneviève, donnée par 
M. A. de Bougy à la suite de son His- 
toire de la bibliothèque de Sainte^Gene- 
viève (Paris, 1847, in-8", p. 274 a 290). — 
Je n'ai évidemment pas l'intention d'ap- 
peler l'attention de M. Nossiop sur Tample 
et curieuse notice consacrée par les Bol- 
landistes à la patronne de Paris. 

Yezimat. 



Snr un pamphlet contre Catherine de 
Médicis (V, 6). — Je possède ce petit vo- 
lume, en anglais, imprimé à Heidelberg 
en 1575; mais il est aussi sans nom d'au- 
teur. 

Il y a écrit en haut de la première 
page : Ex dono amici charissimi Edoardi 
Smith Armigeri; mais cela n'apprend 
rien. P. A. L. 



Le t Voyage de Saint-Clond par mer et re- 
tour par terre » (V, 7). — J'ai acheté 1 5 cent, 
un exemplaire de cette plaisante satire du 
béotisme parisien au XVI 1I« siècle, édi- 
tion de 1797. ^ Pétris, chez Drost aîné et 
Marguet, imprimeurs, rue Tiron, au 
Marais, près celle Saint-Antoine. » C'est 
un petit in-12, divisé en deux parties: la 
^vtm\tve {Voyage de Paris à Saint-Cloud 
par mer, iv-97 p.), est précédée d'une 
notice sur l'auteur, Louis-Balthazar Néel, 
né à Rouen et mort en 1754. a On ne peut 
nier, dit la notice, cjue ce fût un homme 
de beaucoup d'esprit et qui possédait le 
rare talent de plaisanter avec agrément. 
Cependant il s'est peu exercé en ce genre, 
où il pouvait se promettre du succès. Il a 
donne quelques pièces de vers médiocres, 
une Histoire du maréchal de Saxe et une 
Histoire de Louis, duc d'Orléans, mort en 
1752. » — La seconde partie {Retour de 
Saint'Cloud par terre, xv-54 p.) est 
sans nom d'auteur; mais la notice citée 
plus haut porte qu'on l'a a attribuée à 
M. Augustin-Martin Lottin, libraire et 
imprimeur de Paris. » Dans l'avant-pro- 
pos qui est en tête de cette seconde partie, 
on lit: « J'aurais pu rapporter le jugement 
favorable qu'a porté de ma première édi- 
tion un ingénieux et sublime observateur 
littéraire, M. D. L. P., dans ses feuilles 
périodiques, t. I, p. 354, ^^c. » Quel est le 
nom et le titre des feuilles périodiques de 
cet a ingénieux et sublime observateur 
littéraire^ » La carte de l'édition de 1754 
ne se trouve pas dans mon exemplaire; il 
est seulement orné d'une gravure représen- 
tant les adieux du héros à son régent, à sa 
mère et à ses deux tantes, au moment de 
l'embarquement. 

A titre de renseignement, j'ajouterai 
que le Magasin pittoresque {iS63)q donné 
un curieux et amusant article sur le Voyage 
de Paris à Saint-Cloud, illustré de la 
scène des adieux et du plan du voyage de 
Saint-Cloud, sans doute la reproduction 
de celui de l'édition de 1754. Outre la 
citation de plusieurs fragments de l'ou- 
vrage, on trouve dans cet article d'inté- 
ressants éclaircissements archéologiques 
et géographiques sur les lieux, aujourdhui 
transformésou disparus, cités dans l'ou- 
vrage ou désignés sur le plan. Il contient 
aussi des renseignements bibliographiques 
qui apprennent que la première édition 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo mars 1 86g. 



est de 1748, et que c'est en 1760 que 
Lottin donna une nouvelle édition de cet 
opuscule, en y ajoutant une suite de sa 
façon (le Retour par terre), qui est loin de 
valoir la plaisanterie de Néel. 

J. Mt 

— M. D. Frion demande t quelles sont 
les autres éditions de cet amusa nt ouvrage • 
J'en connais deux : la première ( La 
Haye, 1748, in- 12) et une des dernières, 
celle qui a été donnée, en i852, chez Pas- 
sard, par un bibliophile du plus grand 
mérite, M. Gratet-Duplessis, sous le pseu- 
donyme d'Hilaire le Gai , dans la Petite 
Bibliothèque des voyages amusants. Ce re- 
cueil contient le Voyage de Chapelle et 
Bachaumont, celui de Racine à Uzès, 
celui de La Fontaine en Limousin, celui 
de Piron à Beaune, celui de Le Franc de 
Pompignan en Languedoc et en Provence 
le Retour de Saint- Cloud à Paris, par 
terre, de Lottin ; le Voyage de Voltaire à 
Berlin, celui de Desmahisà Saint-Germain, 
celui de Parny à Tîle Bourbon, celui de 
Bertin en Bourgogne, celui de Boufflers en 
Suisse, etc. Euc^orral. 

— Doctus cum libro^ je trouve dans le 
Manuel du Bibliographe normand de Ed. 
Frère, une édition d\i susdit voyage à la 
date de 1748, c'est à n'en pas douter l'édi- 
tion princeps. Il y a eu bien des réim- 
pressions jusqu'en 1797, époque où chez 
Drost, imprimeur, il en parut une assez 
jolie, avec une très-courte notice de A.-A. 
Barbier, et la suite donnée déjà plusieurs 
fois mais qui n'est pas de Néel , illustrée 
en outre de deux gravures fines. 

Parmi les livres qui ont été faits à l'image, 
sinon à la ressemblance, du Voyage de 
Paris à Saint'Cloud, il ne faut pas oublier 
une production normande de la Biblio- 
thèque bleue: Le Voyage de la Bouille, par 
mer et par terre, nouvelle historique dont 
la première édition est de 1752. 

(Rouen.) G. Lormier. 



Le couvent des Oiseaux (V, 21). — Dans 
Les Enigmes des rues de Paris (page 200, 
note), M. Edouard Fournicr dit : « Le 
couvent de la rue de Sèvres, qui se nomme 
de même (des Oiseaux), appartenait au 
sculpteur Pigalle, qui y fit peindre des 
myriades d'oiseaux sur les murs d'une 
vaste salle : de là son nom. (G. Duval, 
Souvenirs thermidoriens ^ tome I, pages i5 
et 227.) » 

Il n'est fait aucune mention de cette 
propriété dans La Vie et les Œuvres de 
J.-B. Pigalle, par P. Tarbé. Paris, Re- 
nouard, 1859, in-8. Frédéric Lock. 



Origine du Dindon (V, 10). — Aux ren- 
seignements qui prouvent que l'iniroduc- 



i3o - 



tion du dindon en Europe est antérieure 
à Charles IX et même aux Jésuites, il 
faut joindre celui-ci: Marguerite, reine de 
Navarre et duchesse d'Alençon, ou plutôt 
sa fille Jeanne d'Albret, alors encore enfant, 
avait, dans son parc d'Alençon, des dindes 
dont le fermier de ce parc fut chargé 
d'avoir soin, par un bail de i534 et par 
un second bail de i539, ^^^ termes du- 
quel il lui fut assigné 3i livres 8 sols 
6 deniers par chacun an, pour l'entretien 
et la nourriture de 6 coqs et poules dindes. 

L. DE LA SiCOTIÈRE. 



La petite oie (V, 14). — Oie^ dans le sens 
de/aveurs, se lit dans la Henriade tra- 
vestie, ch. IX: 

Tandis qu'ainsi Bourbon en joie 
Prend la grande et la petite oie. 

(Alençon.) L. D. L. S. 

Erudition de Mathurin Régnier (V, 27). 

— L'embarras que cause à M. J. L. le 
mot de Sinderese, ne provient que de l'or- 
thographe vicieuse employée dans son édi- 
tion de Régnier. Sous la véritable orthogra- 
phe, Syndérèse, M. J. L., aurait trouvé 
ce mot, dérivé du grec, dans plusieurs de 
nos dictionnaires, à commencer par celui 
de l'Académie. C'est un terme de dévotion, 
synonyme de contrition, et qui, en lan- 
gage mystique signifie remords, ou au 
moins trouble, scrupule de conscience. 

Clov. Mx. 

— Le mot syndérèse a une significa- 
tion bien connue. Il veut dire remords, 
repentir, contrition. Il vient, disent les 
dictionnaires, du mot grec auvnfjpYîatç , 
observation attentive. Je le trouve en- 
core employé dans un livre imprimé en 
18 10, Geneviève et Siffrid, et dont l'au- 
teur (Louis du Bois) se piquait de purisme 
littéraire. « Poursuivi par les syndérèses 
a qui ne devraient torturer que le cœur 
« des coupables... » (II, 137 et i38.) On 
m'assure que Voltaire s'en est, lui aussi, 
servi, et M. Littré nous en signalera, se- 
lon toute apparence, d'autres emplois. 
(Alençon.) L. de La Sicotière. 

P. S. Cette note était écrite quand 
M. Daulne, dont les lecteurs de V Intermé- 
diaire ont pu apprécier depuis longtemps 
l'érudition philologique, m'a communiqué 
d'intéressantes observations sur l'emploi 
et l'étymologie du mot syndérèse. 

Voltaire, et même Chateaubriand, l'au- 
raient, en effet, employé dans le sens de 
remords, déchirement de conscience. 

L'étymologie ci-dessus lui paraît hasar- 
dée. Il préférerait dériver le mot syn- 
dérèse du grec Idçnù, écorcher, blesser, 
déchirer, reprocher; et c6v, ensemble, 



N* loi.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



- i3i 



l32 



complètement, ou même du grec '3Y}p(C(0, 
combattre, lutter; Sîjpiç, bataille. 

Il pense que c*est par une confusion de 
mots que certaines personnes ont cru voir 
dans ce mot syndérèse l'indication de la 
mineure du syllogisme, dans la vieille lo- 
gique scolastique. Nulle part il ne Ta 
rencontré pris dans ce sens. 

Lia \j» Kiât ^. 

— Je crois que ce vers : 

Sçait ce qu'est qu*h3rpostase avecque sindérèse. 

veut dire tout simplement que Macette 
avait acquis des connaissances au-dessus 
de celles de son sexe et de son état, sur- 
tout en ce qui pouvait servir à son hypo* 
crisie. E. G. P. 



Jacques Prévost, peintre-gravear fran- 
çais (V, 28). — Nous n'avons malheu- 
reusement pas le pouvoir de satisfaire 
M. Jacques D..., nous venons seulement 
lui soumettre un doute ; il possède une 
Nativité^ signée Jacques Prévost, mais 
non datée, — M. Jacques D..., a-t-il lu 
dans l'excellent Dictionnaire critique de 
biographie et d'histoire de M. Jai, ce pas- 
sage : a Jacques Prévost, peintre du roi, 
porté sur les états de la maison du roi 
(i 641-1648) pour 3o liv. de gages annuels, 
était fils de François md. cirodeur et 
chasublier, et avait épousé à Paris (paroisse 
de Saint-Jean-en-Grève), le 2 février 1646, 
Antoinette Bounet, fille d'un sergent royal 
à Nesle, diocèse de Beauvais. » Le musée 
d'Orléans possède en outre, et mainte- 
nant nous copions le catalogue : a (Prévost 
école française XVI I« siècle. Il a travaillé 
au château de Richelieu ) : 484. Salo- 
mon adorant les idoles, toile, haut. 1,80, 
larg. 1,70 (ce tableau décorait l'une des 
cheminées de la galerie du château de 
Richelieu qui tenait la moitié de la façade). 
— 485. Thétis recevant de Vulcain les 
armes qu'il a forgées pour Achille, toile, 
haut. 1,92, larg. 1,72. — 486. Le sacri- 
fice de Polixène sur le tombeau d'Achille, 
toile, haut, 2,10, larg. 1,70. — 487. Por- 
cia avalant des charbons ardents après la 
mort de Brutus, toile, haut. 2,10, larg. 
1,70 (ce tableau décorait la cheminée de 
la chambre dite de Porcia, au château de 
Richelieu); tous ces tableaux ont été don- 
nés au musée d'Orléans, par M. Pilté 
père. • Concluons maintenant: la iVj/iVîVe 
de M. Jacques D..., est-elle Tœuvre du 
Prévost du XVI« siècle, est- elle l'œuvre 
de J.Prévost du XVI le? 

£. Bellier de la Chavignerie. 

— Le deuxième catalogue de la vente 
de l'important cabinet du chevalier 
J. Camberlyn {Paris, Vignères^ 2 vol. 
in-80, i865), donne sous les numéros , 



2706 à 279^ et au nom de: • Prévost 
(Ntcolas), peintre et graveur à Veau-forte 
français florissant vers le milieu du 
j XV II* siècle n la désignation détaillée de 

3uatre morceaux « très-rares » « non 
écrits » et en « très-belles épreuves » de 
l'œuvre de ce maître. 

M. Jacques D. pourrait se reporter à 
' l'ouvrage cité et voir si ( malgré la diffé- 
rence du prénom des deux artistes), le 
n« 2796 : La Vierge tenant sur ses ge- 
noux i enfant Jésus, etc, n'a pas quelque 
rapport avec la Sainte Camille signalée 
par lui dans la question ci-dessus. T. 



FamiUe de Kontchal (V, 3i). -- M. Th. 
D. trouvera une généalogie de cette fa- 
mille dans V Annuaire de la Noblesse, pu- 
blié par M. Borel d'Hauterive, année 1 858. 
Je garantis d'autant moins l'exactitude 
historique de cette pièce, reproduite avec 
la plus grande courtoisie, que M. Borel 
d'Hauterive a toujours repoussé la respon- 
sabilité des articles publiés dans ses An- 
nuaires. 

Moréri {Le Grand Dictionnaire histo- 
rique) rapporte que Charles de Montchal, 
archevêque de Toulouse, personnage le 
plus marquant de cette famille, était fils 
d'un apothicaire d'Annonay; et l'auteur 
de la généalogie précitée donne pour père 
à ce {>rélat un gentilhomme de la chambre 
du roi. 

L'apothicaire aurait-il été transformé 
en gentilhomme ? Aurait-on bénévolement 
placé entre les mains pacifiques du bénin 

Fraticien une épée meurtrière au lieu de 
instrument innocent, quoique pointu, 
devant lequel fuyait l'illustre Pourceau- 
gnac? Les généalogistes ont commis une 
quantité de métamorphoses de ce genre. 
(Je qu'il y a de certain quant à la famille 
Montchal, c'est que deux personnes de ce 
nom, Bonnefoy et Pierre, furent épiciers 
à Lyon; ils figurent en cette qualité sur 
les syndicats ou instruments de l'élection 
des conseillers de ville en 1546 et i56i. 
La corporation des épiciers se composait 
à cette époque des droguistes, des apothi- 
caires et des épiciers, il n'est pas question 
de ces deux bons marchands lyonnais 
dans la généalogie susdite. 

Que M. Th. D. ne prenne point à la 
lettre le dire de M. Ch. Eynara, relative- 
ment aux familles nobles de France et 
d'Italie qui tenaient comptoir à Lyon au 
XV l« siècle. Mes recherches spéciales (je 
pourrais dire mes campagnes) sur les ori- 
gines des familles nobles et consulaires de 
Lyon me permettent d'avancer que la plu- 
part de ces familles n'étaient pas nobles à 
cette époque et qu'il faut se défier de la 
ressemblance des noms. 

Le nom de Montchal a passé par al- 
liance et par substitution à la famille de 
Ruolz. (Lyon.) V. de V. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 mars 1869. 



i33 



i34 



— Cette famille, éteinte le 7 sept. 1698, 
en la personne de Jean-Pierre cle Moht- 
chal, conseiller au Parlement de Paris, est 
originaire du Vivarais, où elle est authen- 
tiquement connue dès le XII I« siècle. Le 
nom et les armes de Montchal (de gueules 
au chef d'or timbré de trois molettes d'a- 
zur, etc. Voir Bietstap, Armoriai général 
de V Europe, Gouda, 1861, gr. in-8», re- 
cueil précieux et pas assez connu en 
France, contenant 60,000 descriptions 
d'armoiries), ont été relevés par la famille 
de Ruolz, en Vivarais et Lyonnais. C'est 
au nom de Ruolz que les armoiries de Mont- 
chal figurent dans V Armoriai du Lyonnais^ 
de A. Stegert, qu'a consulté M. Th. D. Il 
trouvera, du reste, une généalogie assez 
complète de Montchal dans V Annuaire de 
la Noblesse, par Borel d'Hauterîve, i858, 
p. 2 55. U Armoriai du Languedoc, par 
L. de La Roque, donne, au tome 1% la 
généalogie de Ruolz, p. 457, et au tome II 
(p. 397 et 440), les actes par lesquels fut 
consommée la substitution de la branche 
cadette de cette famille aux nom et armes 
de Montchal. 

Quant aux noms cités par M. Ch. Ey- 
nard, ils se trouvent tous, à l'exception 
de ceux d'Arnolfini, de Chicheli, de Ca- 
landrini, de Thellusson et de Montchal, 
avec l'indication des professions remplies 
par leurs titulaires au XVI*» siècle, aan> 
les Origines des familles consulaires de 
Lyon, par V. de Valous, i865. 

R. DE C. 

— Je connais une famille de Montchai 
dont plusieurs membres habitent le Poi- 
tou. Son nom patronymique est Barentin 
de Montchal; elle est alliée aux familles de 
La Toison, des Courtis, et à bien d'autres 
encore dont il doit être question dans les 
nobiliaires du Poitou. Je ne connais au- 
jourd'hui, comme représentant le nom, 
qu'une dame de Montchal , supérieure 
d'une congrégation religieuse à Nevers. 

On trouvera les armoiries d'un de 
Montchal dans l'Armoriai manuscrit de 
d'Hozier, à la Bibliothèque impériale , 
volumes de Paris, L 887. 

Cette famille de Barentin paraît avoir 
eu plusieurs branches. Nous trouvons, 
dans l'Armoriai général de d'Hozier, les 
Barentin des Minières, en Vendomois, et, 
dans le Dictionnaire de Chevillard, les 
Barentin d'Ardivilliers. 

Le XVII» siècle a produit un archevê- 
que de Toulouse nommé Charles de Mont- 
chal, dont nous avons les Mémoires en 
deux volumes in-12, 

A. DE ROCHÂMBEAU. 

— Le Dictionnaire généalogique de La 
Chesnaye des Bois (t. II du supplément, 
p. 598, édition in-12 de 1761), contient 
sur la famille de Montchal, qu'il dit noble 
et très-ancienne, une courte notice qui 



paraît empruntée aii Mercure de France 
de juillet 1724, p. 1640. 

Il indique comme sources à consulter : 
le Martyrologe des chevaliers de Malte et 
l'ouvrage de Lhermite-Soliers et de Blan- 
chard (Eloges des premiers présidents du 
parlement de Paris. Paris, in-fol., 1645), 
p. 78 et 110, où la généalogie de cette fa- 
mille serait donnée en partie. 

Elle comptait en i685 un conseiller au 
parlement de Paris. 

Armes : de gueules au chef d'or chargé 
de 3 molettes d'azur. (Douai.) A. P. 



Gourgandine (V, 3i). — Aux XVI I« et 
XVIII* siècles. Gourgandine était aussi 
l'un des deux cents noms bizarres, parti- 
culièrement appliqués aux nouveaux ajus- 
tements féminins. 

Voyez à ce sujet Boursault, Les Mots à 
la mode, comédie en vers (1694), scène xv« : 



Enfi 
Entr 



ri, la gourgandine est un riche corset, 
•'ouvert par devant, à l'aide d'un lacet. 



Tous les portraits historiaues des plus 
célèbres gourgandines royales, de celles 
que leur nistorien privilégié, M. Cape- 
figue, nomme si galamment les Reines 
de la main gauche. — nous montrent suf- 
fisamment, par l'écnancrure plus qu'entre- 
bâillée de leurs... gourgandines, combien 
ce genre d'ajustement était, par elles, ap- 
précié. Ulric. 

Le brouillard du Choléra (V, 32). — Le 
P. Hue, dans son Empire chinois (t. II, 
p. 25, édit. de 1854), a signalé un fait, 
ou, si l'on veut, un conte analogue : l'ap- 
parition sur la mer Jaune, en 1820, d'un 
grand nuage roux, qui aborda la côte de 
Chine et sema les germes du choléra par- 
tout où il avait passé. — Post hoc, ergo 
propter hoc, Philinte. 

Une métaphore de Victor Hugo (V, 34). 
— La recherche de la paternité littéraire 
n'étant pas interdite, un nouveau préten- 
dant surgit pour réclamer part entière dans 
la création de cette métaphore célèbre : 

On Ut en effet dans Saint Amant. 

J'entreprendrois de supputer le nombre 
Des doux de feu qui dorent la nuit'sombre. 

(Saint-Amant, Œuvres, II* partie, in-4", 
1643, page 128.) 

U. 



Raphaël (V, 41). — Le cavalier profes- 
seur Pompeo Gherardi vient de publier ce 
travail : Délia vita e délie opère di Gio- 
vanni Santi, padre di Rajffaè'llo, dans : 
VUmbria e le Marche, rivista letteraria 
e scientijîca, publiée à Spoleto depuis le 
i5 mai 1868, par le professeur Luigi Mo- 



L'INTERMÉDIAIRE 



i36 - 



raniii. Il appartient à l'Intermédiaire d'ap- 
peler l'attention sur les études contenues 
dans des publicaiions de ce genre. 

RiSTELHUBER. 



Les armes de Voltaire {\ . 43). 
M. M. T. désirait connaître les armo. 
du ■• seigneur de Cirey, Ferney et autres 
lieux. » Le croquis que voici 



répondra, i'espère. â sa demande. Je l'ai 
copié (en l'agrandissant un peu) d'après 
une empreinte du cachet même de Vol- 
taire, qui fut faite devant moi au château 
de Ferney, en i836, par !e vieux gardien, 
dont Je père avait été jardinier du grand 
philosonhe, et qui se le rappelait. 

Sur l'écusson ovale, au champ d'azur, 
trois flammes, une couronne; deux lé- 
vriers pour supports ; sous l'écusson, une 
croix, 

On me donna en même temps une co- 
pie des derniers vers de Voltaire, dictés 
le 29 mai 1778, la veille de sa mort : 



u hautement 



S'ils ont des préjugés, j'en guérirai les Ombres. 
P.-A. L. 

— Le pÈre de Voltaire, François Arouet, 
conseiller du roi, receveur des épices à la 
chambre des comptes, » fit enregistrer ses 
armes en vertu de l'édii de novembre 
i6g6 : « d'or à trois flammes de gueules n 
(Armoriai général MS. de la Bibl. imp. : 
Généralité de Paris, t. I, p. 1226). — 
Quant a Voltaire, il conserva les mêmes 
pièces, mais en changea les émaux, et 
porta " d'azur à trois flammes d'or, n C'est 
ce que prouvent les empreintes de son 
cachet que l'on voit sur ses lettres, et où 
son blason est orné d'une couronne et 
d'une décoration allemande. 

Voir aussi le Dictionnaire héraldique Je 
Grandmaison, dans la nouvelle Ency- 
clopédie théologique de l'abbé Migne, 
col. 373, v» Arouet de Voltaire llle-de- 
France]. (Douai.) A. P. 



de ridicule Pont-à-Mousson et les Mussi- 
pontins. En vain ai-je fouillé dom Calmet, 
le P. Abram, Lepage, etc., etc., tous ceuï, 
dis-je, qui ont écrit sur la Lorraine en gé. 
néral, et sur Pont-à- Mousson en pariicu- 

Je prie donc M. H. H. D. L. de me 
dire, pour m'aider dans mes recherches, 
quel ridicule s'attache au nom de cette pe- 
tite ville. Que M. H. H. D. L. soittouiS 
l'aise pour me répondre ; je ne suis pas de 
Pont-à- Mousson, J'ai seulement le mal- 
heur d'y tenir garnison! 

Mais ma réponse a tout l'air d'une ques 

fPont-à-Mousson.) Th. Pasquier. 

— M. H. H. D. L. pourrait, je le crois, 
consulter utilement, sur le sujet en ques- 
tion, une série d'articles fort intéressants 
publiés par M. Charles Monselei, vers 1 
1862- 1864, dans le Monde illustré eiism l 
le Figaro, sous le titre courant de : Les 
Villes comiques. 

Ces articles du célèbre gourmet doivent 
nécessairement aujourd'hui se trouver fa- 
cilement réunis en un volume de biblio- 
thèque. Ulr- 



La Bévolntion française écrite par lu 
autears latins(V, 5a). — Ce n'est pas dans 
l'Hermès romanus de Bar bier-Vé mars (et 
non pas LoËve-Veîmars, personnage tout 
à fait différent du premier) qu'il faut cher- 
cher ce piquant opuscule. Les Essais ssr 
l'histoire de la Révolution française f" 
une société d'auteurs latins parurent en 
1810, in-8",eteurent rapidement plusieurs 
éditions (1801, i8o3,etc,). 

Il y a beaucoup d'esprit et d'à-propos 
dans l'agencement des morceaux qui com- 
posent cet ouvrage. Il est surtout intéres- 
sant en ce qu'il montre combien l'humanité 
change peu, tout en s'agitant beaucoup, 
et comment, après tant de siècles écoulés, 
les mêmes passions politiques ont pu en- 
gendrer les mêmes événements, inspirer 
les mêmes idées, parler le même langage- 
L'auteur était M. Héron de Villefosse, ue- 

memnre ue 1 inïuii 
du même genre, embrassant l 'histoire de 
la fin de l'Empire et du commencement de 
la Restauration, a été pubhé par le comte 
de Beaurepaire-Louvagny, vers 1818. 'I 
est très-rare, 
(Alençon.) L, de La Sicotière. 

— On peut citer divers exemples de \ta% 
d'esprit de ce genre. Il existe des £««" 
sur l'Histoire de la Révolution français!. 
Société d'auteurs lattns. Pans- 



VHI, in-8% 85 pages. Ce badinage. di) 
a M. Héron de Villefosse, obtint quelqf 
succès, puisqu'il eut deux autres édi- 
tions, an Vlll, in-i3, 107 pages, et iSo-'> 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo mars iSGg. 



i37 



i38 



in -8®, XXII et III pages ; il en parut une 
traduction italienne. Chaque fait, chaque 
réflexion provoque une citation de Tacite, 
de Quinte-Curce, de César ou d'autres 
classiques. M. Leber en offre dans le Ca- 
talogue de sa bibliothèque (Paris, Te- 
chener, iSSg, 3 vol. in-S») quelques exem- 
ples qu'il serait superflu de reproduire ; la 
pensée de rapprochements semblables n'é- 
tait pas neuve ; l'auteur du Justin mo- 
derne {Villefranche, 1677) s'était avisé 
d'écrire une critique amère de la poli- 
tique de Louis XIV en la composant de 
phrases empruntées à l'historien Justin. 
Nous connaissons également une brochure 
de 3 1 pages, imprimée en 181 5 : Tacite, his- 
torien du Roi, de Madame, de Bonaparte, 
de la Charte, etc. On trouve, au sujet de 
ce dernier ouvrage, quelques détails dans 
un volume fort curieux, publié à Londres 
en 1868 et tiré à petit nombre : Revue 
analytique des ouvrages écrits en centons 
par un bibliophile bel^e. C'est à tort que 
M. L. Lalanne l'a attribué à Beuchot. No- 
tons aussi en passant un centon composé 
de 5oo vers environ, tous empruntés à 
Claudien, et destiné à célébrer le retour 
de Louis XVIII en France. Ce tour de 
force est dû à M. L.-À. Décampe, né à 
Narbonne, et qui était en 181 7, profes- 
seur de littérature à Toulouse. Nous igno- 
rons quel accueil le roi, ami de la poésie 
latine, fit à ce travail, mais Décampe ne 
fut sans doute pas mécontent, puisqu'en 
1826 y il publiait un Eloge historique de 
Louis XVII I, in-80 de 72 pages. C. B. 

— Ce n'est en somme que la citation 
d'une brochure de xxiv-ii2 pages, sans 
nom d'auteur, intitulée : Essais sur l His- 
toire de la Révolution française, par une 
société d' auteurs latims, etc. Romce, prope 
C ce saris hortos, et se trouve : à Londres, 
chez Dulau; à Dublin, chez Jones; à 
Malte, chez Capaci ; à Lisbonne, chez 
Paul Martin; à Pétersbourg, che2 Jay; à 
Berlin, chez Nicolaï. i8o3. Le livre a eu 
plusieurs éditions. Après une préface qui 
contient des réflexions sur les principes de 
la philosophie moderne, extraite du Dis- 
cours préliminaire des Trois siècles de la 
littérature française, imprimé en 1779, 
on trouve des citations d'auteurs latins 
offrant de piquants rapprochements avec 
les principaux événements de la révolu- 
tion. Il y a le texte latin avec des traduc- 
tions généralement très-bien faites. Les 
extraits auraient pu être plus complets. 
Ainsi, par exemple, V Enéide fournit des 
rapprochements curieux avec la fuite vers 
Varennes. Le livre ne les donne pas. 

^ Feuillet de Conchés. 



Eglise de Saint- Herbeland, à Rouen 

(V, 56). — Saint Herbland est un des 
saints dont le nom s'est modifié des façons 



les plus différentes. Herbelandus ou Hen 
melandus, abbé d'Hindre, en Bretagne, 
au commencement du Vllfe siècle, est de- 
venu Herbeland, Herbland, Erbland, Ar- 
blan, Erblein et Erblon. La commémora- 
tion, en Bretagne, est au 2 5 novembre; 
dans les martyrologes, le 2 5 mars; et à 
Paris, le 18 octobre. Sans parler des bol- 
landistes, M. A. N. trouvera quelque 
chose dans les histoires ecclésiastiques, et 
surtout dans toutes les anciennes descrip- 
tions de Rouen; mais' il devra, en particu- 
lier, voir l'article de M. l'abbé Ouin- La- 
croix, dans son livre sur les Corporations 
religieuses de Rouen (i85o, p. 5o4), et, 
dans les Archives de V Art français (i*"® sé- 
rie, VI, p. 179-80 et p. 201-12), la réim- 
pression du livre, inconnu à M. Ouin-La- 
croix, contenant les statuts de la confrérie 
des peintres et sculpteurs de Rouen, « éri- 
gée sous l'invocation de saint Luc, en 
Péglise paroissiale de Saint-Herbland, le 
17 de septembre i63i, » d'après l'édition 
de Cabut, à Rouen, 1715. La fête de saint 
Luc, qui a passé pour avoir été peintre, et 
celle de saint Herbland, sont toutes deux 
le 1 5 octobre, coïncidence qui a dû être la 
raison déterminante du choix des peintres 
de Rouen. A. M. 

— Voici ce que dit Servi n {Hist. de la 
Ville de Rouen, 2 vol. in-8. Rouen, 1775) 
à propos de cette église : 

a II y a à Rouen... 36 églises parois- 
siales... 

« Paroisses. Saint-Herbland. Son ori- 
gine est perdue dans les ténèbres de l'an- 
tiquité : elle a été rebâtie en 1483 : elle 
appartient à la cathédrale ; c'est de là que 
l'archevêque part lorsqu'il va se présenter 
à son chapitre. » 

L'église Saint-Herbland n'existe plus. 
Elle formait l'encoignure des rues de la 
Grosse-Horloge et des Carmes. Elle a été 
remplacée, avant i83o, par une maison mo- 
derne, que traverse le passage Saint-Her- 
bland. 

Je me souviens de l'avoir vue dans mon 
enfance. Sa nef gothique, à demi ruinée, 
éclairée par de nautes fenêtres où pen- 
daient quelques débris de vitraux, servait 
de remise à des diligences qui faisaient 
alors le service entre Paris et Rouen. 

Prosper Blanchemain. 



Fil d'archal (V, 59). — On trouve, dans 
le petit dictionnaire de Wailly, d'après 
Richelet : « Archal, s. m., laiton. On dit 
jîl d'archal, et non pas fil de Richard, 
comme parle le peuple. » Bien que cet ar- 
ticle ne réponde pas à la question, j'ai 
voulu le prendre, dans le cas où quelqu un 
de nos correspondants aurait à nous de- 
mander ce que c'est que dufil de Richard, 
et aussi pour constater que le fil d'archal, 
qui est aujourd'hui, je crois, du iil de fer, 



N« loi.l 



LINTERMÉDIAIRE 



l3g 



140 - 



était primitivement du fil de laiton ou 
cuivre jaune. Aussi Noël, dans son dict. 
français4atîa, lui d<wme-t-il pour origine 
aurichalcum, qu'il explique sur-lc-champ 
par laiton. Au mot laiton lui-même, il 
écrit, je pense, avec plus de raison, ori- 
chalcum. Mais si arcnal est un mot cor- 
rompu, il peut l'être aussi bien d'orichal 
que d'aurichal O. D. 

— . Archal résulte de deux mots, qui 
sont : le second, « chai, » par lequel je re- 
monte au grec xcChu&Çj cuivre; et le pre- 
mier, « ar, » altéré de o aur, » et sous le- 
quel se cache aurum, or. Archal est donc, 
à la lettre, le correspondant de ce même 
« aurichalcon, » qui servit à cercler une 
flûte dont il est parlé dans VArt voétique 
d'Horace : c'est un mélange. Mélange de 
quoi? D'un métal naturellement rouge et 
un peu jaune tout à la fois, qu'on appelle 
cuivre, avec une très-légère portion d'or 
ou d'argent. Cette composition mixte, 
communément appelée archal, a encore 
deux autres noms ; elle est dite « laiton » 
quand le rouge du cuivre se déguise sous 
le blanc de l'argent, et a oripeau {auripel- 
lis) » s'il a revêtu, à Tépiderme, une sub- 
tile feuille d'or.* 

(Grenoble.) J. P- 

Hugnenot, Parpaillot (V, 74). — Hu- 
guenot se partage en deux mots, l'un 
et l'autre d'origine germanique : Hu 
et guenot, Guenot dérive du verbe ge- 
niessen dont le participe passé est genos- 
sen. Or, à son tour, ce genossen donne 
naissance au substantif genoss, dont le 
féminin est genossin, comme en français 
compagnon a pour l'autre sexe compagne. 
Les Allemands, dont la langue est sans 
contredit la plus savante, j entends par 
là, la plus synthétique des langues moder- 
nes, font entrer ce nom genoss dans plu- 
sieurs composés, tous du sens le plus pro- 
fond comme de Tusage le plus fréquent. 
Tels sont, par exemple : compagnon d'em- 
ploi ou collègue, Amtgenoss; de table ou 
commensal, Tischgenoss; de commerce 
ou associé, Handelsgenoss ; de foi ou co- 
religionnaire, Glaubensgenoss ; de maison 
ou domestique, H<2W5^e«05s; de chambrée 
ou camarade, Stubengenoss ; de couche 
conjugale ou époux, Ehegenoss; d'héri- 
ritage ou cohéritier, Erdgenoss; d'alliance 
ou confédéré, Bundesgenoss ; de serment 
ou conjuré , Eidgenoss ; de larron ou 
complice, Diebsgenoss et Genoss des Ver- 
brechens; d'un corps de métier, Zunft- 
genoss \ confrère en Judaïsme, Juden- 
genoss ; participant ou consort, Mitge- 
no55; enfin, compagnons de bière ou de 
cercueil, autrement dit les vers, Sargge- 
nossen. 

Des quinze exemples qui précèdent, res- 
sort clairement la signification du mot 



genoss. Maintenant qu'est-ce que Hu 
ajoutera à l'idée de compagnons, d'as- 
sociés ou de confédérés ? L'unique syllabe 
française ou plutôt francisée Hu, résulte 
de la contraction des deux syllabes alle- 
mandes Uhu. Eh bien, cet Ûhu d'outre- 
Rhin, signifie chez nous • hibou » et ré- 
pond ainsi au bubo des Romains. Nous 
avons donc obtenu : d'une part confédérés, 
et de l'autre hibous ou oiseaux nocturnes. 
Au fait, tel est le sobriquet que les catho- 
liques de France infligèrent plaisainmeni 
aux calvinistes, ces compagnons d'un 
genre à part, et dont les conciliabules se te- 
naient à la faveur des ombres de la nuit. 

Pour ce qui est de Parpaillot, altéré de 
ParpaUlon et de Papillon, il convient d'y 
voir également un sobriquet de la naême 
provenance, par lequel il est fait allusion 
à l'inconstance et aux variations des noni- 
breuses communions de nos frères dissi- 
dents. J. P- 



Goillotiii et la guillotine (V, 80). — J'ai 
sous les yeux une gravure de 6. Pen:^ 
(circa i343), intitulée TITVS MAN- 
LlVSf qui doit représenter la cruelle sé- 
vérité de Manlius Torquatus faisant déca- 
piter son fils, pour avoir attaqué l'ennemi 
et l'avoir vaincu sans préalablement lui 
en avoir demandé la permission. 

Cette gravure prouve que l'instniment 
de supplice dit « la petite louison, » puis 
tt la guillotine, d était connu et en usage 
plus de deux siècles avant les docteurs 
Louis et Guillotin. P. A. L. 

— Les observations de M. Dubief sont 
conformes à ce que raconte Louis du Bois, 
dans ses Recherches historiques et phy^- 
siologiques sur la guillotine^ et détails 
sur Sanson; Paris, Tprance, 1843. 36 p. 
in-8. L. D. L. S. 



SLroupatUeô et Curiaôitee, tU. 

Un imitateur du Père Loriquet. — Je 

ne connais le révérend Père historien que 
par la discussion soulevée dans V Intermé- 
diaire à son sujet. Ce n'est^ donc pas de 
lui qu'il va être question. Si j'ai bien com- 
pris, on reproche au P. Loriquet, outre 
la fameuse phrase qui reste, jusau'à nou- 
vel ordre, à l'état dTiypothèse, d avoir fal- 
sifié l'histoire. Eh bien, je suis surpris 
qu'aucun des correspondants qui ont pris 
part à la discussion, n'ait parlé des imita- 
teurs du P. Loriquet dans son sans-gêne 
d'historien. A ma connaissance, il a eu un 
continuateur, comme le prouve la i6« édi- 
tion d'un ouvrage qui a pour titre : In- 
struction sur VÏtistoire de France, par 
Le RagoiSy continuée jusqu'au couronne- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 mars 1869. 



141 



142 



înent de Charles X, augmentée d'une 
Chronologie en vers des rois de France, 
par M. de Foris, professeur de géogra^ 
phie^ de langues y etc. Paris, chez J. Mo- 
ronval, imprimeur-éditeur; rue GaJande, 
n^ 68, près la rue St-Jacques, m.dccc.xxx. 
L'auteur, « honoré d'une médaille d*or 
par S. A. R. Monseigneur le duc de Bor- 
deaux, » chargé de la révision de VHis- 
taire de France de LeRagois, en a suivi le 
plan, avec o l'heureuse idée d'y faire figu- 
rer les portraits de nos rois, » et, a il y a 
tout lieu de penser, ajoute une note, (^u on 
trouverait difficilement une aussi précieuse 
collection. » C'est aussi mon avis, mais 
pas tout à fait dans le sens de la note : les 
portraits sont dignes de l'ouvrage. Au- 
dessous de chaque buste de roi se trouvent 
la légende latine et le distique français en 
poésie de confiseur, qui ornent les édi- 
tions de l'éducateur du duc du Maine. Na- 
poléon I*'* n'est pas qualifié de marquis 
dans cette étrange histoire; mais, en re- 
vanche, il n'y est pas nominé autrement 
que Buonaparte; 1 Empire n'^ figure que 
comme un simple événement survenu pen- 
dant le règne de Louis le Désiré. La chro- 
nologie poétique de l'histoire de France, 
placée en tête du volume, ne le cite même 
pas; il n'y est fait allusion qu'incidemment, 
dans ces deux vers : 

A sa perte travaille un vainqueur insolent (i). 
Le ciei de sa vengeance a brisé l'instrument. 

Maintenant, pour donner une idée de 
l'esprit et du talent de l'auleur, arrivons à 
la page 229, en regard de laquelle se trouve 
le portrait du fils de Louis XVI, au-dessous 
de cette mention : « Louis XVII, 68® roi, 
fils de Louis XVI et de Marie -An toi nette 
d'Autriche, MONTE sur le trône en 1793, 
âgé de 7 ans, 9 mois, 2 5 jours; RÈGNE 
28 mois, 17 jours; meurt en 1796, à l'âge 
de 10 ans, 2 mois et 12 jours. » 

Voici comment le continuateur de Le 
Ragois entre en matière sur ce règne : 

<t Quel fut le successeur de Louis XVI? — 
Louis -Charles, duc de Normandie, devenu 
Dauphin par la mort de son frère aîné 
Louis-Joseph-François-Xavier, arrivée à 
Meudon le 4 juin 1780. 

a Louis XVII fut-il reconnu roi? — Il 
ne put l'être publiquement en France, où 
tous les honnêtes gens (2), sous le joug ho- 
micide de la Convention, étaient à chaque 
instant menacés d'être incarcérés et con- 
duits au supplice. Louis fut proclamé roi 
par les Vendéens, qui défendirent sa cause 
souvent avec succès, mais toujours avec 
une valeur et une persévérance à toute 
épreuve; il le fut aussi par tous les Fran- 
çais qui avaient été forces de chercher un 

(i) Mis en italique par l'auteur, je ne devine 
pas pourquoi. 

(2J Cette fois c'est moi qui souligne et qui 
soulignerai plus loin. 



asile dans (sic) l'étranger pour mettre leur 
vie en sûreté. » 

Puis viennent des questions ainsi for- 
mulées : Faites le portrait du jeune roi? 
— A qui fut confié le jeune roi, après l'as- 
sassinat de son père ? — Que aevint en- 
suite le jeune roi? etc., etc.; et enfin 
celle-ci : 

« Que fit le prince de Condé en appre- 
nant la mort de Louis XVII? — Le 4 juil- 
let 1795, il annonça ce triste événement à 
son armée par une proclamation qui se 
termine par ces paroles remarquables ^r 
a Messieurs, le roi Louis XVII est mort; 
vive le roi Louis XVIII ! » 

Ce procédé du prince de Condé sim- 
plifie beaucoup la tâche de M. de Foris : 
en regard de la page 289, nous lisons, 
au-dessus du portrait de Louis XVIII : 
a Louis XVIII, 69* roi, fils de Louis, dau- 
f)hin de France, et de Marie-Joséphine de 
Saxe, MONTE sur le trône en 1795, âgé 
de 39 ans; RÈGNE 29 ans; meurt en 1824, 
à l'âge de 68 ans, 10 mois. » 

On le voit, dans la méthode historique 
de notre auteur, point de lacune dans la 
monarchie de droit divin : Louis XVI 
mort, vive Louis XVII ! Celui-ci allant re- 
joindre son prédécesseur, vive Louis XVII II 
Le principe est sauf. La République, le 
Consulat, l'Empire, ne sont que des acci- 
dents, des événements qui n'ont nullement 
interrompu la liste de nos rois légitimes. Et 
cela s'imprimait, et s'enseignait non pas 
en 182 3, comme le Tableau chronologique 
cité par M. Karl Morel, mais en i83o; et, 
« par la protection que M™« la vicomtesse 
de Gontaut accorde aux bonnes lettres, » 
l'ouvrage de M. de Foris « a obtenu l'in- 
signe faveur de son admission pour la bi- 
bliothèque de LL. AA. RR. les Enfants 
DE France. » 

Après avoir raconté « l'usurpation con- 
sulaire » et demandé : « Quel événement 
(la mort du duc d'Enghien) répandit la 
consternation en France? » l'auteur pose 
ces deux questions : 

• Quel fameux procès fixa dans ce mo- 
ment l'attention du public? — On étala aux 
yeux du peuple une conspiration contre 
Buonaparte. Ceux qui furent accusés d'a- 
voir ourdi ce complot furent traités de 
brigands. Moreau lut impliqué dans cette 
affaire; il fut arrêté, et aurait infaillible- 
ment péri, si l'opinion publique ne se fût 
fortement prononcée en sa faveur, et si les 
soldats, dont il avait toujours gagné l'ami- 
tié et la confiance, n'eussent inspiré quel- 
que crainte. 11 fut seulement condamné à 
deux ans de détention ; mais Buonaparte, 
qui crut dangereux de le laisser en France, 
le fit partir sur-le-champ pour l'Amérique. 
Le général Pichegru fat trouvé étranglé 
dans sa prison; le bruit circula bientôt 
dans Paris et les départements qu'il l'avait 
été par des mameluks, et le temps n*a 
plus laissé aucun doute sur ce fait. Plu- 



N« loi.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo mars 1869. 
,43 144 

ses sujets un intérêt tout paternel, ne 
voulut point compromettre leur dévoue- 
ment; le roi quitta sa capitale dans la nuit 
du 19 au 20 mars, prit la route de Lille et 
se retira à GaUd. A la nouvelle de son dé- 
part, la consternation fut générale. Le 20, 
à neuf heures du soir, Buonaparte rentra 
dans Paris, escorté de la lie du peuple 

o Comment se comporta Buonaparte 
(après Waterloo)? — Le souverain de l'île 
d'Elbe s'enfuit précipitamment à Paris; 
mais à rapproche des alliés, il partit pour 
la Rochelle, et n'ayant pu s embarquer 
pour l'Amérique, il fut obligé de se rendre 
aux Anglais, qui, de concert avec les au- 
tres puissances, le reléguèrent à Tile 
Sainte- Hélène pour le reste de ses jours. 
Les vainqueurs ne ralentirent pas un mo- 
ment leur marche, malgré la résistance 
héroïque des débris d'une armée accoutu- 
mée à vaincre. Paris leur ouvrit ses portes 
le 7 juillet, et le roi y fit son entrée le 8... 
Tout le monde se précipitait sur son pas- 
sage et annonçait, par 1 excès de sa joie et 
les cris mille et mille fois répétés de Vive 
le roi! que son retour était l'objet des 
vœux les plus ardents des Français. » 

Je m'arrête. En voilà bien assez, j'es- 
père, pour prouver que le P. Loriquet na 
pas pu aller plus loin dans sa fantaisie his- 
torico-jésuitique. — Encore une petite ob- 
servation pourtant. De la Charte, pas un 
mot dans l'ouvrage de M. de Forîs. Des 
services pour le repos de l'âme des princes, 
la basilique de Sainte-Geneviève rendue i 
sa destination première, l'érection du mau- 
solée du duc d Enghien et des monuments 
expiatoires à la mémoire de Louis XVI, de 
Marie-Antoinette et de Madame Elisabeth, 
ainsi que l'inauguration de la statue àt 
Henri IV, voilà des actes dignes de passer 
à la postérité; mais de la Charte, cette 
seule excuse pour le monarque sorti deux 
fois des fourgons étrangers, il était certes 
bien inutile d'en parler aux Enfants de 
France, à la veille du jour où leur aïeu! 
allait la déchirer. J. Mt. 



sieurs personnes furent condamnées à 
mort; entre autres le brave Georges Ca- 
doudal, Lajolais, etc.; les unes furent 
exécutées, les autres obtinrent leur grâce. 
La postérité n'oubliera jamais les exploits 
de Moreau et de Pichegru; et c'est pour 
en perpétuer le souvenir qu'un monument 
sera élevé dans leur pays natal à la mé- 
moire de ces deux grands hommes, » 

o Que fit ensuite Buonaparte? — Ne 
trouvant plus d'obstacles à ses projets am- 
bitieux, il consomma son usurpation le 
18 mai 1804. Le Sénat lui déféra la di- 
gnité impériale héréditaire. Il y eut divers 
changements ; on créa des grands digni- 
taires, des collèges électoraux, une haute 
cour, dite impériale, et l'on rétablit les 
maréchaux de France. Buonaparte prit le 
nom de Napoléon. Cet homme, dont l'am- 
bition a fait verser tant de pleurs et dç 
sang, naquit en Corse le i5 août 1769, 
dans la ville d'Ajaccio, où son père était 
procureur, » 

Ce dernier trait pourrait être qualifié de 
coup de poing de ta fin, — Je ne commet- 
trai pas l'indiscrétion de demander aux 
huonapartistes ce qu'ils pensent de l'étran- 
glement de Pichegru par les mameluks, 
et de a l'usurpation » du 18 mai 1804. 
Je passe sur les « événements militaires 
depuis la mort de Louis XVII jusqu'au 
18 mai 1804, où l'auteur narre avec 
complaisance les succès des étrangers con- 
tre les Français, tandis qu'il glisse vive- 
ment sur les victoires des armées républi- 
caines ; et j'arrive aux « événements aepuis 
que Buonaparte s'est qualifié empereur, » 
pour en extraire cette dernière citation : 

« ( 1 8 14.) Que manquait-il aux Français? 
— La présence de leur roi. Sa Majesté ar- 
riva le i"* mai à Saint- Ouen. Dans tous 
les endroits qui se trouvèrent sur son pas- 
sage, elle vit éclater les transports de la 
joie la plus vive et la plus sincère. Le 
3 mai, elle fit son entrée dans Paris avec 
Madame, duchesse d'Angoulême,le prince 
de Condé et le duc de Bourbon, au milieu 
des acclamations d'une joie universelle ; 
elle se rendit à la basilique de Notre- 
Dame, où fut chanté un Te Deum en ac- 
tions de grâces de son heureux retour. 
Quelques jours après, le roi y fit célébrer 
un service pour le repos de l'âme de 
Louis XVI, de la reine Marie-Antoinette 
d'Autriche, de Louis XVII et de Madame 
Elisabeth. Le traité de la paix générale fut 
signé à Paris le 3 mai. Ce fut le 4 juin, à 
l'issue de la séance royale, que la chambre 
des députés proclama le monarque Louis 
le Désiré, 

a Buonaparte ne revint - il pas en 
France? etc.. Quelles en furent les sui- 
tes? — L'armée fut entraînée dans le 
camp de V ennemi par la trahison de quel- 
ques officiers supérieurs. L'esprit public 
était fortement prononcé contre Buona- 
parte y- mais Louis XVI II, qui portait à 



Une réhabilitation de Jndas. — « ^^ 

cardinal Mazarin racontoit avoir entendu 
un prédicateur, capucin, faire l'apologie 
de Judas, en représentant qu'il étoit in- 
tendant des finances et maître d'hôtel de 
Jésus-Christ, et que, manquant de fonds 
pour la subsistance des apôtres, il pensa 
qu'en livrant son maître aux Juifs, c'étoit 
le vrai moyen de rétablir ses finances, et 
avec d'autailt plus de raison qu'il se croyoit 
très-sûr que son maître auroit le pouvoir 
de se tirer de leurs mains. » (Pièces inté- 
ressantes et peu connues pour servira 
Vhistoire et à la littérature, par M. D. L- 
P. (de la Place). Tome !•'. Bruxelles, 
1785, page 299. T. DE L 

Paru. - Tjp. de Ch. Meyrueis, rue Cuja», 18. - 1*9 



fttmQvi 



Numéro 102. 



Cherches et 
vovM tromtrts. 




Il tê faut 
entr*aider. 



ÎS mars 1869. 



— ♦— 



£ 2nictmélfïaïte 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.) 



145 



146 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 

— ëpigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

« Credo, quia absnrdniii.» —Cette pensée 
que M. Pierre Larousse attribue à saint 
Augustin (Voir son excellent livre : Flore 
Latine^ p. 77), serait-ce autre chose qu'une 
fausse citation de TertuUien? Ce célèbre 
docteur a dit: 

Certum est, quia impossibile est. 

(Voir son De Carne Christi, c. 5.) Du 
reste, je tiendrais à savoir précisément où 
saint Augustin emploie la phrase qu'on 
lui attribue généralement. 

CAmsterdam.) H. Tiedeman. 

Une chanson populaire du temps de 
Louis XIV. — Au verso de deux petites 
gravures populaires du tempsde Louis XVI 
qui sont dépareillées, j'ai trouvé écrits à 
la main quatre couplets (6«, 7®.. 8* et j«) 
d'une chanson, mêlée de parlé, que voici 
tels quels: 

6- Vous estes une jeune fille du printems, 
belle et gaillarde. Gar le pot au noir. 

Vous, jeunes filles, gardez-vous 
De ces galands pleins de fleurettes, 
Q.ui ne deviennent point époux 
Et qui ne font que des coquettes. 
Quoy qu'ifs fassent enfin voulant vous engager, 
Esvitez avec eux le moment du berger. 

7. Vous estes un jeune homme d'esté qui 
ne nez la belle aux bleds. 

Vous, jeune homme, qui voulez plaire, 
Que le respect accompagne toujours 

Vos actions et vos discours. 

Mais si quelque folble bergère 

S'écarte parfois avec nous. 
Et en cas qu'elle ne soit point cruelle, 
Tant pir pour elle. 

8. Je crains que vous ne soyez de ces jeunes 
filles qu'on meine aux bleds. 

Poulettes, petites poulettes, 
Que le coq veut mener aux bleds, 
Gardez-vous-en si vous voulez 
Et craignez, si vous ne le faites, 
Que vous n'en reveniez coquettes. 



9. Vous estes le temps du monde. Ah! que 
vous avez de confrerres. 

Avec ma bourse de jettons 
Que je laisse aux messieurs qui sont dans les 

Fussent-ils de sages Catons, [finances, 
Ils recevront de moi cet avis d'importance : 
A leurs bureaux Targent se compte exactement; 
A leurs moitiés chez eux Ton en conte autre- 

[ment. 

Les gravures au verso desquelles se 
trouvent ces quatre couplets, dans lesquel- 
les on reconnaît la tournure des rondes 
enfantines, des jeux innocents du bon vieux 
temps, se rapportent au sens de ces paro- 
les. Ainsi, l'une d'elles représente l'ÉTÉ, 
sous la figure d'un cavalier donnant le bras, 
et même la main, à une d.onzelle qu'il mène 
aux bledSy ainsi que l'indique le bouquet 
d'épis dont son sein est paré. Cela rappelle 
l'un des pendants de l'estampe si connue, 
la Permission de vingt-quatre heures, — 
L'autre montre un bonhomme en houp- 
pelande et bonnet à cornes, un financier 
sans doute, assis à une table sur laquelle 
est, je crois, un tas de jetons, et comptant 
sur ses doigts. Dansuncoinonlit:TAMPS 
DVMONDE. — Une autre planche, mais 
qui n'a rien d'écrit au dos, est le PRIN- 
TENT(5zc), c'est-à-dire, un cavalier à per- 
ruque et costume Louis XIV, oflfrant une 
rose à une belle demoiselle ou dame en 
grande toilette et haut coiffée sur le devant 
de la tête, suivant la mode d'alors. 

On voit qu'il devait y avoir autant de 
planches que de couplets à la chanson. 
Mais, cette chanson elle-même, est-elle 
connue, en a-t-on le texte, avec la tête et 
la queue qui nous manquent ? 

Subsidiairement, que signifie, dans le 
langage* d'alors, le personnage appelé 
Temps du Monde et qui joue ici le rôle 
d'un Sganarelle banquier? S. D. 



Quelqiies vers à contrôler. — Pourrait-* 
on me dire avec précision si les vers sui- 
vants existent positivement, et d'où ils sont 
tirés? 

i«Et vous avez pour vous le tonnerre de Dieu ! 
(Attribué à Lamartine. Toussaint 
Louverture expliquant aux nè- 
gres l'usage des armes à feu.) 

TOME V.— 6 



N« 102.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



- H7 



- 148 



2" De la vie il sortit comme un vieillard en sort. 
(Attribué à Adolphe Dumas.) 

3" La famine est si forte 

Que mon père en ces lieux» seul, à manger 

[m'apporte. 
(Attribué I d'Arhncourt.) 

4" J'habite la montagne et j'aime la vallée. 

[Id.) 
Louis Duluat. 



Pierre de la Tombe. — Les amateurs 
d'eaux-fortes savent qu'on désicne tort 
inexactement, sous le nom de Ta Petite 
Tombe j une planche fameuse de Rem brandt 
(Jésus préchant) donnée par l'auteur à son 
ami Pierre de la Tombe. On sait aussi, par 
l'inventaire des biens de Rembrandt, que 
cet âffli avait acheté à frais communs avec 
le peintre un tableau de Giorgione que ce 
dernier avait chez lui. On a queloues ren- 
seignementSy assez incomplets d ailleurs, 
iur Pierre et sur son frère, N. delà Tombe. 
On voudrait savoir si leur famille était 
frartçaise ; quelle est l'origine de leur nom 
bizarre et lugubre, et enfin s'il existe quel- 
que part des indications utiles sur Pierre, 
son frère ou d'autres personnes de leur 
nom. J. DE Bramapank. 



Le « Beau DmiQls » est-il bien le fils de 
la reine Hortense? — Dans la très-curieuse 
introduction de son Histoire du second 
Empire (Paris, 1869), Je lis cette question 
posée par M. Taxile Delord; « Les déni- 
« cheurs de difficultés historiques ont pu 
a contester à Rouget de Tlsie la paternité 
« de la Marseillaise^ mais comment dis- 
« puter à la reine Hortense la sentimen- 
« taie romance du Beau Dunois^ ces vers 
« et cette mélodie qui semblent dictés par 
« la musé de TEmpire elle-même à celle 
H qui fut, jusqu'à son dernier soupir, le 
a vivant symbole des traditions, des arts, 
a de la littérature, des plaisirs de ce temps?» 
— Hé bien, n'en déplaise à M . Taxile 
Delord, j'ai entendu des personnes de 
très-bonne foi et fort au courant des cho- 
ses, qui, mettant de côté toute galanterie, 
déniaient à la muse du premier Empire la 
maternité réelle du beau Dunois, et en 
nommaient le véritable père. On citait à 
ce propos cette épigramme de Lebrun- 
Pindare : 

Ëglé, femme et poète, a deux petits travers : 
Elle fait son visage et ne fait pas ses vers. 

Malheureusement, j'ai oublié le nom 
du poëte-compositeur plein de complai- 
sance qui se prêta à cette supposition d*en- 
fant. Ce n'est là, en définitive, qu'une pec- 
cadille littéraire et musicale, et ces choses- 
là se font volontiers, dans la bonne société, 
entre gens comme il faut- Quelques lec- 
teurs dé V Intermédiaire ont peut-être sur 
ce sujet des renseignements plus directs et 
dés souvenirs plus précis que les miens. 



Je leur fais appel, puisque la recherche de 
ce genre de paternité n'est pas interdite. 

S. D. 

Origine de Thôtel Cârnayalet. — Dans 

le catalogue de la collection d'autographes 
du D*" Morelli, dont la vente est annon- 
cée pour les premiers jours de mars, je 
vois: 

o Don fait par Henri III à Dame Fran- 
« çoise delà Baulme, V® du sieur de Carna- 
« va/^/, en rémunération des services de ce 
« dernier, de la maison du Petit-Bourbon^ 
« près de la rue Saint- Antoine, iSyS. » 

Peut-on dire quelle était la nature des 
services rendus par le sieur de Carnavalet 
à Henri III, et ce qu'était le Petit- Bourbon 
sous le petit Valois ? P. A. L. 

A quelle date Louis XIV signa-t-il la ré- 
vocation de TEdit dé Nantes? — Je me 
trouve en présence de quatre dates (2 < 17, 
18, 22 octobre i683) indiquées par divers 
historiens. Celle du id est donnée par la 
France protestante des frères Haag. Peut- 
on l'adopter? Alph. L. 

Benserade et sa maison de (ientilly. — 

Je vois son nom écrit tantôt Benserade^ 
tantôt Bensserade. Quelle en est la véri- 
table orthographe ? 

Je rencontre dans le Siècle de Louis XIV, 
de Voltaire, cette note à propos du même 
auteur : « Sa petite maison de Gentilli, 
où il se retira sur la fin de sa vie, était 
remplie d'inscriptions en vers, qui valaient 
bien ses autres ouvrages; c'est dommage 
qu'on ne les ait pas recueillies. 9 

La note de Voltaire me fait supposer 
que la maison de Benserade n'existait 
plus de son temps. Est-elle en effet détruite? 
Les inscriptions qui l'ornaient ont-elles 
été conservées? 

PROSPER BlANCHËMAIN. 

Mot attribué au peintre David. — M . Ch. 
Monselet, dans ses Oubliés et Dédaif^nés 
(t. I, p. 72), met dans la bouche de Séb. 
Mercier la phrase suivante : « J'ai entendu 
David, peintre du roi et barbouilleur de la 
République, crier à tue^tête : — Tirez, ti- 
rez à mitraille sur tous les artistes, vous 
êtes sûr de ne tuer aucun patriote parmi 
ces gens-là! » Le grand peintre républi- 
cain a-t-il vraiment prononcé ces paroles 
sauvages? J. R. 

Cornes. — Dans l'antiquité, on profes- 
sait pour les cornes un religieux respect; 
depuis quelle époque et sous quelle cause 
cet ancien signe cie force et de puissance 
est-il devenu l'emblème de la faiblesse et 
du déshonneur? Th. Pasqjuier. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 mars 1869. 



- H9 



i5o 



t Le Mif oli' delà jeunesse. • — Le Miroir 
de la Jeunesse^ pour la former à bonnes 
mœurs et civilité de v/e, Poictiers, i55g, 
in- 16 ; puis, Paris, 1 56o, sous ce titre : Civi- 
lité puérilej souvent réimprimé depuis. Où 
trouver un exemplaire de cet ouvrage au- 
jourd'hui fort rare de Mathurin Gordiery 
l'auteur des Colloques, le savant profes- 
seur du collège dô Sainte- Barbe? J. B; 



Le I Dictionnaire > dé Bonillèt et la 
cour de Roitie. — J'ai vu chez un de mes 
amis, il y a six ou huit ans, une petite 
pla(juette, de cent à cent cinquante pages 
environ, grand in-8, imprimée à deux co- 
lonnes, et que je crois très-curieuse. 

C'était un petit tirage à pari^ — clan- 
destin probablement, — exécuté par les 
ouvriers typographes et pour eux-mêmes, 
lors du remaniement de la nouvelle édi- 
tion a refondue » du Dictionnaire d^ His- 
toire et de Géographie de Bo'uiLLEt, pu- 
bliée avec rapprobïltion du ^int-siége. 

Cette brochure contenait, — si ma rtié- 
moire ne me fait pas défaut -^ r i» tous les 
anciens articles incriminés par la Congré- 
gation de l'Index, et 2», imprimés en re- 
gard, les nouveaux articles destinés à 
remplacer les premiei'S, — revus, corrigés 
et considéra bkrtiênt remaniés par la cour 
de Ronaè. — Saurait-on me dire, aujour- 
d'hui, s'il eJtiste encore, de cette rare pla- 
quette, beaucoup d'exemplaires qui soient 
connus des bibliophiles? Ulric. 



*» 



• immti 



ddk 



ïdî oii doUne le oHs fllj 14). — A Fen- 
coignure des fiies Soufflot et Toulliér, au 
quartier latin de Paris, on voit appendii à 
la boutique d'un marchand de vms, qui 
s'intitule Restaurant du Panthéon, un écri- 
teau ainsi conçu : Vin gris d*Issoudun, 
Eerrjr, 75 centirhes la bouteille. 

Ne serait-ce pas, dans des termes diffé- 
rents, la même annonce que celle contenue 
en l'inscription énigmatique de Bourges, 
capitale du Befry? Ad. D. 



bndsen ^owe, assassin du jeune Las 
Cases, en i&25 (iV, 3 9 3). — Voici ce que 
dit à ce sujet Idi Biographie des Contempo- 
rains par Rabbe, Boisjolin et Sainte- 
Preuve, publiée avant la Révolution de 
i83o, et mise à contribution par toutes les 
biographies postérieures. 

Article Las Cases (Emmanuel)... « Après 
la mort du prisonnier de Sainte-Hélène, il 
fit un voyage en Angleterre, pour y cher- 
cher le fameux geôlier HudsonLowe, au- 
quel il infligea publiquement un sangla n t ou- 



trage sans pouvoir le déterminer à réclamer 
une honorable satisfaction. Mais quelques 
années après, Hudson Lowe vint louer une 
habitation aux environs de Passy, où rési- 
dait M. de Las Cases, et le jeune Emma- 
nuel fut assassiné par deux Italiens, qui 
disparurent soudainement, ainsi que le 
lâche voisin, auquel ce criftie fut généra- 
lemerit attribué, Heureusement les bles- 
sures de M. de Las Cases ne furent pdînt 
mortelles. » Frédéric Lock. 

— Dans le Mémorial de sir Hudson Lowe 
(Léon Dubreuii, Paris, i83o, f» 399), il esç 
dit : « Le jeune Las Cases, le même qui 
« m'avait si violemment insulté à Londres 
u (il lui donna publiquement des coups 
« de cravache), fut assassiné un soir comme 
« il revenait ae Passy, petit village aux 
« portes de Paris; il reçut un coup de 
ce poignard dans la poitrine, et sahs le 
« portefeuille qu'il avait dans ïa poche dq 
« son habit, nul doute qu'il n'eut expiré 
« sur Je coup. Aussitôt la voix publique, 
« j'entends dire la voix des journaux, 
« m'accusa de cet horrible assassinat; 
" c'était, disait-on, un Italien que j'avais 
« à mon service, habile à manier le stylet, 
w comme tous mes anciens bandits corses 
« et calabrais, qui avait porté le coup. Me 
a disculper, était inutile; on était trop dis- 
« posé à croire de moi les pli^s horrilgies 
tt et atroces actions; je laissai donc dire 
« encore, et je partis pour les Indes. » 

Je trouve consigné dans ce même ou- 
vrage un fait généralement ignoré, mais 
qui ne laisse pas que d'avoir son intérêt 
historique. A la page 60, sir Hudson Lowe 
dit : « Qui a soufflé et suggéré au cabinet 
« anglais et aux puissances du continent 
« l'idée de confiner Napoléon à Sainte- 
« Hélène? Quelle inspiration- satanique 
« leur a fait jeter les yeux sur ce rocher 
« désolé, placé au milieude l'Océan, comnae 
« une lugubre et solitaire prison? Peu de 
a gens i'oni: su. J'ai entenclu les uns attri- 
« buer la désignation de ce lieu de capti- 
« vite aux causeries ébruitées d'un officier 
« subalterne, au service de la Compagnie 
« des Indes ; cf'autres en faisaient honneur 
tt au ministre Casilereagh; la plupart n'y 
« voyaient qu'un effet du hasard et de ces 
« soudaines inspirations qui viennent à 
«< l'esprit des diplomates, et que plus tard 
« on admire comme un puissant effort de 

Cl leur génie L'étonnement fut grand 

u en Europe, le )our où l'on apprit que 
« l'Empereur déchu était envoyé à Sainte- 
u Hélène. Quant à moi, lorsque je sus le 
a but du voyage du Northumberland, je 
« n'en fus nullement étonné. Depuis quel- 
« que temps j'avais ouï murmurer en An- 
« gleterre que l'intention des hautes puis- 
« sances était d'envoyer Napoléon à 
M Sainte- Hélène. Il était encore à l'île 
« d'Èlbe, ne songeant pas le moins du 
« monde à quitter son palais de San-Mar* 



U* 102.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



— i5i 



l52 



« tino, que déjà les ministres et plénipo- 
« tentiaires des rois méditaient au congrès 
« de Vienne sa translation au delà de 
a rOcéan. C'est même à ce projet, éventé 
a et communiqué à Napoléon, que plu- 
tt sieurs attribuent cette audacieuse et gi« 
a gantesque expédition à Cannes, et ce 
« retour à Paris, oui jetèrent tant de per- 
« turbation et d'alarmes sur le continent, 
a Or, voici à quelle inspiration le congrès 
a dut la découverte de Sainte- Hélène 
a comme lieu propice à détention pour ce 
a Napoléon, dont la présence et le voisi- 
« nage eîï'rayaient tant les gouvernements, 
« et surtout celui de France. Ce fut Wel- 
« lington, oui^ le duc lui-même^ qui pro- 
« posa au congrès d'envoyer Napoléon 
« dans cette île, disant que c'était le point 
« le plus convenable de monde pour un 
« emprisonnement perpétuel, 

« Lui-même avait une connaissance par- 
o faite de l'île, il y avait relâché en revê- 
te nant de l'Inde, sur une frégate comman- 
« dée par sir George Cockburn, le même 
« quidepuisfutamiral, conduisit Napoléon, 
« sur le Northumberlandy au lieu de sa 
« captivité, et fut chargé pendant quel- 
« ques mois de veiller sur lui à Samte- 
« Hélène. P. A. L. 

Taconnage (IV, 346).— La signification 
précise du mot taconnage est raccommo- 
dage. Cette expression, autrefois usitée 
dans une partie du Dauphiné et de la Sa- 
voie (on sait que Josej^h de Maistre est né 
à Chambéry), est maintenant tombée en 
désuétude. On la retrouve encore dans le 
patois dauphinois, et probablement aussi 
dans le patois savoyard, ce que nous n'a- 
vons pu vérifier. Dans certains cantons du 
Dauphiné, un valet de ferme dit, en par- 
lant de ses maîtres : « Ils me donnent tant 
en argent « et me tacounent; » c'est-à-dire 
ils entretiennent et raccommodent mon 
linge et mes vêtements. Dans quelques lo- 
calités, on dit aussi « rataconnau » (rata- 
conner) pour raccommoder. 

Le mot taconnage ne se trouve pas dans 
le Dictionnaire étymologique. Au mot 
Tacon, Ménage dit simplement Petit sau» 
mon. Il n'y a là rien de commun avec 
l'expression qui nous occupe. 

La véritable étymologie est donnée, 
croyons-nous, par le Dictionnaire des An- 
tiquités de Borel. Voici ce que dit ce der- 
nier : V Tacon, de l'italien taccone, qu'An- 
toine Oudin dit signifier : un bout à un 
soulier, est le nom qu'à Metz on donne au 
gras-double; et à Genève, c'est un mor- 
ceau de vieux cuir. » Le vieux cuir sert à 
raccommoder les vieux souliers ; il est na- 
turel de conclure que le mot taconnage, 
appliqué d'abord au raccommodage des 
souliers, prit ensuite un sens plus général, 
et fut employé chaque fois qu'il s'agissait 
de faire une réparation à un vêtement 



quel qu'il fût. Il est inutile d'ajouter que 
le canton de Genève, le Dauphiné et la 
Savoie sont trois contrées hmitrophes, 
dans lesquelles les patois particuliers à 
chaque localité, encore parles sans excep- 
tion dans les campagnes, offrent entre 
eux beaucoup d'analogie. 

En renvoyant ses filles au taconnage, 
Joseph de Maistre, depuis imité en cela 
par Proudhon, les renvoyait, comme Ta 
fort bien compris M. L. D. L. S., à leur 
travail de ménagère, dont le raccommo- 
dage formait autrefois, et devrait former 
encore la base essentielle. Fr. F. 



Saint Jérôme a-t-il jeté an feu les Sa- 
tires de Perse? (V, 3.) — Par la pureté de 
son cœur, autant que par l'élévation de 
son génie. Perse méritait de captiver, 
quoique païen, l'attention d'un évêque; 
c*est un honneur qui, plus d'une fois, lui 
est échu en partage. Aussi une légende, 
qui n'intéresse pas moins la piété que les 
lettres savantes, raconte-t-eJle d'âge en 
âge comment le digne disciple de Cornu- 
tus et de Xénon fut admis dans l'intine 
familiarité des plus grands hommes du 
siècle d'or de la littérature chrétienne. 
D'abord le plus docte des Pères de l'Eglise 
latine, celui-là même qui naquit sur les 
confins de la Dalmatie et de la Panaonie, 
à Stridon, saint Jérôme, en un mot, avait 
appliqué quelques instants son esprit à 
comprendre ce que le poète de Vola terre 
s'est complu à rendre mintelligible; et il 
avait bientôt posé à terre l'inipéné trahie 
écrivain, en lui disant : « S'il te fâche 
d'être saisi, tiens-toi là. » Puis, le fils de 
Monique, ce manichéen que la lecture de 
Platon et de Cicéron devait conquérir à 
notre foi, essaya, lui aussi, de déchiffrer 
l'énigme en sept cents vers, plus connue 
sous le nom de « les VI poétiques Pam- 
phlets de Perse. » Et, comme il y réussis- 
sait trop lentement au gré de son impa- 
tience, il jeta, de dépit, le livre dans le feu 
de son foyer, en s'ccriant : « Puis donc 
que tu ne veux pas t'éclaircir entre mes 
mains, va t'éclaircir au milieu des flam- 
mes. » 

Dans cette légende est ingénieusement 
marquée la diversité d'humeur de Jérôme 
et d'Augustin : le premier pose doucement 
à terre ce qu'il a de la peine à saisir ; le 
second, jetant avec vivacité loin de lui ce 
qu'il garderait plus longtemps sans profit, 
charge la cheminée du soin de répandre 
sa clarté sur les pages d'où il est impuis- 
sant, malgré sa féconde et brûlante con- 
ception, à faire sourdre le moindre jet de 
lumière. 

Une légende est une tradition a à lire, » 
mais on n'est pas tenu d'y croire : Le- 
genda, non credenda, A Éayle donc, et 
à ceux ^ui, comme lui, souhaiteraient 
une caution plus autorisée que celle de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX, 



[23 mars 1869. 



■> i53 



i54 



Biaise de Vigenère, je me contenterai de 
rappelei» deux distiques latins où le com- 
mentateur de Perse, Farnabe, est félicité 
d'avoir publié ensemble les deux princi- 
paux satiriques latins, a Avec ton Juvc- 
nal, ô Farnabe! Perse paraît au jour; et 
il est tiré des ténèbres où il s'est complu. 
Il pourrait le lire, et, après Tavoir autre- 
fois mis de côté, il le pourrait comprendre 
aujourd'hui, celui qui, né dans Stridon, 
avait reçu le nom de saint. » 

Cum Juvenale tuo, Farnabi, Persius exit, 
Âtque affectatis eruitur tenebris. [ille 

Quem legat^ et quondam neglectum intelligat 
Qui Stridone natus, nomine sanctus erat. 

J. P. 



Noblesse de la famille de Jeanne d'Arc 
(V, 3o). — Voye^ sur ce même sujet, dans 
la collection du journal le Figaro (n° 80, 
dimanche 7 octobre i855), un curieux et 
paradoxal article intitulé : a Jeanne d*ArCy 
mère de famille. » (Extrait du Recueil an- 
glais, VAthœneum), Ulr. 



a Plus SDUTentl » (V, 3i). — George 
Sand a signé les lettres de naturalité de 
cette expression, pour le Dictionnaire de 
l'Académie française de l'avenir : « Vous 
n'iriez point, disait-il en ajoutant un mot 
patois qui équivaut à notre inimitable 
PLUS souvent! Vous le dites, mais vous 
ne le feriez point. » {Lettres d'un Voya- 
geur. Lettre 111% Venise, juillet 1834.) 

Ulr. 



Origine des € errata » (V, 32). — - Cette 
question sera difficile à résoudre; pour- 
tant, il ne faut pas désespérer. Je suppose 
que M. E. S. a pris connaissance de v His- 
toire de V imprimerie^ de Paul Dupont. On 
y trouve (t. II, 396-400) quelques indi- 
cations assez curieuses sur les errata. Je 
me borne à en relever quatre, soit une 
par siècle depuis Tinvention de Guten- 
berg. — XV« siècle : « Le Juvénal an- 
noté par Merula et imprimé à Venise, en 
1478, par Gabriel Pierre, est un des plus 
anciens livres où se trouve un errata; il 
est de deux pages. » L'imprimeur confesse 
que les fautes sont dues à l'incurie des ou- 
vriers. — XVIe siècle : « Jean Knoblouch, 
imprimeur à Strasbourg, laissa passer tant 
de fautes dans les œuvres de Pic de la Mi- 
randole, publiées en 1 5o7, qu'elles néces- 
sitèrent un errata de quinze pages. » — 
XV Ile siècle : « Le cardinal Bellarmin, 
voyant que les différentes impressions de 
ses controverses contenaient beaucoup de 
fautes, voulut en donner une édition exacte 
qui servît de modèle aux réimpressions 
quon en ferait à Tavenir; mais cette édi- 
tion, imprimée à Venise sur un manuscrit 



irre 
que 



îprochable, était encore plus défectueuse 
B toutes celles qui avaient paru; Ver^ 
rata qu'il en publia en 1608 est de quatre- 
vingt-huit pages. » — XVIlI«siècle: a Un 
livre, imprimé à Nuremberg en 171 6, écrit 
en latin, contient la biographie de cent cor- 
recteurs érudits ; et, par une espèce de fa- 
talité, il est rempli de fautes; V errata en 
signale six cents, mais il y en a bien da- 
vantage. » — Si ces citations ne suffisent 
pas à ébranler quelque peu l'opinion des 
personnes disposées à considérer comme 
article de foi le sine menda des anciens 
typographes, nous en ajouterons une cin- 
quième, tendant à prouver que, parfois, 
et aujourd'hui, on se donne plus de peine » 
que les imprimeurs du xVlo siècle, trop 
vantés aux dépens de ceux de nos jours. 
On lit, en tête d'une réimpression de V Ins- 
titution chrétienne de Calvin (librairie 
Meyrueis, 1859), un « Avis de l'éditeur » 
ainsi conçu : « On n'a aucune idée de l'in- 
correction des éditions anciennes. Celle 
que' nous avons choisie pour texte, la 
meilleure, était cependant criblée de ifau- 
tes : fautes d'impression, fausses citations, 
fausses indications de passages, incorrec- 
tions de tout genre. Pour ne donner qu'un 
exemple, sur près de quatre mille citations 
des Ecritures qu'on a vérifiées , on en a 
trouvé d'inexactes et rétabli près de mille.» 
Ajoutons que l'édition indiquée comme la 
meilleure est de Conrad Badius (un maî- 
tre !), et que le correcteur-réviseur de celle 
de 1859 en consulta quatre autres de la 
même époque, plus fautives encore. Con- 
cluons en disant que les imprimeurs actuels 
feraient probablement des ouvrages plus 
corrects si les auteurs soignaient plus 
leurs manuscrits, et si les éditeurs con- 
sentaient à accorder le temps rigoureuse- 
ment nécessaire à la bonne exécution des 
livres. Àlph. L. 

— J'ai sous la main environ cent cin- 
quante ouvrages, imprimés pendant les 
aV« et XVI« siècles, dont quelques-uns re- 
montent à l'année 1476, ante et circa. Ces 
respectables produits de l'art typographi- 
que, sans doute très-corrects, ne renfer- 
ment aucun erratum, A ma connaissance, 
très-bornée (je l'avoue sans honte), le plus 
ancien livre complété par une note correc- 
tive est le Sigeberti Chronicon^ imprimé à 
Paris par H. Estienne, i5i3, in-40, dont 
le dernier folio porte une note de quatorze 
lignes, intitulée : Errata nonnullis in locis 
deprehensa et ex officina recognita; on y 
voit l'indication des folios, des pages et 
des lignes où se trouvent les errata. Ce 
petit travail est très-méthodique; il doit 
avoir un ou plusieurs précédents. 
(Lyon.) V. de V. 



La Société, a Aide-toi, le ciel Vaidera » 

(V, 48). — La liste des affiliés à cette So- 



No 102J 



LUNTERMÉDIAIRE 



i55 



i56 



ciété, donnée par M. S. D., ne peut re- 
monter « à l'époque de la Restauration. » 
Elle date nécessairement des premiers 
temps du Gouvernement de J uillet, puisque 
M. Aroux, qui y est qualifié de procureur 
du roi à Rouen, fut destitué en i832, et 
que M. Joly, qui y est qualifié de procureur 
général à Montpellier, ne conserva ces 
fonctions que pendant peu de temps. 
(Alençon). L. de La- S. 

Emploi du sal dans la cérémonia du 
baptême (V, 53). — J. E. G. a raison de 
fiouter du fait allégué sans preuves par 
B. Palissy. Tpus les auteurs s'accordent à 
croire que ce rite est d'institution aposto- 
lique. Ce qui me confirme dans cette opi- 
nion, c'est qu'en ayant cherché l'origine 
dans les décrets des premiers papes, rappor- 
tés avec soin dans l'ouvrage de Ciacconius, 
intitulé : Res gestce ponttficorum ramanO' 
rum. Typis Vaticanis i63o,jene l'y ai pas 
trouvé, tandis que d'autres règles y sont 
rapportées, telles que rétablissement de 
J'eau bénite, l'addition de l'eau au vin dans 
la communion, etc., etc. 

Quoi qu'il en soit, ce rite est très-anciep, 
puisque On gène ^ qui vivait au III<* siècle, 
jsn parle dans une homélie sur E^échiel 
{Institutions liturgiques 4e Forniciy tra- 
duites p^r Boissonet, Paris, 1854, p. 33o). 

Foroici, au naême endroit, cite un pa^-r 
sa^e des Cpn/essions de saint Augustin, 
qui y fait allusion. Le voici : « Audierarn 
« çnim egp, adhuc puer, de yita ajterna 
v. npbjs promissa per huniilitaten^ filii 
<i tui Dor^ini Dei nostri desçepdenû^ a4 
w supertiarri nostram, et sigoabar tun^ 
if signo crucis ejus, ei çondiebar ejvs ^0lfi 
il )am inde ab utero matris iP6^ , qu^ 
ft piultRip ^peravit in te. » (Etant encore 
enfanf, j'avais entendu parler de la vip 
éternelle qui nous a été promise par votre 
fils le Seigneur notre Dieu, qui a daigné 
s'abaisser jusqu'à descendre du ciel pour 
guérir notre orgueil, et j'avais été marqué 
de sa croix et assaisonné de son sel, au 
sortir du sein de ma mère, qui a beaucoup 
espéré en vous. Livre I»"^, chap. xi , 

Outre cette allusion, qui ne prouverait • 
pas suffisamment, saint Augustin en a 
parlé plus positivement. Voici, en effet, 
ce que je lis dans les Origines et raisons 
4e la (iturgie catholique en forme de 
dictionnaire de l'abbé J.-B.-É. Pascal, 
Paris, 18^4, page 126, au mot baptême: 

« Le sel mis àla bouche est un rite delà 
« plus haute antiquité. Saint Augustin en 
« fait mention, et en général les Pères de 
à l'Eglise le considèrent comme l'emblème 
«de la sagesse qui doit briller dans un 
a chrétien. Quelques-uns l'ont considéré 
a comme un serment de fidélité, selon ce 
« que gratiqqaient certains peuples qpi, 
« pour jqrer à leur roi une soumission in- 



a violabie, mangeaient du sel en sa pré- 
« sence. • 

« Au sel succédait l'onction de l'huile 
a sainte... » 

Or je trouve l'origine de ronction de 
l'huile aainte, dans les Vitcp et Res gestce^ 
dès le premier siècle de l'Eglise. Donc 
l'emploi du sel dans le baptême était anté- 
rieur, puisque aucun pape n*a eu besoin de 
le recommander. 

Dans le Dictionnaire usuel des sciences 
ecclésiastiques de l'abbé Glayre, Paris 
1 861, au mot sel: a Comme le prouvent 
« les écrits de saint Augustin, on en a tau- 
o jowrj fait y sage dans le sacrement du 
« baptême. » 

Consulter les Pères cités par Duranti au 
livre I desonDerebus ecclestasticis, ch. xix, 
n*» i5; et le père Martèpe, livre I, ch. vi, 
n» 14. Moreri cite les observations sur le 
baptême de Joseph Vicecomas (ViscontiPi 
Milan, 161 5. E. G. P. 



Pri^99i^ns et Russes (V, 53). — Vol- 
taire', on le sait, par son exemple et sa 
grande influence, parvint à faire écrire 
comme ils se prononçaient, certains mots 
qu'on avait Tnabitude d'écrire autrement. 
Je ne ne citerai que le mol français^ qu'on 
écrivait /r^«f 015. 

Il fit substituer le mot impasse à celui 
de çul-de-saCy qui lui déplaisait souverai- 
nement, et c'pst encore à lui çju'il faut 
rapporter l'emploi du mot Russe, au lieu 
de Russieny ainsi qu'il rççulte du passage 
suivant, extrait de sa cnarmante corres- 
pondance : 



A M. le comte de Schowalow, à Moscou. 

f 

24 décembre 1758. 

Je me servirai du mot Russiefi , si 
vous le voulez; mais je vous supplie de 
considérer qu'il ressemble trop h Prussien^ 
et qu'il en paraît un diminutif; ce qui ne 
s'accorde pas avec la dignité de votre 
empire. Les Prussiens s'appelaient autre- 
fois Borusses, copime vous le savez, et, par 
cette dénomination, ils paraissaient subor- 
donnés aux Russes. Lç mot Russe a d'ail- 
leurs quelque chose de plus ferme, de plus 
noble, de plus original, que celui de Rus- 
sien; ajoutez que Kussien ressemble trop à 
un terme très-désagréable dans notre lan- 
gue, qui est celui de Ruffien^ et la plupart 
de nos dames prononçant les deux ss 
comme les deux ff^ il en résulte une équi- 
voque indécente qu'il faut éviter. 

Edgar Joubert. 



I1P Çej^^ est la splende^ du Vrai (V, 53;i. 

rr.'Nôn, Platon n'a dit nulle paft ei^ ter- 
mes formç)s : tt Le Bpau e§t m splendeur 
4h YrRit » ^1 ^'^ P^s ipême ^\\ catégpri- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX/ 



l57 



[25 mars |86g. 



i58 



quement, çp qui egt 4éjà ua peu bien dif- 
férent : « île Beau est la splendeur du 
Bon. M Mais que le Beau soit le Bon res- 
plendissant ; que le Beau soit par suite 
l'éclat, la splendeur du Bon, telle est la 
vérité implicitement contenue dans toute 
la doctrine platonicienne, et qu'il est im- 
possible de n*y pas voir en vingt endroits, 
sauf à l'exprimer ensuite d'une manière 
précise et concise, pour peu qu'on Use, 
avec réflexion et synthétiquement , les 
écrits du cygne de TAcadémie, comme 
l'appelait Socrate. Aussi bien Plgton 
distingue trois sortes de Beau, Tua pour 
les yeux, le Second pour le cœur, et le 
dernier pour l'intelligence. « Nous pas- 
sons, dit-il dans le Banquet, des beaux 
corps aux beaux sentiments, et des beaux 
sentiments aux belles connaissances. » 
D'ailleurs, il déclare plus d'qne fois que 
de ce triple Beau l'archétype ou Tidéal ré- 
side dans le sein même de la Divinité. 

C'est dans ce même dialogue, intitulé 
le Banquet, qu'un des interlocuteurs, 
après avoir demandé : « Paraît-il que les 
bonnes choses soient belles ? » reçoit pour 
réponse : a II me le paraît. » Et Tentre- 
tien se poursuit ainsi : — A. « Si l'amour 
manque de beauté et que le Beau soit in- 
séparable du Bon, l'amour manque donc 
aussi de bonté? — B. Il en faut demeu- 
rer d'accord. » L'argumentation du phi- 
losophe aboutit jusqu'à présent, à ceci : 
Il n y a rien de beau qui ne soit à la fois 
bon: si une chose est belle, elle est par 
cela même bonne aussi. Donc, si l'amour 
n'est pas beau, c'est que l'amour n'est pas 
bon non plus. 

Mais c'est dans VHippias Major, à con- 
dition que vous le comprendrez exac- 
tement et que vous le rendrez comme 
vous l'aurez compris, qu'il vous est ré- 
servé de puiser une preuve encore plus 
lumineuse de la vérité que j'atteste. So- 
crate : a De ce que nous découvrons, il 
résulte évidemment que le Beau est fils 
d'un père; que le Beau a un père, le Bon. » 
Hipp'ias : « Tu parles d'or, ô Socrate ! » 
Socrate : a Ne parlé-je pas d'or aussi en 
disant que le père n'est pas le fils ni le fils 
le père? » Cela signifie, à n'en pouvoir 
douter : Il ne faut confondre ni le père 
avec le fils ni le fils avec le père, puisqu'ils 
sont distincts l'un de l'autre. Mais pour 
qui connaît tant soit peu la manière so- 
cratique des dialogues de Platon, il est 
clair que ce sont les paroles mêmes d'Hip- 
pias qui fournissent la réplique au martyr 
de la vérité ; en un mot, aue s'il met sur 
ses lèvres les noms de a fils et de père, « 
c'est que, à une minute de là, ils sortaient 
de la bouche d'Hippias, dans la phrase 
in^roédi^îemepç antérieiire. Par pjdbeur, 
le texte grec %, (de plus en plus; pâti de siè- 
cle en siècle.' Ainsi, au XVI«, Henri Jl^- 
tienne éditait et traduisait ainsi le passage 
c^pit^l dans U ^46 Wn goptroyersée : 



Tivoç « tSea » eïvat th îtaXèv tou à-^a^olj. 
Traduction latine : « Et, ex iis sane quaî 
comperimus, illud etfici videtur, pul- 
chmm boni ratione îdeam quamdam, ef- 
ficacemque formam paremis habere. » 
(Page 297, lettre B, éaition de 1 578.) 

Au XIX» siècle, deux mutilations de 
plus ont obscurci encore davantage, faussé 
et dénaturé d'autant la pensée du philo- 
sophe grec. D'abord, la préposition ev a 

été interpolée entre £6pfay,oj;.5v et icaipiç; 
ensuite, cet a fêea, » déjà si méconnais- 
sable, a reçu, bon gré mal gré, un iota 
souscrit. Lise? plutQt ; Kal xtvSuveùei, èÇ 
wv £,\)piTAO\LV/, « Bv B ^axpôq TIVOÇ « làioL » 
cTva'. To y.aXbv Toi3 aYaOou. » Version la- 
tine : « Unde, per ea quae invenimus , 
pulchrum ad bonpm patrîs cujusdam in- 
star esse videtur. » (Page 73o^) 

Daris la première interprétation, qui est 
de Henri Estienne, a ratione boni^ » et 
a ad bonum, » dans la seconde, sortie des 
presses de M. Firmin Didot, signifient 
tf par rapport au bon, vis-à-vis du bon. » 
Et l'pn fait dire ainsi à Platon, d'un côté : 
a Le Beau possiède, par rapport au Bon, 
une certaine espèce et une efficace forme 
de père; » et de l'autre : « Le Beau paraît 
être, vis-à-vis du Bon, à l'instar, à l'égal 
d'un père. » 

Enfin, spr le tout, va brochant la tradvic- 
tion française la plus récente et la plus es- 
timée, celle de feu Victor Cousin. La 
voici donc à la lettre : a II résulte de cette 
découverte que le Beau est en quelqup 
sorte (èv •ïuaTp6ç xivoç i8sa) le père du Bon. » 

Or cette pensée est diamétralement op- 
posée à celle de Platon, et je le prouve. 
Pour cela, au malencontreux « tBsa, » déjà 
incompréhensible et mal écrit avant même 
qu'on l'ait encore défiguré en tSéa afin de 
l'ajuster, à titre de complément, à l'in- 
truse préposition èv, au rhoyen d'un iota 
souscrit non moins illégitime que la pré- 
position elle-même, — je n'ai qu'à substituer 
uîéa, synonyme de uîov. 

Et j'obtiens de la sorte : « Kai xivâuveùee, 
èÇ Sv £6p{axo[i.£v, xarp^ç Ttvoç uUa eîyat xb 
KaX(5v, Tou 'AYaôou. » Traduction latine : 
tt Et videtur, ex his quae detegimvis, patris 
cujusdam filium esse Pulchrum, (nempe) 
Boni. » Autrement, pour le français : « Et 
de ce que nous découvrons, il ressort évi- 
demment que le Beau est fils d'un père; 
que le Beau a un père, le Bon. » I$ga, dans 
l'exemplaire de Henri Estienne, n'a poi^t 
d'iota souscrit, point d'esprit, point d'ac- 
cent, trois signes extérieurs dont il est af- 
fecté dans l'exemplaire de M. Firmin Pi- 
dot (tdétff). Dès lors, si je voulais faire tout 
d'abord constater du regard l'évidente, la 



N» 102.] 



L'INTERMEDIAIRE 



i59 



i6o - 



visible certitude de ma découverte, je pla* 
cerais celle-ci entre les deux variantes fau- 
tives qui l'ont précédée, et Tœil saisirait de 
front les trois diverses formes d'un seul 
et même mot tracé de la manière suivante : 

(èectf uiéa, IHc^. 

Concluons : si le Bon est la source, la 
pure et limpide source du Beau, est-ce 
s'écarter de la doctrine platonicienne que 
d'en déduire, à titre de corollaire, et de 
proclamer cette vérité, aujourd'hui pro- 
verbiale : « Le Beau est la splendeur du 
Bon? » — Je ne le pense pas. Cette propo- 
sition n'est-elle pas identiaue à : Le Beau 
est le fils, le splendide fils au Bon, laquelle 
se lit, et plus d'une fois, en toutes lettres 
dans Platon? (Grenoble.) J. P. 



Garde des rôles des offices de France 
et marchand de vin privilégié de la cour 
et suite du Roi(V, 56). — Voir sur ces Mar- 
chands de vin, et généralement sur les : 
Marchands et artisans privilégie!^ suivant 
la cour et qui sont pour la fournir de 
toutes sortes de marchandises, l'Etat de 
LA France, édition de 1712, t. i, p. 657 et 
suivantes. Leurs droits, bénéfices et de- 
voirs y sont tout au long énumérés. Les 
Marchands de vin étaient les premiers 
privilégiés, suivant la cour, et leurs charges 
se vendaient environ 2 5,ooo livres. 

Quant aux gardes des rôles des offices 
de France, leur principale fonction était 
d'avoir les rôles et registres de tous les 
offices de France, qui étaient scellés. Ils 
exerçaient, près de la grande chancellerie. 
L'Etat de la France, t. III, p. 65, renseigne 
complètement sur ce qui les concerne. 

(Douai.) A. P. 



Cartes d'entrée à la Convention (V, 56). 
— Outre celles qu'ont gravées Morret et 
le conventionnel Sergent, une troisième a 
été dessinée par Laneuville et gravée par 
Augustin de Saint-Aubin; c'est un mé- 
daillon représentant la Liberté et l'Egalité 
debout, sur lequel on lit : Convention na- 
tionale, Rép, franc. Représentant du Peu- 
ple, membre du Comité d'inspection; une 
autre du même graveur, d'après un dessin 
de J.-B. Regnault, représente la Liberté 
recevant dans ses bras la victoire qui la 
couronne, suivie du Génie de l'abondance. 

Saini-Aubin a gravé des compositions 
analogues pour le Corps législatif et le Con- 
seil des Cinq-Cents. 

Sous le Directoire, la médaille du Corps 
législatif fut gravée par Gatteaux : les au- 
tres graveurs en médailles, dans l'œuvre 
desquels se trouve peut-être le jeton d'en- 
trée à la Convention, so^t : Andrieu, Droz, 
Dumarest et Dupré. 

(Auch.) H. Vienne. 



Sujets galants gravés par Choffard (V, 

57). — Ce n'est pas sans étonnement que 
je me trouve en mesure de fournir quel- 
que éclaircissement à M. Vienne, en pa- 
reille matière : mon cabinet est si pauvre 
en estampes! Je possède toutefois deux 
pièces qui donnent la solution des deux 
questions rappelées ci-dessus : ces deux 
estampes, que j'ai achetées chez un bro- 
canteur de bas étage, font un pendant 
parfait; elles sont intitulées : VEcueilàt 
ta Sagesse, la Tendre Amitié; la seconde 
répond exactement à la description de 
M. Vienne. 

Ces deux pièces sont, d'après les signa- 
tures, l'œuvre, pour le dessin, de M. Hoin, 
des académies de Toulouze {sic) et de Di- 
jon, et, pour la gravure, de De Monchy. 

L'estampe intitulée la Tendre Amitié 
ne saurait donc être considérée comme 
un des quatre sujets du même genre ap- 
partenant à l'œuvre de Choffard. 
(Nîmes.) Ch. L. 



Mariage morganatiqae (V, 58). — Eo 
réalité, le mariage morganatiaue n'est 
pas du tout une simple union de plaisir. 
A l'école de Droit (en i832 ou 33), notre 
professeur, après nous avoir expliqué que 
le concubinatus du droit romam était un 
véritable mariage, en rapprocha le ma- 
riasse morganatique. On pourrait très-bien 
définir le mariage de conscience^ mariage 
de la main gauche, mariage morgau- 
tique, un mariage où l'un des époux re- 
nonce aux effets civils, tels que le droit ou 
le devoir pour la femme et les enfants de 
porter le nom du mari, la communauté 
des richesses et des honneurs, le droit des 
enfants à l'héritage de leurs parents, etc. 
Seulement, on comprend avec quelle faci- 
lité, soit par raillerie, soit pour dissimuler 
la position honteuse d'une maîtresse, ona 
pu appliquer ces mots à une simple liai- 
son, et mariage de la main gauche^ par 
exemple, ne se prend plus guère au sé- 
rieux. Quant au mot morganatique^ il 
vient, dit-on, d'une dame du nom de 
Morgan, qui fut ainsi épousée par un 
prince. Je sens tout ce que ce rensei- 
gnement a d'incomplet, et qu'il faudrait 
pouvoir dire au moins quel était ce prince 
et à quelle époque il s'est marié. Mais 
aussi, je m'attends bien que ma réponse 
ne passera sous les yeux de M. F. M. que 
dans le cas où il n'y en aurait pas d'autre, 
et alors, ce sera un borgne qui sera roi 
parmi les aveugles, 0. D. 



Les délassements du père Gérard, oa la 

Poale de Henri IV mise an pot en 1792. 

Jeu national (V, 59). — Je possède ce jeu 

ui n'est qu'une variante du fameux Jeu 

e l'oie. Quatre-vingt-quatre anneaux 



1 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 mars 1869. 



161 



162 



partent d'un trophée de chaînes et de ver- 
ges, pour aboutir à la Nouvelle Constitua 
tioriy figurée par une corne d'abondance 
d'où s'échappent des fruits, des fleurs et 
des écus, et remplaçant l'ancien Jardin 
de Voie, On jouait avec des dés, redoublant 
sur les numéros où se trouvent des poules 
au lieu d'oies, et le premier arrivé au n® 84 
gagnait la partie. Chaque anneau ren- 
ferme l'indication d'une vertu ou d'un 
vice civique, d'une institution, d'un événe- 
ment politique. Comme au Jeu de l'oie, 
on avançait parfois ou Ton rétrogradait, 
selon le caractère de l'objet auquel cor- 
respondait le chiffre obtenu. Ainsi, on 
trouvait aun^ 18, Despotisme, La Noblesse 
n° 26, retournait au n» i, Egalité, Les 
Ministres^ n® 29, passaient à 62,* Res- 
ponsabilité. Varennes, n<> 65, rétrogradait 
à 14, La Loi; La Discorde, 71, à 7, UA- 
narchie; etc. Parmi les Règles, je remar- 
que celle-ci: « On peut donner aux mar- 
« ques ou jetons, une valeur aussi modique 
a que l'on veut. Mais si on leur donne 
a la valeur d'un sou, et au delà, les ga- 
« gnants sont obligés de donner aux pau- 
« vres quinze pour cent de leur gain, parce 
« que ce jeu national a pour but l'instruc- 
a tion et le plaisir, et non le désir d'en- 
a lever aux autres ce qu'ils ont ; » et cette 
autre : « Si un joueurparvient à un anneau 
« déjà occupé par la marque d'un autre 
a joueur, il retourne à la place d'où il était 
« parti : car il ne faut chasser personne de 
« la place qu'il occupe. » Une longue lé- 
gende, intitulée Sens moral, complète ces 
explications. Cette pièce avait environ 
40 centimètres sur 5o. Elle se trouvait à 
Strasbourg chez Treuttel, à Paris chez 
Onfroy^ et dans tous les Bureaux de Poste 
de la France. 

(Alençon.) L. de la Sigotière. 

a Benicourt, de Ronville, etc. » (V, 60). 
— Je puis donner quelques renseignements 
sur Marie de Béihune, comtesse de Rou- 
ville; ils sont très-courts, mais précis et 
authentiques. 

Dans V Histoire généalogique et chrono- 
logique de la maison royale de France, etc. 
du P. Anselme, tome iW, page 224, de l'é- 
dition de 1728, on voit que Marie de Bé- 
thune était le onzième enfant d'Hippolyte 
de Béthune, comte de Selles, marquis de 
Chabris, etc.. dit le comte de Béthune, 
marié, le 29 novembre 162^, à Anne de 
Beauvillier, comtesse de Samt-Aignan. 

Au tome VIII du même ouvrage, dans 
la généalogie de la maison de Rouville, 
(article : « Grands veneurs de France ») 
page 71 3, on lit que Marie de Béthune 
épousa, au mois d'octobre 1667, François 
de Rouville, dit le comte de Rouville, (de 
la branche des seigneurs de Meux) sous- 
lieutenant de la compagnie des Gendarmes 
de la reine. 



Il est question du comte de Rouville 
dans les Lettres de Madame de Sévigné 
(édition Walckenaèr , MDCCCXVIII,) 
tome I, 57, note; tome II, 246; tome VII, 
56 et note; et de Marie de Béthune, dans 
\ Histoire amoureuse des Gaules, Biblio- 
thèque Gauloise, tome I, pages 1 1 1 et 3i6. 

H. M. 



Le Catéchisme de 1806 (V, 64). — Tous 
ceux qu'intéresse cette curieuse Question 
et qui désireraient l'approfondir plus 
complètement , doivent se reporter à 
l'étude historique, publiée l'an dernier 
dans la Revue des Deux-Mondes et récem- 
ment réimprimée en volume de bibliothè- 
que: « L Eglise Romaine et le Premier Em- 
pire, 1800-18 14, par le comte ^'Hausson- 
viLLE, Paris, M. Lévy,2 vol. in-8", 1868. » 
Le chapitre 26 du tome 11% intitulé : Le 
Catéchisme impérial (pages 255 à 295) 
est surtout à lire entièrement, ainsi que 
toutes les pièces justificatives à Tappui 
(pages 436 à 443 ) contenant le relevé 
détaillé des correspondances officielles 
entre Rome et Paris, auxquelles a donné 
lieu la publication de ce fameux petit 
livre. 

Je ne sais pas résister à la tentation qui 
me vient de citer ici même les deux passa- 
ges ci-dessous : ils compléteront les diver- 
ses communications, déjà si nombreuses, 
des érudits rédacteurs de l'Intermé- 
diaire : 

€ Le Catéchisme de Bossuet, dont celui 
qui s'élaborait en ce moment était censé 
n'être que la reproduction, s'était contenté 
de consacrer deux courtes lignes à la défi- 
nition des devoirs des sujets envers leurs 
princes. Le prince lui-même, qui n'était 
autre alors que Louis XIV, était assez 
irrévérencieusement confondu avec la 
foule des supérieurs. « Que nous prescrit 
encore le Quatrième commandement? 
disait le catécnisme de Meaux. - Réponse : 
De respecter tous supérieurs, pasteurs, 
rois, magistrats et autres. » — : Voilà qui 
avait suffi, parlant du grand roi, à celui 
que de son vivant La Bruyère appelait 

Î)ar anticipation un Père de l'Eglise, et 
'histoire ne nous apprend pas que 
LouisXIV se soit trouvé offensé d'avoir été 
mis en seconde ligne, après les pasteurs, 
et seulement avant les magistrats. Sous le 
règne de Napoléon I", le chapitre relatif 
au quatrième commandement s'étend 
prodigieusement et prend les plus singu- 
liers développements. En 1686, une seule 
et unique leçon avait suffi, dans laquelle 
était en même temps compris ce qui regar- 
dait les cinquième, sixième et neuvième 
commandements. En 1806, comme l'obéis- 
sance aux autorités établies est devenue 
chose autrement importante, et la pierre 
angulaire du nouvel édifice, les préceptes 
concernant ce fameux quatrième com- 



N» 102.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



i63 



164 - 



mandement, n'occupent pas moins de trois 
leçons. Le chef de 1 Etat se croirait abaissé 
s'il acceptait, comme Louis XIV, une 
sorte de pêlç-mêle avec les autres supé- 
rieurs, il lui faut quelque chose de plus. » 
Etc. (page ;i66). 

Et, plus iQin*'. <<•*• Ce que le public dp 
nos jours sera, je crois, étrangement sur- 
pris d'apprendre, c'est que, loin d'être en 
rien autorisé par sa cour à favoriser la 
création d'un nouveau catéchisme, le repré- 
sentant du Saint-Siège à Paris avait reçu 
de Pie VII les ordres les plus formels pour 
agir dans un sens diamétralement opposé. 
La correspondance du cardinal Consalvl 
avec le cardinal Caprara ne permet à ce 
sujet aucun doute. Elle établit de la façon 
la plus authentique que... le légat, animé 
peut-être des meilleures ii^tentions, non- 
seulement ne se conforma point à ses in- 
structions, mais qu'il prit résolument, lui 
d'ordinaire si timide, le contre-pied de la 
ligne de conduite qui lui avait été soigneu- 
sement tracée. Il y a plus: afin de n'être 
pas gêné par de nouvelles et plus impérar 
tives injonctions qui pouvaient lui arriver 
de Rome, il laissa le Saint-Père dans la 
plus complète ignorance de ce qui se pas- 
sait à Paris ; il ne se fit aucun scrupule de 
garder un absolu silence sur cette longue 
élaboration du catéchisme impérial, qui se 
faisait sous ses yeux, de son consentement 
et avec sa pleine connivence. » Vid. loc* 
citât, (page 274). 

— Les lecteurs de V Intermédiaire qui 
désireraient être édifiés plus complètement 
encore, sur la publication du Catéchisme 
de 1806, devront, outre l'étude déjà citée 
de M. d'Haussonville, consulter aussi Tou- 
vrage suivant : Mémoires historiques sur 
les, affaires ecclésiastiques de France, 
pendant les premières années du XlX^siè' 
de (par M.Joseph Jauffret), in-8», tome II, 
pages i53 et suiy, ; — et peut-être encore 
feront-ils bien de parcourir un troisième 
ouvrage: U Eglise et la Révolution fr an" 
çaise^ histoire des relations de V Eglise et 
de rÈtatfpsiv M. Ed. de Pressensé. Paris, 
un vol. in-S**. Ulric. 

— Pour bien connaître l'effet de la pu- 
blication du Catéchisme impérial dans les 
divers diocèse^ de France, on devra se 
reporter aux biographies individuelles 
des prélats, cardinaux, archevêques, évê- 
ques, etc., qui vivaient à cette époque. On 
pourra consulter notaçpment: la Vie du 
cardinal d'Astros, archevêque de Toulouse 
par le R, P. Caussette, — et V Histoire de 
Mgr, d'Aviau du Bois de San^ay {arche- 
vêque de Bordeaux), par M. l'abbé Lyon- 
net. Paris, 1847. 

yeut-or> savoir en quels termes M» d'A- 
viau, parlant de Sa Majesté l'Empereur 
et Roi, écrivait à l'un de ses amis? Citons 
ce petit passage : a Est-ce 4 lui de se 
mêW de ce$ questions-là? Qui lui en 4 



donné la mission? A lui les choses de la 
terre, à nous les choses du ciel. Bientôt, 
si nous le laissons faire, il mettra la main 
à l'encensoir et peut-être voudra-t-il plus 
tard monter à l'autel. En vérité cela ne se 
peut pas. Principiis ohsta, sera medicina 
paratur.,, »(Loc- citât, page 549). 

Trutu. 



Les tailleurs ponr femmes sont -ils anté- 
riems au XYII» siècle? (V, 65.) — Sur 
cette question on ne pense pas assez à la 
richesse du vêtement des princes et des 
courtisans, qui du XIV« au XVIII® siè- 
cle était aussi cher, aussi coquet, aussi 
luxueux que celui des femmes, ce qui fait 
qu'encore aujourd'hui au théâtre, et dans 
un bal masqué, contrairement k l'effet 
du costume masculin et heureusement 
égalitaire de notre temps, les hommes 
se tiennent tout à fait à côté des femmes. 
Par suite, avec cette folie du costume 
ancien où les pierres précieuses, les vraies 
perles, les étoffes et les broderies d'or et 
d'argent, plus tard les guipures, 1^^ cane- 
tilles, les rubans et les dentelles étaient 
employés pour un sexe comme pour l'au- 
tre, les ouvriers étaient les mêmes, et les 
femmes avaient des tailleurs beaucoup 
plus naturellement qu'aujourd'hui. Char- 
les VIII ramène d'Italie, maître Silvestro 
Abbate « ouvrier et faiseur d'habillement 
de Dames à ritalienne » et Giovanni Arme- 
naris ^ decouppeur de velour à litalienae 
servant aux habillements des Dames, » 
(Archives de V art français, première série, 
I, 120-1) et dans le joli roman de Jean de 
Pam (édition de 1867, p. îi8), on trouve 
ceci, au lendemain matin du mariage du 
roi de France: «Les femmes vindrent veoir 
la nouvelle Royne, et, ainsi comnie elles 
la cuydoient habiller, vint un Maistre 
Taillandier du Roy, que leur dit à genoulx: 
« JVles Dames, ne ypu§ déplaise, car elle 
doit ^ujourd'huy estre abiljée à la mode 
Françoise, n II serait trop long d'éprjre ce 
qu'il y a de couturiers dan^ les Comptes 
et l'auteur de la question peut plutôt s'ef- 
frayer qiie se rassurer; pn ne remarque les 
tailleurs pour femmes que di;^ montent où 
ils sont moins nombreux, où ils sortent de 
l'ordinaire pour devenir l'exception, et, s'il 
voulait faire leur liistpire au moyen âge, 
il aurait tout simplement à faire celle de 
tout le costume féminin et masculin. 

A. DE MONTAIGLON. 



La dernier mot de Gœtbe et I9 dernier 
mot de Jodelle (V, 70). — • ^ ces deux der- 
niers mots, on peut en ajouter nn troi- 
sième, les dernières paroles 4^ J.tJ, Rous- 
seau, qui y ressemblent heaucpvip. Elles 
sont inscrites au bas 4e la grf^vure de 
H. Guttemherg, d'après J.'M. Mi^reau le 
Jeune, a Ma chère lemme, ren4e?Tmpi le 



DES CHERCHEURS Kï CURIEUX. 



[25 mars 1869, 



i6b 



166 



o service d^ouvrir I9 fenêtre, afin que j'aie 
« le bonheur de voir encore une fois la 
a verdure. Comme elle est belle! Que ce 
a jour est pur et serein! O que la nature 
tt est granael Voyez ce soleil dont il sem- 
u ble que Taspect riant m'appelle. Voyez 
tt vous-même cette lumière immense : 
a voilà Dieul oui, Dieu lui-même qui 
a m'ouvre son sein et qui m'invite enfin à 
tt aller goûter cette paix éternelle et inal- 
a térable que j'avais tant désirée. 9 

R A. L. 

I,96iuiE( 8ÛSC119, f 1)9 ^ntiquitatibua Br»- 

corom »(V^ 72). •—Je remercie M. J. Dirks 
de l'attention qu'il la bien voulu prêter à 
une demande adressée par moi à Vlnter- 
médiaire, et de la réponse qu'jr a faite mon 
honorable coabonné^ Toutefois, Lambert 
Bos, né en 1676, mort en 1717, ne peut 
être le Lucius Boscus dont parle Antonio 
de Guevara, né, lui, cous le règne d'Isa- 
belle, et port m P44. La légende attri- 
buée p^r Guevara ^ Lucjus Boscus sp 
trouve aussi 4?P5 le Victarial de Gamer. 
Ca vojci en peu de ipqts. d'après ce dor*^ 
nier livre, qui date du XV^ siècle. Alexan- 
dre, allant par le Rionde, apprit que, der- 
rière i}P bai^îes montagnes , vivait un 
peuple très-sage et n'établissant de rap- 
ports 4v^c aucune autre nation. Alexan- 
dre franchit les monts et pénétra dans uqe 
riche contrée. Il fit appeler les habitants; 
ils vinrent en grand nombre, et il les inter- 
rogea suf divers sujets. Il leur demanda 
s'ils avaient un roi : ils répondirent qu'ils 
n'en avaient pas besoin, puisque, parmi 
eux, personne ne cherchait ^ faire du tort 
à gvitrui. Le conquérant leur den^anda en- 
suite de se sQumiettr^ à lui cqmme à leur 
seigneur, de lui payer tribut et de sollici- 
ter de lui de bonnes lois sous lesquelles ils 
pussent vivre heureux. Ils dirent à Alexan- 
dre que pour roi ils avaient Dieu; que, ne 
possédant d'autre trésor que la sagesse, ils 
ne pouvaient payer de tributs; mais ils 
ajoutèrent que, puisque le conquérant les 
engageait à lui demander (juelque bonne 
loi ou coutume, ils le priaient de les dé- 
barrasser d'un usage très-mauvais qu'il y 
avait dans leur pays. Alexandre s'étant in- 
formé de ce qu'était cet usage, ils répli- 
guèrent : Seigneur, dans ce pays, nous 
finissons tous par mourir : fais que nous 
ne mourions plus, — Comment, reprit 
Alexandre, celui qui ne peut ajouter un 
jour à son existence pourrait-il vous don- 
ner une vie éternelle? Et eux répartirent : 
Puisqu'il en est ainsi, pourquoi travailles- 
tu à asservir le monde? Alexandre tourna 
bride et s'en fut son chemin. (Viçtorial, 
p. 476 et suiv.) Il serait intéressant de sa- 
voir si cette légende se trouve ailleurs que 
dans le livre de Gamer et dans celui de 
Quevara. 

(Met*.) Th. pç Puymaigrb:. 



— Il paraît certain que M. J. Dirks a 
comniis quelque confusion dans ce qu'il 
dit à cet égard. Comment Antonio de 
Guevara (l'auteur du Livre d'or de Marc- 
Aurèle), né en 1490, mort en i545, aurait- 
il pu connaître l'puvrage de Lambert Bos, 
né en 1676, mort en 1717? 6. Qt 



Erudition de Mathnrin Régnier (V, 78). 

— J'ajouterai à l'explication donnée par 
M. H. PreyQ$t du mot Synderèsej q\x% 
dérive du verbe 2uvBiaipé(i), 5i>wu/iîViio, 
sitnul distinguo f employé par Grégoire de 

Nazianze. 

11 est opposé au mot SynerèseÇZ^i'^a.ipeaiq 
contractiOy complexio) qui, en grammaire 
désigne la réunion de deux syllabes en tme 
seule dans le même mot. 

Synderèse est pris surtout dans le sens 
de remords, Crispin dit : 

Il s'élèye surtout, dans le fond de mon cœur, 
Certain remords cuisant, certaine syndérôse, 
Qui furieusement sur l'estomac me pèse. 

(Regnard, Légataire universel f 
acte IV, scène vu.) 

Ad. D. 



Erudition de Jean-Jacqnes Ronssean 

(V, 8a). — S'il faut en croire le bon Plu- 
tarque (Vie de Nicias), c'est en récitant, 
non point les poëmes d'Homère, comme 
le raconte Jean -Jacques, au septième 
'livre de ses Confessions^ mais bien des 
fragments des Tragédies d'Euripide^ que 
les prisonniers athéniens gagnaient leur 
vie après la défaite de Nicias à Syracuse, 
(Valenciennes.) Ch. C, 



Dequoi, Bicêtre (V, 83). ^PouvDequoi, 
il me semble aisé à comprendre et à expli- 
quer. Il est clair que, dans les vers cités, il 
veut dire — fortune, facultés — et qu'alors 
il représente la phrase — Avoir de quoi — 
elliptique plie-même, pour a avoir de quoi 
faire telle dépense. » Pour Bicêtre, voici 
un article du glossaire que M. Jannet a 
composé pourson ancien Théâtre français. 
« Vicestre — Bicêtre, nom d'un château 
proche de Paris qu'au XIII« siècle on ap- 
pelait la Grange aux Gueux (v. Dict. ae 
Trévqux). On se sert de ce mot dans le 
sens de misère, infortune, embarras, » Il 
fallait que ce lieu fût en effet bien prédes- 
tiné à la misère pour qu'un évêque et un 
prince (le duc de Berri, frère de Charles V), 
l'aient inutilement chargé l'un après l'autre 
de leur château sans pouvoir Vempêcher 
de redevenir la Grange <?w.r G\ieux. 

^ O. D. 

— Malgré le soin minutieux et intelli- 
gent avec lequel M. Tenant de Latour a 
corrigé les épreuves de son édition de 



N* I02,J 



L'INTERMEDIAIRE 



167 



168 



Bachaumont, je crois bien qu'il y a là 
faute d'impression. Le de quoi doit être 
imprimé en deux mots, et c est ainsi qu'il 
est dans une réimpression de l'édition 
de Saint-Marc que j ai sous les yeux, celle 
de Paris, 1826, in-o*. Le sens est alors: 
a Mon trop peu de revenus, mon trop peu 
d'argent. » L'expression avoir de quoi est 
encore courante. Quoi est exactement la 
même chose que le quibus ; c'est simple- 
ment une ellipse, avoir quoiy 'pecuniœ 
quibus^ Vargent avec lequel^ et aux pas- 
sages cités précédemment sur le quibus^ on 
peut joindre celui-ci du Début de Vhomme 
et de Vareent {Anciennes Poésies fran^ 
çaiseSy VI II, 309): 

Il est tenu pour ung varlet 

Qui n'a argent à grand foison 

Sans de quibus le tiendra Ton 
Comme meschant, malheureux, fol. 

L'autre mot est aussi très-compréhen- 
sible si on l'imprime avec un grand B. 
Souviens-toi de ta boue et de ton Bicêtre^ 
veut dire: a Souviens-toi que tu es au 
nombre des mendiants et que Bicêtre, 
qui est leur demeure, mérite d'être la 
tienne ; » autrement dit : « Aie toujours 
devant les yeux ta condition infime et ta 
pauvreté. »' A. M. 

Les a Nenais » de Gavarni (V, 84). — 
Dans un roman de Paul de Kock [Un Bon 
Enfant) il est question d'un homme qui 
reçoit une balle dans le nénet gauche, et 
je me souviens que dans une parodie de 
Lucrèce Borgia le nom de la princesse 
Négroni avait été changé en celui de la 
princesse Grosnetnets, cju'un journal-pro- 
gramme imprimait ainsi, mais je ne sau- 
rais plus dire ni le nom de la pièce, ni le 
théâtre où elle se jouait. Voilà donc trois 
orthographes de ce mot, sans qu'aucune 
puisse faire autorité vis-à-vis des autres. 
Mais il me semble que nénet, c'est-à-dire 
un mot composé au redoublement de la 
même syllabe, rentrerait bien, avec papa^ 
man-man, nan-nan (ainsi qu'ils prononcent) 
bobOy coco, dada, toutou, et tant d'autres, 
dans ce vocabulaire enfantin qui pourrait 
bien n'avoir d'autre origine que le bégaye- 
ment primitif. A moins qu'on accepte 
comme étymologie du mot en question, 
celui que je trouve dans un Dictionnaire 
de la langue romane, de 1768 : « Nenet, 
Cupidon, petit dieu, » O. D. 



Le soufOBt, injure grave (V, 85). — 

Tallemant des Réaux, plus hardi queM.J., 
raconte que : « Le portier de Bautru donna 
une fois des coups de pied au cul au la- 
quais de Bois- Robert. Voilà l'abbé dans 
une fureur épouvantable. Il a raison, di- 
saient les gens, cela est bien plus offen- 
sant pour lui que pour un autre. Aux la- 



quais de Bois-Robert, le cul tient lieu de 
visage: c'est la partie noble de ces Mes- 
sieurs-là. » Je crois que ceci répond à la 
question ; c'est qu'excepté aux laquais de 
Bois- Robert, c'est le visage qui est la par- 
tie noble. Aussi aurait-on bien plutôt lieu 
de demander pourquoi un coup de poing 
dans la figure n'est pas assimilé au soufflet. 
Et sur cette distinction qui paraît peut-être 
un peu subtile, il V a mieux que l'opi- 
nion ; il paraît qu il y a eu des lois po- 
sitives. Benvenuto Cellini dit, dans ses Mé- 
moires, que, de son temps, cela était ainsi 
à Florence; et qu'ayant été appelé devant 
le tribunal pour répondre d'un coup donné 
dans une querelle, il ne pouvait pas com- 
prendre y ignorant la loi , que c'était 
pour le favoriser que les juges voulaient 
traiter ce coup de coup de poing, tandis 
que lui s'obstinait à soutenir que ce n'était 
qu'un soutflet. Cette distinction s'explique 

Î)Ourtant. Un coup de poing est un- acte de 
utte; il atteint à la figure comme il aurait pu 
faire ailleurs, selon les péripéties du combat. 
Le soufflet est spécialement un acte d'in- 
sulte, il ne s'adresse qu'au visage, à la partie 
noble, et l'on semble en ouvrant la main aa 
lieu delà fermer, n'affaiblir le coup que pour 
mieux déclarer que Ton veut vous faire 
du déshonneur et non du mal. Aussi l'a- 
t-on quelquefois donné avec un gant, ce 
qui le rena inoffensif physiquement sans 
rien diminuer de sa gravité morale. 

O. D. 

— Montesquieu, au chapitre XX du 
XXVIII» livre de ï Esprit des Lois ^ s'ex- 
prime ainsi : 

« Dans les combats j^udiciaires , il n'y 
avait que les vilains qui combattissent ù 
visage découvert; ainsi il n'y avait qu'eux 
qui pussent recevoir des coups sur la face. 
Un soufflet devint une injure qui devait 
être lavée par le sang, parce qu'un homme 
qui l'avait reçu avait été traité comme un 
vilain. » 

Malgré cette citation, je crois que M. X. 
s'exagère singulièrement l'importance du 
soufflet, au point de vue de l'outrage. 
Les coups de bâton, les coups de pied 
quelque part, voire même le simple dé- 
menti avaient certainement une gravité 
égale. 

Citons encore V Esprit des Lois : 

« Les gentilhommes se battaient entre 
eux à cheval et avec leurs armes; les vi- 
lains se battaient à pied et avec le bâton. 
De là, il suivit que le bâton était l'instru- 
ment des outrages, parce qu'un homme 
qui en avait été battu avait été traité 
comme un vilain. » 

L'accusateur (celui qui poursuivait la 
réparation d'un crime ou d'un délit) com- 
mençait par déclarer, devant le juge, qu'un 
tel avait commis une telle action; et celui- 
ci répondait qu'il en avait menti : sur cela, 
le juge brdonnait le duel. La maxime s'éta- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 mars 18C9. 



bJit aue quand on avait reçu un démenti, 
il fallait se battre. Montesquieu ne men- 
tionne pas les coups de pied quelque part. 
Cepenclant, si la discussion entre le comte 
de Germas et le vieux don Diègue se fût 
terminée par un pareil acte de violence, 
le vieux gentilhomme n'en eût pas moins 
fait, au courage de Rodrigue, l'éloquent ap- 
pel que chacun sait. En tout cas, les vers 
suivants de l'acte III, scène vi, auraient 
dû être singulièrement modifiés : 

Appui de ma vieillesse et comble de mon heur, 
Touche ces cheveux blancs, à qui tu rends Thon- 

[neur, 
Viens baiser cette joue et reconnais la place 
Où fut empreint l'affront que ton courage efface. 

Quelle est, à nçtre époque, en ces déli- 
cates matières, la jurisprudence en vigueur 
parmi les gens du monde? Etablit-elle 
quelques différences, au point de vue de 
la gravité de l'offense, entre les diverses 
voies de fait? Je ne le pense pas^. Voici, en 
effet, ce que je lis dans un ouvrage qui 
jouit d'une grande autorité : le Code du 
Duel, par le comte de Chateauvillard, cha- 
pitre 1% de rOffense : 

Ch. 8. Il y a différents degrés dans les of- 
fenses, que nous classerons ainsi : l'of- 
fense, Tolïense avec insulte, l'offense avec 
coups ou blessures. 

§ le*". Quiconque touche, frappe. Ainsi, 
n'établissons pas ici de différences. 

§11. L'offensé, avec coups ou blessu- 
res, choisit son duel, ses armes, ses dis- 
tances, et peut exiger que son adversaire 
ne se serve pas d'armes à lui appartenant ; 
mais il doit, dans ce cas, ne pas se servir 
des siennes. Henri Prévost. 



Saint-Evremont , gonverneur des ca- 
nards du parc (V, 86). -- Le parc de 
Saint-James, pendant le dix-septième siè- 
cle, renfermait une très-grande pièce d'eau 
couverte d'oiseaux açiuatiques, à qui Char- 
les II, après avoir visité ses volières (Bird 
cage walk), aimait à jeter du grain. Au 
milieu de la pièce d'eau, était un îlot de 
gazon appelé Duck island, qui paraît dans 
le tableau si curieux de Canaletto. Le roi 
donna en plaisantant, à Saint-Evremont, 
le titre de gouverneur de Duck island. 11 
ne pouvait être question de serment à prê- 
ter, pour une plaisanterie bientôt oubliée; 
et quant aux libérahtés parfois considé- 
rables que Saint-Evremont tint de la main 
royale, comme elles venaient de la privjr 
purscy elles ne pouvaient être soumises à 
à un contrôle oniciel. 

A. DE CiRCOURT. 



Une bataiUe Uvrée à ieun (V, 86). -- 
J'en demande pardon à M. G., mais le fait 



170 



dont il parle s'est passé un peu autrement 
qu'il ne le raconte. 

C'était à Malplaquet, le 11 novem- 
bre 1709. Nos troupes, qui manquaient 
de vivres depuis vingt-quatre heures, ve- 
naient de recevoir une distribution de 
pain; tout à coup, elles entendirent son- 
ner la charge. Sans attendre les ordres de 
leurs chefs, avec une spontanéité vrai- 
ment admirable, les soldats jetèrent non- 
seulement le pain qu'ils avaient à la main, 
mais encore une partie de leur provision, 
« pour courir plus légèrement au com- 
bat. » Henri Prévost. 

— Cette bataille n'est autre que celle de 
Malplaquet, ainsi que le constate Voltaire 
dans le chapitre XXI de son Histoire du 
Siècle de Louis XIV : « Tout ce que je 
sais, écrit-il, c'est que le maréchal de Vil- 
lars dit lui-même que les soldats qui, 
ayant manqué de pain un jour entier, ve- 
naient de le recevoir, en jetèrent une par- 
tie pour courir plus légèrement au com- 
bat. » Gustave Picard. 



Edit. — Ordonnance royale. -— Décr^}; 

(V, 86). — La signification de chacun de 
ces mots peut, ce me semble, être facile- 
ment précisée. 

Sous l'ancienne monarchie les ordon- 
nances ROYAUX étaient ce qu'on appel- 
lerait aujourd'hui des lois: elles éma- 
naient du seul pouvoir législatif d'alors, 
du roi. Les ordonnances formaient sou- 
vent une espèce de Code relatif à des ma- 
tières de droit commun et exécutoire 
dans tout le royaume : Les ordonnances de 
saint Louis; l ordonnance de Villers Cot- 
terets sous François I^*", établissant un 
état civil; les ordonnances de Louis XIV y 
qui sont de véritables Codes pour le com- 
merce, la procédure, les eaux et forêts, etc. 

Les Edits étaient de véritables ordon- 
nances; mais ils étaient ordinairement re- 
latifs à un objet plus spécial : Ledit des 
secondes noces (i56o) sous François IL 
ÏEdit de Nantes (1598), par lequel 
Henri IV accordait certaines franchises 
aux protestants. 

Le mot Décret ne se rencontre sous l'an- 
cienne monarchie qu'appliqué à des or- 
donnances de juges : décret de prise dé 
corps. 

Depuis 1789, le mot Edit n'a plus re- 
paru à ma connaissance. 

Le mot Ordonnance a été employé, sous 
la restauration et le gouvernement de juil- 
let, dans le sens d'acte du pouvoir exécutif 
pns dans les limites de sa compétence pour 
prescrire les mesures nécessaires à 1 (éxé - 
cution des lois. 

C'est le sens du mot Décret sous le pre- 
mier empire et sous le régime actuel. 

Notons néanmoins que précédemment 
on a qualifié de décrets tous les actes de 



N» I02.1 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 171 



172 



Id Constituante, de la Législative et de la 
Convention. H. T. 



ta ptisdn du Tasse (V, 99). — Voici 
l'opinion de M. G. Voigt, exprimée dans 
un discours récent : « Le 21 lévrier iSyo, 
le Tasse était revenu à Ferrare. Toute la 
ville était en émoi, par suite du prochain 
mariage d'Alphonse d'Esté avec Margue- 
rite de Gonzague. Le Tasse ne tfôuva 
donc pas l'accueil qu'il dvait espéré j 11 îie 
put voir le duc, personne ne s occupa de 
lui. Alors sa misanthropie se réveilla, il se 
répandit en invectives, maudit le duc., et 
la cour et lui-même. II répudia Téloge 
qu'il avait fait de la maison d'Esté et pro- 
clama la cour un repaire de monstres et 
de brigands. A la nouvelle de ces dia- 
tribes, Alphonse donna l'ordre d'amener 
le Tasse à l'hôpital Sainte-Anne, où, à 
côté des malades de condition inférieure, 
on traitait aussi les fous. Tel est le fait où 
la légende a mêlé la passion romanesque 
du poëte pour Léonora. Déjà la plus an- 
cienne biographie du Tasse, parue à Na- 
§les en 1619, donne cet amour comme la 
ause de son emprisonnement. Mais c'est 
Muratori qui, au siècle dernier, a consi- 
gné la tradition telle qu'elle se répète en- 
core à Ferrare. D'après son récit, l'inclina- 
tion, longtemps cachée, du Tasse pour la 
princesse éclata de la manière suivante, 
en présence de la foule des courtisans : il 
s'approcha de Léonora, comme pour ré- 
pondre à une question, la pressa sur son 
cœur avec enthousiasme et l'embrassa. Le 
duc se tourna tranquillement vers les cour- 
tisans et dit : « N'est-ce pas dommage 



« qu'un si grand homme soit totalement 
« fou? II faut l'enfermer. » D'après une 
autre tradition, les habitués du château 
auraient placé des miroirs obliques qui 
auraient permis au duc de voir le poëte 
embrassant Léonora. Enfin, d'après un 
dernier récit, le Tasse n'aurait fait que se 
vanter de ce baiser dans une pièce de vers. 
Il aurait faîlu cependant se souvenir que 
Léonora, à l'époque où sa personne est 
censée avoir poussé le poëte à des incon- 
séquences, avait quarante-deux ans. et 
quant au Tasse, dans ses lettres, il ne 
donne comme cause de sa captivité que 
a des paroles folles et téméraires, » et non 
des actes. Le témoijgnage du poëte contre- 
dit donc les invectives dont il a été ques- 
tion plus haut. RiSTELHUBER. 

« Mattlfk Ltiihor, * dbraniô de M. L. fia- 
lévy (V, 108). — Si M. P. L. A., par 
des motifs dont il est seul juge, ne croit pas 
devoir déférer à l'invitation de M. L. Ha- 
lévy, je demande la permission de re- 
prendre, pour mon propre compte, la ques- 
tion qu'il a posée. J'ai eu l'honneur d'être 
le colfèfttede M. L. Hàlévy et j'aime à me 



compter encore parmi ses amis. Je ne 
prends cependant pas la parole pour lui 
donner la réplique. La promesse par lui 
faite d'une page intéressante et instructive 
d'histoire littéraire suffirait à expliquer 
l'insistance d'un habitué de Vlntertné' 
diaire; mais ;e viens, en outre, apporter 
un supplément d'inforiiiation à la question 
posée. 

Je possède aussi un exemplaire du drame 
de Luther, tout à fait identic{ue à celui 
qu'a désigné M. P. L. A. J'ai, de plus : 
« Luther, poëme dramatique en cinq par- 
ties, par Léon Halévy, auteur du C^ar 
DéméticuSf Paris, dépôt central de la li- 
brairie, rue des Filles- Saint-Thomas, n® 5, 
place de la Bourse, 1834. » Trente-deux 
années séparent donc les deux Luther de 
M. Halévy. 

Le a poëme » contient plus de person- 
nages que le « drame, » mais les person- 
nages du second figurent tous parmi ceux 
du premier. 11 y a, dailleurs, entre le texte 
de fun et de l'autre des identités si com- 
plètes et si nombreuses qu'il n'est pas dou- 
teux que le drame est tiré du poterne. Il 
est donc vraisemblable que l'histoire de 
celui-là n'est pas tout à fait étrangère à 
l'histoire de celui-ci. C'est ce qui sera ex- 
pliqué par la communication que M. L. Ha- 
lévy voudra.bien, je Tespère, adresser à Vin- 
termédiaire. Fréd. Lock. 

Hugnefflôt, Parpaillot (V, ïSg). *- Je /ne 
permettrai de ne pas partager l'opieion de 
M.Ath.Coquerelsurcesujet. L'étynaologie 
qui fait dériver Huguenot de Eidû-enossen, 
n'est pas plus « fantaisiste, » qu elle n'est 
tt impossiole. » 

En premier lieu, il est bon que je fasse 
observer que je ne range pas la lettre /: 
au nombre des consonnes. Cette lettre 
n'est qu'un signé d'aspiration dànS iâ plu- 
part des mots; dans beaucoup d'autres, 
elle est parfaitement superflue, on ne la 
prononce pas, et là, elle n'existe que parce 
que Tétymologie rordonne(i). Comme on 
n*a pas, chez les modernes, l'esprit rude 
des Grecs, le spîrîtus aspér a du être re- 
présenté, d'une manière ou d'autre, par un 
signe de la même valeur. 

On voit donc parfaitement pourquoi 
tant de mots, possédant le signe d'aspira- 
tion en anglo-saxon, en allemand, etc., en 
sont dépourvus dans les langues néo- 
latines. D'un autre côté, on comprendra 
facilement pourquoi beaucoup de mots en 
français, en italien, en espagnol, etc., ont 
un fi, qui, vu l'étymologie, né leur ap- 

(i ) Le thêta des Grecs n'est autre chose qti'une 
liaison du / avec Tesprit rude. Ce signe d'as- 
piration a perdu sa valeur dans les mots tirés 
du grec. On ne garde le h dans théologie, ab- 
sinthe, athénée, etc., que par inconséquence; 
on l'a supprirrîé dahs beaucoup de mdtS', par 
exemple dans trône, trésor, etc. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



173 



[25 mars 1869. 



174 



parti ent aucunement* Quelques exemples 
éclairciront ce que je veux dire : 

ObuSf sorte de petite bombe, devrait 
être écrit Hobus^ puisque c'est Tallemand 
Haubit:{e, 

On, vient de /romo, le h manque. 

OrgCy vient de hordetifn, le h manque. 

Ouragan^ vient de huracân, le h man- 
que, etc. 

D'un autre côté oii écrit en français : 

Hermine, le mot étant dérivé du latin 
armeniuSé 

Htèble, au lieu de Jèbie (du latin ebu- 
lum). 

Huis, au lieu de Vis (du latin ostium). 

Hurler, au lieu de uller, du latin ululare 
(grec èXoXuÇo)). 

M. G. dit que Hu ne peut venir de.Uî'i. 
Pourquoi ? La transformation ne s'est pas 
opérée en un jour, en un mois, en un an. 
Il a fallu un siècle peut-être, pour Teffec- 
tuer. D'abord, il ne faut pas examiner le 
mot Eid seul, il faut prendre connaissance 
des formes paronjrmiques. Le mot Eid 
est Eida, Aith, Ait, en haut-allemand; 
atthSy en goth. ; ath, ead, en anglo-saxon ; 
oath, en anglais, etc. 

On n'aura pas fabriqué huguenot d'après 
la forme allemande Eidgenossen, en peu 
de temps. A Genève d'abord oti ett a fait 
Eignots,ipms Aignos en France. (V.Condé, 
Mémoires, p. 638.) Ensuite on aura meta* 
morphosé aignos en Haignots, Haignots 
en Hugnots, et Hugnots en Huguenots. 
C'est la même transformation qu'on peut 
trouver dans d'autre mots. 

Huile, en allem. oel, en angl. oil, en 
holL olie^ en espagn. et en itah olio, vient 
du latin oleum, dérivé du grec eXaiov. 
Voici donc un mot, qui de IXatov est de- 
venu huile par une série de transformations 
toutes naturelles. 

Autre exemple. Il y a un mot espagnol, 
huevo. Dirait-on jamais que c'est l alle- 
mand ei, l'anglais egg, uri œuf? 

■ Je n'ai pas le .temps de faire les recher- 
ches nécessaires, mais je ne doute point 
qu'on ne puisse trouver d'autres exemples 
analogues. Peut-être des chercheurs, plus 
versés que moi dans la philologie com- 
parée, pourront-ils étendre et compléter 
cette esquisse bien imparfaite. En tout cas, 
je crois avoir démontré que la dérivation 
condamnée par M . Coquerel n'est pas entiè- 
rement à dédaigner* 

(Amsterdam*) H. Tïedeman. 



EExas 



sssssas 



'V i iM f \. ae 



tr0tttJcitUe0 tt €ixx\mik. 

Les imitatetirs du Père Loriquet (V, 

140). — M. H. M. (Laflèche) nous dit, 
dans son intéressante note, q^ue le Père 
Loriquet, dans son Cours d'histoire, édi- 



tiotl de 18 16, « ne conteste nulle partie 
« titre impérial de Napoléon. « Qu'il le 
nomme Bonaparte ou Buonapdrte, peu 
importe; mais, en somme, il le nomme. 
Voici qui est plus fort. J'ai, sur mes 
rayons, une Instruction sur Vhistoire de 
France, par Le Ragots, continuée jus- 
qu'en iS 16 par M. moustalon, où le nom 
de Napoléon n'est même pas énoncé. 
L'ouvrage est par demandes et par ré- 
ponses. 

Voici, à l'article Louis XVIII, cin- 
quante-neuvième roi de France, un article 
curieux qui résume le Consulat et l'Em- 
pire. 

a D. Là France ne se lassa- t-elle pas 
rt des troubles (jui la déchiraient? 

a R. Domirtee tour à tdur par des goû- 
te vernements arbitraires, elle devint, en 
« 1799, ^^ pfoie d'un chef militaire qui, 
« afcusant de la gloire que quelques suc- 
« ces lui avaient acquise, s'empara du 
« pouvoir, mit l'Europe en feu pour sâtis- 
« faire sa dévorante ambition, et pendant 
« cjuinze ans, fit gémir la France sous un 
« joug de fer. Cette nation coupable et 
« malheureuse ouvrit enfin les yeux, con- 
« damna ses erreurs et se souvint qu'elle 
« avait un roi. Elle invoqua son nom lors- 
« que les armées de l'Europe entière 
a avaient envahi une grande partie de son 
« territoire, et à ce nom révéré, qui offrait 
« aux étrangers la garantie la plus certaine 
« d'une paix durable, la guerre cessa sur 
« tous les points. » 

Et plus bas, à propos des Cent-Jours : 

« D. De nouveaux troubles ne s'élevè- 
« rent-ils pas dans le commencement de 
a son règne? 

« R. Quelques esprits séditieux cherchè- 
f( rent à renverser un pouvoir que l'amour 
a des Français pour leur roi rendait trop 
« solide pour que leur projet eût long- 
« temps l'effet qu'ils eïî avaient espéré. 
« Les rebelles furent forcés de rentrer 
« dans l'ordre, et Louis XVIII vit bientôt 
« le calme renaître dans son royaume, â 
tt l'aide des secours que lui prodiguèrent 
a son peuple et ses alliés. » 

Riert du retour de VWq d'Elbe, du 
champ de Mai, de Waterloo. — Et voilà 

comme on écrivait Thistoirê en 1816! 

(BéziersO Louis H* 



Une lettre du peintre Léôpold Robert. 

A Monsieur Gaillard de Beauvoir, rue de 
Chabannes, «® 8, à Paris, 

Chaux-de-Fonds, ce 1 1 septembre 1828(1). 

Cher Beauvoir, 
Vous serez bien surpris en apprenant 
par cette lettre que je viens de perdre ma 

I ■■ ■■ Il 11 I II I .1 i,^,,,,^— ^^,„^^^,^ 

( I ) Une autre main a ajouté : « écrit le z 5 sep- 
tembre 1828. » 



N» I02.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 mars 1869. 



175 



176 



bonne mère; une inspiration m'a fait par- 
tir de Rome, et je suis arrivé dans ma pa- 
trie pour rendre les derniers devoirs à 
cette excellente mère qui m'y rattachait 
plus que tout^ autre : les premiers jours de 
mon arrivée, je Tai vue en bonne santé, et 
en huit jours elle nous a quittés pour tou- 
jours. Ma douleur ne peut être plus grande 
et ma destinée me paraît bien particu- 
lière; après dix ans d'absence, je reviens 
dans ma famille pour jouir des joies les 
plus pures, au lieu de cela je suis abreuvé 
de tristesse et de chagrin, bi j'aimais bien 
le monde je serais plus malheureux que je 
ne le suis, mais je me rendurcis sur ces 
événements, il me faut envier le sort de 
ceux qui le quittent, et l'attends mon 
heure avec assez (de calme r). 

Cependant, puisque nous y sommes, il 
faut s occuper un peu d'affaires, pour oppo- 
ser quelque diversion au chagrin ou à la mo- 
notonie. J'ai reçu une lettre d'Aurèle il y 
a peu de jours; il avait ordre d'ouvrir à 
Rome toutes les lettres à mon adresse; il 
a reçu la vôtre et me transmet ce qu'elle 
me dit d'affaires. Vous êtes toujours le 
même : c'est vous dire tout ce que je 
pense et ce que j'ai dans l'âme. Je vous 
.suis infiniment obligé de la commission 
que vous avez bien voulu faire. Mon frère 
a reçu la lettre de change de 55i fr. 5o c. 
Je vous en remercie beaucoup; aussitôt 
que j'écrirai à Narz, je le prierai de re- 
mercier M. Mary, et je le chargerai de lui 
dire que je suis parfaitement content de 
ce qu il a envoyé. Si vous avez occasion 
d'écrire à Narz de suite, je vous prie de 
lui dire de faire ma commission. Aurèle 
aurait dû m'envoyer votre lettre,' mais ne 
l'ayant pas, je ne puis y répondre bien 
exactement. Je vous dirai cependant à 
l'égard de Schnetz que j'ai l'intention de 
lui écrire depuis ici : les circonstances 
malheureuses dont je vous ai parlé m'ont 
occupé phisiquement ( sic ) et morale- 
ment, et je suis sur mon départ : avant 
dix jours je quitterai ce triste pays et ses 
bons et estimables habitants pour retour- 
ner à Rome, que j'aime plus que jamais 
parce que je suis artiste. D'après votre 
lettre, Aurèle a conclu que Schnetz dési- 
rait avoir mon adresse pour m 'écrire ; je 
le préviendrai, je pense', mais dans tous 
les cas, je vous prie de lui dire d'adres- 
ser ses lettres à Rome. Je vous remercie 
aussi beaucoup de ce que vous me dites de 
cet excellent M. Marcotte; je suis on ne 
peut plus sensible aux marques de l'inté- 
rêt qu'il prend à moi : figurez-vous com- 
bien je SUIS chagrin, je pensais faire une 
excursion jusqu'à Paris. Mon frère Aurèle 
est seul à Rome, je ne puis le laisser bien 
longtemps sans consolations; pour moi- 
même c'en sera une de le revoir. Je vais 
partir bientôt, mais c'est une chose déci- 
dée, autant que je peux le faire, que pour 
la première exposition j'irai à Paris, et 



ensuite il en sera ce qui voudra. Cette 
lettre vous trouvera probablement à la 
campagne; je vous souhaite, mon cher 
Beauvoir, de ne pas éprouver des chagrins 
qui vous affectent comme celui qui m'est 
arrivé. J'oubliais de vous dire que je suis 
tout à vous pour ce que vous pouvez avoir 
à faire à Rome ; je vous ai déjà dit la vexa- 
tion que j'ai eue à l'égard de vos pierres. 
Je vous assure qu'il n'y a rien de ma 
faute, et que ce n'est pas manque de soins 
que ça a si mal réussi. Il paraît que vous 
n'en parlez aucunement dans votre lettre, 
et ^ue vous avez abandonné l'idée d'eo 
avoir. Aurèle ne m'a pas donné connais- 
sance de toute votre lettre ; il se peut en- 
core que vous en disiez quelque chose, en- 
fin j'attends à mon arrivée de le voir. 

Pardonnez-moi cette feuille (i), et re- 
cevez l'assurance de ma constante amitié; 
je vous embrasse de tout mon cœur, vo- 
tre dévoué LÉopoLD Robert. 



Chant héroïque de Rouget de Lisle. - 

La bibliographie des œuvres de Rouget de 
Lisle publiée jusqu'à présent est loin 
d'être complète. Le Moniteur universel 
du 20 août 18 18, page ^91, contient une 
pièce de vers sous le litre : Henri /F, 
chant héroïque, Elie se compose de 7 stro- 
phes, chacune de 8 vers, plus un refrain 
de 4 vers, oui doivent se répéter après 
chaque strophe : 

Honneur au brave Béarnais, 
L'orgueil des lys, Tidole de la France; 

Son règne auguste recommence; 
Recommençons a chanter ses bienfaits. 

Voici la sixième strophe : 

Proscrit par des tyrans farouches, 
Son nom, pour combler nos malheurs, 
Son nom fut banni de nos bouches, 
Mais il resta dans tous les cœurs. 
Au sein même de nos alarmes, 
Son souvenir délicieux 
Faisait briller dans tous les yeux 
Les doux souris, les douces larmes. 

Ce chant est signé, dans le Moniteur, 
tt Rouget de Lille (51c), ancien officier 
au corps royal du génie, » 

Les biographes et les bibliographes de 
l'auteur de la Marseillaise connaissent-ils 
ce chant sur Henri IV? 

Dans le National de iSSg, il y a un ar- 
ticle sur la Marseillaise chantée à l'Opérd 
par Lays, Cet article a été reproduit dans 
vEre nouvelle, journal des intérêts démO' 
cratiqueSy publié à Aix, numéro 63 du 
i5 août iS^q, page 4, et num. suiv. 

S. P. 

(1) La lettre est sur une feuille simple de 
gros papier. 



Parie. - Tjp. de Cfa. Mo^ruei», rue Gujas, 13. — 1M9 



Mméfùlffi. 



Ch$nk$Mêt 

90Ui tnu9*reM, 



QVilQllg 



Il t§ faut 
tntt'aider» 



10 avril 1869. 



€ 3nUtméttïattt 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.) 



177 



178 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archi^ologie — Numismatiq^ue 
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Denzyers de Victor Hugo. — Vous rap- 
pelez-vous la seizième pièce des Voix in- 
térieures de Victor Hugo, intitulée Passé, 
et dont la troisième strophe nous trans- 
porte dans le parc d'un vieux château, 
auprès d*un grand bassin, où moisit dans 
l'eau dormante un Neptune verdâtre? 

Les roseaux cachaient Tonde et Teau rongeait 

[la terre, 
Et les arbres mêlaient leur vieux branchage aus- 

[tère, 
D'où tombaient autrefois des rimes pour Boi- 

[leau. 

A quoi ce dernier vers fait-il donc allu- 
sion? Quel en est le sens? Sommes-nous 
à Auteuil, 

Où Boileau, pour rimer, plantait du chèvrefeuil? 

Non, rien ne l'indique, et, en vérité. 

Ce vieux branchage austère 
A bien besoin de commentaire, 

S. D. 

La lettre X. — Pourquoi cette lettre re- 
présente-t-elle l'inconnu? Certains auteurs 
prétendent que les Latins empruntèrent 
cette lettre aux Grecs. Quel pouvait donc 
être l'équivalent de ce signe avant cet em- 
prunt, que deviennent les mots dux, duxiî, 
dixit, et tant d'autres qui renferment la 
lettre X? 

D'autre part, cette lettre numérale, dans 
les chiffres romains, représentait 10, 20, 
3o, 40; mais quel moyen employait- on 
pour exprimer io,ooo, 5o,ooo, 100,000, 
c'est-à-dire les nombres très-élevés? 

DUSEIN. 

Deux vers de Diderot. — M. Ed. Four- 
nier [l'Esprit dans V Histoire, 4» édition, 
\o6i, p. i83) cite ainsi deux vers de Di- 
derot : 



Et des boyaux du dernier prêtre 
Serrons le cou du dernier roi. 

M. Picot (article Diderot de la Biogra- 
phie universelle) donne cette autre ver- 
sion : 

Et ses mains ourdiraient les entrailles du prêtre, 
A défaut d'un cordon, pour étrangler les rois. 

M. Picot affirme que ces deux vers sont 
tirés d'un dithyrambe publié sous le titre 
de : les EleutnéromaneSy ou les Furieux 
de la liberté, d'abord, en 1796, dans la 
Décade philosophique, puis dans le Jour- 
nal d'Economie publique du 20 brumaire 
an V. Quelle est la bonne version? 

M. Ed. Fournier rapproche les deux 
vers de Diderot d'un passage du Testa- 
ment du curé Meslier : Je voudrais que le 
dernier des rois fût étranglé avec les 
boyaux du dernier prêtre). Il y avait un 
autre rapprochement à faire encore, c'est 
celui-ci : a Je ne mourrai content que si, 
pour amener quelque conciliation , on 
étranglait le dernier des jésuites avec les 
boyaux du dernier janséniste. » Cette 
petite phrase est de Voltaire. (Voir p. 5y 
de la livraison de janvier 1867 de la Revue 
des Questions historiques,) T. de L. 



Donné. — Saint-Simon se sert de ce mot 
en pariant d'un trappiste (Mémoires, éd. 
Hachette, in- 12, t. I,p. 400):» Un donné 
de la Trappe, d'un esprit fort supérieur à 
son état, qu'on appelait frère Chauvier, 
conduisit ce valet de chambre. » 

Quelle était cette espèce de religieux ? 
Quellesfonctions remplissait-il à la Trappe? 

J. R. 



Cadres ciselés par Froment -Menrice 
pour les peintures de Meissonier. — Je 

lis dans un rapport de M. Hericart de 
Thury, sur les envois de l'orfèvre Fro-^ 
ment-Meurice à l'Exposition de l'indus- 
trie, en 1844 : « ... et dans le style 
Louis XV, plusieurs pièces de haute bi- 
jouterie, telles que flacons, vases, fibu- 
iines, bonbonnières, et notamment des 
tabatières en or et de charmants cadres 
pour les tableaux de Meissonier.,, Ces 

TOME V. — 7 



Ne io3.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



179 



180 — 



diverses pièces ont été exécutées les uneà 1 

Î)our S. A. R. Madame la duchesse d'Or- ! 
éans, les autres pour plusieurs grands 
personnages, protecteurs éclairés de Tart 
et de la ciselure, etc. » 

Quelqu'un poulrait-il me signaler quel- 
que part un de ces cadres, ou tout au 
moins, s'il en a vu, me dire quelle itrtpres- 
sion le travail lui a produit ; enfin, s il se 
rappelle le sujet de la peinture que ces ca- 
dres luxueux circonscrivaient? 

J'accepterai encore avec reconnaissance 
tout autre renseignement biographique ou 
critique que l'on voudra bien me commu- 
niquer, par voie du journal ou directe- 
ment, à propos de l'orfèvre du roman- 
tisme, Froment-Meurice. 

Ph. Burty. 



Saint François à Mélinde. — A quel- 
qu'un qui posséderait les catalogues des 
collections de tableaux de la famille d'Or- 
léans, je demanderai à qui était attribué 
un tableau sans signature teprésentant le 
sujet suivant : 

Saint François Xavier, assis à côté d'un 
Cacique, prêcne et discute avec les savants 
du pays, en présence d'un grand nombre 
d'habitants de Mélinde. 

Ce tableau est sur toile de i™,45 de lar- 
geur sur I"», 2 5 de hauteur, et il a dû être 
gravé par Van Luyken. 

Il rappelle l'école de Rubens, notam- 
ment Quellyn, et porte sur son châssis les 
lettres L. P. O., gravées au fer chaud, et 
surmontées d'une couronne. 

Il va sans dire que la communication 
d'une gravure serait bien accueillie. 

(Reims.) Eue. Disant. 



Un couplet de romance supprimé par la 
censure. — M. Gustave Leroy n'est-il pas 
l'auteur de couplets dont le refrain est 
celui-ci : 

Gentils enfants, restez toujours petits .. 

et un de ces couplets n'a-t-il pas été sup- 
primé par la commission d'examen? 

Quel est l'éditeur de cette romance, si 
éditeur il y a? Landrol. 

Veit(Wenzel-Henri). — Compositeur es- 
timé en Allemagne, fixé à Aix-la-Chapelle 
depuis 1841, d'après M. Fétis, et dont la 
Société Lamoureux vient d'exécuter récem- 
ment un Quatuor à Paris, vit-il encore? 

T. Raglo. 



Réponse dun courtisan à Louis XlV. — 

Quelque abonné à ï Intermédiaire pour- 
rait-il me faire connaître quel était le 
courtisan du Roi-Soleil qui répondit au 
maître, se plaignant de ne plus avoir de 



dents : — A présent, qui est-ce qui a des 
dents. Sire ? » Scrutator. 

l^ôntquol le concile de Trente fnt-il 
transféré é Bble^et -~ Dans un livre 
des plus répandus, le Manuel annuaire de 
ia Santé j par F.-V. Raspail (Paris, 1862, 
sei:fième édition}, on lit, page 290 : « Sy- 



« 



a 



tt 



PHiLis, du grec sys, race porcine, et 
a phileô, aimer. Ce mot est de la création 
« de Fracastor, célèbre médecin de Vé- 
« rone, qui le donna pour titre au poëme 
« latin qu'il publia, en i53o, sur cette ter- 
rible maladie. C'est lui qui vint à bout, 
par ses conseils, de faire transférera 
teologne le concile de Trente, afin de 
soustraire les Pères du concile à cette 
• contagion, qui atait déjà gagné toutes 
« les filles publiques accourues dans cette 
« dernière ville... » 

Je suis tombé de mon haut, je l'avoue, 
en lisant cette dernière phrase, et notam- 
ment l'allégation que j'ai soulignée. Serait- 
il vrai, bon Dieu, que la translation du 
concile de Trente à Bologne a été due au 
motif que donne ici le Manuel de la Sanié, 
et qu'une crainte salutaire, ou bien le 
Saint-Esprit, qui animait, comme chacun 
sait, les bons Pères, n'eût pas suffi à les 
soustraire à un pareil danger? 

S. D. 



Proposition de brûler la bibliothè^e de 
la rue Richelieu. — Dans Les Anciennes 
Bibliothèques de Paris^ ouvrage faisant 
partie de ÏHistoire générale de Paris, 
publiée par l'administration municipale, 
M. Alfred Franklin, parlant de l'incendie 
qui éclata, le 19 août 1794, à l'abbaye 
Saint- Germain des Prés, et atteignit la 
bibliothèque du monastère, écrit : « ... On 
put cependant sauver quelques volumes 
imprimés et une partie des manuscrits les 
plus précieux. Quelques jours avant cet 
événement, un membre de la Convention 
était monté à la tribune et avait proposé 
de brûler la bibliothèque de la rue Riche- 
lieu, a parce qu'elle avait été souillée du 
« nom de Bibliothèque du Roi; » cette 
coïncidence fit attribuer l'incendie de 
Saint-Germain des Prés à la malveillance- 
Il semble établi aujourd'hui qu'il n'en tut 
rien Bien des volumes avaient dis- 
paru Grâce à cette circonstance, un se- 
crétaire de l'ambassade russe, Pierre Du- 
browski, collectionneur infatigable, put 
renouveler ici ce qu'il avait fait lors do 
pillage de la Bastille; il ach'eta par cen- 
taines des liasses précieuses, des recueils 
de lettres originales et des manuscrits qJi 
sont aujourd'hui à la bibliothèque imp'î' 
riale de Saint-Pétersbourg. » 

Quand on connaît l'exactitude et la con- 
iscience littéraires de M. Alfred Franklin- 
on ne met pas en doute la réalité du tait 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo avril î86g. 



i8i 



182 " 



l 



u'il raconte à propos de la bibliothèque 
e la rue Richelieu ; mais on peut regret- 
ter que, dans un livre ayant presque un 
caractère officiel, il n'ait pas complété la 
citation en livrant à l'indignation publique 
le nom de celui qui proposa cet acte de 
barbarie : je ne dis pas de vandalisme, le 
mot n'ayant été créé que quelques jours 
plus tard, dans le rapport que Grégoire 
fit à la Convention, le 3i août, précisé- 
ment pour arrêter les dévastations. 

Je demande donc que l'on veuille bien 
me donner le nom de l'incendiaire et 
m'indiquer en quelle séailce fut faite sort 
étrange proposition. 

D'après M. Franklin, Saint -Germain 
des Prés possédait, au moment de l'incen- 
die, 7,072 manuscrits. La bibliothèque de 
la rue Richelieu en â reçu 6,5oo à 6,700. 
II n'en aurait donc pas péri ou disparu un 
grand nombre. Cependant la bibliothèque 
de Saint-Pétersbourg en possède de très- 
beaux et très-curieux, qui ont servi aux 
bénédictins de Tabbaye pour le Traité de 
diplomatique y où .ils sont cités. Peut- 
être provenaient -lis de la bibliothèque 
léguée à l'abbaye par M. de Harlay, car 
on. sait que tous les manuscrits compris 
dans ce legs ne sont pas parvenus à l'ab- 
baye, mais on ignore par quelle circoil- 
stance. 

Frédéric Lock. 

Les tanneriôs de pean humaine. — Dans 
le courant de février 1864, M. France, li- 
braire-expert, chargé de la vente de la 
bibliothèque G*** de L***, vendit aux en- 
chères publiques une Constitution, reliée 
en peau humaine^ et dont la notice fut 
ainsi qu'il suit rédigée dans le catalogue 
imprimé de cette collection (in-8°, p. 5 1) : 

« N® 409. Constitution de la Répu- 
blique FRANÇAISE, Dijon, Causse^ an II 
(1793), I vol. in-i8, pap. vél., reliée en 
peau humaine, fil. tr. dor. 

a Cet exemplaire de la Constitution de 
1793, relié en peau humaine, faisait partie 
du cabinet de M. Villcnave. Une note 
jointe au volume, écrite de sa main, con- 
state la nature de la reliure. Outre ce té- 
moignage du célèbredéfenseur des 1 32 Nan- 
tais, cet exemplaire porte une autre 
garantie : on y a joint une affiche, placard 
in-folio, impr. sur papier bleu , qui con- 
state l'authenticité de cette reliure en peau 
humaine, « imitant le veau fauve. » voici 
à quelle occasion cette affiche a paru : Le 
comité de Salut pubhc avait accusé le jour- 
naliste Galetti d'avoir révélé l'existence 
des tanneries de peau humaine. Un abonné 
du journal de Galetti lui procura pour sa 
défense le volume même dont il est ques- 
tion ici, et Galetti, ainsi justifié, répondit 
par cette affiche. » 

Les bibliophiles et les curieux connais- 
sent-ils d'autres volumes, de ce même 



temps, qui soient également reliés en peau 
humaine? 

Que sait-on, aujourd'hui, — historique- 
ment parlant, — et qu'a-t-on écrit déjà 
sur l'établissement de ces « tanneries » ta- 
meuses? Ulric. 



François Butgat, chanoine de Bourges 
en 1564. — M. Rifie a communiqué à la 
Société des Antiquaires du Centre un do- 
cument qu'il a trouvé dans un registre ca- 
pitulaire de la Sainte-Chapelle de Bourges^ 
et qui révèle un fait curieux relatif à la 
construction du palais des Tuileries sous 
Charles IX : la délibération du chapitre 
ainsi conçue : 

« Auiourdhuy samedy, seizième jour de 
may i564, en chapitre, noble homme 
Hierosme Chambellan, sieur de la Ga- 
renne, maire de la ville de Bourges, en 
Î)ersonne, a présenté à Messeigneurs unes 
ettres (52c) du t^oy, données à Châlons 
le xxiii« avril dernier, par lesquelles ledit 
seigneur Roy leur mande excuser et dis- 
penser Mf M® François Burgat, chanoine 
et chantre de ladite Sainte-Chapelle, de sa 
résidence pendant sept à huit mois, pen- 
dant lequel temps il s'employe au service 
dudit seigneur à la composition de quel- 
ques modèles sur le dessin et devise des 
bastimens, maisons et jardins entreprins 
au Thuilleries dudit seigneur en la ville de 
Paris. Auquel sieur Chambellan, maire, 
mesdits seiigneurs ont remonstré qu'ils n'é- 
toient en nombre et qu'ils en communi- 
queroient à la compagnie pour y faire ré- 
ponse. » 

il n'est fait aucune mention de la ré- 
ponse des chanoines dans les délibérations 
ultérieures, et il est à remarquer que celle 
que nous venons de citer est eile-mêrae 
bâtonnée par deux traits de plume obli- 
ques dans toute la longueur. Comment 
expliquer ce silence et cette annulation? 
Comment surtout faut-il entendre ce qui 
e3t dit du chanoine François Burgat, em- 
ployé à composer pour le roi (ou pour la 
reine mère?) certains « modèles sur le 
dessin et le devis des bâtimens, maisons 
et jardins entrepris aux Thuilleries? » 
S'agit-il ici de modèles en petit de ce qui 
allait être exécuté en grand? Etait-ce une 
spécialité dudit Burgat? 

M. Rififéa trouvé, dans un autre endroit, 
que ce chanoine était originaire du dio- 
cèse de Mâcon, et qu'il avait possédé son 
canonicat à la Sainte- Chapelle de Bourges, 
du 7 octobre i556 au i5 avril i566, épo- 
que de sa démission. Voilà tout ce q^ue 
l'on apprend sur lui. Espérons que les 
chercheurs de l Intermédiaire nous dé- 
couvriront quelque chose de plus sur l'em- 
ploi qu'il a lait de son talent au service du 
roi en 1 564. C. R. 



N« io3.] 



L'INTERMEDIAIRE 



i83 



Le général Menon. — On sait que, par 
une incroyable condescendance pour Bo- 
naparte, général en chef de l'armée d'E- 
gypte, le général Menou embrassa Tis- 
lamisme et se fit appeler Abdallah. Un 
curieux (cette engeance est sans retenue) 
voudrait savoir si les formalités usitées en 
pareil cas ont toutes été remplies; si Ab- 
dallah-Menou, mauvais chrétien devenu 
bon turc, a pu montrer « le signe fort pré- 
cis » de son apostasie. Pour rendre plus 
intelligible cette indiscrète question, il 
faut hre le joyeux conte du Salamalec 
Lyonnais y par Lamonnoye, de plaisante 
mémoire. 

Deuxième question liée à la précédente : 
Abdallah a-t-il persévéré dans la religion 
musulmane ? (Lyon.) V. de V. 



La Préface de t Vantrin ■ (II, 669). — 
La Préface de Vautrin existe, bel et 
bien imprimée, sous ce nom, en tête des di- 
verses réimpressions modernes de ce drame 
célèbre. (Voye:( notamment : tome XIX®, 
page 4, des Œuvres complètes^ édit. Hous- 
siaux, in-80, i855; — et tome I, pp. 3 à 5, 
du Théâtre complet de Bal^fac. (Collection 
Michel Lévy^ gr. in- 12, 1869.) Mais mal- 
gré ce titre ambitieux, les quelques lignes 
dont elle est composée sont plutôt, à pro- 
prement parler, un simple Avis au Lec- 
teur^ qu'une Préface, 

En effet, dès les premiers mots, l'auteur 
se récusant, expliaue comment « à cin- 
quante jours dé distance » (cette Pré- 
face est datée de PariSy le 1^^ mai 1840 
— La première représentation de Vautrin , 
sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin, 
remontait au 14 mars, même année), et 
devant l'interdiction prononcée contre la 
pièce « il lui est maintenant d'autant plus 
difficile d'écrire la préface de Vautrin, que 
tout le monde a fait la sienne, » et que 
« celle de l'auteur serait infailliblement in- 
férieure à tant de pensées divergentes : 
un coup de canon ne valant jamais un feu 
d'artifice. » — Le poëte ne cherche pas à 
expliquer son œuvre : « Elle ne pouvait 
avoir que M. Frederick Lemaître pour 
commentateur, » mais — genus irritabile 
vatum, — Balzac dit vertement son fait au 
gouvernement qui venait de défendre la 
représentation de son drame : « L'arbitraire 
est le péché mignon des gouvernements 
constitutionnels; c'est leur infidélité à 
eux... Il n'y a rien de plus cruel que les 
faibles : ù ce gouvernement-ci, comme aux 
enfants, il est permis de tout faire, excepté 
le bien et une majorité. » 

« Cependant, ajoute-t-il un peu plus loin, 
au milieu de ces désastres que l'énergie du 
gouvernement a causés, mais que, ait-on, 



184 



le fer d'un coiffeur aurait pu réparer, 
l'auteur a trouvé Quelques compensations 
dans les preuves d intérêt qui lui ont été 
données... etc. » 

« Enfin, dit Balzac en terminant, Vau- 
trin a presque deux mois, et dans la serre 
parisienne, une nouveauté de deux mois 

Î)rend deux siècles. La véritable et meil- 
eure préface de Vautrin sera donc le drame 
de Richard Cœur d'épongé (i), que l'ad- 
ministration permet de représenter, afin 
de ne pas laisser les rats occuper exclu- 
sivement les planches si fécondes du théâ- 
tre de la Porte- Saint-Martin, n 

Ulric. 

L'Emilie des < Lettres snr la mytho- 
logie • de Démonstier (III, 447). — Sous 
le prétexte de corriger une erreur d'im- 
pression ou de copie faite dans renoncé 
du nom de l'Emilie de Démoustier, qu'il 
appelle Duboist au lieu de Benoist, nous 
nous permettons de reproduire, dans l'in- 
térêt des lecteurs de l'Intermédiaire, un 
joli passage des Souvenirs de M*»* Elisa- 
beth-Louise Vigéel^Brun^ancien membre 
de l'Académie royale de peinture de Paris, 
et peintre de la reine Marie-Antoinette 
(t. I, p. 5i) : 

« Parmi mes élèves se trouvait Made- 
moiselle Emilie Roux de La Ville, qui, 
depuis, a épousé M. Benoist, directeur des 
Droits-Réunis, et pour laquelle Démous- 
tier a écrit les Lettres sur la mythologie. 
Elle peignait au pastel des têtes où s an- 
nonçait déjà le talent qui lui a donné une 
juste célébrité. M"* Emilie était la plus 
jeune de mes élèves, pour la plupart plus 
âgées que moi, ce qui nuisait prodigieuse- 
ment au respect cjue doit imprimer un 
chef d'école. J'avais établi l'atelier de ces 
demoiselles dans un ancien çrenier à four- 
rage, dont le plafond laissait à découvert 
de fort grosses poutres. Un matin, je monte 
et je trouve mes élèves qui venaient d'at- 
tacher une corde à l'une de ces poutres 
et qui se balançaient à qui mieux mieux. 
Je prends mon air sérieux, je fais un dis- 
cours superbe sur la perte du temps ; puis 
voilà que je veux essayer la balançoire et 
que je m'en amuse plus que toutes les 
autres. Vous jugez qu'avec de telles ma- 
nières il m'était difficile de leur imposer 
beaucoup, et cet inconvénient, joint à 
Tennui de revenir à l'A B C de mon art, 
en corrigeant des études, me fit renoncer 
bien vite à tenir atelier. » 
(Paris.) J. T. L. 

— La réponse de V. L. me laisse un 
doute. Si 1 Emilie de Démoustier est celle 
qui a peint la Régresse qui est au Louvre, 
elle se nommait, non pas Duboist mais 
bien Benoist, Le livret du Louvre de 1 855, 



( I ) Cette pièce n'a été ni représentée ni im- 
primée. 






DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 avril z86g. 



i85 



i86 



nomme cette dame: Marie^Guilhelmine 
née Laville-Leroulx, femme Benoisty et 
donne aussi la signature apposée au ta- 
bleau : Laville-LeroulXy F, Benoist, ce 
qui lève tous les doutes. 

Au livret de 1791, je trouve la mention 
suivante à la table. 



Rue Françoise. 



Leroux de Laville, 

la cadette, P. n"Q4. 

M"«» } Leroux de Laville, 

'l'aînée, P. n°* 164, 

194, 275. 

Il y avait donc deux sœurS) toutes deux 
peintres. 

Le n^ 94 était une A rtémise, — Le n° 1 64: 
Les Adieux de Psyché à safamiUe, — Le 
n" 194: Scène tirée de Clarisse Harlowe, 
— Le n® 173 : L Innocence entre le Vice et 
la Vertu, 

En 1794, La citoyenne Laville^ femme 
Benoist, au Louvre, expose une Sapho et 
deux portraits. Je ne rapporterai pas tou- 
tes les expositions, cela me mènerait trop 
loin. Mais ce que j'ai rapporté suffit pour 
établir qu'elle ne se nommait pas Z)^/^o^5^ 
Je citerai seulement le portrait de la Né" 
gresse exposé en 1806 par M™« M. G. 
Laville- Leroux, F. Benoît. Maintenant, 
si la lettre citée par F. Z., signée Emilie 
Duboisty née Delaville-Leroux.esl de l'E- 
milie de Démoustier, ce que je ne conteste 
pas, du moins elle n'est pas l'auteur de 
la Négresse du Louvre ; fa gravure de ce 
tableau aurait été jointe à la lettre, à cause 
de la parenté avec l'auteur de ce tableau. 

Quant à la sœur de M"*® Benoist, pro- 
bablement elle n'a pas continué de pein- 
dre ou n'a peint qu'en amateur, car je 
ne la trouve plus dans aucun livret, ni au 
nom Duboisty ni au nom Laville^ ni au nom 
Leroux, E. G. P. 



Connaît-on anjourd'hni les plats de Ga- 
lère et les poteries de miel, « alias • miellé ? 

(III, 65o). — La première de ces questions 
a été posée par le très-regrettable baron 
de La Fons-Mélicocq, et on y a répondu 
quelque peu; la seconde, Poteries de mieU 
alias miellé, 2L été posée (II, 53 1), par M. le 
docteur Lejeal, qui demandait pardon de 
la liberté grande. — Trois années de ré- 
flexions et de recherches intermittentes ne 
m'ont gratifié d'aucun supplément d'infor- 
mations, et je reviens à {Intermédiaire 
avec nion butin de mars 1866. 

Louis- Philippe de Meiel, écuyer, sei- 
gneur de Meilbourg et Flabau, produisit 
ses titres de noblesse, dans la Recherche 
de Champagne (V. la'célèbre et rarissime 
édition de Châlons, 1673), et, entre autres 
pièces, deux arrêts de la Chambre Impé- 
riale de Spire, confirmant une attestation 
du 29 avrii 1664, donnée pour les Bourg- 
mestre et Conseillers de la ville impé- 



riale de Worms. Elle portait: que ledit 
Louis-Philippe, et Tiburce-Gaspard, son 
père, « sont issus et descendus en légi- 
time mariage de l'ancienne, noble et illus- 
tre famille des Meiel, dont quatre ont été 
anoblis, le i«' octobre 1 5 18, par l'empe- 
reur Maximilien.» Charles- René d'Hozier 
visa les lettres patentes originales, em- 
preintes, en leur milieu, des armes concé- 
dées aux de Meiel, telles, a-t-il ajouté, 
qu'elles sont réduites, pour Vécussonseuh' 
ment, au-dessus de la présente Généalogie. 

Le Juge d'armes les blasonne: d'or à 
trois gobelets de verre meyellez; et le 
décor au pinceau de ces meubles néraldi- 
ques, dans l'exemplaire delà Bibliothèque 
Mazarine, présente un dispositif de tacnes 
irrégulières bleues et blanches juxtaposées 
et fondues par les contours, analogue, en 
un mot, à celui des friches et bruyères 
du classique Tableau des teintes conven- 
tionnelles topographiques. 

Le qualificatif meyelle^ étant possible 
au milieu du XVI I^ siècle, j'admets que 
C.-R. d'Hozier, grand amateur d'à peu 
près, s'en est servi sous prétexte d'armoi- 
ries parlantes. Mais j'observe en même 
temps, qu'on nomme miellés, en Norman- 
die et sur le littoral de la Manche, les an- 
ciennes plages à sec en partie herbues. 
Avec le nom de nos gentilshommes, mey el- 
les; rappelle le décor naturel des miellés 
normandes, sans que je veuille soutenir 
que son imitation plus ou moins fidèle 
sur certaines poteries, leur ait exclusive- 
ment valu cette désignation caractéristi- 
que de Poteries de miel ou miellé. C'est 
plutôt à la matière, ou mieux aux endroits 
où se prenait la matière mise en œuvre, 
que ces poteries l'ont empruntée. Les 
miellés fournissent des argiles figulines 
souvent colorées et veinées, très-propres à 
la fabrication de faïences qui n'ont pas 
besoin, pour leur cuisson, de hautes tem- 
pératures donnant à la pâte une dureté 
qui l'empêche de prendre facilement les 
glaçuresplombifères. Ces derniers enduits, 
composés à l'ordinaire d'oxydes de plomb, 
litharge ou minium, ne sont point indis- 
pensables; car nos argiles figulines du lit- 
toral de la Manche contenant aussi du fer 
et des carbonates ou silicates de chaux à 
la dose maxima de 5 à 6 p. 100, jouissent 
de la propriété de se ramollir sans se fon- 
dre, et de se couvrir d'une sorte de vernis 
aux températures élevées. Ne convient-il 
pas de voir dans ces faïences fabriquées 
sur les rivages de France et d'Angleterre, 
la poterie de miellé? — et les plats glacés 
à l'aide des oxydes métalliques, ne se- 
raient-ils pas eux-mêmes ces plats de ga- 
lène, devenus plats de galère selon la ré- 
ponse Samled (III, 65o)? 

DE S. 



Origine du Dindon (V, 10). -— Audubon 



N» io3.] 



L'INTERMEDIAIRE 



- 187 



188 



et après lui Toussenel, nous apprennent 
que le Dindon est originaire des grandes 
forêts de TOhioetde l'illinois dans l'Amé- 
rique du Nord. 

Inconnu dans Tantiquité, il fut introduit 
en Europe par les Espagnols, mais c'est 
à tort qu'on en attribue l'importation aux 
Jésuites, car les Anglais possédaient déjà 
le dindon en 1 524, et on sait que la bien- 
heureuse Compagnie ne fut fondée que 
dix ans plus tard. 

Les premiers parrains de la bête, dit 
Toussenel, lui trouvant certains rapports 
avec le coq domestique, lui donnèrent le 
nom de Coq d'Inde, pour le distinguer du 
premier qui a pour patrie l'Amérique; 
mais comme l'Amérique passait alors pour 
la continuation del'Inde asiatique, le choix 
vicieux de cette qualification de coq d'Inde 
doit être imputé à l'ignorance générale. 
Puis on supprima le coq, et l'oiseau s'ap- 
pela peu à peu Dindon, Dinde. 

Th. Pas^uier. 

Avoir du « quibus. » (V, 83). — Dans 
cette même édition elzévirienne deï Ancien 
• Théâtre français y on trouve aussi conqui- 
bus. Un valet dit à son maître qu'il doit 
réussir dans son projet puisqu'il ne manque 
pas de conquit us. — Qu'est-ce que con- 
quibus, répond le maître? — Des écus. 
(Tome V, Le Laquais , comédie de Lari- 
vey). Quoique Larivey soit fort postérieur 
à la farce citée par M. Ulric, ne peut-on pas 
admettre que quibus serait une abrévia- 
tion de conquibus} Mais alors d'où vien- 
drait conquibus} C'est peut-être une forme 
macaronique de conquête, conquête Noël 
donne — conquirere opes — s'enrichir. 
Opes serait sous-entendu, comme l'est pays 
quand on dit simplement conquérir, con- 
quérant. On peut aussi faire venir con- 
Quibus de conques, coquillages. Non que 
je pense qu'il puisse faire allusion à ces 
peuplades de l'Afrique et des Indes qui se 
servent de certains coquillages conime de 
monnaie. Mais y aurait-il trop d'invrai- 
semblance à supposer que les enfants 
d'autrefois ramassaient des coquillages, 
dont ils se faisaient des jouets, tenant à 
en avoir le plus possible ? Sous Charles X, 
nous nous taisions des trésors de billes et 
de noyaux d'abricots, et je croirais volon- 
tiers que c'est de là que bille et no^au 
signifient argent, aussi bien qae quibus. 
Il est vrai que bille en ce sens est aussi 
ancien que quibus et se trouve également 
dans Larivey. Mais le jeu de billes ne peut- 
il remonter aussi jusque-là? Au reste, 
n'était ce mot conquibus trouvé dans 
Larivey, j'aurais proposé quibus comme 
abréviation de equibus, et equibus comme 
forme macaronique à'écus. On eût dit par 
exemple : — On peut réussir à tout cum 
equibus. O. D. 



Daml Damel (V, 84.) — Je crois que 
les deux orthographes sont bonnes et que 
le sens des deux interjections n'est pas le 
même. 

Daml signifie : tant pis! et vient du 
vieux mot da^n, qui veut dire : dommage. 
A votre dam! tant pis pour vous. 

Dame! est une exclamation abréviative 
de Notre-Dame! pour invoquer le secou-^s 
de la Sainte Vierge ou la prendre à té- 
moin. 

Quant à l'abréviation, elle s'explique lie 
deux manières qui me semblent plausibles. 
La première explication se tire de ce qu'on 
abrège lorsqu'on est ému. Une exclama- 
tion soudaine ne permet pas de longs dis- 
cours. La deuxième est historique. Saint 
Louis avait édicté des peines très-sévères 
contre les jurons. C'est pour éluder cette 
dure loi, que les jurons : Par Dieu! ParU 
corps de Dieu! Par le sang de Dieu! etc., 
ont été changés en Parbleu ! Par la cor- 
bleu! Par la sambleu! De même, ceux 
qui juraient Par Notre-Dame! ont été 
amenés à dire simplement : Dame! Ce 
qui pouvait s'appliquer à toute autre damt 
qu'à la Sainte Vierge. 

Depuis, le sens de Texclamation a changé. 
Elle. exprime soit Tétonnement, soit une 
affirmation sous-entendue. Dame! veut 
dire quelquefois : de quoi vous étonnez- 
vous? etc., etc. E. G. P. 

— L'Académie écrit Dame» — Le bas- 
breton Ddtm/ signifie: presque, à peu, un 
peu, environ, à peu près. Un avocat di- 
sait à un imprimeur qui se permettait de le 
contredire sur l'orthographe d'un mot ou 
sur la ponctuation : « Je suis donc un sot^ 
— Dame 1 » lui répond l'autre. » Cela ne 
voulait-il pas dire : presque, à peu près, 
un peu, c'est ça, ça y est 1 — S'il était per- 
mis de citer de l'hébreu ou du chalJéen 
je dirais que le dam bas-breton a la même 
origine que l'hébreu dama, dam, ressem- 
bler, ressemblance. 

Est-ce une bêtise? Dame, ça y ressemble. 
(Alençon.) C. F. D. 

— Dame! abréviation de Notre-Dame! 
ou Tredame! Termes admira tifs qui ser- 
vent d'interjection au petit peuple. {Dic- 
tionnaire de Trévoux.) 

Pierre Clauer. 



Le système décimal et les horloges 
(V, 83). -- Par son décret du 4 frimaire 
an II, la Convention imposait à la France 
une nouvelle ère, une nouvelle organisa- 
tion de Tannée, et une nouvelle division 
du temps. 

L'article XI de ce décret est ainsi conçU; 
« Le jour, de minoit à minuit, est divise 
«en 10 parties, ou heures : chaque partie 
a en 10 autres; et ainsi de suite, jusqu'à la 



DES GHERCHEUHS ÇT QURIEUX. 



189 



[lOSiVTÇ'll 1369. 



190 



« plus petite portion commensurable de 
ft la durée. La ioo« partie de l'heure est 
« appelée minute décimale; la loo*' partie 
« de la minute est appelée seconde déci- 
a maie. 

« Cet article ne sera de rigueur pour les 
« actes publics qu'à compter du i^r ven- 
« démiaire an 11 1 de la République, » 

Le décret est suivi d'une instruction dont 
le § V est consacré aux nouvelles montres 
et horloges. « Le problème, y est-il dit, 
« consiste à diviser le jour, de minuit à 
a minuit, en 1 0,1 00, i,ooo, 10,000 ou 
a 100,000 parties, suivant les besoins; c'est 
tt au génie des artistes à s'exercer pour 
tt obtenir ce résultat... » 

L'intervalle de 24 heures ne devant 
plus se diviser qu'en 10 parties, il fallait 
attendre 2 heures 24 minutes ancienne^ 
pour avoir une heure nouvelle, dont les 
100 minutes en valaient 144 anciennes. 
6 heures du matin devenaient 2 heures et 
demie; midi devenait 5 heures; 6 heures 
du soir, 7 heures et demie; et minuit, 

10 heures. 

L'instruction propose l'adoption d'un 
cadran divisé en deux parties, deux cercles 
concentriques, dont l'un porterait la divi- 
sion en 12 heures, et l'autre, la division 
en 5 heures : le projet de ce cadran, des- 
siné par Hanin, balancier mécanicien, au 
niarché neuf, en la Cité, n9 5o, se trouve 
à la suite de l'instruction, et il est expliqué 
par deux tables présentant une concor- 
dance des nouvelles divisions du jour avec 
les anciennes. 

Mais cette tentative de conciliation des 
deux systèmes devait engendrer une grande 
confusion. Puisqu'il fallait faire deux fois 
le tour du cadran, divisé en 5 parties, le 
chiffre V répondant à l'ancien XII, il fal- 
lait, au second tour, ajouter par la pensée 
3 au chiffre indiqué par l'aiguille, de ma- 
nière que I se traduisît par VI, H par VII, 
et ainsi de suite jusqu'à 5 + 5 = 10. 

On comprend facilement quel désordre 
cet essai de réforme dans la mesure du 
temps devait jeter dans la vie d'un peuple 
habitué depuis des siècles à un système 
dont il n'avait pas à se plaindre. Les ré- 
formateurs avaient eux-mêmes pressenti 
la difficulté, lorsqu'ils avaient ajourné à 
un an l'adoption obhgatoire des nouvelles 
horloges. Mais, si le nouveau calendrier 
a pu durer, légalement seulement, jusqu'au 

1 1 septembre i8o5, il paraît que les nou- 
velles horloges n'ont pas même été es- 
sayées : du moins il n'en est aucunement 
question dans le rapport très-intéressant 
de Regnaud de Saint-Jean d'Angely et de 
Mounier, du i5 fructidor an XIII, expo- 
sant les motifs du rétablissement du ca- 
lendrier grégorien. 

Il ne faut pas croire qu'on puisse décré- 
ter un changement radical dans des habi- 
tudes consacrées par les siècles. Jamais la 
décide n'a pu %ç substituer complé;^inepit 



à la semaine, ailleurs qvi.e dans les actes pu- 
blics; et, même aujourd'hui, malgré l'utilité 
incontestable du système métrique, et mal- 
gré la facilité qu'il donne pour les calculs, 
le cultivateur s'en rapporte à son notaire 
pour constater la mesure légale du champ 
qu'il achète ou qi^'il vencl : pour les deux 
parties contractantes, il n'y a que des ver- 
gées, des journauj^, etc., suivant les loca- 
Htés : quant aux hectares et aux ares, elles 
n'y comprennent rien, et ejle^ n'y veulent 
rien comprendre. ' - Ad, D. 

Cartes et Médailles des Conventionnels 

(V, 8ô). — Ce n'est pas une médaille ou 
une carte de Représentant que j'ai squs 
les yeux, mais un simple Laissez-pcfsser 
pour le Conseil des Cinq-Cents. Il est im- 
primé en rouge et avec cette dispositjpn : 





RÉPUqLIQ.UE FRANÇAISE. 




LIBERTÉ. 


LAISSEZ PASSER 
LeC» 

Membre de la Commission d'inspcclion. 


a 

H 




CONSEÎL DES CINQ. CENTS. 





(Alençon.) 



L. D. L. S. 



Les fauteuils de l'AGadémie française 

(V, 86). — Les divergences que l'on re- 
marque entre les nomenclatures que diffé- 
rents écrivains ont données des person- 
nages ayant successivement occupé les 
quarante fauteuils de l'Académie française, 
viennent de ce qu'on a voulu faire con- 
corder deux choses absolument inconcilia- 
bles : l'ancienne Académie française sup- 
primée en 1793, et la classe de l'Institut 
établie en 1795, modifiée en i8o3, et à la- 
quelle une fantaisie royale iraposa,en 1816, 
le nom d'Académie française. 

Les quarante premiers membres de l'an- 
cienne Académie n'avaient pas entre eux 
de numéro d'ordre. Pour en donner un 
aux fauteuils, il faut les numéroter dans 
Tordre où ils deviennent vacants pour la 
première fois. Ainsi, I sera celui de P. Ba^ 
dèsi, II celui de P. Hay du Châtelet, et 
ainsi de suite. La série une fois établie, 
par ce procédé, de 1 à 40, peut se conti- 
nuer réguhèrement, par les élections suc- 
cessives, jusqu'en 1793. 

En 1793, il n'y a plus d'Académie fran- 
çaise. 

L'Institut fondé en 1795 par la Conven- 
tion nationale comprenait trois classes 
dont la troisième, composée de 48 mem- 
bres, s'appelait Classe de Littérature et 
Beaux- Aifts. L'Institut tout entier se 



N- io3.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



191 



192 



composait de 144 membres. Le Directoire 
exécutif, qui succéda à la Convention, 
nomma 48 membres, et ceux-ci élirent les 
96 autres. 

Entre ces premiers membres de l'Institut, 
il n'y eut pas de numéro d'ordre. 

En i8o3, la seconde classe, Sciences mo- 
rales et politiques, fut supprimée et Tlnsti* 
tut divisé en quatre classes, entre Içs- 
quelles furent répartis les membres de la se- 
conde. La nouvelle seconde classe s'appela 
Classe de Langue et Littérature françaises 
et n'eut plus que 40 membres. Il n'y eut 
pas entre ces quarante membres d'autre 
classement que celui qu'on peut établir 
d'après leur ordre d'inscription sur les re- 
gistres de l'Institut. Cet ordre admis, on 
le continue aisément d'après les élections 
qui ont suivi. 

On aura donc ainsi deux séries : celle 
de l'ancienne Académie, celle de la nou- 
velle. Entre les deux aucun lien possible, 
car un seul membre de l'ancienne, Mo- 
rellet, fut compris dans l'organisation pri- 
mitive de l'Institut. Par une bizarre coïn- 
cidence, il occupait, avant 1793, le 29» fau- 
teuil, et il se trouve inscrit le 29* sur les 
registres de l'Institut. C'est donc le seul 
fauteuil auquel on pourrait donner une 
succession non interrompue. 

C'est d'après ces données, recueillies à 
l'Institut même, que j'ai établi une double 
série pour chacun des 40 fauteuils dans 
l'article Institut du Complément de F En- 
cjrclopédie moderne, publié chez Didot. 

Quant à M. Empis, V Annuaire de V In- 
stitut fixe son élection à 1847. 

Frédéric Lock. 

— Les curieux trouveront imprimé, en 
tête du Dictionnaire de la Langue fran- 
çaise, de M. P. Poitevin, 3™« édit. Paris, 
Chamerot, i858, un vol. grand in-80 (pa- 
ges VIII à x) un Tableau synoptique de 
V Académie française — et une Liste des 
académiciens , indiquant les numéros des 
fauteuils.— D'après M. Poitevin, M. Sil- 
vestre de Sacy occupe le XXXI I« fauteuil 
depuis 1854 — et M. Empis occupait le 
XXXVI le depuis 1847. Ulr. 



AmbroiseParéétaitrilhngnenot? (V, 87.) 
— M. T. de L., dit que • de très-savants 
hommes » lui ont déclaré, après avoir lu les 
a pressantes objections » de M. H. Bordier, 
que a la cause soutenue par l'auteur du 
Dictionnaire critique de biographie et 
d'histoire (Paré catholique) pouvait être 
considérée comme bien décidément per- 
due. » Je crois, pour moi, cette cause ga- 
gnée sans appel. M. Bordier veut que 
les actes relevés par M. Jal, dans les regis- 
tres de Saint-André-des-Arcs et qui intéres- 
sent Ambroise Paré et sa famille soient 
des actes protestants. Assurément c'est la 
première fois qu'une semblable prétention 



s'est produite. Car on sait que les registres 
de l'état civil tenus par les curés étaient 
nécessairement fermes aux protestants. La 
séparation des deux Eglises était pro- 
fonde, la haine était égale des deux pans, 
et il ne serait venu à la pensée d'aucun 
protestant, d'aller demander au clergé ro- 
main l'eau du baptême pour ses enfants, 
pour lui la bénédiction nuptiale, pour les 
siens, les prières des morts. Les édits des 
rois eussent-ils commandé aux prêtres ca- 
tholiques de recevoir dans leurs églises les 
huguenots, ils eussent été désobéis. Les évo- 
ques n'obéissaient qu'à Rome, et Rome 
excommuniait Genève. Les Rois n'y pou- 
vaient rien, c'était affaire de conscience et 
de discipline. Mais, dit M. Bordier, il fallait 
bien que les protestants persécutés fissent 
incrire quelque parties naissances, les ma- 
riages et les décès des leurs pour avoir une 
a inscription légale? n Dans les temps 
de calme, ils avaient certainement leurs 
registres, que le temps et la persécution 
ont détruits, car on ne les retrouve point; 
dans les temps de guerre, ils se faisaient 
bénir par leurs ministres, et ils inscrivaient 
sur leurs Bibles les mentions de leurs ma- 
riages, des baptêmes de leurs enfants et 
des enterrementsde leurs proches. M. Bor- 
dier rappelle, avec raison, que les protes- 
tants durent, aux termes des Edits de mars 
1 563 et mars i568, être enterrés iani /w 
cimetières des paroisses dont « étaient » 
les maisons où ils mouraient. Que signi- 
fie ceci? La ville n'avait point de cimetières 
autres que ceux qui étaient annexés en 
général aux églises paroissiales ; quand les 
protestants n^vaient point de terre parti- 
culière pour y reposer, ils étaient obligés 
de se faire enterrer dans les cimetières aes 
paroisses, mais non u avec les catholi- 

Sues, » comme le dit M. Bordier. Il y avait 
ans les cimetières une police à part pour 
les non-catholiques, comme aujouro hui 
pour les israélites. Le clergé catholique 
ne se mêlait point des enterrements des 
protestants, faits par l'autorité civile. S'ils 
avaient eu le devoir de présider aux inhu* 
mations des réformés, ils en auraient tenu 
registres, et nous aurions aujourd'hui ces 
témoignages écrits de leur office accompli ; 
car nous avons tous les registres anciens 
des 66 paroisses de Paris. Mais de ce que 
les protestants étaient inhumés dans les 
cimetières des paroisses, M . Bordier con- 
clut qu'ils pouvaient l'être dans les églises 
elles-mêmes et y avoir des tombes parti- 
culières. Non, c est là une étrange erreur. 
Cherchez les épitaphes protestantes dans 
le recueil qui appartient à la Bibliothèque 
impériale ; citez les actes de décès de pro- 
testants notoirement protestants au mo- 
ment de leur mort, aue vous aurez trouvé 
dans les registres de l'Eglise de Paris. Les 
édits qui donnaient pour sépulture aux 
huguenots les cimetières catholiques, les 
excluaient de l'église, car ils ne disent 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 avril 1869. 



193 



194 



pas: a Dans les cimetières et les églises 
des paroisses. » 

S'il y a deux édits relatifs aux inhuma- 
tions, y en a-t-il un qui ordonne aux réfor- 
més de se présenter aux curés pour se 
faire baptiser et marier? Nous n en con- 
naissons pas, et M. Bordier n'en allègue 
point; il conclut de la nécessité d'être 
inscrit quelque part, au fait de l'inscription 
dans les registres des paroisses; mais, en- 
core une fois, à part les notes qui concer- 
nent Paré et dont on veut infirmer la 
valeur catholique, que l'on cite des actes 
de mariage, de baptêmeou de décès appar- 
tenant à des protestants ! Ne serait-il pas 
bien étonnant que Paré fût le seul hugue- 
not dont on trouve le nom dans les regis- 
tres catholiques? Il n'y a, dans nos mémo- 
riaux, de noms protestants que ceux des 
réformés qui, abjurant le calvinisme, ve- 
naient se faire baptiser par les prêtres ca- 
tholiques, et ces noms sont toujours suivis 
de celte mention « de la R. P. R. » 

Paré était catholique, cela est certain ; 
nulle part dans ses écrits il ne se dit pro- 
testant. Faut-il considérer, ainsi que le veut 
M. Bordiér, comme un aveu certain de 
son protestantisme, une phrase qu'a rele- 

,,A^ \/i \/i^i^^: : - A 




postérieures 

1 575 ? Voici cette phrase : « Après la prise 
de Rouen (i562) mi trouvoy à disner en 
quelque compagnie où en avoit quelques- 
uns qui me hayoient à mort pour la Reli- 
gion. » Ces « quelques-uns » voulurent 
l'empoisonner avec de Tarsenic mis dans 
un plat de choux. M. Bordier prétend que 
les empoisonneurs étaient catholiques; 
mais oui empêche qu'ils fussent protes- 
tants, naissant un catholique, ou même 
catholiques détestant un catholique qui, 
sur le chapitre de la religion, avait des 
idées de tolérance coupables à leurs yeux? 
Paré était un catholique sincère, mais à 
qui faisait horreur la guerre civile et reli- 
gieuse; qui, avec un esprit conciliant, cher- 
cha à calmer les esprits emportés par la 
violence; un modéré (comme on dit), un 
de ces hommes sages que les deux partis 
extrêmes au milieu desquels ils veulent se 
placer pour amener la paix, haïssent égale- 
nient. C'est ainsi qu'il m 'apparaît dans ses 
écrits et ses actions, où M. Bordier est bien 
libre de trouver la révélation de « 1 âme 
élevée du huguenot, » et où se révèle égale- 
ment pour moi l'âme élevée d'un catho- 
lique, ardent aux choses honnêtes, au bien 
public, à la charité. Pierre de l'Etoile le 
jugeait de cette façon, lorsqujà propos de 
sa mort, il le dit; a homme* docte et le 
premier de son art, qui nonobstant le 
temps avoit beaucoup parlé et parloit libre- 
ment pour le bien du peuple, ce qui le fai- 
soit autant aimer des bons comme mal 
vouloir et haïr des méchants. » L'Etoile 
qui écrivait pour lui et non pour la posté- j 



rite, n'aurait pas manqué de dire qu'Am- 
broise Paré, son voisin, et dont il sa\^.it 
bien la vie, était huguenot, ce qui dans 
son esprit à lui, bon catholique, aurait 
ajouté beaucoup à l'éloge qu'il en faisait. 
Le chroniqueur n'oublia pas de dire que 
Bernard Palissy mourut à la Bastille, a em- 
prisonné pour la religion. » 

Le cardinal de Lyon tenait Pare pour un 
a politique » et non pour un protestant. 
La reine Marguerite dit que, a dans la nuit 
de la Saint- Barthélémy, le roi auroit voulu 
sauver Téligny, La Noue et M. de La Ro- 
chefoucault ; » elle ne nomme point Amb. 
Paré, que sa qualité de catholique préser- 
vait, mais que le roi put retenir dans « sa 
garde-robe, p pour ne pas l'exposer aux 
coups des meurtriers, aveuglés par la rage 
et qui n'épargnaient personne , témoin le 
pauvre Henri d'Albret, blessé par eux et 
sauvé par la reine Marguerite. {Mémoires^ 
édii. 1842, p. 31-37.) 

Revenons, par un mot, aux actespréten- 
dus protestants des registres de Saint- An- 
dré. Le 16 juillet i565, la femme et le fils 
du duc de Nemours tinrent sur les fonts 
une fille d'Ambroise Paré. A qui fera-t-on 
croire que M. de Nemours eût fait un tel 
honneur à un protestant, « lui qui, dit 
Brantôme, se retira de la cour avec M. de 
Guise, après le colloque de Poissy, pour 
voir (voyant) la nouvelle religion entrer 
en fleur? n — M. Bordier dit de Paré : 
a S'il ne faisait pas profession ouverte et 
formelle de la Réforme, et qu'il eût gardé 
son nom de catholique, mais que dans 
toutes ses paroles, dans ses actions, dans 
ses écrits... s'il l'avait laissé voir à ses 
contemporains... nous n'en voulons pas 
davantage. » Ainsi Paré aurait été, aurait 
pu être un protestant timide, honteux, qui, 
de 1545 au moins jusqu'en 1590, inscrit à 
Saint- André-des-Arcs , porta le masque 
trompeur du catholique! Je rejette une 
telle opinion avec M. Jal, ne pouvant 
croire à cette longue hypocrisie, d'ailleurs 
impossible, en présence de voisins curieux, 
de valets bavards qui, au moindre doute 
sur la foi du catholique allant à la messe, 
à confesse, aux vêpres et communiant à 
Pâques, l'auraient, dans ces temps où la 
tiédeur était comme un crime, dénoncé à 
la sacristie de maître Christophe Aubry. 

Sébaste Ali de Nyol. 



Le marquis de Lagrange, intendant 
d'Alsace (V, 88). — Saint-Simon, dans ses 
Mémoires, sous la date du 18 avril 1693, 
dit qu'il remplaça M. de la Fond comme 
intendant à l'armée d'Allemagne, et, sous 
la date du 17 janvier 1698, qu'il fut rem- 
placé à l'intendance d'Alsace par ce même 
de la Fond, auparavant intendant de 
Franche-Comté. Pierre Clauer. 



N- io3.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



igS 



196 



Le t Rabelais • de GnstaTS Doré (V, 89). 
— *La première édition du Rabelais illus- 
tré par Gustave Doré est de 1854 (Paris, 
J. Bry aîné). J'ignore si c*est la meilleure 
et la plus complète, mais je sais qu'elle est 
devenue fort rare, qu'elle est plus recher- 
chée et d*un prix plus élevé que Tédiiion 
de 1867. — Le volume, de format petit 
in-4®, a 340 pages; le nombre des grandes 
et des petites gravures est le même que 
dans l'édition de iSSy. Le papier est mau- 
vais, l'impression plus mauvaise encore, 
mais les gravures sont généralement d'une 
assez bonne venue ; celle du Frontispice, 
surtout, est très-belle. GmoiN. 



Adrien Van der Cabel, peintre hollan- 
dais (V, 90). — M. C. pourra trouver, dans 
le Catalogue de la collection d'Estampes 
de feu le chevalier Camberlyn, rédigé par 
F, Guichardot, (Paris y Vignères, l'« par- 
tie, gr. in-80 de iv-2 54 p. — 2« partie, 2 3o pa- 
ges, même format. i865.), la désignation 
détaillée de douze pièces rares, choisies 
avec soin dans TŒuvre de cet artiste. {Vid, 
lac, cit, : no» 5 10 à 52 1, pages Sy et 58). 

Adrien Van der Cabel, peintre et gra- 
veur à l'eau-forte, né à Ryswick, près de 
La Haye, en i63i, mort à Lyon, en i6(^5, 
— d'autres disent en 1698, — n*est point 
aussi inconnu que M. C. semblerait le 
croire. On trouve des notices sur sa vie et 
ses œuvres, i® dans le Dictionn, des gra- 
veurs anciens et modernes de F. Basan, 
Bruxelles, 1791. 3 vol. in- 12; — 2^ dans 
La Vie des peintres flamands, allemands 
et hollandais, par Descamps, Paris, 
1755-69. 5 voL in-80, fig.; — 3<>dans VHis- 
toire des peintres de toutes les écoles^ de 
M. Charles Blanc {Ecole hollandaise, 
t. II), Paris, V' Renouard, 1861. Notice 
de M. Charles Blanc, avec portrait de l'ar- 
tiste, /jc-52m//^ de son monogramme, et 
reproduction par la gravure sur bois de 
deux tableaux du maître; enfin, 4° dans 
le tome IV du Peintre ^ Graveur , une 
description très-exacte, rédigée par Adam 
Bartsch, de cinquante-cinq pièces gravées 
à Teau-forte par Adrien Van der Cabel. 

Ulric. 

— Le Catalogue des tableaux de la Pi- 
nacothèque royale à Munich, par Georges 
de Diilis (Munich, 1839), p. 248, indique 
sous le nom de ce peintre : Contrée unie 
avec une maison de pierre sur le devant. 
Sur bois, haut, i' 5;', large, 1' 8", 7'". — 
(Les dimensions, dit-on dans la préface, 
sont marquées d'après le pied de France.) — 
FUssli, dans son Allgemeines Kûnstler- 
lexikon, t. II, p. 611, cite comme une de 
ses œuvres : a Plan du campement de [sic) 
chevaliers de Neufville dans le parc de 
l'archevêque de Lyon pour le prix royal 
de l'arquebuse. 1680. » Huber, dans ses 
Notices générales des graveurs et des 



peintres (Dresde, 1787), à la page 532, 
cite de ce peintre : « Petit paysage orné 
de fabriques, le Veau. — Petite marine, 
eau-forte du peintre. — Petit paysage 
orné de fabriques, D. Calandon fecit. - 
Deux petits paysages ornés de fabriques, 
Van der Cabel /ecif. — Deux paysages 
plus grands, id, — Saint Bruno en prière, 
grand paysage en hauteur, pièce capitale 
de Van der Cabel. » P. Clauer. 

— M. C. a-t-il consulté Descamps [Vk 
des Peintres), dont la notice est aussi ex- 
plicite que possible? On n'y trouve pas le 
Catalogue des œuvres de Cabel, ce oui ne 
s'est guère fait pour les peintres de cet 
ordre, surtout s'il est vrai que beaucoup 
de ses tableaux sont loin de mériter l'éloge 
qu'on fait de quelques-uns, et ne peuvent 
être considérés que comme imitations, 
pastiches ou copier des maîtres qu'il affec- 
tionnait : Salvator, Castiglione* Carra- 
che, etc., etc. 

Quant à sa vie intime, n'est-il pas plus 
sage de n'en pas parler, dans son intérêt 
même? D. 

— La Biographie du royaume desPays- 
Bas, par Delvenne père, est très-laconique 
sur son compte, et ne fait que reproduire le 
peu qu'en dit un Dictionnaire anglais àî 
peintres, sculpteurs, graveurs, etc., d'après 
Houbraken. u Cabel (Adrien Van der", pein- 
tre célèbre, né à Ryswick, province de Hol- 
lande méridionale , en i63i; il peignaif 
admirablement bien les paysages et les 
animaux. Il mourut en 1695. » Ce peu 
n'apprendra sans doute rien à M. C. 

P. A. L. 



Ouvrages relatifs aux Gascons (V, 91 
— En général, ce n'est guère par des ou- 
vrages entiers, comme M. de Crac, ou ses 
Héritiers (de Scribe), que s'est exercée la 
raillerie des gens du nord contre ceux du 
midi. C'est bien plutôt par des traits tié- 
tachés, un conte ou une anecdote, dans 
un recueil de contes ou d'anecdotes; un 
seul rôle dans toute une pièce, comme ce- 
lui du Marquis dans les Ménechmes, ou 
dans le Mariage fait et rompu, de Du- 
fresny, ce Glacignac que Laharpe signale 
comme ne ressemblant à aucun autre Gas- 
con mis au théâtre; ou bien une lettre dans 
un recueil de lettres, comme la treizième 
de la Valise trouvée, de Lesage. Cepen- 
dant j'indiquerais à M. Euqorral k Fcs- 
neste d'Agrippa d'Aubigné s'il n'était pas 
certain qu'il le connaît déjà. Celui -l!^ 
pourrait bien être le père des autres. On 
peut, en effet, présumer que ce déborde- 
ment de quolibets contre les Gascons doit 
surtout dater du temps où la faveur de 
D'Epernon, et bientôt après l'avènement 
du Béarnais, amenèrent à Paris bon nom- 
bre de leqrs compatriotes pgur y chercher 



DES CHERCHEURS JST CURIEUX. 



[10 avrjj 1869, 



197 



198 



fortune. Ainsi, le Capitan, ce rôle si cher 
à notre ancien théâtre, semblait tout taillé 
pour être exclusivement attribué à des 
Gascons. Il n'en est rien cependant, et 
Corneille me paraît le premier qui ait fait 
de son Matamore un Gascon, et encore 
est-ce parce que la scène est à Bordeaux, 
et il ne lui donne aucune prononciation 
particulière. 

Cette imitation de l'accent était cependant 
employée déjà, non-seulement dans Fœ- 
neste^ mais au théâtre. Voici ce que ra- 
conte Tallemant des Réaux dans l'histo- 
riette du maréchal de Roquelaure, la 
troisième de son livre : « Une autre fois, 
le roi (Henri IV) le tenoit entre ses jambes, 
tandis qu'il faisoit jouer à Gros-Guillaume 
la farce du Gentilhomme gascon, A tout 
bout de champ, pour divertir son maître, 
Je maréchal faisoit semblant de vouloir se 
lever pour aller battre Gros-Guillaume, et 
Gros-Guillaume disoit : « Cousis, ne bous 
te fâchez ! » Il arriva qu'après la mort du 
roi, les comédiens, n'osant jouer à Paris, 
tant tout le monde y étoit dans la conster- 
nation, s'en allèrent dans les provinces, et 
enfin à Bordeaux. Le maréchal y étoit 
lieutenant du roi : il fallut demander sa 
permission. « Je vous la donne, leur dit-il, 
a à condition que vous jouerez la farce du 
a Gentilhomme gascon, » Ils crurent qu'on 
les roueroit de coups de bâton au sortir 
de là; ils voulurent faire leurs excuses. 
« Jouez, jouez seulement, » leur dit-il. Le 
maréchal y alla ; mais le souvenir d'un si 
bon maître lui causa une telle douleur 
qu'il fut contraint de sortir tout en larmes 
dès le commencement de la farce. » 

En fait de contes dont je parlais tout à 
l'heure, il serait bien superflu de rappeler 
à M. Euqorral le Gascon puni; mais peut- 
être oublierait-il le Gascon^ imprimé ordi- 
nairement à la suite des Contes de La 
Fontaine, et qu'on attribue, je crois, à Au- 
tTcavi\lQ Revenant, de Vergier; le Gentil- 
homme gascon et le Gascon^ de Grécourt, 
et le Maître Italien^ de M.-J. Chénier. 

O. D. 



Usage des étriers (V, 100). — Les mots 
hollandais pour eVr/erj? sont mal écrits, ce 
ne sont pas Steglls et Stijbengels mais 
bien : Stegels et Stijgbeugels, 

(Amsterdam). J, G. de G. J. Jr. 



La petite oie des précieuses (V, 106). 
— Rabelais se sert de ces mots et les ex- 
plique lui-même : au livre III, ch. IX, 
Panurge parlant de sa future femme ; u Je 
a lui battrois, dit-il, tant et trestant sa 
a petite oye, ce sont bras, jambes, teste, 
tt poulmon, foye et râtelle. » C'est par ex- 
tension du sens dans lequel les emploie 
Rabelais, qu'on a donné à ces mots la si- 
gnification galante indiquée par Richelet. 



On l'a trouvée dans La Fontaine. Je la 
trouve aussi dans un roman de Balzac, 
Maître Cornélius: « Suivant la jurispru- 
« dence amoureuse de cette époque (fin du 
a XV® siècle), Marie de Saint- Vallier oc- 
« troyaità son amant les droits superficiels 
a de la petite oie. Elle se laissait volontiers 
« baiser les pieds, la robe, les mains, le 
« cou, etc. » Mais tout cela ne nous rap- 
proche pas beaucoup des rubans de Mas- 
carille. H. T. 



Doit-on prononcer Montagne on Mon- 
taigne? (V, 106.) — La route est longue, 
paraît-il, des Champs-Elysées au pays 
Blaisois, car ce n'est qu'hier que j'ai reçu 
la lettre suivante, que je transmets aujour- 
d'hui, 12 février, à V Intermédiaire : 

a Oncques ne se meuvent autour d'aul- 
cun nom tant de contre-poinctes et piaffes 
qu'il ne s'en meut depuis peu autour du 
mien; et bien que j'aye demonstré (pen- 
soys-je) quelle estoit la vraye et naifve 
prononciation d'icelui, encore me voys-je 
contraint revenir à la rescousse; si feray-je 
doncques, me fondant asture sur ce que en 
langage et diction françoyse tous mots 
sonnent ainsy que ils sont escrits. Qui 
osast nier que le mien nom se soit pro- 
noncé et se prononce aultrement que 
Montagne en idiome et parler gascon? 
Ores est-il ainsy, et la rayson en est- 
elle non difficile et laborieuse à déduire, 
le son aigne n'existant pas en nostre ra- 
mage, non plus qu'en grec et en latin, 
et chastaigne y sonnant castagne, comme 
montaigne montagne. Par quoy ces deux 
vers de Jehan de Meung, les quels ne ri- 
ment et assonnent plus en vostre fran- 
coys d'au jour d'huy riment encores en 
nostre Gascongne : 

Par plains, par vaus et par montaignes, 
Pommes, poires, noiz et chastaignes. 

a Et Pierre de Brach , le quel estoit 
franc et naturel Gascon, escrivoit Monta- 
gne; et Pasquier, le quel estoit par contre 
vray et pur Parysien et courtizan, escri^ 
,voit Montaigne. De quoy ne m'estonné-je 
point; au contraire. Et mesme il me sou- 
vient que Pasquier me racontoyt n'a 
guère se pourmenant quant et moy es bos- 
quets des Champs Elysiens que Garasse, 
un sien ennemy en son vivant, n'escrivoit 
non plus que 'Montagne et Raynier pour 
Régnier, estant ainsy conséquent par son 
escripture avecque sa prononciation. D'où 
je concluds que toutes et quantes fois que 
es noms de Montaigne , Régnier , Re^ 
gnard la vraye et naturelle orthographie 
sera conservée et non muée, ainsy que 
dJEspaignol en Espagnol, par ainsy de- 
vront-ils estre prononcés tout de mesme 
que ils sont escrits, nonobstant par ad- 
venture opposition des Grecs et Latins, 



N« io3.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



199 ^. 



200 



les quels n'ont rien à voir icy, sauf le res- 
pect et considération dus à iceux. » 

Je termine ici ma citation ; la lettre est 
très-longue, et Montaigne me semble aux 
enfers tout aussi parleur, sinon plus, que 
de son vivant. Entre autres questions qu'il 
me pose, il me demande si M. S. R. D. 
prononce à l'anglaise Ailvénô et Bail- 
ronne au lieu d*Ivanhoé et de Byron, ce 
que ledit devrait faire s'il était conséquent 
avec son système de prononcer Montai- 
gne à la gasconne, au lieu de le prononcer 
à la française. Il ajoute qu'il serait curieux 
de savoir comment M. S. R. D. prononce 
le nom de a la femme a luy Montaigne, la 
quelle s'appeloyt Francoyse de la Chas-' 
saigne y » etc. Je transmets ces questions 
à M. S. R. D., me réservant de mettre en 
batterie les autres arguments de Montai- 
gne, si ceux-là ne suffisaient pour con- 
vaincre son honorable contradicteur. 

F.-T. Blaisois. 



Anciennes images sur vélin découpées 
au canivet (V, 109). — Les curieux de- 
vront consulter encore sur ce sujet les ou- 
vrages suivants : 

I® Les Psaumes de la Pénitence du Roi 
François I^', — Description d'un in~i2 sur 
vélin y contenant le texte latin des Psau^ 
mes de la Pénitence, « cum figuris et ca^ 
racteribus ex nulla mater ia compositiSy » 
par Ernest Aumerle. A Issoudun, H. Co- 
tard, imprimeur-libraire, 1857. In-S® de 
2 3 pages; 

2® La Dermotypotemnie, — Etude sur 
quelques livres « cum figuris et characte- 
ribus ex nulla mater ia compositis , » par 
Ernest Aumerle. — Issoudun , Imbert et 
Gaignault, imprimeurs-libraires, succes- 
seurs de M. P. Cotard, 1867. In-8° de 
38 pages. Papier vergé teinté (tirage à 
3oo exemplaires, non mis dans le com- 
merce); 

3° Journal général de l'Imprimerie et 
de la Librairie: Un manuscrit du XVI^ siè- 
cle» Lettre de M. E. Aumerle. N*** des 5 et 
12 décembre 1857; 

40 Léon Michel : La Dermotypotemnie 
(le Moniteur Universel, n© dû 28 sep- 
tembre i858); 

50 Le Découpage au Canivet {Magasin 
Pittoresque, n® de novembre 1862), gra- 
vure sur Dois de J. Gagniet; 

6® Ludovic Lalanne : Curiosités biblio- 
graphiques. Paris, Paulin, 1845. In-8<*, 
page 40; 

70 Paul Dupont : Histoire de r Impri- 
merie, t. Il, pages 162 et suiv. Paris, 
1854; 

8» Prosper Marchand: Histoire de l'Im- 
primer ie, t. ï, p. 9; 

9® Lambinet : Origines de l'Imprime- 
rie, t. II, pages 242 et suiv.; 

io« Le Catalogue général de VExposi' 



tion Universelle de 1867. — Livraison 
spéciale des Collections archéologiques de 
l'art ancien, (Musée rétrospectif.) 

Truth. 



Tenir le portique (V, 1 1 3). — Le Dic- 
tionnaire de l'Académie (4^^ édit.) donne 
en ces termes la signification de cette ex- 
pression : « On appelle aussi portique une 
« espèce de jeu où l'on fait tourner une 
a boule autour d'un portique dans lequel 
a elle entre par une des ouvertures et 
a s'arrête ensuite sur un chiffre dont la 
o valeur décide du gain ou de la perte. » 
Le grand roi, en « tenant le portique » 
présidait à un jeu de hasard qui a quelque 
rapport avec le billard des foires. 

(Lyon.) V. de V. 



< Contes de ma mère TOye t (V, 114;. 

— On lit dans le Dictionnaire national 
de Beschereîle, au mot Conte : a L'ex- 
« pression conte de ma mère Voye est prise 
tt d'un ancien fabliau dans lequel une mère 
o oie est représentée instruisant de petits 
tt oisons et leur faisant des contes dignes 
« d'elle et d'eux. » Cette origine vraisem- 
blable devrait être appuyée par une indi- 
cation précise de l'ouvrage où se trouve 
le fabliau qui aurait donné lieu à ce dicton 
très-ancien. Remarquons, en passant, que 
les fabliaux sont pour la plupart plus cy- 
niques que simples ou naïis. Enfin, par 
contes de ma mère Voye, on appelle pro- 
verbialement les fables ridicules dont on 
amuse ou dont on berce les enfants. 
On dit encore dans le même sens : 
conte de vieille femme, conte de nourrice^ 
conte de la cigogne, conte de Peau-d'âne^ 
conte à dormir debout, conte jaune, conte 
bleu, conte borgne, etc. Autant d'expres- 
sions dont il faudrait rechercher l'origine 
dans nos vieux auteurs. 

(Lyon.) V. de V. 



Le Mess (V, 114). — Le mot mess est 
anglais. Comme nom , il signifie : plat, 
mets, morceau, gâchis, gamelle, ordinaire, 
table des officiers, table des soldats. 
Comme verbe, mess signifie, en anglais, 
manger, manger ensemble, faire du gâchis. 
Le mot messmatCy formé des mots mesi 
et matCy signifie camarade de table, de 
pension, de gamelle, camarade d'ordinaire. 
Le mot mess paraît avoir pour origine les 
mots celtes ma, mad, nourriture, et des 
mots ma et mad s'est formée la nombreuse 
famille des mots en mas, en meSy en meîh, 
et en mis qui signifient toutes les choses 
dont on se nourrit. 

On dérive ordinairement le mot messe, 
en latin missa, qui exprime l'office divin 
dans lequel le prêtre offre en sacrifice le 
corps et le sang de Jésus-Christ, de mitto, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[ 10 avril iS6g» 



201 



202 - 



je renvoie, parce que, dit-on, lorsque le 
prêtre voulait, à la fin de la messe, faire 
communier les fidèles, il disait au reste de 
rassemblée qui ne devait pas, ce jour-là, 
prendre part à la communion : //<?, missa 
est (sous-entendant le mot concio ou mul- 
titudo)^ « Allez, l'assemblée, la plus grande 
partie d'entre vous est renvoyée. » Nous 
croyons, nous, qu'on doit, au contraire, 
entendre ces mots : /fe, missa est^ par 
« Avancez-vous, la table par excellence, le 
repas divin vous sont servis. » 

Quoi qu'il en soit de son origine, le mot 
anglais mess est entré, depuis quelques 
années, dans la langue fi*ançaise. Est-ce 
à l'empereur Napoléon III, qui a long- 
temps vécu en Angleterre, et qui a connu 
l'usage, l'utilité et les convenances àtsmess 
des officiers anglais, que nous devons l'in- 
troduction de ce mode de repas en commun 
dans les régiments français, où bien est-ce 
à la guerre de Crimée, où les armées an- 
glaise et française ont si bien combattu et 
si bien fraternisé, que nous devons l'em- 
ploi de ce mot en irançais, et la création 
de la table des officiers qui existe mainte- 
nant dans tous les régiments de la garde 
impériale ? Nous l'ignorons. Mais nous 
croyons savoir que c est le régiment des 
guides qui a, le premier, formé un mess 
en France, et que l'empereur a donné 
douze mille francs aux officiers de ce ré- 
giment pour l'achat de leur argenterie de 
table. J. T. L. 

— MesSy mot anglais, gamelle, s'applique 
par extension à une table d'officiers, comme 
chez nous où, dans la marine, l'officier, qui 
à son tour est chargé de la table, s'appelle : 
chef de gamelle. — Le mot et la chose ont 
donc été empruntés à l'Angleterre, lorsqu'à 
l'imitation de ce qui se passe dans les 
régiments anglais, on a adopté pour les 
régiments de la garde, une table unique 
réunissant dans la caserne même les offi- 
ciers de tous les grades. R. S. 



Boucs et porcs d'écurie (V, 117). — 
L'auteur de la question dit que « nous avons 
à chercher pourquoi nos pères d'il y a 
deux siècles mettaient des boucs dans les 
écuries. » Pour les écuries, je ne sais. Mais 
j'ai vu, au mois d'août de l'année dernière 
(1868), un bouc libre de toute attache 
dans une étable oui renfermait dix à douze 
bêtes bovines. C était dans cette partie du 
département de Maine-et-Loire que Ton 
désigne sous le nom de Vendée, à cause 
du rôle politique qu'elle a joué depuis 
1789 jusqu'à i832. Sur ma demande, le 
fermier me répondit gue « c'était sain 
pour le bétail. » Toute idée superstitieuse 
serait donc écartée de la question. Main- 
tenant, que peut faire la présence de cette 
bête puante pour assainir les étables? 
Compose-t-elle ses acres senteurs avec 



[ des miasmes impurs qui infecteraient les 
bœufs et les vaches? Ou bien l'odeur du 
bouc, se combinant avec l'infection du fu- 
mier qui séjourne sous les animaux, en 
neutralise- t-elle les fâcheux effets? Je ren- 
voie la solution de la difiiculté à de plus 
savants que moi. 

EUG. BONNEMÊRE. 



Pendules et montres décimales (V, 117, 
— Les décrets relatifs au calendrier répu- 
blicain donnent quelques dates à M. A. 
B. D. Celui du 5 octobre 1793 an II de 
la République, porte: 

a Article XI. Le jour, de minuit à minuit, 
« est divisé en dix parties, chaque partie 
« en dix autres, ainsi de suite jusqu'à la 
« plus petite portion commensurable delà 
« durée. Cet article ne sera de rigueur, pour 
a les actes publics, qu'à compter du i®' 
« du i«^ mois de la troisième année de la 
« République, » c'est-à-dire du i«^ vendé- 
miaire an III (22 septembre 1794). 

Le décret du 4 frimaire an 1 1 (24 novem- 
bre 1793), répète entièrement cet article, y 
compris la clause de rigueur, en y ajou- 
tant ces mots entre les deux phrases précé- 
dentes : a La centième partie de Theure 
« est appelée minute décimale; la ceniïème 
« partie de la minute est appelée seconde 
« décimale. » 

Le sénatus-consulte qui rétablit l'an- 
cien calendrier à partir du i®' janvier 1806 
est du 22 fructidor an Xlïl (9 septembre 
i8o5). Il n'y a rien sur les divisions horai- 
res dans l'exposé des motifs présenté par 
les orateurs du gouvernement, MM. Ré- 
gnaud de Saint-Jean-d'Angely et Mounier, 
ni dans le rapport de la Commission du 
Sénat fait par Laplace, qui sont tous deux 
reproduits par Rondonneau, à la suite de 
sa Concordance des calendriers républi^ 
cain et grégorien^ Paris, i8o5, in-S® de 
III pages; mais sur toute cette question 
on trouverait autre chose dans le A/b«i7eMr 
et surtout dans la collection officielle des 
Procès-verbaux, 

J'ajouterai que je connais, chez un de 
mes amis, une belle et excellente pendule 
révolutionnaire qui a quatre cadrans ; un 
qui marque les douze heures de l'ancien 
style , et c'est le plus grand ; un au- 
dessous , tout petit, figure les mouve- 
ments astronomiques; enfin au-dessous, 
deux autres pareils entre eux et de dimen- 
sion moyenne, marquent l'un les mois et 
les quantièmes, l'autre, la division nouvelle 
du jour en dix heures. Il est bien en- 
tendu qu'elle n'est pas à vendre, mais elle 
suffit à prouver qu il en a été fait ; il doit 
certainement en exister un certain nombre. 
A cause de la matière de leur boîte, qui les a 
vouées à la destruction, les montres doi- 
vent être beaucoup plus rares. 

Anat. de Montaiglon, 



N* io3.] 



L'INTERMEDIAIRE 



2o3 



204 



• Le plus ancien lirre avec privilège 
royal (V, 120). — Ne serait-ce pas unin-4" 
conservé à la Bibliothèque impériale, sec- 
tion des estampes, et intitulé: « Heures a 
la louange delà Vierge MARIE, selon lu- 
sage de Rome. » Ce précieux volume porte 
au revers du titre un Privilège « octroyé » 
par François I'^*" au « cher et bien ame 
maistre Geufroy Tory, libraire, » et « donne 
à Avignon le xxiii. iour de septembre, 
lan de grâce mil cinq cens vingtquatre. » 
On lit de plus à la dernière page la sous- 
cription suivante: « Ces présentes heures 
à lusage de Rome furent achevées de im- 
primer le mardy dixseptiesme iour de 
Janvier Mil cinq cens vingtcinq : fpar 
Simon de Coîines) pour maistre Geofroy 
Tory de Bourges, libraire demorant a 
Paris sus Petit Pont, joignant l'hostel Dieu 
a lenseignc du Pot casse. » On trouve de 
curieux détails sur ce livre et ses différen- 
tes éditions dans l'étude savante d'Aug. 
Bernard, intitulée : Geofroy Tory, peintre 
et graVéur, premier imprimeur royal, 
réformateur de l'orthographe et de la 
typographie sous François /"' ( Paris, 
Aubry). On sait que les pnVi/^^^^, octroyés 
d'abord ù titre gracieux,- devinrent, à dater 
de l'ordonnance de Moulins en i566, des 
permissions ou plutôt des défenses (arti- 
cle 78\ Les contrevenants étaient sévère- 
ment châtiés. C'est ce qui résulte d'un 
arrêt du Conseil du 17 octobre 1704, con- 
tre la veuve Baujolin, imprimeur-libraire 
à Lyon, son gendre et deux compagnons 
imprimeurs : Elle, déchue de la maîtrise, et 
eux déclarés incapables de travailler à 

rimprimerie à Lyon et ailleurs — Ce 

doux régime prit heureusement fin en 
1789. Alph. L. 



Une vieille enseigne de Paris (V, 12 3). 

— M. Ad. P. me paraît avoir touché par- 
faitement juste, et ma correction vient 
tout entière de sa communication; mais le 
rébus, qui doit bien se rapporter, comme 
il le suppose, à un chapelier, ne pourrait- 
il pas être traduit plus simplement, et 
s'exprimer par la phase plus naturelle à 
une enseigne: Aux deux Caudebecs? Un 
chapelier d'il y a trente ans l'aurait traduit 
par: Aux deux chapeaux, et un marchand 
de nos jours en ferait intervenir cent mille. 

A. M. 



Leà affaires , c'est rari^eht deâ antres 

(V, i33). — Cette définition n'appartieilt 
ni à Alexandre Dumas fils, ni même à 
]Vitnc Emile de Girardin. Elle est précisé- 
ment du comté de Montrond, dont parle 
cette dame dans son roman de Margue^ 
rite, ou Deux amours. Ce personnage, dit 
le Dernier roué, ami particulier de Louis- 
Philippe, n'est point imaginaire. Il mou- 



rut en 1843, et la Presse publia, presque 
immédiatement, sur lui deux curieux feuil- 
letons dont nous, ignorons l'auteur (voir 
n** des 5 et 6 novembre). On y trouve la 
susdite définition, rapportée comme étant 
de lui, sous cette forme encore plus pi- 
quante : a Ils sont toujours à dire les af- 
a faires, faire des affaires; qu'est-ce donc 
« que les affaires? C'est le bien d'autrui? » 
Ainsi, c'est au comte de Montrond lui- 
même que M™« de Girardin Tavait em- 
pruntée, et c'est dans le journal de son 
mari qu'elle l'a prise. 

Ch. Dugast-Matifeux. 

— Ouvrez le numéro de novembre 1842 
des Guêpes d'Alphonse Karr, page 48, 
dans le Dictionnaire français-français, 
vous trouverez : 

a Affaires. — Un homme d'affaires est 
un monsieur qui a pour état de faire ses 
affaires dans les vôtres. » 

N'est-ce pas là que le mot a été pris? 

E. 



La RéYolution française écrite par les 
auteurs latins (V, i36). — Votre corres 
pondant trouvera ce qu'il demande dans 
une brochure attribuée à Héron de Ville- 
fosse, intitulée : 

Essais sur l'Histoire de la Révolution 
française par une société d'auteurs latins. 
Romœ, prope Cœsaris hortos. Et à Paris, 
près du jardin des Tuileries. JII kalendas 
septembris, V. C. MMDLIV. XII fructi- 
dor an VIII. /«-S» de 85 p. 

En i8o3, il a paru une nouvelle édition, 
précédée de quelques réflexions sur les 
principes de la philosophie moderne, ex- 
traites du discours préliminaire des Troiî 
siècles de la littérature française, impri- 
mée en 1779, et au'gmentée de citations 
extraites des ouvrages de plusieurs écri- 
vains français et autres. In-S® de 1 1 1 p. 
Un Bibliophile Dijonnais. 



La Société a Aide-toi le ciel t'aidera ^ 

(V, 154).— Cette société n'était aucunement 
secrète. Formée en 1827 pour combattre, 
dans les élections d'alors, l'influence mi- 
nistérielle appuyée sur la censure des 
journaux, elle avait pour président de son 
comité primitif M. Guizot, et comptait 
parmi ses membres MM. l)uchâtel, Du- 
vergier de Hauranne, de Rémusat, Vitet, 
Sautelet, André Marchais, etc. Elle agis- 
sait au grand jour, publiant des brochures 
et des ouvrages plus considérables, dont 
on peut retrouver encore des exemplaires 
portant, sur la feuille de titre, la devise: 
Aide-toi, le ciel t'aidera. 

La société se recruta ensuite dans toutes 
les nuances de l'opposition, depuis les 
royalistes constitutionnels (Chaieaubrianti 
en fit partie) jusqu'aux bonapartistes et 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo avril 1869* 



io5 



— 206 



aux républicains. En i83o, elle dirigea les 
élections qui ramenèrent à la Chambre 
les votants de l'adresse des 221 ; aux jour- 
nées de juillet, elle existait encore, tou- 
jours présidée par M. Guizot, et comptant 
alors dans son comité Jules Bastide, Go- 
defroy Cavaignac, Charles Thomas, Che- 
vallon, Lanjuinais, Salverte, etc. 

(Voir Histoire des deux Restaurations^ 
par Achille de Vaulabeile, t. VII , p. 228 
et suiv.) Frédéric Lock. 



Le soufflet, iûjure grave (V, 167). — 
Jésus a été souffleté ou buffié^ comme on 
disait au moyen âge. Et c est après avoir 
reçu lin soufflet qu'il a dit, avec une ad- 
miVable douceur : « Si j'ai mal parié, faites 
voirie mal que j'ai dit, mais si j'ai bien 
parlé pourquoi mefrappez-vous?»(S. Jean, 
ch. XVlïï,v. 2 3). 

Or, comme on a tout rapporté, plus 
tard, à l'Evangile, le soufflet a été regardé 
comme l'outrage par excellence. D'ail- 
leurs, le soufflet, en général, n'est pas une 
violence grave, comme un coup de poing 
ou comme un coup de bâton, c est une in- 
solence raffinée ; ce n'est pas un abus de 
la force corporelle, c'est une marque de 
mépris» 

On peut accepter d'être violenté; un 
fort de la halle aurait pu assommer d'un 
coup de poing Louis XIV ou Napoléon 
sans prouver aucune supériorité 'morale; 
tandis que le fait d'infliger une légère cor- 
rection, qui n'est rien par elle-même, a 
semblé être une marque de dédain. Et 
comme cette insulte avait été faite au Juste, 
à Dieu, on l'a regardée comme l'a plus 
grave qui pût être faite. 

Historiquement, je ne sache aucun texte 
qui tixe la date où le soufflet a passé pour 
l'outrage le plus sanglant, mais j'ai tou- 
jours cru que l'opinion sur laquelle je de- 
mande une explication provenait de la 
cause que j'ai exposée. Quant au soufflet 
avec le gant, il se rapporte à l'action de 
jeter le gant, ce qui était un défi à mort. 

E. G. P. 

— C'est sur la figure de l'homme que 
se manifestent ses sentiments les plus no- 
bles et les plus bas, les émotions les plus 
douces et les plus violentes. La physiono- 
mie, on l'a dit depuis longtemps, est le 
jidcle miroir de l'âme; c'est la frappante 
image de notre personnalité. Frapper, in- 
sulter, outrager cette plus belle partie de 
notre être extérieur, plutôt que toute au- 
tre, a donc été regardé comme la plus san- 
glante injure. 

J'ai cherché l'origine de ce mot; on ne 
peut guère raisonnablement le faire venir 
de souffle, souffler, soufflet, instrument du 
foyer. Je n'ai trouvé que l'arabe, le chal- 
déen, rhébreu, saphal, sephl, rabaisser, 
rabattre, humilier, mépriser; sipJielot, 



abaissement, humiliation, comme racine 
satisfaisante et rationnelle. 

(Alençon.) G. E. D. 



^ri)iuia{Ue6 et Cuiriasîtfe, etc. 

La Révolution française jugée par un 
grand esprit. — Il existe une lettre de Mi- 
rabeau au comte de La Marck, dans la- 
quelle on lit ces lignes : 

a Vous vous exagérez infiniment les in- 
convénients de la Révolution pour la géné- 
ration présente. Il n'y a pas eu d'exemple, 
dans les fastes du monde, d'un pareil bou- 
leversement ni même d'une grande se- 
cousse politique à moins de frais; et si 
l'on voulait s'entendre et surtout gouver- 
ner, la révolution n'aurait de véritables 
martyrs qu'un très petit nombre de sa- 
trapes trop scandaleusement gorgés de 
jouissances exactrices et oppressives, et 
l'inévitable contrariété qu'éprouvent plu- 
sieurs milliers d'hommes, lorsqu'ils sont 
forcés de changer d'opinions et d'habi- 
tudes, de dissimuler leurs préjugés... De 
ces gens-là, ce n'est que dans les classes 
supérieures et par conséquent peu nom- 
breuses de la société, et depuis quarante 
ans jusqu'à la fin de la carrière humaine, 
qu'il faut les chercher. Les classes po- 
pulaires, les classes industrieuses sont en 
fermentation; la fermentation est si peu 
un malheur pour l'homme, que son pre- 
mier besoin est d'être remué... Tous les 
liens de l'industrie et du commerce se re- 
lâcheront jusqu'à ce qu'ils puissent tomber 
entièrement, et les intarissables ressources 
de l'industrie humaine, abandonnées au 
seul régime de la liberté, ouvriront un 
ordre de choses dont nos yeux myopes 
n'aperçoivent pas même l'atmosphère, loin 
de la percer et de voir au travers. 

« Naccuse!{ donc pas la Révolution, mon 
cher comte, n'accuse:^ que les hommes qui 
jouent, pour le compte du gouvernement, 
cette grande partie,., .» 

Connaît-on beaucoup de pages aussi 
éloquentes, disons mieux, aussi élevées, 
aussi belles de vérité? — Indocti discant, 
et amant meminisseperiti! S. D. 



La Romance du « Lion amoureux. » — 

Pourquoi les éditeurs du Lion amoureux 
de Ponsard continuent-ils à ne point im- 
primer dans les nouvelles éditions posthu- 
mes de cette comédie désormais classique, 
la jolie romance qui se trouvait dans le 
manuscrit original de l'auteur, romance 
dont M. Jules Janindans un feuilleton des 
Débats, consacré au Lion amoureux, avait 
raconté la suppression si regrettable? 

« ... Malheureusement, disait le célèbre 
critique, M"» Angélo, à qui le rôle de la 
Bretonne est confié, n'a jamais pu retenir 



N» io3.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo avril 1869. 

207 — 208 

morceau de ce qu'il appelle le livre-événe- 
ment de*M. Emile Ollivier, Le 19 janvier. 
J'y trouve cette citation : « Charles Quint 
disait du cardinal d'Ossat : Pour déjouer la 
sagacité de d'Ossat^ se taire ne suffit pas^ 
il faut encore ne pas penser devant lui. 
On pouvait dire ainsi cle M. de Morny : la 
pénétration était sa qualité dominante, et 
il en avait conscience. Lorsque vous cause\ 
avec quelqu'un y dit-il un jour, écoute^ ce 
qu'il pense, non ce qu'il dit, Le cardinal 
d'Ossat étant né le 20 juillet iSSy (date 
fourme par un certificat de baptême, pu- 
blié pour la première fois par M. Taobé 
Canito, dans la Revue des Sociétés sa- 
vantes), et Charles-Quint étant mort le 
21 septembre i558, sans avoir eu l'occa- 
sion ae voir une seule fois le jeune d'Ossat, 
il eût été difficile, on en conviendra, que 
l'empereur vantât si spirituellement la 
merveilleuse sagacité du futur ambassa- 
deur à Rome. Si à Charles-Quint on sub- 
stitue le pape Sixte-Quint, à la bonne 
heure! T. de L. 



Tair que lui chantait Ponsard avec la voix 
la plus fausse de l'Empire. C'est pourquoi 
le poëte, en pleurant, a supprimé la douce 
élégie. » 

Mais M. Janin l'avait recueillie, et nela 
voyant plus dans la pièce imprimée, en 
avait fait part à ses lecteurs. C'est donc à 
lui que nous allons aujourd'hui l'emprun- 
ter pour la communiquer à nos amis de 
Y Intermédiaire et les taire juger, en con- 
naissance de cause, de l'opportunité de la 
Question ci-dessus posée : 

Air de : La Pemette se lève. 




Quand s'éveille et chante l'oiseau, 
Sur l'herbe s'agenouille 
En tournant son fuseau. 

Pendant que vont les chèvres 
Broutant le genêt vert, 
Les sureaux et le genêt vert, 
Un soupir sort des lèvres 
D'Anna de Gorré-Ker. 

Le village est en joie. 

Chaque sentier est plein, 
De Gorré-Ker jusqu'à Ké-Blin, 

De tabliers de soie 

Et de coiffes de lin. 

> 

Les filles vont par bande, 

Par bande les garçons, 
Le long des prés et des buissons ; 

On n'entend fur la lande 

Que rires et chansons. 

Seule, en ce jour de fête, 
Que fais-tu donc là-bas, 
Anna, que fais-tu donc là-bas ? 
Au Pardon qui s'apprête 
Pourquoi ne viens-tu pas? 

Nous sommes persuadé que ccrte douce 
cantilène, si charmante à la lecture, eût 
remporté un grand succès à la scène, 

Truth. 



L*ironie de M. Troplong. — M. le pre- 
mier vice-président du Sénat a dit sur la 
tombe de M. Troplong: «J'entends ces 
conversations solides et pleines de charme, 
auxquelles se mêle une tronie fine et légè- 
rement railleuse. » Je demande des expli- 
cations': quelqu'un connaît-il une ironie 
qui ne soit pas railleuse? Pour moi, qui 
crois avec le Dictionnaire de V Académie, 
qu'ironie est synonyme de raillerie, et 
même de raillerie fine, je ne puis que mettre 
sur le compte du trouble et de la douleur 
de M. Boudet {a confuso scriptum et do- 
lenti datum), celte définition à la La Pa- 
lisse de l'ironie de M. Troplong. 

Yezimat. 



Est-ce une distraction de M. Emile Olli- 
vier ou... de son imprimeur?— Le Petit 
Figaro du 3 mars a servi à ses lecteurs un 



« L'Intermédiaire > hollandais. — Lh- 
termédiaire hollandais, ce confrère dont 
vous vous êtes occupé plusieurs fois déjà 
dans les colonnes de votre recueil, a inau- 
guré, le i®' janvier 1868, une nouvelle 
existence. He Navorscher (l'Investigateur] 
a paru dans un costume nouveau. Il a 
quitté cet habit oblong maladroit et in- 
commode qui nous était à nous tous si fa- 
milier. Il a adopté un vêtement à la mode, 
vêtement qui lui sied à merveille, et qui 
se rapproche de celui de Notes and Que- 
ries, et encore plus de celui du véritable 
Intermédiaire. 

L'arrangement du texte a encore subi 
des changements. Les sept grandes divi- 
sions qui existaient depuis 1861, c'est-à- 
dire : I , Histoire ; 2 , Arcnéologie et Numis- 
matique; 3, Histoire littéraire ; 4, Histoire 
de l'art; 5, Philologie; 6, Généalogie et 
Science héraldique; 7, Mélanges, ont été 
maintenues. Cependant, les questions et 
les notes d'une moindre importance seront 
dorénavant séparées des divisions propre- 
ment dites. Elles suivront ces divisions à 
la place que leur sujet indique et porte- 
ront un numéro pour faciliter les re- 
cherches. 

De plus, chaque livraison (il y en aura 
douze par an) contiendra un article d'une 
plus grande étendue, sur un sujet histo- 
rique ou autre, et signé par un de nos 
meilleurs littérateurs. Plusieurs lettrés 
connus se sont déjà engagés à fournir 
quelques-uns de ces articles, qui occupe- 
ront toujours la place d'honneur, la pre- 
mière colonne. Le prix, trouvé trop mo- 
dique, a été élevé d'environ 2 francs. 

H. TiEDEMAN. 



Pari*. ^ Tfp. de Gh. Meyraeia, rue Cojas, 1S. — 1W9 



NufflérolOi. 



Cherche» et 
voui tnutert*. 




Jt S9 faut 
nUr'aidtr, 



il avril 1869. 



— •— 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.) 



209 = 



210 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 

— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Encore une phrase des « Commentaires » 
de César. — Je l'extrais du texte latin 
donné par M. Artaud: « Opère instituto, 
fit équestre praelium in ea planitie, quam 
intermissam coUibus Illmillia'passuum in 
longitudinem patere supra demonstravi- 
mus. » (L. VII, ch. 70). — M. Stoftel 
(Etude sur remplacement d'Alesia) s'ex- 
prime ainsi au sujet de cette phrase: « Les 
traducteurs rendent à tort le mot inter- 
missa par entrecoupée, au lieu de entou- 
rée. » — M. de Saulcy [Nouvelle objection 
à M, Quicherat, à la suite de la I^« partie 
des Campagnes de Jules César dans les 
Gaules) émet la même opinion que le sa- 
vant officier d'artillerie : « Je me garderai 
bien, dit-il p. 438, d*appuyer ici sur le sin- 
gulier contre-sens fait par un des défen- 
seurs d'Alaise, je ne me rappelle plus le- 
quel, qui traduisait intermissam collibus 
par entrecoupée de collines, n L'interpré- 
tation de ces deux érudits est, du reste, 
conforme à la traduction de M. Sommer: 
tt Les travaux commencés, il se livre un 
combat de cavalerie dans cette plaine de 
trois milles, qui, comme nous l'avons dit 
ci-dessus, s'étenaait ewfre les collines. » — 
M. J. Quicherat {Conclusion pour Alaise) 
traduit intermissa par encaissée, ce qui 
me semble être à peu près d'accord avec 
la version ci-dessus. — Mais M. Artaud 
traduit différemment : « Pendant les tra- 
vaux, il y eut un combat de cavalerie dans 
cette plaine de trois mille pas d'étendue, 
et entrecoupée de collines, comme nous 
venons de le dire. » — Enfin, M. L. Qui- 
cherat (Dict. franç.-lat., éd. de i858 et de 
i865) explique les mots entrecoupée de 
collines par ceux de intermissa collibus. 
— En présence d'une autorité de cette 
importance, j'invoque encore une fois 
l'oblieeante érudition des collaborateurs 
de V Intermédiaire, en faisant remarquer 
toutefois que si la version de MM. Artaud 
et L. Quicherat est la bonne, il y a con- 



tradiction dans le texte des Commentaires; 
car au ch. 6q, César dit, en faisant la des- 
cription d' Alesia : « En avant de la place, 
s'étendait une plaine d'environ trois mille 
pas de longueur : sur tous les autres 
POINTS, la ville était entourée par des col- 
lines peu distantes entre elles et d'une 
égale hauteur » (trad. de M. Artaud). Or, 
la plaine ne peut pjas être entrecoupée de 
collines au en. 70 si, dans celui-ci, la cein- 
ture de collines est interrompue par cette 
plaine. J. Mt. 

Inscription rétrograde. — Quel est le 
sens exact de cette inscription qu'on peut 
lire ind'ifFéremment par les deux bouts : 



SIT ARA TU TA RATIS. 



(Saintes.) 



L. A. 



ttSic transit gloria mundi.»-^Est-ceune 

pensée ûvé^àeV Imitation de Jésus-Christ, 
comme le pense M. Larousse {Flore la- 
tine) ? Est-ce l'introduction d'un chant 
d'église latin, comme le veut M. Biich- 
mann, le citateur allemand ? 

(Amsterdam.) H. Tiedeman. 



Le mot dégommer. — D'où vient ce mot 
dans les locutions suivantes : A. paraît 
malade ; il se dégomme tous les jours. — 
B. a perdu sa place; il vient de se faire dé- 
gommer, — il me semble que la gomme 
n'a que bien peu de chose à voir là dedans, 
et qu'expliquer dégommer par gomme, 
c'est à peu près comme si on voulait ex- 
pliquer par colle décoller, dans le sens de 
trancher la tête, L. 



Calendriers nouveaux. — - Vers la fin du 
siècle dernier et avant l'adoption du ca- 
lendrier républicain, quelques écrivains fan- 
taisistes avaient imaginé de substituer aux 
noms des saints ceux des personnages les 
plus célèbres des temps anciens et mo- 
dernes. Sylvain Maréchal fit paraître, 
en 1788 {l An premier de la Raison), \Al- 
manach des honnêtes gens, qui produisit 

TOME v. — 8 



N« 104.] 



LTNTERMEDIAIRE 



21 1 



212 



un grand scandale et qui fut condamné au 
feu. Il avait été devancé par Tauteur de 
VAlmanach nouveau de Van passée ou Al- 
manach puce, où Von annonce les choses 
déjà arrivées; à Genève, [et dans tous les 
pays où Ton imprime, ($ap^ date), iq-i8. 
Ce petit volume, publié vers 1783, ren- 
ferme des contes, des bons mots, et il dé- 
bute par un calendrier où des rois, des sa- 
vants, des écrivains illustres prennent la 
place des noms révérés par T Église chré- 
tienne. Voici ce qui concerne les neuf 
Crémiers jours de janvier : Charlemagne, 
'imoléon, Virgile, Théodose le Grand, 
Montagne, Xénophane, Christien Wolff, 
Yao, Albert Walstein. Les noms se sui- 
vent d'ailleurs sans aucune méthode; 
saint Louis est à côté du général athénien 
Brasidas; Bossuet coudoie le comédien 
Baron, Alcibiade vient immédiatement 
après William Penn. Les femmes sont en 
fort petit nombre dans cette nomencla- 
ture Digarrée; nous y rencontrons : Diane 
de Poitiers, la courtisane Léontium, Ma- 
dame Deshoulières, Aspasie, Madame de 
Sévigné, Elisabeth, impératrice de Russie, 
Clémence Isaure. 

Existe-t-il d'autres calendriers du même 
genre? Récemment nous avons eu celui 
de l'école positiviste, mais je voudrais di- 
riger les recherches des investigateurs vers 
une période plus éloignée. T. G. 

Le Testament de Gujas. — En lisant 
l'intéressante Histoire des Imprimeurs et 
Libraires de Bourges, suivie d'une notice 
sur ses Bibliothèques, par M. Hippolyte 
BoYER, archiviste. Bourges. Jollet-Sou- 
chois, in-80 de 76 p., 1854, — je remarque 
le passage qui suit : 

o Pans son testament du 4 octobre i Sgo, 
Cujas, laissant une fille mineure, avait, 
parmi d'autres clauses, inséré les deux 
suivantes : « Que mes livres ne soient 
« vendus tous ensemble à un ou plusieurs, 
« mais un livre après l'autre, et prix fait, 
« selon ce gui est porté par l'inventaire 
a que j'en ai fait. 

« Que l'on ne vende nul de mes livres 
« à Jésuites, et que l'on prenne garde à 
tt ceux à qui Ton en vendra, qu'ils ne s'in- 
« terposent pour lesdits Jésuites. » 

a Cette dernière recommandation, ajoute 
M. Boyer. était dictée par l'animosité que 
nourrissait contre la célèbre corporation 
ce professeur, qu'on a toujours soupçonné 
de pencher en secret vers les idées de 
Calvin. » (Page 65.) 

Pourrait-on, aujourd'hui, nous faire sa- 
voir dans V Intermédiaire : 

1® Si le testament olographe original de 
l'illustre jurisconsulte existe encore actuel- 
lement dans quelque bibliothèque publique 
ou collection particulière, à Paris ou en 
province. 2® Où, — quand, — comment, 
— et par qui ce précieux document fut pu- 



blié pour la première fois et intéeralement? 

Ulric. 



pame Etiqaelte, d'o^ vient-elle? -Je 

lis dans un charmant passage doïMistoire 
du second Empire, de Taxile Delord, 
p. 636: a L'Etiquette, cette déesse poin- 
ts tilleuse et gênante, ne pouvait manquer 
a de saisir 1 occasion d'un congrès (celui 
a de Paris en i856) pour donner des preu- 
« ves de son mauvais caractère. Un poëie 
a épique aurait pu l'apercevoir traversant 
« les airs, son . flambeau ou plutôt sa 
tt torche à la main, et descendant chez le 
a grave et silencieux lord Cowley... L'Eti- 
a quette se rend ensuite chez le plénipo- 
tt tentiaire turc, elle souffle à Mehemmed- 
a Diémil les mêmes scrupules... » 

D où nous vient dame Etiquette ? D'où 
a-t-elle tiré son nom? S. D. 



Catéchisme français à l'usage des 

écoles primaires, par La Chabeaussière. 

— • Ce catéchisme, sur lecjuel Lakanala 
fait un rapport au conseil cfes Cinq-Cents, 
et Barbé-Marbois au conseil des Anciens. 
a-t-il été réellement enseigné dans les 
écoles primaires ? Et si oui, pendant corn 
bien de temps ? P. d'A. 



Monnaies de Henri Y. — En i83i,les 

partisans du duc de Bordeaux firent frap- 
per quelques monnaies à son effigie, k 
possède, au millésimçde i83i, la pièce de 
5 fr. et la pièce de i fr., buste avec uniforme; 
au millésime de i833, la pièce de 1/2 fr. 
bus^e nu. Le revers de ces trois pièces est 
écussonné comme celles de Charles X. Je 
désirerais savoir s'il a été frappé d'autres 
pièces. Dans un roman dont je ne puis me 
rappeler ni le titre, ni le nom de l'auteur, 
un jeune gentilhomme qui perd au jeu, 
paye en or, à l'effigie de Henri V. Est-ce 
une simple fantaisie du romancier, ou 
a-t-il été réellement émis quelques pièces 
en or? 2. A. 



Famille des £ssars-ts, ou ds 7 — Certain 
Pierre des Essars (ts^ ou ds ?) natif, ou 
bien ayant été domicilié à Vannes, s'est 
rendu à la Haye en Hollande entre 
l'an 1640 et 1660.. Il s'est établi à la Haye, 
y a contracté un mariage, et est mort 
en 1690, laissant un fils, qui fut baptisé 
dans l'église protestante, dite Kloostef' 
kerk, 21 mai 1648, et reçut le nom de Jean 
VanneSs dont il y a preuve certaine. On 
désirerait constater l'identité du susdit 
Pierre, savoir son vrai nom, et l'origine 
de sa famille. 

(Amsterdam.) J. G. de G. J. Jr. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 avril 1869* 



2l3 



214 



Marie Donral. — Il y a quatre ans, un 
de nos coabonnés faisait appel aux lecteurs 
de l'Intermédiaire, pour obtenir des dé- 
tails sur les créations de cette grande ar- 
tiste {Interm., t. II, p. 10). L'article était 
signé E.-C. (La Flèche). Or, Tannée der- 
nière a paru à la librairie Verbœckoven, 
un volume in-12 d'environ 5oo pages, in- 
titulé Marie Dorval, où la connaissance la 
plus exacte des moindres faits biogra- 
phiques s'unit à l'admiration la plus pas- 
sionnée et la plus communicative. Nous 
voudrions savoir s'il n'y aurait pas identité 
entre l'auteur anonyme de ce livre, dont 
toute la presse s'est occupée, et le signa- 
taire de la note que nous venons de rap- 
peler. E. R. 



Ârago (François) a-t-il en des collabo- 
rateursl — Cette question m'a été adres- 
sée plusieurs fois sous une forme plus 
raide : « Quel est l'auteur des ouvrages de 
M. Arago? V 

On sait que M. Barrai a publié, c'est-à- 
dire mis en ordre et en lumière : U Astro- 
nomie populaire et les Œuvres complètes 
du grancl astronome. Mais ces savants 
ouvrages auraient-ils été rédigés^ par des 
collaborateurs anonymes, sur les notes et 
projets laissés par Arago, dont la puissante 
imagination et les vastes connaissances 
restentindéniables, comme son patriotisme 
républicain et son désintéressement? 
Un admirateur d'Arago, V. de V. 



Un chevalier... de la Légion d'honneur. 

— Que de questions j'aurais à faire sur 
certains points de ÏÉfistoire du second 
Empire de M. Taxile Delord, ouvrage qui 
renferme d'ailleurs tant de réponses et 
lève tant de doutes! Je lis, p. 5o3, à pro- 
pos de la çroiï d'honneur et de ce qu'elle 
est devenue : a Aujourd'hui, les hommes 
ce de lettres se rassemblent pour juger la 
conduite d'un de leurs confrères accusé 



tt 



<c 



« 



C( 



de certaines vilenies littéraires ; cet 
homme sort plus que sali de l'enouête : 
un mois après, il est chevalier de la Lé- 
gion d'honneur, et il étale son ruban 
effronté dans tous les lieux publics... n 
Est-ce là un exemple en l'air ? Est-ce une 
allusion à quelque fait connu ? Peut-on me 
le dire, au moins dans le tuyau de l'oreille? 

S. D. 



€ Histoire dn Bourbonnais > et le nom de 
son auteur. — Dans V Histoire du Bour- 
bonnais et des Bourbons, par M. deCoif- 
iier de Moret (Paris, 181 6, 2 vol. in-8°), 
on lit à la page 11 de la préface, une note 
ainsi conçue : « Un chanoine de la coUé- 
tt giale de Moulins a voulu faire cette his- 
M toire (du Bourbonnais). Son manuscrit 
« qui existe encore, m'a été communiqué ; 



a il commence par ces mots : Après le dé- 
a luge^ etc. viennent ensuite des ré- 
« flexions sur les enfants de Noé qui ont 
a pu peupler le Bourbonnais; puis la tra- 
ce ûuction du 7°** livre des Commentaires 
a de César... » Où se trouve ce précieux 
manuscrit ? Quel est le nom du doctissime 
chanoine ? Le chapitre après le déluge et 
celui des enfants de Noé méritent incon- 
testablement une reproduction. L'Inter- 
médiaire, en signalant ce document uni- 
que, stimulera le zèle d'un chercheur 
intelligent et dévoue qui ne voudra pas les 
laisser inédits. 

(Lyon.) V. de V. 



Les manuscrits originaux de Sauvai. 

— Quel fut le sort des manuscrits dont les 
éditeurs des trois*volumes qui p^ortent le 
nom de Sauvai se sont servis? En Tannée 
1785, ces manuscrits furent livrés aux en- 
chères publiques, à Paris, lors de la vente 
d'Aguesseau. Voici le titre exact du Cata- 
logue dans lequel ces manuscrits étaient 
signalés : Catalogue des Livres imprimés 
et manuscrits de la Bibliothèque de feu 
M, d'Aguesseau, doyen du Conseil, com- 
mandeur des ordres du Roi, etc. Disposé 
par ordre des matières', avec une table des 
auteurs. Paris, 178 5, in-8° ; page 307. 
No 4716 : L'histoire de Paris, par le 
SIEUR Sauval, en 9 portefeuilles. Cest le 
manuscrit qui a servi à V impression de 
cet ouvrage. Il provient de la Bibliothèque 
de CL Bern. Rousseau, auditeurdes Comp- 
teSy qui en fut l'Editeur, Les neuf porte- 
feuilles furent adjugés au prix très -mo- 
deste de 72 1. 5 s. 

Née de La Rochelle, savant libraire, l'un 
des rédacteurs de ce Catalogue, n'a pas 
indiqué le format de ces neuf portefeuilles, 
qui devaient être assez épais, puisqu'ils 
renfermaient la majeure partie des ma- 
tières comprises dans les trois volumes que 
nous connaissons. Les additions faites par 
les éditeurs, sont à vrai dire, considé- 
rables, et peuvent bien remplir près d'un 
Quart de volume; la plus longue est celle 
du tome I*"", qui commence à la page 
617 et finit à la page 728. Ces cent om^e 
pages de texte sont marquées d'un astéris- 
que à côté du chiffre de numérotage ; et 
les éditeurs, qnai en ont averti dans leur 
préface, déclarent avoir ajouté tout ce 
texte d après leurs propres recherches. Il 
faut dire que ce n'est pas la seule addi- 
tion qu'ils aient faite au manuscrit, dont 
ils ont complètement changé la rédac- 
tion originale. 

Il est bon de savoir que l'ouvrage étendu 
cjue Sauvai avait entrepris et qu'il a laissé 
inachevé, se composait d'une série de 
Discours, au nombre de cent vingt-sept. 
Chacun de ces discours était consacré à un 
sujet spécial; l'auteur, tout en épuisant la 
matière y introduisait presque toujours de 



N» X04O 



L'INTERMÉDIAIRE 



2l5 



216 - 



longues digressions. Après avoir composé 
chacun de ses discours, il en faisait faire 
plusieurs copies, qu'il confiait, soit à des 
amis, soit à aes savants connus, soit à des 
personnages illustres qui pouvaient le bien 
renseigner. On trouve, au tome III de 
rimpnmé (pages 58 à 87), un long discours 
sur les Tontines, Loteries et Banque royale^ 
dédié à M. de Racan, morceau très- 
achevé, très-amusant, qu'on n'irait certes 
pas chercher à l'endroit où Tont placé les 
éditeurs, et qui fait bien connaître la so- 
ciété au milieu de laquelle vivait l'auteur. 
De même un long discours sur l'histoire 
de Saint-Jacques de la Boucherie, encore 
inédit, est adressé à M. Pierre Petit, très- 
savant ingénieur qui a coopéré avec Gom- 
boust à la publication du célèbre plan de 
Paris, portant le nom de ce dernier, et a 
rédigé la curieuse notice dont il est accom- 
pagné. P. Petit a renvoyé à Sauvai son 
discours sur Saint-Jacques de la Boucherie, 
en y joignant une lettre qui contient de 
nombreuses observations critiques. 

Les manuscrits de Sauvai que je con- 
nais jusqu'à présent, sont au nombre 
de cinq, tous reliés et de différents for- 
mats. Entre ces manuscrits, un des plus 
curieux contient le texte de l'histoire des 
Palais, Hôtels et Maisons remarquables 
de Paris, texte bien différent du traité sur 
le même sujet qui forme le livre XIV et la 
majeure partie du deuxième volume du 
Sauvai imprimé. On m'a signalé d'autres 
fragments sur le même sujet, qui se trou- 
vent dans un manuscrit de la Bibliothèque 
impériale. Tous ces détails me font dési- 
rer vivement de recevoir une réponse à 
cette question. 

Le Roux DE LiNCY. 



Un ouvrage intitulé : a Caserne. » — N 'a- 
t-il pas paru, il y a une trentaine d'années, 
un ouvrage ayant pour titre : Caserne} 
Quel en était l'auteur? Serait-il possible 
d'en trouver encore quelque exemplaire? 
Et à quel prix? Vallée. 



« Les Epinards » d'Henri Monnier. — 

En quel format, à quelle date précise, dans 
quel recueil, et chez quel éditeur a été pu- 
bliée, pour la première fois, la célèbre ca- 
ricature aquarellée de M. Henri Mon- 
nier : « Je n'aime pas les Epinards et fen 
suis fort aise,., etc. » planche célébris- 
sime, dont je ne connais à mon grand 
regret que la légende? Ulric. 



P. Lasne fut-il imprimeur ou libraire? 

— Le catalogue de la bibliothèque de 
l'ancienne abbaye de Saint-Vincent du 
Mans porte la mention suivante : Cou- 
tiimes du pa'is et comté du Maine, Le 



Mans, P. Lasne, i52g, in- 16. Quelque 
possesseur de cette rarissime édition, cjue 
je n'ai encore pu rencontrer, pourrait-il 
me donner le nom de l'imprimeur, car je 
ne saurais, avec quelques auteurs man- 
ceaux, prendre Lasne pour un imprimeur; 
je le regarde seulement comme un li- 
braire, mais je n'en ai pas la preuve, et 
je remercie d avance celui qui pourra me 
la fournir? André Pierre. 



Répomcfà. 



Autographes de Marie-Antoinette oa de 
l'abbé de Vermont (IV, 245.) — Quelques 
collections publiques ou particulières se 
croyant en possession d'autographes delà 
reine, ne se feraient-elles point illusion, 
pour une partie d'entre eux au moins, qui 
pourraient bien être de la main de l'abbé 
de Vermont? J'en fais juges les amateurs, 
auxquels je signale le passase suivant de 
la Correspondance secrète, datée de Ver- 
sailles, 29 juin 1779 : 

a Lorsque l'empereur est venu ici, l'abbé 
de Vermont lui a été présenté comme un 
homme d'esprit et plein de zèle pour sa 
sœur. Ce prmce a fort goûté le lecteur, et 
depuis ce moment l'abbé est devenu l'a- 
gent ou le correspondant entre Vienne et 
Versailles. Les lettres de l'impératrice; 
mère et de l'empereur pour la reine lui 
ont été adressées, e/ les réponses de k 
reine ont été écrites ou ont passé par luu 
Suit l'histoire d'un commencement de dis- 
grâce encourue par Tabbé à propos de 
deux lettres écrites à Marie-Thérèse et in- 
terceptées par l'entourage du duc d'Ai- 
guillon. 

(Auch.) H. Vienne. 

Mon cousin, couvrez-vous (V, 3ij. - 
La parenté des Lévis avec la sainte Vierge 
est-elle bien réelle ? Je ne le déciderai pas; 
mais voici à l'appui un couplet d'une chan- 
son composée au Canada après la célèbre 
victoire de Carillon, remportée par Mont* 
calm sur Abercromby, le 8 juillet 1758. U 
chevalier de Lévis commandait la droite 
des Français. Je crois cette chanson com- 
plètement inédite : 

N'oublions pas Monsieur d' Lévis. 
C'était, morgue! comme un' furie, 
Aisément, cela se peut croire. 
Dame! on n' manquit jamais d' valeur 
Dans la famille de not' Seigneur. 
Saquergué ! comm' sans sa cousine j'étions flani' 

[bés. 

Ces -doubles chiens, à coups d* pieds, à coups 

[d; poings 

Nous auraient cassé ia gueule et la mâchoire. 
L'air de cette chanson était : Sur Iport 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 avril 1869. 



217 



218 



avec Manon un jour.,.; mais le sixième 
vers ne se chantait pas. P. Clauer. 

Origine du mot < sans-culotte > (V, 3i). 
— Je lis dans un petit recueil qtii a pour 
titre : Années révolutionnaires... à Paris : 
An Xjle passage suivant : 

« Les premiers membres de l'Assemblée 
a législative n'annonçaient pas l'opulence, 
a Quelques-uns de leurs prédécesseurs se 
« permirent de dire : A peine si les nou- 
tt veaux législateurs ont une culotte au 
« c... Le propos fut entendu, et plusieurs 
a de ces nouveaux députés répliquèrent : 
« Nous nous faisons honneur d'être sans- 
u culottes ; Thabit que nous portons est à 
a nous, et ce n'est pas aux dépens de la 
sueur du peuple que nous sommes vêtus, 
(c'est de là que vient le nom de sans- 
culotte). 

a Bientôt après cette époque, la misère 
propagea tellement ces principes de sans- 
culottisme, que les malheureux ouvriers 
de Paris, se trouvant dans le plus affreux 
« dénûment, adressèrent à l'Assemblée lé- 
« gislative la pétition suivante : 

Ah! que nous serions satisfaits . 

Si, toujours patriotes. 
Au lieu de faire des décrets. 

Vous faisiez des culottes. 



a 



<i 



<f 



a Suivent les signatures. » 
(Béziers.) 



Louis H. 



Œuvres littéraires du maréchal Brune 

(V, 52). — Sur une feuille portant au dos 
la date d'oct. 1792, j'ai une page auto- 
graphe de l'infortuné Brune; fragment d'un 
air martial dont le refrain rappelle singu- 
lièrement celui des Girondins^ qu'on a en- 
tendu à satiété en 1848 : 

Où courent ces peuples épars l 
Quel bruit a fait trembler la terre 
Et retentit de toutes parts.' 
Amis, c'est le cri du dieu Mars, 
Le cri précurseur de la guerre, 
De la gloire, de ses hazards. 
Mourons pour la patrie, {bis) 
C'est le sort le plus beau, le plus digne d*envie. 

Je suis vainqueur, je suis vainqueur! 
En voyant ma large blessure, 
Amis, pourquoi cette douleur? 
Le sanç qui coule au champ d'honneur 
Du vrai guerrier c'est la parure, 
C'est le gage de sa valeur. 

Je meurs pour ma patrie, {bis) 
C'est le sort le plus doux, le plus digne d'envie. 

P. A. L. 



Ci Almanach des Gùmulards » (V. 52). — 
Je possède aussi un exemplaire de VAU 
manach des Cumulards, rigoureusement 
conforme à la description du volume si- 
gnalé par M. Ulric, sauf une erreur (proba- 
blement typographique) que je relève : le 



nom du libraire est Pichard et non Picard.' 
J'ai tout lieu de croire que ce volume n'a 
pas eu de suite, et voilà bien sept ou huit 
ans que j'en guette un second, dans tous 
les catalogues de vente. Vous me direz que 
ce n'est pas une raison. 

(Nîmes). Ch. L. 



De la prétendue couronne de fleurs du 
poète de Platon (V, 54). — Platon écrivait 
au sixième livre des t Lois : « Le poëte est 
chose légère, ailée et sacrée. » Ailleurs, au 
troisième livre de la République^ il s'é- 
crie : « Nous adorerions le poëte parce 
qu'il est ipviolable, admirable et doux. » Il 
ajoute ensuite : « Mais nous lui dirions : 
Notre Etat ne possède pas un homme qui 
vous ressemble, et il n'est pas juste que 
vous viviez au milieu de nous. Et nous 
l'escorterions jusque dans un autre Etat, 
après avoir versé sur sa tête l'huile em- 
baumée (|i.6pov) et l'avoir couronné de la 
bandelette de laine (ipiiù). t> 

Qui ne reconnaît ici l'antique cérémonial 
du sacre ou de l'onction des rois ? Ce ban- 
deau qui étreint un front humide d'huile 
parfumée peut passer en quelque sorte pour 
un diadème; et de diadème à couronne, il 
n'y a pas la largeur d'un doigt. Au fait, et 
souverains et nourrissons des Muses, tant 
ceux qui reçoivent la couronne que ceux 
la donnent, marchèrent longtemps égaux. 

Mais ce n'est pas Homère personnelle- 
ment que Platon désigne dans ses écrits; 
c'est l'aCide en général, et quel qu'il soit; 
ou plutôt c'est la séduction, la magie même 
de la langue des dieux. 

Me sera-t-il permis de relever, en finis- 
sant, deux graves inexactitudes qui enta- 
chent la traduction de feu Victor Cousin? 

1° a Nous congédierions » le poëte, écrit 
le traducteur. Outre qu'il n'est pas natu- 
rel de congédier les gens devant qui on 
vient de s'agenouiller en signe d'adora- 
tion, le verbe grec à'îuc7ué[/.TC0i|jL£v signifie en 
cet endroit : a Nous (lui) ferons un cortège 
d'honneur. » 

2*> Sans demander comment on s'y prend 
pour a répandre sur une tête des parfums » 

— [jLupov xaxà TTJ; y.£<paXYJ<; xaTajreavTSç — 
des pastilles du sérail, par exemple, de l'en- 
cens ou du benjoin, je me contente de rap- 
peler que le mot Ipiw désigne un tissu en 

laine, SçacjJLa ixdXXtvov. Le poëte n'est donc 
pas « couronné de bandelettes, » à l'égal 
apparemment de tel ou tel conscrit dont 
la tête est, le jour du tirage, ornée d'une 
douzaine de banderoles ou rubans bigarrés. 
En définitive, c'est parce qu'ils ont vu 
dans le poëte une victime au lieu d'y voir 
un roi, que les divers interprètes des dia- 
logues grecs l'ont ainsi paré de bandelettes 
comme pour Je sacrifice, tandis que le di- 
vin Platon l'a réellement oint ou sacré pour 



N» 104.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



219 



220 — 



le triomphe, la gloire et l'immortalité. 
(Grenoble.) J. P. 



Un mot de Dioclétien (V, 54). — Cha- 
teaubriand, dans ses Etudes historiques, 
cite le mot de Dioclétien en ces termes : 
a Je voudrais que vous pussiez voir les 
a beaux choux que j'ai plantés. » 

En note, au bas ae la page, il cite : Vic- 
tor^ Eutrope, Lactance. 

Eutrope ne rapporte pas le mot de Dio- 
clétien. Il se borne à dire que Maximien 
Hercule Tayant engagé à ressaisir le pou- 
voir qu'il avait abdiqué, Dioclétien ne céda 
pas à ses exhortations. Voici le texte : 
a Diocletianum per litteras adhortatus 
« est, ut depositam resumeret potestatem. 
« Quas ille irritas habuit. « 

A propos de l'abdication, l'abbé Paul, 
traducteur d' Eutrope, rapporte en note le 
mot de Dioclétien : « Oh ! si vous voyiez 
« ces légumes que je cultive de mes mains, 
« vous ne me parleriez jamais de l'empire. » 
Mais il ne cite pas le texte original. Il est 
d'Aurelius Victor au mot : Dioclétien, 
tt Utinam Salonae possetis visereolera nos- 
« tris manibus instituta ! Profecto nun- 
« quani istud (imperium) tentandum judi- 
« caretis. » 

tt Plût au ciel que vous pussiez voir à 
« Salone les légumes que j'ai plantés de 
« mes mains! Assurément vous ne pen- 
« seriez jamais que je dois désirer (ou es- 
a sayer) de reprendre l'empire. » 

Le mot olus dont oîera est le pluriel si- 
gnifie légumes, en général, ou chou. Mais 
il ne signifie pas melon. Montaigne a donc 
fait une citation un peu fantaisiste, ce qui 
n'est pas rare dans son charmant ouvrage. 

E. G. P. 

— Dans la traduction de Gibbon, par 
M. Guizot, t. II, p. 392, le mot employé 
est : c( les beaux choux, a C'est, nous ait 
Gibbon, Aurelius Victor qui nous a con- 
servé cette réponse. 

Pierre Clauer. 

— Dans la phrase adressée par Dioclé- 
tien à Herculius et Galerius, et non à 
Maximien, il est question de légumes en 
général. Voici le texte d'Aurelius Victor : 

« Qui dum ab Herculio atque Galerio ad 
« recipiendum imperium rogaretur, tan- 
« quam pestem aliquam detestans.in hune 
a modum respondit : Utinam ' Salonse 
« possetis visere, etc. » 

Ad. D. 



Portrait ancien de Salomon de Gaus 

(V, 58). — Le portrait de Salomon de Caùs 
que Balzac avait vu à Heidelberg, n'est 
autre que celui dont je m'étais procuré 
une copie et dont j'ai parlé dans le T. I 
denntermédiaire,p,îSu MM. H. L. B. H. 



et O. M. sont revenus sur ce portrait dans 
le T. II, p. 16Ô et 297. J'en avais parlé 
longuement dans une notice lue à une 
séance publique de la Société des Anti- 
quaires de Normandie en 1847. Le célèbre 
romancier s'est trompé en voulant recti- 
fier l'orthographe du nom de Salomon, 
qui, dans tous ses livres, siçne de Caus, 
et dont le portrait de Heidelberg porte 
le nom écrit de la même manière. 
(Alençon.) L. de la Sicotière. 



Faire la Belle CV, 59). -— Cette expres- 
sion ne viendrait-elle point d'un jeu de 
hasard, La Belle, fort en vogue au com- 
mencement du règne de Louis XVI, et que 
le lieutenant de police Le Noir interdit en 
1 777. Voici ce que dit la Correspondance 
secrète à propos de cette mesure qui fit 
plus d'un ennemi au lieutenant de police: 
a Depuis quelque temps, nos plus grands 
seigneurs se disputent à qui jouera à 
La Belle des sommes indécentes, passez- 
moi le terme, par l'énormité. Les bons 
citoyens gémissent de voir une jeune Cour 
se livrer à une frénésie qui peut avoir des 
suites funestes, et tandis que le Parlement 
s'occupe de réprimer ces excès, nous 
voyons des gens de qualité ne pas rougir 
d'ouvrir leur hôtel à des banquiers pour 
tailler publiquement. » Ce jeu fut égale- 
ment interdit par arrêt du Parlement, 
quelque temps après. 

(Auch.) H. Vienne. 

Abraham Fatras (V, 60}. — J'enverrai la 
question de A. C. au Navorscher {L In- 
vestigateur), le Notes and Queries hollan- 
dais ; mais il faudra beaucoup de patience, 
et même a l'excès » dans ce cas ne sera pas 
a un défaut. » 

(Amsterdam.) H. Tiedeman. 

Généalogies Marcel, Corbie, etc. (V, 60 . 
—Je ne puis répondre que partiellement à 
la question de M. £., sur la famille de 
Corbie. 

Je trouve dans \e2^ volume (pag. 48, 49! 
des Mémoires concernant l histoire civih 
et ecclésiastique d'Auxerre et de son an- 
cien diocèse, par l'abbé Lebeuf , réédités 
et complétés par MM. Challe et Quantin. 
une notice sur Jean de Corbie, 86« évêquc 
d'Auxerre. 

a Le roi d'Angleterre, qui se portait 
pour Roi de France , averti de la vacance 
de réglise d'Auxerre, défendit aux cha- 
noines de la cathédrale de procéder à une 
nouvelle élection sans lui avoir demandé 1 
son consentement. 

« Cette défense qui étoit du 3 1 octobre 
1426^ fut suivie d'une députation que le 
Chapitre fit pour obtenir cette permissiofl 
qui mt, en effet, accordée â Paris, le se- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 avril 1869. 



221 



222 



cond décembre. Il est difficile de connoître 
les brigues faites alors pour Télectiort ; on 
sait seulement qu'il y eut deux évêques 
nommes pour Auxerre, Jean de Coraie, 
qui succéda véritablement à Philippe des 
Essarts, et Jean Vivien, élu par les cha- 
noines ses confrères. 

« Jean de Corbie, dont la nomination 
eut lieu, étoit fils de Thomas de Corbie, 
anobli eh iSSg, et de Marguerite de Cre- 
sequas. Il avoit été maître des requêtes 
depuis Tan 1406 jusqu'en 141 3 qu'il hé- 
rita, avec Arnault, son frère, des grands 
bieiîs que le chancelier ArnaUlt de Corbie 
avoit laissés à sa mort dans le Beauvoi- 
sis.... Quelque temps après, il fut évêque 
de Mende; et sur la foi d'un titre, on 
assure qu'il l'étoit dès l'an 1416. Mais il 
n'est point vrai qu'il ait quitté cet évêché 
en 1424 pour venir à Auxerre, comme le 
marque la Gallia christiana , puisque le 
siège étoit alors rempli. Ce fut certaine- 
ment au plus tôt,^en décembre 1426, qu'il 
put être élu ou nommé pour Auxerre ou 
qu'il y fut transféré, encore est-il plus 
probable qu'il ne fut élu que le 8 no- 
vembre Ï427. » » 

Je crois mutile de rien ajouter à ces 
lignes, pour le but que se propose M , M . E, 
d'autant que l'abbé Lebeuf ajoute : « Ce 
qu'on sait de son épiscopât se réduit pres- 
que à rien. » D'ailleurs M. M. E. pourra 
se reporter à l'ouvrage que j'ai cité. Je 
me bornerai à dire qu'il était mort en 
1433, « si le sede episcopali vacante est 
une preuve suffisante de mort ; mais comme 
le P. Anselme assure qu'il vivait encore 
en 1435, il peut se faire qu'il eût abdiqué 
l'évêché d' Auxerre, pour se retirer dans 
quelque cloître. » Dans Une note, l'abbé 
Lebeuf dit : « On cite un article de son 
testament de Tan 1^35, » et il ajoute 
même : « d'autres écrivains (M oréri iet Çu- 
pin) le font même vivre jusqu'en 1438. » 

Je n'aurais pas donné ce long détail sur 
Jean de Corbie, s'il n'était accompagné, 
dans l'ouvrage dé l'abbé Lebeuf, de ses 
armes (trois corbeaux sur fond d'argent). 

Ces armes étant également celles de la 
ville et de l'abbaye de Corbie, je n'oserais 
affirmer qu'elles fussent particulièrement 
celles de la famille de Corbie. Je n'ai pas les 
livres hécessaires pour élucider la Question. 
J'espère cependant que les indications 
qui précèdent ne seront pas inutiles à 
M. E. 

Je l'engage à consulter surtout l'ouvr-age 
du P. Anselme, cité par Lebeuf et qui 
fait autorité en ces matières. 

Quant à Arnaud de Corbie^ Moréri dit 
qu'il était fils de Robert de Corbie et natif 
de Beauvais, qu'il fut premier président 
au parlement de Paris en 1 374 et chance- 
lier de France en 1 388, qu'il fut deux fois 
destitué et rétabli, et quitta les sceaux en 
141 3 à cause de son grand âge; qu'il mou- 
rut peu après, le 24 mars de la même année. 



L'évêque Jean de Corbie était son père. 

Moréri ne homme pas la femme, dont 
il eut un fils nommé Philippe, qui fut 
Conseiller du Roi et maître des requêtes. 

Philippe épousa Jeanne de Chanteprime, 
et en eut un fils nommé Guillaume, qui 
fut conseiller aii Parlement. 

Moréri rehvoie à Godèfroy {des officiers 
de la couronne)^ à Sainte-Marthe et Blan- 
chard {Histoire des présidents et maîtres 
des requêtes)^ et au P. Anselme {Histoire 
des grands officiers de la couronne). 

Au musée de Beauvais, on conserve une 
pierre tumulaire provenant de l'abbaye 
de St-Symphorien de Beauvais, portant 
sur le^ Catalogue le n® 249. 

ce Ci gist vénérable et discrette pet-sohrié 
M* Pierre de Corbie, en son vivant prestre 
aUmosnier de M. le Prince de Conde, cha- 
noine et président de l'église de céans, 
lequel pour le salust de son âme, a fondé 
ung obit solennel qui se doibt dire tous 
les ans le jour saint Martin d'hiver comme 
est porté par contract passé en chapitre, 
signé Mallet et de Éucamps , notaires 
royaulx. Il décéda lé 24® jour d'aoust î 596, 
âgé de 78 ans. » 

Ce monument prouve que la famille de 
Corbie a continué à vivre à Beauvaiàj 
d'oîi elle était originaire. Peut-être les ar- 
chives de la ville contiennent-elles bu une 
généalogie ou les éléments d'une généa- 
logie. E. G. P. 

Ragtienet, peintre français (V, i î8). — - 
Gilles Allou, habile peintre de portraits^ 
de l'Académie Royale de peinturé et de 
sculpture, a expose, len 1737, leportraitde 
sa fè'mme dessinant une fi gute d*optiquè. 
Elle se nommait Marie Kaguenet; d'a- 

Erès son acte de mariage, fen date dti 
juillet 1702. Dans cet actfe^ elle est dite 
fille d'Antoine Ragtienet, tiiarchând 
bourgeois de Paris. Sur la gravure de 
son portraitj faite par Mifchel Dossier, 
elle est nommée Anne: Peut être avait- 
elle les deux noms, bien que le premlier 
seul fût inscrit dans son acte de mariage. 
Peut-être aussi, comme il arrive souvent, 
portait-elle dans l'usage un autre nom que 
son nom de baptême. Quoi qu'il en soit, 
il est très-probable qu'elle était la nièce 
ou la cousine de Jean-Baptiste Raguenet 
père; car, en 1738, G. Allou a exposé le 
portrait de Raguenet^ peintre d'un genre 
de fantaisie pittoresque; et cette qualifica- 
tion me paraît ne pas devoir convenir à 
Raguenet filSy qui peignait l'architecture. 
— En 1742, Allou a exposé un second 
portrait de madame son épouse qui tient 
une orange, — Quant à Raguenet fils, 
outre les tableaux exposés en 1752 et 1753, 
et que je ne donne pas ici (M. A de C. ks 
connaissant), je puis citer : 

10 Une vue de la place de Grèvq. 
H. ù^ 45c , 1. 0» 32« . Raguenet pinxît, 



N*.i04.] 



L'INTERMEDIAIRE 



223 



224 



L, Legrand sculpsit. — 2*» Incendie de la 
foire Saint-Germain. 1762. H. o" 53*,1. 
o» 75 «. — S'» Inpendie de l'hôtel-Dieu, 
1772. — 40 Vue du quai de Conti. — 
50 Vue prise du quai de Billy. — 6° Vue 
du pont Notre-Dame. — 7" Vue prise du 
Pont-au- Double (Hôtel-Dieu). — 8« Vue 
prise du quai de la Tournelle. — 9" Vue 
du Pont-Neuf, en enfilade, après 1771. — 
IQO Vue prise des Grands Augustins. 

E. G. P. 



La naissance et la mort de Henri Sanval 

(V, 126). — M. Le Roux de Lincy demande 
des éclaircissements sur la naissance et la 
mort de Sauvai. Après s'être adressé vai- 
nement aux « travailleurs assidus qui 
exploitent les anciennes archives de Tétat 
civil, » notamment à M. Jal, il interroge 
les lecteurs de Y Intermédiaire. Voici la 
réponse de Tun d'eux. 

L'auteur des Histoire et recherches 
des antiquités de la ville de Paris est né 
dans cette ville, non pas en 1620 comme 
le prétend la biographie Michaud, mais en 
1623. L'acte de baptême de Henri Sauvai 
se trouve dans les registres de la paroisse 
Saint-Jacc^ues de la Boucherie, conservés 
aux Archives de la ville de Paris. Il est 
ainsi conçu : 

Du 5 mars 1623, Henry ^ fils deJoa- 
chim Soval (sic) M^ passementier et de 
Marie Quillety sa femme^ demeurant rue 
des escrivains. Parrain M, Henry Leblond 
M** linger. Marraine Catherine du Rubhe^ 
femme de Pierre Soval, Af sellier. 

En ce qui concerne la date de la mort 
de Henri Sauvai, la Biographie Michaud 
n'est pas plus exacte lorsqu'elle la fixe à 
Tannée 1 669. On lit dans les registres de 
la même. paroisse, pour l'année 1676, la 
mention suivante : 

Le dimanche vin gt-deuxiesme jour de 
mars y a été inhumé au cimetière Henry 
Sauvalle, avocat en parlement, aagé ae 
cinquante trois ans, décédé garson le jour 
précédent, rue des trois morts, 

M. Le Roux de Lincy, dans sa Question, 
indique cjue Henri avait un frère aîné, mort 
avant lui, lequel exerça les fonctions de 
contrôleur des gabelles. Ce frère, baptisé 
à Saint-Jacques la Boucherie le 3i mars 
1609, reçut le même prénom que son père 
Joachim, quoique son parrain s'appelât 
Richard (Poignan, m** ). Je trouve la men- 
tion de son décès, à la fois dans les registres 
de Saint-Merry, paroisse qu'il habitait, et 
dans ceux de Saint-Jacques la Boucherie, 
où : le vendredi 2S du jour de décembre 
1640, a été fait le service et convoy de 
deffunt noble homme M. Joachim Sauvalle, 
vivant advocat en Parlement, conseiller 
du Roi et controlleur général des rentes 
sur les gabelles de France, Indépendam- 
ment de ce Joachim, Henri Sauvai eut 
d'autres frères et sœurs que font connaître 



les mêmes registres de Saint-Jacques : 
MARIE (!•"), née le 25 août i6i3; 
MARIE (Ile), i5 décembre i6i5; ANNE, 
5 février 1618; ANTHOINE, lydécembre 
161 9; FRANÇOIS, 27 janvier 162 5. Ces 
divers actes apprennent que le père 
de Henri Sauvai qualifié tantôt marchand 
passementier , tantôt M' mercier , ou 
M^ bourgeois de Paris, habita successi- 
vement rue de la vieille - m,onnoye 
(i6og'î6ig),tilapierreaulaictÇi6ig-i623), 
rue des escrivains (i623), et rue de la sa- 
vonnerie (162 5), Un registre contenant les 
noms des maîtres merciers de Paris, 
conservé aux Archives de la ville de Paris, 
fait connaître k date de la réception de 
Joachim Sauvai dans cette importante 
communauté : 6 février i6o5. Il est indi- 
qué dans ce document comme natif de 
Paris : ce qui m'a donné le désir, pour 
satisfaire en même temps ma curiosité et 
celle de M. Le Roux de Lincy, de recher- 
cher la preuve de son origine. 

Pour trouver les aïeux de Henri Sauvai, 
il m'a fallu sortir de la paroisse Saint-Jac- 
ques la Boucherie, où lesSauval me faisaient 
complètement défaut à partir de 1609. Où 
les prendre ? La note de M. Le Roux de 
Lincy, en m'indiquant comme ayant 
appartenu à cette famille une maison sise 
rue de Bussy, me conduisit, à tout hasard, 
du côté de Saint-Sulpice, et c'est en effet 
dans cette paroisse, aue j'ai pu découvrir 
le berceau des Sauvai. Voici le résultat de 
mes recherches : 

— i568, 14 janvier, mariage de Grespin 
Sauvalle et de Avoye Lafitte. 

— 1 576, 1 5 juillet, naissance de Joachim, 
fils des susdits. 

— 1579, 22 avril, naissance de Pierre, 
id, 

— 1601, mariage dudit Pierre Sauvai et 
de Catherine du Rubbe. 

Les actes de Saint-Sulpice, pour cette 
période, sont d'un laconisme tel qu'il 
m'eût été impossible de rattacher ces Sau- 
vai primitifs à ceux de Saint-Jacques la 
Boucherie, si l'acte de baptême de Henri 
Sauvai ne m'avait fourni un point de 
repère. En voyant qu'il eut pour marraine 
cette même Catherine du Rubbe^ femme 
de Pierre Sauvai, M^ sellier, toute obs- 
curité disparaît, et l'on doit en conclure 
que Crespin Sauvalle eut deux fils au 
moins : l'un, Joachim, qui sortit de la pa- 
roisse de Saint-Sulpice, l'autre j Pierre, 
oncle par conséquent de Henri Sauvai, qui 
continua à l'habiter. — Quant à la profes- 
sion de l'auteur commun Crespin Sauvai, 
les registres ne l'indiçiuent point. 

Tels sont les renseignements certains 
que je suis heureux de pouvoir donner à 
M. Le Roux de Lincy.... et aussi à M. Jal 
qui, lui, écrivait avec tant d'amertume le 
i5 juin 1861 : fi Je n'ai rien sur Henri 
Sauvai; je Vai cherché beaucoup, et par- 
tout, sans l'apercevoir, » 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



225 



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C'est qu'il en est un peu du Paris mort 
comme du Paris vivant! N'arrive-t-il pas 
chaque jour, à ceux-là même qui sont 
doués de la meilleure vue, d'être coudoyés 
sans cessedansla foule par des gens qu'ils 
n'aperçoivent point? Ou plutôt, après avoir 
fait, dans cet immense champ des an- 
ciennes paroisses de Paris, l'ample mois- 
son que chacun connaît, M. Jal, bon 
prince, n'aurait-il pas voulu simplement 
laisser à d'autres le droit et le plaisir de 
glaner après lui quelques bons épis? 

G. Saint-Joanny. 



Uoe métaphore de Victor Hugo (V, 1 34). 
—Bien avant Saint- Amand, Guillaume de 
Saluste, sieur du Bartas, avait dit (le 
ûuatriesmejour delà Sepmainey p. 161 de 
l'édition de ses Œuvres complètes y 1 6 1 1 , 
in-f^) : 

Je sçay bien que les doux qui brillent dans les 

[cieux... 

T DE L. 

Huguenot, Parpaillot (V, 172). — Voici 
ce que nous lisons dans Llorente, His- 
toire de V inquisition (traduction, t. II, 
p. 389) : € Le 17 juin 1 565 (qui était le di- 
manche de la Trinité) on célébra à Tolède 
un nouvel auto-da-fé de quarante-cinq 
personnes; il y en eut onze qui furent 
brûlées et on en condamna trente-quatre à 
des pénitences. Parnii les premières, on 
comptait des luthériens, mais un plus 
grand nombre de judaïsants. On y vit des 
réconciliés de toutes les classes, des luthé- 
riens, des judaïsants, des mahoméians, 
des défenseurs de la fornication, des bi- 
games, des blasphémateurs, et des nécro- 
manciens. Parmi ceux qu'on désignait 
comme protestants, les uns étaient connus 
sous le nom de luthériens ^ d'autres sous 
celui àQ fidèles \ il y en avait une troisième 
espèce qu'on appelait Huguenaos, depuis 
Huguenots, Je crois que ce dernier nom a 
été d'abord donné dans le Béarn aux cal- 
vinistes qui y étaient venus dé Haguenau 
en Alsace, et que du nom de cette ville 
sont dérivés ceux de Huguenot et Hugue- 
not ». Voilà une étymoîogie qui vaut au 
moins celle de M. Palma (V, iSg), qui 
prétend que hu est la contraction de l'alle- 
mand uhu, hibou ; car si cela était vrai, 
on aurait Houguenot. 

P. RiSTELHUBER. 

— Me permettra-t-on de renvoyer sans 
façon les lecteurs de V Intermédiaire ^ pour 
le premier de ces mots, à mon Essai sur 
la vie et les ouvrages de Florimond de 
Raymond (1867, pages 79 et 80); pour le 
second, à mon édition des Mémoires de 
Bertrand de Vignolles (1869, page 59)? 
Je sais bien qu'il ne faut jamais se citer, 
maise« famille! T. de L. 



— Voici ce que dit Pierre de la Place 
sur l'origine du mot huguenot ; et comme 
ce magistrat-historien, né vers i520 et 
mort en i572, a pris part aux événements 
politiques au XV I^ siècle, avant d'en être 
la malheureuse victime, il nous paraît mé- 
riter plus de confiance sur l'origine du 
mot huguenoty que tout autre historien ou 
commentateur qui h'a pas vécu, comme 
lui, dans ce siècle et au milieu de ses 
effroyables événements. « Entre ceux de 
ceste entreprise y en avoit, dit-il, plusieurs 
retenans la doctrine appelée nouvelle, 
lesquels on appelait huguenauds. Ce nom 
ayant premièrement commencé, peu de 
jours auparavant (mars i56o), dans la ville 
de Tours, à cause de la porte du roy Hu- 
guon, qui est Tune des portes de la dicte 
ville, auprès de laquelle ceux de la dicte 
religion avoientaccoustumé se retirer pour 
faire leurs prières ; à l'occasion de quoy le 
peuple les appela huguenauds^ qui fut 
incontinent receu par ceux qui suivoient 
la cour, et depuis publié partout. » {Com- 
mentaires de V estât de la Religion y li- 
vre II, etc.) * J. T.-L. 

— a On donne de ce mot plusieurs éty- 
mologies. Les uns le font dériver d'un 
certain Besançon Hugues, chef d'un parti 
religieux et politique à Genève; les autres 
de 1 allemand... » etc. Diction, univ, d'hist, 
et de géographie, de feu N. Bouillet. 

— Pasquier prétend que ce nom est de- 
meuré « à ceux de la religion réformée » 
parce que « au siège de Clérac (aujour- 
d'hui Clairac), ils firent une sortie, cou- 
verts de chemises blanches, en un temps 
où l'on voyait beaucoup de papillons, 
que les Gascons appellent parpailtols. » 

BoREL dit, d'autre part, avec beau- 
coup plus de raison, je crois, que c'est 
« à cause qu'ils couroient au danger sans 
crainte, et alloient chercher leur mort, 
comme font les papillons qui se vont brû- 
ler à la chandelle. » Ce fait est admis, 
je pense, sans conteste. Quant à l'éty- 
mologie du mot en lui-même, il est pro- 
bable que Parpaillot, doit venir directe- 
ment de l'italien parpaglione, papillon, 
conservé dans le français du XV 1® siècle : 

Parpaillon (même sens) : « Gargantua 

couroit voluntiers après les parpaillons, 
desquels son père tefloit l'empire. » (Rabe- 
lais, Gargantua, liv. I»xhap, xi.) 

Cette vieille forme française de Papil- 
lon se retrouve aujourd'hui reproduite, 
dans presque tous les termes congénères 
usités dans les divers patois du territoire. 

Parpillon, se dit en Berry : a Jeannie 
qui est preste comme un parpillon, » 
(George Sand, François le Champi). Et 
aussi dans le canton de Genève (Glossaire 
Genevois de Humbert), où cette locution 
a été importée par l'immense émigration 
delà France protestante, au XVII® siècle. 



N» 104.1 



L'INTERMÉblAIRE 



- 227 



228 



En Franche-Comté, en Auvergne, on 
dit Parpillo ; en Languedoc et en Gas- 
cogne Parvailhol ; en Provence, Parpai- 
houn ; en Dauphiné, Parpaiîlou. Ces dif- 
férentes orthographes d'un même mot'sont 
toutes, il me semble, aussi proches pa- 
rentes que possible de celle du français 
Parpaillot, 

Ce vieux sobriquet s'est aussi conservé 
en Berry, jusqu'à nos jours. On l'emploie 
encore aujourd'hui, dans son sens his- 
torique, dans les diverses localités où il 
subsiste toujours, parmi les habitants, un 
reste d'antagonisme entre les deux com- 
munions chrétiennes : à Sancerre , à 
Bourges, à Asnières. Dans ce dernier vil- 
lage, les protestants répondent aux catho- 
liques, qui les apostrophent du nom de 
Parpaillots y en les appelant des Rou- 
mains, Ulric. 



Quelques vers à contrôler (V, 146). — 
Je ne connais pas le Siège de Paris, de 
M. d'Arlincourt, mais voici ce cju'en dit 
M. G. Héquet, dans la Biographie Didot : 
a ... une tragédie en cinq actes, le Siège 
de Paris, qui fut jouée en 1827 au Théâ- 
tre-Français, et qui fit plus de bruit peut- 
être que tous ses romans. Il s'y trouvait 
des vers inouïs, et qui sont restes dans la 
mémoire de tout le monde. — On m'ap- 
pelle à régner. — Mon père, en ma prison 
seul à manger m'apporte. — J'habite la 
montagne, et j'aime à la vallée. — La joie 
du parterre fut telle qu'on n'osa pas ris- 
quer une seconde représentation. » On 
voit que les citations ide M. Héquet ne 
sont pas tout à fait conformes à celle de 
M. Louis Duluat. Quant au a vieillard en 
sort n attribué à M. Ad. Dumas, on ajou- 
tait que c'était un lapsus calami prompte- 
ment signalé et corrigé. O. D. 

— Les vers attribués au vicomte d'Ar- 
lincourt, le célèbre auteur du Solitaire, 
paraissent avoir effectivement existé ; ils 
sont du moins restés dans la tradition, et 
formaient le plus bel ornement de sa tra- 
gédie, le Siège de Paris, qui eut un succès 
de fou rire. Cette pièce, je crois, n'a ja- 
mais été imprimée, et je me rappelle par- 
faitement que, quelques jours après la 
représentation, un journal avait fait le re- 
levé de tous les vers àcalembourgs qu'elle 
contenait, au nombre de 12 ou i5. Parmi 
ces vers, ma mémoire a retenu ceux-ci : 

Mon père, en ma prison, seul à manger m'ap- 

[porte. 

J'habite à la montagne et j*aime à la vallée. 
Pour prouver son amour, il m'appelle à régner. 

Voilà ces chevaliers que l'on homme les preux, 

[mands, 
Pour chasser de ces murs les farouches Nor- 
Le roi Charles s'avance avec vingt mille Francs. 



Au surplus, les vers à coq à Tâne ne 
sont pas ra^f^ dans la muse tragique : 
ainsi, dans,ji^e tragédie de Romuliis, le 
confident ae Rémus s'écriait : 

O Rémus j domine:^ sur ces remparts naissants. 

Z. A. 



Téritable orthographe du nom de Ben- 
serade. Prend-il un seul s on deux ss ? 

(V, 148). -— Je possède un autographe de 
cet écrivain, dans lequel sa signature n'a 
qu'un seul s; ce qui ne prouve pas qu'il 
n'en ait jamais mis deux, car, de son 
temps, et surtout au commencement de son 
siècle, l'orthographe des noms n'était pas 
absolument fixée. Tout le monde sait que 
Malherbe avait successivement signé Ma- 
leherbe, Malherble, Malerbe, Malherbe^ 
de Malherbe, Il écrivait Peresq^ Peyresq, 
Pere^f Peirets[, Peyres^ le nom de son 
ami particulier Peiresc, Madame de Main- 
tenon a signé son nom à^Aubigny et à.'Au' 
bignè. M. de Coulanges avait signé Co 
lange et Collanges, avant de signer Cou- 
langes, Isar signait indifféreitnnent liar 
ou Issar. Je n'ai point vu de signature 
Sèvigny, mais on a bien souvent appelé 
ainsi Nladarae de Sévigné. 

Dans le titre du Théâtre de Benserade, 
publié par lui-même en 1636-42, le nom 
de l'auteur est écrit par un seul s ; mais 
l'édition de ses Œuvres, publiée sept ans 
après sa mort, par de Sercy, met un s de 
plus. 

Ménage dit, en effet, que Benserade 
avait une asse^ jolie maison à Gentilly, et 
qu'au dessus ae la porte il avoit fait 
mettre des armes qu'il s^ètoit données^ 
avec une couronne de comte. C'est de 
cette résidence qu'il a dit : 

Possesseur d'un terrain de petite étendue, 
Je partage un ruisseau qui laisse aller ma vue 
En des lieux où pour moi Von a quelques égards. 
Et si tout n'est à moi, tout est à mes regards ! 

Dans ma jeunesse, j'ai cherché à Gen- 
tilly la maison de Benserade, et n'en ai 
pas trouvé trace. La seule des inscriptions 
en vers dont il l'avait remplie, qui ait été 
conservée, est celle qui figurait à l'entrée : 

Adieu, fortune, honneurs; adieu, vous et les 
Je viens ici vous oublier. [vôtres. 

Adieu toi-même, Amour, bien plus que tous les 
Difficile à congédier. [autres, 

Le ruisseau dont il a parlé dans la pre- 
mière pjièce que je viens de rappeler est la 
petite rivière de Bièvre, qui répandait une 
fraîcheur toute charmante dans la végéta- 
tion environnante. Les prairies de Gen- 
tilly, par delà la barrière d'Italie qui ferme 
le faubourg Saint-Marceau, étaient d'une 
richesse botanique et entomologique in- 
compatable, il y a quarante à cinquante 
ans, et fort hantées par les curieux d'his- 



DES CHERCHEURS Et CURIEUX. 



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■^ 229 



2 3o 



toire naturelle. Aujourd'hui, elles ont été 
défrichées. 

Jadis, elles étaient un lieu de promenade 
et de repos pour les gens de lettres. 
M. Prosper Blanchemain sait mieux que 
peï^onne que son ami Ronsard y allait 
méditer Tépisode du navire de sa Fran- 
ciade, avec Nicolas Ellain, Belleau, Ut- 
tenhove et Jacques Grevin. On lit dans les 
Sonnets de Nicolas Ellain Parisien, pu- 
bliés en i56i, à Paris, et réimprimés en 
1861, par Sernnas et Genty, chez Poullet- 
Malassis, libraire instruit et artiste, qui 
a malheureusement quitté Paris, une pièce 
qui le prouve : 

Or, viens, Grevin, viens à mon Saint-Marceau 
Avec Ronsard, Uttenhove et Belleau, 
Pour nous venger d'une saison si dure. 

Là, les matins, nous aurons le murmure 
Du doux zéphir qui, durant le séjoiir. 
Nous vengera de la chaleur du jour 
(lui nous seroit à supporter trop dure. 

Puis, nous irons, Grevin, par adventure, 

A Gentilly, pour disner à 1 entour 

De la fontaine, et estant de retour 

Nous soupperons dessous quelque verdure. 



Tu pourras là, si tu veux^ aisément, 
Arboriser, et là commodément 
Ronsard pourra charpenter son navire. 

Feuillet de Conches. 



€ornes(V, 148). — Je né crois pas qu'en 
effet les Grecs et les Romains aient jamais 
employé l'emblème des cornes pour dési- 
gner 1 accident d^Amphitryon et d'Aga- 
memnon, de César et de Pompée, de 
Crassus et de Cassius ; comme non plus, 
ils n'ont imaginé de donner, à ces illustres 
époux, le nom de Toiseau Usurpateur qui 
pond au nid d'autrui: ils le gardaient, les 
Romains du moins, pour le séducteur. 
Caesar-Cuculus, d'accord ; mais c'est qu'a- 
lors on ne le considérait plus comme le 
mari de la bonne-amie de Glodius ; mais à 
son tour comme le bon ami de Mutia 
(Mad. Pompéel, de Licinia Tertulla (Mad. 
Crassus), de Tertia Junia(Mad. Cassius et 
Mlle Brutus; il est peu probable pourtant 
que ce soit ce grief qui ait armé la main 
des deux chefs de la conspiration.) 

Comment ce nom d'oiseau est-il passé 
des galants aux maris? Ne serait-ce pas par 
le même chemin que les cornes, jadis attri- 
but de Priape et des satyres, se seraient 
trouvées tout à coup sur "le front de leurs 
victimes? En tout cas, si cette plaisanterie 
cornue ne remonte pas aux Grecs et aux 
Romains, elle est toujours fort ancienne, 
puisqu'on la rencontre en pleine floraison 
dans les romans de la Table-Ronde, à 
propos de la Cornouaille et de son infor- 
tuné monarque, le roi Marc, mari de la 
Délie Yseult. S'il est vrai que l'on trouve, 



dans ce cycle de la Table-Ronde, des sou- 
venirs importants de la religion druidique, 
il n'est pas impossible qu'il s'y mêle d'au- 
tres idées et traditions purement celtiques, 
et que cette singulière attribution de cor- 
nes aux maris trompés ne remonte aux 
temps des Brennus et même de Hu-Ga- 
daru. O.-D. 



Mot attribué au peintre David (V, 148). 
— Mercier, dans son Nouveau Paris, 
chap. XLV, cite le mot de David : « On 
« pourrait tirer à mitraille sur les artistes, 
w sans craindre de tuer un seul patriote, » 
non pas comme l'ayant entendu lui-même, 
mais comme ayant été prononcé publi- 
quement, à l'assemblée de la section du 
Louvre. Louis Blanc, Histoire de la Ré- 
volutiorty t. XI, p. 129, rapporte ce mot 
comme authentique. 

Ce mot, si monstrueux qu'il paraisse, 
ti'a rien que de conforme à ce que nous 
savons des sentiments et du langage or- 
dinaires de David; et si jamais je publie les 
précieux documents que j'ai réunis sur sa 
vie révolutionnaire, tout le monde sera de 
cet avis. 

Des artistes ceux c|u'il détestait le plus 
étaient les académiciens. « Je connus dans 
« toute sa turpitude l'esprit de l'animal 
« qu'on nomme académicien, » dit-il dans 
son Discours à la Convention sur la néces- 
sité de supprimer les académies; Séance 
du 8 août 1793. On connaît aussi sa cu- 
rieuse lettre à l'Académie qui le priait 
(4 mai 1793) de venir professer à sort tour: 
a Je fus autrefois de l'Académie, 

« DAvm 
« député à la Convention nationale. » 

Elle est. rapportée dans les Archives de 
VArt français, publiées sous la direction 
de M. de Chennevières, T. 1, p. 192. 
(Alençon.) L. de La Sicotière, 



Origine de l'hôtel Carnavalet (V, 148). 
— Le Breton François de Kernovenoy, 
que les Parisiens nommèrent Carnavalet, 
avait été premier écuyer de Henri II et 
gouverneur de Henri II L Ce prince; n'é- 
tant (jue duc d'Anjou, le fit chef de son 
conseil, surintendant de sa maison, et 
lieutenant de sa compagnie de gendarmes. 
Plus tard, il lui conféra les gouvernements 
de l'Anjou, du Bourbonnais et du Forez. 
M. P. Levot, dont l'article dans la Biog. 
Didot me fournit ces détails, ne dit rien 
de ses talents comme écuyer; mais Bran- 
tôme en parle si avantageusement sous ce 
rapport que j'ai parfois pensé que Carna- 
valet pouvait bien être l'original du Gym- 
naste de Rabelais. Quant à l'hôtel Carna- 
valet, voilà ce qu'en dit M. Levot « On 

a attribué à Carnavalet la construction de 
l'hôtel qui porte son nom Ce n'est 



N« 104.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



23l 



282 



point lui qui le fit bâtir; mais le président 
de Ligneris, vers i55o; et ce fut le fils 
de ce dernier qui le vendit, après la mort 
de Carnavalet, à sa veuve Françoise de 
la Baume... Androuet du Cerceau en 
donna les plans, et Jean Goujon Torna de 

statues La construction, interrompue 

pendant plus d'un demi-siècle, fut terminée 
en 1634 par Mansart, qui respecta Tœuvre 
de ses aevanciers, et sut accorder avec 
beaucoup d*art les constructions nouvelles 
avec les anciennes..... Carnavalet étant 
mort en 1571, l'acquisition indiquée par 
M. Levot a bien pu avoir lieu en iStS; 
mais il est certain que le Petit-Bourbon 
n'avait aucun rapport avec l'hôtel Carna- 
valet. O. D. 



Le t Dictionnaire » de Bonillet et la conr 
de Rome (V, 149). — La brochure en 
question est efFeciivement très-curieuse; 
elle se compose de 35 colonnes. Ce n'est 
pas un tirage à part, mais bien une édi- 
tion spéciale, tirée à très-petit nombre et 
faite aux dépens de Bouillet lui même. 
Elle est intitulée : Corrections du Diction- 
naire universel d'histoire et de géographie 
de M. Bouillet, Imprimerie de Panckoucke. 

Voici quelle a été sa raison d'être. Au 
commencement de l'Empire, Bouillet, qui 
exploitait lui même son Dictionnaire, s a- 
perçut que son livre était mis à l'index 
dans les grands établissements d'instruc- 
tion dirigés par des membres du clergé. 
On lui reprochait de penser encore, sur 
beaucoup de points, comme avant la révo- 
lution de Février. Bouillet s'enquit de ce 
qu'il y avait à faire pour obtenir de n'être 
plus inquiété dans son exploitation. On lui 
conseilla de soumettre son Dictionnaire à 
une personne pieuse et éclairée qui indi- 
querait les retouches à faire. Ainsi fîit-il 
fait, car c'était à prendre ou à laisser. Dire : 
Sit ut est aut non sit aurait coûté trop 
cher; l'on se soumit. Il fallut alors admi- 
nistrer la preuve que l'on ne disait plus ce 
aue l'on avait dit jadis. C'est là l'origine 
du très-rare fascicule en question. 

Un écrivain qui depuis a acquis de la 
' célébrité, M. Rogeard, l'auteur des Pro- 
pos de LabienuSy avait été frappé des dis- 
semblances des nouvelles éditions du Dic- 
tionnaire de Bouillet avec les anciennes. 
Il a donné le résultat des comparaisons 
auxquelles il s'est livré, dans un travail in- 
titulé : Les deux Bouillets, qu'il a fait 
paraître dans le journal La Jeunesse, 
Paris, 1861, in-40, numéros des i3, 16 et 
20 juillet. Il est probablement aussi diffi- 
cile de se procurer le Relevé-Bouillet offi- 
ciel que les trois articles de M. Rogeard. 
Nous pensons être agréable aux lecteurs 
de r Intermédiaire, en relevant les articles 
qui ont appelé l'attention de M. Rogeard, 
et dont il aonne les deux textes : Alexan- 
dre VI y Cyrille, Meslier^Rabelais^ Julien, 



Trajan, saint Janvier y Robinet, Montes- 
quieu, J,-J. Rousseau, Marosie, Helvétius, 
Condor cet, Jansénius, Ant, Arnauld, Ques- 
nel, etc., M. Rogeard indique de plus, 
sommairement, une cinquantaine d'ar- 
ticles. Les corrections n'existent pas en- 
core dans le 9» tirage, celui de i852.^La 
première de ces corrections est pour l'ar- 
ticle Abaupt, c]ui finit ainsi : Rousseau 
compare Abauzit à Socrate, Ce qui a été 
remplacé par : Ses réflexions sur les Evan- 
giles sont à Vindex, Alethès. 



Catéchisme de 1806 (V, 162). —J'ai sous 
les yeux un volume intitulé : « Explication 




a sans les demandes et les réponses, l'ex- 
a plication de chaque leçon et des traits 
o historiques après chacune de ces leçons. 
<« Nouvelle édition. Paris, de l'imprimerie 
a stéréotype de Mame, 181 1. » C'est un 
in-S" de 5 16 pages, sans approbation ecclé- 
siastique. La leçon VII (suite du quatrième 
commandement) est ainsi conçue: « Les 
a chrétiens doivent aux princes qui les 
« gouvernent, et nous devons en particu- 
a lier à N..., notre Empereur, l'anaour, le 
« respect, l'obéissance, la fidélité, le ser- 
« vice militaire, les tributs ordonnés pour 
a la conservation et la défense de l'Empire 
a et de son trône ; nous devons encore 
a faire des prières ferventes pour son sa/ut, 
a et pour la prospérité spirituelle et tem- 
« porelle del Etat. Nous sommes tenus de 
« tous ces devoirs envers notre Empereur 
a parce que Dieu qui.crée les Empires et 
a les distribue selon sa volonté, l'a établi 
« notre souverain, l'a rendu le ministre de 
a sa puissance et son image sur la terre. 
« En l'honorant, en le servant, nous hono- 
« rons et servons Dieu... Des motifs parti- 
a culiers doivent nous attacher fortement 
a à notre Empereur. Dieu l'a suscité dans 
a les circonstances difficiles pour rétablir 
a le culte public de la religion sainte de 
« nos pères, et pour en être le protecteur... 
a il est l'oint du Seigneur. Les devoirs 
a dont nous sommes tenus envers le chef 
a de l'Empire , nous lieront également 
a envers ses successeurs légitimes dans 
a l'ordre établi par les constitutions de 
a l'Empire, puisque nous lisons dans la 
« sainte Ecriture que Dieu, Seigneur du 
tf ciel et de la terre, par une disposition 
tt de sa volonté suprême et par sa provi- 
tt dence, donne les Empires non-seulement 
a à une personne en particulier mais aussi 
« à sa famille... il nous est défendu d'être 
« désobéissants envers nos supérieurs, de 
a leur nuire et d'en dire du mal. » 

Ce texte est, moins les demandes et les 
premiers mots de réponses, identique îl 
celui des pages 38 et 89 du Catéchisme à 
l'usage de toutes les églises de l'Empire 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



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[25 avril 1869. 



français^ imprimé à Paris, chez Mame, 
en 1812, dont j'ai un exemplaire entre les 
mains. Ce volume, conservé par celui qui 
s'en est servi sous le premier Empire (je 
n'étais point né), est un petit in-S® de XL- 
12 1 pages, orné de 17 gravures (gravures 
dignes ae l'Almanach liégeois), et précédé 
de l'approbation du cardinal-légat Gaprara, 
donnée à Paris le 3o mars 1806, et du dé- 
cret impérial en date du 4 avril suivant. 
C'est bien le catéchisme ofificiel. 

(Lyon). V. DE V. 



Bicêtre (V, 166). — Dans la citation 
donnée ci-dessus, bicêtre a le sens de 
malheur, calamité. 

On trouve ce mot, employé dans la 
même acception, quoique orthographié 
différemment, dans les œuvres de Mo- 
lière : 

Mascarille. 

ICh bien! ne voilà pas mon enragé de maître! 
Il nous va faire encor quelque nouveau bissêtre! 

(V Etourdi, acte V, se. vu.) 

Dans FuRETiÈRE (Dict, univers, in-fol. 
1727). a Si vous laissez entrer cet étourdi, 
il fera quelque bissêtre. • 

Dans le Dict. de Trévoux (1771); dans 
M Ancien Théâtre françois de la Bibl. 
E-LZEviR. de Janet; dans la Noce de vil- 
lagCy comédie de Brécourt, etc. 

Cette locution, suivant tous les an- 
ciens lexicographes, est une corruption 
du français Bissexte (venu lui-même du 
Jatin Bissextus (Çelse) jour intercalaire, 
ou de Bissextum (Censorin). Une très- 
ancienne superstition, remontant aux Ro- 
mains {Voy, Macrobe, Satur,, liv. I, 
ch. 1 3), mais qui subsiste encore dans nos 
campagnes, attribuait un présage défavo- 
rable à la venue des années bissextiles. 

Cette croyance populaire se retrouve du 
reste, dans nos vieux auteurs : 

Pour ce que bissextre eschiet 
L'an en sera tout debauchiet. 

(MoLiNET, Le Calendrier,) 

« A Dijon, en ces sortes d'années , le 
vulgaire dit que bissêtre cor^ et qu'ainsi 
on ne doit rien entreprendre d'important. » 
CLa Monnoye, Noëls Bourguignons y Glos- 
saire^ p. 28.) 

De là, aussi, ces deux anciens prover- 
bes : « Vo me senongé bissêtre. » Vous 
nie présagez malheur. ( Le Roux de 
LiNCY. Le livre des Prov, franc, ^ 2^ édit. 
tonae I«% p. 93). 

€ Il me porte bissestre, » (il me porte 
malheur). (Oudin, Curiosités françaises ^ 
p. 43.) 

Encore aujourd'hui les paysans du 
Berry (environs de La Châtre, Indre), 
croient qu'une sorte de génie malfaisant 
se montre dans les années bissextiles. 



C'est le soir, dans les marais et les étangs, 
surtout pendant les inondations que le 
grand Bissête fait ses apparaissances (ap- 
paritions) et porte malheur à qui le voit. 

Cette superstition locale a même inspiré 
au peintre berruyer M. Maurice Sand, 
l'un de ses meilleurs tableaux de Légendes 
rustiques. Cette peinture exposée au Salon 
de i857 {Le grand Bissexte,) appartient 
aujourd'hui aux collections du Musée de 
Bourges. Elle a été lithographiée par 
M. Emile Vernier, (format in-folio, impr. 
Lemercier, iS5y). Ulric. 



Les tanneries de peau humaine. (V, 1 8 1). 
— U Intermédiaire a déjà répondu à cette 
question, en partie du moins, dans le 
tome III, p. 19. M. Alf. Frank a cité 
plusieurs volumes écrits sur peau humaine, 
et, entre autres, une bible latine du 
XII le siècle écrite sur peau de femme. 

A. Phtheir. 



Cartes et médailles des conventionnels 

(V, 190). — Je ne lesconnais pas, mais j'ai 
deux des médailles du Conseildes anciens, 
l'une de l'an V, octogone, en argent, l'autre 
de Tan VI, ronde, plus grande, en bronze 
doré. Elles ont été gravées par M. Gat- 
teaux, père du membre de l'Institut, gra- 
veur et statuaire. P. A. L. 

Ambroise Paré était-il huguenot ? (V, 

191.) — Un correspondant qu'on croirait 
un peu Turc, si l'on en jugeait par le nom 
qu'il se donne, Ali de Nyol, mais dont 
je veux respecter la pseudonymie transpa- 
rente, me fait l'honneur, dans le dernier 
cahier de l'Intermédiaire, d'employer 
trois colonnes à démontrer que je me suis 
trompé de tout point en voulant, contre 
l'avis de M. Jal ae Lyon, maintenir Am- 
broise Paré dans les rangs du protestan- 
tisme. 

11 y a toujours un moyen facile de triom- 
pher dans la discussion : c'est de faire 
dire à son adversaire ce qu'il n'a pas dit et 
de le battre, non sur les paroles qu'il a* 
tenues, mais sur celles qu'on lui prête. 
Je n'ai pas dit que les curés du XV 1° siè- 
cle inscrivissent sur les registres parois- 
siaux des gens qui se déclaraient protes- 
tants ; encore moins ai-je dit que cela 
était ainsi parce qu'il fallait bien que les 
huguenots se fissent inscrire quelque part ; 
je n'ai pas dit non plus que le récit fait 
par Ambroise Paré du péril qu'il courut 
d'être empoisonné « pour la Religion » 
prouvât, à lui tout seul, le protestantisme 
du grand chirurgien. M. Ali n'avait pro- 
bablement gardé qu'un vague souvenir de 
l'argumentation à laquelle il s'est pro- 
posé de répondre. 

Ce que j'ai dit, en somme, ou voulu dire, 



N» 104.] 



L'INTERMEDIAIRE 



235 



236 



c'est qu'au XVI* siècle, la situation des 
huguenots n'était pas uniforme, réglée, 
comme nous comprenons aujourd'hui cjue 
les choses le soient; que notre discipline 
régimentaire était inconnue des temps an- 
ciens; que beaucoup de personnes des 
deux partis souhaitaient et espéraient l'u- 
nion des deux cultes ; qu'une foule 
de réformés auraient voulu la Réforme 
sans sortir de l'Eçliçe ; qu'on vit, par 
exemple, une assemblée catholique réunie 
à l'office sous les yeux de son curé se met- 
tre à chanter les psaumes à la huguenote, 
pour imposer directement le changement 
qu'elle désirait ; que Paris fut atroce pour 
les religionnaires et qu'ils y furent hors 
la loi jusqu'à l'Edit de Nantes (iSgS); que 
des protestants y vivaient cependant, et 
que suivant la position, les influences, 
1 austérité ou la faiblesse de chacun, il a 
bien pu y avoir des accommodements. De 
tout cela et d'autres considérations encore 
que j'ai fait valoir {dans le BuUet.de Vhist, 
du Protest. ^ t. XVII), j'ai conclu que 
M. Jal s'était laissé séduire par une appa- 
rence trompeuse, lorsqu'il avait regardé 
la place considérable tenue par le nom 
et la famille de Paré dans l'église Saint- 
André-des-Arcs comme une preuve irré- 
fragable de la fidéiité apostolique et ro- 
maine de Paré lui - même. Autant je 
m'élevais contre l'aveuglement mis par 
cet écrivain, dans tout le cours de son 
Dictionnaire critique^ à méconnaître la 
Réforme, autant je me suis tenu dans la 
juste mesure au sujet du chirurgien de 
Charles IX. Je me suis contenté d'affir- 
mer, d'après Brantôme, et après les frères 
Haag, les savants auteurs du dictionnaire 
biographique intitulé La France protes- 
tantey qu'Ambroise Paré fut certainement 
huguenot durant une partie de sa vie. Et 
Brantôme n'est pas, comme on se Test 
trop figuré, un historien à traiter légère- 
ment : j'engage mon ou mes contradic- 
teurs à étudier sur ce point l'édition de 
ses Œuvres que publie en ce moment, 
d'une main fort respectueuse, un des 
meilleurs éditeurs de notre temps, M. Lu- 
dovic Lalanne. Enfin je terminais, con- 
«cernant Paré, en ces termes pleins de 
réserve : « S'il ne faisait pas profession 
a ouverte et formelle de la Réforme et 
« qu'il eût gardé son nom de catholique, 
« mais que tout dans ses paroles, dans ses 
« actions, dans ses écrits empreints à 
« chaque page du sentiment biblique, ré- 
a vêle l'âme élevée du huguenot... nous 
« n'en voulons pas davantage ; c'est une 
a suffisante profession de foi. » 

Ce n'est pas en déployant une indigna- 
tion, si facile aujourd'hui, contre ce qu'il 
appelle « un masque trompeur, une lon- 

fue hypocrisie, » que M. Jal de Lyon, ni 
_ 1. Ali de Nyol, réfutera ce jugement. 

Les mots « d'âme élevée du huguenot» 
•paraissent avoir choqué ; l'on affecte d'y 



opposer « l'âme élevée d'un catholique. » 
Je demande pardon et retirerai volontiers 
l'expression ; mais, quoi 1 ma déférence ne 
changera rien aux faits. Ni ces messieurs 
ni moi ne pouvons faire que l'homme ha- 
bitué à l'amour de Dieu sans autre inter- 
médiaire que sa conscience, n'ait plus de 
force et de valeur morales, que l'homme 
humble serviteur d'une immense hiérar- 
chie de maîtres humains, vivants ou morts, 
et d'une légion de divinités secondaires. 

H.-L. BORDIER. 



Boucs et porcs d'écurie fV, 201). — Les 
paysans d'une partie de la Normandie ont 
encore l'usage absurde de tenir un bouc 
attaché dans les étables insuffisamment 
aérées, pour absorber le mauvais air. 

(Versailles). R. de S. 



Pendules et montres décimales (V, 2 o2\ 
— Que M. A. B. D. ne mette point en 
doute l'existence de pendules, auxquelles, 
en 1793, fut appliqué le système décimal. 
J'en connais une fort belle. Elle est en la 
possession d'un mien ami, M. le baron 
Duval de «Fraville, ancien député, et fait 
le curieux ornement d'un des salons de 
son château de Condes, situé à 4 kilo- 
mètres de Chaumont, chef-lieu de la 
Haute-Marne. Clovis Mx. 

— M. le D' Duhem, amateur douais/en 
qui collectionne avec ardeur tout ce qui a 
rapport à la Révolution française, possède 
une montre décimale dont la réparation a 
mis aux champs plus d'un horloger. 

(Douai). A. P. . 

— - M. A. B. D. pourra voir une montre 
décimale chez M. Sandoz, le savant hor- 
loger du Palais-Royal, qui en a fait hom- 
mage au musée Parisien où elle tiendra 
dignement sa place. Nossiop. 

— M. Emile Deschamps nous écrit de 
Versailles que l'horloge des Tuileries a 
marqué les heures d'après les deux sys- 
tèmes pendant longtemps, et il croit qu'il 
n'y a pas plus de trente ans que le système 
décimal a disparu de cette horloge, où il 
était indiqué sur le cadran au-dessous de 
l'ancien calendrier. 



Les affaires, c'est l'argent des autres 

(V, 2o3). — Le mot était connu bien avant 
que M™® de Girardin ne l'introduisît dans 
Marguerite. M. Désiré Nisard l'avait cité 
déjà avec cette variante : les affaires^ c'est 
le bien d' autrui^ dans tme lettre à M. A.- 
Firmin Didot mise en tête du premier nu- 
méro de la Nouvelle Revue encyclopédique 
(mai 1846, p. 3). Là, M. Nisard attribue ce 
mot, qu'il trouve profond, à Royer-Collard. 



DES CHERCHEURS ET CUi^ïEUX. 



237 — 



238 



[25 avril 1869. 



Je dois 

piquante 

à Talleyrand. 



ajouter que, suivant d'autres, la | peuple et ses alliés, » Et voilà comme on 
ï définition appartient bel' et bien apprenait l'histoire aux collégiens de 1822 ! 



T. DE L. 



— N'est-ce pas un des propos du Vire- 
loque de Gavarni ? G. R. 



Les imitateurs du Père Loriquet (Y, 

173). — M. J. Mt. nous a donné (V, ^o) de 
très-curieux extraits d'un ouvrage intitulé : 
Instruction sur Vhistoire de France^ par 
Le RagoiSy continuée par M. de Foris. 
La palme pourrait fort bien être disputée 
à M. de Foris. Je possède une Instruction 
sur ïhistoire de France et Romaine^ par 
Le Ragois; nouvelle édition^ totalement 
revue et corrigée, continuée jusqu'en 1 8 1 6, 
augmentée d\in précis des mœurs, etc., 
far M. Moustalon, auteur du Lycée de la 
jeunesse et de la Morale des poètes, A 
Paris, chez Genêts jeune, libraire, rue 
Dauphine, n» 14 ; i8i6, 2 vol. in- 12. Ces 
deux volumes ont été donnés comme se- 
cond prix de version latine, en sixième, au 
collège de Valenciennes, en 1822. En voici 
quelques lignes : 

« La France ne se lassa-t-elle pas des 
troubles qui la déchiraient (après la mort 
àe Louis XVI J) ? — Dominée tour-à-tour 
par des gouvernements arbitraires, elle 
devint en 1799 la proie d'un chef mili- 
taire (i) qui, abusant de la gloire que quel- 
ques succès lui avaient acquise, s empara 
du pouvoir, mit l'Europe en feu pour sa- 
tisfaire sa dévorante ambition, et pendant 
quinze a^is fit gémir la France sous un 
joug de fer. Cette nation coupable et mal- 
heureuse ouvrit enfin les yeux, condamna 
ses erreurs et se souvint qu'elle avait un 
roi. Elle invoqua son nom lorsque les ar- 
mées de l'Europe entière avaient envahi 
une grande partie de son territoire, et à ce 
nom révéré, qui offrait aux étrangers la 
garantie la plus certaine d'une paix du* 
rable, la guerre cessa sur tous les points. » 
Puis, après le récit de Taccueil fait à 
Louis XVIII, une discrète allusion aux 
Cent-Jours : « De nouveaux troubles ne 
s' élever ent^ils pas dans le commencement 
de son règne ?-^Que\ques esprits séditieux 
cherchèrent à renverser un pouvoir que 
l'amour des Français pour leur roi ren- 
dait trop solide pour que Içur projet eût 
longtemps l'efiFet qu'ils en avaient espéré. 
Les rebelles furent forcés de rentrer dans 
l'ordre, et Louis XVIII vit bientôt le 
calme renaître dans son royaume, à laide 
des secours que lui prodiguèrent son 



(i) Le nom de Bonaparte ne se trouve pas 
même une fois dans l'ouvrage. 



J. L. 



Les battus payent l'amende. 



C'est un proverbe et commun ris, 
Qu'à la coutume de Lorris, 
Quoiqu'on ayt juste demande, 
Le battu paye l'amende. 

On explique ce proverbe parle duel judi- 
ciaire, et Abel Hugo, qui cite ces vers dans 
la France pittoresque, ajoute avec raison 
qu'outre la perte de son procès , le vaincu 
avait encore à payer une amende pour en 
avoir appelé au jugement de Dieu, appa- 
remment à tort, puisc^ue Dieu le condam- 
nait. Mais le duel judiciaire étant le droit 
commun de la féodalité, on ne voit pas 
encore pourquoi l'on alléguait là la cou- 
tume de Lorris. C. de Méry, qui donna en 
1822 une édition avec commentaires des 
Proverbes de Carmontelle, résout cette 
difficulté; car il remarque, d'après le Mé- 
morial de la Chambre des comptes , aux 
années 1448 et 1468, que ce n'était que 
dans la coutume de Lorry (sic — et aussi 
à Metz) que cette amende était exigée. La 
solution de C. de Méry, qu'il ne faut pas 
confondre avec son homonyme plus ré- 
cent, ne laisse place à aucune objection, et 
j'avoue qu'elle contrarie un peu ma trou- 
vaille, qui pourtant a aussi un quatrain à 
son service. L'orientaliste Marcel, direc- 
teur de rifnprimerie du Caire pendant 
l'occupation française, et depuis de l'Im- 
primerie impériale, propose en effet une 
explication toute nouvelle de notre pro- 
verbe, dans les notes de ses Contes du 
cheyk El-Modhy. Après avoir remarqué 
que c'est la coutume des cadis, môme dans 
les contestations purement civiles, d'im- 
poser une bastonnade et une amende à 
ceux contre qui ils prononcent, il ajoute : 
« C'est peut-être ce formulaire du code de 
procédure civile orientale qui est l'origine 
de notre vieux proverbe : A la coutume de 
Lori (l'Orient), les battus payent Va- 
mende. » J'ai là dans un vieux fabliau ma- 
nuscrit ces quatre vers : 

Destroy fiert todys à chetis : 
Chevance chiet aulz assouvis ; 
Corne es costume de l'Oryande, 
Si duyt li féris souldre amandei » 

O. D. 



Une lettre inédite d'Eugène Scribe. 
(III, 160.) — Parmi plusieurs lettres auto- 
graphes (inédites) d'Eugène Scribe, inté- 
ressantes à divers titres, et qui font depuis 
longtemps partie de ma collection d'auto- 
! graphes des contemporains célèbres, je 
j choisis, pour r Intermédiaire, la jolie lettre 
suivante, qui méritait bien, à tous égards, 



N» 104.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 avril 1869. 



239 



240 



les honneurs de la publicité. — Je. copie 
textuellement : 

a Monsieur, 

a Monsieur Véron, 

rue Godot'Maurqy^ n^ 34, 

Paris. » 

[Le timbre postal de la suscription est daté 
du « 10 septembre 1829.» ] 

« Ce 10 septembre [182 9.J 
a Quand je vous vois, mon cher ami, 
vous êtes si bon et si aimable pour moi 
que je suis prêt à tout vous promettre et 
à tout faire. — C'est quand je suis seul et 
entouré de tous les travaux qui me me- 
nacent, que je vois alors que cela m'est 
impossible. — Il est aisé de se je//er (51c) à 
l*eau pour un ami, et pour lui rendre ser- 
vice ; pour cela il ne faut au'un instant et 
qu'un Don mouvement. — Mais quand on 
est accablé d'ouvrage, et en outre d'af- 
faires de famille et d intérêts comme j'en 
ai dans ce moment, comment voulez-vous 
que l'on trouve dix ou douze jours de 
suite d'application? — On les trouverait 
ces douze )Ours, on se ferait mettre à Vin- 
cennes ou à la Bastille, dût-on la rebâtir 
exprès pour cet usage, que la tête et les 
idées n'y seraient pas. — Un ouvrier à qui 
on dit : bêche la terre, n'a que sa pioche 
à pousser. — Mais fût-on devant son bu- 
reau, la plume à la main, on aura beau se 
dire: travaille.; rien ne viendra si l'on n'y 
est disposé, et pour cela, il faut du calme, 
du repos de corps et d'esprit, et je n'ai ni 
l'un ni l'autre •— Voilà, mon cher ami, 
pourquoi je ne veux pas que vous comp- 
tiez sur moi ; voilà pourquoi je ne veux 
pas vous voir, parce que consultant plus 
le désir de vous être agréable que mon 
temps et mes forces, je vous promettrais 
et ne pourrais pas tenir. 

f Ensuite, puisq^ue vous avez eu la bonté 
d'attacher cette importance à mes Pro- 
verbes, croyez-vous qu'un par hasard ne 
fasse pas plus de tort que de bien? — Cet 
hiver, je fespère, je pourrai m'y livrer de 
suite, et ce sera bien différent, mais main- 
tenant cela vous servira à bien peu de 
chose de compter sur moi, et je vous ré- 
pète, en honneur et du fond du cœur, que 
dans ce moment il n'y a pas moyen. 

Croyez donc, mon cher ami, à tous naes 
regrets, ainsi qu'à l'expression de ma bien 
sincère et bien vive amitié. E. Scribe. » 

Pour copie conforme : 
Ulric. 



Bpaminondas volé... par un de nos pins 
spirituels chroniqueurs. — M. Auguste 
Villemot termine ainsi son feuilleton du 
29 novembre 1868 dans le Temps {La Co- 
médie contemporaine) : « Rossini ne laisse 
pas de postérité; mais il peut dire, comme 
ce roi de Sparte : Je laisse deux enfants 



immortels : le Barbier de Séville et Guil- 
laume Tell, » M. Villemot ne s'est pas 
seulement trompé en confondant un géné- 
ral thébain avec un roi de Sparte, il s'est 
aussi trompé (avec beaucoup d'autres, il 
est vrai) en ajoutant le mot immortels. 
Epaminondas mourant dit, d'après Dio- 
dore de Sicile : « Je laisse deux filles, la 
victoire de Leuctres et celle de Mantinée. » 
Le modeste guerrier se serait bien gardé 
d'emplover une aussi ponipeuse épîthète 
que celle d'immortelle. Pourauoi donc 
s obstiner toujours à mettre de l'emphase 
dans les paroles ordinairement si simples 
des granas hommes de l'antiquité ? 

T. DE L. 



D'une variété de sable bien peu connue. 

— Qui pourrait me dire où l'on trouve 
la singulière variété de sable dont il est 
question dans ce passage d'un feuilleton 
de M. Paul Féval : Le quai de la Fer- 
raille {Journal officiel du soir^ 2 3 février): 
a Le pas d'un cheval sonna sur le sable 
de l'allée. » Ordinairement, le sable amor- 
tit le bruit des pas des hommes et des 
bêtes. Le sable de M. Paul Féval étant un 
sable retentissant, je serais bien curieux 
d'en connaître la provenance. Il me semble 
que c'est un sable bon surtout pour les al- 
lées de ce fameux jardin des romanciers 
où, d'après Alphonse Karr, en une de 
ses plus piquantes pages, s'épanouissent 
tant de fleurs imaginaires fournies à pleines 
mains par Alexandre Dumas, Eugène Sue, 
George Sand, etc. Yezimat. 

Les Gueux, Patrie, et l'Assedio di Âr- 
lem. — Quand un même sujet est traité 
simultanément au théâtre par plusieurs 
auteurs, on se dispute l'antériorité de l'i- 
dée, on s'entr'accuse même de plagiat, 
comme il vient d'arriver pour les Gueux 
et pour Patrie, Puis voilà le Figaro 
(25 mars), qui soupçonne à son tour véhé- 
mentement l'heureux Victorien Sardou 
d'avoir tout bonnement tiré son drame 
d'un libretto italien mis en musique par 
Verdi : UAssedio di Arlem, 

Cela nous remet en mémoire l'épi- 
gramme suivante : 

Un iour Regnard et de Rivière, 
En cherchant un sujet que Ton n'eût point traité, 
Trouvèrent qu'un joueur serait un caractère 

Qui plairait par sa nouveauté. 
Regnard le fit en vers et de Rivière en prose : 

Ainsi, pour dire au vrai la chose, 

Chacun vola son compagnon. 
Mais quiconque aujourd'hui voit l'un et l'autre 

Dit que Recnard a l'avantage [ouvrage, 

D'avoir été le bon larron. 



Sait-on de qui est ce dizain? 



D. C. 



Paria. > T|p. de Ch. Me|rueis, me Cujas, 1S. — 1869 



QViBQOI 



NomérolOS. 



ChêreheMtt 

«OtM trOUMTfS. 




n M faut 
0ntr*aii»r, 



10 mai 1869 



CJntetméMatte 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, ZNiOTES and QU E RIE S françaH.) 



241 



242 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 

— Kpigraphie — Biographie — Bibliographie 
-=- Divers. 

Le verbe t sachoir. > ~ Ce nouveau 
verbe (d'un usage fréquent chez plusieurs 
écrivains modernes et notamment chez 
Mgr Dupanloup) offre cette particularité 
qu'il n*est employé qu'à la première per- 
sonne, singulier et pluriel, du présent de 
l'indicatif. Ainsi les auteurs qui disent vo- 
lontiers ^e ne sache paSy nous ne sachions 
paSy croiraient commettre une faute gros- 
sière en disant : 

Tu ne saches pas. 
Elle ou II ne sache pas. 

Vous ne sachiez pas. 
Elles ou Ils ne sachent pas... 

Ce verbe si défectif vient d'obtenir les 
honneurs du Corps législatif (passe encore 
pour l'Académie !). S. Ëxc. le maréchal Niel 
a pu dire (séance du 14 avril) : « Je ne 
sache pas de moyens plus prompts pour 
arriver au gouvernement civil. » 

MM. les lecteurs -rédacteurs de Vin- 
termédiaire pourraient-ils me donner des 
renseignements sur l'origine de ce verbe 
qui n'a jamais été employé {que je sache) 

Î)ar les bons écrivains ae nos grands siècles 
ittcraires? A. de La Taille. 



Qui vive? être sur le qui-vive. — A 



ancien exemple de l'emploi de la locution: 
être sur le qui-vive? 

(Valenciennes.) J. L. 

Inscription énigmatiqne. — N^ 218 du 
Musée de Beauvais. Cartouche en marbre 
blanc, de forme ovale, provenant du châ- 
teau de Chantilly, sur lequel on lit cette 
inscription très-énigmatique; on la trouve 



aussi à Bologne, en Italie. H. o™ 65^ 1. 
o«> 60 . 

JELÏAy LŒLIA, CRISPIS, 
NEC VIR, NEC MVLIER, NEC ANDROGYNA, 

NEC PVELLA, NEC JWENIS, NEC ANVS, 

NEC CASTA, NEC MERETRIX, NEC PVDICA, 

SED OMNIA 

SVBLATA NEC FAME, NEC FERRO, NEC VENENO. 

SED OMNIBVS, 

NEC CŒLO, NEC AQVIS, NEC TERRIS, SED VBIQVE lACET. 

LVCIVS AGATHO CRISPVS, 

NEC VIR, NEC AMATOR, NEC NECESSARIVS, 

SED OMNIA 

NEQVE MŒRENS, NEQVE GAVDENS, 

SED OMNIA 

H ANC NEC MOLEM, NEC PYRAMIDEM, NEC SEPVLCHRVM, 

SED OMNIA 

SCIT ET NESCIT CVI POSVERTT. 

HOC EST SEPVLCHRVM INTVS CADAVER NON HABENS; 

HOC EST CADAVER EXTRA SEPVLCHRVM NON HABENS ; 

SED CADAVER IDEM EST ET SEPVLCHRVM SIBI. 

Quelque correspondant de VJntermé» 
diaire pourrait-il donner la clé de cette 
énigmer E. G. P. 

La chanson parisienne de « Fi>fi. » (i 565). 
-— On sait que, le 8 janvier i565, le car- 
dinal de Lorraine ayant voulu entrer dans 
Paris avec une escorte, ce qui était défen- 
du par une ordonnance du roi, le maréchal 
de Montmorency, gouverneur de la ville, 
qui cherchait une occasion de se venger de 
la hauteur dudit cardinal, envoya à sa 
rencontre des troupes qui dispersèrent ses 
soldats, et l'obligèrent de se réfugier avec 
son neveu dans la boutique d'un épicier. 
On sait aussi que cette humiliation fut si 
sensible à l'arrogant prélat qu'il sortit sur- 
le-champ de Paris et se retira à Reims, où 
il demeura près de deux années. C'est en 
cette occasion, nous dit un pamphlet du 
temps {Le Réveil -Matin), que « la chanson 
de fy-fy a prins son origine. » 

Connaît-on cette chanson populaire de 
Fi'Jin qui devait peindre la courte honte 
du cardinal de Lorraine? S'est-elle con- 
servée quelque part? Je serais bien curieux 
de la connaître. C. R. 



I Un tableau de Michel Ange envoyé par le 

TOME y. — 9 



No loS.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



243 



244 



Pap6 au cardinal de Lorraine, et an autre 
moins angélique. — Après les exécutions 
qui suivirent l'avortement de la conspira- 
tion d'Amboise, le pape, voulant comme 
de juste remercier le cardinal de Lorraine, 
« luy rescrivit par un courrier exprès des 
lettres gratulatoires, leprimtde continuer 
de bien en mieux en sa bonne affection : 
en recognoissance de laquelle, il lui en- 
voyoit en don par le porteur un tableau, 
consacré par Sa Saine teté, d'une Nostre 
Dame de Grâce tenant son fils entre ses 
bras, que Michel Angel de sa plus docte 
main avoit pourtraict comme un chef- 
d'œuvre. Advint que le courrier qui por- 
tait les lettres du pape avec le présent du 
tableau, estant tombé malade par les che- 
mins, rencontra un jeune marchant Luc- 
quois, catholique, qui s'en alloit en cour, 
et se disoit estre au cardinal de Lorraine, 
(combien qu'à vray dire il fust son ennemi 
mortel et désespéré, parce qu'il ne pouvoit 
avoir seure assignation du cardinal, qui 
manioit les finances de France, d'une 
grande somme de deniers qu'il avoit four- 
nye au roi Henry lors des guerres de 
Monsieur de Guise en Toscane), lequel il 
crut facilement, bien ayse de cette occa- 
sion, puisque sa malaaie l'empeschoit de 
passer outre. Ayant donc appris le nom 
du Lucquois et doutant que le retardement 
des lettres de Sa Saincteté ne luy fust dom- 
mageable, il le pria de se charger des 
lettres et du tableau, qu'il luy remit entre 
mains pour les livrer, comme il promit, au 
cardinal. Ce Lucquois ne fust pas si tost à 
Paris, que ayant rencontré un peintre à sa 
porte et l'occasion de faire un scorne à 
Monsieur le cardinal, fit faire uïi tableau 
de mesme grandeur, où le cardinal de 
Lorraine, la royne sa nièce, la royne- 
mère, et la duchesse de Guise, estoient 
peints au vif nuds, ayans les bras au col 
et les jambes entrelacées l'un avec l'autre; 
puis, le fit soigneusement empaqueter dans 
letafetasettoile cirée de l'autre tableau, et 
trouva moyen de le faire consigner, avec les 
lettres de Sa Saincteté, en la chambre du 
cardinal, lorsqu'il estoit en conseil, entre 
les mains d'un de ses secrétaires. Quand 
Monsieur le cardinal, revenu du Conseil, 
eut lu les lettres de Sa Saincteté, il réserva 
de voir le tableau au lendemain disner, 
auquel tout exprès il convia Messieurs les 
cardinaux de Bourbon, de Tournon et de 
Guyse, les ducs de Montpensier et de 
Guyse, et quelques autres grands sei- 
gneurs. Ils ne furent pas au second service 
que Monsieur le cardinal, ayant fait lire 
tout haut les lettres de Sa Saincteté, 
esmelit tellement le désir de la compagnie 
à voir Nostre Dame de Grâce, que quit- 
tant le repas du corps pour repaistre leurs 
esprits, ils firent apporter le tableau, le- 
quel bien dextrement desveloppé, estant 
regardé par eux, et trouvé tel que je vous 
viens de dire, je vous laisse à penser si ces 



I seigneurs «n furent estonnés et Monsieur le 

cardinal fasché Lequel, cuidant que ce 

fussent les huguenots qui luy eussent joué 
ce tour, leur a causé beaucoup de maux 

qui leur sont depuis survenus » 

Est-il question de cette anecdote ailleurs 
que dans cet écrit du temps? Existe-t-il, 
je ne dis pas l'original, mais quelque copie 
ou gravure reproduisant la douteuse mo- 
ralité substituée parce fripon de Lucquois 
au présent de Sa Sainteté? Enfin sait-on 
de quel tableau de Michel-Ange il s'agis- 
sait et ce qu'il est devenu dans la bagarre? 
Le créancier de monseigneur de Lorraine 
l'a-t-il gardé pour se payer d'autant? 

S. D. 



Les ensorcelés de Morsine. — Il existe 

dans la haute Savoie, arrondissement de 
Thonon, canton du Biot, un bourg du 
nom de Morzine contenant de i,gooà 
2,000 âmes. Au dire des naturels des villa- 
ges environnants, presque tous les habitants 
de Morzine sont depuis déjà nombre d'an- 
nées possédés du démon : ils entrent subi- 
tement en fureur, jurent, blasphèment, 
frappent à tort et à travers, se portent de 
préférence à l'église où ils commettent des 
excès de toutes sortes ; d'autres parcourent 
la campagne, surprennent les enfants et les 
ensorcellent à leur tour. Une légende de la 
localité fait remonter l'origine de cet en- 
sorcellement à un méchant homme, berger 
ou curé, on ne sait lequel, qui aurait jeré 
sur le pays un sortilège, sans qu'on puisse 
indiquer le motif de cet acte de vengeance. 
On désirerait savoir quelle est la maladie 
plus ou moins naturelle qui est venue affli- 
ger et afflige peut-être encore les pauvres 
Morzinois, au point de les faire passer 
pour possédés auprès de leurs naïfs com- 
patriotes. Z. A. 



De quelques termes , en matière de 
toilette, aujourd'hui hors d'emploi. - 
Lors du voyage de M. le duc de Mantoue 
à la cour de France» l'année i655. Son Al- 
tesse fit une furieuse dépense en fourni- 
tures de lingerie, de tapisserie, de ganterie, 
de chapellerie, de sellerie, de petite oye- 
de dentelles et d'habits, dont j'ai la note 
en mes cartons. Gilles, le tailleur, lui pré- 
senta, pour son compte seul, une carte à 
payer de 16,777 livres i3 sols qui fut ré- 
duite à 14,473 livres 14 sols; encore 
reçut-il 5oo livres pour ses fatigues, et 
200 livres furent pour ses garçons. Parmi 
les diverses fournitures, je rencontre cer- 
tains termes et des désignations d'emploi 
sur lesquels je ne me tiens pas pour éclairé. 
De là ces quelques questions. 

Parmi les chapeaux, je vois force « eau- 
debecs bordez a'or » pour les valets de 
pied ; ce terme est connu : mais qu'étaient- 
ce que • huit vigongnes fins avec huit 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



245 



246 



[10 mai 1869. 



cordons pour les pages, à ii livres la 
pièce ? Qu'était-ce qu'un coffre de nuit, 
pour la parure duquel il ne fallut pas 
moins de 24 onces de grande dentelle or 
et argent à ©livres l'once, et du satin de 
Lyon pour doubler ledit coffre ? Qu'était- 
ce qu'une impérialle avec houppes de soie 
noire, pour les chevaux de main ? Quelle 
était la forme d'un habit dit à la Cordel- 
lière^ en rais de Chalons, avec loo aulnes 
de ruban bleu pour garniture? Pasquier, 
le marchand gantier, dans sa fourniture 
imposante, indique des « vray gands de 
chien gris doublé et garny de dentelle 
soye noire et de rubans de taffetas noir à 
la confusion, » Ce dernier mot se rapporte- 
t-ii à la quantité des rubans (alors ce gan- 
tier s'exprimait divinement), ou bien n est- 
ce qu'un terme à la mode, comme lorsque, 
quinze ans plus tard, on disait d'une 
coiffure qu'elle était à Vhurluberlu, et 
plus tard encore, à V effrontée? M. le duc 
de Mantque reçut aussi des paires de 
« gands jonquille pour mettre sous les 
gands noirs. » Etait-ce donc de qualité de 
porter deux paires de gants tout ensemble, 
ou bien le noir ici n'avait-il d'autre fin 
que de protéger la jonquille, jusqu'au mo- 
ment où l'on faisait son entrée? 

Son altesse commanda la petite oye 
d'un habit escarlatte. Etait-il de bon ton 
que la petite oye fût assortie aux couleurs 
de l'habit ou devait-elle être différente ? 
Qu'était-ce cjue de la toile boucqua- 
rinée? Qu'était-ce enfin que de Vunicque 
royal? « Habit garny de dentelles toutes 
argent pour i3 aulnes d'unicque royal 
pour habit et manteau, » dit la facture 
présentée à M. le duc de Mantoue. 

ARMAND BâSCHET. 



Le chauvinisme. — « Le chauvinisme, 
dit M. Petermann, est malheureusement 
^ tous les pays..... Le Français, consi- 
déré isolément, passe, ajoute-t-il, pour 
wire vain, et, en masse, il est chauvin, 
-e qui rime comme un augmentatif. C'est 
^u'en effet l'homme, en particulier, est 
trop souvent vaniteux, avantageux, se van- 
•ant à tout propos et hors de propos; 
'} les nations qui ne sont que des collec- 
tions d'individus, ont absolument le même 
léfaut... en grand. » Et M. Petermann, 
equel écrit de Berlin à la Revue britan- 
tique, déclare que les Prussiens, pour n'a- 
voir pas inventé le mot de chauvinisme, 
l'en sont pas moins abondamment pour- 
•^us de la chose. 

Or, d'où vient le nom de chauvinisme? 
^ui fut le premier chauvin ? V. V. 

Un cardinal espagnol a-t-iljamais sonf- 
fleté un cardinal lançais? — Voici une 
question posée par Guez de Balzac, il y a 
225 ans, à un de ses doctes correspon- 



dants, dans une lettre inédite : a Enque- 
« rez-vous, je vous prie. Monsieur, s'il 
a est vray ce qu'a escrit d'Aubigné dans 
a son Histoire, qu'un cardinal espagnol 
a donna un soufflet, à Rome, au cardinal 
a de Joyeuse. La foy de l'historien m'est 
a un peu suspecte. » Et à moi aussi. 

T. de L. 



Impression en caractères gothiques. — 

Il serait peut-être difficile de désigner le 
dernier livre imprimé en caractères gothi- 
ques, mais Tun des savants bibliophiles, 
coabonnés de Y Intermédiaire , me dira 
certainement à quelle époque on a cessé 
l'emploi des caractères gothiques. J'attends 
avec confiance et impatience une solu- 
tion exacte de ce petit problème de biblio- 
graphie passionnelle. 

(Lyon.) V. de V. 

a L'Angnstin de France. i> — Je propose 
aux chercheurs un problème bibliogra- 
phique et historique. J'ai rencontré un 
ouvrage anonyme intitulé : Le triomphe 
de la miséricorde de Dieu sur un cœur 
endurcjr; ou les concessions de l' Augus- 
tin de France, écrites par luy-mesme* ' 
Troisième édition. Revue, corrigée et 
augmentée de quelques-unes de ses Lettres 
spirituelles,.^ A Rouen, chez la veuve de 
Jean Oursel, 1708, in- 12, pp. 32 3 et 60. 
— Le Privilège du Roi et l'Approbation 
du Censeur Tilladet, datés de 1704, l'at- 
tribuent à un Jésuite, le P. Jean Maillard. 
Cet ouvrage a été réimprimé sous ce titre : 
L Augustin de France ou confessions de 
de M. D***y gentilhomme François, ci-de- 
vant officier dans les troupes, easuite con- 
seiller au Parlement et Gouverneur de 
ville pour le Roi,.. Publié par L. R, P. B, 
D. S. M. et P. J. H, A Mayence et à 
Francfort, aux dépens de la Compagnie, 
1766, in- 12, pp. 400. — Ce second édi- 
teur, d'après la lettre qu'il écrit lui-même 
à son imprimeur de Francfort, est le R. P. 
Burcard de Saint-Mansuet. Il n'a pas eu 
connaissance des premières éditions; car 
il annonce qu'il publie un manuscrit trouvé 
dans la Bibliothèque du prince de Dahl- 
berg à Mayence. Mais ces deux ouvrages 
sont textuellement les mêmes. Je de- 
mande : 

jo Si l'auteur est réellement le P. Mail- 
lard. Barbier n'en dit rien, non plus que 
les PP. de Backer, dans leur Bibliothèque 
de la Compagnie de Jésus. 

2° Quel est cet Augustin ? J'ajoute 
comme document biographique, qu'après 
avoir été officier, puis conseiller, puis gou- 
verneur, il se fit religieux et probablement 
Jésuite. Aucune date dans l'ouvrage qui 
fixe l'époque de son existence. D'ailleurs 
l'auteur dit qu'il a fait disparaître tous les 
indices qui pourraient mettre sur la voie. 



N« io5.1 



L'INTERMÉDIAIRE 



247 



248 



30 Pourrait-on me donner le titre exact 
et complet des deux premières éditions de 
Touvrage, et le nombre des pages ? Ces 
éditions doivent être de la fin du XVII* 
siècle. 

J 'appelle aussi l'attention sur la superche- 
rie littéraire, innocente , sans doute, du 
P. de Saint-Mansuet, et je la signale au 
continuateur de Quérard. P. Clauer. 



La Société de ITscalade. —Je possède 
un manuscrit grand in-S*» portant pour ti- 
tre : Recueil de pièces tant en vers qu'en 
prose par M. Le Camus de Rochebois. 
Ce recueil, dans sa première partie, con- 
tient quelques épîtres et trois ou quatre 
pièces de comédie, le tout parfaitement 
digne de rester inconnu. La seconde par- 
tie est ainsi intitulée : Différentes pièces 
sur V Escalade. Elle contient des épîtres, 
des chansons, des rondes et deux pièces 
assez curieuses; la première est une co- 
médie en vers intitulée : La mort de Pin^ 
cette j tragédie pour rire, en un acte, par 
M..., représentée pour la première et la 
dernière fois par les comédiens ordinaires 
de Montmartre, sur le théâtre de V Esca- 
lade, le dimanche 29 novembre 1761. 

La seconde est un Catalogue qui con- 
tient les noms et demeures des membres 
d'une joyeuse société. Chacun de ces noms 
est accompagné de réflexions plus ou 
moins grivoises. On y trouve M. de Cour- 
teil, M. Lefebvre de Saint-Fard, M. Le- 
febvre de Beauvray, M. de la Lozière, 
Madame Miroli, M. et Madame de Ro- 
chebois, M. et Madame Turben, etc. 

Quelqu'un des lecteurs de l'Intermé- 
diaire pourrait-il me donner des détails sur 
cette joyeuse société, et m'indiquer quel- 
que autre pièce la concernant, ou qui ap- 
partienne à son répertoire? 

(Périgueux.) Alb. Tornezy. 

Une définition da silence. — M. David 

du Clozet^ retraçant dernièrement dans le 
Constitutionnel le portrait d'un auguste 
personnage, s'écriait : « Le silence, un grand 
nomme 1^ dit : c'est une des formes de 
r infini, » Quel est ce grand homme? J'es- 
père que, sur ce point, V Intermédiaire ne 
se présentera pas à moi sous une des for- 
mes de V infini! Yezimat. 



Flaques de Magellan (V, 57). — Dans le 
Complément du Dictionnaire de l'Acadé- 
mie {iS35), on lit: 

Magellane, s. f. (bot.) Genre de plantes 
d'Amérique. 

Voilà qui est un peu vague, mais je soup- 



çonne que ces plantes, croissant au détroit 
de Magellan, ont été nomméesainsi à cause 
du lieu où elles se plaisent et qu'elles 

fjeuvent se débiter en plaques propres à 
'ébénisterie. 

Cette explication conjecturale peut s'ap- 
pliquer à Varchipel de Magellan ou Terre 
de Feu ou aux îles appelées également 
Archipel de Magellan ou de Bonin-Sima^ 
situées dans le Grand Océan Boréal, à 
260 lieues S. -E. des îles du Japon. 

Je n'ai pas sous la main de livre de bota- 
nique; M. S. R. y trouverait des détails 
suffisants pour répondre à sa question. 
M. Tahan ou quelque autre célèbre ébé- 
niste lui en donnerait probablement la 
solution exacte. E. G. P. 



Une nonvelle édition du Dictionnaire 
de Barbier (V, 61). — M. A. J. verra son 
vœu exaucé, et la satisfaction qu'il éprou- 
vera sera sans doute partagée par tous les 
bibliophiles. Le Dictionnaire des anony- 
mes, très-considérablement augmenté, pa- 
raîtra à la suite de la seconde édition des 
Supercheries littéraires de Quérard, édi- 
tion complétée à laide des immenses maté- 
riaux laissés par l'infatigable bibliographe 
et qui ont passé par les mains de M. Gus- 
tave Brunet. Le concours de divers éru- 
dits est d'ailleurs acquis à cette publica- 
tion revue parM.P. Jannet, si bien connu 
par de très-bons travaux littéraires ef 
bibliographiques, ainsi que par la direc- 
tion de la Bibliothèaue elsfévirienne. La 
première livraison- ae cette édition nou- 
velle vient de paraître à la librairie de 
M. P. Daffis, rue des Beaux- Arts, n® 9. 
Quant au Dictionnaire des anonymes, 
M. Olivier Barbier, fils de l'auteur et un 
des conservateurs de la Bibliothèque im- 
périale, s'en occupe avec un zèle pieux et 
avec une attention persévérante depuis 
bien des années. Le nouveau Diction- 
naire sera, on peut l'affirmer, indispensa- 
ble aux bibliographes et à quiconque 
s'occupe de livres. T. C. 



Lonis XVI à Rouen (V, 74). — II existe 
au sujet du prétendu voyage de Louis XVI 
à Rouen, un curieux pamphlet qui a pro- 
bablement donné naissance au bruit de ce 
projet. Il est intitulé: Extrait d'une lettre 
écrite de Rouen, adressée à M. Bailly, 
maire de Paris. « Effroyable conspira- 
tion pour emmener le roi à Rouen, enfer- 
mer dans une cage de fer MM. Bailly et 
La Fayette, pendre M. Thouret à une 
haute potence, égorger l'assemblée natio- 
nale, monder la France de sang, décou- 
verte par un des conspirateurs. » Cette 
brochure de 8 pages est imprimée à l'im- 
primerie de Henri IV, entrée de la place 
Dauphine n® i , et ne porte pas de date. 

L'auteur attribue ce projet à la reine et 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo mai 1869. 



249 



- 25o 



au duc de Villequier qui a persuadé au roi 
que la duchesse de Villeroi a gagné les 
Rouennais. Il indique comme agents prin- 
cipaux M. Bertier, directeur des fermes, 
qui aurait recueilli 600 signatures de Rouen- 
nais dévoués. 3,000 gentilshommes doi- 
vent s'équipera leurs frais pour la défense 
du roi. Les conspirateurs disposent de dix 
millions. On indique la manière dont les 
conspirateurs correspondent entre eux, 
et jusqu'au jour où le complot doit écla- 
ter. (Le Havre.) V. T. 

Le P. Loriquet (V, 75). — Au sujet de 
l'antidate du règne réel de Louis aVIII 
et de la fameuse phrase attribuée fort 
légèrement au P. Loriquet, il est bon de 
rappeler que Napoléon l^"^ se plaisait à 
antidater son titre d'empereur. Bourrienne 
rapporte dans ses Mémoires (tome X, 
page i63) que Napoléon donna au maré- 
chal Macdonald un sabre sur lequel était 
gravée cette inscription : Sabre que portait 
l'Empereur le jour de la bataille du Mont- 
Thabor. Cette bataille eut lieu le 1 6 avril 
1799. Si Napoléon faisait remonter son 
règne à l'époque où il commandait l'armée 
d'Egypte, et s'il aimait à placer ses initia- 
les couronnées sur les vieux monuments 
de Paris , l'antidate tant reprochée à 
Louis XVI II paraît beaucoup moins sin- 
gulière et peut-être plus rationnelle. 

C'est sans doute l'inscription /y^r^m/^j/e 
gravée sur le sabre du général républicain 
qui inspira au régicide Thibaudeau, séna- 
teur sous les deux empires, le titre curieux 
placé au frontispice de son histoire de la 
campagne d'Egypte. Voir la question : 
«Napoléon, empereur en 1798?» {Inter- 
médiaire, II, 487). 

Relativement à la question Loriquet, 
il ne s'agit point d'un procès de tendance 
qui serait en vérité très-commode, mais il 
^ut montrer la phrase incriminée et jus- 
ques à cette preuve concluante laisser tom- 
ber cette vieille sottise. Quant à l'anachro- 
nisme royal et impérial, comme il se trouve 
à droite et à gauche, si l'on se moque de 
celui-là, on doit en bonne justice se mo- 
quer de celui-ci. 

(Lyon.) V. DE V. 



1.6 véritable auteur du t Grand erra- 
tum » (V, 77). — La Biographie Hœ/er, 
en indiquant, au nom de Pérès, une pre- 
mière édition de 181 7 (Agen), se trompe, 
ce qui lui arrive bien souvent. La première 
édition a paru chez Prosper Noubel, Agen, 
i835, in- 32 de 45 pages. Je promets un 
beau merle blanc à qui me montrera une 
édition antérieure. T. de L. 



Expositions de l'ancienne Académie de 
peinture et de sculpture (V, 84). — 



M. Gault de Saint-Germainy'^dans son ou- 
vrage intitulé : Les trois siècles de la Pein- 
ture en France, ou galerie des peintres 
français, depuis François l^^ jusqu'au 
règne de Napoléon, empereur et roi, etc, 
Paris, Belinjîls, in-?>^, 1808, reproduit, de 
la page 68 à la page 77, après avoir parlé 
de la Fondation de V Académie royale de 
peinture et de sculpture, et donné la no- 
menclature de quelques brochures criti- 
ques sur les Salons, la liste des tableaux 
et pièces de sculpture expose:^ dans la cour 
du Palais Royal par Messieurs les pein- 
tres et sculpteurs de l'Académie royale, 
(en 1673). 

Cette liste est accompagnée de qua- 
torze notes explicatives ou rectificatives 
de Gault de Saint-Germain. 

Nous possédons cet ouvrage, qui est 
aujourd'hui, croyons-nous, assez difficile 
à trouver chez les libraires ou dans les 
ventes. Si M. J.-J. G. désire le consulter 
et ne peut se le procurer, qu'il nous donne 
son nom et son adresse, et nous nous fe- 
rons un véritable plaisir de le lui commu- 
niquer. 

Nous avons bien aussi : i» presque toute 
la collection des anciens livrets des expo- 
sitions de l'Académie royale de peinture 
et de sculpture ; 2® un certain nombre de 
ces livrets en double et en triple exem- 
plaire; et 3® une trentaine ou une quaran- 
taine de critiques des anciens Salons de 
peinture; mais nous n'avons pas, en ce 
moment, le temps de faire la confrontation 
et la révision que demande M. J.-J. G. 
Si plus tard, c'est-à-dire dans environ 
deux mois, il a encore besoin de notre 
bien modeste concours, nous nous mettrons 
très-volontiers à son service. 

J. T.-L. 



Numérotage des maisons (V, 88). - 
Cette question a été traitée ex-professo 
par M. Ch. Merruau, membre du conseil 
municipal de Paris, dans un rapport fait 
au Préfet de la Seine, au nom d'une com- 
mission chargée d'étudier les améliorations 
qu'il serait possible d'apporter à la nomen- 
clature des rues et au système en usage 
pour le numérotage des maisons. Comme 
ce document ne se trouve pas dans le com- 
merce et que M. R. de C. aurait peut-être 
quelque peine à se le procurer, je transcris 
ci-dessous, malgré son étendue, un pas- 
sage contenant le renseignement de- 
mandé : 

a C'était une amélioration bien simple en 
apparence et bien utile, à coup sûr, que 
d'inscrire un numéro d'ordre au-dessus de 
la porte de chaque maison, et d'épargner 
ainsi à chacun la peine de retenir de mé- 
moire des adresses descriptives, compli- 
quées et changeantes. Cependant on ne 
parut guère y songer sérieusement que 
dans le cours du XVIII« siècle, et la Ré- 



«• io5.] 



L'INTERMEDIAIRE 



25x 



2 52 



volutîôn seule eut la puissance d'en com- 
mencer efficacement la réalisation. — La 
première trace de Tintervention adminis- 
trative en cette matière se trouve dans 
l'art. 3 de la déclaration du 29 janvier 
1726, qui prescrit le numérotage des 
portes cochères et charretières; mais pour 
faciliter le recensement des maisons des 
faubourgs et pour empêcher que de nou- 
velles constructions puissent s'élever sans 
autorisation. L'opération devait être faite 
sous la direction du Trésorier de France» 
qui exerçait les fonctions de Grand- Voyer, 
et par les officiers du Bureau des Finances 
de la Généralité de Paris, concurremment 
avec le Bureau de la Ville. Cette mesure, 
qui gênait les constructeurs de maisons, 
éveillait en outre les craintes des contri- 
buables, toujours prêts à prévoir l'établis- 
sement de quelque nouvel impôt à la suite 
d'un recensement ; elle paraît n'avoir reçu 
tout d'abord qu'une exécution très-incom- 
plète. Des actes de 1740 et de 1765 en re- 
nouvelèrent les dispositions avec un peu 
plus de succès, — En feuilletant la collec- 
tion de VAlmanach royal, on trouve en 
effet, de 1757 à 1775,1 indication de quel- 
ques maisons situées dans les faubourgs 
et portant des numéros. Ce sont les adresses 
de quatre ou cinq conseillers à la Chambre 
des Comptes, observateurs plus scrupu- 
leux peut-être que d'autres personnages 
des prescriptions émanées du Trésorier de 
France. Une lettre de Voltaire du 12 mars 
17^5, porte pour suscription: a A M. Mo- 
« rin, censeur royal, rue du Faubourg-du- 
a Temple, n» 14, à Paris. » Vers la même 
époque, diverses tentatives furent faites, 

fjrobablement par des particuliers, avec 
'encouragement de l'administration pari- 
sienne, pour étendre le numérotage aux 
maisons de la ville proprement dite. Dans 
un Almanach des Six Corps, Arts et Mé- 
tiers, publié en 1769, une colonne est ré- 
servée en blanc pour inscrire, sans doute à 
la main, les numéros des maisons; un seul 
numéro y est imprimé, celui de la maison 
du sieur Advernier, dessinateur, demeurant 
rue de Grenelle-Saint-Honoré, n® 64. VAl- 
manach royal de 177 1 mentionne l'adresse, 
rue du Four-Saint-Honoré, n® 90, d'un 
inspecteur de police pour le quartier des 
Halles. — Ce ne sont pas les seuls exem- 
ples d'adresses avec numéros que l'on 
pourrait citer comme datant du milieu du 
siècle dernier. Il en fut apposé certaine- 
ment un assez grand nombre; mais la me- 
sure ne fut pas générale, et le commerce 
ne l'accueillit guère mieux que la noblesse. 
D'où venait une résistance si universelle 
et si prolongée? Mercier s'en explique, 
en 1781, sous cette forme satirique : « On 
a avait commencé, dit-il, à numéroter les 
a maisons des rues; on a interrompu, je 
a ne sais pourquoi, cette utile opération, 
tt Quel en serait l'inconvénient? Il serait 
a plus commode et plus facile d'aller tout 



« de suite chez M»' un tel, n» 87, que de 
o trouver M. un tel. Au Cordon bleu ou 
ik A la Barbe d*Arkent, la quinzième porte 
a cochère à droite -ou à gauche après telle 
a rue. Mais les portes cochères, dit-on, 
« n'ont pas voulu permettre que les in- 
a scripteurs les numérotassent. En effet, 
a comment soumettre l'hôtel de M. le 
o Conseiller, de M. le Fermier-général, 
o de Monseigneur l'Evêque à un vil nu- 
o méro, et à ouoi servirait son marbre or- 
« gueilleux? Tous ressemblent à César, 
a aucun ne veut être le second dans Rome, 
a Puis, une noble porte cochère se trou- 
tt verait inscrite après une boutique rotu- 
« rière. Cela imprimerait un air d'égalité 
« qu'il faut bien se garder d'établir. » 

a L'explication pouvait être fondée, mais 
ce n'était pas la seule vraie. Peftt-être les 
Parisiens, prompts à s'inquiéter, crurent- 
ils à tort que la mesure cachait quelque 
pensée fiscale... Vinrent 1789 et la prise 
de la Bastille; bientôt après, le numéro- 
tage des maisons fut déclaré obligatoire: 
il s'agissait clairement, cette fois, de faci- 
liter le recensement des citoyens, la répar- 
tition exacte de l'impôt, l'établissement 
des rôles de la garde nationale. Toute op- 
position tombait devant l'irrésistible auto- 
rité des pouvoirs d'alors... » 

La suite de cette partie du rapport a 
plus particulièrement trait aux moyens 
d'exécution et ne répond plus à la question 
posée par M. R. de C. 

Joc'h d'Indret. 



Le marquis de Lagrange, intendant 
d'Alsace (V, 88). — Oii trouver des détails 
sur ce personnage, demande-t-on? Aux 
archives du Dépôt de la guerre. A chaque 
volume il y a une table où se trouvent 
indiqués les noms des personnages. Il 
existe là de nombreuses lettres de M. de 
la Grange et d'autres adressées à cet in- 
tendant. On trouve également des rensei- 
gnements sur les ancêtres de cette famille, 
dans les Vieilles familles de Paris, p. bzg, 
aux archives de l'Arsenal, ainsi que dans 
les Epitaphiers, Le plus ancien document 
que nous ayons trouvé par hasard sur les 
Lagrange mentionne une Dame Pier- 
relie, dame de la Grange, jadis la fenoime 
de Messire Geoffroy Paquaire^ chevalier, 
mort en i323. 

Le deuxième document avant l'inten- 
dant signale un sieur Jean de la Grange^ 
seigneur de Coudray, contrôleur général 
des adjudicataires des cinq grosses fermes 
de France, mort en août 1627, marié à 
Marie Oudart et enterré à St-Médéric. 

Ce Lagrange était père de l'intendant 
d'Alsace. Capitaine Iung. 



Loavois (V, 88). — On demande où Ton 
peut vérifier le portrait de ce ministre de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo mai 1869. 



253 



254 



la guerre. Mais tout simplement au musée 
de Versailles au 3" étage, à la galerie de 
portraits. 3« salle. I. 

— M. E. pourrait utilement, pour les 
recherches entreprises par lui, consulter, 
à la Bibliothèque nationale (Département 
des Estampes), les cartons de portraits 
classés dans Tordre alphabétique du nom 
des personnages représentés. 

Parmi les divers portraits connus, re- 
produits par la gravure, de F.-M. Letellier, 
marquis de Louvois, j'ai plusieurs fois eu 
entre lès mains, dans mes recherches chez 
les marchands d'estampes, le beau por- 
trait in-folio {rare) gravé au burin par Vav 
Schuppen — (que M. E. D., pourrait bien 
certainement voir à la Bibliothèque, en 
demandant communication de 1 œuvre 
gravé de ce maître), — et trois ou quatre 
autres pièces moins remarquables, mais 
non pas sans mérite, gravées par Landry 
(in-folio), par Desrochers ^ Gaillard^ etc. 
(in- 8°). 

On devrait aussi, j'imagine, trouver quel- 
que ancien portrait de Louvois, à l'Hôtel 
des Invalides, — dont ce ministre, comme 
chacun sait, fut le donateur. Son nom, 
pour qui sait lire, s'y lit encore, je crois, 
figuré dans les ornements de la façade (Pe- 
tites têtes de loup, la gueule ouverte et 
servant de lucarnes : Loup voit). 

Ulric. 



M. Thiers ennemi des chemins de fer 

(V, io5). — M. Thiers raisonnait alors 
comme tout le monde, a mécaniciens, 
hommes d'Etat et public, » a écrit et ra- 
conté souvent feu M. Perdonnet, Tancien 
président populaire de l'Association poly- 
technique. Le ministre des travaux pu- 
blics de 1834 (M. Thiers) fit un voyage en 
Angleterre pour visiter le chemin de Li- 
verpool; à son retour, montant à la tri- 
bune, il dit : a II n'y a pas aujourd'hui 
huit ou dix lieues de chemin de fer en 
construction en France, et, pour mon 
compte, si on venait m'assurer qu'on 
en fera cinq par année, je me tiendrais 
pour fort heureux. Il faut voir la réalité : 
car, même en supposant beaucoup de suc- 
cès aux chemins de fer, le développement 
ne serait pas ce que l'on avait supposé. » 
Un ministre des finances prétendait que 
le prix élevé du fer, en France, serait un 
obstacle invincible à la construction des 
voies métalliques, comme si la plus grande 
dépense des chemins de fer était celle des 
rails. Un illustre savant, Arago, s'eifrayait 
des souterrains inévitables dans le tracé 
des chemins de fer. « On rencontrera, disait- 
il, dans les tunnels, une température de 
8 degrés Réaumur, en venant d'en subir 
une de 40 ou 45. J'affirme, sans hésiter, 
que, dans ce passage subit du chaud au 
froid, les personnes sujettes à la transpira- 



tion seront incommodées, qu'elles gagne- 
ront des fluxions de poitrine, des pleuré- 
sies, des catarrhes. » Vous croyez que je 
Î>laisante, ajoutait ici M. Perdonnet, lisez 
e Moniteur^ le Moniteur qui ne ment ja- 
mais, ou presque jamais Un député 

repoussait les chemins de fer pour la 
France, parce que, suivant lui, le terrain 
y est plus montagneux qu'en Angleterre. 
« Les remblais, disait-il, glisseront sur le 
flanc des montagnes. » Ce brave homme 
était député des Hautes- Alpes, et il ne 
voyait dans toute la France que son dépar- 
tement. » {Les chemins de fer ^ in- 16, 1866 ; 
Notions générales sur les chemins de fer ^ 
in- 12, 185^.) 

Quand il racontait tout cela de son air 
bonhomme, feu Perdonnet ajoutait dans 
l'intimité : a Je suis vengé ; mes opposants 
sont les plus forts actionnaires de nos 
compagnies de chemins de fer. » 

A. DUREAU. 



< L'Enrhumé » de Béranger (V, 1 14). — 

Mais le papa, qui tient la dot. 
Traita sa lille comme Loth. 

Ces vers (que je connaissais déjà par ouï- 
dire) se trouvent dans le volume Tarlier, 
Après la seconde condamnation de Béran- 
ger, on publia par souscription une nou- 
velle édition illustrée de ses œuvres, en 
trois volumes in-12. Un quatrième volume 
avec la rubrique « Bruxelles, chez Tarlier » 
fut remis aux souscripteurs, je suppose 
avec quelque précaution, car il contenait 
les chansons ou couplets condamnés, la 
clef des initiales et des points, et des chan- 
sons trop erotiques pour avoir jamais 
essayé de paraître publiquement. (Je vo- 
lume présente donc une tout autre garan- 
tie d'authenticité que les nombreuses bro- 
chures de l'époque, intitulées: «Chansons 
inédites de Béranger, » et qui toutes en 
contenaient bon nombre qui n'étaient pas 
de lui. Il est évident que Marchangy con- 
naissait ces deux vers, lorsqu'il incrimina 
si vivement les points qui les remplaçaient, 
et probablement n'ëtaient-ils non plus 
ignorés ni des magistrats, ni des jurés, ni 
de l'avocat. Cependant M. Dupin essaya 
un peu de faire croire à ceux-ci : 

Que dis-je, moi, j'en suis certain : 
Mais les ultras n'en croiront rien. 

Venait-il de les improviser, comme il le 
dit ; où Béranger les avait-il faits lui-même 
après coup, pour le besoin de son procès? 

O. D. 



« Catalogne des tableaux de mon ca- 
binet » (V, 114). — Le propriétaire de 
ce cabinet était le conseiller François 
Tronchi», de Genève (1704- 1798), dont il 



N» io5.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



255 



2 56 



a été question ici-même (II, 654). Voici 
les détails que donne à ce sujet M . J .-J . Ri- 
gaud, dans son excellent ouvrage, pro- 
bablement peu connu en France, intitulé 
Recueil de renseignements relatifs à la 
culture des beaux-arts à Genève : « M. le 
« conseiller François Tronchin, des Délices, 
« avait réuni, dans ses voyages en France, 
a en Hollande et en Angleterre, une fort 
« belle collection de tableaux de maîtres ; 
« elle contenait près de 200 ouvrages. L'im- 
a pératrice de Russie, Catherine, désira en 
a faire l'acquisition, et M. Tronchin con- 
« sentit à la lui vendre. Les principaux 
a tableaux de ce cabinet figurèrent dès lors 
a au palais de TErmitage à Saint-Péters- 
a bourg. — M. Tronchm réunit plus tard 
« une seconde collection, à la composition 
a de laquelle il consacra le reste d'une 
a longue vie, vouée à la culture des 
« beaux-arts. La nature l'avait doué de 
« ce tact fin des connaisseurs qui le ren- 
« dit un juste appréciateur des œuvres 
a,de l'art. Son second cabinet fîit princi- 
« paiement composé de tableaux achetés 
« en Hollande et en Westphalie. Il conte- 
a nait près de 240 ouvrages de maîtres 
« tant anciens que modernes. M. Tronchin 
« le mettait à la disposition des artistes, 
a toujours accueiUis de la manière la plus 
a aimable aux Délices. Il le lé^a à son 
« neveu M. Jean-Louis-Robert Tronchin. 
« — Cette collection fut vendue à Paris 
« en mars i8oi. Quelques-uns des tableaux 
a de maîtres anciens ûirent achetés pour 
« la Malmaison. Le catalo^e en a été im- 
« primé et se trouve à la Bibliothè<|ue pu- 
« blique, avec l'indication (manuscnte) djes 
a prix d'adjudication. Il contient la li^te 
« de 226 tableaux, parmi lesquels il y 
« avait des Berghem, Breughel, Gérard 
« Dow, Denner, Karle du Jardin, Van der 
a Helst, Albert Kuip, Murillo, Fr. Mieris, 
a Rubens, Schalken, Ph. Wouwermans, 
« Téniers, etc. Les circonstances dans les- 
« quelles se faisait cette vente étaient très- 
a peu favorables ; aussi M. Tronchin se 
a décida-t-il à retirer des enchères 2 5 ta- 
« bleaux capitaux, qui ont formé la base 
o d'un nouveau cabinet. » (Mémoires et 
documents publiés par la Société d* histoire 
et d^ archéologie de Genève^ t. VI, p. i5.) 
— Ainsi le catalogue, daté de 1780, sur 
lequel on demande des détails, aoit être 
celui de la première collection formée par 
M. Tronchin. Th. D. 

Pourquoi le dixième quatuor de Beetho- 
ven était-il connu à Vienne sous le nom 
de < Quatuor des harpes? > (V, 1 14.) -— Ce 
quatuor est mentionné ainsi qu'il suit dans 
le catalogue très-détaillé qui termine l'ou- 
vrage de M. de Lenz: « Beethoven et ses 
trois styles, » t. II, p. 107: 

a Op. 74, quatuor (io«) pour 2 violons, 
« alto et violoncelle, mi bémol, dédié au 



a prince Lobkowitz , duc de Raudnitz, 
a appelé communément en Allemagne qua- 
t tuor pour harpe à cause des pizzicatos 
« du i«f allegro. Œuvre capitale. » 

Dans le commentaire sur la sonate Quasi 
fantasia^ op. 27, (t. I,p. 161), M. de Lenz 
avait déjà dit : 

« On raconte à Vienne que Beethoven, 
o amoureux de W^ Guicciardi, aurait im- 
« provisé l'adagio (de la sonate, op. 27), 
tt sous la tonnelle d'un jardin. De là le 
«I nom de Lauben-sonatCy comme l'appel- 
« lent quelques exclusifs. Nous goûtons 
a peu cette version de l'imagination vien- 
a noise qui est ce qu'il y a de moins 
a poétique au monde. Tout est conven- 
a tion à Vienne, et les artistes s'y croient 
a très-avancés quand ils mettent partout 
a les points sur les i. On passe pour con- 
o naisseur à Vienne, quand on appelle le 
a trio de Beethoven en ré majeur, (op. yo] 
« le Geister-triOy parce que la Woffs- 
a schlucht de Weber a de la connexitc 
« avec le largo. L'Allemagne est ainsi faite. 
« Le quatuor de Beethoven, (op. 74), y 
a porte le nom de har/en-quartetty à cause 
a des pi!j[!ficati du premier allegro, et gare 
a à qui ne rappelle pas ainsi! » 

G. R. 



La licorne, le phénix (V, 118). — Les 
cornes de licorne conservées dans les col- 
lections d'objets curieux ou magiques du 
moyen âge ne sont que des dents du cétacé 
appelé narval. — Les plumes de phénix 
sont les plumes du faisan doré de la Chine, 
alors inconnu en Europe. 

(Versailles). R. de S. 

— Simon Goulart, le docte commenta- 
teur de la Sepmaine de Du Bartas, dit 
(p. 238 de l'édition de^ Œuvres complètes 
de ce dernier, 161 1): a Plusieurs estiment 
qu'il en prend de cet oiseau comme de 
ce que l'on récite de la licorne, assavoir 
qu'il n'y a point de tels animaux en nature : 
ains que d'un ouy-dire les hommes sça- 
vans ont pris occasion de s'ébattre en des 
discours bien tissus. » Goulart, dans cette 
même page, cite sur le phénix Ovide, 
Pline, Tacite, Aristote, Euripide, Lucrèce, 
Solin, Elien, TertuUien, Cyrille, saint 
Ambroise, Lactance, Pierius Valerianus 
{Hiéroglj^phiques, livre 20), et Belon qui, 
a au dernier chapitre du 6« livre de la Na- 
ture des oiseaux discourt amplement du 
phénix. » On trouvera d'innombrables cita- 
tions sur ce fabuleux oiseau, dans un mé- 
moire spécial de Larcher (Recueil de F Aca- 
demie des inscriptions, nouvelle série, 1. 1, 
181 5). Sur le phénix et la licorne, voir 
passzm le petit livre de M. Ferdinand 
Denis : Le monde enchanté, cosmogra- 
phie et histoire naturelle fantastiaues du 
moyen-âge (1843). Voir sur la licorne, 
dans le Journal des Savants de 1845, des 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



257 



258 



[10 mai 1869 



pages bien intéressantes (273 à 280) du 
grand orientaliste Et. Quatremère, qui 
résume là à peu près tout ce que Ton a 
écrit sur cet animal, mais qui ne se pro- 
nonce ni pour, ni contre son existence. 

T. DE L. 

~ Que la licorne et le phénix soient des 
animaux fabuleux, la chose est bien cer- 
taine; mais je crois que Ton pourrait ad- 
mettre, comme règle à peu près générale. 




baleines; ni le dragon, s*il n'avait pas 
existé des boas, des vipères, des vautours, 
des crocodiles et des putois : car le dragon 
tient de toutes ces bêtes à la fois. Lorsque en- 
suite les relations s'étendent, que les con- 
naissances augmentent et que Ton vient à 
connaître mieux Tanimal que des relations 
mensongères avaient rendu fabuleux, la 
fable n*en persiste pas moins. On en est 
quitte pour reculer, vers des lieux plus 
déserts et encore inconnus, la patrie du 
monstre, et il n'est pas sans exemple qu'on 
Vy trouve en effet, réduit à des propor- 
tions plus modestes. On peut présumer 
que c'est le paon, cet oiseau qui, malgré 
tant de nouvellesdécouvertes, reste encore 
le plus beau et le plus riche de tous, qui 
a donné lieu à la fable du phénix. Puis 
quand le paon a été répandu partout, et 
qu'il a fallu renoncer à son histoire fabu- 
ieuse, on aura relégué sa patrie derrière 
les sables de l'Arabie ; et, en même temps, 
on auraacceptécomme plumage de phénix, 
celui de quelque oiseau encore inconnu, 
que des voyageurs rapportaient des extré- 
mités de l'Asie et de l'Afrique. Le « pana- 
che de plumes du phœnix » du Grand- 
Seigneur pouvait fort bien être un oiseau 
de paradis. Quant à la licorne ou unicorne, 
si probable qu'il soit que c'était le rhino- 
céros, ce ne sont pas les cornes de cet ani- 
mal qui étaient acceptées au seizième 
siècle pour cornes de licorne, et payées, à 
ce titre des prix extravagants (Benvenuto 
Cellini en cite une qui avait coûté au pape 
vingt-sept mille ducats), c'étaient des dé- 
fenses du narwal, espèce de baleine. « Sa 
tête est armée extérieurement d'une dé- 
fense qui est cannelée en spirale, comme 
tordue dans toute sa longueur, et finissant 
en pointe ; cette défense est longue de 
sept pieds et davantage... Cette déiense... 
imite l'ivoire; mais on peut l'en distinguer, 
tant parce que ses fibres sont plus déliées, 
que parce qu'elle est plus solide, plus pe- 
sante que 1 ivoire et n est pas si sujette à 
jaunir.... C'est cette défense osseuse que 
l'on voit depuis longtemps dans les cabi- 
nets des curieux, sous le nom de corne de 
licorne..., La licorne Quadrupède est un 
animal fabuleux. » ( Valmonl de Bomare). 
Ce naturaliste dit ailleurs: « M. le prési- 
dent Ogier, ci-devant ambassadeur de 



France à la cour de Danemarck, a fait 
faire des cannes à main de cette sorte d'i- 
voire. Nous avons observé qu'elles sont 
aussi blanches, luisantes, dures, et aussi 
pesantes que si elles eussent été d'ivoire 
ordinaire ou d'éléphant. » Il est à croire 
qu'alors elles ne valaient plus vingt-sept 
mille ducats. J'ai vu à notre Muséum 
d'histoire naturelle plusieurs de ces défen- 
ses de narwal et aussi une canne, peut- 
être de celles que M. Ogier avait rappor- 
tées de Copenhague. O. D. 



Noms de villes devenus ridicules (V, 

i35). — Les articles de M. Monselet sur 
ce sujet se trouvent réimprimés dans son 
volume De Montmartre à Séville (in-12, 
Ach. Faure, i865). Il y établit que la 
phrase : « Il y aura du bruit dans Lander- 
neau » est tirée de la pièce Les Héritiers , 
d'Alexandre Duval, où elle se produit plu- 
sieurs fois avec un effet comique dans la 
bouche du domestique Alain. On a mis 
des variantes à cette locution, telles que : 
a On en parlera dans Landerneau. — 11 
en sera question dans Landerneau, etc. » 
11 faut en reporter le sens, ainsi que la sail- 
lie d'Alexandre Duval, à l'importance 
réelle de Landerneau dans les temps an- 
ciens, et à la réputation d'expérience et de 
sagesse dont jouissaient ses habitants. 

Et plus loin : « Qui le croirait? C'est du 
bon, de l'inoflFensif La Fontaine que Quim- 
per-Corentin a reçu son premier sarcasme. 
La fable du Charretier embourbé com- 
mence ainsi : 

Le phaéton d'une voiture à foin [loin 

Vit son char embourbé. Le pauvre homme était 
De tout humain secours : c'était à la campagne^ 
Près d'un certain canton de la Basse-Bretagne 

Appelé Quimper-Corentin. 

On sait assez que le Destin 
Adresse là les gens auand il veut qu'on enrage. 

Dieu nous préserve du voyage ! » 

Pour extrait : 
J. R. 



Huguenot (V, 1 39). — Il est bon de con- 
naître toutes les opinions, quand on"veut 
parvenir à trouver la vérité sur un point 
en litige ; c'est pourquoi nous communi- 
quons ci-dessous à nos amis de Vlntermé- 
aiaire l'extrait suivant d'un petit volume, 
aujourd'hui bien oublié, du poëte H. De 
Latouche : 

a Quelqu'un nous saura peut-être gré 
de donner ici l'étymologie, tant de fois 
contestée, de ce nom de Huguenot. Nous 
ne croyons point qu'il la faille chercher 
dans ces deux mots d'un idiome suisse, 
hens quenaux^<\Vi\ signifient gens séditieux 
et révoltés, ni dans cette dénomination de 
eidgenossen, par laquelle les cantons dési- 
gnent leur alliance, et qui veut dire confé- 
dérés, ligués ensemble ; mais elle appar- 



N* io5.] 



L'INTERMEDIAIRE 



259 



260 



tient à une superstition de la ville de 
Tours. 

u Le roi Muguet y passe pour un de ces 
lutins qui se promènent la nuit avec de 
grands bruits. Il remplace, pour les Tou- 
rangeaux, le Moine bourru^ qui effraye 
les Parisiens; le Mulet Odet, qui rôde 
dans Orléans; le CroquetadOy qui court 
les rues de Toulouse, et le Goblin^ qui 
erre autour des murailles de Caen. 

tt Les nouveaux religionnaires n*osant, 
au commencement de la Réformation, s'as- 
sembler que dans les ténèbres et les lieux 
reculés et obscurs, le peuple les appela 
huguenots y c'est-à-dire suivants du roi 
Huguet. 

* Les opprimés adoptèrent ce nom et 
s'en firent un titre de gloire, etc. » (H. Db 
Latouche. Olivier Brusson, Roman. Pa- 
ris y 1823. — Nouvelle édition ^ collection 
Michel Lévyy Paris y 1868. In- 12, pages 
258-259.) Ulric. 

A quelle date Louis XIV signa-t-il la 
révocatiou de l'Edit de Nantes 7 (V, 148.) 
— L'inscription mortuaire de Le Tellier, 
à Saint-Gervais, porte ceci : 

A l'âge de 83 ans^ le 3o octobre i665, 
8 jours après qu'il eut scellé la révocation 
de VEdit de Nantes.,, 

C'est donc le 22 octobre que fut scellé 
cet Edit. Voici d'autres lettres à l'appui. 
Le i5 octobre, Louvois écrivait à Le 
Tellier malade (vol. 750, Archives de la 
guerre) : J*ai lu au Roi la déclaration dont 
vous tn'ave:[ remis le projet et que Sa 
Majesté a trouvé très-bien. Vous verre:^ 
par la copie qui sera ci-jointe que Sa Ma- 
jesté y a fait ajouter quelques articles. 

Le i^ octobre, Louvois écrivait au 
chancelier son père que les ordres étaient 
partis pour l'enregistrement de l'Edit. — 
Ce doit être pour lundiy ajoute Louvois, 
(Vol. 75o, Archives de la guerre.) 
• Le lundi 22, la déclaration était enre- 
gistrée. 

Le 3o octobre, Le Tellier était mort. 

Donc c'est le 19 octobre que l'Edit a été 
signé, — un vendredi, — et le lundi 22 qu'il 
a été enregistré au Parlement. 

Capitaine Iung. 

— M. Henri Martin répond (page 38 du 
tome XIV de la dernière édition de son 
Histoire de France) : « Le roi signa l'Edit 
qui révoquait l'Edit de Nantes le 17 octo- 
bre i685, et non le 18, comme le disent 
les historiens. (Voit Mémoires à^ Foucault, 
page 294.) » MM. Bordier et Charton {His- 
toire de France y tome II, page 281) indi- 
quent aussi le 17 octobre, de même que le 
Dictionnaire Desfobry. Si M. Dreyss (C/rro- 
nologie universelle) a mis la révocation au 
22 octobre, c'est qu'il a adopté la date de 
l'enregistrement de TEdît rendu à Fontai- 
nebleau cinq jours auparavant. 

EuQiORRAL. 



Le beau est la splendeur da vrai 
(V, i56). — La correction de M. J. P. est 
fort ingénieuse, et il n'y a rien d'extraor- 
dinaire à ce que, grâce à cette malencon- 
treuse prononciation romaïque qu'il n'est 
heureusement plus question de rétablir. 

on ait confondu entre eux fô{a, iBéa, stSuTa, 

i3ea et même utea. 

Y a-t-il un seul texte, manuscrit ou im- 
primé, qui autorise uiéa? Je ne le crois pas, 
et M. J. P. réclame avec raison la pater- 
nité de cette découverte. Il est toujours 
téméraire de changer un texte, quand au- 
cun manuscrit ne vous v engage, quand 
tous au contraire sont a'accord, si je ne 
m'abuse, pour repousser la correction 
proposée, éette témérité s'accroît encore, 
quand il s'agit d'une leçon adoptée par 
les plus illustres hellénistes du XV I« siè- 
cle, la seule époque en France où Ton 
ait réellement su le grec. 

Mais enfin le succès récompense parfois 
la témérité, et nous pourrons classer la 
leçon de M. J. P. parmi celles qui méri- 
tent l'attention des commentateurs, si elle 
ne contrarie en rien, non pas les opinions 
que Platon a émises en d'autres ouvrages, 
mais l'ordre logique des idées exprimées 
dans ce dialogue-ci. Examinons briève- 
ment : 

tt Si le beau, dit Socrate dans la phrase 
qui précède immédiatement la citation de 
M. J. P., si le beau est la cause du bon, k 
bon serait donc produit par le beau. Et 
vraisemblablement, si nous volons à la 
poursuite de la sagesse et de toutes les 
autres belles choses, c'est que leur œu\Te 
et leur progéniture (tb ixyovov, en toutes 
lettres) le bon est l'objet de notre pour- 
suite, et il me semble, d'après ce que nous 
découvrons, que le beau joue à l'égard du 
bon le rôle d'un père. » — Qui ne voit au 
premier coup d'œil que si je traduis comme 
M. J. P. : a Le beau est le fils du bon, « 
je mets Platon, ou plutôt Socrate en con- 
tradiction aveclui-même? En effet,si le beau 
est la cause du bon, si le bon est produit par 
le beau, si le bon est la progéniture du beau, 
comment voulez-vous qu'il en soit le père? 
Car, comme le dit fort bien Socrate une 
ligne plus bas, et ici j'emprunte le fran- 
çais de M. J. P. : « Ne parlé-je pas d'or 
aussi en disant que le père n'est pas le 
fils, ni le fils le père? » Et comment 
M. J. P. qui nous recommande de ne pas 
confondre le fils avec le père, et récipro- 
quement, a puisque, a-t-il le soin d'ajou- 
ter, ils sont distincts l'un de l'autre, » est- 
il justement tombé dans l'erreur contre 
laquelle il nous met en garde? 

Conclusion: Impossibilité complète d'ad- 
mettre la correction proposée, et par suite 
de tirer de ce passage de VHippias a cette 
vérité, aujourd'hui proverbiale : « Le beau 
tt est la splendeur cfu bon. » 

Nota Bene, i® M. J. P. n*a-t-il pas 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo mai 1869^ 



261 



262 



commis une erreur en avançant que dans 
H. Estienne {Séa n'est pas accentué? J'ai 
sous les yeux le Platon de Bâle (ap. Hen- 
richum Pétri, i533) et l'édition d^H. Es- 
tienne (1578, tom. III, p. 297, lettre B), et 
dans ces deux textes Qéa est accentué, 
tel que je Técris. 

2<> La traduction « ad bonum, » repro- 
duite par Tédition Didot est de Marsile 
Ficin. 

3® Yiéa est un accusatif excessivement 
rare, tellement rare, que M. Sommer n'a 
pas osé l'admettre. (Cours complet de 
grammaire grecque , Hachette , 1862 , 
page 41.) Il n en existe à ma connaissance 
qu'un seul exemple dans Homère. Peut- 
on croire que Platon se fut servi d'un mot 
presque inusité en poésie, complètement 
inusité en prose? F.-T. Blaisois. 



Deiizyers de Victor Hugo (V, 177). — 
Le dernier vers fait allusion à celui-ci, de 
Boiieau (Epitre VI, à M. de Lamoignon) : 

Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait 

[fui. 

Nous ne sommes pas à Auteuil, mais 
plutôt à Hautile, près la Roche-Guyon. 

Les vers de Voltaire auxquels fait allu- 
sion M. S.-D. se lisent ainsi (Epître à 
Despréaux) : 

Je vis le jardinier de ta maison d'Âuteuil 
Qui chez toi pour rimer planta le chèvrefeuil. 

P. RiSTELHUBER. 

— Le grand poëte a sans doute voulu se 
nioquer agréablement du poëte du bon 
sens, disant de lui-même : 

Tantôt, un livre en main, errant dans les prai- 
J'occupc ma raison d'utiles rêveries; [ries, 
Tantôt, cherchant la fin d'un vers que je gon- 

[strui, 
Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait 

[fui. 

Il est de fait que l'allusion à ce coin de 
bois n'est pas rendue fort claire par le 
a vieux branchage austère. » Mais quoi 1 
tous les poètes ne se donnent pas, comme 
le pauvre Despréaux, la peine de chercher 
la fin des vers qu'ils construisent. Va pour 
«( branchage... austère\ » et faisons-en 
tomber des rimes pour le pauvre monde. 

I^a rime est une esclave, elle doit... commander! 

V. O. 

— Même réponse de MM. U. et C. C. 



La lettre « X • (V, 1 77). — Selon Priscien, 
les Latins empruntèrent la lettre X aux 
Orecs; auparavant, ils la remplaçaient 

■par csy comme ceux-ci avant Simonide, 

par xa et y^» 



Plusieurs auteurs attribuent l'invention 
de ce signe à l'empereur Claude. 

Comme lettre numérale, dans les chiffres 
romains, on exprime le nombre 10,000 par 

la simple lettre X surmonté d'un trait hori- 
zontal. Couché ainsi X, il se prenait pour 
1,000. On trouve encore, X. MILL, dé-^ 
cent milliay dix mille. 

Quant au signe X employé pour dési- 
gner l'inconnu, il est certain jque cette 
acceptation est de pure convention et ne 
se rapporte à aucune étymologie. 

TiGULLE. 



Donné (V, 1 78). — Dans les monastères, 
on appelait donnés ou oblatSy en basse lati- 
nité dati^ donatiy oblati : i*» des gens qui 
par dévotion se donnaient aux abbayes 
avec leurs biens et obéissaient aux supé-^ 
rieurs, mais sans faire profession ; lorsqu'ils 
prenaient cet engagement ils se mettaient 
autour du cou la corde de la cloche, po- 
saient leur tête sur l'autel ou plaçaient des 
deniers sur leur front; 2® des stropiats 
ou soldats. (Voir le Dictionnaire de Du- 
cange, le Dictionnaire de Trévoux etc.) 
Pendant les XIII«, XI V« et XV« siècles, on 
désignait les bâtards, les enfants de l'a- 
mour illégitime par ces mots charmants 
donnée donnée^ en basse latinité donatuSy 
donata. Cette dernière acception n'est pas 
mentionnée par les lexicographes ; serait- 
elle particulière au Lyonnais? 

(Lyon). V. de V. 

— On appelle donné, à la Trappe, un sé- 
culier qui travaille avec les frères et, en 
échange de ses services, reçoit le logement, 
la nourriture et le vêtement. Les donnés 
ne sont astreints qu'aux jeûnes d'Eglise et 
non aux jeûnes d ordre. Vivant dans l'in- 
térieur du monastère, ils font maigre toute 
l'année, mais ils peuvent manger du pois- 
son, des œufs et des légumes accommodés 
au beurre, toutes choses interdites aux re- 
ligieux. Ils portent le costume sécuUer et 
peuvent se retirer quand ils le veulent. Ils 
ont part aux mérites spirituels de la com- 
munauté. On les appelle frères, mais ils 
portent leur nom de famille et leurs noms 
de baptême, tandis que les religieux ont un 
nom de religion. R. de S. 

— Voici la note de M. Chéruel, dans 
l'édit. in 8®, t. II, p. 207 : a On appelait 
donnés des séculiers qui se consacraient au 
service d'un monastère. Ils portaient quel- 
quefois le nom d'oblats, » En effet, le mot 
latin oblatus, offert, peut aussi se traduire 
par donnée dès que l'effet a suivi l'offre. 
Cette édition in-S® de Saint-Simon (égale- 
ment de Hachette), écrit Chanvier et non 
Chauvier. O. D. 



Réponse d'un courtisan à Louis XIV 



N« io5.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



263 



— 264 



(V, 1 79). — On lit dans les Mémoires de j 
Saint-Simon, au chapitre des Bons mots 
du cardinal d'Estrées (page 1 64 du tome 
VII deréditionin-i2 donnée par M.Ché- 
ruel chez Hachette)-: « Un mot de lui au 
roi dure encore. Il étoit à son dîner, tou* 
jours fort distingué du roi dès qu'il parois- 
soit devant lui; le roi, lui adressant la 
parole, se plaignit de l'incommodité de 
n'avoir plus de dents. « Des dents! Sire, re- 
prit le cardinal, eh ! qui est-ce qui en a? «> 
Le rare de cette réponse est, qu'à son âge, 
il les avoit encore blanches et fort belles, et 
(}ue sa bouche, fort grande mais agréable, 
etoit faite de façon qu'il les montroit beau- 
coup en parlant; aussi le roi se prit-il à 
rire de la réponse, et toute l'assistance et 
lui-même qui ne s'en embarrassa point du 
tout. » 

De la plaisanterie du cardinal d'Estrées 
on peut rapprocher cette plaisanterie d'un 
autre cardmal, le cardinal de Polignac, 
laquelle est aussi rapportée par Saint- 
Simon (t. III, p. 227): « La pluie de Marly 
ne mouille point. » T. de L. 



Le général Menon (V, 193). — Est-i 
bien certain que ce soit par condescen- 
dance pour Bonaparte que Menou ait 
embrassé l'islamisme? M. L. L-t, auteur 
de l'art. Mewow, de la Biographie Didot,ne 
le pense sans doute pas, car, remarquant 
avec surprise que cet homme incapable, 
indolent, qu'il appelle a un extravagant, 
un fou, quelquefois assez amusant, mais 
un fléau pour tout ce qui dépendait de 
lui, » a toujours été employé quoiqu'il ne 
réussît à rien, il n'en donne pas d'autre 
raison que celle ci ; « L'affection de Bona- 
parte pour lui et son obstination à l'em- 
ployer vinrent de ce qu'à son départ 
d'Egypte, il lui était resté fidèle, et s'était 

Êlace constamment à la tête de ses amis. 
Bonaparte n'oubliait jamais les preuves 
d'attachement qu'il avait reçues, et voilà 
tout le secret de son incroyable condes- 
cendance pour lui. » Si Napoléon avait 
cru utile à sa domination sur l'Egypte que 
ses soldats embrassassent le mahométisme, 
on en aurait vu bien plus d'un exemple ; 
et je croirais plus volontiers qu'il était 
disposé à s'y opposer, car l'idée d'avoir 
un harem et de vivre en pachas aurait dû 
tenter sans cela un plus grand nombre de 
ceux qui le suivaient. La conversion de 
Menou ne paraît pas du reste avoir fait 
beaucoup d'effet sur ses nouveaux coreli- 
gionnaires. Le musulman Abdurrahman 
Gabarti dont on a un journal de l'occupa- 
tion française en Egypte, traduit par 
Alexandre Cardin, en dit seulement avec 
dédain: « Le général Menou, à l'arrivée 
des Français, avait feint de se faire musul- 
man et avait pris le nom d'Abdallah. Il 
s'était marié avec une femme musulmane.» ^ 



Cardin a aussi traduit une relation de 
notre expédition par un chrétien syrien, 
Mou-Allem-Nicolas-el-Turki. Celui-ci ne 
se montre pas plus indigné que l'autre n'est 
édifié. « Ce général avait épousé à Rosette 
une musulmane descendant du pro{)hète, , 
et avait embrassé l'islamisme. 11 signait 
ainsi : Celui dont le cœur est sincère, Ab- 
dallah- Menou, » 

PuisQue j'ai parlé de cette relation de 
Mou-Allem, peut-être et quoiqu'il ne s'a- 
gisse plus de Menou, ne sera-t-il pas hors 
de propos d'en citer un passage qui offre 
un exemple curieux de la manière dont on 
écrit Vhtstoire, a Le général Bonaparte... 
rapportait d'Egypte des richesses immen- 
ses en diamants, marchandises et en ar- 
mes de toute espèce. Il avait aussi un dro- 
madaire enharnaché, qui avait appartenu 
aux Mamelouks. A la nouvelle de son re- 
tour, les cinq chefs du gouvernement 
français décrétèrent que Bonaparte était 
un séditieux, q^u'il avait suscité des guer- 
res à la république ; qu'il serait dégradé, 
et monterait la garde comme simple sol- 
dat à la porte des assemblées. Mais à son 
arrivée à Paris, il se présenta aux cinq 
chefs du gouvernement, leur fit le rap- 
port de ce qui s'était passé en Egypte et 
les pria d'envoyer des renforts pour l'ar- 
mée française. On lui répondit que cela 
n'était plus son affaire, et on lui présenta 
le décret qui le concernait. Il s'y soumit, 
monta la garde à la porte du divan, jus- 
qu'à ce qu'il eut pris ses mesures pour le 
renverser. Le général Berthier, qui avait 
été son lieutenant en Egypte, et le général 
Murât attaquèrent les membres du divan 
et en tuèrent trois. Les deux autres furent 
épargnés: on prétend qu'ils étaient d'in- 
telligence avec Bonaparte. » Voici com- 
ment le 18 brumaire se racontait à Da- 
miette; et si tout n'en est pas faux, il faut 
convenir que la vérité y est drôlement 
habillée. 

M. V. de V., ne pose-t-il pas sa ques- 
tion en termes un peu trop timides? La 
page 426 du livre des Curiosités littérai- 
res aurait dû l'encourager, car on y lit: 
a Dans un de ses sermons, Barletta se de- 
mande comment la Samaritaine a pu re- 
connaître que Jésus-Christ était juif. Je 
réponds qu'elle a pu le reconnaître de trois 
manières ; i® A l'habit qu'il portait; 2® parce 
qu'il était Nazaréen; 3« parce qu'il était 
circoncis. » Serait-ce ce sermon de Bar- 
letta qui aurait inspiré Tanecdote du juif 
et du chrétien se disputant sur l'excellence 
de leurs religions? « Ton baptême, dit 
le juif, est depuis longtemps effacé. Mais 
moi, la marque de mon alliance avec Dieu 
est indélébile, et je pourrai la lui montrer 
quand je paraîtrai devant son trône. - 
Comment, impudent, riposte le chrétien 
scandalisé, et la Vierge qui sera là ! » Et u 
tombe à bras raccourcis sur son adversaire 
qu'il rosse d'importance , attendu que 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo mai 18G9. 



265 - 



266 



l'anecdote a été faite par un chrétien et 
non par un juif. 

Un inconvénient possible de la manière 
dont la question est posée sera de mettre 
la puce à l'oreille de tous ceux de nos cor- 
respondants qui ne savent pas ce que c'est 
que le Salamalec Lyonnais, Aussi est-ce 
par charité pour eux que je vais essayer 
de le dire. Les notables de Lyon, appre- 
nant qu'un ambassadeur turc, débarqué à 
Marseille, doit passer par leur ville, aéci- 
dent qu'ils iront lui faire compliment, 
seulement ils sont embarrassés sur les 
formalités à suivre vis-à-vis d'un seigneur 
turc. Probablement qu'alors Molière n'a- 
vait pas encore fait son Bourgeois gen- 
tilhomme^ dont la cérémonie aurait sans 
doute paru aux notables en question, ré- 
soudre toute difficulté. A défaut de cette 
ressource, ils s'avisent qu'il y a à Lyon 
un ancien Turc converti au christianisme. 
Voilà leur affaire, et ils courent lui deman- 
der avis. Le néo-chrétien, qui ne perd 
pas une si belle occasion de se faire valoir, 
se charge de les conduire, en leur recom- 
mandant bien de faire tout ce qu'ils lui 
verront faire. En effet, il s'en tire tort bien, 
trop bien mênie, car l'ambassadeur étonné 
de l'entendre parler si bien turc, lui de- 
mande où il l'a appris, et l'autre lui avoue 
la vérité. L'ambassadeur avait vu à Con- 
stantinople assez de renégats, pour ne pas 
douter qu'un chrétien pût se faire turc ; 
mais il lui paraît si invraisemblable qu'un 
musulman ait abjuré qu'il n'en croira rien 
si l'apostat ne lui en montre la preuve in- 
délébile, signalée par Barletta, et l'apos- 
tat, oubliant ce qu'il a recommandé aux 
notables, la lui administre sur-le-champ. 
Grande confusion des notables qui ne 
comprennent pas un mot du dialogue 
échangé entre les deux Turcs; mais croyant 
cette étrange cérémonie indispensable pour 
bien recevoir un ambassadeur ottoman, 
ils se résolvent, bien que fort à contre- 
cœur, à faire une exhibition générale. Ce 
qui cause une telle frayeur à l'ambassa- 
aeur, qu'il s'enfuit sans attendre la fin du 
comphment. 

Je sens parfaitement que M . V. de V . a le 
droit de me faire observer que voilà bien du 
bavardage pour ne pas répondre à une seule 
de ses questions. C'est vrai, mais la faute 
n'en est-elle pas à M. L. L-t., qui n'y ré- 
pond pas non plus dans tout un article 
biographique. Je me hasarderai pourtant 
à présumer que Menou a laissé son maho- 
métisme en Egypte et que s'il en eût fait 
profession à Paris, à Turin et à Venise, 
c'était un fait assez singulier pour que le 
biographe ne le passât pas sous silence. 
Quant au premier point, c'est plus diffi- 
cile à conjecturer, d'autant mieux que Ton 
assure que des renégats ont été parfois dis- 
pensés d'une opération douloureuse et qui 
peut n'être pas sans inconvénient chez 
les adultes. Et cependant je me pronon- 



cerais plutôt pour l'affirmation, par la rai- 
son que le mariage de Menou me parait 
avoir été le véritable motif de son aposta - 
sie, et qu'alors il est probable que la strie te 
exécution de la loi aura été réclamée par 
la petite-fille de Mahomet, que la chose 
intéressait au premier chef. O, D. 

Doit-on prononcer Montagne, ou Mon- 
taigne? (V, 198.) — Si je comprends bien 
l'article de M. F. -T. Blaisois, le principe 
fondamental que veut soutenir cet ingé- 
nieux correspondant est celui-ci : en fran- 
çais, tous les mots sonnent ainsi qu'ils sont 
écrits. Je crois le principe contestable. 
Pour ne citer qu'un exemple analogue^ à 
celui qui nous occupe, et où la lettre 2 ne 
sert qu'à mouiller gn^ je rappellerai le 
mot oignon^ lequel doit se prononcer 
ognon. Quelques personnes même retran- 
chent l'f et écrivent maintenant ognon, 
comme depuis longtemps on a retranché 
l'i de montaigne pour écrire montagne. Le 
cas est identiquement le même. 

Les vers de Jean de Meung cités par 
M. F.-T. B. me paraissent aller directe- 
ment contre sa thèse. Voici quelques 
exemples qui prouvent jusc^u'à l'évidence 
qu'en général l'f ne sonnait pas devant 
^w, à la fin du XV !« siècle, et que son ad- 
jonction orthographique n'était plus jugée 
indispensable par les typographes. Puis- 
que M. F.-T. B. dédaigne le témoignage 
des Gascons, même lorsqu'il s'agit d'un 
écrivain gascon, prenons nos citations dans 
des poètes d'outre- Loire. 

Je lis dans Du Bellay (édition de Harsy, 
Lyon, iSyS), (i) f« 297, r", ces quatre 
rimes : montaigne^ campaigne, accom- 
paigne, baigne^ lesquelles présentent l'i 
adoucissant. Le mot accompaigne nous in- 
diquerait déjà la prononciation, mais M. F.- 
T. B. estimera peut-être que baigne est 
favorable à son opinion; alors je lui cite- 
rai ces quatre autres rimes d'un même 
sonnet {Ï9 65, r») : campagnes, compagnes, 
bagnes', du verbe baigner), montagnes. 
Que si le mot bagnes le surprend, je lui 
citerai Desportes qui n'est pas non plus 
un Gascon, et qui fait rimer {Diane, I, 5) 
campagne avec se bagne-, je lui citerai 
encore de Du Bellay, f» 474, r°, et de Baïf 
PassetemSy 87, r®, desdaigne rimant avec 
accompagne, et de Régnier {Sat, V, 1 3o) 
ce même desdagne rimant avec campagne. 
Je lui citerai enfin Remy.Belleau faisant 
rimer (t. II, f*» 24, r«, édit. de 1592) cam^ 
pagne avec montaigne. 

(i) Pour ne pas m'exposer à voir traiter de 
gasconne Tédition de Lyon, j'ai voulu vérifier 
mes citations dans celle de Rouen, 1597. ^° 
ouvrant celle-ci, j'y ai rencontré ces rimes : 
fo 122, r" : stf baigne, campagne-, f* 391, r*: 

1 campaigne, baigne y Espagne, Allemaigne; 

! f» 402, r» : compagne^ campaigne, faccom- 

' pagne. 



N» loS.î 



L'INTERMÉDIAIRE 



267 



268 



II est inutile, le pense, de pousser plus 
loin ce relevé qu on pourrait étendre à l'in- 
fini. Je termine en répondant à la dernière 
Question de M. F.- 1. B. La famille de 
,a Chassaigne s'est perpétuée jusqu'à nos 
jours ; l'un de ses membres est mon plus 
proche voisin de campagne, et son nom se 
prononce si bien La Chassagne que tous 
ceux qui ne connaissent point l'orthogra- 
phe ancienne du nom l'écrivent aujour- 
d'hui sans i. Il en est de même du nom de 
l'ancienne fsLmïWe De Lamontaig'ney lequel 
se prononce De Lamonîagne. 

De tout cela et de ce quej'ai déjà avancé 
(IV, 391) il résulte pour moi que le nom 
de l'auteur des Essais se prononçait, de 
son temps, Montagne. Que l'on trouve au- 
jourd'hui plus élégante et plus française la 
prononciation Montègne^ c'est affaire de 
fantaisie et d'habitude : je n'y vois pas 
grand mal, mais il ne faudrait pas préten- 
dre appuyer cette prononciation sur une 
argumentation grammaticale sérieuse, et 
encore moins sur une tradition remontant 
au XVI» siècle. 
(Bordeaux). S. R. D. 

Le plus ancien livra avec privilège 
royal (V, 2o3). — Suivant Chevillier {Orig, 
de r imprimerie), le plus ancien privilège 
serait celui que Louis XII accorda en 1 307 
à Vérard pour l'impression des Epîtres de 
Saint Paul glosées ^n françoys. Le plus 
ancien privilège pour l'impression d'un livre 
publié à Lyon, est celui qui fut accordé 
par Louis XII à Jean de La Place, le 
3 juin 1 5 12, et qu'on lit :à .la fin des Leges 
JLongobardorum, Lugd., i5i2, in-4«. V. 



Mot attribué an peintre DaTid(V,23o). 

— David, jugeant les autres artistes d'a- 
près lui-même, a dû prononcer les paroles 
citées par Mercier et Louis Blanc. En 
voici d autres relevées dans V Histoire des 
Girondins, de Lamartine , L. XXII, v : 
a Le roi Louis XVI l'ayant reconnu dans 
le nombre de ceux qui se pressaient à la 
porte de la loge du logographe, lui de- 
manda s'il aurait bientôt fini son portrait : 
ce Je ne ferai désormais le portrait d'un 
o tyran, dit David, que quand sa tête po- 
a sera devant moi sur un échafaud. n Le 
roi baissa les yeux et dévora l'insulte. » -^ 
Est -il vrai que ces paroles aient été 
dites à un roi vaincu ? Pour en revenir au 
patriotisme, on sait que l'ami de V Ami du 
peuple, celui qui décora aux Tuileries k 
salle de la Convention^ peignit plus tard 
le premier consul, calme sur un cheval 
fougueux, et une certaine quantité de 
portraits de l'empereur. Il exécuta aussi, 
entre autres commandes pour la salle du 
Trône (toujours aux Tuileries) , la Distri- 
bution des aigles et le Couronnement, On 
lit dans le Dictionnaire de la France 



(Univers pittoresque) un fait emprunté au 
biographe de David, M. Miel, oui va nous 
montrer quel changement s'était opéré 
dans son esprit à l'égard de ses confrères ; 
« Le tableau du Couronnement, pemi pour 
la salle du Trône, excita une admiration 
très-vive et justifiée par les grandes beau- 
tés qu'il renferme. Lorsque l'empereur vit 
ce tableau il le considéra quelque temps 
sans rien dire, puis, après avoir félicité 
l'artiste : « David, dit-il en se découvrant, 
« je vous salue. — Sire, répondit David, 
« je reçois votre salut au nom de tous les 
« artistes, heureux d*être celui à qui vous 
a r adresse^, » — Que conclure ae toutes 
ces paroles plus ou moins historiques? 
C'est que la bassesse du caractère peut 
s'allier au génie artistique, c'est que l'on 
peut être à la fois un grand peintre et un 
fort petit esprit. Alph. L. 

Origine de l'hôtel GamaTalet (V, 23o).- 
Le texte de l'épitaphe de François de 
Carnavalet , tel o qu'on le voyait en- 
core, il y a peu d'années, gravé en let- 
tres d'or sur une table de marbre noir, au 
côté droit du chœur de l'église de Saint- 
Germain-l'Auxerrois, j> répondra péremp- 
toirement à cette question : 

FRANCISCO CARNEVENOEO, 

AftUOHIÇO. 

NOBIU AC SromWiO V,}|lO, 

CUl OB EXIMIAM VIRTUTEM JET MORVM 

INTEGRITATEM, 

HENRICUS II GALLURUM REX 

ET CATHARINA CONJUX, 

CARISSIMI FILII HENRICI PUERILEM 

ABTATEM INFORUANDAM 

COMMISERUNT. 

QUI BELLI PACISQ.UE ARTIBUS EGREGIE 

INSTRVCTUS; 

PORTITUDINIS ET PRVDENTIAE FAMA 

SUPRA OMNEM INVIDIAM CLARVIT... EtC. 

A François de Carnavalet, — gentil- 
homme breton, — plein de noblesse et de 
courage, — que son rare mérite et la pu- 
reté de ses mœurs — ont fait choisir à 
Henri II, roi de France, — et à Catherine, 
son épouse, — pour lui confier la jeunesse 
— de leur ti'ès-cher fils Henri — à gouver- 
ner. — Doué, pour la paix et pour la 
guerre, de talents — remarquables, —il 
brilla d'une réputation de courage et de 
prudence — au-dessus de toute envie.... 
etc. » Ulric. 



®r0ttUtttlU6 ^t €uri03!té0, rtc. 

La décoration dn Lis. — Les contem- 
porains de la première Restauration se 
souviennent sans doute de ce nouvel ordre 
de cheralerie, créé en 18 14 par le comte 
d'Artois, lieutenant général du royaume, 
I «t qui consistait en ime iieur de lis d'ar- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 mai iS6q. 



269 



— 270 



gent suspendue à un ruban blanc. « Cha- 
cun, dit Vaula belle {Hist, des deux Rest»y 
II, 36), le sollicitait comme une sauve- 
garde pour sa position, ou comme un titre 
au traitement qu'il comptait demander. » 
Aussi M. Thiers nous apprend- il {Hist. du 
Consulat et de l'Empire^ XVI II, 2 3 1 ) que, 
dès les premiers mois, cette décoration 
a ridicule » avait été conférée a à près de 
cinq cent mille individus. » J'ai en ma 
possession deux documents originaux qui 
s'y rapportent et qui sont assez curieux. 
C'est, d'abord, un modèle de demande 
collective^ envoyé au directeur d'une im- 
portante administration du Bas- Rhin par 
un de ses amis, chef de bureau au minis- 
tère de l'Intérieur, et qui est ainsi conçu : 

« MM , qui ont toujours été de fidèles 

serviteurs de la maison de Bourbon, solli- 
citent l'honneur de porter la décoration du 
Lys. » Le second document n'est autre 
que le brevet de Tordre, ou plutôt une 
lettre imprimée qui en tient lieu, et dont 
voici la copie textuelle, moins le nom et la 
qualité du personnage décoré. « — Déco- 
« ration du Lis. — Paris, le 24 août 1814. 

t~ Monsieur de , j'ai l'honneur de 

« vous informer que Sa Majesté, pleine de 
« confiance dans votre fidélité et dans votre 
« dévouement à sa personne, vous autorise 
« à porter la décoration du Lis. » Signé : 
« Le baron de Vitrolles, » Près de cette si- 
gnature se trouve l'empreinte d'un cachet 
neurdelisé noir et portant en exergue, au- 
tant qu'on peut le déchifirer, les mots : 
^ Secrétairerie générale des Conseils. » 
Inutile d'ajouter que directeur et chef de 
bureau étaient déjà en place sous « l'usur- 
pateur, » comme on disait alors; et que, 
dans les Cent-Jours, ni Fun ni lautre ne 
donna sa démission. 
(Strasbourg.) T. R. 

Feu H. Troplong, inventeur d'un pro- 
cédé pour être tout à la fois debout 

et assis. — Le Papinien du second Em- 
pire français n'eut pas, lui seul, r ironie 
railleuse, signalée par son digne rempla- 
çant M. Boudet (V, 207) ; il la provoqua 
maintes fois aussi chez tant d'autres, dont 
il agaça si souvent les nerfs par ce style 
plein d'ampoules et de cocasseries, qui 
appartint en propre à Son Excellence. 
Témoin ces élucubrations constitution- 
nelles et sénaïuS'Consultantes, témoin ces 
projets d* adresses (autant de maladresses), 
lesquelles réjouissaient si bien, à chaque 
session, son ami Prévost-Paradol, Taris- 
Iarquedes£)^^ûf5/Ne disons rien du fond, 
mais la fo-orme ! Quel style, bon Dieu I 
MVt-il assez donné de nausées 1 Aussi 
bien aujourd'hui, il faut que je me venge! 
11 faut que je cite, que j'affiche ici, en 
guise d'oraison funèbre du président du 
Sénat , la phrase mémorable qui sert 
d'exorde àun de ses écrits : De la propriété 



d'après le Code civil, un des traités rédi- 
gés en 1 848 par divers membres de l'Aca- 
démie des Sciences morales, à la demande 
du général Cavaignac, chef du Pouvoir 
exécutif. La voici donc, oyez tous : 

« Au milieu de tant d'institutions qui 
« tombent en vieillissant, la propriété 
« reste debout ^ assise sur la justice et 
« forte par le droit. C'est même la pro- 
« priété qui, d'accord avec la famille, tient 
« aujourd'hui la société 'puissamment 
« amarrée sur la surface mobDe de la dé- 
« mocratie.... » 

Ouf! Que dites-vous de cette pauvre 
propriété, tout à la fois debout — assise 
— et puis amarrée! Pauvre langue 1 Pauvre 
France! E. A. 



Funérailles anticipées. — S'il est un 
trait d'histoire fameux, c'est certainement 
celui de Charles-Quint .faisant lui-même 
célébrer ses obsèques, et s'emboîtant tout 
vivant dans sa bière. Cependant personne 
n'ignore que, vivement et habilement com- 
battue par M. Mignet, cette anecdote ne 
paraisse aujourd'hui devoir être reléguée 
au rang des fables ; mais ce que l'on ne 
sait peut-être pas aussi généralement, 
c'est que cette table espagnole serait une 
fable arabe. On la trouve, en effet, dans 
les Contes turcs, de Petis de la Croix, tra- 
duction incomplète des Quarante VisirSy 
roman turc, lui-même traduit de l'arabe. 
Là, Akshid, sultan d'Egypte, fait en effet 
célébrer ses funérailles ae son vivant; 
mais il y assiste du haut de son trône, et 
n'entre pas dans le cercueil placé à ses 
pieds. Du reste, il meurt réellement le len- 
demain, et il est remarquable qu'un rap- 
prochement entre Akshid et Charles- 
Quint n'ait été fait ni par Petis de la Croix 
lui-même , ni par Loiseleur - Deslong- 
champs, qui adonné des Contes turcs une 
édition annotée. 

Au surplus, il n'y a rien que d'ordi- 
naire à trouver en Espagne un souvenir 
des contes arabes; mais il me semble 
réellement curieux de voir la même idée 
germer dans une tête qui certainement 
ne connaissait ni Akshid ni Charles- Quint, 
dans celle d'un nègre de la Virginie. 
Le fait est constaté dans un passage 
des Lettres sur l'Esclavage, de Paulding, 
cité par M"»« Beecher-Stowe, dans la Clef 
de r One le Tom, « Autrefois, la cérémonie 
des funérailles était pour eux une véri- 
table fête, et l'usage s'était établi de four- 
nir aux parents du défunt une quantité de 
lard, d'eau-de-vie, de farine, de sucre et 
de beurre, qui servait à organiser un grand 
festin tel qu'ils le conçoivent. Certain jour, 
un grand gaillard, admirablement bien 
portant, me divertit fort en venant, de- 
j vaut moi, demander à sa maîtresse de 
j permettre qu'on fît ses funérailles pendant 
' qu'il était encore en vie, et que cela pou- 



272 



N- io5.] L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [10 mai 1869. 
i 271 

vaitlui faire quelque plaisir. Cette requête 
bouffonne lui fut octroyée, et je me per- 
mets de penser que jamais cérémonie fu- 
nèbre ne fut aussi agréable à la personne 
qu'elle concernait le plus directement. » 
Cette requête bouffonne, mais très-com- 
préhensible dans les circonstances expli- 
quées, nous ramène encore à un conte 
probablement oriental. Dans le Dormeur 
éveillé, de Gglland, Âbou-Hassan et sa 
femme se font passer pour morts, afin de 
recevoir, chacun de son côté, les présents 
destinés à leurs funérailles, quoiqu'ils 
n'aillent pas jusqu'à procéder à la céré- 
monie. Mais ce aue l'on ne peut pas trai- 
ter de conte arabe, c'est ce que rapporte 
M. Mignet, dans une note, que a le 22 avril 
i327, l'un des consuls de Toulouse fit 
célébrer avec pompe ses funérailles de son 
vivant. Etendu dans un cercueil, au mi- 
lieu de l'église des Frères- Prêcheurs j il y 
entendit une grande messe des morts, 
fut porté jusqu'au pied du maître-autel, 
comme s'il allait y être enseveli; puis, sor- 
tant du cercueil, il fut accompagné par 
les capitouls, ses collègues, jusqu'à sa 
maison, où était préparé et où ils man- 
gèrent le repas funèore. » Ceci est tiré 
des actes du Concile de Toulouse, de 
i327, qui condamna ces funérailles anti- 
cipées, et les défendit à l'avenir à tout 
prêtre ou religieux, sous peine* d'excom- 
munication. O. D. 

Krylof, fabuliste russe. — Jean Krylôf, 
célèbre fabuliste russe, né à Moscou le 
i3/2 février 1768, est mort à Pétersbourg, 
le 29/9 novembre 1844, âgé de 77 ans 
moins trois mois. 

L'histoire littéraire doit enregistrer cette 
particularité remarquable que, dans l'es- 
pace de quarante ans (182 1- 186 1) une des 
fables de cet auteur : les Oies, a eu dou^e 
traductions françaises en vers. 

Les trois premières traductions, publiées 
en 1821 et 1822, doivent être classées 
parmi les publications anonymes, puis- 
que le nom de Krylôf n'y est pas indiqué. 

La première et la troisième appartien- 
nent même, à la rigueur , à la caté- 
gorie des publications pseudonymes, car 
le nom de Krylôf y a été remplacé (à 
cause de deux erreurs typographiques, 
dont Tune est fort singulière) par les noms 
Du Tasse et de Kniîof, 

La deuxième traduction, celle de Riffé, 
1822, est anonyme, sicnée : F. J. R. 

Une autre particularité remarquable, 
c'est que la sixième traduction, publiée 
en 1825, est due à l'auteur de la fameuse 
Marseillaise. 

La première traduction est due à Edme 
ifereaw(i7Qi-i836). Elle est insérée,sousle 
titre: Les Uies^ dans V Abeille (journal lit- 
téraire hebdomadaire de Paris, in-8°) du 
4 aoûti82i, tome III p. .•> 78- 5 79, où l'on a 



imprimé par erreur : « Fable imitée du 
Tasse » au lieu de : imitée du russe, et où 
le nom de Krylôf n'est pas indiqué. 

La faute typographique fut, il est vrai, 
corrigée dans les Errata de la livraison 
suivante de ï Abeille, mais est-ce que la 
majeure partie des lecteurs se soucie de 
recourir aux Errata ? Il est donc probable 
cjue la postérité littéraire ou lisante, si le 
journal V Abeille lui parvient, — ce qui 
n'est pas impossible, — considérera cette 
fable de l'auteur russe comme étant une 
composition du poète italien Le Tasse. 

S. P., de Moscou. 



Indicateur du Mercure de France. - 
M. Joannis Guigard vient de publier 
un volume de 1Ï7 pages intitulé Indi- 
cateur du Mercure de France. Tout 
travailleur, tout chercheur pousse un sou- 
pir de satisfaction : a Voici le fil d'A- 
riane qui va nous aider à nous retrouver 
dans ce dédale! » Point du tout, cet in- 
dicateur commence à 1672 seulement. 
L'auteur a donc pensé que le Mercure 
françois qui commence k i6o5 est dépour- 
vu d intérêt. Cependant, Jean Richer, qui 
le dirigea jusqu'en i635, Théophraste Re- 
naudot, qui le continua de i636 à 1644 ont 
fourni, tous deux, une série de 2 5 volumes 
formant une collection excessivement cu- 
rieuse sur tous les faits de la fin du règne 
de Henri IV et sur tout le règne de 
Louis XIII. C'est alorà que le Mercure 
françois fut interrompu jusqu'en 1672, 
époque à laquelle il reparut sous le titre 
de Mercure-Galant et fut continué sous 
ce nom par Visé. Il passa alors en diffé- 
rentes mains sous les titres de Nouveau 
Mercure et enfin de Mercure de France 
(il ne prit ce dernier titre qu'en 1714). ^ 
collection complète jusqu'en 1789 forme 
1,100 volumes. 

L'ouvrage de M . Guigard n'est-il pas in- 
complet? À mon avis, oui! et tout en le 
félicitant de la tâche qu'il a entreprise de 
compulser tous les volumes depuis 1672, 
ne doit-on pas regretter vivement qu'il 
n'ait pas commencé son travail à partir de 
i6o5? Quelle mine féconde! Le siège de 
la Rochelle, les PartisanSjjla Fronde et les 
pamphlets de toutes sortes y compris les 
Mazarinades! on trouve dans ces 2 5 pre- 
miers volumes des richesses inouies. 

Espérons que l'auteur et l'éditeur sen- 
tiront la faute qu'ils ont commise, qu'ils 
la répareront promptement en faisant pa- 
raître un répertoire du Mercure françois^ 
de i6o5 à 1644 (car c'est là le vrai com- 
mencement de l'ouvrage), ou s'ils reculent 
devant la tâche, qu'un autre l'entrepren- 
dra. C'est ce que je souhaite pour tous 
mes confrères les chercheurs. 

A. Nalis. 



Paris. — Tjp. d« Ch. MeynieiSf nie Cajas, 1S. - 1M9 



ftf^QVI 



VumérolOe. 



ChtrtkeMtt 
«OM trewMTê*. 




n M fwi 

tnir'aidtr. 



iS mai \m. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, ZNiOTES and QUERIES français.) 



IN HEMORIÂM... 

Multis ille bonis flebilis occîdit! 

V Intermédiaire vient de perdre un de ses plus excellents amis, — un ami 
de la première heure. Sa lettre d'adhésion, brève et chaleureuse entre toutes 
(25 nov. i863), fut inscrite en tête de notre premier numéro. C'est pour nous 
un devoir pieux de lui rendre ici témoignage, de lui dire un dernier adieu, 
en exprimant les profonds regrets qu'il nous laisse. — Nous ne le connais- 
sions pas avant i863 : il nous semble aujourd'hui qu'un vieil ami des jeunes 
années nous a quitté ! 

C'est que W. Biirger fut un homme rare, par cela seul qu'il fut un homme. 
He was a m an, comme le dira, après Shakespeare, sa laconique et véridique 
épitaphe. — Lisez les paroles prononcées sur sa tombe, le 2 mai, par Henri 
Martm, par Ern. Hamel, par Félix Delhasse (i)... Que pourrions - nous y 
ajouter ? — Lisez ce spirituel et charmant avant-propos qu'il mettait, l'an 
dernier, en tête de son volume : Salons de T. TTrore ( 1 844-48), avec une pré- 
face de W, BUrger, et dont l'épigraphe est rv(»)6t csauTOV, qu'il traduit : Cri- 
tique-toi toi-même , et qu'il a si bien appliquée. Il se préparait à publier les 
Salons de W. Biirger (ib6i-6S), avec une préface par T, Thoré, 

Disons seulement ici que Biii%er connaissait bien Thoré, et réciproque- 
ment. Disons que, nommé après i83o substitut à La Flèche, il eut bien vite 
reconnu que la justice d'ici-bas, même en France, laisse à désirer, et ne 
tarda pas à redevenir simple citoyen. Disons que nul plus que lui, sans rien 
oublier, n'alla sans cesse apprenant ; nul ne fut plus doux et plus ferme, 
sympathique tout à la fois par sa" douceur et par sa fermeté. Nul enfin ne 
sortit plus victorieux des dures épreuves de la politique : il a personnifié à 
l'étranger l'honnêteté française, l'honneur français. On a vu en lui cette chose 
peu commune : exilium cum dignitate. 

Puisque nous ayons, en cette conjoncture douloureuse , rompu le silence 
que nous avions jusqu'à présent gardé, donnons une mention tardive et un 
souvenir affectueux à d'autres amis que la mort a, trop tôt hélas ! et en trop 
grand nombre déjà, rayés de nos listes. Nommer MM. Alexandre Bixio, Adol- 
phe Berty, Ad. Chasles, Fréd. Dubner, le baron De La Fons Mélicocq, 
E. Prouhet, A. Delvau, Léon Lagrange, Ed. Fould, Alfred de Courtois, le 
marquis L. de Laborde, c'est rappeler quels vides prématurés se sont faits 
dans les rangs de nos correspondants les mieux notés , à titre de savants ou 
spirituels curieux, d'aimables ou heureux chercheurs. Plusieurs d'entre eux 
ne nous étaient point individuellement connus, mais telle est la nature du lien 
que crée notre petite feuille entre nous et ses amis, tel est le charme du com- 
merce littéraire, que la perte de ces amis, même lorsque nous ne les avions 
jamais vus, a été vivement ressentie par nous. Que dire de ceux qui étaient 
pour nous des amis personnels! 

Et voilà qu'au moment même où nous achevons ces lignes, nous appre- 
nons que la mort vient de frapper un nouveau coup, et de nous enlever un 
de ces amis-là, et en même temps un vétéran ae recherches érudites ou 

(i) Presse libre, 4 et 5 mai ; Siècle, 6 mai, et les articlesjpubliés par Paul de Saint- 
Victor (Liberté, 8 mai), Marius Chaumelin {Presse, 4 irfai et Indépendance belge, 
10 mai), Emile Galichon {Chronique des Arts, 9 mai). 



TOME y.— 10 



N» io6.] 



L'INTERMEDIAIRE 



— 275 



276 



piquantes, — celui qui tout récemment encore , par sa question sur Henri Sanvsl 
(V, 126) a amené la découverte, tant souhaitée par lui, de l'acte mortuaire de Thisio- 
rien de Paris, que révélait notrfc avant-dernier numéro (V, 22 3}! M. Le Roux de Lincy, 
l'éditeur de tant de beaux et utiles ouvrages, $i souvent cités, l'historien de l'Hôtel- 
de-Ville de Paris, le bibliophile et bibliographe estimé, le biographe de Grolier, est 
mort le 1 3 mai , à l'âge cie 63 ans. Son nom restera gravé sur le livre d'or de la bi- 
bliophilie pour laquelle il travailla beaucoup ; ad usum ipsius et amicorum. 

C. R. 



BbLLES-LETTRES — PHILOLOGIE — BeaUX-ArTS 

— Histoire — Archéologie — Numismatic^ue 
— Epigraphib — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Acheter et Tedâre chat eii poche. -- 
bn trouve dans les adâgfes français dû 
XVI® siècle : « Folie est d'accepter chat 
feti sac. » 

, Et dans le Théâtre italien {Les SoU' 
kaits) : « Mais, Monsieur le charlatan, afin 
a que je n'achète point chat en poche... » 
Molière fait dire à son hërds limotlsîn : 
k Vous êtés-vdus mis en tête que Léonard 
b de Pourceaugndc soit un homme à achè- 
te ter chat en poche! » Ces citations prou- 
vent l'ancienneté de ce ptoverbe qui signi- 
fie : Conclure un marché sans voir l'objet 
dont on traite, terminer une affaire sans 
examen, et qui se formule aussi d'une au- 
tre manière : Acheter le chat pour le liè- 
vre. D'où vient cette expression? Connaît- 
on un fait historique, un conte, un 
apologue qui ait donné naissance à ce 
proverbe encore très-usité, surtout en ma- 
tière matrimoniale où les plus fins achè- 
tent souvent chat en poche? 

(Lyon.) V. de V. 

Analogies dé plnsiears noms de flènres. 

— Plusieurs noms de fleuves en Europe 
bnt une racine commune : Donau (nom 
allemand du Dariube), Duna, Dwina,Don, 
Dniester (autrefois Danaster), Dniepr 
[autrefois Dana{)ris). Idem de plusieurs 
lintres cours d'eau : Tanaro (Italie), Tana 
(Norwége). Et rien de cela ne paraît slave, 
ni germanique, ni finois. 

Il y a là autre chose qu'une coïncidence. 

A quelle langue, à quel peuple appar- 
tient cette racine Dn ou TVî, dans le sens 
de : eau, cours d'eau, bassin, etc? G. T. 

Le chapitré d'Hippocrate. — Je découpe 
dans le curieux et récent volume de 
M. Nestor Roqueplan (Parisine, Paris, 
Het!^eL sans date, mai 1869), le petit pas- 
sage stiivant, — uniquement pour ques- 
tionner nos amis de Vlntermédiaire : 

tt Sganarelle. Hippocrate dit que nous 
«i nous couvrions tous deux. 

« Géronte. Hippocratb dit cela? 



vous 



a Sganarelle. Oui. 

a Géronte. Dans quel chapitre, s'il 
a plaît? 

« Sganarelle. Dans son chapitre : dit 
tt Chapeaux. 

« Géronte. Puisque Hippocrate le dit, il 
« le faut faire. 

tt Ce bout de dialogue tenu par deui 
personnages du Médecin malgré lui a 
toujours semblé , comme toute chose, 
même insignifiante en apparence , mais 
venant de Molière, digne d attention et d'in- 
térêt; j'ai cherché dans les œuvres du di- 
vin vieillard ce fameux chapitre. Il existe 
dans une édition de Belgrade, 1763. Bel- 
grade est suspect depuis la prétendue 
découverte du maituscrit de Pétrone. Mais 
les Chapeaux d'Hippocrate semblent hors 
dfc l'atteinte de tout soupçon. » 

— Est-ce aussi Ta vis de Messieurs à 
V Intermédiaire? M. Roqueplan ajoute 
encore ceci ( Fi J. /oc. citât. Le chapitn 
d'Hippocrate, pp. 70 et suivantes), poi/f 
mieux nous convaincre. « Il paraît q-c 
l'illustre père de la médecine, après avoir 
refusé les présents d'Artaxerxès, mit la 
dernière main à ses Chapeaux et fît une 
mention spéciale de la coiffure des Per- 
sans, avec la manière de s'en servir. »-; 
Ce fameux chapitre se ifouve-t-il imprime 
dans quelque autre édition, d'une date 
antérieure a celle que cite M. N. Roque- 
plan (1763)? — C'est assez probable, car, 
à l'époque précitée, Molière étant mort 
depuis 90 ans (1763: i y février 1673), il 
lui eût été difficile de prendre connais- 
sance de ce volume? Truth. 



Yentrière. — Dans la première partie 
de ia Chronique (scandaleuse) de Jean de 
Troyes, se trouve l'historiette d'une vo- 
leuse nommée Perrette, laquelle, condain- 
née à être enfouie vive, déclara qu'elle 
était grosse^ a et fut faict visiter par v^«' 
€ trières et matrones, qui rapportèrent à 
« justice qu'elle n'estoit point grosse. " 
Cette expression réaliste, synonyme de 
sage- femme, est- elle employée par d'autres 
auteurs dans la même acception? 
(Lyon.) V. de V. 

Un mot du régent. — Je trouve dans le 
premier volume du recueil de La Pl^c^ 
{Pièces inïéi^essànies et peu connues pour 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



277 - 



278 



[25 mai 1869. 



servir à Vhîstoîre et. à la littérature), 
parmi des anecdotes sur le règne de 
Louis XIV et sur la Régence, cette anec- 
dote qui ne fait Téloge ni du cardinal Du- 
bois ni du duc d'Orléans (page 176) : « Le 
régent fut charmé de la mort de Dubois. 
Le jour qu'on lui fit l'opération, l'air, ex- 
trêmement chaud, tourna à l'orage, et ce 
prince ne put s'empêcher de dire : J'es- 
père que ce temps-là Jera partir mon 
drôle. » Le mot est-il authentique? 

T. DE L. 



Un poète italien rival de rHermine. — 

Quel est le poète italien dont on a dit : 

Ne se pollueret maluît ille mori, 

Yezimat. 



Les cormes du taurean éont-elles veni- 
œeuseSÎ — Je lis dans un charmant petit 
romande M. Théophile Gautier (Militona, 
3'= édition, 1Ç60, p. 48), cette page qui 
m'étonne : « Les cornes du taureau sont 
venimeuses et font des blessures lentes à 
guérir. » Les naturalistes ne disent rien de 
celte particularité, mais les naturalistes ne 
savent pas tout et l'auteur de Tra los 
montes connaît si bien los toros, que je ne 
doute qu'à demi de son assertion, et que 
je n'en douterai plus du tout si quelque 
lecteur de V Intermédiaire m'affirme sé- 
rieusement que les cornes de l'animal, dont 
le sang (corrompu) empoisonnait les an- 
ciens,ont la vilaine propriété dont il est ici 
question, Euqorral. 



Un peintre et curieux à Lyon, en 1551? 
Peut-être Claude Corneille ? — Le 16 sep- 
tembre de l'année 1 55 i,rillustrîssime Gio- 
vanni Capello, récemment nommé ambas- 
sadeur pour la République de Venise au- 
près du roi de France, se mit en voyage 
pour se rendre de Venise à Paris. L'un de 
ses neveux qui l'accompagnait a écrit l'i- 
tinéraire suivi par sa seigneurie, sous 
forme de journal, demeure jusque à pré- 
sent inédit. A la date du 17 septembre, 
l'ambassadeur et sa suite entrèrent à Lyon 
où ils restèrent trois jours. « Là, dit 1 au- 
teur du diario (journal), nous demeurâmes 
le dimanche, le lundi et le mardi, logés 
dans la maison de Messer Iseppo Conati, 
marchand de Vicence notre compatriote, 
et nous allâmes, pendant ce séjour, faire 
visite à un peintre excellent qui, outre ses 
helles peintures qu'il nous montra, nous 
fit voir toute la cour de France, tant les 
gentilshommes que les demoiselles, repré- 
sentée en beaucoup de petits tableaux avec 
tout le naturel imaginable. » 
Quel était cet eccellentissimo pittore 






mets particulièrement à la curiosité des 
lecteurs lyonnais de l'Intermédiaire, Si, 
comme il y a lieu de le penser, ce person- 
nage, peintre et curieux, n'était autre que 
Claude Corneille fort agréablement cité 
par Èrantôme, à l'occasion d'une visite 
que lui fit la reine mère, en l'un de ses 
voyages dans les provinces , quelqu'un 
pourrait-il produire des détails nouveaux 
sur ledit Corneille? D'où venait-il? Quelle 
était sa famille ? Quand avait-il commencé 
cette attrayante galerie que les princes 
et voyageurs illustres passant par Lyon, 
allaient tout aussitôt voir? Le comte de 
la Borde, d'après une pièce datée de i554, 
dont il n'a pu se procurer une exacte 
transcription, appelle ce peintre Corneille 
de La Haye, de Lyon,, {Renaissance des 
arts, tome I*% page 3 1 2 et passim). Mais 
que signifie ce de La Haye , puis après ce 
de Lyon} Est-ce à dire u originaire de La 
Haye, demeurante Lyon? » Ou bien est- 
ce a le sieur de La Haye né à Lyon ?» La 
rencontre d'un catalogue authentique de 
la galerie des portraits possédés par ce 
Corneille, serait aussi très -heureuse. 
Voici les propres termes dont se sert mon 
Vénitien pour consacrer l'agréable souve- 
nir de sa visite: .... Et andassemo a veder 
in detto tempo un pittor eccellentissimo 
quai oltrà le sue belle pitture che ne mos^ 
tro, vedessemo tutta la corte de Franza si 
de gentilhuomini corne di damiselte in 
molti quàdretti naturalissimamente es- 
pressa. 

(Blois). Armand Baschet. 



Wilbaut, peintre de portraits. — Je pos- 
sède un portrait à l'huile, grandeur natu- 
relle, et qui est très-apprécié par des con- 
naisseurs.^ Il est signé: Wilbaut, à Châ- 
teau-Porcien, 1777. 

Ce peintre est-il cor\nu et classé dans 
l'histoire et l'art? P. d'A 



Gabriel JDumoulin, curé de Maneval. — 

Quelque collectionneur normand pourrait- 
il me dire s'il existe un portrait, un dessin, 
un tableau ou une médaille représentant 
Gabriel Dumoulin, curé de Maneval (an- 
cien diocèse de Lisieux), né à Bernay, 
vers le commencement du dix-septième 
siècle, et mort en 1660 ? Ce savant ecclé- 
siastique est Tauteur de l'Histoire gé- ' 
nérale de Normandie , etc. Rouen, Jean 
Osmont, i63i, in-fol. et des Conquê- 
tes et trophées des Normands-français 
au royaume de Naples et de Sicile, etc. 
Rouen, David Du Petit-Val, i658, in-fol, 

E. P. 



Jeton de présence de la tronpe Molière. 

demèuranrà LVon7Te croîs cette recher"- 1 — Quelcjue lecteur de V Intermédiaire 
che très-intéressante à foire et je la sou- | pourrait-il nous dire s il connaît yin jeton 



N* 106O 



L'INTERMÉDIAIRE 



279 



280 



de présence qui se donnait aux comédiens 
dans la troupe de Molière? Ce jeton était 
d'argent ; il est aujourd'hui rarissime. A 
défaut de l'original, pourrait-on indiquer 
une empreinte y ou une gravure dudit 
Jeton, mais d'une fidélité bien authenti- 
que? C. D. 

Un pendu de rinqnisition. — Voltaire 
dit, dans Candide^ch, VI : «... Et Pangloss 
fut pendu , quoique ce ne soit pas la 
coutume. » 

Pourrait-on m'indic|uer un exemple, ou 
plusieurs, d'un hérétique pendu par suite 
d'un jugement de la Très-Sainte Inqui- 
sition ? Une prompte réponse obligerait. 

P. Ch. 

Le financier Beanjon frisant la potence. 

— Ce Turcaret, ce Plutus à la mode, en 
train de protéger chaudement en décem- 
bre 1772 les débuts de Mademoiselle Rau- 
court, aurait failli être pendu en 1 748. 

Quels sont les faits venant à l'appui de 
cette assertion oui se trouve dans Bachau- 
mont? (Aucn.) H. Viemne. 

> 

Nom d'nn historiographe. — L'histoire 
du chancelier Poyet (Londres, 1776, 
in-8« de 3ôo p.) ^ été recueillie par un 
anonyme qui se dit: historiographe sans 
gages et sans prétentions. Quel est le 
nom de cet historiographe, unique en 
son^enre! Les auteurs des dictionnaires 
spéciaux ont oublié de le signaler à la pos- 
térité. (Lyon.) V. de N. 

Famille de Convenant — Je désirerais 
avoir la description exacte des armoiries 
de cette famille (noble?), originaire de la 
principauté d'Orange, et si c est possible, 
des renseignements généalogiques. 
(Amsterdam.) J. G. de G. J. Jr. 

Les négociations dn comte de Gom- 
minges. — A propos de Saint-Evremond, 
on cite dans l^ncien volume de la collec- 
tion Gaignières coté 763 étrange aujour- 
d'hui dans le fonds français, à la Biblio- 
thèque impériale, sous le n^ 22, 222, à la 
page 274., le tome IV des Négociations du 
comte de Comminges à Londres (page 
207). Ces négociations auraient-elles donc 
été imprimées? je n*en ai trouvé la moin- 
dre trace ni dans la Bibliothèque histo^ 
rique du P. Lelong, ni dans le Catalogue 
de l histoire de France de la Bibliothèque 
impériale. Quelqu'un connaît-il un exem- 
plaire des Négociations citées par Gai- 
gnières? T. DE L. 

Une édition des lettres de M»» de Sé- 
▼igné de 1728. -— On sait que la 1^ édi- 
tion des lettres de M"»« de Sévîgné parut 



en 1726, à Rouen et à la Haye, mais d'a- 
près deux manuscrits différents ; que cette 
publication souleva de nombreuses récla- 
mations, et que sur la demande de M™' de 
Simiane, le chevalier de Perrin publia, en 
1734, une nouvelle édition de ces lettres 
a où les égards dus à 3f"»« de Sévigné et 
au public étaient mieujc observés. » Sui- 
vant les bibliographes, l'édition de 1734 
serait donc la seconde. Cependant, je 
viens d'en trouver une de 1728, sans in- 
dication de lieu, mais qui paraît avoir été 
imprimée en Hollande. KÛe est en deux 
volumes in- 12, et contient 184 lettres. La 
préface qui précède la lettre de M^ de 
Simiane à Bussv, et qu'on a généralement 
attribuée à ce dernier, mais qui avait été 
imprimée sans nom d'auteur dans les deux 
éditions de 1726, est intitulée, dans la 
mienne : Pré/ace de M. de Bussy. Est-ce, 
comme cela est probable, la contrefaçon 
d'une des éditions de 1726? Et, en ce cas, 
de laquelle? (Dieppe.) £. R. 

c L'origine de la noblesse» • poème sa- 
tirique. — 11 existe dans la langue danoise 
un petit poème anonyme intitulé : « Lon- 
gine de la noblesse. » Dans ce poème est 
traitée l'idée, si souvent examinée autre- 
fois, que la noblesse acquise par vertu e: 
par de beaux faits, est seule digne de res- 
pect, tandis que le gentilhomme, qui doit 
ses lettres de noblesse à sa naissance, ne 
mérite pas l'estime, s'il n'a pas travaillé 
lui-même à s'en rendre digne. Ce poëme, 
publié environ l'an 171 5, lit grand bruit, 
eut plusieurs éditions, et provoqua d'au- 
tres poèmes assez piquants sur le même 
sujet. On l'a attribué généralement au cé- 
lèbre savant danois, Frédéric Rostgaard. 
qui avait été anobli par la grâce du roi 
Frédéric IV. Mais on s'est trompé, car il 
a laissé après lui quelques lignes , qui 
prouvent qu'un autre auteur du même 
temps, nommé W. Helt, avait fait la tra- 
duction de ce poëme en danois. L'originsl 
est sans doute français; mais qui en ti} 
l'auteur? Où fut-il imprimé? Je serais 
très-obligé, si quelqu'un des lecteurs de 
V Intermédiaire pouvait m'aider à le trou- 
ver. Voici, en français, le commencement 
et la fin du petit poëme en question : 

« Adam était un paysan et devait con- 
duire la charrue, c'est ce que firent les en- 
fants d'Adam et nos pères. Entre nous il 
n'y a que cette seule différence que les 
uns mènent encore la charrue, tandis que 
les autres ont déjà dételé. Entre ceux qui 
ont dételé, quelques-uns avaient déjà foi 
leurs travaux au premier rouge du matin 
sans peine, tandis que d'autres devaient 
travailler jusqu'au soir. De là provient la 
distinction des rangs, de là provient la dif- 
férence entre homme et homme... » 

tt Adam était un paysan et devait con- 
duire la charrue, c'est ce que firent aussi 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



281 •- 



282 



[25 mai 1869. 



les enfants d*Adam et nos pères. Les uns 
ont déjà dételé, les autres mènent encore 
la charrue. Mais ils peuvent dételer un 
jour à leur tour, aussi bien que vous. » 

Degener^ Aule, tuis Majoribus omnia debes ; 
Debebit, credo, nil tibi posteritas. 

(OvEN, hb. I, Epigr.) 

(Copenhague.) G. Bruun. 

}Srac la marquise de Verdelin, antenr 
d'un roman inconnu. — M°^« de Verdelin, 
célèbre par Tamitié et le diévouement 
qu'elle porta à J.-J. Rousseau, avait com- 
posé un roman dont le titre est inconnu, 
mais dont l'existence est prouvée par ce 
passage d'une lettre de Grimm à M™« d'E- 
pinay. 

a M. de Margency s'est brouillé avec le 
«baron (d'Holbacn), parce que celui-ci 
« s'est avisé de trouver très-médiocre un 
« roman^ ni bon, ni mauvais, que vient de 
v^ faire M^^ de Verdelin, J'espérois que 
«cela se raccommoderoit. Margency 
« s'obstine à ne plus revenir, et le baron 
« à ne pas le chercher. J'en suis fâché... 
« etc., etc. » {Mémoires et corresp. de 
M^^d'Epinay.édit. i8i8,t. III. p.2o3.) 

Cette lettre est adressée à M™« d'Épinay, 
alors à Genève, peu de jours après la 
brouillerie de Rousseau avec Diderot : ce 
qui nous donne la date approximative de 
la publication de ce roman de M"»® de 
Verdelin, sans doute jugé trop sévèrement 
par la coterie hol bachique dont elle ne 
partageait pas les opinions. 

Nous faisons appel à l'érudition des bi- 
bliophiles pour découvrir le titre de ce 
roman composé par W^ de Verdelin et 
qui a dû être publié vers le mois de no- 
vembre 1755. On peut d'ailleurs consul- 
ter, pour cette date, Y Histoire de la vie et 
des œuvres de J.-J, Rousseau de Musset- 
Pathay. A. de B. 

Renseignements sur les œuvres d'H. de 

Balzac. — Désireux de préciser la date 
réelle de publication des œuvres de Bal- 
zac, je voudrais savoir où et quand, dans 
quels journaux ou revues parurent pour 
la première fois ses ouvrages suivants. 
(Je les accom pagne ici de leurs dates dans 
La Comédie humaine) : 

Un drame au bord de la mer y 1834. 

La Bourse^ i832. 

Autre étude de femme j 1839-42. 

La Grande Bretèche^ i832-3b. 

L Illustre Gaudissart, i832. 

Le curé de Tours, i832. 

Un grand homme de province à Paris, 
1838-09. 

La Torpille, 1^32. 
Jésus-Christ en Flandre, i833. 
L'Eglise, iS3i. 
Massimilla Boni, 1839. 
Louis Lambert, 18^2. 



Qu*est devenue La Frélore, nouvelle 
donnée à M. de Sartorius pour paraître 
vers 1839 dans le Livre d'or, recueil pu- 
blié en concurrence de V Artiste et dont il 
est question, entre autres dans la Vie de 
Murger par trois Buveurs d'eau ? Balzac 
en parle lui-même dans la préface de la 
première édition à' Une fille d'Eve, 2 vol. 
m-8®, 1839, préface supprimée dans toute 
autre édition. 

Qu'est devenue aussi V Ecole des mé- 
nages, comédie en 5 actes, de Balzac, im- 
primée sur placards à douze exemplaires 
et lue par lui chez M"« d'Appony? Nous 
trouvons ce renseignement clans un feuil- 
leton de Gérard de Nerval, publié dans 
la Presse du 7 octobre i85o, où il donne 
aussi une analyse de la pièce. A ce propos, 
nous ferons remarquer à M. Ulric (V, 184) 
que le manuscrit de Richard Cœur d*E- 
ponge passe pour se trouver entre les 
mains de M. Emmanuel Gonzalès;il y a, 
paraît-il, deux actes d'écrits et le plan 
seul des autres; ce serait là néanmoins 
une curieuse publication à faire paraître, 
ainsi que XOrgon, écrit en collaooration 
avec Laurent Jan, qui en a, dit-on, les 
fragments entre les mains. 

Paul Avril. 

Les reliures de Madame de Ghamillart. 

— A la vente des livres de M. le baron 
Pichon, cinq ouvrages merveilleusement 
reliés aux armes de Mme de Ghamillart ont 
atteint le prix fabuleux de 10, 365 francs 
(je dis bien dix mille trois cent soixante^ 
cinq francs). L'amour des beaux livres, 
bien "habillés, annonce (en général) une 
personne de goût, intelligente et instruite; 
comment admettre ces tendances au dan- 
dysme bibliomane chez la femme dont 
Saint-Simon fait ce portrait? <t Elle était 
« vertueuse et fort polie ; mais elle ne sa- 
« vait que jouer sans aimer le jeu, faute 
w de savoir faire autre chose ni que dire 
a après avoir demandé à chacun comment 
« il se portait. La cour ne put la former, 
tt et, à dire vrai, c'était la meilleure et la 
« plus sotte femme du monde et la plus 
« inutile à son mari.... L'abbé de la 
€ Broustière, son cousin-germain, sup- 
a pléait pour le ménage, les affaires et 
a l'arrangement domestique, à l'incapacité 
tt de Mme de Ghamillart.» Je sais bien 
qu'il ne faut pas toujours se fier à Saint- 
Simon, quana il fait le portrait de ses en- 
nemis; mais ici il parle d'une amie, qu'il 
connaît à fond et depuis longtemps. 

Madame de Ghamillart obéissait-elle à 
une mode en se formant une bibliothè-. 
que splendide? Mais alors quel est celui 
qui savait si bien choisir les belles édi- 
tions et imaginer ces reliures élégamment 
doublées qui portent à Tintérieur le lé- 
vrier et les étoiles des Ghamillart et les 
fusées des Le Rebours ; on est obligé d'é- 



No 106.J 



L'INTERMjÉDJLAJRE 



283 



284 



liminer Tabbé de la Broustière quand on 
connaît le portrait qu'en fait Saint-Simon : 
« C'était le meilleur homme et le plus en 
« sa place, et le plus respectueux du 
a monde, mais grand bavard, et savait 
« fort rarement ce qu'il disait ni même ce 
« qu'il voulait dire. » 

A quelle époque les Chamillart, qui 
possèdent encore la terre achetée par le 
contrôleur général, ont-ils vendu cette 
bibliothèque qui, par le goût et la recher- 
che, égale presque celle de la comtesse de 
Verrue? A. L. 



Dictioniiaire de TAcadémie des Beaux- 
Arts. — Dans un article inséré au Journal 
des Débats du 23 janvier 1869, M. Viollet- 
Leduc dit que l'idée de ce livre, conçue 
depuis plus d'un demi-siècle, n'a pris 
naissance que de nos jours. 

Je crois que M. VioUet- Leduc se trompe. 
On m'a prêté et j'ai sous les yeux un petit 
in-i2 dont le titre a été arraché, mais heu- 
reusement après s'être en partie reproduit 
à l'envers, au moment de la reliure, sur 




suivant: aDictionnaire portatif des Beaux- 
Arts, ou abrégé de ce qui concerne l'ar- 
chitecture, la sculpture, la peinture, la 
gravure, la poésie et la musique, avec 
(un mot illisible) de ces arts et l'explication 
du terme et des mots qui leur appartien- 
nent... Nouvelle édition, par M. La- 
combe. M Le nom de l'éditeur ni celui de 
l'imprimeur ne peuvent être déchiffrés, 
mais le millésime de l'édition paraît être 
1759. 

Le Dictionnaire est précédé d'une épi- 
tre aux Beaux-Arts, en vers, et d'un aver- 
tissement dans lequel l'auteur dit que 
l'accueil fait à la première édition de son 
ouvrage l'a engagé à de nouveaux soins et 
à de nouvelles recherches. En tête est ré- 

gété le titre: Dictionnaire portatif des 
ieaux-Arts, au-dessous d'une vignette as- 
sez jolie, de De Sève, gravée parJ. P. 
Lebas, 1732, représentant Apollon et huit 
enfants occupés à dessiner, peindre, gra- 
ver, faire de la musique, etc. 

Le livre, bien imprimé à deux colonnes, 
compte yill et 686 pages. Il se termine 
par une iconologie abrégée. De même que 
le Dictionnaire de l'Académie des Beaux- 
Arts, il commence par le mot, Abaque; 
avec les mêmes définitions et acceptions. 

Il me semble évident qu'il a dû servir 
aux auteurs du Dictionnaire moderne. 
Peut-;être, dans ce cas, avait-il droit à une 
mention qu'on paraît avoir voulu lui re- 
fuser. Je l'ai vainement aussi cherché 
dans Brunet. 

Malgré ses deux éditions, ce Diction- 
naire est-il donc devenu une rareté pres- 
que introuvable? Gidoin. 






Il est trop tard I (ï V, 389). - Voici la ré- 
})onse que je trouve dans les Biographies 
contemporaines par M. A. Bouliée ;t. l, 
p. 1 12) : « M. de Sussy ayant témoigné le 
désir d'être présenté à la Commissionmuni- 
cipale, Lafayette lui-même le mit en rap- 
port avec MM.de Lobau, Mauguin et Au- 
dry de Puyraveau, seuls membres pré- 
sents, mais, à peine eut-il commencé la 
communication dont il s'était chargé, qu'il 
fut interrompu par des exclamations ré- 
pétées : // est trop tard, il est trop tard! 
Charles X a cesse de régner le jour où il 
a signé les ordonnances; le peuple a ac- 
quis par son sang le droit de se choisir un 
autre souverain ! ^ D'après cette version, 
le cri n'aurait donc point été, comme on 
l'a cru, un cri isolé; il aurait été un cri col- 
lectif, un cri poussé par trois personnes, 
et répété bientôt par cent mille autres. 

EUQORRAL. 



Méinoires secrets de Brillat-Savarin 

(V, 7). — Ni M. Quérard {France litté- 
raire), ni la Littérature française contem- 
poraine (suite de l'ouvrage de M. Qué- 
rard) , ni M. Otto Lorenz {Catalogue 
général) n'enregistrent un volunoe de mé- 
moires de Brillat-Savarin. Je puis donc 
dire à J. £. G., en âme et conscience, 
cju'aucun ouvrage de ce genre n'a va le 
jour jusqu'à présent. 

(Amsterdam.) H. Tiedeman. 



a Recueil d'arrêts du Conseil des Dix > 

(V, 7). — La raccolta en question n'est as- 
surément pas une œuvre officielle, car il n'y 
a point eu, depuis les incendies du Palais 
ducal, en 1574 et en 1576, de documents 
authentiques, dans les archives de Venise 
qui permissent de faire remonter, à l'an- 
née 726 , aucunes sentences judiciaires. Il 
y a, à Venise, des chroniques en abon- 
dance, mais les chroniques, tout en étant 
le plus souvent d'un usage excellent, ne 
peuvent être tenues pour des actes authen- 
tiques. Les grands recueils manuscrits les 
plus anciens, conservés aux archives de 
Venise, ne portent pas de date antérieure 
à l'année 1223 : ainsi le Liber pie giorum, 
122 3 ; ainsi les Decreti del Ma^gior Con- 
sigliOy 12 32 ; les Commemoriali, 1295; 
encore peut-on dire qu'on chercherait vai- 
nement sur leurs pages l'énoncé de con- 
damnations judiciaires. Quant aux regis- 
tres officiels du Conseil des Dix {Misti 
Consilii Decem, actes mêlés), ils com- 
mencent avec? la formation pleinement 
établie et constituée dudit Conseil, en 
l'an i3io, et le premier acte est daté du 
10 décembre. La justice en matière cri- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 mai 1869. 



285 



286 



rainelle ordinaire, rendue par différents 
tribunaux, tels que le Proprio, la Qua- 
ratifia Vecchifly et nuova, et criminale, ete, 
a laissé aussi des archives, mais il n'est 
pas un de ses papiers qui permette de con- 
naître ses sentences avant le XIII® siè- 
cle. Pour répondre à la seconde question 
du possesseur du manuscrit k< Raccolta di 
sentence, etc, » je dirai que parmi les noms 
des secrétaires du Conseil des Dix qui me 
sont connus , dans la seconde partie du 
XVI Ile siècle, je n'en vois aucun dont les 
initiales seraient P. G. Il y a bien un Gra- 
denigo qui, précisément, s'est beaucoup 
occupé à mettre en ordre les procès juges 
par le Conseil des Dix, mais son prénom 
était Giuseppe; il y a aussi unGhislan^oni, 
mais de par son baptême il s'appelait Ber- 
nardo. Ainsi, à notre connaissance, ^our 
le moment, point de secrétaire avec les 
initiales P. G., mais du fait de notre igno- 
rance , il serait puéril de conclure qu'il n'y 
eut pas de secrétaire aux Dix, dont le nom 
et le prénom fussent aux initiales P, G, 
L'honorable chercheur fera donc bien d'é- 
crire à Venise, à ce sujet, et s'il s'adresse 
à la parfaite obligeance du jeune et actif 
employé aux archives, M. Luigi Pasini, 
je le puis assurer qu'il n'aura qu'à se 
louer et de la démarche et de la réponse. 
Je suis plus heureux avec la troisième 
question, à laquelle je réponds en disant 
que,depuispiusieursannées(i867), M.Giu- 
seppe Tassmi, auteur d'un livre intéres- 
sant; (( Origini délie denomina^fioni stra- 
dali di Vene^iay » publie en livraisons un 
recueil dont le titre me semble fait pour 
mériter l'attention du possesseur du ma- 
nuscrit ; « Raccolta di sentensfe^ etc. » Ce 
livre est le recueil des condamnations qui 
ont eu le plus de retentissement à l'épo- 
que où la République des Vénitiens faisait 
figure parmi les Etats de ce monde: a Al^ 
cune délie piU clamorose Condanne capt- 
tali eseguite in Vene^ia sotto la Repu- 
blica.n (A Venise, Cecchini, éditeur.) 

Armand Baschet. 



Sieyès et la division de la France (V, 

36). — « La bibliothèque de Versailles pos- 
« sède une caisse en maroquin rouge ayant 
^ appartenu à Madame Adélaïde, sur le 
« couvercle de laquelle on lit : 

La France 

en des carrés de dix grandeurs uniformes 

régulièrement gradués par le nombre neuf, 

dont la mesure et le nivellement, 

établis à perpétuité sur le terrain, 

ofEriront enfin des bases certaines 

aux propriétaires et à l'administration. 

A Madame Adélaïde. 



« Cette boîte renferme plusieurs cartes 
« de France, à diverses échelles et de di- I 



« verses dates, 1780, 1784 et 1786- Le tbut 
a est un projet de cadastre dans lequel 
« (carte de 1786) la France est divisée en 
« neuf grands carrés ou régions^ subdivi- 
« ses chacun en neuf carrés secondaires ou 
« contrées, qui se subdivisaient en districts, 
« territoires, bans, cantons, ténements, 
« carreaux, pièces, mesures. C'est tout le 
« projet de Sieyès : divisions en carrés, di- 
« visions par neuf; noms des subdivisions 
V. {districts , cantons), et, pour dernière 
« preuve, la carte des quatre-vingt-trois dé- 
a parlements, publiée par ordre de l'Assem- 
« se m bis e, partage la France en neuf ré- 
« gions, dénommées d'après les points 
« cardinaux. — L'auteur de ce projet de divi- 
« sion cadastrale est Robert de Hesseln, 
o géographe de la ville de Paris, et auteur 
« d'un Dictionnaire (géographique) univer- 
a sel de la France encore estimé. Les bio- 
tt graphies ne font aucune mention de ce 
a savant. » {Géographie historique de la 
France^ par L, Dussieux. Pans, Didot, 
1 843 , in-S ; feuillet supplémentaire placé 
après la préface). 

Selon Ersch, Quérard et Bégin {Biogra- 
phie, de la Moselle), qui ne donnent point 
d'autres détails, Mathias Robert de Hes- 
seln, d'abord professeur de langue alle- 
mande et inspecteur des élèves de l'Ecole 
royale militaire, devenu ensuite censeur 
royal, né à Falkenburg ou Foulquemont 
(Moselle) le 20 mars 1733, serait encore 
auteur de Nouvelle topographie ou des- 
cription détaillée de la France, 71 cartes, 
avec les Discours. Paris, lySS, in-folio. — 
Il serait intéressant de s'assurer ici si ce 
dernier ouvrage ne contiendrait pas, en 
substance ou en totalité, la publication des 
Manuscrits (?) de Versailles découverts par 
M. Dussieux. Les plus récentes biogra- 
phies ont continué à passer sous silence 
Kobert de Hesseln. 

(Ep.ernay.) Suîjm cuïqi;^. 



Fil d'arclial (V, 59). rr- Du latin auri- 
chalcum lactice, fil de ipétal, dit Napoléon 
Landais. — L'Académie et Wailly se bor- 
nent à dire : Fild'archal, ftl de fer. — Dans 
le Dictionnaire latin-français de L. Qui- 
cherat et A. Daveluy (Paris, 1847), je 
trouve : « Aurichalcum (aupov, 5^aXy,6ç), 
Plaut. Isid., métal composé de cuivre et 
d'étain (ou de zinc?), laitop ou similor. 
Voy. Orichalcum. 

« Orichalcum (ôpstxaXîWv), Hor. Diom., 
laiton, cuivre blanc. 

K Orichalca, pi. V- Flaccus, armes ou 
bouclier? » — Dans la farce de Colin qui 
loue et despite Dieu en ung moment à 
cause de sa femme (t. I*' de V Ancien Théâ" 
tre françois, de l'édit. elzév., p. 286, je 
ils : 

Mais que le froit resriençne en chault, 
Votre dur cueur s'amollira. 



N» io6.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



287 



288 



S'il ne tient plus que fil d'archault, 
J*espère qu'il m'accueillira. 

O. G. P. 

— a Archal est une forme altérée, pour 
orchaly et orchal est le latin aurichalcunty 
cuivre d'or, c'est-à-dire jauni par un mé- 
lange. » Génin, Récréations philologiques, 
t. !•', p. 333. C. D. 

Sainte Geneviève ( V^ 1 2 7). — Aux ouvra- 
ges cités comme relatifs à la vie de sainte 
Geneviève, il faut joindre le suii^ant dont 
j*ai sous les yeux un bel exemplaire: HiS' 
toire de ce qui est arrivé au tombeau de 
Sainte Geneviève^ depuis sa mort jusqu'à 
présent ; et de toutes les processions ae sa 
châsse. Sa vie traduite sur V original latin 
écrit dix-huit ans après sa mort. Avec le 
même original revu sur plusieurs anciens 
manuscrits. Paris , Urbain Coustelier , 
.MDCXCyiI, in-S». 

Il contient 20 pages préliminaires, non 
numérotées; 41 pages, pour la vi>; 3 non 
numérotées, pour le Privilège; 98, pour 
Ihistoire chronologique de ce qui est 
arrivé au tombeau de Sainte Geneviève^ 
depuis sa mort jusqu'à présent; 2 p. non 
numérotés, pour la liste des porteurs de 
la châsse y presque tous marchands consi- 
dérables; XXXVI, pour la vie latine, col- 
lationnée sur neuf anciens manuscrits. 

L'auteur est le P. Charpentier, cha- 
noine, qui n*a cependant pas signé la dé- 
dicace, du moins dans tous les exemplai- 
res. La Biographie Michaud (article Gene- 
viève)^ donne à son livre, par erreur, la 
date de 1687 ^^ lieu de de 1697. 

L. DE La Sicotière. 

— L'article bibliographique qui forme 
la seconde partie du livre de M. Bougy est 
de M. Pinçon de la Bibliothèque Sainte- 
Geneviève (en matière de bibliographie, il 
est bon de rendre à chacun, etc.) Depuis 
1847 il a été publié un certain nombre de 
biographies ae sainte Geneviève, voir le 
Journal de la librairie. Voir aussi l'article 
de M. Camille Lebrun dans la Biographie 
générale Hœfer-Dldot, T. IX. 

A. DUREAU. 



Gourgandine (V, 1 34). — Le vêtement a 
pris le nom de la femme, et non la femme 
celui du vêtement. D'ailleurs, origine cer- 
taine inconnue. Le Héricher le tire de 
forcj prostituée, et gaudir^ réjouir. Voir 
ittré, dont il faut toujours en semblable 
occurrence consulter l'inestimable diction- 
naire. A. DuREAU. 

-^ 11 n'était autrefois bruit que de gourgandines 

Qui s'amusaient pour tout de bon, 

Et mouraient, après, sur la paille. 

Mais les mœurs ont changé, ne laissant rien qui 

Et Plutus maintenant a rasé Cupidon. [vaille, J 



L'Amour n'existe plus — par sa fautes Hélas 

[non: 
Nos gandins d'aujourd'hui sont des... courent- 

\gandinîil 

U. 



Prénoms défendus (IV , 134). — Sans 
remonter aux Calendes..., ne se souvient- 
on pas bien qu'il y a deux ou trois ans à 
peine M. Alexancire Dumas fils dut recu- 
ler devant des difficultés insurmontables 
autant qu'inattendues, quand il voulut 
faire inscrire à l'état civil de Paris, avec le 
prénom choisi par lui : Jeannine, sa petite 
fille qui venait de naître? 

o Jeannine ? maiscà n'est pas çàun nom 
de saint du calenarier ? » arsuait l'em- 
ployé grincheux, pour toute réponse. 

Comme si Jeannine n'était pas simple- 
ment un diminutif de Jeanne, 

Tous les journaux du temps ont ra- 
conté cette curieuse anecdote devenue par 
eux de l'histoire. Ulr. 



« C!rede9[niaab8nrdnnii>(V,i45).— Leib- 
niz pensait comme M. Tiedeman : après 
avoir cité le mot sous le nom de Tertu!- 
tien {Nouveaux Essais sur Ventendemeri 
humain, livre IV, chap. 17), il ajou- 
(Qu'une personne de la plus jurande éléva- 
tion (il veut parler de la reme Christine 
disait qu'en matière de foi il fallait se cre- 
ver les yeux pour voir clair. Notons que 
Joubert [Pensées et Correspondant]} 
presque répété le mot de la reine Chris- 
tine. M. Renan, lui aussi, attribue à Tertul- 
lien {Etudes d'histoire religieuse) le mot 
que Voltaire {Dictionnaire philosophique] 
a prêté à saint Augustin. C'est là que M. La- 
rousse est allé le prendre. Yezimat. 



(cLe Miroir delà jeunesse» (V, i49).-7/^, 

ne connaissais ni ce titre de la Civilité 
puérile, ni le nom de l'auteur. Mais si le 
Miroir de la jeunesse n'est autre que la 
Civilité, et si la Civilité en est la reproduc- 
tion, je puis renseigner M. J. B. sur l'une 
des reimpressions. 

Je possède un livre sans date, mais dont 
l'approbation, datée du deuxième jour de 
juin, sans indication d'année, est signée 
de Danchet. Or, l'abbé Danchet étant 
mort en itSS ou 1748, suivant Sabatier, 
dans les Trois Siècles de la littérature. 
l'exemplaire que j'ai est de la première 
moitié du XVIII» siècle. Peut-être serait- 
il aisé de préciser davantage, si l'on savait 
en quelles années Danchet a été censeur. 
. En voici le titre : 

« La Civilité honneste pour l'instruction 

a des enfans, en laquelle est mise aucom- 
« mencement la manière d'apprendre à 
a bien lire, prononcer et écrire; de nouveau 
a corrigée, et augmentée à la fin d'un très- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



« 289 



[23 mai 1869. 



290 



a beau traité pour bien apprendre Tortho- 
« graphe: — dressée par un missionnaire. 
a EnsemSle les beaux préceptes et ensei- 
a gnemens pour instruire la jeunesse à se 
a bien conduire dans toutes sortes de 
compagnies. » A Trqyes, ches[ Baudot, 
imprimeur-libraire, rue du Temple, avec 
permission, in- 12, 

Dans l'intérieur du livre, au haut de 
chaque page, le titre est un peu différent : 
La civilité puérile et honnête, 

La première partie du livre, en 56 pages, 
contient tout ce oui est annoncé sur le 
titre, sauf le traite d'orthographe. A la 
suite, de la page 57 à la page 78, sont les 
126 quatrains du seigneur de Pibrac (Guy 
du Faur), suivis de 1 explication, en deux 
pages, de quelques mots anciens qui se 
trouvent dans les quatrains précédents, 
et enfin, jusqu'à la page 88 et dernière, 
d'un nouveau traité d^ orthographe, promis 
par le titre. 

Ce livre est presque entièrement im- 
primé en caractères cursifs, c'est-à-dire 
imitant l'écriture, connus en typographie 
sous le nom de caractères de civilité, La 
préface, les titres intérieurs, l'explica- 
tion des mots anciens et le traité d'ortho- 
graphe sont imprimés en caractères ordi- 
naires. 

Il suit de cet exposé que mon livre doit 
offrir quelques différences avec le livre 
primitif, quoique probablement le fond, 
c'est-à-dire les règles de civilité soient les 
mêmes. Il serait curieux de vérifier, et je 
regrette d'autant plus de ne pouvoir le 
faire que les premières éditions sont de- 
venues très-rares, comme celles de tous 
les livres mis dans les mains des enfants 
et par là même voués à la destruction. 
« Cet âge est sans pitié. » 

Dans le Manuel du libraire (3« édition, 
1820, 3« vol., p. 75, i" colonne, je trouve : 
« Pibrac (Gui au Faur de). Les quatrains. 
« De la manière civile de se comporter 
« pour entrer en mariage avec une demoi- 
« selle (par le même). Amst. Van der Ha- 
« ghen, in-80, 6 à 9 francs. » 

Cela explique pourquoi, en général, la 
Civilité puérile et honnête est suivie des 
Quatrains, lesquels présentent d'ailleurs 
d'excellentes maximes, quelquefois expri- 
mées en très-beaux vers, à mettre dans les 
mains des enfants. 

Je trouve aussi dahs la 3« partie du Ca- 
talogue de la bibliothèque de M. Dinaux, 
page 18, au n» 98 : « La civilité françoise 
« pour l'instruction de la jeunesse, ensei- 
« gnant leur devoir tant à l'égard de Dieu, 
« du prochain, que d'eux-mêmes, et pour 
« se bien conduire dans toutes sortes de 
«compagnies. y^Mons, 17 14, in- 12. 

Est-ce le même livre sous un autre titre 
ou une imitation? C'est ce que je ne sau- 
rais dire. E. G. P. 



Prussiens et Russes (V, i56).— Le pas- 
sage suivant, détaché d'un article de po- 
lémique historique, de M. Henri Martin, 
contre la Revue de l'instruction publique, 
(Journal Le Siècle, n® du samedi 27 mars 
1869, édition des Départements) n'est- il 
pas bien à sa véritable place, dans les co- 
lonnes de Y Intermédiaire: 

a Non, il n'y a pas un peuple russe qui 
soit le même peuple à Pétersbourg et à 
Moscou, à Kiew et à Lemberg. On appli- 
que ce nom de Russes à des peuples tout 
à fait difïérents d'origine, de mœurs et de 
génie, et qui n'ont de commun que d'avoir 
été sujets de diverses branches des princes 
varègues-russes. Le nom de Russien s n*çst 
pas aifférent de celui de Russes; mais le 
peuple russe, que nous appelons russien 
ou ruthène pour éviter l'équivoque, est un 
peuple purement slave, tandis que l'autre 
peuple russe, que nous appelons mosco- 
vite parce que c'est son vrai nom, n'est, 
au fond, ni slave ni européen... » Ulr. 

— Avant la constitution des Etats mo- 
dernes, on appelait indistinctement Scy- 
thes ou sarmates tout^ les diverses peu- 
plades de l'Europe septentrionale. Les 
deux monarchies russe et prussienne sont 
d'une date relativement récente : la pre- 
mière a été fondée en 1689 par Pierre le 
Grand et la seconde en 1688 par Frédé- 
ric I«^ Pierre ne tarda pas à substituer au 
nom que la postérité des Sarmates avait 
reçu de sespères,jeveuxdireàRUSSACII 
(voir Clavier, p. 246), celui de Moscovites, 
comme Moscovie à Sarmatie et à Scythie. 
Cependant les sujets de Frédéric rece- 
vaient, de la place même qu'ils occupent 
sur le globe par rapport aux Russes, une 
appellation qui nous les montre situés en 
avant et comme sur le seuil ou les mar- 
ches de la Russie. Ils sont dits encore au- 
jourd'hui et à jamais, BORVSSI, ce qui 
équivaut à PRO-RUSSI, comme BORVS- 
SIA est l'abrégé ou la syncope de PRO- 
RVSSIA. 

Au total donc, PRUSSIA, le même que 
BORVSSIA, revient à PRO-RVSSIA, 
Russie avancée; et PRVSSI, qui n'est pas 
autre que BORVSSI, laisse assez entre- 
voir PRO-RVSSI, Russes aux avant-pos- 
tes. Au fait, les Prussiens, que sont -ils, 
que les Sarmates d'autrefois, que les Mos- 
covites sentinelles d'hier? Quant à la dé- 
sinence en ES, au lieu de lENS, elle ne 
doit pas plus étonner dans les Russes que 
dans les Belges, les Druses, les Bohèmes, 
les Avares, etc.. J. P. 



La lettre X (V, 177, 262). — M. Dusein 
paraît s'étonner qu une langue possédant, 
comme la langue latine, les sons CS et 
GSy ait pu se passer pendant longtemps 
de la lettre double X qui représente ces 



N» io6.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



291 



292 



deux combinaisons. Il est bien plus éton- 
nant qu'on ait jamais eu l'idée de rem- 
placer par un signe synthétique les deux 
lettres qui exprimaient logiquement et 
analytiqucment deux articulations dis- 
tinctes. Ducs^ /^^5, valaient cent fois 
mieux que dux, lex, puisque les cas obli- 
ques, ducis, ieffïs, etc., s'y référaient tout 
naturellement. 

Nous avons reçu des Romains cette ma- 
lencontreuse lettre avec tout le reste : et 
elle n*a pas peu contribué à augmenter 
les bizarreries de notre prononciation. 
Dans beaucoup de cas, de lettre double, 
gutturale-sifflante , elle est tombée au 
rôle de sifflante pure, et remplace peu 
avantageusement la lettre 5, qui suffisait 
parfaitement à cet emploi. Maudit soit 
donc le scribe du moyen 3ge qui, sans 
doute pour se poser en savant et raffiner 
sur ses confrères, a écrit le premier che- 
V ait jc au lieu de chevaus {caballos) , et 
deux au lieu de deus{duos)! Dicastès. 



Pourquoi le Concile de Trente fut-il 
transféré à Bologne? (V, 180.) — Peut- 
être trouverait-on la source de cette anec- 
dote, d'ailleurs fort contestable, dans 
V Histoire du Concile de Trente de Fra 
Paolo Sarpi, que je n'ai pas sous la main. 
Sforza Pallavicini, historien orthodoxe 
de ce même Concile, dit u qu'il s'était dé- 
tt claré à Trente des fièvres pestilentielles, 
a accompagnées de pourpre, c'est-à-dire 
a comme l expliquait Fracastor, selon la 
« définition de Galien, des fièvres tout à 
a la fois contagieuses et le plus souvent 
a mortelles. » 

11 s'ajgit du typhus épidémique , qui 
avait fait apparition en Italie en i5o5 et 
i528. Voir, à ce sujets H. Fracastor ii de 
contagione et contagiosis morbis. Lib. II, 
cap. G; — l'étude sur Fracastor, du 
D^ Prosper Yvaren; — l'histoire des 
Maladies e'pidémiques, d'Ozanam. 
(Chauny.) D*" A. Warmont.. 

— La réponse à cette question se trouve 
dans V Histoire du Concile de Trente par 
le père Sforza Pallavicini, de la Compa- 
gnie de Jésus, cardinal de la sainte Eglise, 
mort en 1667. — Le concile était réuni 
depuis le i3 décembre 1545, la VII® ses- 
sion avait eu lieu le 3 mars 1 547. « Il sur- 
« vint, à Trente (Livre IX, ch. XII, n® 4) 
« une maladie , le pourpre, accompagnée 
« d'une mortalité extraordinaire et d'in- 
« dices de contagion sur les corps; ce 
« qui effraya d'autant plus les pères du 
a concile, que la mort s'approcha de plus 
a près : car ils virent périr de ce mal, trois 
« jours après la session, Févêque de Ca- 
« paccio et peu auparavant le général des 
a mineurs, avec quelques membres à la 
« suite des légats. » 

a N** 5. Les légats demandèrent d'abord 



[ 



i 



< Tavis^des hommes del'art sur la maladie 
« régnante ; il y avait là deux médecins 
tt étrangers très-célèbres, le premier Bal- 
ci duino Balduini, de Barga, attaché à la 
a maison du premier légat ; Vautre, Jé- 
« rôme Fracastor, de Vérone, qui avait 
« été envoyé comme médecin du concile, 
tt et qui avait la réputation du plus grand 
« médecin de son temps... 

a Ces deux médecins convinrent que la 
« maladie présentait des signes de conta- 
« gion et des symptômes de peste qui se 
« développeraient ensuite, lorsque la tem- 
« pérature serait plus chaude, et que les 
« personnes délicates y seraient plus expo- 
tt sées que les autres. C'est pourquoi Fra- 
« castor protesta qu'étant venu là pour 
a remédier aux fièvres et aux autres ma- 
« ladies ordinaires, mais non à la peste, 
« son service cessait. 

€ Ch. XV, n*» I. Les légats ordonnèrenî 
tt que Severolo, promoteur du concile, fit 
a une enquête sur l'existence de la mala- 
« die contagieuse dont on était menacé. 
« Les pères se réunirent le matin da 
« 1 1 mars dans l'église cathédrale ; ils 
« étaient revêtus de leurs habits poo- 
u tificaux... A la demande du cardinal 
a Pacheco, on lut les attestations des ώ- 
a decins, les questions faites aux témoins 
« et leurs réponses. Ces témoins étaien: 
« en grand nombre et de diverses classes. 
a Leurs témoignages contenaient que, de- 
u puis longtemps, il s'était déclaré dans 
« cette ville des maladies de fièvres pesti- 
« lentielîes , accompagnées de pourpre, 
M c'est-à dire, comme l'expliquait Fracas- 
tt tor selon la définition de Gallien, de 
« fièvres tout à la fois contagieuses et le 
« plus souvent mortelles, qu'il mourait 
« beaucoup de monde de cette maladie... 
tt Fracastor, en reconnaissant devant no- 
« taire l'attestation qu'il avait écrite en 
« particulier, y avait ajouté : Je jure sur 
« ce papier, lors même qu'on me donne- 
« rait cent écus par jour, je ne resterais 
« plus un mois a Trente, et celui qui y 
« restera s'en repentira. » 

« N°2. Cela fait, le cardinal Del Monte, 
« l'un des légats du Saint-Siège , proposa 
« le décret de translation du concile à 
« Bologne » qui fut accepté par la majo- 
rité des pères du concile. 

(Metz.) D'H. 



Les affaires, c'est l'argent des antres 
(V, 2o3). — On lit dans les Bruits de lu 
Semaine du journal le Figaro (num. du 
jeudi 18 février 1864) V entrefilet suivant, 
sous la signature de M. Jules Claretie: 

« Il est dangereux, auteurs dramatiques 
mes amis, d'avoir affaire à M. Edouard 
Fournier. 

« Lisez la Patrie d'avant-hier, et vous 
verrez que cet érudit,qui sait tout, n'ignore 
pas où vous prenez vos mots. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



•ji'^ -— ^ 



293 



[25 mai 1869* 



294 



«Ah! M. Dumas fils, vous faites dire 
ceci dans la Question d'argent : 

« — Qu est-ce que c'est donc que les af- 
faires^ Monsieur Giraud} 

« — Les affaires^ c'est bien simple, c'est 
ïargent des autres. 

a Vite, M. Edouard Fournier pique une 
note à votre dialogue, et il se trouve que 
i^otre mot a été commis, il y a plus de trois 
:ents ans, par Béroalde de Verville. » 

Ulr, 

— Comme il y a fin à tout, voici sur 
;e mot le dernier mot. M. de Montrond, 
issez libertin pour savoir par cœur les 
:ontes du Moyen de parvenir, l'y avait 
trouvé tout fait. Jugez-en: 

Il PÉTRARQUE .* Mais de quoi sont com- 
posées les affaires du monde ? 

« Quelqu'un : Du bien d'autruî. » {Le 
Moyen de parvenir, par Béroalde de Ver- 
ville, i856, in-iS, XXXIV, p. 184.) 

11 y a déjà longtemps que j'ai noté cette 
petite curiosité dans V Esprit des autres 
[4^ édition, 1861, in-i8, p. 86.). 

E. Fournier. 



La Société « Aide-toi, le ciel t'aidera. » 

V, 204). — Nous découpons, pour nos 
imis de V Intermédiaire, le petit fragment 
suivant, dans u n intéressant article consa- 
cré par M. A. Nefftzer {Le Temps , 
21 avril 1869) ^ ^^ publication récente de 
^Histoire du /Gouvernement parlemen- 
taire, de M. Duvergier de Hauranne : 
« L'homme impopulaire d'alors, M. de 
/illèle, trouvait naturel et. légitime qu'à 
a centralisation politique et admînistra- 
ive, dont il disposait, le libéralisme oppo- 
sât une action combinée et comme une 
iutre centralisation, celle de la société : 
Ude-toi, le ciel t'aidera, qui, de Paris, 
ayonna sur la France entière. Cette so- 
iété elle-même réunissait toutes les nuan- 
es de l'opposition, depuis les plus modè- 
les jusqu'aux plus avancées, depuis M. Gui- 
ot qui la présidait jusqu'à MM. Bastide 
t Thomas, du futur National. C'est par 
union de tous les efforts que la victoire 
il obtenue, etc. » Truth. 



Encore nne phrase des c Commentaires » 
3 César (V, 209). — MM. Artaud, Stof- 
1, de Saulcy, Sommer etQuicherat, tout 
1 essaim de savants de l'Université, de 
\rmée et de l'Ecole des Chartes, se sont 
icrimés à qui mieux mieux autour d'une 
mvre petite phrase des « Commentaires » 
' César. Le passage, j'en conviens, en 
iut la peine et il est de la dernière impor- 
nce , puisqu'il précise strictement le 
'éâtre d'une action décisive. Mais en re- 
inche, une telle divergence d'opinions, 
e la part des interprètes, dans un endroit 
lucide, témoigne assez que les latinistes 



s'en vont. Quoi qu'il en soit de mes re- 
grets, je me contenterai de rappeler briève- 
ment que César, au chap. 69 du livre Vit, 
entre autres détails où il entre au sujet de 
la description d'Aîesia, nous fournit les 
suivants: « En avant de la place d'Alesia, 
s'étendait une plains d'environ trois mille 
pas de longueur. — Sur tous les autres 
points, la ville était entourée de collines 
peu séparées entre elles et d'une égale hau- 
teur, a C'est donc après nous avoir mis 
sous les yeux d'une manière aussi saisis- 
sante la topographie et comme le plan 
d'Alesia, que l'historien, dans le chapitre 
suivant ou LXX« du même livre VII, nous' 
fait assister en pensée à une mémorable 
bataille et alors îl s'exprime en ces termes : 
« Une fois l'ouvrage commencé, il s'engage 
un combat de cavalerie dans une plaine 
qui à la faveur de l'interruption ou « in- 
termittence » des collines (environnant la 
ville de toutes parts, excepté de ce côté- 
là), s'étendait, comme je l'ai montré plus 
haut, sur une longueur de trois mille pas. 
— Opère instituto, fit équestre prœlium 
in ea planitie quam, intermissam colli- 
bus III millia passuum in longitudinem 
patere supra demonstravimus. » A coup 
sûr, ce texte est des plus clairs : il n'y a 
pas, il ne saurait y avoir de contradiction 
sous la plume de César, et le chapitre 70 
n'est pas un démenti donné au chapitre 69 
du Vil® livré des « Commentaires. » 

Mais, qu'il me soit permis d'en faire la 
remarque en passant, « entrecoupée » est 
un faux sens dans la version de M. Artaud, 
comme «entourée» danscellede MM. Stof- 
fel et de Saulcy. Semblablement, MM. Som- 
mer et Quicherat ont trouvé le secret de 
se tromper d'une façon toute neuve et qui 
n'appartient qu'à eux: le premier traduit 
« intermissam » par « entre » et le second 
par « encaissée. » Pourtant, quoi de plus 
simple et de plus intelligible que le récit 
du grand capitaine? Tout à l'heure il nous 
a peignait » comment Alesia est en quel- 
que sorte cerclée d'une ceinture de colli- 
nes à tous les points de sa circonférence, 
moins un; et voilà que, à présent, parce 
quil a affaire à un lecteur doué de mé- 
moire autant que d'attention, il désigne 
pour ainsi dire du doigt l'emplacement 
d'un célèbre combat de cavalerie. Si la 
plaine où se livra la bataille est aussi longue, 
c'est, dit-il, parce que à cet endroit, en 
avant d'Alesia,estinter ompue, suspendue, 
la chaîne des buttes, aes éminences qui 
partout ' ailleurs investissent et envelop- 
pent la cité. 

Toute la difficulté du passage contro- 
versé, et elle n'est pas grande, tient, com- 
me on le voit, à la signification du mot 
« INTERMISSAM, ENTRE-LAlSSEEo ^ 
ce qui est un peu bien différent de « EN- 
TRELACÉE. » Le même écrivain, dans un 
autre endroit de son immortelle relation, 
veut-il, en traitant d'une ville, qu'un fleuve 



K« 106.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



295 



296 



entoure de tous les côtés moins un, nous 
faire voir ce point unique par où elle est 
accessible de pied sec à rennemi, il ne 
manque pas de se servir de l'expression 
tout à fait identique : « Qua fluvius IN- 
TERMITTIT, » à l'endroit où le fleuve 
« CESSE D'ENTOURER » la ville. 

Depuis tantôt un ouart de siècle la Gaule 
est pour la France l'objet d'une myriade 
d'investigations et de mémoires. Il me 
semble, sauf meilleur avis, que la première 
assise du monument à ériger en 1 honneur 
du passé le plus reculé de notre patrie 
par l'élite des érudits et des philologues du 
aIX* siècle, devrait être le livre même de 
César, édité, commenté et traduit d'une 
manière vraiment digne de César. . 

J. P. 

— Je crois que l'on peut joindre H. Mar- 
tin aux écrivains qui ont compris que la 
plaine était entre les collines; car bien 
qu'en lisant ce passage de son livre il pa- 
raisse évident qu'il décrit de visu le mont 
Auxois et ses environs, il n'est pas proba- 
ble qu'il eût voulu reconnaître une plaine 
entrecoupée de collines dans celle dont il 
dit : « Du quatrième côté, une plaine d'une 
lieue de long s'étend entre les racines du 
mont et la rivière de Brenne. » Par contre, 
M. Ch. Louandretraduit : a La plaine entre- 
coupée de collines, » et le Dictionnaire de 
Noël, qui explique intermissus par inter- 
rompuy discontinué, mène à la même in- 
terprétation du passage des Commentai- 
res. Mais si tel est le sens habituel du mot 
intermissuSf ce n'est pas son sens naturel, 
celui qui résultait de sa composition. Cela 
deviendra évident si on le décompose, si 
on sépare les deux mots dont il se forme; 
et « planities missa inter colles n'aurait 
jamais donné l'idée d'une plaine entrecou- 
pée de collines. C'eût été : « colles missi 
mter planitiem, » et en coiîtractant les 
deux mots en un : « planitiei colles inter- 
missi; « car il faut remarquer que si l'on 
traduit la phrase de César par a plaine en- 
trecoupée de collines, » coÙibus se trouve 
à l'ablatif; mais il est au datif pour ceux 
qui y voient a une plaine entourée de col- 
lines ; une plaine envoyée (par la main qui 
a construit la terre) entre les collines pour 
les séparer. » Je crois donc probable que 
ce dernier sens est le véritable, et que in- 
termissus peut très-bien avoir conservé là 
sa signification primitive et étymologique. 
Ne pourrait-on pas même aller plus loin, et 
demander ce qu'est une plaine entrecou- 
pée de collines ; car si les collines ne sont 
qu'à une faible distance les unes des au- 
tres, l'intervalle qui les sépare ne se nomme 
plus plaine^ mais vallée. Si cette distance 
est considérable, ce n'est plus une plaine, 
mais deux ou plusieurs plaines séparées 
par des chaînes de collines. Cette observa- 
tion a un peu l'air d'une chicane ; mais je 
crois pourtant qu'une topographie exacte 
ne la repousserait pas; une topographie 



exacte, comme doit être celle d'un général 
qui lève le plan de son champ de bataille. 

O. D. 
— Procédons par ordre. Voici, d'après 
le texte d'une édition des Commentaires^ 
Barbou, Paris, i8o3, la description que 
donne César de la plaine qui fait l'objet de 
la question de J. Mt. : a An te oppidum 
« planities circiter millia passuum trmm in 
a longitudinem patebat : reliquis ex om- 
tt nibus partibus colles, mediocri interjecto 
« spatio, pari altitudinis fastigio oppidum 
« cingebant. Sub muro,'quae pars collis ad 
« orientem solem spectabat, hune omnem 
n locum copias Gallorum compleverant; 
« fossamque, et maceriam sex in altîtudi- 
a nem pedum praeduxerant. » Voici d'a- 
bord la traduction de Wailly : « Il y avoir, 
a devant la ville, une plaine d'environ une 
a lieue (3, 000 pas) de long; de tous côtés, 
c des collines peu éloignées et de la même 
« hauteur entouroient la place. L'ennemi, 
tt campé au pied des murs du côté qui re- 
tt garcfe l'orient, occupoit tout le coteau de 
a ce côté-là , et avait devant lui un fossé ei 
« une muraille sèche haute de six pieds. > 
De Wailly traduit hune omnem locum par 
tout le coteau,' je ne sais pourquoi il sup- 
pose que tout cet endroit était un coteau. 

Voici maintenant la traduction de J.-B. 
Varney. Paris, MDCCCX: a La place df 
« mine une plaine d'environ trois mille pas 
u de long. Des coteaux de la même hau- 
c teur, et séparés les uns des autres par de 
a petits intervalles, Fenvironnent de toutes 
a parts. Les Gaulois, campés près des murs, 
a couvraient la pente orientale de la col- 
a Une. Ils défendoient leur front par uQ 
« fossé et par un mur sec d'environ six 
« pieds d'élévation. » Ce traducteur sup- 
pose aussi oue les Gaulois étaient postés 
sur une colline. De Wailly et Varney ne 
sont -ils pas préoccupés de la nécessité 
de concilier ce texte avec celui qui doit 
suivre? 

Pour moi, je ne vois pas qu'il s'agisse 
d'une colline ; il me semble que c'est la 
plaine qu'ils occupaient. D'autre part^^ je 
ne vois pas que cette plaine ne puisse être 
entrecoupée de coteaux, distincts de ceui 
qui entouraient la place de tous les autres 
côtés. César ne le dit pas ici ; mais il se 
peut qu'il l'ait dit plus loin pour expliquer 
l'action oui doit s y passer. Voyons donc 
le second texte. Il est inutile de le répéter, 
puisque mon édition le donne absolument 
pareil à celui de M. Artaud. Examinons 
les deux traductions : 

i® Traduction de Wailly : « Pendant 
o qu'on travailloit à ces ouvrages, il se 
« donna un combat de cavalerie dans la 
« plaine entrecoupée de collines, qui, com- 
a me nous l'avons dit plus haut, avoit une 
• lieue d'étendue. » 

2® Traduction de Varney : « A peine 
« avait-on mis la main aux preniiers ou- 
« vrages, que la cavalerie gauloise et la 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



- 297 



298 



[25 mai 1869. 



: cavalerie romaine engagèrent une action 
1 dans la plaine entourée de coteaux et 
: dont nous avons déjà décrit l'étendue. » 

Le Dictionnaire latin-français de L. 
Juicherat et A. Daveluy dx)nne au mot in- 
ermissus divers sens : Cces. placé entre 
au propre et au figuré;. Cas» laissé libre, 
noccupé. Cces, séparé, espacé. 

Il ne cite pas la phrase en question, qu'il 
)araît que cite le Dictionnaire français- 
atin de L. Quicherat. 

Mais on voit que, d'après les citations 
:i-dessus, on peut entendre le texte de 
!^ésar des deux manières, et que deux tra- 
ducteurs estimés l'ont, en effet, entendu 
différemment. 

En résumé, je ne vois pas de contradic- 
tion absolue entre les deux textes de César. 
Les collines qui entouraient la place de 
tous les côtés autres que celui où était la 
plaine, sont indépendantes de celles doi^t 
la plaine pouvait être entrecoupée, et n'en- 
touraient évidemment pas cette même 
plaine. Au contraire, cette partie du texte 
semble indiquer plutôt que la plaine en 
était tout à fait dégagée. 

Je suis donc fort disposé à comprendre 
le mol internaissam collibus par entre- 
coupée de collnneSy d'autant mieux aue si 
cette plaine avait été entourée de collines, 
et par conséquent naturellement défendue, 
il n'y aurait plus eu nécessité, pour les 
Gaulois qui 1 occupaient , de l'entourer 
d'un fossé et d'un mur de six pieds de 
haut. S'ils avaient cru cette précaution 
utile ou nécessaire pour une plaine proté- 
gée par des collines, ils en auraient fait au- 
tant des autres côtés de la ville entourés 
de collines, et Le texte ne dit pas qu'ils eus- 
sent jugé ces fortifications naturelles in- 
mffisantes. L'immense étendue donnée par 
César à ses circonvallations prouve qu'il se 
tenait loin de ces dernières collines, faciles 
\ défendre sans l'adjonction d'un fossé et 
l'un miu*. E. G. P. 

Inscription rétrograde (V, 210). — Sit 
jra tuta ratis. Mot à mot : Que le vais- 
eau, ratis, soit, sit, ara, un asile, un re- 
uge, tuta, sûr. On trouve dans tous les 
lictionnaires latins ara avec le sens d'asile, 
le refuge, de lieu de sûreté. 

Chez les anciens, ceux qui étaient per- 
écutés, poursuivis, souvent pour être mis 
i mort, se réfugiaient dans les temples 
omme dans un asile inviolable et embras- 
aient l'autel. En commandant un vaisseau 
olide, celui qui le fait construire semble 
lire que ce soit un lieu de sûreté pour les 
lommes et les choses. ' 

(Alençon.) G. E. D. 

^ — Dans ses Amusements philologiques, 
j. Peignot constate que les phrases retro- 
jrades sont des jeux de mots qui souvent 
l'ont aucun sens. 
Cependant, si M. L. A. eût comme moi 



consulté son dictionnaire, je pense qu'il 
eût traduit l'inscription : Sit ara tuta ratis 
par : L'autel est le refuge des vrais croyants, 
ou, en d'autres termes : L'Eglise est l'asile 
des fidèles. Il est vrai que, dans la chanson 
des Capucins, Béranger traduit ratis par 
cuistres; mais il ne savait pas le latin. 
(Vendôme.) A. D. 



Calendriers nouveaux (V, 210). — Sui- 
vant Boccace {IlDecamerone. Giornatall, 
novella X) un vieux juge de' Pise, Messer 
Ricciardo di Ghinzica, avait, pour son 
malheur, réglé ses rapports intimes avec 
sa femme sur un calendrier de son inven- 
tion. Notre bon fabuliste et joyeux con- 
teur, La Fontaine, a rimé gaillardement 
cet essai de réforme sous le titre du Ca- 
lendrier des Vieillards. 

(Lyon.) V. de V. 

— Dans le dernier numéro (22. 1«' mars) 
de VEcho des bibliophiles publié par Bail- 
lieu, libraire à Paris, quai des Grands-Au- 
gustins^ 43, je rencontre, au n® 7796: 
tt Heures nouvelles à l'usage des magis- 
(c trats et des bons citoyens. S. L. (sans 
a lieu) 1776. I vol. in-i2. — Volume rare, 
a Les samts du calendrier sont remplacés 
a par des noms d'hommes; la grand'- 
a messe est chantée par un conseiller 
a clerc ; les Commandements de Louis XVI 
a à M. de Miromesnil sont à la place 
tt de ceux de l'Eglise, etc. » 

E. G. P. 

Le mot dégommer (V, 210) — vient 
bien de gomme. 

N'est-ce pas la gomme qu'on emploie 
pour donner à une étoffe la roideur, le 
poli, l'éclat? Quand cette étoffe est dé- 
gommée, elle a perdu son lustre, elle est 
devenue chiffon. Un homme maladif, 
souffrant, est, dit-on, dégommé. C'est une 
expression très- juste et qui fait image. 
Voyez ce préfet, à la démarche roide et 
fière, au regard olympien. Il fait trembler 
son département. — Vienne un simple 
télégramme, trois mots.... Il est démis- 
sionné — non, il est dégommé. Son œil 
se voile, sa roideur s'affaisse. (J'en ai 
connu un qui avait perdu en une nuit dix 
centimètres de sa taille). Le frac vulgaire, 
ou le démocratique paletot-sac, a rem- 
placé l'habit brodé. Dégommé I oh oui, dé- 
gommé ! 

Bon PioT. 

— La gomme étant une 'matière qui sert 
non-seulement à enduire, mais encore à 
attacher, et coller, il n'est pas étonnant 
que ce terme populaire ait été composé 
de de , qui signifie primitivement sépara - 
tion, l'action d'écarter et même de détruire 
et de gommer, attacher; </^^ammer, déta- 
cher, arracher, rejeter. 



N« io6.] 



L'iriTERMÉDIAIRE 



- 299 



— 3bo 



Quant à décoller^ ce mot ne vient pas 
de colle, coller, mais àtcollum^ col, cou, 
et de de, séparer, séparer le cou de la 
tête. 

(Alençon.) C. E. D. 

Hotmaics de Henri V (V, 212;. — 
M. Z. A. pourra, dans l'ouvrage suivant: 
« Souvenirs numismatiques de la révolu^ 
tion de 1848. — Recueil complet des Mé- 
dailles, Monnaies et Jetons qui ont paru 
en France depuis le ^2 février jusqu'au 
20 décembre 1848. — Parts^ chetç 
J.. Rousseau, rue du 1^ février, 3i. Pa* 
lais-National, — Imprimerie d'E. Du- 
verger, » Un vol nit in-4' de IV-i 1 1 p. 
p. et de LX piunches lithographiées. 
(Sans date) — trouver les fac-similé — 
reproduits par la lithographie — de cinq 
Médailles historiques, frappées en 1848, 
en bron^^e, — en cuivre doré, — en étain, 

— et en cuivre argenté, jaune et rouge, 

— à Teffigie du prince « Henri de France 

COMTE DE ChAMËORD. » 

(Vid. loc. citât: I» Planche XXXIII* 
nos y^ — 16 et 11; 2» — Planche LV«, 
n« 6; 3 — Planche LX. n» 5). 

Ulric. 



Histoire diiBourbonaaisCV, 21 3). — Je 
ne puis donner aucune indication sur 
l'histoire manuscrite du chanoine de la 
collégiale de Moulins, mais cet auteur 
n'est pas le seul qui ait commencé par le 
déluge. Je me souviens avoir vu sur les 
quais, il y aune quarantaine d'années, une 
histoire du Portugal depuis les temps les 
plus reculés (que je regrette bien de n'a- 
voir pas achetée), laquelle débutait par ces 
mots : Lorsqu 'après le déluge l'arche de 
Noé s'arrêta sur le mont Ararat... 

Z. A. 



Quelques vers à contrôler (V, 227). -— 

10 Avec ces vils rebuts de la terre et du feu, 
On a pour se tuer le tonnerre de Dieu. 

(Lamartine, Toussàint-Louverture, 
acte V, se. 11.) 

2® Les vers attribués à d'Arlincourt se 
trouveraient, d'après la Nouvelle Biogra- 
phie générale et la Revue anecdotique de 
1868, n° 2, dans le Siège de Paris, tragé- 
die jouée une fois au Théâtre-Français 
en 1027; on y rencontre, dit-on, aussi \qs 
suivants : 

Au pays de mon père on m'appelle à régner. 

— A genoux! à genoux! 

— Arrête, tache, ar- 

[rétef 

Et celui-ci, le sublime du genre : 
Sur le sein de l'épouse il écrase Vépoux, 
Probablement, on lui en a prêté quel- 



ques-uns. Il est vrai qu'on ne prête qu'aux 
riches. F. -T. Blaisois. 

— Les Gttêpes d'Alphonse Karr, dans 
le passage suivant (octobre 1842), se char- 
gent de répondre agréablement à Tune des 
questions posées. 

a — M. Adolphe Dumas — qui n'est nul- 
lement parent a'Alexandre Dumas, -ren- 
contra celui-ci dans un couloir, le jour de 
la première représentation du Camp da 
Croisés, — pièce dudit M. Adolphe Du- 
mas, — dans laquelle — les ennemis de 
l'auteur ont prétendu avoir entendu ce 
vers : 

Et sortir d'ici-bas comme un vieillard en son, 

qu'ils écrivent et prononcent : 

... comme un vieil hareng saur. 

a— Monsieur.ditM. Adolphe àM. Aîexa: 
dre, — pardonnez-moi de prendre un pe: 
de votre place au soleil, mais il peut hier. 
y avoir deux Dumas, comme il y a à:ii 
Corneille. 

a — Bonsoir, Thomas! dît Alexandre, en 
s'éloignarit. » Truth. 



« Les Gnenz, Patrie, etrâssedio diÂrlen 
CV, 240). — L'épipramme citée est i-. 
Gacon, ainsi que la suivante sur le même 
sujet des deux comédies de Regnard et de 
Dufresny. 

Deux célèbres joueurs» Tun riche, et l'autre 

[gueux. 

Prétendaient en public donner leur caractère, 
Et prétendaient si Fort à plaire, 

Qu'ils tenaient en suspens les esprits curieui. 

Mais, dès que sur la scène on vit les comédies 
De ces deux écrivains rivaux, 
Chacun trouva que les copies 
Ressemblaient aux originaux. 

Gacon était l'ami, ou plutôt le parasite. 
de Regnard; mais, (après sa mort sans 
doute) il prétendit avoir dans la question un 
intérêt personnel comme ayant lui-mêniw 
fait ou du moins versifié le Joueur de Re 
gnard. a Ce fut à Grillon où Regnard avait 
une maison de campagne qu'il aimait beau- 
coup. Il enfermait Gacon dans une cham- 
bre d'où ce dernier n'avait la liberté de 
sortir, qu'après avoir averti par la fenêtre 
combien il avait fait de vers sur la prose 
dont Regnard lui donnait le canevas. Ces: 
de Gacon lui-même que l'on tient cette 
anecdote. » C'est justement là ce qui la 
rendait suspecte Aussi, n'est-elle aujour- 
d'hui répétée dans les éditions de Regnatu 
que pour y être traitée de calomnie e; 
d'absurdité. 0. D. 



Benserade et sa maison de GentiUj 

(V, 228). — Il est bien difficile de dire 

quelle est la véritable orthographe du 

, nom de Benserade, car tantèi ce poÊtc 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



3oi 



302 



[25 mai 1869. 



signe Benserade (lettre adressée à Bayle, 
le 18 mai i685, et citée par l'habile cri- 
tique dans son Dictionnatre)^ tantôt Bens- 
serade (lettre adressée au chancelier Sé- 
çuier, vers 1659, et publiée par moi dans 
eBulletindu BouquinistedvL i^août 1866.) 
['aurai l'occasion de publier prochaine- 
ment plusieurs autres lettres de Bense- 
•ade, qui offrent toutes la même signature 
5ue la lettre à Séguier. Les contemporains 
le Benserade n'ont pas moins varié que 
ui-même. T. de L. 



Ambroise Paré était -il Iiagaenotf 

(V, 234). — Je me suis quelque |)eu occupé 
d'Ambroise Paré, sans m'attacher, je l'a- 
voue, à élucider le point litigieux. Les 
principales biographies médicales n'ont 
lamais mis en doute qu'il fût huguenot, et 
je sais un docte professeur de la Faculté 
ie Paris dont la famille a possédé des pa- 
piers provenant des ascendants dé Paré, 
réfugiés en Suisse lors des regrettables 
avanies faites aux protestants. Que ce cé- 
lèbre chirurgien soit mort catholique, OU 
qu'il se soit laissé faire catholique, cela 
n'aurait rien de bien extraordinaire, si 
l'on veut bien se reporter à cette époque 
tourmentée; hiais un acte de décès n'est 
pas un acte à^abjuration , et les parents 
de Paré ou les témoins de sa mort, ont 
fort bien pu le. déclarer catholique, sans 
même l'avoir consulté à cet égard. 

A. DUREAU. 



Les candidatures ôfQcieliès aux Etats 
jénéraux de 1614. — Lors d'une récente 
liscussion au Corps législatif, on s'est de- 
iiandé, à propos des candidatures offi- 
'ielles, si elles existaient sous l'ancien ré- 
gime, et, pressé que l'on était d'arriver au 
:ôté actuel et pratique, on n'a pas autre- 
nent insisté sur la question. Nous autres, 
ipéculalifs, qui n'avons rien de mieux à 
aire, nous la relèverons, et sans multiplier 
les exemples qu'une étude spéciale du su- 
et nous permettrait de citer ici, nous nous 
ipntenterons. de reproduire une lettre iné- 
lite dont nous possédons l'original. Elle 
|î>t de Henry de Bourbon» père du grand 
-onde, qui venait de se mettre à la tête 
les mécontents, et d'imposer à la reine 
\larie de Médicis la convocation des Etats 
généraux. On sait qu'il paya plus tard de 
quelques années de prison la pression qu'il 
ivait exercée sur elle dans cette circon- 
5 ta lice. 

« Madame, 
« Je renvoie Virey, mon secrétaire, par 
«ievets Vostre Majesté pour les subjects 



qu'il luy dira de ma part, luy faisant par- 
ticulièrement plainte de ce que, contre la 
liberté promise par le traitté aux Estats 
généraux, il se fait des brigues dans les- 
quelles on se sert du nom de Votre Majesté 
et de son autorité allant jusques là de dire: 
« La royne veut que tel soit esleu, » comme 
il se voit par vne lettre escrite à Mons»" de 
la Frette, mise au greffe de Belesme, où 
Sa Majesté luy commende de le faire es- 
lire, ou le bally du Perche, dont je n'ay 
rien à dire, aiant eu la pluralité des vois; 
rtiais de la Marche, on m'a auerty que Vie 
Sa'nt-Maixant aiant eu de semblables com- 
mendemens par surprise, prétend estre es- 
leu au préjudice des s" de Chastelus et 
Saint-Georges, ayant eu cinquante-sept 
vois de plus que luy; le mesme a esté dans 
l'élection du tiers estât au fait de gens que 
je ne connois et n'ay jamais veu, sur quoy 
on attend des lettres patentes. Mais je 
ni'asseure que Vostre Majesté rejettera ces 
violences, et laissera aux provinces, sans 
brigue ny autorité, la liberté de se plain- 
dre et chercher remède à leur foule et à 
ces MM. de Chastelus et Georges Thon- 
neur de leur eslection par la pluralité des 
vois. Au surplus, Vostre Majesté congnois- 
tra tousjours que quelque mespris qu'on 
face de moy, je ne pers la volonté ny le 
courage de la servir, et que je le feray 
près du Roy et d'elle fort utilement et à 
son contentement particulier, s'il luy plaît, 
par celluy de son conseil que je l'ay su- 
plîé de m'envoier me donner ses commen- 
demens, et Vostre Majesté aura la gloire 
d'estre royne de parolle, exécutant le sur- 
plus du traitté par le desarmement, et 
laissant toute liberté aus Estats, les tenant 
au temps promis. Quant à moy, je suis 
tout prest de contribuer tout ce' qui des- 
pendra de mon seruice et de moy à vous 
faire conghoistt-e que je suis et veus estre à 
jamais, 

a Madame, 

« Vostre très humble et très 

obéissant serviteur et sub- 

ject, 
« Henry de Bourbon. » 
De Nevers, ce xxiii* aoust 1614. 

Pour copie : E. J. B. R. 



Olivier élu empereur à Paris. ■— Que va 

dire Son Exe. M. Rouher, lui, vice-em- 
pereur de par M. Emile Ollivier, en lisant 
ce fait- Paris? 

Il y avait une fois, — ceci n'est pas un 
conte, — un bourgeois de Paris nommé 
Olivier qui excellait dans l'art de viser 
juste, et dont les traits lancés d'une main 
sûre ne manquaient jamais le but. Pen- 
dant plusieurs années, le bruit de ses suc- 
cès étonna non-seulement la ville, mais 
encore ceux de sa Compagnie. Si bien que 
ceux-ci, jaloux d'honorer son rare mérite par 



N- io6.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 mai 1869. 

3o3 — 304 

compagnie à se dresser et rendre studieux 
de ce noble jeu de Iharquebuse; 

vA cette considération, nous maistres 
susdits avons convoqué et assemblé gêné- 
rallement tous nos confrères chevalliers en 
nostre commun hostel et jeu, qui, tout 
unis de mesme voix et volonté, avons en- 
semblement accordé et consenti, et voul- 
ions qu*il soit ainsi pour ladvenir, Assavoir 
que dorsenavant icelluy Olfvier, en nos 
assemblées générales et particulières des 
chevaliers confrères en nostre d. hostel, 
luy sera déféré lieu honnorable, respecté et 
appelle Empereur, le tenant tousjours 
franc en tous prix et joyaulx gui seront ei- 

Ï)osés et mys pour lobjet dudit jeu comme 
'ayant de bon droit mérité, et faict libéra- 
lement les droits, debvoirs et solemnités re- 
quises à sa grade, auxquels honneur, grade 
et franchise pourront pareillement parve- 
nir tous aultres de nostre corps, après avoir 
gaigné les mesnpes grades qua raicts led. 
Olivier, et où il se présentera cy après 
aucun différent concernant le corps ne 
pourra estre vuydé ne terminé sans y ap- 
peller iceluy Olivier, si non en cas d'ao- 
sence ou légitime empeschement, le tout 
sans préjudicier aux cfroicts du Roy et pri- 
vilèges acoustumés : etauctorisant tout ce 
que dessus, avons arresté qu'il en sera faict 
ung article qui sera inséré dans nos ordoo 
nances. En tesmoing de ce, nous avons si 
gné et tous les chevaliers le présent statut 
et introduction du nom d' Empereur. Faict 
en nostre dict hostel et jeu, le jeudy vfug- 
tiesme jour d^aoust mil cinq cens quatre 
vingts et douze. » 

Suivent quatorze signatures, auxquelles 
nous nous permettons de substituer la nô- 
tre, pour certifier la rigoureuse exactitude 
de la susdite copie du document qui se 
trouve en original aux archives de la préfec- 
ture de la Semé : Registre des Chevaliers 
du Noble Jeu de V Arquebuse de Paris. 

Ynnaoj Tnias. 



une distinction exceptionnelle, relevèrent 
pour lui le titre d'EMPEREUR, qui lui fut 
conféré par plusieurs... dizaines de voix. 

Olivier^ qui n'était jusqu'alors qu'un 
très-adroit confrère, devint l'homme à la 
mode, l'homme de la situation, comme on 
dit aujourd'hui. Sa place fut marquée aux 
assemblées^ où l'appela le suffrage univer- 
sel de ses compagnons d^armes^et pas une 
affaire ne se traita sans lui. 

Olivier était-il ambitieux? Je serais tenté 
de le croire; car je vois qu'il prenait, dès 
1 589, ce titre d'Empereur qui ne lui fut 
conféré officiellement qu'en 1692. Il le 
garda jusqu'en i595, l'espace de sept an~ 
néeSy après quoi l'on n'entendit plus parler 
de lui. 

Je ne connais de son gouvernement 
qu'un acte; mais il aurait dû suffire pour 
recommander son nom à la postérité. Il 
paraît au'avant son règne, les confrères 
qui amoitionnaient l'un des trois grands 
pouvoirs de la compagnie ne se faisaient 
point faute d'employer des voies tortueu- 
ses pour arriver à leurs fins. Olivier, qui 
voulait élever la franchise à la hauteur 
d'un principe, édicta le décret suivant : 

a A esté arresté quavant que jouer njr 
thirer aulcuns des dits trois grades^ ung 
chacun, chevallier fera le serment devant 
VEmpereur de bien jouer et thirer sans 
aucune fincte ny tromperie. » 

Et cependant le nom même de cet O/i- 
vier resterait inconnu, si le hasard, — ce 
dieu toujours malin qui semble avoir fait 
un pacte avec Y Intermédiaire^ — ne nous 
avait permis de retrouver, dans la pous- 
sière d'un greffe, le document essentielle- 
ment historique et parfaitement authenti- 
que dont la teneur suit : 

o NOUS Adrian de Joudoigne et Jac- 
ques Guerrineau, maistres gouverneurs et 
chevaliers de la confi-érie instituée en l'hon- 
neur de Dieu soubz le nom de Madame 
saincte Barbe, bourgeois et manyans, par 
exercice et jeu, les armes de Iharquebuse 
en ceste ville de Paris, cappilale du 
royaulme de France, en nostre hostel et 
jeu des bourgeois et chevalliers de lad. 
confi-érie : Déclarons à tous de nostre 
corps et compagnie qui sont de présent et 
à tous aultres qui viendront à l'advenir. 
Après avoir veu dans nos registres annuels 
et Journaulx, que notre confrère et che- 
vallier Ajlexandre Olivier, bourgeois de 
ceste d. ville de Paris, conducteur et garde 
des engins de la monnoye du Roy, esta- 
blie en l'isle de son pallais , a par sa dex- 
térité aud. armes laict par trois années 
suyvantes les quatre meilleurs coups d'ar- 
quebuse en nostre j eu , par lesquels a gaigné 
et emporté les trois coronnes d'or, chose 
vrayment digne destre par nous solennel- 
lement recogneue, tant pour gratiffier et 
décorer la vertu d'icelluy Olivier, que 
pour accourager tous aultres de notre 



Mena propos sur un tableau du SaloD 
de 1869.— 

Le tableau de Monsieur Lazerges 
Nous arrive avec les asperges : 




Mais j'aime bien mieux les asperges ! 

Baron Brisse. 

On sait aue le tableau de M. Lazerges 
représente le Foyer de VOdéon^ un jourdff 
première représentation. Toute la littéra- 
ture dramatique du jour et toute la criti- 
que du soir s*y groupent autour de M. Ca- 
mille Doucet. Le public n'est pas de l'avis 
du célèbre gastronome ; il plante là les as- 
perges pour se grouper devant la toile de 
M. Lazerges et admirer les gants violets 
de M. Doucet. 



Pnif . .- Tvp, d«.Gh. Meirve», ruo Cnjftt 1>. — ^^ 



^nméroiO?. 



Chtnhettt 
«Otw tratnere*. 



QVJIQOI 



«ntr'a<d<r. 



(Ojninl869. 



£2ntettnéhiaïtt 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, Vs^OTES and QUERIES français.) 



3o5 c 



3o6 



La dernière joie d'un érndit. 

• 

Nous avons reçu la lettre suivante, que 
aous avons demandé la permission de por- 
ter à la connaissance de nos lecteurs : 

i A M, le Directeur de l'Intermédiaire. 

«Paris, 28 mai 1869. 
a Monsieur, 

« Nous avons été bien touchés de Taffec- 
ueuse mention <iue vous avez donnée dans 
'Intermédiaire à la mémoire de mon oncle 
-e Roux de Lincy. Ma tante m'a chargé 
le vous exprimer tous ses remercîments, 
uxquels je me permets de joindre les 
QÏens. 

« Peut-être apprendrez-vous avec intérêt 
jue mon pauvre oncle a trouvé sa der- 
rière joie d'érudit dans cette réponse de 
Intermédiaire à laquelle vous faites allu- 
ion.Nepouvan-t plus lire lui-même, il nous 
vait demandé souvent, dans le cours de ce 
)Dç et douloureux hiver, si r Intermédiaire 
vait répondu à sa question sur Sauvai. 
lUssi, quand parut le numéro du 2 5 avril, 
û M. G. Saint-Joanny publiait pour la 
remière fois les actes de naissance et de 
écès de l'historien de Paris, je m'empres- 
li de l'annoncer au pauvre malade, tout 
1 doutant qu'il pût me comprendre, tant 
était, à ce moment, absorbé par le mal! 
î me trompais : le réveil fut momentané, 
ais complet. Mon oncle me fit lire l'ar- 
:1e, l'écouta avec pleine connaissance, et 
moigna sa satisfaction en quelques pa- 
ies dites avec effort, mais avec l'esprit 
^\\is présent. Ce fut, je crois, la dernière 
arque d'intérêt qu'il ait donnée à ses 
ers travaux. Nous étions déjà bien près 
i triste dénoûment, et les rares signes de 
nnaissance qu'il donna depuis appartin- 
it, comme il était juste, à sa roi reli- 
ïuse et à ses affections de famille, 
a J'ai pensé. Monsieur, que, tout tristes 
'ils fussent, ces détails auraient quelque 
'uceur pour votre amitié. 
« Veuillez, je vous prie, agréer, etc. 
« Gaston de Bourge. » 

Lorsque nous tracions rapidement, au 
çu de la triste nouvelle, les dernières lignes 
acées en tête de notre dernier numéro, 



nous n'osions espérer que M. Le Roux de 
Lincy eût pu prendre sa part de la décou- 
verte qu'il avait si heureusement provoquée 
et qu'il souhaitait si ardemment, depuis 
la publication de ses articles sur Sauvai 
dans le Bulletin du Bibliophile, Nous re- 
mercions M. de Bourge de nous avoir fait 
connaître ce fait intéressant et vraiment 
touchant, qui méritait d'être publié ici et 
ne trouvera insensible aucun membre de 
la famille des chercheurs et curieux. 

Or ça, serrons les rangs, en prenant le 
deuil de nos anciens, et, autant qu'il peut 
dépendre de chacun de nous, tâchons de 
stimuler chez les jeunes le goût de Vinves- 
tigation historique et littéraire, le zèle de 
la mutualité intellectuelle; d'allumer enfin 
ce feu sacré qui, après l'avoir animée et 
ennoblie, ne s'éteint, on le voit, qu'avec 
la vie. Vital lampada tradant! G. R. 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 

— Epigraphie — Biographie — Bibuographib 

— Divers. 

Une lettre autographe de Rabelais à re- 
trouver. — Les journaux anglais ont an- 
noncé, il y a peu de temps, que, dans une 
vente publique d'autographes qui a eu Heu 
à Londres, on avait adjugé à 5o livres ster- 
ling une lettre de Rabelais à Budé, en grec 
et en latin. 

Nous connaissons deux lettres de Budé 
à Rabelais; l'une débute par une phrase la- 
tine ; elle est ensuite en grec : elle est da- 
tée du 6 des calendes de février. L'autre 
est en latin mêlé d'une foule de mots 
grecs; elle porte la date de la veille des 
ides d'avril (i52i). La première est dans 
l'édition des lettres grecques de Budé, Pa- 
ris^ 1^74, in-4, p. 140. (M. Delécluze en 
a traduit un fragment, p. 14 de sa Notice 
sur Rabelais,) 

La seconde figure dans les Budœi Epis- 
tolce {ex officina Badii, i52i, in-8). Je ne 
crois pas que les éditeurs français de ï Ho- 
mère bougon (ainsi le nommait Charles 
Nodier) aient reproduit ces deux épîtres. 

TOME V. — 1 1 



Ne IO7.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



307 



3o8 



On ne les rencontre ni dans Tédition de 
de TAulnaye, ni dans le tome VIII de l'é- 
dition dite Variorum, mais on les retrouve 
p. i36o-i369 du second volume [Leip- 
^igy i83q) du Rabelais traduit en allemand 
et complément commenté par M. C. Ré- 
gis. Quoi qu'il en soit, il serait à désirer 
que l'heureux possesseur de la lettre de 
Rabelais voulût bien la livrer à Timpres- 
sion. Quelqu'un des correspondants que 
r Intermédiaire possède dans la Grande- 
Bretagne ne voudrait-il pas se charger des 
démarches nécessaires pour atteindre ce 
but? Auguste Turben. 



Ces Gaulois sont fiers 1 — A. Granier de 
Cassagnac, dans le journal le Pays, vient 
d'adresser une Lettre à M, Duruy sur 
V Ecole pratique des hautes études^ lettre 
où il rappelle (c'est le mot de la fin) que 
les Gaulois, par cette déclaration ou ils ne 
craignaient rien, si ce n'est la cnute du 
ciel, « motivèrent cette réflexîon du grand 
Macédonien : Ces Gaulois sont fiers! » 
Alexandre a-t-il jamais ainsi parlé de nos 
pères? Je ne le pense pas. Le savant aca- 
démicien Sainte-Croix ne le pensait pas 
non plus, lui qui, dans son Examen criti- 
que des anciens historiens d'Alexandre le 
Urand, a dit si judicieusement : a Ce ré- 
cit qu'Arrien a tiré des Mémoires de Pto- 
lémee, comme le texte de Strabon le 
prouve, pourrait bien être quelque épisode 
inventé pour orner l'histoire d Alexandre. 
Les Celtes seraient-ils venus, sans aucun 
motif, prostituer leur hommage à un 

Î)rince avec qui ils n'avaient rien à démê- 
er? » T. DE.L. 

Un poème de Pibrac. — C'est d'un tout 
petit poëme qu'il s'agit ici, d'un poëme 
composé seulement de six quatrams, et 
intitulé : De la manière civile de se com- 
porter pour entrer en mariage avec une 
demoiselle. Ces six quatrains, qui intéres- 
sent tant de jeunes gens, n'ont été impri- 
més qu'une seule fois, à la suite des cent 
vingt-six Quatrains si connus (Amsterdam, 
VanderHaghen, in-8). Le Catalogue de La 
Vallière (n*» 3 169) assure qu'il n'existe 
qu'un seul exemplaire de l'édition de Van- 
der Haghen. Mais si les quatrains sur le 
mariage sont, en tant qu'imprimés, d'une 
aussi effrayante rareté, peut-être existent- 
ils en assez grand nombre à l'état de co- 
pies. Je viens donc prier ceux des lecteurs 
de l'Intermédiaire qui seraient assez heu- 
reux pour posséder une de ces copies, de 
vouloir bien la confier aux presses de no- 
tre petit journal. Des renseignements dé- 
taillés sur l'édition d'Amsterdam seraient 
bien accueillis aussi. Qu'on se le dise! 

T. DE L. 



I 



Deux questions à propos du cardinal 
d'Estrées. — Pourquoi a-t-on attribué au 
cardinal d'Estrées (Voir Nouvelle Biogra- 
phie générale, t. XVI, col. 629) les vers 
sur la Violette, qui sont peut-être les plus 
gracieux de tous ceux qui forment la Guir- 
lande de Julie, etaue tout le mondeatou 
jours cru devoir donner à Desmarets de 
Saint-Sorlin ? 

D'Alembert (Histoire des membres de 
V Académie, t. III) raconte que le car- 
dinal d'Estrées fit des vers galants pour 
Madame de Maintenon. Je n'en crois rien, 

et vous ? EUQ.ORRAL. 



Gomme pour l'amonr de Dieu. — Faire 

une chose a comme pour l'amour de Dieu: 
se dit généralement d'une chose que l'on 
fait avec peu d'empressement. Quelle est 
l'origine de cette locution, et commeoi 
l'explique-t-on ? P. d'à. 



L'Orbilianisme.— Je lis le titre de l'ou- 
vrage suivant, dans un catalogue de livres 
anciens, à prix marqués, de la librairie 
Hénaux : Mémoires historiques sur lOr- 
bilianisme et les correcteurs des Jésuite, 
avec la relation d'un meurtre..., etc.{Sm 
lieu), IJ64. Petit in-12, avec figure rt 
présentant la flagellation d'un élève. 

Quel était le sens exact de ce mot: 
Orbilianisme ?Wïent-ïl du latin orbile.ck- 
conférence (d'une roue)? Je ne le tncwve 
mentionné nulle part dans les dictionnai- 
res que je possède, ni dans Furetiêre Jin- 
folio, 1727), ni dans Trévoux (grande édii., 
177 1), ni dans Douillet (uictionnain 
des Lettres, Sciences et Arts), ni dans 
Chéruel (Dictionnaire des Institutions, 
Mœurs et Coutumes de la France), ni dans 
PoiTEvm (Dictionnaire de la Langue Jraur 
çaise) , ni même dans le Dictionnaire dt 



l'Académie. 



Ulric. 



La chanson a Le Pipy. > — Dans un chas 
sonnier du XVI® siècle, dont je possède. 
je crois, le seul exemplaire connu{Recud 
de plusieurs chansons spirituelles, i555, 
in- 16), il manque malheureusement deui 
pages (5i, 52), ce qui fait que je n'ai pas la 
tête d'une chanson dont voici la fin, telle 
que me la fournit la page 53 : 

Pour les ruffiens qui vont de nuict, 
Le pipy. 

Pour le joueur qui se destruict 
Et pour ryvrogne mal instruict. 
Le pipy. 

Pour vivre en ce monde icy, 
Aisément sans avoir soucy, 
Le pipy. 

On voit que cette bribe appartient à une 
, de ces moralités rimées et chantées que la 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo juin 1869* 



309 



3io 



Réforme fit naître et répandit en France 
parmi le peuple. Que signifie au juste son 
bizarre refrain le pipy? Quelqu'un con- 
naîtrait-il la chanson en son entier ? 

B. 



Marie Mir aille, sorcière. — Au dos d'un 
vieux portrait de femme, je lis sur la toile : 
Mafie Miraiîle^ peinte par Nicolo en Van 
1574. Et sur un petit carré depapier jauni 
par le temps, (jue Ton a recollé au-dessous 
de cette inscription, lors du rentoilage, se 
trouve écrit : a Marie -Dominique Miraille, 
accusée de magie, fust pendue et estran- 
glée, puis bruslée à Paris le 27 fesvrier 
i587. Peinte par Nicolo, peintre du duc 
de Guise. » Cette mention est-elle exacte ? 
Le fait est-il constaté à la date indiquée ? 
Connaît-on un peintre du duc de Guise du 
nom de Nicolo? S. D. 



La duchesse d'Aiguillon et un verset des 
Actesdes apôtres. — J'ai brocanté un grand 
portrait de femme endommagé par les vi- 
cissitudes du temps, mais dans lequel je 
soupçonnais le pinceau de Nattier. C'est 
bien, en effet, une toile de ce peintre, et la 
tête est demeurée intacte. Au bas, on lit : 
Anne - Charlotte de Crussql, épouse 
d'Aimé (?) Louis de Vignerod du Ples- 

SIS-RlCHELIEU, DUC d'AiGUILLON. 

Le plaisant, c'est que sur un livre ou al- 
hum, que la duchesse tient de la main 
gauche, on voyait cette inscription : Dé- 
claration DES Droits de l'homme et du 
CITOYEN. — Art. i«'. Le but de la société 
est le bonheur. — Or, j'ai retrouvé sous 
cette inscription de circonstance., et qui 
porte bien sa date, l'inscription primitive 
ainsi conçue : Durum est enim contra 

STIMULUM RE... (?) TRARE. ActeS dcS ApÔ' 

très y chap. IX y verset... (?) 

Ce texte est évidemment ici un prétexte 
't une allusion à ï aiguillon (stimulus). 
Maisjenele trouve pas à l'endroit indi- 
îué. Y a-t-il erreur dans l'indication de la 
iource? Quel est le verset au complet, et 
îuel en est ici le sens occasionnel? 

Har. 



Fava, graveur de médailles.— Pourrait- 
m me fournir quelques indications biogra- 
)hiques sur l'artiste Fava, qui grava des 
nédailles françaises ou belges vers 1670? 
)on nom semble indiquer qu'il était ori- 
[inaire soit de l'Artois, soit de la Flandre 
rançaise, car on l'y rencontre encore. Je 
erais aussi fort reconnaissant aux numis- 
uates qui voudraient bien me signaler 
[uelques œuvres sorties de son burin, et 
ne citer les collections publiques ou par 
iculières où elles se trouvent. Le Catalo- 
gue de lA. poulhariès (Lyon, 1767), dé- 
:nt, page 49, une œuvre de cet artiste; 



c'est tout ce que j'en sais jusqu'ici, et je 
serais heureux d'en savoir un peu davan- 
tage. 

(Douai.) A. P. 

Un' buste de la Dnthé. — Quel est l'au- 
teur du buste de la Duthé, pour lequel la 
Correspondance secrète (i" juin 1776) 
proposait les vers suivants : 

Je voulais, beauté sans égale, 
Faire de vous une Vénus en pié. 

Mais il vous plaît d'être en vestale : 
De votre corps je n'ai pris que moitié. 

(Auch). H. Vienne. 



L'Hirondelle de Carie Vernet. — Sait-on 
ce qu'est devenue — depuis la fermeture 
du Café de For, au Palais-Royal, — la 
célèbre hirondelle peinte par Carie Vernet 
au plafond de cet établissement ? 

Ulr. 



Les incas du Mexique. — Dans plusieurs 
de ses romans, M. Gustave Aymard parle 
des incas du Mexique : dans les Ganwuci- 
nos entre autres, il qualifie Mocteku^omay 
vulgairement M(t}«fef«mtf, de « dernier em- 
pereur incas du Mexique. » N'ayant pu, 
malgré toutes mes recnerches, parvenir à 
découvrir le moindre incas dans l'histoire 
de ce pays, je serais heureux si quelque 
abonné de V Intermédiaire pouvait m'indi- 
quer à quelle source M. Aymard a puisé 
ses incas mexicains. Z. A. 



Le cercueil de Mahomet. — On raconte 
qu'au moment où la bière contenant le 
corps de Mahomet fut introduite dans la 
mosquée, elle fut enlevée à la voûte. Elle 
y serait encore, dit-on, suspendue par une 
force magnétique. Que doit-on penser de 
cette histoire légendaire? Moth. 



A>t-il été présenté au parlement an- 
glais, il y a juste 150 ans, un projet de loi 
décrétant l'origénisation des prêtres ca- 
tholiques? — Les bibliophiles connaissent 
un petit livret devenu fort rare, qui a été 
payé très-cher dans diverses ventes, et qui 
a les honneurs 4'une mention dans le Ma- 
nuel du libraire) il est intitulé : Le prêtre 
châtré ou le Papisme au dernier soupir^ 
La Haye, 1747, in-12. 

Une réimpression de ce pamphlet a eu 
lieu récemment à Genève ; elle sera peu ré- 
pandue en France, car il n'en a été tiré 
que cent exemplaires ; en tête, on lit un 
court avant-propos où il est dit ceci : 

a En 171 9 on présenta au parlement 
« d'Angleterre un bill ayant pour titre : 
a Acte pour prévenir V accroissement du 



N» 107.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



3ii 



3l2 



tt papisme en Irlande; entre autres dispo- 
a sitions il contenait celle-ci : « A Tavenir, 
a si aucun évêque ou prêtre papiste passe 
« en Irlande, les shérifs seront tenus de 
a les faire mettre en prison et de faire in- 
a struire leur procès. S'ils sont convaincus 
a d'être prêtres, ils seront condamnés à être 
tt faits eunuques. » Ce bill rencontra une 
tf vive opposition et il fut repoussé, mais 
a le souvenir s'en conserva longtemps !!! 

N'est-ce pas là une invention pure et 
simple? Serait-il admissible qu'en 1 719 on 
ait sérieusement proposé une peine aussi 
étrange et devant maintes fois entraîner 
la mort du condamné? Y eut- il un bill 
présenté en 1719, et quelles étaient réelle- 
ment les clauses qu'il renfermait? 

C. P. 



Gettons d'argent. — Je trouve, à la date 
du 1 5 février 1 644, dans les archives du 
ministère de la guerre, un titat des gettons 
d* argent qui doivent être distribués au roi 
et aux grands de la cour, pendant l'année 
1644, P^r les trésoriers généraux de l'or- 
dinaire des guerres. L'état donne bien la 
récapitulation des sommes données et les 
noms de ceux qui les ont reçues, mais il 
est silencieux sur la nature de ces gettons 
d'argent. Pourrait-on nous indiquer leur 
signification réelle? T. J. 

Ministre rational. —Je vois, en i656, 
dans la correspondance de Catalogne, du 
ministère de la guerre, le titre de ministre 
rational donné à don Jean de Margareth, 
Je ne trouve nulle part la signification du 
titre de ministre rational : je serais très- 
obligé à la personne qui voudrait me dire 
quefies en étaient les fonctions. T. J. 



Verdor, visiteur général. — Je trouve 
également dans cette correspondance de 
la Catalogne, les mots de verdor ou de vi5j- 
teur général^ comme titre et fonctions 
concernant de grands personnages civils ou 
militaires, et ce pour les années 1644, ^645, 

1646 Ces deux titres ont-ils la même 

signification ? Les fonctions sont-elles les 



mêmes r 



T. J. 



A propos de Burchard. — Je lis dans une 
note d'un article sur V Histoire de Char- 
les VIII pBT M . de CherrïeT (Revue critique, 
i3 février 1869, p. io5): a Puisque nous 
en sommes à ce maître des cérémonies 
de la cour pontificale, j'observerai que 
M. de C. (t. H, P« 70), le fait mourir, en 
1 5o6, évêque d'Orta, alors que la plupart 
des biographes (voir surtout la Nouvelle 
Biographie générale) le font mourir le 
6 mai 1 5o5 et le disent évêque de Citta-di- 
Castello. » Je voudrais avoir des ren- 



seignements exacts et détaillés sur ces 
divers points de la biographie de Burchard; 
je voudrais aussi, par la même occasion, 
avoir des renseignements non moins exacts 
et non moins détaillés sur le Diariun 
Burchardiy sur ses éditions successives, 
sur tous les manuscrits que l'on en pos- 
sède, et principalement sur cette question 
qui n'a jamais été sérieusement traitée: 
Le Journal de Burchard est-il d'une in- 
contestable authenticité? N'a-t-il pas du 
moins subi de graves interpolations? Une 
bonne et solide réponse, S. V. P. 

EuqORRAL. 

De Rongeyille (Gonsse) et le chevalier 
d'Ed..V'..e. — Dans les Mémoires secrets et 
universels des malheurs et de la morîk 
la reine de France (Paris, 1824), l'auteu:, 
M. Lafont d'Aussonne, dit (page 261 
Le marquis de Rougeville. Cet auteur qL 
prétend avoir connu M. de Rougeville, a 
oublié de dire d'où lui venait ce titre de 
marquis? Avait-il été donné par LouisXVI, 
ou venait-il, par la filiation, des Gonsse 
d'Espagne ? Répondre. 

Dans r Histoire des Tuileries, du Tem- 
ple et des événements qui y ont eu lieu 
pendant la révolution, contenant en outrf 
des détails secrets sur le tribunal révolu- 
tionnaire et la Conciergerie, on lit (pa^ 
180): « Ce particulier, qu'on a qualifié Jf 
chevalier d'Ed.,.v...e. » (^uel est ce note 
qui est répété plusieurs fois ? On le rfonne 
comme cnevalier de Saint-Louis; figjre- 
t-il dans l'ordre ? On le donne dans ce même 
ouvrage comme garde du corps de Mon- 
sieur; figure-l;-il dans ce corps? G. 

Quel est l'auteur des • Comptes damonile 
aventurenz? » — Ce recueil de 54 histoires 
pour a réjouir la compagnie » aétéimprip^ 
pour la première fois à Paris en i553;ilî 
eu depuis cinq et six éditions. Un exem- 
plaire de celle de Lyon, 1579, qui ava:: 
été payé 9 fr. 5o en 181 7 à la vente Mac- 
Carthy, s est élevé l'an dernier à i35fr, 
à la dispersion des livres de M. J.-Cb. Bni; 
net, preuve du prix de plus en plus éle« 
que les amateurs attachent à ces « livTfi^ 
vieilz. » L'auteur ne se désigne que parler 
initiales A. D. S. D. Ni Barbier, m Que- 
rard, ni ses nouveaux éditeurs n'ont de- 
couvert le nom caché sous ces quatre let- 
tres. M'occupant de recherches sur les con- 
teurs français du XV!» siècle, je voudrais 
bien provoquer sur ce point l'attention de 
Quelques-uns. des doctes correspondants 
ae V intermédiaire, bien au fait de notre 
vieille littérature; l'aigreur avec laquelle Je 
conteur (qui a d'ailleurs presque toujours 
pris pour guides les novellieri de l'ItaHe, 
parle des moines, peut faire supposer qu " 
était calviniste. J. H. C. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 

3i3 



[lo juin 1869. 



3i4 



Qui était le sieur Danrat? — Dans Tun 
les registres intitulés « Rapports de po- 
lice » et conservés au département des ma- 
nuscrits de la Bibliothèque impériale, je 
lis, à la page 864 du n9 8124, ce fait di- 
vers : € 2 mai 1708. Le sieur Daurat, si 
:onnu autrefois par son jeu et ensuitte par 
jon goust excellent non seulement pour les 
tableaux, mais aussy pour toultes sortes de 
:uriositez, mourut nier au soir sur les neuf 
heures. Il tomba en apoplexie au retour 
le l'Opéra et n'a point parlé depuis. » Au- 
rai-je le bonheur de rencontrer parmi les 
familiers de V Intermédiaire quelque cu- 
rieux pour qui ce Daurat ne sera pas un 
inconnu ? J'attacherais du prix à avoir quel- 
ues notions sur les tableaux qu'il possé- 
ait et sur les « curiosités » qu'il avait ac- 
quises. Armand Bâschet. 



3: 



Les « Hémoires • de Zamore, nègre de 
M"« Du Barry. — M. Jules Claretie, en 
rendant compte de la Reine Cotillon, 
drame soi-disant historique de MM. Paul 
Féval et Anicet Bourgeois, représenté sur 
le théâtre de la Porte-Saint- Martin, écri- 
vait dans le journal V Illustration, i5 dé- 
cembre 1866 : a Zamore survécut au drame 
révolutionnaire. On Ta vu, dans les pre- 
mières années du règne de Louis- Philippe, 
promener au Palais-Royal sa tête ridée et 
sa tignasse devenue toute blanche. Quel- 
qu'un qui l'a connu me disait que le nègre 
a laissé des Mémoires, Mais où sont-ils? » 
Eh parbleu! demandons-le à V Intermé- 
diaire, Ulr. 



Supplément aux éditions de Hnsset. — 

Le n» du 6 octobre 1866 de la Petite Re- 
vue contient une étude critique sur la 
grande et coûteuse édition de Musset, pu- 
bliée par l'éditeur Charpentier, étude où 
>ont relevées d'assez nombreuses omissions 
H erreurs. 

On lit en note : a Nous nous proposons 
» de réimprimer ce travail, ainsi que les 
» articles précédents, avec quelques rema- 
« niements, en une brochure qui devien- 
» dra forcément le complément indispen- 
t sable de cette édition de Musset. Le 
i format, le papier et les caractères seront 
» exactement semblables au livre. • 

Cette publication a-t-elle eu lieu? — Où 
)ien aura-t-elle lieu? G. R. 



Eau Naf. — On trouve dans les Mémoi- 
es manuscrits de Gâches, à la date de 
i 565 : a Le Roi au déspart de Carcas- 
>onne fut prié par le sieur de Ferrais de 
^enir prendre le disner chez liiy en pas- 
sant, où il le traita fort magnifiquement, 
•t après les services levés pour donner 
'eau Naf, voicy paroistre, au hault du 



plancher de la salle du festin, une nuée 
suivie d'un esclair et d*un coup de ton- 
nerre, qui fit sortir de ceste nue une pluie 
d'eau Naf, meslée de dragées en telle 
abondance que, pour se garder de mouil- 
ler, il fallut porter les manteaux au Roy 
et à ceux du festin ; ce qui luy donna un 
grand plaisir et à toute sa cour. ^> 
Qu'est-ce que cette eau Naf? 

C, P. V. 



Jonathas Miser. — J'ai acheté, en bou- 
quinant, un recueil de vers, petit in-S® 
carré, dont voici le texte : 

Poésies de feu Jonathas Miser, recueil- 
lies par un de ses amis, Paris, Delaunay, 
1834, imprimé à Rouen chez Nicétas- 
Periaux. 

Je voudrais savoir le nom du poëte qui 
s'est caché derrière ce pseudonyme. Qué- 
rard n'en parle pas. A. L. 



Dictionnaire des Antiquités de BoreL— 
Quel est cet ouvrage que je vois cité {In- 
termédiaire, 1 5 1 , art. Taconnage)? Serait- 
ce le Trésor des recherches et Antiquité:^ 
Gauloises et Françoises?,,, Mais je n'ai 
su découvrir le mot Tacon, dans ce livre. 

C. P. V. 



Un mot de Diodétien (V, 54). — C'est 
Aurélius Victor qui a transmis à la posté- 
rité la réponse philosophique de Diodé- 
tien. Voici le passage textuel : a Diocletia- 
nus vero, apua Nicomediam, sponte impé- 
riales fasces relinquens, in propriis agris 
consenuit. Qui, dum ab Herculio atque 
Galerio ad recipiendum imperium rogare- 
tur, tanquam pestem aliquam detestans, 
in hune modum respondit: Utinam Salo- 
nœ possetis viser e OLERA nostris mani- 
bus instituta ; profecto nunquam illud ten- 
tandum judicaretis, » 

Joc'h d'Indret. 



Verdet, Vert-de-gris, Loutton, Laiton 

(V, 82). — L'étymologie présentée par 
M. Cz... pour le mot vert-de- gris paraît 
tout à fait invraisemblable. Quantk laiton, 
voici ce qu'en dit Nap. Landais : 

a Du flamand lateon ou de l'anglais lat- 
ten, qui ont la même signification. Suivant 
Huet, de lœtum, qui, en gallois, signifie 
également la même chose. » Noël le fait 
également venir de l'anglais latton ; mais 
c'est sans doute une faute d'impression pour 
latten aue donnent seuls trois dictionnai- 
res anglais que je viens de consulter. Re- 



N» 107.] 



LINTERMEDIAIRE 



3i5 



3i6 



marquons, à propos de laiton, que Bomare, 
au mot cuivre, présente comme tout à fait 
synonymes les trois expressions airain, 
laiton, cuivre jaune, mais non pas bron:[e, 
qui, selon lui, désigne un autre alliage. 

O. D. 

— Laiton, autrefois laton, M. Huet dé- 
rive ce mot de lœtum, qui, en langue de 
Galles, signifie la même chose. (Dict. de 
Trévoux). Pierre Clauer. 



Erndition de J.-J. Roassean (V, 82). — 
Rousseau se trompe effectivement. « Plu- 
sieurs des captifs, raconte RoUin, durent 
leur salut à Euripide, des pièces duquel ils 
avaient récité les plus beaux endroits aux 
Siciliens qui en étaient fort curieux; et à 
leur retour dans leur patrie, ils allèrent le 
saluer comme leur libérateur... » 

Pierre Clauer. 



Portraits de LotiTois (V, 88). — Le Ca- 
talogue d'une vente d'estampes (hôtel 
Drouot, du 14 au 17 avril 1869, Clément, 
expert, in-8, p. 38, n« 278), annonçait la 
mise en adjudication du portrait suivant : 
Robert Nanteuil^^: Louvois (François- 
Michel Le Tellier, marquis de), ministre 
et secrétaire d'Etat. (App. ô). Belle épreuve 
du cinquième état avant la lettre É. 

Ulr. 

Le Rabelais de Gustave Doré (V, 89). — 
M. Ulric a eu la mauvaise chance d'ache- 
ter un tirage fatigué de cette édition de 
Rabelais, illustrée d'une manière remar- 
quable par Gustave Doré. On ne peut que 
l'engager à se procurer la première édition 
de cette publication, Paris, Bry aine, 1854. 
Il trouvera, sinon une publication de luxe, 
au moins un tirage satisfaisant des belles 
gravures de Gustave Doré. 

(Le Havre). V. T. 

Tenir le portique (V, 11 3). — « Por- 
tique Jeu où l'on fait tourner une 

boule autour d'un portique, etc. » (Wailly, 
d'après Richelet). voilà un etc., qui arrive 
bien mal à propos, et un jeu très-insuffi- 
samment décrit. Cependant on peut en- 
trevoir que ce portique était un jouet ou 
tout au plus un meuble, que la Doule en 
s'arrêtant sur tel ou tel point, désignait 
des chances bonnes ou mauvaises, et que 
tenir le portique signifierait: tenir la ban- 
que à cette espèce de roulette. O. D. 



Le système décimal et les horloges (V, 

117). — Un membre de l'association scien- 
tifique, attaché à l'administration des télé- 
graphes, M. Cacheleux s'est beaucoup 



occupé de la division décimale du jour; 
lui-même a, je crois, construit une montre 
d'après ce système. Peut-être pourrait-il 
donner les renseignements demandés. 

A. DUREAU. 



La licorue, le phénix (V, 118). —Z4 
licorne et le phénix sont-ils fabuleux on 
non ? Corne de licorne ! qui peut en dou- 
ter? — Consulter l'excellent Glossaire de 
M. le marquis de Laborde, conservateur 
des Bibelots du Louvre, et les vieux in- 
ventaires de nos amis es XI V» et XV« siè- 
cles. Le Grand Turc la baillait belle au 
baron de la Garde, avec ses plumes d'oi- 
seaux de paradis , — Manuco de Wata^ qui 
dormaient, s'accouplaient, pondaient et 
couvaient en volant.... au Paradis du Pro- 
phète. 

Voir encore l'article Paradisier dans ie 
Dictionnaire universel d'histoire natu- 
relle, de Ch. d'Orbigny, t. IX, p. 467 ; ei 
se dire: 

Phénix t qui potuit rerum cognoscere causas! 

H. DE S. 

— La licorne et le phénix sont fabuleui 
l'un et l'autre. Il est reconnu maintenani 
que l'objet qui figurait dans les bibliothè- 
ques, les musées et les collections des XV' 
et XVI« siècles comme la corne du premier 
de ces deux animaux, la licorne, n'est autre 
chose que la dent du narwal qui atteiiii 
parfois 2 mètres 1/2 de longueur, et qoi, 
grosse à sa base , comme la cuisse, va en 
s'effilant jusqu'à l'extrémité. L'ivoire en est 
très -beau et très-blanc et contourné en 
spirale. La base est creuse. 

Le mâle seul possède celte arme redou- 
table ; la femelle n'a que deux dents, de 
très-petite dimension et incapables de lui 
servir à combattre les autres animaux. 

Il semblerait, à voir le narwal si bien 
armé, que ce doit être un animal terrible 
tuant et dévorant tout ce qu'il rencontre. 
Il n'en est rien pourtant;. sa bouche est pe- 
tite et fort mal disposée pour la mastica- 
tion. Il se nourrit de mollusques et de 
petits poissons. 

Voir dans la Bibliothèque des merveilles 
le volume de M. A. Lanarin sur les Mons- 
tres marins, tout un chapitre qu'il serait 
trop long de transcrire ici. A. Nalis. 

(Voir infra, col. 829). 

< Apologie des femmes » (V, 120).— Cèpe- 
tit poëme est de Paulin Crassous. Il est 
assez bien versifié; j'en ai vu des exeni- 

Î)laires qui étaient accompagnés d'un feuil- 
et destiné à remplacer quelques mots dont 
on pensait que le public pourrait s'effa- 
roucher. Il est à croire que les exemplaires 
antérieurs au canon sont peu communs. 

A.J. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo juin 1869. 



317 - 



3i8 



a Voyage de Saint-Gloud par mer et re- 
onr par terre» (V, 128). — Indépendam- 
aent des éditions déjà citées (V, 128), ce 
letit ouvrage a été publié : i« dans le 5^ vo- 
ume du Recueil amusant de Voyages en 
ers et en prose faits par différents au- 
eurs, auquel on a joint un choix des épî- 
res, contes et fables morales qui ont rap- 
)ort aux voyages. Paris, Nyon Taîné, 
783 (6 vol. pet. in-12). — 2® Dans le 
•0» volume de la grande collection intitu- 
ée : Voyages imaginaires, songes, visions 
it romans cabalistiques ornés de figures. 
Amsterdam et Pans (rue et hôtel Ser- 
;)ente), 1788, 89 vol. in-8. 

Dans ces deux publications, il porte 
exactement le même titre, savoir : Voyage 
de Paris à Saint-Cloud par mer et Retour 
de Saint-Cloud à Paris par terre, — mais 
l'éditeur du Recueil amusant, dans la ta- 
ile générale qui termine le 6* volume, en 
iitribue, je ne sais sur quel fondement, la 
Jaternité à labbé Coyer. Question à éclair- 
jir. Joc'h d'Indret. 

— M. D. L. P. ne serait-il pas M. De 
La Place ? Il ne peut être question de son 
Recueil de pièces intéressantes publié de 
1785 à 1790; mais il a été un moment 
:nargé de la rédaction du Mercure, et il 
1 collaboré à bien des recueils de son 
temps. 



*** 



. — L'édition suivante mérite pourtant 
Wen quelaue attention : Voyage de Paris 
à Saint-Cloud par mer, et Retour de Saint- 
Cloud à Paris par terre. Nouvelle édition. 
\ Paris, chez les Marchands de Nouveau- 
és. An VII de la République, i vol. petit 
D-12, de xxiv-i53 p., contenant: i" Une 
îharmante vignette finement gravée (ano- 
nyme) : « Mon régent voulut me venir 
induire avec ma mère et mes deux tan- 
es; » — 2« Une Epître à la charmante 
ienriette; ^ 3° Une Préface; — 4» Un 
^vant-Propos pour cette nouvelle édition, 
- toutes pièces qu'on ne trouve pas tou- 
3urs imprimées dans les diverses autres 
dirions. Ulr. 



I>e • Beau Danois > est-il bien le fils de 
i reine Hortense? (V, 147.) — M. Jal 
dictionnaire critique) répond avec détail 

cette question , au mot D'Alvimare 
Martin-Pierre). Après avoir conté comme 
uoi, à la demande de Joséphine de Beau- 
arnais, il avait été nommé premier har- 
|iste solo de la musique du premier consul, 
^ ajoute que Timpératrice le prit pour pro- 
esseur de harpe et le donna pour mai- 
re à sa fille Hortense. « On a dit 
uen des choses là-dessus ; on a prétendu 
pe d'Alvimare fut toujours pour une part 
lans les compositions de la reine Hor- 
ense et qu'il est Tauteur de quelques airs 



i donnés au public sous le nom de cette 
princesse. L air « Partant pour la Syrie » 
fut attribué à d'Alvimare. On ne croit 
jamais au talent des souverains, comme 
on ne croit point à leur mort naturelle... 
D'Alvimare se défendit toujours, avant 
comme après la chute du premier empire, 
de toute collaboration avec la reine Hor- 
tense, en ce qui était des mélodies trou- 
vées par la reine. Voici , à ce sujet, ce 
que m'écrivait, le 10 juillet i863,M. Char- 
les d'Alvimare, (fils du musicien): a Au- 
trefois et maintenant encore, dans le peu- 
ple (Dreux), tout le monde a dit, tout le 
monde dit que mon père est l'auteur de : 
Partant pour la Syrie; j'ai entendu main- 
tes fois mon père répondre aux personnes 
qui lui en faisaient l'honneur, que la ro- 
mance était bien positivement cle la reine. 
Peut-être avait-il donné des conseils quant 
à l'accompagnement; mais enfin, non- 
seulement la pensée musicale, mais encore 
le tour donné à cette pensée et la romance 
tout entière étaient d'elle. Les romances 
de cette princesse ont bien un certain air 
de famille avec celles de mon père, mais 
comment s'en étonner quand on se rap- 
pelle que les compositions de mon père 
étaient fort goûtées alors, chantées sou- 
vent devant la reine Hortense, et par elle- 
même, et qu'après tout il était son maître 
de harpe, sinon son professeur de compo- 
sition? Méhul aura dû être le directeur des 
études musicales de la princesse. » 

M. Jal conclut ainsi : a Voilà qui est 
bien précis, croyons-en ce témoignage dé- 
sintéressé. » 

Quant aux vers de Lebrun, ce n'est pas 
à la reine Hortense qu'ils faisaient allu- 
sion; ils s'appliquaient à la comtesse 
Fanny de Beauharnais, qui a mis quel- 
quefois des \er s dans VA Imanach des Mu- 
ses, Lebrun dînait souvent chez elle. 
Lassée des épigrammes malséantes du 
poète, elle dit un jour, après avoir lu ces 
deux vers : « M. Lebrun, qui m'arrange si 
bien, dîne aujourd'hui chez moi. » Lebrun 
prit son chapeau et s'éclipsa sans mot 
dire. E. G. P. 

— La célèbre épigramme de Lebrun, 
citée ci-dessus, et qui doit être rétablie 
ainsi : 

Eglé, belle et poète, a deux petits travers, etc. 

est de beaucoup antérieure à l'époque du 
règne de la reine Hortense. Ce malicieux 
distiaue fut composé à l'adresse de sa 
grand'tante par alliance : Fanny Mou- 
chard, comtesse de Beauharnais, (1738- 
181 3), poëte, bel esprit, dont les Œuvres 
poétiques eurent en leur temps de nom- 
Dreuses éditions : 1772, 2 vol. in-8®; — 
Amsterdam^ 1776; — 1787, 3 vol. in-12; 
— Paris^ Masson, an IX, in-8», etc. 

Voici un petit huitain à l'eau de roses, 
composé tout à la louange de « la Belle 



N« 107.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



319 



320 



Comtesse, » et que nous retrouvons im- 
primé en tête d'un petit recueil aujour- 
d'hui devenu rare : o La Guirlande de 
Fanny pour le jour de sa fête, 4 octobre 
1808, par M. de Palmezeaux, de TAcadé- 
mie des Arcades de Rome. A u Parnasse^ 
1808. » 

Vers pour le portrait de M*»» Fanny de Beau- 
harnais. 

Comme La Fayette elle écrit, 
Et comme Ninon elle est belle ; 
Elle a leurs grâces, leur esprit; 
Toutes deux revivent en elle. 
Ah! ses talents ingénieux 
Méritent bien tous nos sufh'ages ; 
Car ce n'est qu'en voyant ses yeux, 
Qu'on peut oublier ses ouvrages. 

La chronique attribue généralement aux 
poëtes Dorât et Cubières-Palmezaux les 
vers de M"»» de Beauharnais. Mais n'est- 
ce pas un peu là le sort commun des 
femmes-auteurs, de voir supposer tou- 
jours qu'un homme a dicté leurs ouvrages? 

Quant au a Beau Dunois, » j'ai souvent 
entendu dire, à des gens compétents, que 
la musique seule devait être attribuée à 
la reine Hortense. On citait même l'au- 
teur réel des paroles^ mais le nom de ce 
poëte ne m'est pas en ce moment présent 
dans l'esprit. 

— A ce propos, une chose véritablement 
curieuse serait de connaître le titre exact, 
et le nom des auteurs ou compositeurs 
tels qu'ils sont imprimés' en tête de la 
première édition originale de cet illustre 
chant, passé, depuis le nouvel Empire, à 
l'état de Scie patriotique. 

Mais connaît -on cette première édi- 
tion?... Ulric. 

— Je ne me permets pas de douter de la 
bbnne foi des personnes dont parle M. S. 
D., mais je ne les crois pas bien au cou- 
rant des choses, en appliquant à la reine 
Hortense l'épigramme de Lebrun. Per- 
sonne n'ignore, en effet, qu'elle fut diri- 

fée contre la comtesse Fanny de Beau- 
arnais, femme de Claude de Beauharnais, 
comte des Roches-Baretaud, chef d'es- 
cadre. 

Je ne prétends point affirmer que la reine 
Hortense soit l'auteur du Beau Dunois; 
cependant, je viens de feuilleter plusieurs 
pamphlets légitimistes de 181 5 et 181 7 où 
la reine est fort mal traitée comme per- 
sonnage politique et comme femme, et je 
n'v trouve pas d'attaques contre l'état ci- 
vil du Beau Dunois. A. L. 

— Collectionnons, collectionnons, il en 
restera toujours quelque chose! M. S. D. 
a cité dans V Intermédiaire la fameuse 
épigramme de Lebrun contre Madame 
Fanny de Beauharnais. A notre tour, ci- 
tons à M. S. D. une autre épigramme de 
la même époque, un quatrain anonyme 
qui fut adressé à la même muse : 



Vos vers vous coûtent bien du temps! 
Mais, est-ce à les faire, Thémire? 
Vous rougissez, je vous entends; 
Vous êtes longue à les transcrire. 

— Les curieux pourront lire le petit pas- 
sage suivant dans la notice sur le Départ 
pour la Syrie, p. 80 des Chansons natio- 
nales et populaires de France, accompa- 
gnées de notes, etc., par Du Mersan. Pa- 
ris, Gabriel de Gonet, in- 32, 1846: 

« Cette romance, qui eut un grand succès 
sous l'Empire, est, dit-on, de M. De La 
BORDE, Elle n'a rien d'extraordinaire; mais 
ce qui contribua beaucoup à sa vogue, c'est 
que la musique avait été composée par la 
reine Hortense, fille de l'impératrice Jo- 
séphine, etc. » Truth. 

— Selon un bruit assez accrédité, et qui 
a trouvé place, je crois, dans quelques li 
vres imprimés, les paroles assez médiocrei 
de ce cnant devenu célèbre sont du comtt 
Alexandre de La Borde. C'est à tort qu'à 
ce propos on rappelle une épigramme bien 
connue de Lebrun ; ce distique mordant 
circulait avant 1789, et il paraît certain 
qu'il était adressé à Madame Fanny de 
Beauharnais. B. G. 

— D'une lettre récemment publiée dans 
divers journaux, et portant la signature du 
flûtiste Louis Drouet; il résulterait que 
ledit flûtiste fut un peu le père du « Beau 
Dunois. » Yezimat. 



Cornes (V, 148). — Jacques-François- 
Marie Vieilh de Boisiolin, poète et admi- 
nistrateur français, ne à Alençon en 1761, 
mort à Auteuil le 27 mars 1841, a publié 
à Paris, en 1786, un ouvrage intitulé: 
a Dissertation sur les cornes antiques et 
modernes, ouvrage philosophique dédié à 
MM. les savants antiquaires , gens de 
lettres, etc. Paris, 1786, in- 12. » Que de 
choses doit contenir cet et cœtera de la 
dédicace! On y trouverait probablement 
une réponse à la question. E. G. P. 



Ouvrages relatifs aux Gascons (V, 196) 

— On peut ajouter à la liste précédemment 
donnée par M. O. D. : Le Gascon, conte 
en vers, par le chevalier de Boufflers 
{Œuvres complètes, t. II-I, p. i3, in-18, 
1 82 3 ; vignette de Marillier), — Le Gas- 
con, type des Français peints par eux- 
mêmes, de Curmer. Province, t. II, texte 
par Ed. Ourliac; vignette par Dauzats. - 
Gasconade, conte en vers. {Le Furet de 
la Littérature, par le citoyen Duc....ly. 
Paris, chez Debray, an X, 1802, p. 212.) 

— La Gasconne, chanson galante, par de 
Baussay, musique de Dalayrac , notée 
sous le n® 689 dans la Clé du Caveau. - 

i La Noblesse d'un Gascon, conte en vers 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo juin 1869. 



321 



322 



(anonyme), p. 1 86. — Le Gascon justifié, 
par Davesne, p. i38. — Le Gascon pru- 
dent, conte en vers, par Goulard, p. iSq 
— Le Gascon sérieux, ibid, par Leman- 
cel, p. iSg. — Réplique gasconne, conte 
en vers, par Stassart, p. 222. {Drôle- 
ries poétiques , Contes joyeux et Facé- 
ties. Paris, Garnier frères, i85o. i vol. 
in-32 de 523 p.) — Le Gascon généreux, 
conte en vers, p. 66. {Historiettes ou 
Nouvelles en vers, par M. Imbert. Am- 
sterdam , in-8 , 1 774). — Le Duel gas- 
con, conte, p. 14. {Mes Loisirs ou Foé- 
sies diverses, par M. L. Pons, de Verdun. 
A Londres, 1780. i vol. in- 12 de 119 p.) 

Ulric. 



La petite oie (V, 197). — Voici une nou- 
velle acception de ce terme équivoque. 
Dans le Journal des Inspecteurs de M, de 
5arf mes (Bruxelles -Pans, 186 3), on lit, 
p. 8 : « Il (Pelletier, fermier général) lui 
(à Mademoiselle de Nesle, fille galante) a 
donné aussi du linge, des robes et toute la 
]petite oie en argenterie ; lui a placé 3, 000 li- 
vres la semaine dernière sur l'emprunt des 
Cordons bleus, et lui a donné i5 louis par 
mois pour se soutenir. » L'annotateur du 
journal paraît embarrassé de rencontrer là 
cent petite oie; il pense que c'est peut- 
être un service de table. Je crois qu'il faut 
y voir les détails, les accessoires de la 
garde-robe et du trousseau, quelque toi- 
iette, quelque nécessaire , peut-être tous 
les deux. 

L'origine ne serait -elle pas invoquée par 
le bon Panurge lui-même : « Leurs jam- 
bes, tête, poulmon, foye et râtelle...? »Ce 
sont là ce qu'on appelle en terme de cui- 
sine les abatis que les pauvres gens achè- 
tent, et qui sont pour eux la petite oie, 
tandis que les bourses mieux garnies achè- 
tent la grande^ la véritable oie. Or, les fa- 
veursde la. petite ozeétaient pour les amou- 
reux une viande aussi creuse que les abatis 
comparés à la chair grasse et succulente 
de la grande oie... 

(Saint-Malo.) A. G. J. 

La Société « Aide-toi, le ciel t'aidera » 

(V, 204). — Il est souvent question de 
cette Société dans le tome IX, paru tout 
récemment, de V Histoire du Gouverne- 
ment parlementaire en France (1814- 
1848), par M. Duvergier de Hauranne. 

M. Duvergier DE Hauranne, — on s'en 
souvient, — comptait parmi les membres 
les plus actifs et les plus influents de cette 
Société célèbre. — Les curieux ont donc 
toutes raisons de se reporter à l'ouvrage 
signalé ci-dessus, et d'y rechercher no- 
tamment les chapitres dans lesquels l'au- 
teur a retracé l'histoire des fameuses Elec- 
tions de 1827. Ulric. 



Dame Etiquette, d'où vient-elle? (V' 

212). — Voici une réponse que je retrouve 
parmi mes notes; mais, ayant omis d'indi- 
quer ma source, je ne sais absolument pas 
où je l'ai copiée. 

a Etym. Estiquete , signifiant propre- 
ment chose fixée, est de même origine que 
l'italien stecco, piquant, et d'un même ra- 
dical que le hainaut stique, épce, le cham- 
penois stiquer, piquer, dans le wallon sti- 
chi, piquer, et provient du germanique ; 
flamand, stikke, tige pointue, mot qui est 
celtique aussi; gaélique, stic, un bâton. 
La série des sens est marque, écriteau, et 
par suite, ordre, arrangement^ d'où céré- 
monial. L'étymologie, proposée par quel- 
ques- uns {Est hic quœstio, C'est là la ques- 
tion, mots inscrits sur les anciens sacs à 
procès), ne tient pas devant Thistorique. » 
Pour extrait, J. P. 



Marie Dorval (V, 2x3). — Puisque le 
nom de Madame Dorval a reparu dans les 
colonnes de l'Intermédiaire, l'occasion 
nous semble excellente pour demander à 
nos savants coabonnés si, à leur connais- 
sance, le charmant Portrait en pied de 
cette grande Artiste, qu'a publié la Galette 
des Beaux- Arts, de M. Charles Blanc, 
dans l'un de ses premiers numéros, et sous 
ce titre par trop modeste : Costume de 
Mme Dorval dans « Chatterton » (dessin 
de M. Edmond Hédouin^ gravure sur bois 
de M. Pisan)^ est une composition origi- 
nale, authentique, du peintre susnommé, 
ou simplement une reproduction d'un an- 
cien dessin du temps (1834)? 

Truth. 



Les tanneries de peau humaine (V, 234). 

— Dans les Curiosités bibliographiques, 
M. Lud. Lalanne, parlant des diverses 
peaux employées pour les reliures, dit : 
a Le bibliophile anglais Dibdin raconte 
qu'un particulier avait fait relier en peau 
de cerf un traité sur la chasse ; qu'un au- 
tre fit couvrir d'une peau de renard (en an- 
glais fox) VHistoire de Jacques II, par 
Fox, et que le docteur Asken avait un livre 
sur l'anatomie relié en peau humaine. » 
(Curiosités bibliographiques, p. 288). — 
M. Lalanne ne parle pas des tanneries de 
Meudon. 

Dans r Encyclopédie (t. XII, p. 220, édi- 
tion de NeuÊhâtel, 1765), on indic^ue le 
procédé pour tanner la peau humaine, et 
l'on ajoute : « M. Sue, chirurgien de Pa- 
ris, a donné au Cabinet du roi une paire de 
pantoufles faites avec de la peau humaine 
préparée par ce procédé. » 

Le Manuel du T,anneur (Manuels Ko- 
,ret), par M. Chicoineau, mentionne le 
tannage de peau humaine, sans parler de 



N» 107.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



323 



324 - 



Meudon, et dit (p. 26) avoir vu à Versailles 
un morceau de la peau d'un criminel. 

On a donc, bien avant la Révolution, 
tanné de la peau humaine. Maintenant, y 
a-t-ileu, en 1793 ou 1794, une tannerie de 
de ce genre à Meudon r J'en ai vainement 
cherché la trace. 

L'exemplaire de la Constitution de 1793, 
mentionne par M. Ulric d'après un Catalo- 
gue de 1864, ^st, je crois, Tunique pièce 
attribuée à cette tannerie. Je le trouve, en 
effet, signalé dans un Catalogue de vente 
cité par le Courrier de la Sommes qui as- 
sure que, pendant la Révolution, « il se 
faisait un grand usage de ce genre de re- 
liures : il y avait des fabriques où Ton tan- 
nait la peau humaine absolument comme 
le cuir de bœuf ou de cheval, et l'on en 
faisait de beaux volumes qui se vendaient 
un prix fou. » 

Ainsi, ce n'était plus une tannerie, mais 
des fabriques. Et le Courrier de la Somme 
cite intrépidement à l'appui des reliures 
de 1793 V Encyclopédie de 1765 ! 

L'article du Courrier de la Somme avait 
été reproduit par le Journal des Débats, 
Le National le releva vivement, en rappe- 
lant que le duc d'Orléans, père de Louis- 
Philippe, voulut encourager la tannerie 
de Meudon en portant un soir, dans les 
salons du Palais- Royal, et bien avant qu'il 
se fût fait jacobin, une culotte de peau hu- 
maine. 

Cette note du National (\\xe j'ai coupée, 
et que j'ai sous les veux, est du 26 janvier 
d'une des années 1849, i85o ou i85i. (Je 
trouve au revers les spectacles du 26 jan- 
vier; on joue Gabrielle au théâtre de la 
République et François le Champi à l'O- 
déon.) C'est seulement dans cette note que 
j'ai rencontré jusqu'ici la tannerie de Meu- 
don. On sait q[ue le duc d'Orléans encou- 
rageait volontiers, en y mettant des fonds, 
certains essais industriels; il aida Nicolas 
Leblanc dans la recherche de la soude ar- 
tificielle. 

Cette reliure en peau humaine de la Con- 
stitution de 1793 est-elle bien authenti- 
que? Frédéric Lock. 

— On lit dans le Nain Jaune ^ de 
M. Aurélien SchoU (samedi 27 février 
1864, page 5) : « L'exemplaire de la Con- 
stitution de 1793, relié en peau humaine^ 
a été adjugé moyennant 226 francs, à un 
libraire de Paris. 

« J'espère qu'il se trouvera un honnête 
homme qui ne craindra pas de dépenser 
quelques louis pour avoir le plaisir de 
brûler cette dégoûtante relique. » 

Les curieux pourront lire dans la Revue 
des autographes^ publiée sous la direction 
de Gabriel Charavay (petit in-40, n" 4), 
un intéressant article intitulé : M. Gra- 
nier de Cassagnac et les Tanneries de 
peau humaine, Truth. 



Le verbe sachoir (V, 241).— Cette (ques- 
tion a déjà été traitée dans V Intermédiaire 
(III, 227, 367; IV, 82, i5o). Les raisons 
alléguées par M. P. G. D. en faveur de la 
locution incriminée ont clos la discussion 
et paraîtront sans doute concluantes à 
M. A. de La Taille. Joc'h d'Indret. 



Inscription énigmatiqne (V, 241). — Ce 
n'est pas, à beaucoup près, la première fois 
que le mot de cette énigme est cherché: 
Marins- Michael Angélus croyait qu'il s'a- 
gissait de Veau de la pluie,- Jean Turius, 
de la matière première; R. With y voyait 
Niobé ou Vdme; N. Barnaud, le Mercure 
ou vif-argent; G. Gerarts, V amour; André 
Scot, un eunuque; André de Nesmond, le 
babil et les tours des avocats; Boxhornius, 
V ombre; Malvasia, un fœtus; Ovide de 
Mont-Albani, le chanvre; F. Licetus, la 
génération et V amitié; L. Du Bois suppo- 
sait que Crispis était une fille fiancée, 
morte en couches d'unjils, avant les noces; 
Spon, Misson et bien d'autres ont donné 
des explications différentes; enfin, un Nor- 
mand, A, Guilmeth, fit paraître à Lou- 
viers, en i833, une brochure sur l'inscrip- 
tion en question. Après avoir relaté toutes 
les précédentes interprétations, à son tour 
il cherche à démontrer que cette inscrip- 
tion est une énigme dont le mot consiste 
tout simplement dans l'inscription elle- 
même. Il faudrait tous les développement? 
qu'il donne à sa réponse pour faire presque 
comprendre l'énoncé; je m'abstiens delà 
reproduire, car il ne me semble point y 
trouver la véritable solution. 

J*ai plutôt, vous le voyez, rappelé l'his- 
torique de laquestion, que fait une réponse; 
mais qui la fera jamais précise, concluante, 
certaine?... (Rouen.) G. Lormier. 

— Misson a consacré à cette inscription 
une dissertation en forme, dont cependant 
le principal objet me semble être de dire 
des injures à Spon, qui en avait parlé 
avant lui. Misson ne connaissait pas le 
cartouche de Chantilly, mais il nous ap- 
prend que l'inscription se trouvait aussi à 
Milan sur un vieux parchemin. A Bologne, 
c'était un marbre présenté comme copie 
exacte d'un marbre plus ancien. Les trois 
monuments offrent entre eux plusieurs dif- 
férences. Les principales sont : 1° que 
l'inscription de Bologne est surmontée des 
lettres D. M., et celle de Milan des lettres 
A. M. P P D, qui sont également omises 
sur le cartouche de Chantilly ; 2° que celui- 
ci porte Agatho Crispus au lieu de Pris- 
dus, qui se lit également à Bologne et à 
Milan; 3® que les trois dernières lignes, à 
partir de hoc est, ne se trouvent pas sur le 
marbre de Bologne, et que c'est même un 
des arguments des Bolonais pour traiter 
d'apocryphe le parchemin de Milan, at- 



DES CHÈkCriÈURS ET CURIEUX. 



[10 juin 1869- 



325 



326 



tendu que ces trois lignes appartiennent 
aussi à une autre inscription relative à 
Niobé. 

Comme Spon décidait que la nôtre n'é- 
tait qu'un badinage, qu'une énigme sans 
mot, Misson ne manque pas de soutenir 
qu'il y en a un, et il enregistre les solu- 
tions de dix-sept interprètes, qui tantôt en 
ont proposé plusieurs à la fois, et tantôt 
se sont rencontrés pour adopter la même. 
Les voici : l'eau de pluie tombant dans la 
mer, — Niobé, — l'âme raisonnable, — 
l'idée de Platon, — la matière première, — 
un eunuque, — la pierre, — la chicane, — 
l'amour, l'ombre, — la génération, — l'a- 
mitié, — la privation, — le chanvre, — la 
papesse Jeanne; — Agathon serait un 
homme véritable, et iElia une fausse 
femme ou un mauvais génie errant; — trois 
cadavres enterrés dans le même tombeau 
par trois personnes différentes, — un em- 
bryon qui, s'il eût vécu et eût été fille, eût 
épousé Lucius Agathon. J'espère que nous 
avons du choix. 

La dissertation de Misson a déjà été 
citée dans V Intermédiaire (III, 304) par 
M. L. delà Sicotière, répondant à la ques- 
tion: Sens d'une épitaphe (III, igS). En 
effet, Misson est amené incidemment à 
rapporter le texte latin de cette épitaphe 
(Ci gît la fille avec le père), qu'il donne 
pour incontestablement antique et énig- 
matique : ce qui renverrait bien loin toutes 
^ÊS explications que nous en donnâmes 
3ilors en admettant la réalité de l'histoire 
racontée par la reine de Navarre. Mais ce 
qui doit nous consoler si nous avons été 
dupes en effet, c'est que nous en parta- 
geons la courte (très- courte) honte avec la 
belle et auguste novellièfe (puisque nou^ 
velliste en ce sens ne serait pas français). 

O. D. 



La chanson parisienne de c Fijfi • (V, 

242). — Je ne la connais point et brûle de la 
connaître ; mais je m^empresse de signaler 
ce que j'ai rencontré dans un petit volume 
de l'Académie des bibliophiles, publié en 
1868 : Le Légat de la vache à Colas, de 
Sedége, C'est dans la plantureuse glose 
qu'y a ajoutée l'éditeur de la célèbre com- 
plainte huguenote, M. Emmanuel Vasse 
(de Crète), et à la page 76. 
Sur ces vers du 17^ couplet : 

Je ne veux oublier 

Ce Claude le bonhomme... 

le commentateur explique qu'il s'agit de 
« dom Claude de Guise, sur qui on a une 
légende dans le genre de celles de Cathe- 
rine de Médicis et de Charles de Guise, 
cardinal de Lorraine. » — « Son père, dit- 
il, était palefrenier; son grand-père, vidan- 
geur, n'était appelé que M. Fi! Fi!!! 
Sa mère, • chassant de race, était fille de 



Des Barres, président du parlement de 
Dijon. » 

Il doit y avoir là quelque analogie, peut- 
être aussi quelque erreur. Si je laisse de 
côté la question généalogique du pale- 
frenier et du vidangeur, qui me surpren- 
nent bien un peu, reste le sobriquet de 
Fi Fij qui est sans doute l'origine de la 
chanson décochée par le peuple de Paris 
contre un Guise. Mais où M. Vasse a-t-il 
pris ce sobriquet? Il ne cite pas sa source. 

Subsidiairement, pourquoi donc appelle- 
t-il la glose dont il a accompagné la Vache 
à Colas une glose d'Orléans? Cela veut-il 
dire glose sans fin ni trêve, ou sans rime 
ni raison? ou o chienne de glose, » comme 
on disait a chiens d'Orléans? » Fréd. N. 



Un tablean de Michel-Ange, etc . (V, 242). 
— Il est question de ce tableau dans la 
Confession de Sancy (liv. II, chap. 7). 
a Ces paillards (les protestants) firent im- 
pudemment courir par toute la France les 
nouvelles du tableau, où le cardinal, la 
reine d'Escosse sa niepce, et autres per- 
sonnes estoient embrassés d'un estrange 
artifice... » Mais d'Aubigné ne dit rien de 
plus, et surtout ne parle pas de l'échange 
des tableaux. Catherine de Médicis a été 
souvent accusée de liaison illicite avec le 
cardinal de Lorraine, mais je crois cette 
imputation beaucoup plus rare à l'égard de 
Marie Stuart et de la duchesse de Guise. 
Cependant, il y a dans Brantôme (Disc. i«' 
des Dames galantes) un passage où, sans 
nommer personne, il raconte qu'une prin- 
cesse avait cédé à l'amour d'un roi pour 
sauvegarder la fortunef de son mari, com- 
promise par le mauvais succès d'une guerre 
dont il avait été chargé; et une note de 
l'édition Garnier (1841) désigne le duc de 
Guise comme étant ce mari. Si la note dit 
vrai et si Brantôme ne ment pas, l'un des 
enfants d'Anne d'Esté n'eût pas appartenu 
au duc de Guise, et la paternité en eût été 
douteuse entre Henri II et le cardinal de 
Lorraine. Une autre note de cette même 
édition parle aussi de notre tableau, mais 
n'en rend pas tout à fait le même compte 
que M. S. D. : « Le cardinal de Lorraine, 
du Perron et autres avoient été représen- 
tés de même avec Catherine de Médicis, 
Marie Stuart et la duchesse de Guise, dans 
deux tableaux dont il est parlé dans la 
Légende du cardinal de Lorraine^ folio 24, 
et dans le Réveille-matin des François, 
pages II et i23. » O. D. 



Le chauvinisme (V, 246). -; Cest du 
Nord aujourd'hui que nous vient la lu- 
mière, et par conséquent c'est de Berlin 
que doit nous venir l'interprétation de 
notre dialecte parisien, car chauvinisme 
est un terme presque argotique et qui ap- 



N» 107.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



327 — 



328 



{ manient à la conversation plutôt qu'à la 
angue régulière. Ce n*est pas que je ré- 
clame, mais j'avais cru jusau'ici que par 
chauvinisme on entendait aes idées, des 
sentiments surannés, fort bons sans doute 
par eux-mêmes, mais devenus fastidieux à 
force d'avoir été répétés dans une forme 
trop peu variée. Le blâme, car le mot de 
chauvinisme en est un, ne s'appliquerait 
donc pas au fond des choses, mais seule- 
ment à cette répétition continuelle et mo- 
notone; de même que lorsqu'on traite un 
air de rengaine, je crois que l'on ne veut 
pas dire positivement qu'on le trouve mau- 
vais, mais qu'on l'a entendu assez souvent 
pour avoir le droit de ne plus l'entendre. 
La rengaine serait donc le chauvinisme 
de la musique, et le ch/iuvinisme Ja ren- 
gaine de la littérature et du discours; 
aussi, quoique le plus habituellement chau- 
vinisme désigne 1 enthousiasme delà gloire 
militaire, tel que nous l'arrangeaient les 
vaudevilles et les mimodrames, j ai quelque- 
fois entendu appliquer le. mot à d'autres 
matières, par exemple à une déclama- 
tion contre les abus de la puissance cléri- 
cale, que celui qui la critiquait signalait 
ainsi comme un trop fidèle écho des échos 
de Voltaire. Or, chauvinisme^ ainsi com- 
pris, s'explique aisément, car. chauvin y 
dérivé de chauve, est une expression na- 
turelle pour signifier ce qui est vieux. 

O. D. 

Impression en caractères gothiques 

(V, 246). — A partir de la deuxième moi- 
tié du XV I« siècle, je ne crois pas qu'on 
puisse rencontrer de livres en caractères 
gothiques, si l'on excepte pourtant quel- 
ques livres d'Heures. Pour en citer peut- 
être les derniers spécimens: en 1573, Julian 
David, libraire, demeurant au bout du 
pont aux Meusniers, à l'enseigne du Para- 
dis, près l'horloge du Palais, imprimait en 
gothique des Heures de Nostre-Dame, à 
l'usage de Rouen, et, en i583, Georges 
Loyselet imprimait à Rouen, aussi en 
gothiaue, les Heures Nostre-Dame à l'u- 
sage de Evreux. 

(Rouen). C. Lormier. 

• L' Augustin de France t (V, 246).— Je 
ne viens pas répondre sur tous les points à 
mes questions; mais depuis quelques jours 
j'ai découvert le nom de l'auteur. La pre- 
mière édition de l'ouvrage m'est tombée 
sous la main: A Paris, chesf la Veuve 
P. Bouillerot, i683, i«-i2,/?^. 365, avec 
le titre: Le triomphe de la miséricorde.,,. 
Le privilège, du 3o septembre 1682 est 
accordé à Michel Chilliat , qui a « très- 
humblement fait remontrer, qu'il a par 
ses soins recouvré un livre intitulé Le 
Triomphe,,, qu'il désirerait donner au pu- 
blic. »La Biographie Nouvelle de Michaud, 
à l'article Cnilliat, lui attribue effective- 



ment cet ouvrage et cite une 2"" édition 
de 1686, ayant en plus des Lettres, 

Le débat est entre Chilliat et le P. Mail- 
lard, auxquels les privilèges reconnaissent 
les mêmes droits à la paternité de VAu^m- 
tin. Qui des lecteurs de V Intermédiaire 
les mettra d'accord? Et surtout qui me 
donnera le nom véritable du héros, s'il 
en aune. Pierre Clauer. 



Une définition du silence (V, 247;. - 
On me communique le numéro de CIn- 
termédiaire contenant cette question. 
a Le silence est une des formes de l'in- 
fini i est de Balzac. On peut lire cette 
phrase dans un de ses romans les plus 
connus, qu'il vous sera facile de trouver. 

DAvm DU Closel. 



Le P. Loricpiet et le sabre de la batailla 
du Mont-Thabor (V, 249). — Un instant, 
M. V. de V. î II est bon de défendre ses 
amis ; mais il ne faut pas pour cela frap- 
per à tort et à travers sur ses ennemis. 
Comment voulez-vous que M™« X., qui a 
conservé pieusement son livre de première 
communion, et qui en fait cadeau à une 
amie, s'exprime autrement: « Livre que 
portait M™e X. à sa première commu- 
nion? » Vous écrierez-vous qu'apparem- 
ment cette dame veut faire croire qu'elle 
était déjà mariée lorsqu'elle fit sa pre- 
mière communion? Eh bien! le sahrcque 
Napoléon portait à la bataille du Mont- 
Thabor était bien un sabre que rEmpe- 
reur portait, etc. Et si Ton trouvait jamais, 
pour le mettre au musée des souverains, 
le débris d'un polichinelle qui eût aidé la 
dentition du grand homme, et qu'on in- 
scrivît au-dessous: « Polichinelle de l'em- 
pereur Napoléon !«' » cela voudrait-il dire 
que... Oh! non, n'est-ce pas? 

(Saint- Malo.) A. G. J. 

u L'Enrhumé » de Béranger(V, 234.)- 
La grande édition des Œuvres complètes 
de P.-J, de Béranger, revue par l'auteur 
et illustrée de 52 gravures sur acier. Paris, 
Perrotin, 2 volumes in-8* cavalier,^ 
ainsi, du reste, que toutes les autres édi- 
tions illustrées^ publiées par le même li 
braire : iSSy, 3 vol. in-8*, dessins de 
Grand ville et Raff'et, — 1867, un vol. 
grand in-8®, édition populaire, illustrée de 
gravures sur bois, etc. — ne renferme pas 
le texte complet du fameux couplet suppri- 
mé dans la chanson de V Enrhumé. Dans 
tous les exemplaires que j'ai sous la main, 
les vers absents sont remplacés par deux 
lignes de points. Maisles éditions précitées 
donnent, en outre, aux lieu et place de la 
phrase interdite, cette curieuse note expli- 
cative, bien présumablement écrite par Bé- 
ranger lui-même : 



— 329 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 

. 33o 



[lo juin 1869. 



« On ne croit pas devoir rétablir ici les 
deux vers dont Timprimeur exigea la sup- 
pression en 1821. L'auteur ne consentit à 
cette suppression que parce qu'il pres- 
sentit les interprétations malignes aux- 
quelles elles donneraient lieu. Aussi Mar- 
changy tonna-t-il contre ces deux lignes 
de points. Des points poursuivis en justice ! 
Il faut les conserver d'autant plus, que les 
deux vers supprimés ne seraient auprès 
qu'une bien froide épigramme. »tULR. 

— Un recueil de ses chansons politiques, 
publié clandestinement, je crois, donne ce 
renseignement : 

tt Vers manquant dans la chanson inti- 
tulée /'jE'wr/iMm^ (t. II, p. 2o5): 

Mais le papa qui tient la dot, 
Traita sa nlle comme Loth. 

Puis, vient une clef des initiales pour ces 
mêmes chansons. 

J'ai sous les yeux un exemplaire de l'é- 
dition de 1821, reliure de cette époque; 
en regard de ce couplet il y a un feuillet, 
relié en même temps, avec ces deux vers 
écrits à la main : 

Oui. mais papa soufflant la dot 
Traita sa fille comme Loth. 

Cette seconde version me semble plus 
exacte que la première. E. T. 



cienne, sur la nature et la portée de la- 
quelle on sait partout à quoi s'en tenir de- 
puis des siècles. Or, je crois être heureuse- 
ment et définitivement parvenu à faire ac- 
cepter, surtout de la part des juges les plus 
compétents, ce que je ne crains pas de 
nommer .une véritable découverte. D'ail- 
leurs» je me hâte de déclarer que la pro- 
nonciation du erec , pas plus celle de 
Reuchlin que celie d'Erasme , n'est absolu- 
ment pour rien dans la leçon que je viens 
d'introduire où l'on sait. Aussi bien, l'er- 
reur que j'ai redressée est du nombre de 
celles qui, sans frapper l'oreille, s'insi- 
nuent dans l'esprit par les yeux. En se- 
cond lieu, on me demande s'il existe un 
seul texte, manuscrit ou imprimé, qui au- 
torise utéa. A cela, je réponds sans balan- 
cer, que dis-je ? j e réponds victorieusement : 
I II n'en existe aucun. Car, autrement, je 
n'aurais rien dépisté, rien imaginé, en un 
mot, rien découvert. Je n'aurais eu qu'à 
lire, qu'à épeler couramment et correcte- 
ment trois syllabes, dont une diphthongue. 
Mais si désintéressé que je sois de nos 
gloires littéraires, je ne saurais permettre 
à mon honorable contradicteur d'affirmer 
qu'en France on n'ait jamais su réellement 
le grec ni. avant, ni depuis le XVI« siècle 
de notre ère. A cette protestation toute pa- 
triotique, j'ajoute que, loin d'être en op- 
position, ou seulement en contradiction 
avec la théorie platonicienne, ma leçon s'y 
prête, s'y adapte et s'y ajuste étroitement. 
En effet, Socrate ne dit nulle part, pas 



missionnaire 
imprimé^ , _ . - 
et 0. D., et je viendrais à la rescousse de 
M. T. de L., qui se garde bien de tran- 
cher la question. 

Si ma mémoire est fidèle, le P. Hue a 
vu la dépouille entière de la licorne et a 
conversé avec un voyageur français qui 
avait chassé ou vu chasser la licorne. 
D'après sa description très-minutieuse, 
l'animal serait une gazelle assez rare et 
fort difficile à atteindre, mais parfaitement 
connue dans les contrées qui sont situées 
entre l'Inde anglaise et la Tartarie. Par- 
donnez-moi si ma mémoire est en défaut 
et vérifiez le second volume du Voyage 
en Tartarie, 

(Saint-Malo). A. G. J. 

Le beau est la splendeur du vrai (V, 

260).— Que ma correction, qui consiste à 
remplacer dans un texte de Platon iSsa par 
uléa, soit ingénieuse ou non, c'est là le plus 
jeune de mes soucis. Au fait, je n'ai eu 
qu'un but en établissant sur une base so- 
lide cette variante ; c'est à savoir, de met- 
tre d'accord, d'une manière palpable, la 
lettre et l'esprit de la doctrine platoni- 



rait beau que ce qui est bon, et à ce 
çompte-là, Socrate lui-même, Socrate tout 
le premier courrait grand risque d'être un 
très-méchant homme. Mais, Dieu merci! 
c'est précisément le contraire que s'appli- 
qua toujours à enseigner le maître par ex- 
cellence, le plus sage et l'un des plus laids 
d'entre les mortels. « Il n'y a de beau, pro- 
clamaii-il sans cesse, que ce qui est bori, 
autrement, que ce qui est bien, que ce qui 
est vrai. » Bref, loin d'être la progéniture 
du beau, le bon est le générateur, l'unique 
père du beau. En vérité, je regrette que 
mon antagoniste n'ait pas vécu, et cela avec 
moi, au XYI^ siècle, pendant cette seule 
centaine d'années où, suivant lui, la France 
sût réellement le grec. Du moins, nous fus- 
sions, en ce temps fortuné, tombés l'un et 
l'autre d'accord sur le texte, le sens et 
l'enseignement de Platon. 

NOTA BENE. i» L'exemplaire que j'ai 
feuilleté appartient à l'une de nos plus ri- 
ches collections de livres; c'est à la publi- 
que Bibliothèque Sainte-Geneviève que 
chacun peut voir de ses yeux , ipsissimis 
oculis, aÙTOTiTOtç è^ôaXtxoîç, si j'ai donné 
ou pris le change au sujet de i§£a. J'at- 



N* 107.] 



L'INTERMEDIAIRE 



33i 



332 — 



teste donc à nouveau que non -seule- 
ment iBsa, dans Tédition précitée, n'est 
pas accentué, mais qu'il va même jusqu'à 
manquer d'esprit, ce qui ne laisse pas que 
d'avoir une certaine gravité de plus. 

20 Avec cela, un chanoine de Florence, 
qui avait nom Marsile ou Marcille Ficin, 
reste pleinement hors de cause. Chacun 
sait que la version latine des écrivains 
grecs est le plus souvent dix fois moins 
claire que Toriginal, lors même que l'in- 
terprète a compris. Qu'est-ce donc quand 
le sens lui échappe? 

3« Yiéa n'est point un accusatif excessi- 
vement rare, et je le prouve. Mon ancien et 
vénéré maître, J.-L. burnouf, à la page 177 
de sa a Méthode pour étudier la langue 
grecque, » enseigne, avec une irréfragable 
autorité, ule6ç, « inusité au nominatif, v 
génitif uféoç, etc. Mon regrettable ami, 
Fréd. Dtibner, à la page i5 de sa « Gram- 
maire grecque» (Remwald, i835), a rendu 
cet arrêt : « Le mot uWç (fils) mérite une 
mention particulière ; presque tous les cas 
d'une autre forme « qui n'existe pas au no- 
minatif » s'y trouvent : uléoç, uist, uîeîç, 
uié(i)v, uiéai, uléaç, \)lie^ uiéoiv. »Ilestdema 
loyauté de noter que si[Burnouf, en ne re- 
fusant à la forme dont je traite que le no- 
minatif singulier, lui accorde par là même 
tous ses cas moins un, c'est-à-dire toutes 
les autres désinences des trois nombres, 
Dûbner, de son côté, alors au'il ne la se- 
vré, lui non plus, que du seul et môme no- 
minatif singulier, et qu'il fournit l'accu- 
satif pluriel uîéaç, issu évidemment de 
uléa, néglige pourtant d'ajouter cet uléa, 
lui neuvième, aux diverses terminaisons 
non relatées par lui à la page XLV. Que 
conclure contre moi de cette omission , 
toute fortuite peut-être? — Rien, absolu- 
ment rien, si ce n'est que l'excellent et très- 
docte Dubner, sous les yeux et par l'es- 
prit de qui tant de grec a passé, n'avait 
néanmoins pas encore eu l'occasion de 
faire connaissance avec mon uléa. Mais si 
des deux grammaires le plus en renom, 
j'arrive ensuite au meilleur des dictionnai- 
res, à celui que dans Athènes même rédi- 
gèrent des Athéniens a de nos jours, » des 
Athéniens d'élite, sous le titre de AESlKON 
EAAHNIKON, j'interroge la page 1 3o8 et 
je lis : uTa pour uîdv, utûcat pour uîoïç, uît 
pour uiû. Voilà donc trois formes de plus 
que Dûbner semble avoir ou ignorées ou 
perdues de vue, mais que la postérité d'Ho- 
mère et de Platon devait, non pas au XVI®, 
mais bien au XIX* siècle, pieusement re- 
cueillir et enregistrer avec soin, au fur et 
à mesure qu'elles apparaissaient à travers 
la poussière et les ligatures de textes inex- 
plorés jusque-là. De ce nombre n'est cer- 
tes pas \ Iliade ou VOdyssée, deux poèmes 
qui me sont encore, par ma foi ! restes aàsez ^ 



présents à la mémoire, mais dans lesquels, 
je le confesse, je n'ai pas souvenance d avoir 
jamais salué, même en passant, uiéa. En 
revanche, il est un auteur et un chapitre 
où je suis sûr de l'avoir lu, et qui me le 
gardent en réserve pour le moment pro- 
pice; car, avant de dresser l'état civil de ce 
mot point bâtard, mais des plus légitimes, 
j'ai besoin de rappeler succinctement deux 
vérités. La première, c'est que la philoso- 

Î)hie et l'Jiistoire s'accordent à nous révé- 
er que, chez toutes les nations, c'est par 
la parole cadencée que commencent et la 
langue et la littérature ; la seconde, c'estque 
chez les Grecs, singulièrement au siècle 
de Socrate et de Platon, les limites n'ayant 
pas encore été nettement ni profondément 
marquées entre la poésie et la prose, ces 
deux élégantes formes de la pensée hu- 
maine faisaient encore l'une et l'autre 
usage de termes communs à toutes les deux. 
Et, chose digne d'être remarquée, cette 
sorte de syncrétisme qui signale l'aurore 
des lettres en marque aussi, tantôt le dé- 
clin, d'autres fois la renaissance. Cela 
étant, çiui donc, je vous prie, qui oserait 
soutenir qu'il soit interdit, tantôt au philo- 
sophe, tantôt à l'orateur, de se servir d'un 
idiome inspiré, autrement de la langue des 
dieux, puisque c'est de ce beau nom que. 
depuis un temps immémorial, on aime à 
saluer la poésie? En France, assurément, 
nul ne se chargerait de trier, d'étendre, 
comme on dit, sur la volette, d'un côlt 
les mots de Chateaubriand, et de J'aurre 
les mots de l'abbé Delille, dans le dessein 
d'adjuger ceux-là à la prose et ceux-ci à 
la poésie. Si donc il en est ainsi, il y a 
peut-être, pour qui appartient à son 
XIX® siècle, une certaine irréflexion à ren- 
dre un oracle qui revient à ceci : a ui6v est 
prosaïque, mais poétique est uiéa. Or, le 
divin Platon écrivait pédéstrement, encore 
qu'il ait, en sa prose, si poétiquement parlé 
des aëdes. Donc, il a dû employer uWv et 
rejeter uléa. »Mais, outre que ui6v se ren- 
contre cent et cent fois sous la plume ailée 
aussi bien que sous la plume qui va che- 
minant terre à terre, il n'est décrété nulle 
part que mon uiéa soit exclusivement ré- 
servé au commerce de la muse avec le ciel, 
et que l'incomparable conférencier du cap 
Sunium ait du s'en interdire l'usage. Au 
total, le condisciple de l'Abeille attique, 
l'ami de Xénophon pouvait employer in- 
distinctement, pour ses Dialogues en prose, 
soit utéa, soit ui6v, au même titre qu'il fut 
loisible au poëte N... d'en faire autant pour 
les vers que voici : 



TUk fiïv ^Yiotjç âAsaa y^tpaiv éfioiU» 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo juin 1869. 



333 



334 



Ce distique ne doit pas être attribué à 
l'immortel philosophe nls d'un statuaire et 
d'une sage-femme. 

(Grenoble.) J. P. 

La décoration du Lis (V, 2 58). — Dans 
Le retour d'un bon roi, une de ces chan- 
sons que Ton attribuait invariablement à 
Béranger, Ton faisait dire à Louis XVIII : 

J'arrive avec mon innocence, 
Mes vertus et mon cordon blanc. 

Ce cordon blanc était sans doute le 
grand cordon de cet ordre du Lis, et alors 
on peut supposer que c'est encore du 
ruban blanc qu'il est question dans le cou- 
plet suivant : 

Bonjour, ma vaillante noblesse. 
Qui, jadis^ m'aviez planté là ! 
Aujourd'hui que le péril cesse, 
Je vous reconnais... Vous voilà! 
Venez, fermes soutiens du trône : 
Recevez ce ruban de moi! 

à quoi la noblesse répondait : 

Nous savons tous ce qu'en vaut l'aune : 
Vive Louis! Vive le roi! 

Non-seulement ce qu'en vaut Faune 
était une expression de mépris, rnais en- 
core faisait allusion à ce qui était alors 
bien connu, que Ton obtenait ces décora- 
tions pour de l'argent. On racontait, par 
e:remple, qu'un homme ayant payé pour 
avoir la Légioh d'honneur, on lui avait 
envoyé le Lis, et qu'à ses réclamations on 
avait répondu que c'était une faveur qu'on 
lui faisait parce que le ruban blanc coûtait 
plus cher que le rouge, mais le trait le 
plus violent décoché contre la nouvelle 
chevalerie, fut (si réellement elle a existé, 
car je ne l'ai point vue) une caricature 
représentant un troupeau de cochons avec 
ce titre: Compagnons d'Ulysse. 

O.D. 



tvomaxiUB et Curi00îté9, etc. 

Vers presque inédits d'Auguste Barbier. 
— Cette fois l'Académie française a eu de 
l'esprit comme quatre! Elle vient enfin de 
se foire l'honneur d'élire un vrai poëte, 
Auguste Barbier, — en attendant un autre 
vrai poëte, Théophile Gautier ! Il me sem- 
ble entendre déjà l'auteur des ïambes dé- 
biter à ses chers confrères, en guise de 
discours de réception, la Curée, la Popu- 
larité, Varsovie, ces véritables et immor- 
telles Némésis de notre époque ; enfin, 
pour ne pas faire de jaloux, Y Idole ^ 
ri DO LE, cette sublime malédiction de la 
guerre , ce superbe dithyrambe de la sa- 
gesse s'adressant à tous les fous du siècle, 
vox clatnantis in deserto : 



O Corse aux cheveux plats ! que ta France était 
Au grand soleil de messidor!... [belle 

Et dire gue Barbier chantait ces choses- 
là en mai i83i, il y a déjà trente-huit 
"années ! 

Deux ans auparavant, en 1829 (il arrivait 
à Paris), le Mercure du XIX^ siècle pu- 
bliait (p. 32 1), la pièce suivante, discrète- 
ment signée d'un B., Rêverie au coin du 
feu, qui n'a jamais été reproduite depuis. 

s'il était feu! 

Rêverie au coin du feu. 

Voici rhiver ? Toiseau quitte la branche ; 
La bise soufHe, et sur ma vitre blanche 
Le froid commence à dessiner des fleurs. 
L'hiver est triste et long pour une fille... 
Pourtant, auprès de mon feu qui pétille. 
Je dis tout bas en essuyant mes pleurs : 

« Ah! si l'ami que rêve ma jeune âme. 
De mon foyer était la douce flamme, 
L'hiver vaudrait les plus belles saisons ! 
Et le printemps, et toutes ses merveilles, 
Ses frais gazons et ses roses vermeilles 
Me riraient moins que l'éclat des tisons! 

« S'il était feu, que me ferait la bise, 
Le ciel brumeux avec sa couleur bise, 
La blanche neige et ses flocons épais? 
Que me ferait de voir glaçonner l'onde ? 
Q.ue me ferait de voir geler le monde? 
S'il était feu, gèlerais-je jamais!... 

« S'il était feu, pour sa moindre étincelle, 
Je donnerais tous mes biens de pucelle, 
Mon priez-Dieu, mon lévrier Médor ; 
Je donnerais ma colombe au pied rose, 
Le myrte blanc que chaque jour j'arrose, 
Mon ïuth d'ébène et mon crucifix d'or! 

« Je donnerais tout, jusqu'à ma parure, 
Mon manteau vert et sa lourde fourrure, 
La grande croix que tant j'aime à porter, 
Mon chaperon et ma robe Isabelle ; 
Je donnerais le bonheur d'être belle. 
Et le bonheur de l'ouïr répéter ! 

« S'il était feu, le titre de baronne. 

Tout un duché, tout l'or d'une couronne. 

Me charmeraient et me tenteraient peu ! 

Qjaand même au ciel je pourrais être un ange, 

Je ne sais pas si ie ferais l'échange 

D'un coin du ciel pour le coin de mon feu ! 

« Oh ! quel plaisir j'aurais, seule et follette, 
A lutiner la flamme violette, 
A l'agacer, et toujours à la voir 
Se denteler, se dérouler en bande, 
Sauter, bondir, danser la sarabande, 
Tout alentour de mon grand foyer noir ! 

« Que j'aimerais devant la rouge braise, 
Sur mes chenets poser mes pieds à l'aise, 
Rêver d'amour, sans trouble et sans pâleur ! 
S'il était feu, que je serais joyeuse. 
Sous les longs plis de ma robe soyeuse. 
D'envelopper son humide chaleur ! 

« S'il était feu, j'en prendrais soin extrême : 
Pendant le jour il aurait ce qu'il aime. 
Force rameaux de chêne et de sapin... 



N^ 107.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [10 juin 1869. 
— 335 336 

Don Quichotte contre M. Thiers. -Voilà 
Don Quichotte, non de la Manche, mai^ 
du Figaro (2 3 mai), qui reproche à 
M. Thiers son style provençal, trop dénué 
d'alliage parisien, et signale à ce propos 
une description que cet écrivain aurait faite 
de Napoléon l»', se drapant dans son en- 
veloppe grise. Don Quichotte ajoute que, 
de par rÀcadémie fr^inçaise, il est permis 
de s'envelopper d'un drap, mais défendu 
de se draper d'une enveloppe. Quoi qu'il en 
soit, est-il donc vrai que lliistorien dit na- 
tional du Consulat et de l'Empire ait 
commis cette pittoresque métabase , ou 
contre-petterie (pour appeler la chose par 
son nom)? V. N. 



Puis, quand mts yeux verraient la nuit des- 
Je le mettrais sur un bon lit de cendre [cendre. 
Pour sommeiller en paix jusqu'au matin ! 

« Enfin, je crois qu*au gré de mon envie, 
Je le ferais brûler toute ma vie ; 
Jusqu'à ma mort je voudrais le nourrir; 
Et je n'aurais qu'un souci, qu'une crainte, 
Ah ! ce serait de voir sa flamme éteinte. 
Car s'il mourait, il me faudrait mourir!...» 

B. 

Vifs remercîments à celui qui nous a 
signalé, pour nos curieux^ ces aimables 
strophes du jeune temps, où B. était feu et 
flamme, et qui nous a révélé le secret de 
l'initiale. C. R. 



Angnste et Tacite. Un renseignement 
nouveau. — J'avais cru jusqu'à présent, 
avec tout le monde, que l'empereur Au- 
guste, étant mort l'an i4del ère chrétienne, 
n'avait eu l'occasion de témoigner aucune 
bienveillance à Tacite, né plusieurs années 
après. M. Weiss m'a appris qu'il n'en 
était rien, et comme c'est un ancien pro- 
fesseur d'histoire, ne dois-je pas l'en 
croire quand il assure (voir le compte 
rendu de son procès devant le Tribunal 
correctionnel de la Seine, 28 novembre 
1868), a que Tacite avait pu, même après 
«avoir écrit les Annales^ rester lami 
a d'Auguste, qui l'appelait le dernier des 
a Pompéiens ?» Ce qu'il y a de plus pi- 
quant, c'est que Tacite lui-même m'avait 
induit en erreur, lui qui met dans la bou- 
che de Cremutius Cordus cette phrase 
très-claire : « Tite-Live a comblé Pompée 
« de tant de louanges, qu'Auguste l'appe- 
« lait Pompéien, w (Pompéien, et non le. 
dernier des Pompéiens). « Ut Pompeia- 
num eum Augustus appellaret. » 

T. DE L. 



Un étonnement et nn vœu d'Alfred de 
Musset. — Il y a trente-deux ans que le 
charmant poëte imprimait ce qui suit : 

<( Quoi ! parmi tant d'hommes assem- 
blés, ayant cœur et tête, puissance et pa- 
role, pas un qui se lève et dise simplement : 
— Je ne suis pour ni contre personne, 
mais pour le bien. Voilà ce que je blâme et 
ce que j'approuve, ma pensée, mes motifs. 
Examinez. r>( Lettre sur la littérature, 
5 mars 1837.) 

Que vous en semble, au point de vue 
philosophique ? Pas si mal pour un poëte, 
n'est-ce pas ? Diriez-vous point qu'Alfred 
de Musset a défini d'avance tel politique 
qui, pour vouloir être cet homme-là, — 
ni pour ni contre personne, mais pour le 
bien, — s'est trouvé isolé au milieu des 
hommes assemblés, et décrié tout d'une 
voix par les uns et par les autres? — Ma 
foi, tant pis pour les hommes assemblés, 
et vive Alfred de Musset! H. E. 



c Le petit Faust. » — Nous avons donc en- 
fin un petit Faust I Servez chaud. C'est le 
plat du jour, le succès en vogue. — Cela 
nous remet en mémoire cette épigraphe 
que Georges Sand mettait, en 1837, en 
tête de son Aldo le Rimeur : a II n'y a 
« personne qui ne fasse son petit Faust, 
« son petit Don Juan, son petit Manfred 
a ou son petit Hamlet, le soir auprès de 
a son feu, les pieds dans de très- bonnes 
« pantoufles. » Il est vrai que George 
Sand ne Tentendait pas précisément ainsi 
que MM. H. Crémieux et Jaime fils, ei 
son Aldo de Malmor n'est pas aussi gai 
que le beau troupier Valentin, chantant 
sa Marche des Soldats : 



Vaillants guerriers, sur la terre étrangère, 
Combattre est un plaisir! 

Les ennemis y mordront la poussière, 
Et c'a les f ra mourir! 

La drôlerie musicale du petit maestro 
Hervé est un hommage de plus à la beauté 
de l'œuvre du grand maestro Gounod. 

[Fausti! 
Ite, ambo, majorque mmorque^ ad sidéra, 
Plaudite jam, cives, necnon ridete vicissim!... 

comme dit le poëte latin (i). 

D. D. 



Une rectification à insérer au « Manuel 
du Libraire. » — Elle est de peu d'impor- 
tance, sans doute; mais, puisque j'ai eu 
l'occasion de la constater, je la consigne 
ici. Le Manuel^ en citant l'édition petit 
in-8 (Lyon, Pierre Rigaud, 1618) de l'His- 
toire de Primaléon, de Grèce ^premier li- 
vre, avance (5« édit., tom. Iv, col. 873) 
que le texte se compose de 404 pages. En 
réalité, c'est 4 o^ feuillets, J 'en ai la preuve, 
puisque je possède un exemplaire de ce 
volume. C. A. 

(i) Nous ne vérifions pas cette citation de 
notre correspondant ; nous laissons ce soin aux 
lecteurs. {Red.) 

Paris. - Typ. de OU. Meyraeis, rue Coju, 1S. - 1869. 



QWAQOI 



Ckêfthetet 




n M /tel 

mdr'aidtr. 



iSjnml869. 



£ 2ntetmélfïatve 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.) 



337 



338 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Un moyen oratoire de M. Emile OUivier. 

— L'histoire ne nous dit-elle pas que Dé- 
mosthène, afin d'obtenir l'attention de son 
léger auditoire d'Athéniens, se mit une 
fois à leur raconter une fable? et cette 
fable n'est-elle pas celle de rAne et 
r Ombre? 

J'ai lu dans le journal la Liberté (du 
i5 mai] le compte rendu sténo^aphié de 
la réunion électorale, à bon droit célèbre, 
qui a eu lieu au théâtre du Châtelet le 
mercredi 12 mai. Or, j'y ai vu gue l'ora- 
teur, M. Emile OUivier, avait fait comme 
Démosthène. Pour obtenir un peu de si- 
lence de son turbulent auditoire de Pari- 
siens, il leur a raconté une anecdote, 

« Dans l'antiquité, a-t-il dit, on croyait 
« que les dieux prenaient quelquefois la 
« forme humaine, qu'ils descendaient au 
« milieu de nous et se mêlaient à notre 
« vie. Or, au récit d'un des plus spirituels 
« écrivains de ce temps, voici ce qui 
« advint un jour au roi des dieux. Il était 
« descendu sur la terre pour se distraire, 
« lorsqu'au bord d'un chemin il fit la ren- 
« contre d'un paysan qui se rendait à son 
« labeur. Il l'aborda et commença à s'en- 
« tretenir avec lui. Le paysan qui ne soup- 
« connaît pas l'illustre interlocuteur au- 
« Quel il mesurait sa faiblesse, se permit 
« de le contredire. La discussion s'animant 
« et le paysan ne voulant pas se rendre, 
« Jupiter, à bout déraison et de patience, 
« démasqua sa divinité et menaça de la 
« foudre. A quoi l'homme des champs 
« répondit sans se troubler : « Tu te 
« fâches, Jupiter, c'est que tu as tort 1 » 
[Applaudissements très-vifs de la plus 
grande partie de rassemblée,) 

Cette fable, car c'en est une aussi, ou je 
ne m'y connais pas, paraît avoir eu, tout 
comme celle de Démosthène, un plein 
succès, et le reste du compte -rendu 
montre qu'elle a valu à l'orateur un silence 
relatif qui lui a permis d'exposer ses idées 



infiniment mieux que M. Jules Favre dans 
d^autres réunions. 

Mais, s'il vous plaît, quel est celui 
d'entre les plus spirituels écrivains de 
l'antiquité chez qui se trouve le récit dont 
M. Emile OUivier a tiré si bon parti? Y 
a-t-U quelque part une fable de Jupiter et 
le Paysan? Est-ce de la part de 1 orateur 
une heureuse réminiscence, ou est-ce un 
expédient c^ue son imagination lui aurait 
fait improviser, pour le besoin du moment, 
comme on rapporte que le cardinal de 
Retz a un jour improvisé un passage de 
Cicéron, je ne sais lequel, afin de s'en faire 
un argument 52126 ^ȉ non? S. D. 



Quelques lignes de M. Sainte-Beuve. — 

Où donc M. Sainte-Beuve, l'illustre séna- 
teur-critique, a-t-il écrit ces lignes que j'ai 
trouvées tn fac-similé d'autographe > 

a Depuis quelques années déjà, il s'ac- 
crédite des opinions bien fausses, selon 
moi, sur la nature, la qualité et le droit 
des grands hommes. L'idée morale n'entre 
plus dans le j ugement qu'on porte sur eux, 
ni dans le rôle qu'on leur assigne. On les 
fait grands, très-grands, des instruments 
de latalité, des foudres irrésistibles, des 
voix commandées dans l'orage ; rien ne les 
limite, ce semble, que leur pouvoir et leur 
Succès même. On est revenu, sur ce point, 
à une idolâtrie, du moins en paroles, qui 
rappellerait celle des premiers âges ; ce ne 
sont que des demi-dieux, tou jours... (?) 
quoi qu'ils fassent. — Sainte-Beuve. » 

On dirait que ce passage dont un mot, 
l'antépénultième, n'est pas nettement 
écrit, a été découpé dans un journal. Au 
verso se voient 2 3 lignes d'impression, 
qui semblent un fragment de compte rendu 
tnéâtral. On y lit, par exemple : « Rocam^ 
bole va toujours, et j 'en suis bien aise pour 
les auteurs. Les Sept Châteaux du Diable 
ne désemplissent pas au Châtelet.... 



C'est le Champagne, 
Vin de Cocagne^ etc. » 



V. N. 



Et le sceptre revient toujours à la 
beauté. — A propos d'un banquet de la 



TOME v. — I a 



N» io8.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



339 



— 340 



maçonnerie écossaise dans lequel feu 
M. Viennet devait proposer M. Crémieux 
comme son coadjuteur, un journal citait, 
l'année dernière, avec infiniment d'à-pro- 
pos, ce vers si plaisant en cet endroit : 

Et le sceptre revient toujours à la beauté. 

De qui donc est ce vers ? 

Yezimat. 



Une lettre de Luther sur les pierrots. 

— Connaîtrait-on et pourrait-on m'indi- 
quer une traduction française de la Lettre 
de Luther, dont parle M. Nestor Roque- 
plan dans le passage suivant de Parisine : 
« C'est fête dans les arbres, les oiseaux 
chantent, les pierrots crient à tue-tête; que 
disent-ils ces polissons de moineaux, qui 
égayaient si bien la sombre humeur de 
Luther dans sa retraite de Wartbourg, et 
lui inspirèrent une lettre si charmante. » 
(Parisine, le Chapitre de la Nature, 
page 169, unvoL gr. in-i8. Paris, Het^el 
(sans date). Avril 1869.) Ul. 

Un vers de Tartuffe. — L'admirable 
drame que Tartuffe 1 II offre, en même 
temps, un curieux tableau de l'intérieur 
d'un riche bourgeois sous Louis XIV. 

Un vers, pourtant, m'a toujours intrigué : 

.: Et s*il vient à roter, il lui dit : Dieu vous aide ! 

(Acte I, scène 2.) 

Etait-il toléré, à cette époque, de roter 
à table, comme de tousser, cracher, se 
moucher, etc.? Cela nous paraît au moins 
étrange aujourd'hui : Molière en parle 
comme d'une chose naturelle, et non 
comme d'une incongruité. On dit encore 
de nos jours à un homme qui éternue : 
Dieu vous bénisse! On disait alors à celui 
qui rotait : Dieu vous aide ! A quelle épo- 
que remonte cet usage, et quand a-t-on 
commencé à proscrire l'éructation et à la 
ranger parmi les petites infirmités qu'il est 
convenable de dissimuler ? Le Dict. de Tré- 
voux (qui écrit roter) dit : Quand un homme 
rote, on dit proverbialement : Deù gra- 
tias, les moines sont saouls. 

(Béziers.) Louis H. 

Qu'est-ce jue : oxel? —Ce mot se ren- 
contre assez fréquemment dans les plaintes 
en diffamation adressées aux Treize de la 
justice à Metz, au XV i« siècle : en voici 
quelques exemples. 

Jehan le moistrier se plaint que Collair 
qu'on dit le proicheur l'a appelé lairon, 
olxels{ et meschant homme aes plus mes- 
chant que on sceut trouver. 

Jehan Challon est traité par Nicolas le 
boulanger de beUistrey mescha^nt laidre, 
consouffrant oxels, et m,.,.. 



Sibiile femme de Denys le menuisier se 
prend de querelle avec tsabellon, femme 
de Hannes l'éperonnier, et lui crie : Nt 
scait on poinct bien que tu es la ribaulie 
de la crosse jambe, le frère le bourrien 
de Chtèvremont; et comme le mari veut 
prendre la défense de sa femme, elle ajoute 
en s'adressant à celui-ci : Va va, oxelpel^ 
que tu es, fil^ç de tel^ oxel^ telj que tu es. 

Le sens de ce terme injurieux paraît 
être celui de « mari complaisant, » mais 
quelle en estl'étymologie? C. L. 



Chapier. — Je désirerais savoir le sens 
de ce mot dans la phrase suivante du Ta- 
bleau de Paris, par Mercier (édition Des- 
noiresterres, i vol. in- 12, Pagnerre, i833, 
page 1 5) : a Tous les chapiers de la ter- 
rasse des Tuileries ou de l'allée du Luxeni- 
bourg sont des antianglicans qui ne par- 
lent que de faire une descente en Angle- 
terre, etc.» Le Dictionnaire de l'Académie 
expli(}ue ce mot par celui qui porte chape, 
ce qui ne convient évidemment pas id 

y R. 



Prononciation des noms propres étran- 
gers. — Si j'en crois M. F. -T. Blaisois, 
dans son ingénieuse réponse sur la pro- 
nonciation du nom de Montaigne (V, 198), 
un Français qui ne veut pas afficher un 
pédantisme déplacé, doit prononcer Ivan- 
hoéeiByron à la française, et non pas i 
l'anglaise, Batreune et Aïvanhô. uo^^ 
en généralisant, je tire cette règle quon 
doit prononcer les noms étrangers comme 
ils sont écrits, en donnant à chaque lettre 
sa valeur française et non la valeur qu'elle 
possède dans la langue à laquelle appar- 
tient chaque nom. Je ne doute pas dèslors 
que M. F. -T. Blaisois ne prononce litté- 
ralement Goethe, Shakespeare, Pulci, Mi- 
ckiewic^f, et non psis Gueuthe, Shêkspire, 
Poultchi, Mitskiévitch. (Pardon pour ces 
transcriptions bizarres, qui ne sont évi- 
demment que des à peu près). Toutefois, 
je conserve quelques scrupules, et je dési- 
rerais savoir si la règle ci-dessus est géné- 
ralement adoptée, et s'il n'y a pas lieu de 
faire quelques distinctions. Dicastès. 

• 

Biographie de Jacques Sarraân. — Quel- 
que lecteur de V Intermédiaire pourrait- 
il me fournir sur ce sculpteur du XVII* si^ 
cle d'autres renseignements biographiques 
que ceux donnés par M. Jal dans son Dic- 
tionnaire critique de biographie et d'his- 
toire? D. D. 

Pmd'hon et Mlle Meyer. — (^elqu'un 

pourrait-il donner des renseignements 
nouveaux et inédits sur ces deux artistes? 
Demande faite dans te but de compléter 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juin 1869. 



Hi 



342 



autant que possible leur biographie que 
prépare en ce moment M. C.-C. B. 



Burbanck, peintre de chats. — Un pein- 
tre anglais, Burbanck, donnait à Londres 
vers 1839 des leçons particulières de des- 
sin et exposait à l'Académie royale des 
études d'animaux, d'oiseaux, etc. On con- 
naît de lui deux importantes études de 
chats, publiées par Martin Lavigne chez 
l'éditeur Gihaut? Avait-il fait sa spécialité 
de ce genre de représentation? Traitait-il 
habituellement les études de chats à l'a- 
quarelle? Les musées ou les collections 
particulières contiennent-elles quelques 
pièces de ce maître? En un mot, nos lec- 
teurs peuvent-ils nous fournir quelques 
renseignements sur lui et sur son œuvre? 

R. C. 



Ximenez, candidat à rAcadémie. — Je 

possède une lettre autographe écrite par 
cet ancien aide de camp de l'illustre 
maréchal de Saxe à Bernardin de Saint- 
Pierre, pour solliciter son appui, comme 
candidat à l'Académie. — Y parvint-il? — 
Cette lettre se termine par quelques vers, 
qui donnent à entendre que « le vieux 
malade de Ferney » ne déaaignait pas de 
grossir ses recueils de la muse de Ximenez. 
Voici cette lettre. 

« A Paris, rue de la Vrillière, n° 6. 
3o sept. 1807. 

« Monsieur, 
« On a dit et vous prouvez que la haute 

éloquence emprunte toujours quelque 

:hose de la poésie. 
« L'auteur de Paul et Virginie eût été 

' Racine ou La Fontaine, s'il avait ignoré 

! Que la prose peut avoir tout le charme 
des vers. — Je ne sais à quels titres vous 
demander votre suffrage dans les élec- 
tions des deux successeurs de Portails et 
Le Brun. Permettez que des vers ca-* 
chent le nud de ma prose. 

'avais vu de Fribourç s'écrouler les remparts ; 
omber,dans Fontenoi, Torgueil des Léopards ; 
'admirai d'assez près Lowetidal et Maurice. 
'oltaire me tendit une main protectrice: 
forma mon oreille à distinguer les sons, 
•ans ma jeune mémoire il grava ses leçons; 
t mes vers, qu'épura son amitié fidèle, 
•nt grossi les recueils de sa muse immortelle. 

<& Salut, respect et admiration. 

« Ximenez » 

Pour copie conforme : P. A. L. 



La patrie d'Homère 7 — Sept villes, dit-on , 
e disputaient l'honneur de lui avoir donné 
- jour, d'où ces vers : 

[Argos, Athenae^ 
•myrna, Chics, Colophon, Salamis, Rhodos, 
Orbis de patria certat, Homère, tua. 



Quel est le véritable auteur de cette ci- 
tation latine? Smyrne et Chios, dit«on, sont 
celles dont les prétentions semblent le 
mieux fondées; or, d'après les motifs 
mêmes qui ont donné lieu à cette supposi- 
tion, comment n'a-t-on pu savoir laquelle 
de ces deux villes offrait le plus de ga- 
rantie, et fixer, d'après l'assentiment des 
savants, le lieu de la naissance de Tauteur 
de r Iliade et de VOdyssée ? 

Dans quels ouvrages pourrait-on trou- 
ver quelques éclaircissements à ce sujet ? 

Quels sont les auteurs qui ont disserté 
sur cette intéressante matière, demeurée 
encore à l'état d'énigme ? 

A. LÉONARD. 



Le Coq ganlois. — A quelle époque re- 
monte cet emblème? Comment explique- 
t-on qu'il ait été mis, en i83o, au-dessus 
du chef des armes de France, en même 
temps que les tables de la Charte y rem- 
placèrent les fleurs de lis? Est-ce une loi, 
ou une ordonnance royale, ou bien un 
simple règlement ministériel, qui prescri- 
vit et généralisa l'emploi de cet emblème 
qu'on a vu figurer jusqu'en 1848 à la 
hampe des drapeaux, sur la garde des 
épées, sur les boutons des uniformes, etc.? 

R. C. 



Un discours bien payé. — A quel ora- 
teur Henri III donna-t-il dix mille écus 
pour un discours qui ne valait pas grand '- 

chose? EUQORRAL 



Le pont d'or. — J'ai lu dans le Temps 
du 2 1 mars 1 869 cette phrase d'un savant 
économiste, M. Maurice Block : a Un gé- 
néral a dit : Il faut bâtir un pont d'or à 
V ennemi qui se retire. » Quel est ce géné- 
ral qui, dans tous les cas, doit être un bien 
vieux général, car il v a longtemps que 
son mot court le monde ? Euqorral. 



L'Académie des Ricovrati. — Dans quel 
ouvrage pourrait-on trouver des détails 
historiques et anecdotiques sur l'origine de 
l'Académie des Ricovrati, de Padoue, dont 
firent partie au XV II" siècle, Mlle de Scu- 
déry, M mes Dacier, Deshoulières, de Ville- 
dieu, etc.? Ulr* 



Le cuir des bêtes prend-il des rides 
avec l'âge? — MM. Edmond et Jules de 
Concourt nous montrent dans leur der- 
nier roman intitulé : Mme Gervaisais 
(p. 39) tt un chêne ayant sur son écorce la 
a rugosité d'une peau de bête centenaire. » 
D'abord, y a-t-il beaucoup de bêtes cen- 
tenaires? Et, puis, quand bien même cette 
I longévité serait aussi incontestable qu'elle 



N- 108.1 



L'INTERMÉDIAIRE 



343 



344 



est douteuse, la peau de ces vieilles bêtes 
se ride-t-elle donc comme la peau des 
vieilles coquettes? Euqorral. 



Joannes a borgia. — Pourrait-on me 
dire quel est le personnage qui a fait gra- 
ver ce nom, par le relieur, au dos a'un 
in- 12, lequel a pour titre : Titi lAvii Pator 
vint.,, decadis quintœ libri F. Apud Seb. 
Gryphium, Lugduni^ 1548. Sur les plats 
du volume est gravé un écusson où Ton 
distingue un cerf couché. L'écusson est 
lui-même entouré d'une couronne de 
feuillage, et des trois lettres I. D. B. La 
reliure est en veau brun, et la tranche 
dorée et gaufrée semble indiquer la se- 
conde moitié du XV I« siècle. C. L. 



« Lettres de Jnnius » (II, io5). — J*em- 
prunte à un article de M. Sainte-Beuve sur 
les Œuvres choisies de Charles Loyson 
publiées par M. Emile Grimaud, article 
mséré au Moniteur universel du 21 no- 
vembre 1868, cette note qui concorde avec 
la plupart des réponses déjà faites ici à la 
question rappelée plus haut : a II (Loyson) 
était fort au courant de la l^ittérature an- 
glaise, et je trouve dans le tome I du Spec- 
tateur y page 1 53, un article de lui sur rau- 
teur des Lettres de Junius : il y indique et 
y appuie la solution qui les attribue à sir 
Philip Francis, la même qui a été si ingé- 
nieusement discutée et proposée dans la 
Revue des Deux-Mondes du 1 5 septembre 
1 868. » Proposée est de trop dans la note 
de réminent critique, car M. Ch. de Ré- 
rausat, auteur de l'article de la Revue des 
DeuX'Mondes intitulé : Encore Junius^ 
avait déjà mis en avant la même solution 
dans le même recueil (i«' et i5 décem- 
bre i85i). T. DE L. 



Dix Jésuites, enean-forte (III, 271). ^ 
Le petit dessin reproduit par Vlntermé- 
diaire (II, 137), ne serait-il pas simple- 
ment un souvenir malicieux des célèbres 
querelles religieuses des XVI* XVI I«, et 
XVI II« siècles, entre les Jansénistes et les 
Molinistes? J'ai sous les yeux, en ce mo- 
ment, une autre petite eau-forte de cette 
même époque, où se trouvent gravés les 
portraits de sept jésuites molinistes fa- 
meux : Le portrait de Molina (vu de profil) 
gravé sur cette estampe, offre beaucoup de 
ressemblance avec le portrait (également 
de profil) du premier personnage placé à 
droite dans la gravure de V Intermédiaire. 
L*eau-forte que ie possède mesure 22 c. 
sur 14 c. 1/2. Elle ne porte d'autre mar- 
que de publication que celle-ci : a A Ams- 



terdam » (ce qui pouvait aisément dire : 1 à 
PariSy » dans ce temps là I), sans aucune 
mention de nom d'auteur, ni de date. En 
voici, du reste, l'exacte description : 

A gauche, au premier plan, se dresse, 
au bord d'une rivière, un gros arbre, dont 
les fruits, entremêlés dans le feuillage, sont 
représentés par sept petits médaillons fine- 
ment gravés (Hauteur de chacun, 17 mil- 
limètres). Ces médaillons contiennent les 
portraits des personnages suivants, dont 
les noms sont écrits, en toutes lettres^ au 
dessous de chaque figure : « Escohar^ - 
L. Molinay — Vasque^Çy — Th. Sanchex, - 
L. Lessius, — F. Suare!f, — L, Tambou- 
rin. » 

A droite, une troupe d'évêques, d'abbéset 
de moines {Jansénistes) invoquent le ciel en 
adressant à Dieu d'ardentes prières. Au- 
dessus d'eux le Père Eternel, entouré dt 
petits anges, et assis dans les nuages, 
écoute leurs pieuses demandes et 1« 
éclaire de son rayonnement le plus lumi- 
neux. Près de lui, un ange vengeur, collé 
d'un casque guerrier, et brandissant une 
épée flamboyante, foudroie, du haut du 
ciel a ïarbre maudit, » tandis que le Démoo 
des Enfers, perché sur sa plus haute bran- 
che, s*appréte à prendre possession des 
« mauvais fruits, » 

Au bas de cette gravure, se lit le titre : 
« La prière charitable, » puis immédiate* 
ment au-dessous, sont ^avés les deiti 
quatrains que voici : 

Pire que le fij^ier dont parle TKvangile, 
Q.ue tu maudis, Seigneur, l'ayant trouvé stérile, 
Celui-cy dès longtemps porte des fruits amers 
Dont le poison fatal peut perdre l'univers. 

S'il se peut cependant, arreste ta Colère; 
De ton Ange vengeur (tic) suspens les justes 

[coups; 
Et faisant triompher ta grâce salutaire, 
Permets que de tels fruits puissent devenir douL 

Cette seconde planche n'est-elle pas da 
même temps, et, au point de vue de l'in- 
térêt historique, plus curieuse encore, q« 
la première? Ulric. 

Manuscrits de J .-F. Âdry ( 1 1 1 , 6 1 6). - L^ 

Bibliothèque impériale possède (foods 
français) au moins trois mss. d'Adry : j^ 
ms. de sa Vie de Malebranche, le ms. de 
son Histoire littéraire des écrivains jt 
r Oratoire, et le ms. : Les sources où ^ 
Fontaine a puisé ses fables. Je ne sais si 
je me trompe, mais j'ai un vague souvenir 
d'avoir entendu dire que les Archives de 
l'Empire gardent aussi quelaues-uns àts 
mss. du savant bibliographe, lesquels pro- 
viendraient de la bibliothèque de 1 Ontoirc 
confisquée par la Révolution. T. de ^• 



Savez •▼eus pourquoi les femmo^-" 
(III, 745). —Vous vous servez, plus volon- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juin 1869. 



— 345 



346 



tiers de la main droite que de la main 
rauche, vous, Monsieur; mais mettez-vous 
levant un corsage boutonné à gauche, et 
tirez... les conséquences. D. L. 



La mère Gandichon (IV, 21). — On a 
!)eaucoup de propension à expliquer par 
^audere les mots qui présentent cette 
)YlIabe^ât/i ou god. Mais je ne sais si Ton 
1 a pas tort de ne pas faire la part du mot 
^ode^ ou, si Ton n*admet pas Texistence de 
:e primitif perdu, au moins de son dimi- 
nutif ^oie/, que le Dictionnaire de Wailly, 
d'après Richelet, explique par a sorte de 
petite écuelle ; sorte ae petit vase, sorte de 
gouttière. » De là à verre à boire, il n'y a 
au'un pas ; et c'est le premier sens que lui 
(tonne M. Landais: « godet... vase à boire, 
qui n'a ni ni pied ni anse. » Aussi, me pa- 
raît-il évident que godet est la véritable 
racine de godailler que Tun et l'autre dic- 
tionnaire expliquent par « boire avec excès 
et à plusieurs reprises. » Mais cette étymo- 
logie ne conviendrait-elle pas fort bien 
aussi à la Mère Godichon? Puisque j'ai 
cité N. Landais, je neveux pas dissimuler 
qu'il n'est d'accord avec moi sur aucun 
point. Il fait venir godet de guttetus, vase 
petit à ne contenir qu'une goutte; godail- 
ler de good aie, bonne bière ; et quant à 
godichon, il l'indique seulement comme 
synonyme de godiche, et donne les deux 
ïïiois comme dérivés de Claude, ce nom, 

2ui, je ne sais pourquoi, a pris le sens de 
îte. La Mère Godicnon descendrait alors 
en ligne directe de la mère Sotte, en 
admettant toutefois que, dans ce dernier 
vocable, le mot sotte ait bien le sens qu'il 
a aujourd'hui. O. D. 



Les foomeauz du père Dnchesne (IV, 
1 39). — C'est hïtïi fourneaux, en effet, et, 
^ovL journaux, comme on l'avait imprimé 
II, S90. Voici ce que nous lisons dans le 
:urieux volume de M. Ch. Brunet, Le Père 
Ouchesne d'Hébert, 1859, in-12, p. 38 : 
■ Le nom du père Duchesne était connu 
ie longue date. On trouve dans une réim- 
pression publiée par Caron, et qui est in- 
titulée le Plat du carnaval, la relation d'une 
iventure arrivée au père Duchesne, potier 
Je terre, et marchand de fourneaux, rue 
Mazarine, qui jure ou est près de jurer à 
chaque phrase. En 1789, plusieurs pam- 
phlets furent publiés sous le nom du père 
Duchêne. C'était un type, comme, de 
notre temps, celui de May eux. » Voici 
maintenant le titre complet de la facétie 
réimprimée par Caron : Le vlat de Car- 
ffaval, ou les beignets apprêtés par GuiU 
laume bonne pâte, pour remettre en appétit 
ceux qui Vont perdu... Ed. F. 



Goiflér sainte Catherine (IV, 354). — 
a Et elle répondit : Si Mlle Bathilde vou- 
« lait r«5/er pour coiffer sainte Catherine, 
« elle en était parfaitement maîtresse* » 
Je crois que cette phrase d'Alex. Dumas 
(dans le chevalier d'Harmental) donne la 
véritable forme delà locution et l'explique. 
Sainte Catherine étant la patronne des de- 
moiselles, elles lui doivent un culte parti- 
culier : elles doivent, au moins le jour de 
sa fête, parer ses images, lui mettre des 
couronnes sur la tête. De là, on est parti 
pour dire, en raillant celles qui ne trou- 
vaient pas de maris, qu'elles en auraient 
bien si elles voulaient; mais qu'elles ai- 
maient mieux « rester pour coiffer sainte 
Catherine, » de peur que, tout le monde se 
mariant, il ne restât plu3 personne pour 
ce pieux office. Sainte Catherine n'est donc 
pas plus la patronne des vieilles filles que 
des jeunes. Mais pourquoi, même des jeu- 
nes r Je ne sais, à moins que ce ne soit 
parce que son nom paraît vçnir du grec 
Katharos, pur, immaculé, sans tache. 

O. D. 



« Le Songe dn Vergier » (V, 26). ^ Je 
ne suis pas, hélas ! en mesure de répondre 
aux difficiles questions posées par M. John 
Eliot Hodgkm, mais je puis du moins 
apporter un ténaoignage considérable et 
jusqu'à ce jour inédit en faveur de l'opi- 
nion, si bien soutenue par M. Léopold 
Marcel, qui attribue le Songe du Vergier 
à Charles de Louviers. Dans un volume 
manuscrit conservé à la Bibliothèque im- 
périale sous le n® 10.117 du fonds latin, 
volume tout rempli d extraits pris par le 
très-savant ministre protestant Alatthieu de 
Larroque, j'ai relevé (page u) cette note 
marginale : a M. Charles de Louviers, con- 
a seiller au parlement de Paris, est auteur 
a du livre intitulé : Le Songe du Vergier, 
a dédié à Charles V environ l'an 1 364. » 

T. DE L. 



Le mot « mystifier » et ses dérivés (V, 45). 

— Le mot ne paraît que dans la seconde 
moitié du XVI il® siècle « La société, a dit 
Arnault dans V Eloge de Picard, était alors 
atteinte d'une manie assez sin^ière. Pour 
satisfaire à je ne sais quel besoin qui s'était 
emparé des esprits, d'autant plus avides 
de plaisir qu'ils en avaient été absolument 
sevrés pendant l'effroyable période à la- 
quelle on venait d'échapper ; pour rega- 
gner le temps perdu et en compensation 
d'un si long deuil, on croyait ne pas pou- 
voir trop se divertir : de là lusage assez 
commun d'appeler, dans les fêtes que l'on 
se prodiguait réciproquement et où l'on 
accumulait tous les genres d'amusement, 
certains personnages dont le métier était 
de se )Ouer de la bonhomie du convive 



M* io8.j 



LINTERMÉDIAIRE 



347 



348 



qu'on leur livrait et de le couvrir de ridi- 
cule dans la maison où il avait été attiré 
par des démonstrations d'estime et d'ami* 
tié, et quelquefois même dans sa propre 
maison qu'il avait cru n'ouvrir qu'à des 
amis » Ces personnages se nommaient 
des mystificateurs. P. Ristelhuber. 



Les cornes dn diable (V, 59}. — 

Si le plus laid démon du monde 
Ne peut donner que* ce qu'il a : 
Sous sa peau de Serpent immonde, 
— (N'allez pas trop crier: « holà! » 
Si je dépasse un peu les bornes ! ) — 
Il fallut bien que le diable eût des cornes, 
fMoi, j'en suis archi-con vaincu,) 
Puisque, avec Eve, sa complice, 
Il planta ce noble appendice. 
Sur le front du premier... mari. 

Un confrère. 

Noël (V, ^9). — En wallon, noté; Haï- 
naut, noé; Bourg, noeiy- Bresse, noyé; pi- 
card, noué; Berry, naUy nô; provençal, na- 
dalynadau; espagnol et portugais, wafj// 
italien, natale^ du latin nataliSy naissance; 
comme le provençal, le vieux espagnol 
avait aussi nadal. Noël s'est dit, par eupho- 
nie, pour Naely comme poêle pour paêle, 
(Amsterdam.) H. Tiedemam. 

— Dans toute la langue française, si 
riche en termes de toute sorte, il est trois 
adjectifs, sans plus, qui présentent la 
même singularité; je veux dire un tréma 
comme signe d'une lettre élidée : ce sont 
nàîfy noël et soëf. Ce dernier a perdu la 
voyelle U, et il dérive du latin suaviSy 
prononcé so^avis; d'où, dans le dialecte 
d'oïl, non pas souef, mais bien soè'f, c'est- 
à-dire doux. Naïf, lui, est pour natif, 
comme noël pour novel. Donc, au total, 
suave, natif et noël sont les formes rajeu- 
nies de soèf, naïf et noël. Dès lors, ce noël 
n'a rien de commun avec natalis. 

Si le jour de Noël est le jour de la nais- 
sance du Sauveur, il est en même temps 
le jour de l'année renouvelée, en un mot, 
le jour du nouvel an. Et cela pour deux 
raisons : D'abord, l'autorité civile, d'ac- 
cord en cela avec l'autorité religieuse, fixa 
plus d'une fois au 2 5 décembre le com- 
mencement de l'année; puis, comme an- 
ciennement, les pieuses cérémonies de la 
nativité de l'Enfant-Dieu duraient bien cinq 
ou six jours , elles ne faisaient qu'un, en 
quelque sorte, avec la fête des Rois, autre- 
ment avec le i" janvier. 

Au surplus, le patois, celui de Tlsère, 
par exemple, a un mot particulier pour 
dire Noël, et ce mot, c'est Kalende, dont 
le sens est exactement « premier jour du 
mois de la renaissante année. » 

(Grenoble.) J. P. 



Paire la balle (V, 59). — La belle partie 
est celle qui fait gagner. Or, lorsqu'on 
joue en parties liées, et que les deux pre- 
mières parties ont été gagnées, l'une par 
un joueur, l'autre par le second, il faut en 
jouer une troisième pour déterminer la 
perte ou le gain. C'est pourquoi on dit 
par contraction i faire la belle, pour fain 
la belle partie. E. G. P. 



Omelette (V, 60^. — Je ne reviendrai pas 
sur ce qui a été dit touchant l'étymologic 
de ce mot, mais je demande à ajouter un 
nota à celui où M. F.-T. Blaisois renvoie 
au Dictionnaire étymologique de Ménage. 
J'engaee les lecteurs deilntermédiaireï 
se mener excessivement de Ménaee, jus- 
tement en matière d'étymologie. C est un: 
science toute fantastique chez lui. Comice 
je ne veux pas que l'on s'en rapporte àmoL 
jugement , je prierai nos coa bonnes de 
lire le chap. I»*, p. 12 et suiv., des Récréa- 
tions philologiques dé Génin ; ils y trouye- 
ront là, et en bien d'autres endroits du 
même ouvrage, les preuves à l'appui de 
l'opinion qu'il émet. Il range Charles No- 
dier un peu au-dessous de Ménage, comme 
étymologiste et philologue. C. D. 



Le temple de TAréopage (V, 85), — Non, 
aucun temple n'a été bâti sur la colline 
de l'Aréopage d'Athènes. J'emprunte cette 
réponse à un excellent travail de M. Er- 
nest Dugit, ancien membre de l'Ecole 
française d'Athènes: Etude sur r Aréo- 
page athénienythè'se présentée à la Faculté 
des lettres de Paris (1867). Voici comment 
M. Dugit décrit les lieux (p. 14): » La 
partie orientale de cette colline présente à 
son sommet uijie petite plate-wrme, ni- 
velée de main d'homme, où l'on distingue 
des traces de sièges creusés dans le roc. 
On y abordait par un escalier, dont quinze 
ou seize marches subsistent encore. Le 
reste de la colline était occupé par des 
habitations dont Ton trouve de nombreui 
vestiges, taillés dans la pierre vive. » 

T. DE L. 



Jacques Prévost (V, i3i). — Mille re- 
mercîments à M. E. Bellier de la Chavi- 

fnerie, mon infatigable co-chercheur. 
'ermettra-t-il que je lui dise combien sa 
consultation me semble {précieuse? Hélas! 
les tableaux sont capricieux comme les 
belles. Ce qui les prend le plus vite, c'est 
l'ennui de ceux qui les aiment. Jacques 
Prévost a préféré à mon humble demeure 
le musée de Besançon. L'en blâmerai-jjei' 
Je n'y suis guère autorisé. D'ailleurs, c'est 
bien au Jacques Prévost (de Gray), l^ 
peintre de la première moitié duXVI«siècIe, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



349 



[25 juin 1869. 



35o 



au Jacques Prévost de Robert- Dumesnil, 
de Duplessis et de Renouvier, que je de- 
vrais oans ce cas adresser mes reproches 
et mon blâme. L'autre (celui du musée 
d'Orléans) mérite pleinement le prix de 
quiétude. Il ne ma rien fait: Il n*est ni 
venu ni parti. Jacques D. 

Avoir du Quil^ns, du Gonqnibas (V, 187). 
— Il ne faut pas chercher trop loin, et les 
explications données jusqu'ici me parais- 
sent plus ingénieuses que satisfaisantes. 
Avoir des espèces sonnantes, posséder des 
écus, c'est posséder les choses avec les- 
quelles, cum quitus on accjuiert à peu près 
toutes les autres. On doit d'ailleurs pro- 
noncer Vu à la manière latine et italienne 
et on fait facilement ainsi, de cum quibus^ 
coNQuiBus, lequel par abréviation et oubli 
de l'étymologie est devenu du quibus. 

Au reste, on ne trouve pas toujours les 
raisons çum quibus on peut expliquer les 
choses 7 et cela parce que souvent elles 
n'existent pas ; c'est le cas des formes maca- 
nmiques pass ées en usage. J'ai eu jadis un 
professeur de latinité qui avait pour excla- 
mation ordinaire, je n ose pas dire juron, 
le mot pestibns! Ce terrible pestibus écla- 
tait à la vue d'un barbarisme, ce qui était 
naturel, et il retentissait non moins éner- 
gl«\uement ea signe d'approbation à l'au- 
dition d'un b on discours latin. Plus d'un 
ancien disciple de ce digne homme a gardé 
le souvenir et même un peu l'usage de son 
mot bizarre, mais il ne paraît pas qu'il se 
soit beaucoup répandu. Si par impossible 
cela fût arrivé, son explication eût donné 
du fil 5 retordre aux érudits qui n'auraient 
pas suivi ses leçons. 

Pour terminer I disons, qu'aux siècles 
passés, bien des mots ont été passagère- 
ment et ridiculement empruntés au latin 
et mêlés au français à cause de leur res- 
semblance avec des mots que l'on ne vou- 
lait pas employer, mais seulement laisser 
deviner. Exemple, le petit quoniam bonusy 
dans la vieille chanson qui commence 
ainsi : ^ 

L*autre jour, dans un pré, 
Dessous un arbore. 
Au tard j'ai rencontré, 
Un dominm curé, 
Lequel m'a demandé 
Si vellem facere... 

Le D' Nephelès. 

— C'est une contraction du latin. Avoir 
Tes quibus, etc., les choses avec lesquelles 
on acquiert ce dont on a besoin, ce qu'on 
désire. Or, comme l'argent donne tout ce 
qui peut s'acheter, on a dit avoir du qui- 
ous. C'est ainsi, par exemple, qu'on a dit 
^n omnibus pour une voiture à la portée 
de tous. — Dans une comédie ancienne 
^ue je n'ai pas sous les yeux on lit : du 
conquibus, c'est-à-dire du : cum quibus, 



c'est-à-dire des choses avec lesquelles, etc. 
11 est assez probable qu'on a commencé 
par dire du : cum. quibus, etc. Comme, 
dans le langage familier, l'usage tend tou- 
jours à abréger, du : quibus. Ce second 
exemple me semble confirmer la première 
explication et indiquer, en outre, comment 
le mot s'est formé. E. G. P. 

— Il me semble que cette locution ré- 
pond à cette autre : U a de quoi; il n'a 
pas de quoi; Il a de quoi vivre. — Ce quoi 
vient du latin qui, de qiioi:\Quîoffereturj 
vix reliquity il laissa à peine de quoi se 
faire enterrer. — Ce qui est l'ablatif de 
quid, quoi. Quibus est l'ablatif pluriel de 
Jt/â?, les choses qui.... Je n'ai pas de qui- 
bus , ]e n'ai pas les choses avec lesquelles 
je puisse acheter, payer, me procurer cela 

(Alençon). C. E. D. 

— J'ai bien peur que M. O.-D. n'ait, à 
l'exemple dangereux de Ménage, mis beau- 
coup trop d ingéniosité à expliquer le 
con^uibus, du Laquais de Larivey. (Ancien 
Théâtre Français, V, 19.) La chose est 
beaucoup plus simple; conquibus n'est pas 
un seul mot, mais deux soudés ensemble; 
c'est le pendant de l'expression de quoi. 
{Intermédiaire, V, 167), et la difficulté ap- 
parente n'est qu'une aifférence de pronon- 
ciation. En effet, les finales et, en général, 
les consonnes, se prononçaient autrefois 
beaucoup moins exactement qu*aujour- 
d'hui. Nous faisons sonner Vn tinale d^a- 
men, qui prend ainsi trois syllabes dans la 
prononciation; on disait autrefois aman^ 
puisqu'on le faisait rimer avec les adverbes 
en ment, La lettre m qui nous occupe n'avait 
souvent que la valeur d'un n; pour plomb, 
de plumbum , on écrivait aussi bien plun 
que plum. Il en était de même deJhesum, 
employé en français comme régime, etqui 
s'écrivait auss> bien Jhesun, ce qui donne 
la prononciation des deux. Est-il néces- 
saire de rappeler la querelle du seizième 
siècle sur la prononciation de quamquam, 
et les railleries faites sur ceux qui s obsti- 
naient à prononcer kankan ? Enfin, dans 
les manuscrits français, dont la paléogra- 
phie, quoique parallèle, n'est pas exacte- 
ment la même que celle des manuscrits 
latins, l'abréviation en forme de 9, qui 
dans les manuscrits latins se doit traduire 
par cum : on doit au contraire transcrire 
con lorsqu'on a affaire à un texte français, 
ainsi qu'on en est bien vite assuré en trou- 
vant ainsi écrit à côté un mot non abrégé 
de cette famille nombreuse de mots com- 
posés où cette préposition est entrée; elle 
y est restée sous cette forme, convaincre, 
etc., etc., et le conquibus est exactement 
les deux mots cum quibus prononcé à la 
façon de tout le moyen âge, en sous-en- 
tendant comme su]ei pecuniœ ou tout au- 
tre mot analogue. Â. de M. 



H* io8.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



35i 



352 



Origine de lliôiel Carnavalet (V, 2 3o). — 
Voici le texte que je possède de Tacte 
dont il a été question : 

tt Aujourd'huy VIII» jour de Tan mil 
tt cinq cent soixante treze, le roy de Po- 
« logne, fils et frère de roy, grand-duc de 
« Lituanie, duc d'Anjou, de Bourbonnois et 
« d'Auvergne, comte de Forest, La Mar- 
« che, Quercy, Rouergue et Monîfort La- 
« maury, estant à Monteraulx, metant en 
a considération les bons, grands et signa* 
a lez services qu'il a receu, en le temps de 
a sa première jeunesse, du feu sieur de 
o Carnavalet, et aussy le long temps qu'il 
« y a qu'il est deu audit feu sieur Carna- 
« vallet une certaine somme, de laquelle 
« sa veuve et filsnauroient peu estre payés, 
« pour les affaires survenues à Sa Majesté, 
« vouUant recongnoistre les services du d. 
tt feu sieur de Carnavallet, envers les 
t siens, sa dite Majesté a donné, octroyé 
a et accordé à dame Françoise de La 
« Baulme, veuve du d. feu S' de Carna- 

o vallet et à de Carnavallet, leur fils, 

a la maison du Petit Bourbon, assize 
o à Paris, près la rue Sainct Anthoine, 
« ainsy que Sa Majesté l'avoit acquise du 
tt dit feu sieur de Carnavallet, à la charge 
a de payer par elle les droicts et devoirs 
tt dont elle est chargée. En tesmoing de 
€ quoy Sa Majesté a signé le présent brè- 
tt vet, et commandé à moy son conseiller 
« secrétaire destat et de ses finances, le 
« contresigner et den expédier toutes les 
o lettres et provisions pour ce requises, 
€ Monsieur de Chiverny présent. » 

HENRY. 

Pour copie conforme : Jacques D. 



Le verbe « sachoir » V, 241). --- Pas si 
nouveau ce verbe! Je le trouve déjà dans 
le Menagiana^ édition de 171 5, tome III, 
p. 89 : « Je ne sache pas parmi les mo- 
dernes d'autres poètes tués à la guerre que 
Garcilasso. » Le Dictionnaire de Trévoux 
(édition de 1771) donne, au sujet de ce 
verbe si défectijfy comme l'appelle A. de la 
Taille, les explications que voici : « Il n'y 
a que ce verbe qui se mette au subjonctif, 
sans qu'aucun mot le précède. Et ce qu'il 
y a de particulier, c'est que cette façon de 
parler n'a lieu que dans la première per- 
sonne : Je nt sache rien de plus fâcheux. Je 
ne sache personne, pour dire je ne con- 
nais... Il est du style de la conversation. » 

Yezimat. 



Doit-on prononcer Montagne ou Mon- 
taigne ? (V, 266.) —J'ai prouvé, par des ci- 
tations grammaticales et littéraires, tirées 
d'écrivams du XV 1» siècle : i» que mon 
sonnait moun ; 2^ que ai sonnait devant 
gn, ay (ail) à Lyon, eyi^éX) à Paris ; 3» que 



le ^ ne sonnoit pas. M'a-t-on réfuté ? A-t-on 
même essayé de le faire? Non. On a con- 
trecarré, on a j'ose à peine dire com- 
battu, on n a pas détruit mes arguments. 
En effet, aux preuves c^ue j'ai données on 
n'a opposé que les faits suivants, que je 
n'ai jamais contestés : !<> En Gascogne, on 
prononce Montagne. 2® On a généralement 
écrit et prononcé Montagne au XVII« siè- 
cle. 30 En grec. Montagne se dit Mwvravo;. 
Il est facile de voir que ces trois arguments 
ne prouvent pas qu au XVI« siècle on n'ait 
prononcé que Montagne. 

Seul, M. S.-R.-D. m'a cité des exemples 
de terminaisons en agne au XVI« siècle. 
Je les accepte, mais en faisant réserve de 
la prononciation. Dans les exemples cités 
le g sonnait-il? Ne servait-il pas, même, en 
l'absence de î'i, à donner à la voyelle a ce 
son mouillé que j'ai essayé d'indiquer par 
la diphthongue grecque ai (V. Intermé- 
diaire III, 454 et seq.) Ces questions va- 
laient d'autant plus la peine d'être exami- 
nées, qu'il est facile de riposter par des ci- 
tations contraires ; Ex : daigne, enseigne, 
preigne, appreigne. (Clément Marot, Pa- 
ris, Rapilly et l5ondey-Dupré, 1824, t. Il 
p. 365), des citations, mais! 

Si tu m'en as comblé , je t'en puis accabler... 

Et quand nous aurons vidé notre car- 
quois, qu'est-ce que cela prouvera ? Qu'i/ 
existait alors une double prononciation (i). 
Je n'ai jamais prétendu autre chose. 

M. S.-R.-D. me fait un reproche auquel 
je suis sensible : « Je dédaigne', dit-il, le 
témoignage des Gascons. » Ce serait très 
mal de ma part! Non, je ne dédaigne ni 
les Gascons, ni leur témoignage ; mais enûa 
il s'agit ici non de la prononciation gas- 
conne, mais de la prononciation française 
du nom de Montaigne; et franchement, 
ce n'est point sur les bords de la Garonne 
(du moins, c'est un préjugé de mon pays] 
qu'il faut aller chercher des modèles de 
prononciation française. 

F.-T, Blaisois. 



Analogies de plusienrs noms de flenves 

(V, 275). — J'ai cru reconnaître c^ue les 
créateurs de la langue arienne écrite, qui 
s'est répandue dans le midi et l'ouest de 
l'Asie, et presque toute l'Europe, pour dé- 
signer les choses, les ont caractérisées par 
leur qualité dominante, par les services 
qu'elles rendent. Guidé par cette idée, en 
cherchant l'origine du mot latin amnis, 
fleuve, j'ai trouvé amn, (arabe, hébreu;, 

(i) Tout comme entre la Gascogne et le 
Blaisois. Les Gascons, c'est-à-dire les partisans 
(Tagne, écrivent Chassaigne et prononcent 
Chassagne. Demandez à un Blaisois le nom de 
son candidat officiel, il vous répondra comme 
il écrit : Dessaignes. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juin I 869 



353 



nourrir, tfomw, c^ui nourrit, nourricier. J*ai 
conclu que l'action de nourrir, d'entrete- 
nir, était pour eux la propriété dominante, 
caractéristique des fleuves, des grands 
cours d'eau. Partant de là, j e viens de cher- 
cher l'origine de Duna, duina. Don : le sy- 
riaque, le chaldéen s[un^ que les Grecs pro- 
nonçaient dzun, nourrir, doit donner le 
sens primitif de Duna^ etc. Danubius: 
arabe ;fû«, nourrir, nourriture, ibia^ appor- 
ter, ^anibia, di^fanibia, qui apporte de la 
nourriture; rien de plus commun que la 
permutation du sf et du d. Dniester y Da^ 
naster: arabe ^an istar, tester Jastar, créer; 
Donastery Dniester, qui crée la nourriture. 
Dnieper, Danapris : zan , epr, produire, 
féconder; Danapris, bniéper, qui féconde 
et nourrit la terre. Le if permute aussi avec 
le/; :çan, tana, qui nourrit; si l'on veut 
rana, donner largement, hébreu rassa, 
donner largement ; rau, nourrir, rew, pâ- 
ture; TanareWy qui donne largement de 
la pâture. Tana'is, ancien nom du Don: 
tana, faire vivre, conserver la vie ; Tanaej\ 
qui donne la conservation de la vie. 

Je pourrais attribuer des origines analo- 
gues, à presque tous les noms de fleuves, 
de rivières. 

Le latin rivus , rivière , ruisseau , sans 
doute peut venir du grec reô , couler, roê, 
cours d'eau; héb. riva^ arroser largement; 
mais il peut aussi, d'après l'iaée pré- 
cédente, venir de Vhébreur ava^ rova, rowa, 
nourrir; espagnol, rio, fleuve qui nourrit. 

Rhodanus, le Rhône: rau, nourrir, anâ, 
qui donne, rautana qui donne de la nour- 
riture, ou qui nourrit de ses dons. 

(Alençon.) G. E. D. 

Un mot du Régent (V, 276). — Voici le 
passage de Duclos : a Le Récent fut 
charmé de la mort de son ministre. Le 
)our de l'opération, l'air extrêmement 
chaud tourna à l'orage. Aux premiers 
coups de tonnerre, le prince ne put s'em- 
pêcher de dire : J'espère que ce temps~là 
fera partir mon drôle. Il n avait pas en ef- 
fet plus d'égards pour son ancien maître 
que pour tout autre : le Régent osait à 
peine lui faire une recommandation. Ge 
prince s'était réservé la feuille des bénéfi- 
ces et des çrâces, pour son travail avec le 
roi ; mais il s'était laissé assujettir à corn- 
[nuniquer auparavant la liste au cardinal, 
)ui rayait insolemment les noms de ceux 
jui ne lui convenaient pas. Jamais servi- 
tude ne fut plus honteuse que celle oti ce 
3rince s'était mis, qu'il sentait douloureu- 
îement, qu'il avait honte d'avouer, et dont 
1 n'avait pas la force de s'affranchir. » 
ajoutons que cet état de choses était, 
iprès tout, conforme à la position officielle 
ies deux personnages, puisque, le roi dé- 
:laré majeur, le duc d'Orléans n'était plus 
régent, et que Dubois était toujours pre- 
mier ministre. En outre, Duclos a encore 



354 



raconté que le Récent s'était laissé amener 
à no'mmer Dubois premier ministre, par 
l'espoir que cette nomination ferait plan- 
che pour lui-même, ce qui ep effet se réa- 
lisa. Tout cela Tend le mot au moins fort 
vraisemblable. O. D. 



Les cornes du taureau sont-elles yeni- 
meuses ? (V, 277.) -— Si les cornes de la 
race bovine sont venimeuses, au moins ne 
sont-elles pas empoisonnées, puisqu'elles 
ont servi si longtemps et servent encore 
de verres à boire et de trompettes. Mais 
on comprend très-bien que ces cornes 
épaisses et rugueuses n'entament pas les 
chairs aussi nettement qu'une lame d'a- 
cier, et que leur déchirement irrégulier 
amène une suppuration plus abondante et 
forme une plaie plus difficile à guérir 
qu'une blessure ora inaire. G 'est aussi l'ef- 
fet des balles mâchées qui ont également 
été accusées d'être un poison. Je pense 
qu'il y aurait à donner une explication 
analogue de ce que dit Valmont de Bo- 
mare, de la morsure du lion. « On pré- 
tend que sa salive, introduite dans la 
chair par sa morsure, produit presque les 
mêmes symptômes que la morsure du 
chien enragé ; elle cause des convulsions 
et le plus souvent fait mourir. » Ges con- 



vulsions ne seraient-elles pas celles du té- 
tanos qui a dû suivre souvent l'affreux 
broyement des muscles, des nerfs et des 
os Qu'opère cette terrible mâchoire. Ge- 
penaant on ne peut méconnaître que la 
morsure des bêtes carnassières, et même 
des oiseaux de proie, ne soit quelquefois 
très -réellement empoisonnée. Gette in- 
toxication est occasionnée par la présence 
entre les dents ou dans les coins du bec, de 
bribes de viande passée à l'état de putré- 
faction. Je crois donc très-probable qu'il 
en serait de même du sang corrompu que 
l'on boirait, autant celui d^utres animaux 
que celui du taureau. Mais peut-on ad- 
mettre que Thémistocle, qui probable- 
ment avait le choix de ses moyens de sui- 
cide, ait opté pour la déglutition d'une 
liqueur dont l'effroyable fétidité suffoque 
à cent pas de distance ? O. D. 

Un peintre et curieux à Lyon en 1551 ? 

(V, 227). — Glaude Gomeille, peintre sous 
les rois François I«% Henri II, François II 
et Gharles IX, né à La Haye, mort à 
Lyon après un long séjour dans cette ville, 
est évidemment le même artiste que 
M. de La Borde nomme « Gorneille de 
La Haye de Lyon » c'est-à-dire Gorneille, 
né à La Haye, habitant à Lyon. Jean 
Second, l'aimable et gracieux chantre des 
Baisers, né à La Haye, dans ses notes de 
voyage publiées sous ce titre : Iter Galli' 
cum, raconte aue passante Lyon, en i534, 
il vit son ami le peintre Gorneille. Gelui-ci 



N» 108.1 



L'INTERMÉDIAIRE 



355 



356 



avait fait une petite fortune dans cette 
ville, où les beaux arts ont toujours été 
florissants; on ne pouvait pas lui appliquer 
le proverbe : # gueux comme un peintre. » Il 
possédait plusieurs maisons (nommées 
de i55i) et sa qualité de peintre du roi 
lui obtint, en iSSg, Texemption des droits 
d'entrée pour six bottes de vin par an 
(Reg. consulaire). La note du Diario de 
l'ambassadeur vénitien, citée par M. Ar- 
mand Baschet, se rapporte évidemment à 
ce peintre sur lequel on trouve peu de 
détails. (L'inventaire des archives consu- 
laires n'est pas terminé, il s'en fautl )Bran- 
tôme confirme à sa manière le passage 
du Diario j relatif aux portraits des grands 
de la cour de France. Pendant le séjour 
unique que Catherine de Médicis fit à 
Lyon, en 1 548, elle visita sans doute l'ar- 
tiste en renom ; mais, à cette époque, cette 
reine avait 29 ans, elle se trouvait encore 
jeune et belle et par conséquent n'a pu te- 
nir, au duc de Nemours, les propos de 
vieille femme que Brantôme lui attribue ; 
son portrait ne pouvait être plus âgé 
qu'elle. Brantôme a commis quelque con- 
fusion dans le récit de cette anecdote, 
Catherine de Médicis mit probablement à 
profit son séjour à Lyon pour poser de- 
vant Corneille qui fit également les por- 
traits des principaux personnages de la 
cour, s'empressant à imiter leur belle sou- 
veraine. C est cette collection de portraits 
peints en 1548 que l'ambassadeur de 
Venise admira en ibSi. Où trouver le tout 
ou partie de cette collection? Où rencon- 
trer la liste de ces œuvres artistiques ? 
(Lyon.) V. de V. 

— J'ai vu, chez M. Arthur Dinaux, un 
livre intitulé : Epitomes des Roy s de 
France, en latin et en françois, avec leurs 
vray es figures, Lugduni, Arnoullet, 1 546 
(petit in-4, titre gravé, portraits). Outre ce 
titre général, il portait, au commencement 
du texte, le titre suivant : Epitome des 
gestes des 58 Roy s de France, depuis Pha- 
ramond jusqu'au présent très chrestien 
Francoys de Valoys, M. Dinaux y avait 
mis une note : « Ouvrage rare, orné des 
« plus anciens portraits des Roys de 
« France que l'on connaisse. Les médail- 
« Ions, signés du monogramme du double 
« C. (£), ont été faussement attribués à 
a Vœriot; ils paraissent plus sûrement être 
a de Claude Corneille, de Lyon. » Ce 
livre a été vendu 48 francs à la vente de 
M. Dinaux. L'attribution du savant anno- 
tateur me paraît s'accorder à la fois au 
texte de Brantôme et à la mention curieuse 
citée par M. Armand Baschet. Je désire 
que ce renseignement puisse contribuer, 
avec d'autres rapprochements, à le mettre 
sur la trace de ce qu'il cherche. 

E. G. p. 

Wilbant, peintre de portraits (V, 278). 



^ M. P. d'A. trouvera des notices sur les 

{>eintre Nicolas et Jacques Wilbaut dans 
e 2« volume de la Biographie Ardennaise 
de l'abbé Bouilliot, Paris, i83o, in-8, pa- 
ges 443-447. 

Nicolas Wilbaut, né à Château-Porcien 
le 20 juillet 1686, fut élève du fameux 
Jean Jouvenet et mourut au lieu de sa 
naissance le 4 mai 1763. Comme ce n'est 
pas lui qui a peint le portrait dont parle 
M. P. d'A., je vais passer immédiatement à 
son neveu. Jacques Wilbaut est né aussi 
à Château-Porcien le 28 mars 1729. Elève 
de son oncle, il vint à Paris en 1 730 pour 
travailler chez Jean Restout, neveu de 
Jouvenet et ami de Nicolas Wilbaut; il y 
fut occupé à copier les meilleurs tableaoi 
de Jouvenet, des Halle, etc, tandis qu'il 
faisait ses études à l'Académie royale. 
Appelé en 1752 dans sa patrie par dej 
affaires de famille, il y resta jusqu'à sa 
mort, arrivée le 18 juin 18 16. Il avait 
exercé à Château-Porcien des fonctions 
municipales avant et depuis la révolution. 

Voici, d'après l'abbé Bouilliot, la note 
de ses principaux ouvrages : Cathédrale de 
Châlons-sur-Marne : martyre de Saint- 
Etienne. — Les quatre docteurs de l'Eglise 
latine. — Saint Léon foudroyant l'hérésie 
d'Eutychès et de Dioscore. — Abbaye de 
Chaumont'la-Piscine : La flagellation.— Le 
crucifiement. — Abbaye de Thénaillti 
(Prémontrés) : Assomption de 2 5 pieds de 
haut , et deux martyres. — Hôtel-Dieu de 
Reims : L'Assomption. 

Plusieurs sujets des malheurs de la mai- 
son de Priam (Iliade) — ^ Allégorie des 
effets de la révolution française sur les 
préjugés du despotisme et du sacerdoce 
(c'était une concession aux nécessités du 
temps). — Portraits de M. de Juigné, évêque 
de Châlons, et des évêques de Ta Rochelle 
et de Grenoble, — du maréchal de Vaux et 
de sa famille, — de M. de Berg, chambel- 
lan du prince palatin, duc de Bavière, -^ 
du baron d'Homeck, coadjuteur de l'évê- 
ché de Bamberg, — de son oncle, peint en 
costume polonais, quatre jours avant sa 
mort, — son propre portrait , etc. 

La plus grande partie des tableaux de 
Nicolas et Jacques Wilbaut a été détruite 
lors de la Révolution. Cependant, il y 3 
encore à la paroisse de Rethel, une Sama- 
ritaine et une descente de croix, et à la 
succursale de la même ville, un Cou^onn^ 
ment d'épines, une Flagellation, et un ta- 
bleau des Disciples d'Emmaûs, par Jacques 
Wilbaut. , , 

Aux renseignements fournis parTabbe 
Bouilliot, j'ajouterai : i® musée de Reims, 
Portrait deJ.-B. Coquet. H. o» 8o«l. o"' 
638. 2« Le sommeil de l'enfant Jésus. ' 
3*> Le portrait de Talleyrand-Périgord, ar- 
chevêque de Rouen, gravé par Varin. 

Si M. P. d'A. connaissait le personnage 
représenté dans le tableau qu'il posaède, c 
lui serais bien obligé de m en indiquer I« 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juin 1869* 



357 - 



358 



nom. En tout cas, j'en recevrais avec re«» 
connaissance la description par la voie de 
l'Intermédiaire. Si M. P*. d'A. pouvait 
envoyer au journal un calque ou une co- 
pie exacte de la signature, il me rendrait 
service. E. G. P. 

— Siret cite deux peintres de ce nom, 
dont le dernier doit être Tauteur du por- 
trait, que possède M. P. d*A. : i® Wilbaut 
(Nicolas) Ecole française, i7i6-i763.Châ- 
teau-Porcien. (Champagne.) Portrait, etc.. 
Travailla longtemps en Allemagne, surtout 
à Dresde. 2° Wilbaut (P. -P. Jacques) 
neveu de Nicolas, Ecole française, 1729- 
1816. Château- Porcien. Portrait; peintre 
estimable. ~ Siret ne serait-il pas plus 
estimable, s'il était moins laconique? 

(Vendôme.) A. D. 

— Fiissli, dans son Kunstlerlexicoriy 
p. 5090, parle de ce peintre comme tra- 
vaillant à Reims en 1760. Il fit le portrait 
de Talleyrand-Périgord, archevêque de 
Traianople et coadjuteur de Reims, plus 
tard archevêque de Paris. On le nomme 
Wilhant ou Wilîbaut. P. Clauer. 

— Wilbaut, né à Château-Porcien 
en 1629, a été un de ces peintres à qui il 
n'a manqué que de vivre dans un milieu 
de personnes capables d'apprécier sa valeur 
réelle, et de le taire classer comme artiste 
d'un mérite incontestable.— Depuis quel- 
que temps seulement, des amateurs de 
Reims l'ont remarqué, exhumé pour ainsi 
dire, et aujourd'hui on recherche ses bons 
portraits aont quelques-uns ont beaucoup 
d'analogie avec la manière de Chardin, 
dont il a bien pu être l'élève. Je possède 
deux tableaux de Wilbaut et surtout un 
portrait de femme qui est d'une facture 
superbe et d'une grande vérité. La même 
notice pourrait s'appliquer à deux autres 
peintres de Reims qui ont vécu dans le 
même temps, mais de l'école de Boucher: 
Perceval et Clermont, qu'on recherche 
aussi. (Reims.) E. D. 

— Jacques Wilbault, né à Château- 
Porcien en 1729, mort en 181 6, était élève 
de son oncle Nicolas Wilbaut, également 
de Château-Porcien. Un grand nombre 
d'églises de la Champagne possèdent des 
tableaux de ces deux artistes, dont les 
œuvres, estimées à leur époque, n'ont rien 
perdu de notre temps. Jacques excellait 
surtout dans le pprtrait. Le Musée de 
Reims possède de lui un portrait d'un per- 
sonnage de Reims. [Catalogue du Musée 
de Reims, N"* 278.) 



Le financier Beanjon (V, 279}. — Beau- 
jon fut chargé, dans un moment de disette, 
de procurer du blé à la ville de Bordeaux. 
Cette opération, retardée par quelques 
obstacles-, le- rendit suspect au parlement, 



oui voulut sévir contre lui. Il fut obligé 
ae s'enfuir et vint se réfugier à Paris, où 
le gouvernement le prit sous sa protection. 
(Biographie Universelle,) 

Pierre Clauer. 



Une édition des Lettres de M'aide Sévi- 
gné de 1728 (V, 271)). — L'édition des 
Lettres de M™« de Sévigné due au chevalier 
de Perrin n'est pas la seconde, suivant les 
bibliographes. Je renvoie M. E. R. à la 
notice bibliographique publiée dans le 
tome XI des Lettres de M™« de Sévigné 
(Hachette. — Les Grands Ecrivains de la 
France)^ où cette édition porte le n» 8. 
Elle a été précédée, d'après cette notice 
(la plus complète qui existe), d'une édi- 
tion de 1725 en un volume, contenant 
3i lettres; de 3 autres, de 1726, en 2 vol., 
comprenant 184 lettres et la préface de 
M, de Bussy {sic) ; d'une autre, également 
de 1726, en 2 vol. contenant 177 lettres; 
d'une 6», de 1728, en 3 vol. comprenant 
184 lettres, et aune 7% de 1733, en 3 vol., 
contenant le même nombre de lettres. 
L'édition du chevalier de Perrin de 1734 
(t. I-IV) et 1737 (t. V-VIj comprenant 
614 lettres, serait donc la 8«. L'édition de 
1728 trouvée par M. E. R. (qui n'est, en* 
effet, mentionnée nulle part) serait donc 
une contrefaçon de celle de même date 
citée plus haut, ou n'en différerait qu'en 
ce qu'elle aurait 2 vol. au lieu de 3. Mais, 
comme nous l'avons dit, elle n'est là pas^ 
la première qui porte en tête : Préface de 
M, de Bussy, H. T. 

Un pendu de l'Inquisition (V, 273). — 
Il serait audacieux sans doute d'affirmer 
que jamais l'Inquisition d'Esj>agne n'a fait 
pendre personne : mais pourtant je le crois, 
et évidemment c'était l'opinion de Vol- 
taire. En effet, il se réservait de ressusciter 
Pangloss, comme il va ressusciter Cuné- 
gonde, comme deux fois il ressuscitera le 
Baron. Ressusciter un homme brûlé eût 
été trop fort ; mais il paraît qu'il y en a 
des exemples pour les pendus. Voilà pour- 
quoi Pangloss n'est que pendu, mais l'au- 
teur se hâte d'ajouter que ce n'est pas la 
coutume, et au chap. XXVI II, il reviendra 
encore sur cette circonstance et cherchera 
à l'expliquer, tant il sait bien qu'elle est 
fausse. « Il est vrai, dit Pangloss, que 
vous m'avez vu pendre. Je devais natu- 
rellement être brûlé; mais vous vous sou- 
venez qu'il plut à verse lorsqu'on allait me 
cuire. L*orage fut si violent qu'on déses- 
péra d'allumer le feu. Je fus pendu, parce 
qu'on ne put mieux faire. » Voltaire ou- 
blie ou espère que le lecteur a oublié que 
le jour où Pangloss n'a pu être brûlé, t le 
Biscayen et les deux hommes qui n'avaient 
pointVoulu manger de lard, furent brûlés.» 
Mais plus il s'embrouille dans son récit. 



N- 108.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



359 



36o 



plus il est clair qu'il n'a pas brûlé Pan- 
glosSy parce qu'il voulait le ressusciter, et 
qu'il n avait à alléguer aucun exemple de 
gens pendus par l'Inquisition en Espagne 
ou en Portugal. 

Ailleurs, il n'en fut pas toujours de 
même, et Ton peut regarder comme des 
pendus de l Inquisition uolel et Dubourg, 

Suisque les inquisiteurs Orry et Mouchy 
gurèrent au nombre de leurs juges, et que, 
dans leur exécution, la potence précéda le 
bûcher. Cette méthode a étrangler d'abord, 
soit en les suspendant, soit autrement, la 
plupart de ceux que l'on condamnait au 
feu, à la roue ou à l'écartèlement, rendra 
peut-être douteux les exemples que l'on 
pourrait trouver de gens pendus par l'In- 
quisition. Mais cela ne se pratiquait pas 
en Espagne, où le condamné au feu était 
seulement recouvert d'une chemise sou- 
frée dont la vapeur l'étouffait assez vite. 

O. D. 

— En 1570, sous le pontificat de Pie V, 
le savant Aonius Palearius, convamcu 
d'hérésie par l'inquisition de Rome, fut 
pendu, et son corps livré aux flammes. Il 
était âgé de cinquante huit ans. Reste 
suspensum, suspensi vero et mortui corpus 
crematum, ex eodem tnonumento nostro H- 
quity dit le jésuite Lazeri qui a consacré à 
ce savant une notice fort curieuse. ^Vid. 
Miscellaneorum ex mss libris bibliotnecœ 
Colle gii Romani societatis Jesu, t. II. 
p. i36.) C. L. 

L'Origine de la noblesse, » poème sa- 
lyrique (V, 280). — Aug. Thierrv raconte 
que iors de l'insurrection de Wat-Tyler, 
en i38i, les noms d'Adam et d'Eve et la 
commune origine revenaient fréquemment 
dans les discours et les chansons des 
paysans anglais, et il cite deux vers de ces 
chansons conservés jusqu'à nos jours: 

When Adam delved and Eva span 
Where was then the gentleman l 

« Quand Adam bêchait, quand Eve fi- 
lait, où était alors le gentilhomme ? » Mais 
le passage cité du livre danois paraît bien 
plus directement tiré d'une source tout 
aristocratiaue, un couplet de Coulanges, le 
cousin de M"« de Sévigné et de Louvois : 

D'Adam nous sommes tous enfants, 

La preuve en est connue. 
Va que tous nos premiers parents 

Ont mené la charrue ; 
Mais las de cultiver enfin 

La terre labourée, 
L'un a dételé le matin. 

L'autre Taprès-dînée. 

O. D. 

Dictionnaire de l'Académie des Beaux- 
Arts (V, 283). — L'ouvrage que cite M. Gi- 
doin comme ayant précède le Diction- 



naire de l'Académie des Beaux-Arts n'est 
pas rare, ainsi qu'il le pense. J'en ai ren- 
contré fréqueitiment des exemplaires et 
j'en ai un sous les yeux, à l'aide duquel je 
puis rectifier certaines indications données 
par M. Gidoin. Voici le titre complet: 
Dictionnaire portatif des Beaux- Arts^ ou 
abrégé de ce aui concerne V architecture^ 
la sculpture, la peinture, la gravure, la 
poésie et la musique; avec ta définition 
de ces artSy Vexvlicatîon des termes et 
des choses qui leur appartiennent; en- 
semble les noms, la date de la naissance et 
de la mort, les circonstances les plus re- 
marquables de la vie, et le genre parti- 
culier de talent des personnes qui se sont 
distinguées dans ces différents arts parmi 
les anciens et les modernes, en France et 
dans les poys étrangers. Par Lacombe. 
Nouv. édit. Paris, J. Hérissant et les frères 
Estienne, 1733. L'ouvrage est un petit 
in-8 et non in- 12, imprimé à deux co- 
lonnes. La vignette, gravée par Lebas, 
est datée de. 1752 et non de 1732. Il ré- 
sulte de l'Avertissement que cette édition 
est la seconde. Je n'ai pu. trouver la date 
de la première que dans le Nouveau ma- 
nuel de Bibliographie universelle, par 
MM. Ferdinand Denis et P. Pinçon, qui, 
au mot Beaux^Arts^ indique des éditions 
de 1752, 1753 et 1759. 

Ce même ouvrage donne le titre de plu- 
sieurs autres Dictionnaires des Beaux- 
Arts tant français qu'étrangers. Je ne ci- 
terai Que les français : 

1* Dictionnaire des arts de peinture, 
sculpture et gravure, par Watelet et L'E- 
vêque. Paris, 1702, 5 vol. in-8. 

2^ Nouveau Dictionnaire des Beaux- 
Arts, par Millin. Paris, 1806, 3 vol. in-8. 

30 Dictionnaire des arts du dessin, pein- 
ture, sculpture, gravure et architecture^ 
par Boutard. Paris, 1826, in-8. 

Ces indications se retrouvent dans le 
Manuel du libraire de Brunet, Table mé- 
thodique, au mot Arts, p. 542 de la nou- 
velle édition. 

Comme on le voit, TAca demie des Beaux- 
Arts a eu de nombreux devanciers. Il se- 
rait curieux de rechercher les emprunts 
qu'elle a pu leur faire. 

(Le Havre). V. T. 

— Il parut d'abord à Paris, V« Etienne et 
J, - Thomas Hérissant, 1 752, in- 1 2 , p. 707. 
L'année suivante il eut chez les mêmes 
une seconde édition. .Les Mémoires de 
Trévoux rendent compte de ce diction- 
naire, janvier 1753, p. 365-371, février 
1754, p. 539. a Le débit a été si prompt, 
dit-on en annonçant la 2« édition, que le 
libraire s'est vu obligé de le réimprimer au 
bout de six mois , et nous osons assurer 
que ce ne sera ni la dernière, ni même la 
pénultième ou l'antépénultième édition. « 
M. Gidoin a-t-il entre les mains une 3« édi- 
tion ou bien le millésime de la sienne est- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juin 1869 



36i 



362 



ii 1753 au lieu de 1759, qu'il croit lire ? Le 
mot qui manque dans son titre est : la 
définition. P. Clauer. 

— Le mot qui manque dans le titre est 
avec la définition des arts. » La date est 
bien 1759 et les noms d'éditeurs sont Jean- 
Th. Hérissant et les frères Estienne. Le 
dernier feuillet après Tlconologie abrégée 
contient l'approbation, le privilège et le 
nom de l'imprimeur Augustin-Marie Lot- 
tin. Quant à sa rareté, elle est nulle. Le 
livre de Lacombe, encore utile à con- 
sulter, est un de ceux qu'on rencontre 
facilement sur les quais, et comme le pa- 
pier est très- bon et que les exemplaires, 
comme il était d'usage, ne sont guère 
sortis de chez l'éditeur que reliés, il est à 
peu près aussi fréquemment dans un excel- 
lent état de conservation. A. de M. 



Prénoms défendas (V, 288). — L'em- 
ployé de l'état civil^ qui se refusait à in- 
scrire sur ses registres le nom de Jeannine, 
était peut-être grincheux, comme M. Ulr. 
Taffirme; en tout cas, il avait pour lui la 
légalité; car la liberté du prénom nous 
fait complètement défaut en France. Voici 
le texte de l'art. i«' de la loi du 1 1 germi- 
nal an XI : « A compter de la publication 
de la présente loi, les noms en usage dans 
les différents calendriers, et ceux des per- 
sonnages connus de l'histoire ancienne, 
pourront seuls être reçus, comme prénoms, 
sur les registres de rétat civil destinés à 
constater la naissance des enfants; et il 
est interdit aux officiers publics d'admettre 
aucun autre dans leurs actes. » Le nom de 
Jeannine se trouve-t-il dans un calendrier 
quelconque? Voilà toute la question. Si 
oui, la résistance de l'employé grincheux 
était mal fondée ; si non, ce n'est pas sur 
lui, mais sur la loi, un peu surannée, de 
l'an XI qu'il faut faire retomber l'épithète. 
— Mais, me dit M. Ulr., tout le monde 
^hane Jeannine est simplement un dimi- 
nutit de Jeanne, — Eh 1 sans doute, au 
même titre que Jeannette et Jeanneton, 
quoique ces deux derniers soient beaucoup 
plus usités: mais ce n'est pas le diminutii, 
c'est le nom simple que donnent les calen- 
driers en usa^e. Et d'ailleurs, où irions- 
nous, si les diminutifs, charmants, je le 
veux bien, dans l'intimité, envahissaient 
les actes officiels 1 Fanchon ou même Chon- 
chon au lieu de Françoise, Finette au lieu 
à^ Joséphine, etc., etc. Décidément la loi 
de germinal a encore du bon. Dicastès. 



Encore une phrase des « Commentaires » 
de César (V, 293). — Les dieux et les rois 
s'en allant, rien d'étonnant que les lati- 
nistes s'en aillent aussi. Heureusement 
que tous les dieux ne sont pas partis, et 
tous les latinistes non plus. Si Artaud et 



Sommer ont eu le tort de mourir, d'autres 
et les deux Quicherat en tête, — Arcades 
ambOy — vivent encore. Dieu merci ; et si 
nous les traduisons à la barre de llnter^ 
médiaire, je fais des vœux pour qu'on leur 
délivre un exemplaire de l'acte d'accusa- 
tion, en les invitant à présenter eux-mêmes 
leur défense. 

Or, les deux Quicherat ne sont pas plus 
d'accord entre eux qu'Hippocrate et Ga- 
lien; l'un dit « encaissée, » l'autre « entre- 
coupée. » Auquel croire? M. J. P. n'admet 
ni l'un, ni l'autre, ce qui redouble mon 
embarras. Cette divergence d'opinions, 
chez des hommes auxquels on ne peut re- 
fuser l'épithète de latinistes, me donne à 
penser que le récit du grand capitaine n'est 
pas aussi simple ni aussi intelligible qu'on 
veut bien le dire. 

i® Et d'abord le « mediocri interjecto 
spatio » du chap. 69, sur lequel M. J. P. 
s'appuie pour expliquer le a intermissam », 
est-il suffisamment expliqué lui-même? 
S'agit-il d'un espace entre chaque colline, 
ou d'un espace entre la chaîne de collines 
et l'oppidum? Vigenère, Varney, M. J. P., 
etc., entendent d'une façon; j ose à peine 
avouer tjue j'entends de l'autre. Il me 
semble que s'il s'agissait, non d'un seul 
intervalle entre la ville et les collines, 
mais d'une série alternative de collines et 
d'intervalles, César eût écrit : a mediocri- 
bus interiectis spatiis, » comme il n'a pas 
manqué ae le faire (VII, 73) à propqs de 
la distance qui existait d'une chausse- 
trape à l'autre, a mediocribus intermissis 
spatiis ». 

2® Je vote avec M. J. P. et M. O. D. 
contre la traduction d' intermissam par 
entrecoupée, malgré l'autorité de M. L. 
Quicherat. Outre qu'il me paraît difficile 
que l'on choisisse pour le théâtre d'un 
combat de cavalerie un terrain entrecoupé 
de collines, planities, si je ne me trompe, 
ne s'est Jamais appliqué -en latin qu'à un 
terrain égal, uni, de niveau, comme l'in- 
dique d'ailleurs son étymologie planus, de 
même que patere ne peut se dire que d'un 
pays découvert, d'une rase campagne, où 
rien ne gêne la vue. L'observation de M. O. 
D. est parfaitement juste : une plaine en* 
trecoupée de collines n'est pas une plaine. 

3° Je ne serais pas non plus partisan 
d'encaissée, qui indiquerait une plaine 
trop profondément enfoncée entre des 
hauteurs roides et abruptes; mais la tra- 
duction a entourée de collines, >> ou a si- 
tuée entre les collines » me semble parfai- 
tement d'accord avec le sens de intermis- 
sus, et ne contrarier en rien le texte de 
César. Quant à l'explication de M. J. P., 
je ne cacherai pas que je suis un peu à son 
endroit comme le dindon de la fable à 
l'égard de la lanterne magique : « J'y vois 
quelque chose, mais je*ne distingue pas très- 
bien. » Ce savant explique-t-il ainsi le mot- 
à-mot, comme la dernière phrase de son 



N» io8.] 



LINTERMÉÛIAIRE 



363 



deuxième paragraphe : a si la plaine où se 
livra... » etc. m'autorise à le supposer: 
« dégagée, débarrassée, laissée libre des 
collines » en considérant collibus pour un 
ablatif? Je crois que dans ce cas Cfésar eût 
construit avec a, comme au chap. 1 7, même 
livre : « intermissa a flumine et paludibus. » 
Si au contraire il explique par- « entre- 
laissée, laissée entre les collines, » je ne 
vois pas en quoi son sens s'écarte de celui 
de Sommer. 

40 Au chap. 69, César s*est contenté de 
dire que la plaine s'étendait devant Toppi- 
dum ; au en. 70, pour compléter la des- 
cription, il ajoute qu'elle était entourée de 
coUines. La position est donc bien déter- 
minée ; la plaine est bornée d'un côté par 
Toppidum, des autres par les collines, 
entre lesquelles elle est envoyée, mise 
(missa), et pour parler plus français, com- 
prise. D'où je conclus que le « suprà de- 
monstravimus» ne retombe point, comme 
Ta cru Sommer, sur « intermissam colli- 
bus, » idée qui n'a pas encore été expri- 
mée, mais uniquement sur patere tria^ 
etc. Je traduirais donc : « Dans la plaine, 
ou dans cette plaine (non pas dans une, 
comme fait M. J. P., puisque dans mon 
sens cette plaine est la même que celle 
dont il a été parlé plus haut : « Ante oppi- 
dum » etc.,ch. 60), qui, comprise entre les 
collines et la ville, s'étendait, comme je 
l'ai indiqué plus haut, sur une longueur de 
trois milles. » (Voir la carte d'Alise, par 
Barbie du Bocage, dans le César de l'édit. 
Lemaire.) F.-T. Blaisois. 



Calendriers noaveaax(V, 298), La men- 
tion du Calendrier des Vieillards faite par 
M. V. de V. dans le numéro du 2 5 mai, 
me permet de rappeler ici que ce titre con- 
vient bien au conte de La Fontaine, mais 
non à la nouvelle du Décaméron qui l'a- 
vait inspiré. Boccace, quand il écrivit ce 
livre immortel, n'était plus jeune lui-même 
et était encore amoureux, ce qui n'est 
assurément pas sans exemple; car, par 
malheur pour les vieillards, le cœur n'a 
pas de riaes. Boccace a donc eu peut-être 
ses raisons pour ne pas joindre aux torts 
du mari qu il met en scène, celui d'être 
surchargé d'années. Son Messer Riccîardo 
de Chinsico est un juge de tempérament 
on ne peut plus calme : et, pour ce motif 
de haute importance, il eût bien mieux 
fait de demeurer toute sa vie célibataire. 
De là, une fois marié, les expédients aux- 
quels il a recours et qui cessent bientôt 
d'être du goût de sa belle et tendre moitié. 
Mais, je le répète, il n'est aucunement 
question, dans la nouvelle consacrée au 
récit de ses mésaventures, de dispropor- 
tion d'âge entre les^deux époux. Et si je 
ne craignais qu'on* ne m'accusât d'être 
juge et partie, je dirais que pour l'agré- 
ment du lecteur, le Messer Chinsico de 



364 



La Fontaine a perdu quelque chose aux 
années ajoutées à ses autres mérites. 

Paol. Sarpi. 

Mosnaies de Henri V (V, 299). — M. Ul- 
rie me paraît prendre la proie pour l'ombre; 
on lui parle monnaie, il répond médaille, 
ce qui n'est point synonyme. — Oui, il 
existe des monnaies de Henri V. Je con- 
nais, pour ma part, la pièce de i franc, 
la pièce de 5 francs et la pièce de 20 francs 
en or. — Toutes représentent une assez 
laide figure d'enfant, en costume de géné- 
ral, frac militaire, décorations, grand- 
cordon et épaulettes. Le revers est l'écus- 
son fleurdelisé bien connu des monnaies 
de Louis XVIII et de Charles X. Ellesont 
été frappées à Londres et répandues en 
France lors de l'insurrection vendéenne 
avortée de i832 . Elles sont assez rares; la 
pièce de i franc vaut 5 francs; celle de 
5 francs vaut 20 francs; la valeur du louis 
de 20 francs est très^levée, cette pièce 
étant la plus rare de la série. J'ai sous les 
yeux, en vous écrivant, la pièce de 5 francs, 
et je vous en envoie une empreinte, pour 
M. Z. A. 

(Saint-Malo;. A.-G. J. 



tr0uiiatlle6 ti €vix\Mxik. 

Une troa^aille faite à Montmartre. - U 

16 janvier dernier (voir le Petit Journal 
du 28), en bêchant la terre dans un jardin 
dépendant du tir des chevaliers de l'Arc 
de Clienancourt, sur le versant nord de la 
butte Montmartre, rue Saint- Denis, n® 2 7, 
on a trouvé, à la profondeur d'un mètre, 
une pierre ou moellon d*à peu près 16 cent. 
carrés, qui me sembla sonner creux. On 
y remarqua comme une ouverture scellée 
avec du plâtre. Ayant fendu le moellon à 
coups de bêche, on constata que la cavité 
renfermait une sorte de petite boîte, sans 
couvercle, en terre cuite au soleil ou au 
feu, mesurant 6 cent, de longueur sur 4 de 




légèi 
côtés, cette inscription : 



DECIUS 




CCL 









DES GHERCHliURS ET CURIEUX. 



- 365 



?66 



[25 juin 1869. 



sur le côté apposé, cette autre inscription : 

SACROE. 

D. M. f 

enfin, à l'un des bouts, une simple croix 
latine semblable, et à l'autre bout, la lettre 

p. . 

A l'intérieur de cette sorte de coffret, 
on a trouvé une petite plaque en métal 
noirci, qu'on croit être de 1 étain, mesu- 
rant A cent, sur 3 et 1/2, avec cette inscrip- 
tion d'un côté: 



M. MARCOtlI 

DECiUS 
CCL. 



et celle -ci, de l'autre côté: 

DioNisii 

PIA + 

Q 

Qu'est-ce que tout cela? Est-ce une 
Dierre de fondation? Qu'en pensent les ar- 
:héologues et les épigraphistes de Vlnter- 
nédiaire? Toujours est-il que la trouvaille 
îst réelle, et que le trouveur et ses témoins 
ont de bonne foi. J. N. 



Les Manœuvres de la dernière heure ! — 

/oilà, grâce au ciel, les périodes électo- 
ales closes : Adieu papiers, les vendanges 
ont faites 1 En avons-nous lu, du moins 
n avons-nous vu de ces professions de 
oi, circulaires, déclarations de principes, 
le toutes les couleurs, — couleurs de pa- 
piers s'entend 1 

Moi, je n'y vois plus que du feu, et j'en 

uis devenu parfaitement irr^conci- 

iable! 

Puisque tout est terminé et que l'on va 
ommencer ^ cuver le vin nouveau, c'est 
î moment — plus que jamais, — pour 
Intermédiaire^ de ne point s'occuper de 
olitique. Je veux seulement lui demander 
[ui donc a dit « qu'on ne saura jamais com- 
bien il faut de sots pour composer un pu- 
•lic? » Et je veux aussi l'interroger sur ce 
•oint : Saura-t-on Quelque jour combien 
es périodes électorales font surgir de vases 



d'élection, vùlgo cruches?... — Je parle 
au point de vue du sens commun et de la 
grammaire, cela va sans dire. 

Un exemple entre tous, — j'en passe et des 

[meilleurs! 

J'arrive de Melun, pour vous servir. Là, 
un candidat local a dépensé une quinzaine 
de mille francs en frais de tournées, circu- 
laires, affiches et bulletins, pour arriver à 
réunir 164 suffrages, contre 12,000 don- 
nées au député sortant, candidat officiel, 
8,5oo obtenues par le principal opposant, 
et 10,000 partagées entre trois autres con- 
currents. Ces trois derniers se tiennent 
f)our battus et contents ; ils se retirent de 
a lice. Que pensez-vous que fait mon 
homme aux 104 voix? — Il maintient de 
plus belle sa candidature, et il la renforce 
de la magnifique circulaire chamois-brique 
que voici textuellement : 

a Messieurs les électeurs, tout en me fai- 
a sant un devoir et un bonheur de porter 
a très- haut la dynastie de l'Empereur, 

a Je maintiens ma candidature. 

« Par cela seul ressort, dans son inté- 
« grité, toute la force de mon libéralisme 
« et de mon indépendance, 

a Je viens soutenir invariablement un 
« principe que, dans mon for intérieur, je 
« crois être acceptable par un Gouverne- 
« ment auquel je suis attaché de tout 
tt cœur, et qui, dans des élections d'une 
« moins grande portée, avait déjà éprouvé 
a qu'en s abstenant d'y intervenir, les ré- 
a sultats ne lui avaient point été défavo- 
o râbles. 

a Je fais donc ici connaître bien sincère- 
a ment ma pensée et mes espérances, que 
ft dans un temps plus ou moins rapproché, 
a tous les esprits se trouvant portés vers 
« le bien de la Patrie, 

« Le Gouvernement n'exclura plus de sa 
a confiance tous les bons citoyens jaloux 
« de concourir au bien public sur le même 
« pied d'égalité ! 

a Signé : A. Delacourtie. »■ 

On m'a affirmé que le signataire était un 
ancien avoué près le tribunal civil de 
la Seine, aujourd'hui honoraire, et retiré 
en son Château de La Planche, près de 
Melun. 

Eh bien, qu'on me fasse le plaisir de 
me dire en bon français... ce qu'il a voulu 
dire. — Le quatrième alinéa ne rappelle- 
t-il pas cette phrase, classique en son 
genre : « La reconnaissance est un senti- 
« ment duquel je ne suis pas susceptible 
« d'être stupide. » 

Comment les mêmes électeurs qui 
avaient accordé 164 suffrages à sa pre- 
mière profession de foi en accorderont- ils 
à cette déclaration itérative^ c'est ce que 
vous saurez bientôt. Mais 11 m'a paru que 
Y Intermédiaire lui devait l'hospitalité de 



N» io8.] L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [28 juin 1869. 



367 

ses colonnes, puisque la pauvre Petite 
Revueanecdotiquey qui n*y aurait pas man- 
qué, n'existe malheureusement plus. 

Ahl comme je comprends maintenant 
ces candidats criant tous à Tenvi aux élec- 
teurs : a Soyez en garde 1 Gare le Spectre 
a multicolore ! Et surtout, méfiez-vous des 
« Manœuvres (sic) de la dernière heure 1 » 

Oufl quels Manœuvres! quels gâte- 
métier! L. A. 



Madame on Mademoiselle? — Une jeune 
femme de lettres, non encore enchaînée 
par les liens de l'hymen, vient d'écrire au 
Journal des Femmes (i«' avril, n» 6, 
20 mai) une lettre qui a été fort remar- 
quée, pour protester énergiquement contre 
le titre de demoiselle, ou mademoiselle^ 
donné aujourd'hui aux femmes non ma- 
riées de tout âge, et rappeler l'ancien 
usage, qui attribuait le nom de dame et 
madame aux filles majeures. Joignant 
le fait au précepte, Madame Clémence 
Royer, connue par sa traduction de Dar- 
win et son roman Les Jumeaux d'Ellos^ 
écrit carrément ceci : « Je m'empresse de 
« vous prévenir que rien de ce qui m'est 
« adressé sous ce titre (de Mademoiselle) 
« ne me parvient ou ne reçoit de réponse, 
« étant retourné, quand faire se peut, aux 
« expéditeurs. » Ce titre convient tout au 
plus, dit-elle, aux jeunes filles en jupe 
courte, aux mineures soumises à la tutelle 
paternelle, ou aux femmes ayant accepté 
avec le mariage civil la tutelle conjugale, 
et devenues par là, comme sous la loi ro- 
maine, filles légales de leurs maris. La 
catégorie des demoiselles (dont il se fait 
aujourd'hui tant d'abus) est d'ailleurs, 
ajoute-t-elle , aussi parfaitement inutile 
que celle des damoiseaux, depuis long- 
temps tombée en désuétude. Elle invoque 
l'exemple classique de Molière, de Racine, 
de Corneille, donnant le titre de Madame 
aux Hermione comme aux Andromaque, 
aux Chimène comme aux Pauline, aux 
Agnès comme aux Henriette, aux Céli- 
mène et aux Philaminte, et elle conclut 
qu'il faudrait reprendre cette tradition de 
notre vieille urbanité, en attendant que le 
public revienne aux titres si honorables 
de citoyen et citoyenne, — Chemin fai- 
sant, M™« Royer fait dériver demoiselle de 
dominicella (sic), madame de domina, mon- 
sieur de senior : est-ce bien cela ? 

Quant au Journal des Femmes, il fait 
observer qu'avant la Révolution on disait 
Madame aux filles majeures de la noblesse, 
et Mademoiselle à toutes les autres , de 
sorte qu'au lieu d'élever celles-ci au rang 
supérieur, les réformateurs populaires ont 
abaissé les premières au niveau des se- 
condes. C'est une faute à ses yeux, car le 
titre de dame, appliqué aux demoiselles 
qui ont passé la première jeunesse, eût 
évité cet embarras assez ridicule qui force 



368 

une personne non mariée à rectifier le titre 
qu'on lui donne et rend un peu confus ce- 
lui qui l'applique mal à propos. — Mais, 
objecte-t-on, le titre de demoiselle sert à 
distinguer les femmes mariées de celles qui 
ne le sont pas? Eh bien, c'est précisément 
I cette distinction que le Journal voudrait 
voir disparaître. Ceux qui connaissent la 
personne savent à quoi s'en tenir : qu'im- 
porte aux autres, a à moins que ce ne soit 
a pour les engager à quelque entreprise 
« galante, souvent très-désagréable à celle 
tt qui en est l'objet? » — Enfin, pourquoi 
cette inégalité entre les deux sexes? Dit-on 
à un garçon de vingt-deux ans mon damoi- 
seau? Logiquement on devrait le faire si 
Ton conserve aux femmes du même âge h 
qualification de demoiselle. Le Jouml 
engage donc toutes les filles majeures 3 
imiter la juste fierté de M™« Royer, es 
exigeant qu'on leur donne le titre dt 
dame. 

Malheureusement les usages, les habi- 
tudes de parler sont choses capricieuses et 
fort difficiles à réformer. Il y a peut-être 
quelque chose à faire, comme on dit: 
mais qui prononcera? qui décidera? qui 
dictera !^ En attendant, 

Appelez-vous Madame, et soyez demoiselle, 

V. B. 



Bévues contemporaines : Jeanne d'An, 
Figaro et don Quichotte. — Le Don Qui- 
chotte du Figaro (16 mai 1869) ^^ ^^^^^^' 
en ce temps d'élections, d'instruire les 
masses sur les qualités, faits et gestes de 
Jeanne d'Arc. Il équivoque avec décence 
sur la Pucelle d'Orléans, met en cause une 
béatification possible, et nous apprend, 
« qu'après un siège, elle prit un congé 
pour épouser Monsieur d'Armoise, » Lf 
l'eu, poursuit don Quichotte, le feu puritie 
tout ! 

Nous connaissons Robert des Armoises. 
écuver, seigneur de Tichémont (Moselle), 
enthousiaste et wj'i/" d'illustre maison, plo^ 
don Quichotte, en vérité, que le confrère 
du Figaro, C'est au mariage qu'il fit en 
1436, à Arlon, avec une aventurière 
assez habile pour en imposer aux gens de 
coeur du lieu et des pays voisins, et même 
à Pierre et à Petit Jehan, les frères de la 
vraie Pucelle, « lesquels cuydoient qu'elle 
fut arse, » que don Quichotte- Figaro fait 
allusion, sans trop connaître, j'imagine, le 

fond et le vrai de l'affaire. 

Est-il absolument utile aujourd'hui, en 
un siècle comme le nôtre, qui a trouve 
dans l'histoire sa vocation véritable, écrit 
M. Renan, de remplacer la poétique P^' 
celle de Voltaire par les Jeanne d'Arc de 
contrebande, que M. J. Quicherat n'a pas 
oubliées ? H. de S. 



Paria. - Tjp. de Ch. Meyraeit, me Cqjas, 18. - 1N>. 



QOmQUB 



!\aiuérol09. 



Clurehe* et 
90mê iroÊMrtM. 




Il M faut 
«nlr'aCdM*. 



10jiùU.(8«9. 



— *— 



C'3nUrméMtttte 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QVERIES français.) 

====== 369 ■' 370 ====== 



€Xue0tt0n0. 

Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatiq^ue 
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Prudhommiana. — « Où donc était la 
garde nationale? » s'est écrié M. Francisque 
Sarcey, à propos des derniers troubles pa - 
risiens. — D'autres ont dit : « Où donc est 
M. Joseph Prudhomme, avec son noble 
sabre,— le plus beau jour de sa vie, — tou- 
jours prêt à défendre nos institutions, et, 
au besoin, à les combattre? » 

C'est de lui, s'il vous plaît, que je viens vous 

[parler. 

Pendant que M. Prudhomme est à Bi- 
cêtre, ou aux casemates du fort d'Ivry(car 
yous saurez que c'est là cju'il réside ^pour 
le quart d'heure, ayant été pincé l'autre 
soir à Belleville, où il défendit en preux 
chevalier l'honneur de ces dames), — je' 
fais appel aux lecteurs de V Intermédiaire 
etles prie d'aider un de mes amis à recueil- 
lir la fleur des propos caractéristiques 
sortis, depuis plus de quarante ans, de 
la bouche de cet honorable personnage. 
H est temps de composer un spicilége de 
îes mémorables apopnthegmes, surtout de 
:eux qui sont demeurés inédits. Indépen- 
iamment de l'évangile authentique dû à 
fienri Monnier, il y a des évangiles apo- 
:ryphes et traditionnels, qui n'en ont 
>as moins une véritable valeur et qu'il im- 
porte de coucher par écrit, pour Tédifica- 
ion des peuples à venir. (Indiquer autant 
[ue possible les sources et les prove- 
lances.) 

Nous disons d'avance à ceux qui répon- 
Iront à cet appel et nous apporteront leur 
>art de butin : Merci de ces bonnes pa- 
oles! A. A. 

» Quos Yult deperdere, Jupiter démen- 
ât. » — Quelqu'un sait-il au juste l'origine 
le cette sentence? J'ai un vague souvenir 
l'une sentence grecque pareille : ouç i-rcoX- 
^uvai 6éXet, Zsùç vouv diçafpei, mais d'où 
nent-elle? C. Y. 

[Cette même question a déjà été posée, 1, 1 14, 



et a reçu des réponses, I, i56, 184; II, 420; 
III, 260, 372. — Nous en ajoutons ci-ajDrès 
une toute trouvée de M. Ed. Fournier. (Red,)] 



«Ventum textilem.» — Quel est l'auteur 
qui, le premier, a si ingénieusement appelé 
une étoffe très-légère, de l'air tissé, ven- 
tum textilem? Yezimat. 



Vers de Baour-Lormian empruntés par 
Alf. de Musset. — Le dernier numéro du 
Bulletin du Bibliophile (mai 1869), signale 
un livre intitulé : Les Adieux de Marie 
Thérèse y par M. B. d'Albins, comme ren- 
fermant des vers de Baour - Lormian , 
qu'Alf. de Musset se serait appropriés, 
avec quelqjues modifications : 

Pâle étoile du soir, messagère lointaine, etc. 

Je n'ai sous les yeux ni les vers de l'un» 
ni ceux de l'autre; mais il serait intéres- 
sant de constater en quoi se ressemblent 
et en quoi diffèrent les deux pièces. 

P. Blanc HEMAiN. 



De qui ces deux vers? ^ Et sont-ils 
même exactement cités ? 

Cette maxime est bonne et belle ! 
Mais — en prison — de quoi sert-elle^ 

De quelle maxime s'agit-il chez l'auteur 
en question? R. C. 

Une phrase à propos de Henri IV. — 

M. Poirson a-t-il écrit ceci à propos de 
Henri IV: « L'un des plus grands hommes 
tt oui aient jamais eu lieu? » .M. Ed. 
Schérer, dans un récent article du journal 
le Temps (Vieillesse du roi i/ew ri, nu- 
méro du 8 juin dernier), dit à ce sujet : 
a J'ai entendu attribuer cette phrase à 
a M. Poirson, et je l'ai en vain cherchée 
a dans son livre; ce doit être une calom- 
a nie, » —• Est-ce réellement une calom- 
nie ? EUQ.ORRAL. 



Quatre vers sur la Bourse. — J'ai trou- 
vé le quatrain suivant écrit à la main en un 

TOME V.— i3 



No 109. J 



L'INTERMÉDIAIRE 



371 



372 



lieu qui readait la rencontre d/autant pkm 
piquaate : 

Si Ton remontait à la source 
Des biens nouyelleuient acqujs^ 
On retrouverait à la Bourse 
• Ceux qui nou% la coupaient jadis. 

Ce quatrain est-il inédit et anonyme? 
Est-il récent ou renouvelé des... Grecs? 
N'aurait-il pas paru dans Quelque Journal, 
mons Figc^Oi, p^^. çi^emple, car^ iQ msdui 
raseur en est bien capable? En connaît-on 
Fauteur? V. V. 



Origine des rimes latines. — Quelqu'un 
pourrait-il me dire quelle est Toriginebien 
précise des rimes latines, et en quelle lan- 
gue l'usage de faire rimer les vers a-t-il 
commencé ? Th. Th. 

Portrait de Jean Grolier.— J'ai ouï dire, 
depui&ia mort de M. Leroux de Lincy, que 
le regrettable auteur du savant ouvrage : 
Recherches sur Jean Grolier, sa vie et sa 
bijiiîothèque (Paris, Potier, 1866, in-8, 
avec atlas), avait découvert enfin un por- 
trait authentique de cet illustre bibliophile. 
Nous savons que M- Lerqux de Lincy, avant 
la publication 'de son beau livre, avait de- 
mandé ce portrait à tous les échos de Tico- 
nographie, non-seulement en France, mais 
encore à l'étranger et surtout en Italie où 
Jean Griolic^r a passé plusieurs années de 
sa vie. Il s'était adressé à nous, comme à 
tous les iconophiles, et nous n'avions pu 
lui indiquer qu'un portrait d'un person- 
nage de la famille Grolier, auXVIII» siè- 
cle : Grolier de Servières. Nous serions 
très-surpris qu'il existât un portrait gravé 
de Jean Grolier ou Grollier. J. S. 



La mitre s'est-elle jamais combinée 
ayec nna cofiTonnQç seigneuriale? — Dans 
la description de la vieille salle de la 
chambre des lords et du cérémonial qui 
y était, observé lors des séaqces royales, 
Victor Hugo, dans son nouveau roman, 
r Homme qui rit, dit ceci : « Les arche- 
vêques, portaient la mitre à couronne du- 
cale, et les évêques, qui ont rang après les 
vicomtes, la mitre à tortil de baron. » 
[L'HoMme qui fîty.t* IV, p. 194.) 

Ces détails, qui semblent empruntés à 
un, ouvrage de Chamberlayne {Etat pré- 
sent de l* Angleterre^ 1 688;, sontrils exacts? 
Jamais nous n'avions trouvé dans aucun 
monument figuré l'alliance indiquée dans 
le passage ci-dessus, même en Allemagne, 
où il existait tant de princes ecclésias- 
tiques, ni en Angleterre. 

Victor Hugo s àppuie-t-il sur une auto- 
rité ou suit-il sa fantaisie en ceci ? 

A. D. 



Une insortotiOB' an cimetière d*inet.- 
II y a, dans le cimetière d'Anet, une co- 
lonne sépulcrale,,^ du temps de Henri 11, 
qu'entoure, au milieu d^un semis de lar- 
mes, une banderole sculptée sur laquelle 
est placée de haut en, bas cette inscrip- 
tion: Hic qui te expectant vdantvr. 

PS- 124,. Comment doit-elle être complé- 
tée? Il semble ou'on ait enlevé une des 
pierres, au nombre de trois, qui devaient 
cpmposer le fût : 

Au pied de ladite colonne, on lit : 

BIEN VIVRE ET MOVRIR, c'EST ASSEZ 
ET PARADIS AVX TRESPASSEZ 
NE PLVS, NE MOINS. l555. 

La transcription e;st exacte. Est-elle cor- 
recte? S. D. 



L'hôtel du « Grand-Monarque. » — J'étais 
en tournée... dans la petite ville d'Arvers, 
en Auvergne, et j'étais logé à l'hôtel du 
Grand-Monarque. Quel grand monarque? 
et pourquoi cette enseigne classique, si ré- 
pandue encore dans les villes arriérées? 
Est-ce une traditiondu règne de LouisXIV? 
Je rignore absolument, et je lederoandeà 
qui le sait. L'image qui caractérisait ce 
personnage illustre et mystérieux a dis- 
paru presque partout. Dans mon enfance, 
je mç[ souviens d'en avoir vu une qui le re- 
présentait habillé en Turc. 

Georges Sand. 
Pour intermédiaire : V. D. 



Une OMertiOB d*Esco3iar. — Le uom de 

cet illustre. CAsaiste est resté célèbre, mais 
%es. ouvrages trouvent aujourd'hui peu de 
lecteur^) et il n'est pas donné à tout le 
inonde de les avoir à sa disposition. Je lis 
Quelques part, que ce Jésuite, analysant le 
acigrie de: culpabilité de certains assassi- 
nats, a OMance qu'il y avait moins de mal à 
tuer dixj laî<jues qii'un prêtre: vingt prê- 
tres qu'un evêque ; trente éveques qu'un 
cardinal;, cinquante cardinaux qu'un pape, 
ce qui reyient, ce semble, à dire qu'un in- 
dividu quiaurait occis cent cinauantemills 
laïques serait moins coupable que s'il 
avait tué. le spuyerain pontife. G'estune 
opinion tout comme une autre ; il serait 
superflu de la discuter, mais quelque lec- 
teur intrépide pourraitril affirmer qu'Es- 
cobar a formule cette proposition, et citer 
les termes dont il s'est servi ? 

(Lyon.) L. D. 

Pourquoi ancnn Françaift n'a-t-il été 
général de Tordre des Jésuites! — Depuis 

saint Ignace de Loyola jusqu'à Pierre 
Beoky, né en 1795 et élu en iâ55 général 
des Jésuites, nul Français n'a été appelé à 
cette dignité. Sur les vingt-cinq personna- 



DES CH1£ltt:;ift£URS lâT CURIEUX. 



373 



374 



[10 juilhiSôg. 



ges qui Font occupée, on compte onze Ita-^ 

liens, quatre Espagnols, trois Allemands, 
trois Belges, trois Polonais et un Hollan- 
dais (Jean-Philippe Roothaan, né à» Am- 
sterdam, le 23 novembre 1785, mort à 
Rome, le 8 mai i853). L'exclusion de tout 
Français est-elle due à de simples causes 
accidentelles, ou bien est-elle le résultat 
d'un système arrêté ? Y aurait-il là une 
tradition secrète maintenue en vigueur de- 
puis la naissance de la Société? A. J. 



L'émente parisienne du 5 juin 1832. — 

Cette émeute était un complot formida- 
ble. Nous croyt>ns gue le temps est venu 
d'en rechercheir If origine, la trame, le plan 
et ks auteurs. Louis Blanc, dans son His- 
toire de Dix ans y est bien loin d'avoir 
tout dit ; il ne pouvait pas tout dire. Mais 
aujourd'hui, la plupart des héros sont 
morts, comme les victimes, et la vérité 
peut sortir de son puits du cloître Saint- 
Merry. Suivant les uns, l'émeute aurait été 
accidentelle au convoi du général Lamar- 
que; selon les autres, elle avait été admi- 
rablement préparée, et elle fut non moins 
admirablement exécutée, car il y a des di- 
lettanti de l'émeute. Nous nous adressons 
aux témoins qui survivent, et qui n'ont 
pas perdu le souvenir et la langue. Mais, 
pour Dieu ! autre chose que ce qui se 
trouve dans le& livres : da^ eût? nouveaux 
et des noms. PI S; 

Mort de Lonift-Philippe. — Les jour- 
naux du temps ont été très-sobres de dé- 
tails sur la mort'du-roi Louis- Philippe. On 
n'a pas même dit alors quelle fut la mala- 
die à laquelle il succomba, le 26 août 
i85o, au château de Claremont (comté de 
Surrey), en Angleterre. Généralement, ce 
ae sont pas les détails qui manquent sur la 
iiortfdes rois de France et sur leurs der- 
niers moments. Il y a des volumes entiers 
5ur la mort de Louis XIV, sur celle de 
Louis XV, etc. Nous voudrions en savoir 
mtant sur la mort de Louis- Philippe, qui 
)ccupera dans l'histoire une assez grande 
)lace pour que sa mort remplisse au moins 
me page dans la chronique de son temps, 
^ous demandons cette page et plus, s'il se 
)eut, aux personne» qui ont assisté à la 
naladie et à la mort du dernier roi des 
français. Math. L. 

Hommes célèbres non mariés.— Il peut 
' avoir quelque intérêt à dresser une liste 
les hommes illustres qui ne se sont point 
ngagës dans les liens< du mariage. En 
Iressant une liste de ce genre (dont on ex» 
•lut, comme de raison, tous les ecclésias- 
iques catholiques), on trouve Addison, 
Vrioste, Bayle, Boileau, Corneille, Des- 
«artes, Fontenelle, Kant, La Bruyère, 



Leibnitz, Newton, Pascal, Popfe, Réau- 
mur. Le Tasse et Voltaire. Je ne parle ici 
que des écrivains, laissant de côté, pour le 
moment du moins, les honimes d'Etat, les 
militaires et les souverains. Quels sont les 
noms véritablement célèbres qu'on pour- 
rait ajouter à ceux que je viens d'inscrire? 

H. S. 

Delà Ramée. — J'ai sous les yeux une 
lettre de Orner Talon à un M. de la Ra- 
mée, au dos de laquelle est écrit : « Reçeu 
à Amsterdam^ le 17 juin 1637. » Est-ce 
que le célèbre Pierre Ramus (de la Ra- 
mée), massacré à la Saint-Barthélémy, 
laissa des enfants ? Il y est dit : a Surtout, 
a prenez garde que vostre curiosité des 
a belles choses nempesche pas que vous 
« ne soyiez tout entier aux affaires pour 
a lesquelles vous estes envoyé, ausquelles 
« vous devez donner tout vostre temps 
a pour satisfaire au gré de ceux ausquels 
« vous avez à respondre. » 

Quel pouvait être ce M. de la Ramée 
qui avait « la curiosité dés belles choses, » 
et quelle mission avait 'il en Hollande? 

P. A. L. 

Anaoiries d'Etienne et Bernard Picart. 

— Je voudrais connaître la description 
exacte dès^ armoiries du graveur Etienne 
î Picart, surnortimé le Romain, père de Ber- 
nard Picart. Ne demeuraient-ils pas à Pa- 
ris, avant de se rendre, vers 17x0, à Am- 
sterdam, où ils se sont établis?" 

(Amsterdam.) J. G. de G. J. Jr. 



Famille Hontchevalier. -^ Cette famille 
du Dauphiné portait d'argent, à la bande 
d'azur chargée de trois fleurs de lis d'or, 
accompagnée de six merlettes de sable. 
Existe-t-il une généalogie imprimée de cette 
famille, qui n'est mentionnée ni dans le 
Père Anselme, ni dans La Chesnaye-De*- 
bois? EuD. S. 



Branche de la maison de Souza-Portu- 
gai étahlie en France.— Vasco de Souza- 
Portugal, de l'illustre maison portugaise 
de ce nom, vint s'établir en France au 
milieu du XV® siècle; il fut gouverneur 
de Creil et est qualifié de seigneur de 
la Versine en Beauvoisis. Son fils, Jean 
de Souza- Portugal, fut également gouver- 
neur de Creil, et chambellan et maître 
d'hôtel des rois Charles VIII et Louis XII. 
Il épousa Anne Aubin de M a licorne (sœur 
de Jean Aubin de Malicorne, baron de 
Surgères, marié à Jeanne d'Orléans). Be 
cette union vint Catherine de Souza- 
Portugal, mariée,, le 22 mai i5i6, par 
commandement et ordonnance de Madame 
mère du roi François !«', et par moyens 



N« 109.1 



L'INTERMÉDIAIRE 



375 



376 



de parents^ tels que Philippe de Montmo- 
rency, etc., à François de Beaumont, sei- 
gneur de Rioux en Saintonge, Tun des 
commandants de la compagnie des cent 
gentilhommes de la maison du roi, et qui 
fut tué à Pavie. Leur fille, Marguerite de 
Beaumont, épousa, le lo avril 1540, Fran- 
çois de Brémond d'Ars, seigneur d*Ars et 
de Tesson en Saintonge. Vasco de Souza- 
Portugal avait aussi une fille, Philippe de 
Souza, qui prit alliance avec Geffroy Ta- 
veau de Mortemer, seigneur du Bouchet, 
d'une ancienne famille du Poitou. 

A quelle branche de la maison de Souza- 
Portugal peut- on rattacher ce Vasco de 
Souza-Portugal? A quelle occasion vint-il 
s'établir en France? Connaît- on. la suite 
des anciens seigneurs de la Versine? Les 
archives du département de FOise possè- 
dent-elles quelques documents sur les an- 
ciens gouverneurs de la ville de Creil? 

A. B. A. 



Vitry-le-François. — Comment faut-il 
prononcer le nom de cette ville ? Tout le 
monde sait aue, brûlé et rebâti sous Fran- 
çois I«', le Vitry nouveau a ajouté à son 
nom celui du roi. Mais comment pronon- 
çait-on ce dernier au XVI® siècle? Etait- 
ce comme on le fait aujourd'hui, ou comme 
on faisait dès lors du mot français, que 
Ton écrivait cependant/rawfowpar un 0? 

Village de Talibert. — Pourrait-on me 
dire s'il y a encore un village dans le Midi, 
diocèse de Saint- Pons (Languedoc), du 
nom de Talibert, et quels en furent les sei- 
gneurs vers j5oo? Th. Th. 

La continnation des PP. Anselme et 
Simplicien. — On désirerait savoir dans 
quèUe collection, publique ou particulière, 
çst conservée la continuation des Grands 
officiers de la couronne^ par le père Alexis, 
continuateur des pères Anselme et Simpli- 
cien. Le Manuel du libraire de 1860 (t. I, 
p. 3o3) dit que les deux volumes que le 
père Alexis avait préparés n'ont pas été 
imprimés. A. F. D. 

f Souvenirs historiques et pittoresques 
du Nord de la France. » — Sous ce titre, 
M. P. Hédouin, de Boulogne-sur- Mer, a 
publié en i83o (Paris, Dondey-Dupré) un 
recueil gr. in-4 dans lequel il a consacré 
au château de Comblin-Chaletain, arron- 
dissement de Béthune, un article rappe- 
lant les infortunes du sire de Goson, qui 
partit pour les croisades, et l'existence 
d'une ballade commençant par ces mots : 

De la dame de Comblin 
Qui veut ouïr Taventure ?... 



finissant par ceux-ci : 

Que les Turcs les plus méchans 
Ne sont pas les mecréans. 



Connaît-on cette ballade? 
(Béthune.) 



A. H. 



Une Vie de Pietro Sarpi. — Dans une 
lettre du 27 décembre 1643, Guez de Bal- 
zac parle d'une certaine Vie de Fra Paolo 
dont un de ses amis avait lu le manuscrit, 
et il demande si ce manuscrit est imprimé, 
ajoutant qu'il a grande envie de connaître 
a Paill, par I^ulgence. » Dans une autre 
lettre (du 14 mars 1644), nous lisons en- 
core : « La vie du Servite est ascétique, 
mais elle ne laisse pas d'estre belle : les 
digressions m'en plaisent, et le superflu ne 
m'ennuye point. Je vous prie seulemeoî 
que je sçacne si elle est escrite de bonnt 
foy, et si le maestro Fulgentio n'a point 
esté le Philostrate de son Apollonius. » Le 
Moréri renvoie à la Vie de Sarvi , par 
Fra Fulçentio, son compagnon, et la Nou- 
velle Biographie générale, à la Vieie 
Sarpi, par Micanzio, l'ami intime de l'his- 
torien du Concile de Trente (Leyde, 1646, 
in-12). Des explications et des détails, s il 
vous plaît. T. DE L. 

tt Les physionomies littéraires, » par Ar- 
mand Baschet. — Ses antres œuvres. - 
M. Baschet a débuté dans la littérature 
par une étude sur Honoré de Balzac, cu- 
rieuse au plus haut point. (Et à ce pro- 
pos, verrons-nous, dans la grande édition 
de Balzac, en publication chez Michel 
Lévy, le résultat de ses recherches sur les 
œuvres inédites de cet illustre écrivain? 
Nous l'espérons d'autant plus qu'il a, pen- 
sons-nous, promis de remettre à l'éditeur 
tout ce qu'il a découvert et réuni.) Il an- 
nonçait, dans ce volume, comme devant pa- 
raître très-prochainement, une étude sur 
Th. Gautier et son temps; rien n'a paru 
pourtant, et depuis lors M. Baschet, ab- 
sorbé dans des études sur l'Italie et Tart 
italien, ne paraît plus donner suite à ce 
projet. S41 est définitivement abandonné, 
serait-il indiscret de lui demander com- 
munication de ses notes, qui intéressent à 
un haut degré un gautiériste acharné, et 
pourrait-il être aussi assez aimable pour 
lui indiquer le moyen d'obtenir un exem- 
plaire de son Etude sur les Aide, i vo- 
lume, Venise, 1867, tiré à 160 exemplai- 
res. Paul Rovil. 



Travail annoncé de H. Leronz de Lincy 
snrM. Jacques-Charles Brunet.— M. Le- 
roux de Lincy, à qui V Intermédiaire a 
rendu un juste hommage, s'occupait de- 
puis longtemps d'une notice détaillée sur 
la vie et les écrits du célèbre auteur du 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lojuill. 1869. 



377 ^ 



378 



Manuel du Libraire, Sachant que j'avais 
eu quelques relations avec ce doyen des bi- 
bliographes français, et que je m'étais li- 
vré à d'assez persévérantes recherches au 
sujet de ses ouvrages, il m'avait fait part 
de son projet; il avait réclamé les commu- 
nications que j'aurais été à même de lui 
adresser. Le travail entrepris est-il assez 
avancé pour qu'on puisse espérer de le 
voir paraître, sinon sous une forme défini- 
tive, du moins à l'état d'ébauche ou de 
fragments, dans quelque journal consacré 
à la science des livres r II serait à coup sûr 
accueilli avec un vif intérêt, et il n'est pas 
de bibliophile qui ne soit heureux de sa- 
voir ce qu'il peut espérer à ce sujet. 

B. G. 



Un exemplaire de l'édition in-4 de Ron- 
sard^ annoté par nn contemporain. — 

Comme éditeur de Ronsard, je me suis plu 
à rassembler un certain nomore d'éditions 
de ses œuvres. J'ai acquis un exemplaire 
de l'édition in-4 ^^ ^^^7, annoté par J. de 
Pyochet, sieur de Sallin ; mais les tomes III 
et IV, contenant les poëmes et les hym- 
nes, proviennent d'un autre exemplaire et 
ne sont pas annotés. Quelque lecteur con- 
naîtrait-il ces deux* volumes, qui me man- 
quent? Je donnerais volontiers en échange 
les deux volumes sans notes, qui sont fort 
beaux. 

hàt Pyochet, sieur de Sallin, était Sa- 
yomvi ; sa devise française était : En Dieu 
^^fin. Sa devise latine : In pace novi hos- 
tes. Il était poëte et ami de Marc-Claude 
de Buttet, aussi Savoisien. Je possède un 
volume des poëmes de P. de Brach, 'qui 
lui a appartenu. P. Blanchemain. 



Les antographes de M»» Récamier. — 

Est-ce un fait historique généralement 
connu, — comme me 1 a souvent raconté 
un vieux gentilhomme de mes amis, autre- 
fois l'un des fidèles du salon de l'Abbaye- 
aux-Bois, — queles autographes de M™« Ké- 
camier soient aujourd hui d'autant plus 
rares et plus recherchés, que cette belle 
des belles avait pour habitude, — en femme 
vraiment habile, — de ne point écrire elle- 
même ce qu'elle désirait faire savoir à ses 
amis, même les plus illustres? 

Il me semble bien cependant avoir vu 
passer plusieurs fois, dans les ventes publi- 
ques spéciales, des lettres autographes si- 
gnées de M"« Récamier, adjugées même à 
des prix relativement abordables, notam- 
ment en 1860 ou 1861, lors de la disper- 
sion du précieux cabinet de M. de Lajar- 
RiETTE (de Nantes). Ulr. 



Clémence de Bourges et Louise Labé. 
- A-t-il été publié^ dans les notices con- 



sacrées à Louise Labé, (i 526-1 566) 
quelques détails biographiques, concer- 
nant particulièrement la vie de l'amie 
intime de cette célèbre Lyonnaise, — 
Clémence de Bourges, — à laquelle fut 
dédié le Recueil des Poésies et autres 
œuvreSy de la Belle Cordière (Lyon, Jean 
de Tournes^ in-8% i555)? Ulr. 



Un liTre de l'abbé de Gnascc— M. Em.< 
M. ŒtûngeT (Bibliographie biographique^ 
i85o) indique une Histoire du pape Clé- 
ment V, par Octavien de Guasco, qui au- 
rait paru à Tournay, 1 756, en 2 vol. in-12. 
J'ai vainement chercné et fait chercher 
partout cette histoire, et je suis arrivé, 
après toutes ces inutiles recherches, à 
croire avec de savants bibliographes, que 
le manuscrit dont il est question dans les 
lettres de Montesquieu et de l'abbé de 
Guasco n'a point paru, et que l'édition 
citée par M. Œttinger mérite une belle 
place dans la Bibliothèque des livres ima- 
ginaires. Cependant, pour être encore plus 
sûr du fait, je demande si l'on a jamais vu 
le livre signalé par la Bibliographie bio" 
graphique, T. de L. 

«Tableaudes mœurs françaises. >— Quel 

est l'auteur du livre intitulé : Tableau des 
mœurs françaises aux temps de la cheva- 
lerie, tiré du roman de sire Raoul et de la 
belle Ermeline, mis en français moderne 
avec des notes par L. C. P. D. V., imprimé 
à Paris chez A. Egron, 1825, 4 vol. in-8®?* 
Les estimables dictionnaires de MM. Bar- 
bier et de Manne ne mentionnent pas cet 
ouvrage dont je ne ferai pas la lecture, 
non 1 non, jamais ! A la Rescousse ! s'il 
vous plaît, Messiresl 

(Lyon.) V. de V^ 



L'Imprimerie du Calvaire. — J'ai sous 
les yeux la petite curiosité révolutionnaire 
suivante : a Le Costume des Représentants y 
conforme à la religion de nos pères, (Sans 
lieu.) De l'Imprimerie du Calvaire,r> (Sans 
date. Vers 1794.) Brochure in-S». — Sait- 
on où se trouvait, et quelle était, cette 
o Imprimerie du Calvaire, » et connaît-on 
d'autres volumes, sortis des mêmes presses 
et portant sur le titre cette même rubrique? 

Ce nom ne devait-il pas présumablement 
provenir de la proximité de l'établissement 
typographique, avec quelque église ou cou- 
vent du voisinage (comme il en est, par 
exemple, encore aujourd'hui pour les noms 
de la Rue et du Boulevard des Filles-du- 
Calvaire)} 

De toute façon, ce Calvaire-là devait 
être éminemment plus parisien que ne 
l'est le Gol gotha, voisin de Jérusalem ? 

U. 



JM* I09J] 



L^INTERMEDCAUIE 



379 



38o 



Les initiales JHJ. -<- Dans un Im^en» 
taire des meubles du château de Nérac 
en iSgS (in-8*>, Aubry et Dumoulin, 1867) 
on lit (p. 23): « Autre bouquet fait en 
forme de croix ouvré de fil d'or et soie, au 
hault duquel est escript en lettre vieille 
jHù ayant le pied couvert de taffetas 
jaulne. » Que signifient ces initiales? 

EUC^ORRAL. 



sr 



Orfèvres et aroentiers des XVII« et 
XVm* siècles (V, 6). — L'on pourra 
trouver (quelques indications dans les ou- 
vrages suivants : P. Lacroix. Histoire de 
r orfèvrerie, joaillerie y etc. — Paul Mantz. 
Recherches sur V orfèvrerie française^ dans 
les tomes X et XI de la Galette des Beaux- 
Arts, — Alfreb Darcel. Notice des émaux 
et deVorféin-eriedumuséedu Louvre. Intro- 
duction à Torfévrerie, joaillerie et bijou- 
terie. — Exposition universelle de 1867. 
Catalogue général de l'histoire dutra- 
vaiL « Règne de Louis XIH et de 
Louis XIV. » a Règne de Louis XV. » 
Orfèvrerie. A. D. 



Fin à dorer eonune une dague de 
plomb (V, 63J. — Ce proverbe ne serait-il 
pas l'amalgame de deux autres ? La Comé- 
die des Proverbes y plus moderne, il est 
vrai, que Rabelais, dit seulement : « Le 
gros nigaud : il est aussi fin qu'une dague 
dc'plomb.j)(A«c. Th.fr., édit. el«év., t. IX, 
p. ii). C'est presque un latinisme* nOpu- 
gionem plumbeum / » O la pitoyable raison! 
(Noël, qflfli allègue Cicéron). Au contraire, 
fin à dorer, se sera dit d'abord, au sens pro- 
pre, de l'or assez fin, assez pur, pour être 
employé à dorer. Puis on l'aurapris au fi- 

§uré, mais affirmativement. Et enfin, les 
eux proverbes formés et reçus, on aura 
voulu renforcer l'ironie du premier, en 
disant : « Fin à dorer comme une dague 
de plomb. » Et même, si l'on pense que 
c'est Rabelais qui le premier s'est servi 
de cette locution, on peut n'y voir qu'une 
plaisanterie qui consisterait à démentir 
brusquement ce qu'il semble dire d'abord; 
et cela sans autre intention que de bouf- 
S^nner. Car, qu'on l'ajoute ou non à do- 
rer^ fin comme une dague de plomb, ne 
peut se comprendre que comme synonyme 
de nigaud, ainsi que l'explique la Comédie 
des Proverbes; et ce n'est guère là le ca- 
ractère de Panurge. 0. D. 

^De l'Auln^ye, dans le Rabelaisiana 
qui se trouve à la suite d^s œuvres de 
Rabelais, éditées par Louis Janet en iSzS^ 
donne à cette phrase un double sens qui 



me pnouveraît qu'il doutait de Texactitiide 
de son propre commentaire : « habile à 
« s'emparer du bien d'autrui, ou, dansuQ 
a sens opposé, peu rusé. « 

Or, Rabelais ne fait de Panurge, ni un 
filou ni un imbécile. 

En s'inspirant du texte même de ce dia- 
pitre, que je remercie M. P. de m'avoir 
fourni i occasion de relire, tant il est amu- 
sant, Rabelais n'a-t-tl pas voulu dire : Peu 
délicat, peu scrupuleux même? Panurge 
était assez adroit pour rendre plaisantes 
ks £arces grossières qu'il se plaît à racon- 
ter, en les recouvrant d'un vernis relati- 
vement spirituel et toujours divertissant. 
N'est-ce pas ainsi qu'en or plus ou moins 
pur le plomb vil s'est change i 

(Vendôme.) A. D. 

— I On dÂt qu'un boxDsme estfîft adorer; 
pour dire qu'il est extrêmement fia et 
adroit. » — « On dit proverbialement d'un 
homme dont on aperçoit la ruse, qu'il est 
fin comme une dague de plomb. » (Dict. 
de Trévoux). P. Qauer, 

— Comme Rabelais a, de sa grâce, allongé 
le texte, mon premier soin doit être d'en 
rétablir la forme authentique et primiûve 
qui est : « Fin comme une dague de 
plomb. » Ce proverbe me semble d'ori- 
gine espagnole, à en juger par dague. La 
dague est une épée courte, une sorte de 
poignard à cadier tout entière, pour ainsi 
dire, entre les doigts, le mot « daga » déri- 
vant de < dado » doigt, le même qui entit 
dans l'idiotisme castillan, « a una vuelu 
de dado, » en un tour de main. Mais si la 
dague est courte, elle est loin d'être fine; 
puis, si elle est de plomb, elle est tout à la 
fois courte, grosse et lourde. Panurge est 
donc courtaud, épais et lourdaud; voilà pour 
l'acception particulière. Au sens général, 
a fin comme une dague de plomb» s'ap- 
plique à qui affecte d'être poli et pourtant 
est resté l)rut. à l'égal, par exemple, de 
rémule maladroit oe ce petit chien des 
Fables de La Fontaine. Un tel homme est 
stupide et veut néanmoins passer pour 
fûte ; il est fin comme une vieille crucneà 
vinaigre. — Er will klug sein, und ist 
doch ungeschickt; er ist dumm, und will 
doch klug sein; erst fîstig wie ein altcr 
Essigkrug. 

En somme, « fin comme une dague de 
plomb » revient assez à « grossier commedu 

f)ain d'orge. » En interpolant après « fin » 
es deux mots a à dorer (à être cioré), » Ra* 
bêlais n'a eu qu'un but, celui de détourner 
malicieusement « fin » de sa signification 
figurée qui est « délié, souple, » pour le 
restreindre au seul sens propre qui est 
a mince, ténu. » Or une dague de plomb 
n'est point mince ou ténue ; et pour cela 
elle ne se prête guère à être dorée. 

Semhlablement , on dit d'une fausse 
nouvelle : a Cela n'est pas aussi « sûr» que 



3&] 



DES C}i&kaÈtÉîJ1r& Et CURIEUX. [ i o Juki, i ^69. 

382 



du bon ^înaffgre'; » et ici l'adjectif sûr n'a 
pas seulement le sens du latin « securus^ » 
mais encore et surtout, à cause de vinaigre, 
le sens de Tallemand « sauer, » acide ou 
acre. 

Dans le Rabelais publié par le bibliophile 
Jacob, ïe proverbe, dont je m'occupe à là 
hâte et en deux mots, a reçu la plus 
rctrange, j'entends par là la plus déplacée, 
des interprétations qui aient été, qui soient ' 
et qui doivent être jamais : « Aussi dis^ 
pose à prendre le bien d'autrui, que le plomb 
à recevoir la dorure. » Si Panurge dont le 
nom(Hàv, JpYOv) signifie a propre à tout 
faire, » hors le bien apparemment, avait, ou 
n'avait pas les doigts crochus , il en faut , 
bon gré, mal gré, chercher la trace ailleurs 
que dans l'adage précité. 

Puisse, hélas ! 1 édition sous presse en Ce 
moment, à rimprimerie de l'Institut 
impérial de France, se préserver, et nous 
tous avec elle, de semblables bévues! 
(Grenoble.) J. P. 

Le jeu de la Révolutioii fSrançaise (V, 

71). —■ A propos d'estampes en forme de 
jeux d'oie, j'en citerai une ^que je possède 
depuis vingt-cinq ans et dont je n'ai jatnais 
rencontré une seconde épreuve. Voici les 
dimensions des traces de la planche : larg., 
53 centim. ; haut., 40. Elle ne porte point 
de date mais on peut lui en attribuer une 
voisioe de l'àntiée 16 5S. Vers le centre de 
la planche est le titre en grosses majuscules: 
LE lEV DU BLASON. Dédié A très- 
haute,,. Princesse Marie Jeanne-Baptiste 
de Sauoye fille aisnée de feu tres-hatCt,,. 
Prince Monseig^. Charles Amédée de 
Sauoye Duc de Nemours.,, Par son très-- 
humhle..^ Seruiteur Nie. Berey* Berey 
était à la fois éditeur et graveur asséfc 
médiocre; cette pièce est probablement 
son œuvre. On compte quatante cases 
portant des armoiries ou quelque;&>is àt 
simples inscriptions et disposées en deux 
carrés, l'un dans l'autre. Au bas, à gauche, 
commence le n<> i représentant les émaux 
du blason. Le dernier (n® 40), au dessous du 
titre,' offre les armes du Roy, accompa- 
gnées d'un riche entourage. Sur le côté 
gauche de l'estampe^ une colonne de texte 
gravé a pour titre : Introduction Pour 
LE lEV DV BLASON Par P. D. V. G. 
D. R. La colonne de droite est intitulée t 
ORDRE et LOIX du Jeu du Blason, Au 
bas du texte on lit : A Paris che^ Ni, 
Bercy sur le (^ay des Augus. aux 2 Glo- 
bes, Je dterai quelques lignes du règle- 
ment de ce jeu qui avait lieu au moyen de 
deux dés. « Qui arriuera chés le Grand 
« Echanson cotte 20 payera, et y demeu- 
« rera jusqu'à ce que quelqu'vn l'en vienne 
a retirer, car il aimera mieux y gouster des 
« vins délicieux, que de continuer son 

« leu Qui arrivera au Pauillon Royal 

« cotté 40 gagnera la partie , et sera 



'« maistre de tous les payem. qui auront 
« esté mis et au milieu, et âU profit du 

» leu. » A. BôNÏ^ARDOT. 



L^s nouais de Gàvàft^ (V, 84). — Un 
simple renseignenïent : Dans le nord de 
la France, (Flandre, Artois), la nouirice 
est appelée en patois : la nénain, 
(Béthune). A. H. 



L6S armes de Voitaîro (V, i35). ^ Au 
bas d un «beau portrait àt Voltaire repré- 
senté dans son cabinet de travail ; « des'- 
siné par P>. A-. Dauzel au château de 
Ferneyen ï764etgravé par Jw B^ Michel, 
d'après le dessein (sic) qui^stdans le cabinet 
de M. le marquis d« Villeltefe, on voit l«s 
armoiries du célèbre écrivain, que le gra- 
veur a ainsi rendues : à d'azur à trois*.. 
tulipe^^ 1» -^ Les supports du blason qui 
est surmonté d'une 'couronna de comtc> 
sont des guirkndes. 

Le château de Circy, aujourd'hui de la 
coiïimune de ce nom ^ canton de Doule- 
vaut, Haute-Marne, apparte'fttfil au fliar- 
quis du Chatelet, l'heureux mari de la 
célèbre Emilie. Celui de Cirey en Vôge, 
aujourd'hui Cirey-sur-Vezouze, canton de 
Lorquin (Meurthe) , était à une autre 
branche de la famille. A. Bekoit. 



CrumotiA et la Guillotine (V, 140). — 
Lorsque le Lôuisony la Louisette, etenfih 
la Guillotine , fut inventée ou perfec- 
tionnée, selon les besoins du temps (et 
l'on peut dire que jamais invention ne fut 
appliquée sur une plus grande échelle), on 
ne songea pas à savoir (^ui s'était servi le 
premiet de cette fameuse mécaniqufe. Il faut 
pourtant remarquer, en passant, que ses 
débuts furent assez gauches et iqu'e !'es 
connaisseurs purent un moment l'egrettet 
la méthode expéditive de la pendaison. 
Voyez là-dessus un très- curieux et très- 
amusant chapitre (amusant jusqu'à l'hor- 
rible le plus raffiné) dans le tome ÏI des 
Mémoires de Sanson, rédigés, d'après les 
récits de l'ancien exécuteur des hautes 
œuvres sous la république une et indivi- 
sible, par Honoré de Balzac et surtout jfï'ar 
l'Héritier de l'Ain. 

Mais qui songeait à chercher bien loin 
l'origine de la guillotine, lorsqu'on était 
si préoccupé de la chose présente et que ce 
spectre rouge devait être l'objectif perma- 
nent des plus honnêtes gens? On ne contesta 
donc pas au chirurgien Louis sa prétendue 
découverte, et au médecin Guillotin ses 
aimables perfectionnements. On disait 
vaguement que la guillotine avait existé, 
sous un autre nom, bien entendu, en 
Italie et en Orient. Ce n'est que t>lustard, 
qu'on s'avisa de demander aux livres et 
aux gravures ce que le redoutable instru- 



N» 109.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



383 



384 



ment avait pu être dans son âge d'or, deux 
ou trois siècles avant Tâçe de fer et d'ai- 
rain du tribunal révolutionnaire. On eut 
bientôt trouvé et cité deux ou trois gra-* 
vures allemandes du XVI* siècle, qui prou- 
vaient ndh-seulement que ce genre de sup- 
plice était connu à cette époque; mais en- 
core qu'il pouvait avoir eu son application 
en Allemagne comme en Italie. Quoi qu'il 
en soit, voici, ce semble, la plus ancienne 
description que nous fournissent les his- 
toriens français, au sujet de la terrible ma- 
chine, qui ne fonctionnait pas sans doute 
pour la première fois; description qui re- 
monte à l'année i boy et qvd se trouve dans 
les Chroniques de Jean d'Auton. Voyez l'é- 
dition que j'ai donnée de ces Chroniques 
(Paris, Silvestre, i835, 4 volumes in-8), 
tome IV, çag. 55. Il s'açt de l'exécution 
du nommé Demetri Justiniani, a des plus 
gros du peuple gras de la ville de Gênes, » 
qui avait joué un rôle patriotique dans la 
révolte de cette ville contre 1 occupation 
française. Il fut condamné à être mis à 
mort sur une place publique , près du 
Môle de Gênes, le 12 mai i5o7. Ecoutons 
Jean d'Auton : 

« Sur le point de neuf heures du ma- 
tin, fut par un prévôt des maréchaux 
conduit jusqu'à ladite place et fait mon- 
ter sur Téchafaud, et là voulut parler et dire 
quelque chose au peuple de Gênes et com- 
mencer quelque propos. Mais le prévôt ne 
voulut lui donner temps de finir son dire. 
Et voyant, celui Demetri, qu'il ne serait 
ouï. )eta un grand soupir à merveilles, 
en levant les yeux amont, la face toute 
pâlie et blême, les bras entrecroisés, se tint 
coi assez longtemps. Et ce fait, le bour- 
reau lui banda les yeux; puis de lui-même 
se mit à genoux et étendit le cou sur le cha- 
put (billot). Le bourreau print une corde, 
à laquelle étoit attaché un gros bloc, à tout 
une doulouere tranchante, hantée dedans, 
venant d'amont entre deux poteaux, et tire 
ladite corde, en manière que le bloc tran- 
chant à celui Genevois tomba entre la tête 
et les épaules, si que la tête s'en alla d'un 
côté et le corps tomba de l'autre. La tête 
fut mise au tout du fer d'une lance et 
portée sur le sommet de la tour de la Lan- 
terne, qui est à couchant et au dedans 
du Môle de Gênes, regardant cette tête 
droitement sur la ville. Le corps demeura 
mort sur ledit échafaud, tout le long du 
jour ; puis, fut, le soir, avec le congé de la 
justice, de là ôté et porté enterrer. » 

De ce il appert que, jusqu'à plus ample 
informé, dame Guillotine est née Génoisç. 

P.-L. Jacob, bibliophile. 

— Voir dans le Figaro (3i déc. 1854) 
une intéressante étude de M. Frédéric 
Thomas, intitulée : la Guillotine. Mais , 
comme la collection de ce malin journal 
est devenue fort rare aujourd'hui, je prends 
la liberté de faire copier, — pour vos lec- 



teurs, — les deux extraits ci-joints de ce 
savant article, et les leur adresse directe- 
ment par la voie de l'Intermédiaire : 

a Guillotin n'a été que le vulgarisa- 
teur de cet instrument parmi nous. Avant 
que la France connût la Guillotine, l'E- 
cosse jouissait du maïden, et l'Italie de la 
mannaia. Le docteur ne fut pas non plus 
victime de sa machine, dans le sens que Ton 
imagine d'ordinaire; car Guillotin est mort 
dans son lit, à l'âge de soij^ante-seize ans, 
dans son domicile à Paris, rue de la Sour- 
dière, le 26 mars 18 14. C'est d'une toute 
autre façon qu'il a çté le martyr de son 
invention. 

aGuillotinétaitun médecin philanthrope, 
et rélection de Paris en fit un député du 
tiers Etat à l'assemblée des Etats géné- 
raux, devenue bientôt l'Assemblée natio- 
nale. C'est là, dans la séance du 28 no- 
vembre 1789, qu'il développa son idée. 
L'Assemblée rejfusa de donner immédiate- 
ment suite à ce projet, et en ajourna l'exa- 
men à l'époque où elle s'occuperait du 
Code criminel. 

a Ce ne fut que deux ans après, le 3 avril 
1792, que l'Assemblée législative décida 
qu il lui serait fait un rapport sur l'inven- 
tion du docteur Guillotin. Ce rapport, lu 
par Carlier quelques lours après, une com- 
mission nommée ad kocût^ie 17 avril, des 
expériences de la nouvelle machine sur 
des animaux d'abord, et puis sur des ca- 
davres, « afin qu'elle apprit d'eux son œu- 
« vre, » selon l'expression sinistrement 
heureuse de Chateaubriand. 

« Ces expériences donnèrent sans doute 
les résultats les plus satisfaisants, puisque 
quarante jours plus tard, le 27 mai 1792, 
un assassin de grande route, nommé Pel- 
letier, fut décapité par ce procédé nou- 
veau. La première victime politique de 
l'instrument fut CoUenot d'Anglemont, 
employé de l'hôtel de ville, exécuté le 
2 X août de la même année. 

a On chantait des couplets sur ce bijou, 
on en portait la figure ciselée en épingles, 
en breloques, en boucles de souliers et 
d'oreilles. (Voy. V Intermédiaire, IV, 86.) 
Guillotin était dans l'enchantement, et, 
dans la candeur de son enthousiasme, il 
disait à ses collègues : c Le supplice que 
« j'ai inventé est si doux, qu'on ne sau- 
a rait que dire, si on ne s'attendait pas à 
« mourir, et qu'on croirait n'avoir senti 
« sur le cou qu'une légère fraîcheur. » 

« Le docteur se félicitait donc d'avoir at- 
teint un double but d'humanité et d'éga- 
lité ; il avait presque supprimé la douleur 
du supplice, et, en retranchant l'infamie 
attachée à la pendaison, il avait démocra- 
tisé la décollation, qui n'avait été jusque- 
là que le privilège de la noblesse, et il 
avait fait ainsi l'égalité devant la mort. 

«Toutefois, on s'aperçut bientôt que, 
malgré l'optimisme au docteur, l'instru- 
ment laissait beaucoup à désirer. Il fonc- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo juin. 1869. 



. 385 



- 386 



donnait avec mollesse, avec indécision, et 
le plus souvent, il produisait Técrasement 
du cou plutôt qu'une section nette et ra- 
pide. 

a C'est alors qu'un autre docteur s'oc- 
cupa de perfectionner cet instrument. Ce 
fut ]e docteur Louis, secrétaire perpétuel 
de l'Académie de chirurgie, qui s'avisa de 
modifier le couteau, et de substituer le 
triangle à la forme horizontale ou en crois- 
sant qu'il avait 'gardée jusque-là. 

a Cette modification fut aussitôt adop- 
tée, et, dans sa reconnaissance, le peuple 
essaya de débaptiser l'instrument pour lui 
donner le nom du chirurgien. Mais bien- 
tôt la Louisette parut un nom trop gai 
pour un instrument si lugubre, et la Guil- 
lotine prévalut. 

« Après la Terreur, les tribulations de 
Guillotin commencèrent pour ne plus finir 
qu'avec sa vie 

« Le docteur ne se blasa jamais sur 

une persécution innocente qui le poursui- 
vait toujours et partout. Son nom, quand 
il était obligé de le prononcer, causait un 
effroi qu'on ne prenait guère la peine de 
dissimuler, et Guillotin en était toujours 
affecté péniblement. 

« Nous sommes persuadé que le phi- 
lanthrope qui a inventé le seul instrument 
de supplice qui nous reste, demanderait 
aujourd'hui l'abolition de la peine de mort, 
et la destruction de sa machine. » {Vid, 
(oc. citât.) Ulric. 

P. S. — Voir aussi, dans ce même Ff- 
f^fo (i3 nov. iSSy), le paragraphe V 
'^Biographie de la Guillotine) d'un spiri- 
tuel article de genre, intitulé : « Monsieur 
àe Paris, études de mœurs inconnues^ » 
par Léo Lespès. 



La Société de r£scalade(V, 247). ~ Dans 
un petit volume in- 12, publié en i852 par 
les soins de M. Ph. Plan, sous le titre : la 
Volière ouverte, Etrennes poétiques gene- 
voises (Genève et Paris, Joël Cherbuliez), 
»e trouve, à la page i36, un rondeau signé 
iu Dr Ant. Le Camus, avec la date de 
'757. Cette pièce est accompagnée de la 
îote suivante de M. Plan: «Ce n*est point 
' à son mérite littéraire que cette pièce 
' doit son insertion dans ce livre, mais 
' bien à l'occasion qu'elle nous procure 
' de dire les circonstances auxquelles elle 
! a dû sa naissance. En 17 56, il se forma 
à Paris une Société de Genevois qui, 
■ tous les ans, le 12 décembre, se réunis- 
saient chez Tun d'entre eux, M. Chasta- 
' nier, commis au greffe de lavillede Paris, 
' pour fêter joyeusement ce jour anni- 
' versaire de la célèbre délivrance accor- 
' dée à nos pères, en 1602. Or, les mem- 
' bres de cette société, hommes de lettres 
pour Ja plupart , ne laissaient pas passer 
un de ces anniversaires sans apporter, 



a qui une chanson, qui un discours, qui 
« une comédie ou une pièce de vers quel- 
« conque, et c'est de la collection de ces 
« pièces diverses, dont M. le professeur 
a Gaullieur est l'heureux propriétaire, que 
« nous avons extrait celle que l'on a sous 
a les yeux. » 

M. Gaullieur est mort en 18 5^, et sa bi- 
bliothèque s'est dispersée. Aussi, le recueil 
susmentionné est-il sans doute le manus- 
crit même que possède M. Tornezy. Il est 
à remarquer néanmoins qu'aucun des 
noms cités par ce dernier ne semble être 
d'origine genevoise. Th. D. 

— On a fait paraître un ouvrage pos- 
thume de M. Arthur Dinaux sur les So- 
ciétés badines. Je ne me souviens pas du 
titre exact. M. Tornezy pourrait le re- 
trouver sur une couverture de Vlntermé- 
diaire, qui l'a annoncé il y a deux ou trois 
ans. Il y a beaucoup de chances pour que 
ce livre lui fournisse les renseignements 
qu'il demande sur la Société de VEsca- 
lade. Ej, G. P. 

A qnelle date Louis XIV siona-t-U la ré- 
vocation de redit de Nantes? (V, 259.) — 
M. le cap. I... pense que cet édit impor- 
tant a été signe le 19 octobre 168 5. M. Eu- 
qorral se prononce pour la date du 17, 
adoptée par M. Henri Martin et MM. Bor- 
dier et Charton. Un document rapporté 
dans les Mémoires de Foucault, intendant 
du Poitou, publié à la suite de ceux du 
marquis de Sourches, par M. Bernier, Pa- 
ris, Beauvais aîné, i836, tome II, p. 294, 
tend à confirmer cette dernière date, et 
peut-être à la reporter au i6. C'est une 
lettre de Louvois adressée à Foucault, 
commençant ainsi : 

« Fontainebleau, le dix-septième octobre i685. 
o Monsieur, 

tt Vous serez pleinement informé , tant 
a par la copie que je vous adresse de l'é- 
(( dit que le roi a nouvellement fait expé- 
tc dier, que par la lettre de Sa Majesté, qui 
o l'accompagne, de ses intentions et de ce 
« qu'elle désire de vos soins, pour l'exacte 
« observation et exécution de cet édit. » 

La lettre du roi porte : 

« Monsieur Foucault, ayant fait expé- 
« dier un édit par lequel, et pour les cau- 
« ses et raisons importantes que vous y 
a verrez déduites, j'ai ordonné la suppres- 
tt sion et révocation de l'édit de Nantes... » 
Elle se termine par ses mots : « Ecrit à 
a Fontainebleau, le dix-septième octobre 
a i685. 

a Signé: LOUIS. Le Tellier. » 

Ainsi, il résulte de l'intéressante com- 
munication de M. le cap. I... que, le i5 oc- 
tobre, l'édit était en préparation. Le roi 
avait fait ajouter au projet préparé par 



M* #09.'] 



L'INTERNM&MAmK 



387 



3«8 - 



Le TeHier quelaues articles, sur lesquels, 
d'après la lettreae Louvois du 1 5, citée par 
M. Camille Rousset, Histoire de Louvois, 
t. III, p. 477, à la note, il lui demandait son 
avis le plus tôt que faire se pourra. Mais 
Louvois ajoute : « Sa Majesté a donné or- 
« dre que cette déclaration fût expédiée 
tt incessamment et envoyée partout. » On 
peut donc dire que le projet est soumis au 
roi le 1 5 octobre et modiné par lui, signé 
le 16, expédié le 17, et enregistré le 22 
par le Parlemeiït -de Paris et par celui de 
Rouen. 

(Le Havre.) V. T. 

— Je viens d'acquérir deux gravures du 
XVII« siècle, signées toutes deux {Jan 
Luiken^ inv. et fecit.) L'une représente 
Henri IV, en costume royal, les épaules 
recouvertes du manteau fleurdelisé, levant 
la main droite, vers le ciel et étendant la 
gauche sur la couronne reposant sur un 
coussin. Voici la traduction du texte hol- 
landais : Védit de Nantes est confirmé à 
Paris par Henri le quatrième^ le 25 fé' 
vrier iSgg. 

L'autre, celle qui intéresse M. Alph. 
L., de la même grandeur que la précé- 
dente et venant du même ouvrage, repré- 
sente le conseil du roi réuni et Louis XIV, 
sur son trône surmonté d'un immense 
dais, la tête ceinte de la couronne royale, 
écoutant la lecture de Tacte de révocation. 

Voici la traduction du texte : 

Védit de NanteSy octroyé et juré par 
Henri le 4«, /e 25 février iSog, est revo^ 
que, annulé, (anéanti, brisé, kerroepen en 
vemietigd) par Louis le ^atonjfième, le 
8 octobre io85. 

Ces deux gravures sont de même di- 
mension (35 cetit. de largeur sur 29 cent, 
de hauteur) et sortent du même ouvrage ; 
car il y a au bas de la gravure ce rensei- 
gnement (en hollandais également), pour 
la première : 

Cet édit de Nantes se trouve dans les 
pièces authentiques de la 1^^ partie, fo- 
lio 35. 

Et pour la seconde : 

Cet édit se trouve dans la quatrième 
partie des pièces authentiques, page 121. 

De quel ouvrage viennent-elles? J'avoue 
que je n'ai pas le temps de faire cette re- 
cherche. Seulement, on voit qu'elles indi- 
3uent encore une autre date que celles 
éjà signalées par M. Alph. L. (i) 

A. Nalis. 



Wilbant, paintra de portraits (V, 278, 
356). — Le portrait signé Wilbaut, et daté 
de I777> est de Jacques Wilbaut, né àChâ- 
teau-Porcien, le 28 mars 1729, décédé dans 

(i) Ces gravures appartiennent à V Histoire 
de l'Edit de Nantes, par Elie Benoît, traduite 
en hollandais et publiée in-4«. (Réd.) 



la même ville le 18 juin 1816; il était a& 
veu et élève de Nicolas Wilbaut. Ce der- 
nier, élève de Jean Jouvenet, naquit à 
Château-Porcien, le 20 juillet 1686, et y 
mourut le 4 mai 1763. — Jacques excella 
dans le portrait; le musée de Reims pos- 
sède, pemt par lui, le portrait de J.-B.Ca- 
aué, décédé en 1787, chirurgien en chef de 
1 Hôtel- Dieu de Reims. ^ Je ne tiens pas 
à faire luxe d'une érudition facile, en sa- 
crifiant le nom de celui auquel je la dois; 
j'ai à cœur seulement de signaler à M. P. 
d'A... la Biographie ardennaise, de l'abbé 
BouillioL Paris, i83o» 1 vol. in- 8. Il trou- 
vera là le détail de l'oeuvre de Wilbaut Ni- 
colas et de Wilbaut Jacques.—*- Laissons à 
cfaacuA le mérite de ses recherches ; c'est 
la seule récompense du biographe sin- 
cère. £m. (Bellier de La Chavignerie. 



Um Mira autographe de Rabelais à 
retnmver (V, 3o6). — La lettre en ques- 
tion n'est pas à retrouver. L'original, ou 
soi-disant tel, figurait sous le n<> 844 du 
catalogue de ki vente qui s'est faite à 
Londres, par les soins de M. Sotheby, le 
26 avril dernier et jours suivants, 11 a été 
adjugé pour la somme de i,25o fr. Quant 
au contenu de la lettre, il a été publié de- 
puis longtemps dans le Bulletin du BMo- 
phiU belge, t. XVI (2* série, t. VII), 1860: 
p. 173, avec une note de M. Auguste 
Scbeler, qui laisse beaucoup à désirer. 

Cette lettre est-elle de Rabelais? "EjsHlk 
écrite de sa main ? — Nous qui l'avons 
vue. tenue, étudiée, nous aurions beaucoup 
à dire là-dessus, et nous avons eu occasion 
de faire à cet égard des réserves dans les- 
quelles nous persisterons jusqu'à plus am- 
ple informé. 

Un élément indispensable de cette en- 
quête serait le fac-similé de la pièce en 
question qui permettrait i*» d'établir le 
texte, déjà passablement obscur par lui- 
même, avec plus de correction que ne l'a 
fait le Bibliophile belge; 2* de décidera 
Question d'écriture, si difficile en raison 
du peu d'objets de comparaison incon- 
testes que l'on possède jusqu'ici. 

Réclamons donc avec instance ce fac-s^- 
mile, au nom des amateurs d'autographes, 
au nom surtout des amateurs de Rabelais. 

K.-J. B. R. 

— La lettre de Budé à Pierre Laray sur 
la persécution que ce dernier et Rabelais 
avaient soufferte, pour s'occuper de grec, 
se trouve déjà dans l'édition de ses Lettres 

frecques, publiées de iSa^ à i53i par 
. Tusan, c'est-à-dire du vivant même de 
Rabelais. Elle a été traduite en entier 
dans les Lettres écrites de la Vendée^ de 
M. Benjamin Fillon, seconde lettre: V^ 
commis d'Henry Estienne au couvent àe^ 
Cordeliers de Fontenay^ p. 41. M. A. 



0£S CHESCHIBrClItS £T CURIEUX. 



[10 juilL 1869. 



369 



390 



Ces <Saiiloi8 fontflers I (V, Sof.}*^ Dans 
le I" livre des Recherches de la France 
(p. 8 de rédition de Paris, MDCXI, Lan- 
rent Sonnius), Estienne Pasquier unit al- 
lusion à la réponse des Gaulois, en ces 
termes : « Cestuy dont ie parle, est Crini^ 
u lequel à chaque propos penseroit ^uoir 
« fait coruée , lorsqu'il met le nom des 
a Gaulois en auant, si dVne mesme suitte 
a il ne l'accompagnoit d'vn surnocm ou de 
a lourdaut ou barbare, s'estant tellement 
tt esgaré en tels titres, qu'en quelque lieu, 
« entre autres, faisant mention de la braue 
« response que les ambassadeurs de Gaule 
« feirent iadis à Alexandre le Grand, quand 
t il leur demanda quelle chose ils redou- 
« toient le plus en ce monde, estimant que 
« par leur response ils deussent rapporter 
« ceste crainte 4i la seule grandeur de luy: 
« Ces Gaulois (dit cet Italien) comme ceux 
* qui de leur nature sont lourds , escornant 
tt 1 outrecuidée présumption d'Alexandre, 
«1 respondirent seulement, qu'iZs crai-^ 
« gnoient que ceste grande voulte du ciel 
« tombast sur leurs testes. Voyez ie vous 
a pry comme ce sot nous appelle sots en 
« vne response si braue, et par laquelle 
« nous ponuons descouurir ie ne sçay quoy 
« die la prouesse et magnanimité ue noz 
« ancestres. Tellement que luy, qui en cest 
« endroict nous impute ceste parole à lour- 
« dise, est tourtesfoôs cpntraiact <x>nfesser 
« que par icelle se trouva ce ieune Roy de 
« Macédoine tout confus. » 

Mais, seloxa son habitude, Pasquier ne 
cite aucune autorité. 

Je n'ai trouvé nulle trace de ce mot dans 
Plutarque, en la F/e d' Alexandre ^màasis 
Roliin, en ï Histoire ancienne. 

M. Thierry (Amédée) dans V Histoire des 
Gaulois ie rapporte ; mais , n'ayant plus 
sous les yeu^ son livre , qui m avait été 
prêté , je suis réduit à y renvoyer T. de L. 
Carie ne doute pas que M. Thierry ne 
cite le livre où il ra trouvé. E. G. P. 

— L'observation de Sainte-Croix ^rait 
juste, si le mot, assez fanfaron <lu reste, 
qu'il met en discussion, avait été attribué 
par Arrieo aux Gaulois de la Seine ou du 
Pô, de r£bre ou de la Tamise. Mais il 
s'agit des « Celtes qui bordent le golfe Io- 
nique » (Traduction Chaussard). £t comme 
Arrien vient de dire que les Celtes occu- 
paient presque toute la vallée du Danube, 
et qu'^exandre était alors sur le bas Da- 
nube où l'avaient conduit ses premières 
victoires, on serait tenté de chercher ce 
golfe Ionique dans le golfe actuel de Ve- 
nise. Les Gaulois en auraient occupé le 
pourtour supérieur (I strie, Dalmatie), ve- 
nus là, soit de la vallée du Danube, soit de 
la Cisalpine. Voyant un conquérant s'ap- 
procher de leurs frontières, il était natu- 
rel qu'Us lui envoyassent demander s'il 
songeait à les attaquer, et il me semble 
qu'ils ne se prostituaient pas pour cela. 



(^ue si mon hypothèse géographique est 
inadmissible, que ie golfe Ionique nepuisse 
absolument s'entendre que de celui qui se* 
pare le Péloponèse de l'Epire, ces Gaulois 
étaient donc les Epirotes ou une partie des 
Ëpirotes; et leurs intérêts les mettaient en 
contact habituel avec les Macédoniens. La 
manière dont Ârrien annonce l'arrivée des 
députés celtes, dans une même phrase, 
avec ceux desTriballiens contre oui Alexan- 
dre venait de guerroyer, et a de peuples 
libres, de l'Ister » milite «n fiaveur de ma 
première interprétation. Par exemple, on 

Î)eut bien mettre en doute que ces Gau- 
ois-là fussent nos pères, O, D. 



Le quatrain d6 la Violette. Deux ques- 
tions à propos du cardinal d'Estrées (V, 

3o8). — Le joli quatrain de Desmarets de 
Saint-Sorlin est signé Anonyme dans l'é- 
dition donnée par le Jésuite Nicolas Petit, 
à la suite de ses Mémoires du duc de Mon* 
tausier.,. Paris, 1736; il est signé D dans 
le texte antérieur de Sercy et : De M, des 
Marests dans le manuscrit écrit par Jarry. 
Mais ce n'est pas seulement au cardinal 
d'Estrées qu'on a voulu l'attribuer; ne le 
trouve-t-on pas dans la Bibliothèque Lor- 
raine de Dom Calmet (col. 787) sous le 
nom de M. Reboucher T 1687- 1748)? La 
paternité de ces petites pièces^ quand elles 
ont du succès, est, on le voit, difficile à 
conserver? A. M. 



L'OrbiUanisme (V, 3o8). — C'est tout 
simplement un mot forgé sur le nom d'Or- 
bilius, précepteur d'Horace, immortalisé 
par son élève à cause des mauvais traite- 
ments qu'il lui avait fait subir (Liv. II, 
Ep. I, V. 69) : 

Non equidem insector, delendaque carmina Livi 
Esse reor, memini que plagosum mihi parvo 
Orbilium dictare. 

Ch. Marty-Laveaux. 

— Horace, dans la i^épître du second 
livre des Epîtres, parlant de son maître 
d'école, l'appelle plagosus Orbilius (Orbi- 
lius le frappeur, le fouetteur). Suétone, 
De illustribus grammaticis^ chapitre 2, 
dit qu'Orbîlius était un vieux militaire, 
assez instruit, d'un caractère violent, qui 
s'était fait maître d'école et qui traitait ru- 
dement ses petits écoliers. 

Comme les Jésuites passaient pour fouet- 
ter leurs élèves, et que l'un d'eux s'appelait 
le Père fouetteur, l'auteur du petit livre 
dont parle M. Ulric, a forgé son mot orbi- 
lianisme de cet Orbilius. 

(Alençon.) C. E. D. 

Gomme ponr ramonr de Dieu (V, 3o8). 
— Les mendiants demandent l'aumône 
pour V amour de Dieu^ comme Arlequin, 



N« 109.) 



L'INTERMÉDIAIRE 



391 



39» 



dans la chanson du clair de la lune, de- 
mandait à Pierrot d'ouvrir sa porte. Cela 
suffit pour expliquer le sens delà locution: 
comme pour V amour de Dieu, Dans celui 
qui fait une chose à contre-cœur, il y a un 
effort pour vaincre sa répugnance ; comme 
dans celui qui agit seulement pour l'amour 
de Dieu et afin de remplir un devoir pé- 
nible et d'en faire hommage à Dieu. Il n'y 
a pas de vertu sans combat, et l'amour de 
Dieu donne seul la force de combattre, 
comme le dit si énergiquement saint Paul, 
le bon combat. E. G. P. 

— Les frères des ordres mendiants à^- 
mandaient raumône,^OMrrjmowrieZ)iei/. 
On leur rendait certams services, j70wr Va- 
mour de Dieu, Un bon moine se faisait 
raser la tête un jour^ P9^^ V amour de 
Dieu, Le frater s'acquittait de son office, 
comme pour V amour de Dieu y n'épargnant 

Î>as au patient les écorchures et les estafi*- 
ades. — Tout à coup, dans l'arrière-bou- 
tique, un chat se met à pousser des cris 
perçants. « Qu'est-ce qui se passe donc? » 
s'écrie le barbier. Le moine, dit-on, lui 
répond doucement : a C'est sans doute un 
pauvre chat à qui l'on fait la barbe pour 
r amour de Dieu. » 

Vraie ou non, il me semble que l'histoire 
est vraisemblable et motive parfaitement 
le dicton. R. N. 



La dachesse d'Aiguillon et un yerset 
de9 Actes des Apôtres (V, 309). — C'est 
bien au chap. IX, verset 5, que Jésus, ap- 

Î)araissant à Paul sur le chemin de Damas, 
ui dit : a II vous est dur de regimber con- 
tre l'aiguillon. » Et Paul le répète encore 
chap. aXVI, V. 14. — Le latin de la Vul- 
gate est : DûrUm est tibi contra stimulum 
calcitrare. 

Le Martyre de saint Paul, poëme du 
XV« siècle, le traduisait déjà ainsi : 

Tu fais que fol et que félon 
De regiber contre Aquillon. 

C. Y. 

— Même rép. de R. de S. et E. G. P. 



Favre, graveur en médailles (V, 809). 
— Je n'ai pas sous la main le volume pu- 
blié par M. Pinchart à Bruxelles en i858, 
sous le titre de Recherches sur la vie et 
les travaux des graveurs de médailleSy de 
sceaux et de monnaies des Pays-Bas. La 
réponse y est peut-être; mais, dans tous 
les cas, M. A. P. fera bien de s'adresser à 
l'auteur lui-même, attaché aux archives 
générales du royaume de Belgique; son 
obligeance n'est pas au-dessous de son éru- 
dition, et je m'étonnerais qu'il n'eût pas 
sur ce point une réponse toute prête. 

A. M. 



Marie Miraille, sorcière (V, Sog). - 
Le Nicolo sur lequel on demande des ren- 
seignements était Modenais. Le nom de 
la famille était Abbate. C'était une famille 
de peintres, dont le plus célèbre membre, 
Nicolo, né vers i5ii ou i5x2 et mort en 
i36i, peignit les Fresques de l'Institut 
de Bologne et le Mariage mystique de 
Sainte Catherine d'Alexandrie. Etait-il de 
la maison de M. de Guise, ou peignit-il 
seulement ce portrait dans un voyage 
qu'il aurait fait en France à l'époque où 
Marie Miraille exerçait son art, sans être 
inquiétée ? Je 1 ignore. Après cela, si ce 
nest lui y c'est donc son frère ! 

A. Nalis. 

— Ce Nicolo, peintre du duc de Guise, 
est bien connu. C'est Nicolo de l' Abbate, 
et l'on peut voir sur lui la Renaissance dei 
Arts de M. de Laborde, une note de IM- 
becedario de Mariette, tom, I, i853, 
p. I -5, et la notice de M. Reiset, publiée 
dans la Galette des Beaux- Arts, août et 
septembre 1859 et tirée à part. Mais Nicolo 
paraît être mort en 1571 et son fils s'ap- 
pelait Camille. — Quant à l'exécution, il 
suffit de recourir au Journal de l'Etoile, à 
la date. Collection Michaud et Poujoulat, 
2ine série, I, p. 216-7. ^' ^• 



L'Hirondelle de Carie Vemet (V, 3 10). 
— Il est présumable que feu M. Balthazar 
Lenoir, ce fin connaisseur, aura conservé, 
avec ses belles tabatières, l'hirondelle de 
son ami Carie Vemet, dont il prisait (sans 
calembourg) le talent. Madame veuve Le- 
noir fait très-gracieusement les honneurs 
de cette précieuse collection qui doit un 
jour, dit-on, enrichir le musée du Louvre, 
d'après les dernières volontés de M. Le- 
noir. P. A. L. 

— L'hirondelle en question est-elle 
réellement de Carie Vernet ? — Non, s'il 
faut en croire son histoire, racontée par 
le chroniqueur du Grand Journal (3o cet. 
1864): a Vers 18 14, Carie Vernet fréquen- 
tait le café de Foy. 11 y venait souvent, ac- 
compagné de son fils Horace. Ce dernier 
était alors dans toute la pétulance de la 
jeunesse: un jour, dans une discussion, il 
lance au plafond je ne sais quel objet, un 
pinceau, dit la chronicjue. Le plafond en 
fut taché : on ne mettait pas encore de do- 
rures aux plafonds des cafés, mais la blan- 
cheur de celui du café de Foy était imma- 
culée : le maître de l'établissement se 
plaignit ; il menaçait de faire payer le dé- 
gât. — Horace promit de tout réparer, et 
il revint le lendemain armé de sa palette 
et fit la coquette hirondelle qui, depuis 
tant d'années, a fait l'admiration et le 
bonheur des habitués du lieu. — H est 
une autre version qui diffère de la précé- 
dente en ce qu'Horace Vernet aurait payé 
en peinture une consommation qu'il n'a- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



- 393 



394 



[10 juill. 1869. 



vait pu payer en argent. — Quoi au'il en 
soit de ces deux versions, cette fresque 
improvisée a été, pendant un demi siècle, 
respectée par le badigeon : hélas ! ce res- 
pect n'a pu préserver l'établissement des 
coups du sort. Le café de Foy n'est plus, 
tout a été livré aux marchands brocan- 
teurs. Seule, rhirondelle est restée fixée 
à son plafond, planant sur des salles dé- 
sertes, sur des murs dépouillés. — De 
même que dans l'antiquité, les habitants 
d'une ville prise d'assaut, fuyant devant 
l'étranger, avaient à cœur, en quittant 
leurs pénates, d'emporter leurs dieux 
lareSy de même le dernier locataire du 
malheureux café a voulu emporter avec 
lui son oiseau fétiche, dont chaque plume, 
disputée aux enchères, pourrait bien payer 
plus d'un créancier. — Le propriétaire de 
l'immeuble est intervenu: il a prétendu 
que l'hirondelle faisait partie du plafond, 
et le plafond, de la maison ; et il s'est dès 
lors opposé à ce que l'hirondelle prît son 




tribunal devant qui le juge du référé a ren- 
voyé l'affaire. En attendant, l'oiseau gar- 
dera la cage, n 

Cette légende ne déplaira sans doute 
pas aux lecteurs de V Intermédiaire, et si 
elle ne satisfait pas complètement M. Ulr., 
du moins elle pourra le mettre sur les 
traces de la fugitive. J. Mt. 

Un buste de la Duthé (V, 3 10). Parmi 
les objets d art provenant de la succession 
du marquis Maison qui viennent d'être 
vendus à l'hôtel Drouot, se trouvait un 
beau buste en marbre blanc, grandeur na- 
ture, de M**« Duthé, signé : Houdon F., 
1781. 

Je suppose que ceci répond à la ques- 
tion de M. H. Vienne. P. A. L. 



Ministre rational (V, Su). On appelait 
Ministro racionaly en Catalogne et en 
Aragon, un directeur des contributions. 
Le même emploi était désigné en Castille 
sous le nom de Contador, 

Baron Ch. Davillier. 



A propos de Bnrchard (V, 3ii). — Le 
I" volume des Archives curieuses de VhiS' 
foire de France ^ recueil de MM. Cimber 
et Danjou, contient le texte complet du 
Diarium, avec une traduction. Dans la no- 
tice biographique, il est dit que Jean Bur- 
chard est né à Strasbourg, dans la seconde 
moitié du XIV« siècle; qu'il était doyen de 
Saint-Thomas de Strasbourg, en 1483, 
lorsqu'il acheta la charge de maître des cé- 
rémonies de la cour de Rome ; qu'il paya 



ses bulles 400 ducats d'or, et qu'ayant 
été fait évêque d'Horta, il mourut le 
18 mai i5o6. 

Je n'ai jamais vu nier l'authenticité du 
Journal de Burchard. Alexandre Gordon, 
anglais et protestant, a cité plusieurs 
passages de cet auteur dans la Vie du Pape 
Alexandre VI et de son fils César Borgta, 
Il affirme la sincérité du maître des céré- 
monies d'Alexandre VI, et, dans sa pré- 
face (p. XXXI et XXVII, édition d'Ams- 
terdam, MDCCXXXII) il invoque, à ce 
sujet, les témoignages de Bayle et de 
Leibnitz. 

Gordon et Bayle sont un peu suspects ; 
mais Leibnitz mérite plus de confiance. 
La bonhomie avec laquelle Burchard ra- 
conte les crimes d'Alexandre VI, tout en 
le nommant: Sanctissimus Dominus nos- 
ter, ne permettrait guère de douter. Quant 
à cette question, si le texte a été interpolé 
ou arrangé, je n'ai aucun moyen d'éclai- 
rer Eugorral. Je crois que l'ouvrage de 
MM. Cimber et Danjou a été fait avec soin 
et avec savoir. C'est tout ce que je puis 
dire. Il faudrait étudier les éditions et les 
manuscrits, s'il eh existe. E. G. F. 



San naf (V, 3 1 3). — Lisez eau de Naphe 
(aqua Naphœ); c'est-à-dire, eau de flteur 
d'orange. Dans les anciens formulaires la- 
tins, les fleurs de l'oranger sont appelées 
naphœ. P. Ch. 

— Nap. Landais dit : NafFe. Subst. fém. 
Il n'est d'usage que dans cette phrase: 
Eau de naffei certaine eau de senteur. — 
Le Dict. de l'Académie: NafFe, s. f. Il 
n'est usité que dans cette expression, eau 
de naffe, sorte d'eau de senteur, dont la 
fleur d'orange est la base. — Le Vocabu- 
laire de WaïUy : Nafle ou NafFe, s. f., eau 
de fleur d'orange. F. G. P. 

— C'était un parfum importé d'Italie où 
son vrai nom était acqua nanfa. En fran- 
çais, on l'a encore écrit eau de naffe, de 
nafle, de naffre, de naphe et même de 
naphte. Ce n'est pas que je croie toutes 
ces orthographes également bonnes ; la 
dernière surtout me paraît devoir être re- 
jetée, quoiqu'elle soit une explication, et 
justement parce qu'elle serait une explica- 
tion fausse, étant peu probable que l'on ait 
tiré un parfum de Thuile de pétrole, dont le 
naphte n'est, selon Bomare, qu'une variété. 
Quant au mot naffe, Bomare ne le donne 
pas. D'autres dictionnaires disent seule- 
ment: uwe cerf ai wecjMie5c«/e«r.Laharpe, 
qui trouve dans le Baron d'Otrante, de Vol- 
taire, piu d^un fiasco d acqua nanfa, traduit 
commodément par plusieurs flacons d'es- 
sence. Et un éditeur de Rabelais (M. P. 
Lacroix, si ce n'est M. Labitte), trouvant 
de Veaue de naphe dans l'abbaye de Thé- 
lème, la laisse passer, sans lui accorder une 



N» log.] 



LINTERMÉIMAIRE 



395 



note. Les dictionnaires italien» résoiD- 
draient peut-être mieux la question. Pour 
moi, je n'entrevois d'étymologie à nanfck 
que nympka et ce serait une eau pour les 
nymphes, les dames, ce qui ne préciserait 
rien; ou nymphcea; mais y a-t-il des né- 
nufars assez parfumés pour en faire une 
eau de senteur ? 

Arrivons enfin au dict. de Wailly d'a- 
près Richelet, qui donne: Eau de fleur 
d^orange ou de quelque senteur; et à deux 
dictionnaires anglais qui traduisent par 
Oran^e^flower Water. Ce serait là une 
solution complète, si je n'avais à lui oppo- 
ser un passage du Décaméron, journ. VIII, 
nouv. 10, où Boccace fait arroser des 
draps d'acqua rosa^ d'acqua di fior d'à- 
ranci^ d*acqua difior di gelsominOy e d^ac- 
qua natif ay d'eau rose, d eau de fleurs d'o- 
ranger ^ d'eau de fleurs de jasmin, et d'eau 
naf. Ueau naf n'était donc pas Y eau de 
fleurs d'oranger-; mais il est probable c^ue 
ce parfum étant particulier à T Italie ainsi 
que les fleurs qui servaient à le composer ; 
on le falsifia en France et en Angleterre 
avec la fleur de l'oranger, que l'on se pro- 
curait plus facilement et à plus bas prix. 

O. D. 

c Apologie des femmes > (V, 3i6}. — Je 
remercie A. J. de la réponse au sujet de 
V Apologie des femmes. Le volume où se 
trouve cette plaquette n'est pas dans mes 
mains et je Tai prêté. M. A. J. serait-il 
assez bon pour m enseigner la page où est 
k carton aont il parle, afin que je puisse 
vérifier si mon exemplaire est avant ou 
après... le carton? E. G« P. 

Ouvrages relatifs aux Gascons (V, 32o). 
— Ajoutez les Nouvelles gasconnes, par 
Eugène Ducoin, chez Helzel. E, 



Les tanneries de peau humaine (V, 322). 
— Le cabinet d'histoire naturelle formé 
au palais de Versailles, l'an IV de la Ré- 
publique, renfermait, dans la salle de l'his- 
toire naturelle de l'homme, « une peau hu- 
maine, blanche, et passée en mégie avec 
le plus grand soin, où les cheveux et les 
ongles ont été conservés. » (Le Cicérone 
de Versailles, éd. de floréal an XII, p. 64, 
et éd. de 1806, p. 66). Eud. S. 

— Je ne vois pas mentionnée la peau 
de Jean Ziska, qui, d'après le testament 
de ce borgne fameux, aurait été employée 
à faire un tambour. (Mj^j^îw pittor., t. XI 
(1843), p. i32). P. B. 

— Un texte des Décr étales, provenant 
de Tancienne bibliothèque de la Sorbonne 
et reposant actuellement à la Bibliothèque 
impériale (fonds de Sorbonne n*> 162 5), 



396 



I SBuait, si l'on' en croit une note du der- 
; nier bibliothécaire de la savante maison, 
A- A. L. Gayet db Sansale, qui avait 
exencé ces fonctions de 178... à 1792, écrïi 
sur peau humaine. Même mention, mais 
moins aflîrmative, au sujet d'une Bible la- 
tine du XIII« siècle. (Bibl.-imp., fonds de 
la Sorbonne,. n« i357). 

Le renseignement c|ui suit est plus éloi- 
^é de la question primitive, que celui que 
je viens de donner; cependant il paraîtra 
peut-être assez curieux. 

Gayet de Sansale a signalé comme écrite 
SUT peau- d'agneau d'Irlande mort-né mt 
Bible charmante^ aussi remarquable par 
Télégance des caractères que par la blan- 
cheur et la- finesse du vélin (Bibl. imp., 
fonds de la Sorbonne, n9 1297), et que 
Tabbé Rive croyait écrite sur peau à 
femme. 



E. G. P. 



La chanson parisienne de c Fi, Fi^ > 'V, 

325). — Puisque M. Fréd. N. brûle si fort 
de connaître la chanson de Fy Fy^ je ne 
puis le laisser incendier sans secours. Mais 
je le préviens d'avance qu'elle n'a rien de 
politique. Ent voici deux couplets : 

Fy, £y, fy, de l'amour, 
Fy de 1 amour cent fois le jour. 

Le pauvre amour est découvert, 
Je luy vais bien chanter sa vie ; 
Il ne me prendra plus sans vert. 
Fy de Tamour. je le deffie. 

^y> fy. fy> etc. 

C'est un trompeur, un afïix)nteur, 
Dont les ruses font les conquestes, 
Et son artifice enchanteur, 
C'est de changer les dieux en bestes. 
Fy, fy, fy, etc. 

Si M. Fréd. N. n'est pas encore éteint 
après cela, je garde encore cinq couplets 
pour le refroidir complètement. — J'ai dé- 
couvert ce chef-d'œuvre dans un recueil 
intitulé : Sommaire de tous les recueils 
des chansons, tant amoureuses, rustiques, 
que musiciennes, comprinses enquatre li- 
vres. Paris, N. Bonfons, i588, in-i6. - 
Fy Fy est au feuillet 14 de la partie inti- 
tulée : Le recueil dès chansons nouvelles 
de divers poètes français, pour suite du 
3« livre. 

Pour l'éclaircissement de la question re- 
lative au cardinal de Lorraine, je rappel- 
lerai que Pasquier, dans ses Recherches sur 
la France, VIII, ch. 26, dit : « Nous ap- 
pelons maistre Fify, celuy qui se mesie du 
mestier de curer nos latrines. » 

Prosper Blanc hemain. 



Le chanTinisme (V, 326). — Qui fut le 

f)remier chauvin ? demande M. V. V. Se- 
on M. Pierre Larousse, Nicolas Chauvin 
était i^n brave soldat die, la république et 



DES GHBRCjHKtîœ. ET CCJRIJiUX. 



[10 juin. 1869.. 



397 



398 



de l'empire qui, malgré ses dix-sept blq^ 
sures et le ruban, rouge dont il avait été 
décoré, sut se rendre ridicule, même aux 
yeux de ses compagnons d'armes^ par la 
naïveté et l'exagération de ses sentiments 
patriotiques. Nous ne savons ce qui en 
est; mais, historique ou non, ce type de 
grognard glorieusement stupide fut sur- 
tout popularisé par le crayon de Charlet 
et. par la muse (?) de Scribe qui l'exhiba 
pour la première fois au théâtre dans le 
Soldat laboureur. Plus tard, MM. Co- 
gniard frères mirent la dernière main à 
son apothéose dans la Cocarde tricolone, 
gai vaudeville qui inaugura, quelques mois 
après la révolution de juillet, le petit théâ- 
tre des Folies dramatiques, La vraie si* 
goification du> mot chauvinisme est donc 
déterminée par le caractère attribué au 
grenadier Chauvin, et il faut entendre par- 
là un patriotisme ardent, exclusif.... et ab- 
surde, Joe 'h d*Indret. 

— M. 0. D. (V, 327) fait dériver chau- 
vin de chauve. Voici l'explication que 
M. Littré donne de ce mot aans son Dic- 
tionnaire : Chauvin, nom d'un personnage 
de quelques dessins populaires qui, expri- 
mant des sentiments d'un patriotisme 
aveugle et étroit au sujet des succès et des 
revers de Napoléon I®', est devenu le nom 
de celui qui a des sentiments exagérés et 
ridicules ae patriotisme et de guerre. 

(Vaienciennes.) J. L. 



Vers presque inédits d'Ângusta BarJbier 

(V, 333). — Que les Quarante aient eu 
cette fois de l'esprit comme quatre, oui, 
certes, et il faut les en féliciter. Mais ce 
n'est pas pour cela que je vous écris, c'est 
pour vous dire que la très-graçieuse pièce 
donnée par V Intermédiaire a été réimpri- 
mée dans les SilveSy Paris, Dentu, 1864. 
On l'y trouve, p. 9 sous ce titre : Le feu 
ou la chanson d^ Aline. Elle fait partie du 
petit poëme en 4 chants : Les quatre élé- 
ments. Selon Barbier lui-même, elle fut 
écrite et publiée en 1828. 

Auguste Barbier d'ailleurs est Parisien; 
bonneur à la grande ville. 

Jacques D. 

« Quosyalt deperdere, Jupiter demen- 

tat. » (V, 369). — Nous n'avions jamais pu 
iécouvrir d'où venait le fameux Quos vult 
oerdere Jupiter^ dementat prius. On le 
prêtait aux écrivains du siècle d'Auguste ; 
liais dementat semblait d'une bien petite 
atinité. Notre savant ami M. le D' Payen 
pensait que ce devait être non une cita- 
tion, mais un proverbe, repris deux fois, 
sous une autre forme, par Velleius Pater- 
culus(lib. II, ch. 57 et 118), et reproduit 
en substance dans cette phrase de Philippe 
de Commines : <^ Quand Dieu veut com- 



a mexicer de chastier les princes, premièr^e-^ 
tt ment il leur diminue le. sens, et leur fait 
« fuir les conseils et les compaignies des 
« sages. » 

Tout cela ne nous suffisait pas. Nous 
tenions les traces ; mais la source man* 
quait. Enfin elle nous fut indiquée par notre 
ami Ch. Read^ qui, un jour, à la Biblio- 
thèque impériale, nous ouvrant, à la page 
497, le tome II de la traduction latine des 
Tragédies d^JEuripide^ par J.'Barjtiès (Leip- 
zig, 1770, inr^fol.), nous fit lire ua frag- 
ment aEuripide^ cité par Âthénagpras, 
oui sous la forme ladne- que lai avait, 
donnée Barnès, était tout à ùiitla, phrase 
que nous cherchions. Puisque vous la, 
connaissez en latin, il suffira, de vous: 
donner le texte grec ; le voici.: 

Orav Sï Scû/iav o:vSpX itoffvùvvi xaxât 
Toy voijv iêXccips itp&TOf, 

Une seule chose reste à savoir, c'est la 
disposition qu'il faut donner aux mots de 
la phrase latine. M. Boissonnade y a- 
pourvu, en parvenant à^ faire, avec ces, 
mots, un vers ïambique : 

Quos vult Jupiter perdere dementat prius. 

{L'Esprit des Autres, recueilli et raconté 
pârËD.FouimiER,4«édit., i864,p. i6a. 



* ■ ■ I 



Pindare et les vignerons prorençanz; 

— « Feu mon père, homme très-savant, à 
vérifié que les vignerons de Marseille, 
chantent encore, en travaillant. Quelques 
fragments des odes de Pindare surles ven- 
danges. Il les reconnut après avoir mis par 
écrit les mots, de tout ce qu'il entendit 
chanter à vingt vignerons différents. Au- 
cun d'eux n'entendoit ce qu'il chantoit : et 
ces fragments dont les mots corrompus ne 
pouvoient être reconnus, qu'avec peine^ 
s'étoient conservés de génération en géné- 
ration par une tradition orale. » 

Feu LE COMTE DE TrESSAN, 

(dit, de son vivant, le Rajeu- 
nisseur des Arr^adis,) 

De l'importance des almanachs en ma- 
tière criminelle* — M. Laboulaye, dans 
une conférence qu'il a faite récemment à 
Versailles, sur le seizième président des 
Etats-Unis, Abraham Lincoln, a raconté 
qu'étant avocat, il lui arriva de faire ac- 
quitter, sans plaider; sans prononcer un 
seul mot, un jeune, homme accusé d'assas- 
sinat, et que des témoignages semblaient • 
accabler. Les témoins étaient tous d'ac- 
cord, ils avaient reconnu, à la faveur da 
clair de lune, l'accusé accomplissant son 
crime. Lincoln laissa dire, et (juand vint 
le moment pour lui de plaider, il se borna 



N" 109.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 

399 - 



[10 juin. 1869, 



400 



à faire passer sous les yeux des jurés un 
petit almanach. On y voyait que la lune 
s'était levée, ce.jour-là, trois heures après 
l'assassinat commis. Son client était sauvé. 

Un vieux manuscrit, qui eat en ma pos- 
session et qui contient l'histoire de l'Ab- 
baye royale de Nesle, relate un fait ana- 
logue, à propos de l'achat d'une maison 
où le monastère fut transféré en 1674. Je 
cite le manuscrit : 

a Cette maison était par voye d'héritage 
tombée à Simon Legrand : elle avoit ap- 
partenu à un de ses devanciers, nommé 
Le Couëteux. M. de Saint-Sépulcre, sei- 
gneur de Villenauxe , avant que le château 
fut basti, la voulut acheter. Le Couëteux 
lui dit que cette maison venant de ses pè- 
res, il était bien aise d'y vivre et dV mou- 
rir, et de la laisser à ses enfants. Ce refus 
irrita ce monsieur qui, youlant per f as et 
nef as poursuivre sa pointe, fit accuser Le 
Couëteux d'avoir tué un homme. 

a Deux faux témoins furent ouïs. Le 
Couëteux fut condamné sur leur déposition 
à être pendu à Villenauxe. Il en appela. 
Le rapporteur esclairé se voïant obligé sur 
la déposition des témoins subornés à con- 
damner cet homme, se trouva dans une 
étr£fnge perplexité. Son épouse apercevant 
une humeur sombre dans son mary, lui 
demanda quelle pouvait être la cause de 
son chagrin. Il la lui dissimula. Sa tergi- 
versation lui faisant appréhender qu'elle- 
même ou quelque soupçon mal fondé n'eût 
occasionné cette mélancolie extraordinaire, 
elle se hasarda de demander à son mary si 
elle seroit la cause de ce changement d'hu 
meur. Celui-ci lui aïant dit que non, elle 
redoubla ses instances pour le porter à lui 
découvrir de quoy il s'agissoit. Le rappor- 
teur lui dit qu'il étoit obligé de condani- 
ner un homme innocent, et qu'il croïoit 
tel, à être pendu, et ce, sur la déposition 
de deux témoins, qui déposoient avoir vu 
l'accusé tuer un homme, quelques années 
auparavant, de nuit et au clair de la lune, 
et en une telle heure. Son épouse s'avisa 
de lui conseiller de consulter quelque an- 
cien almanach. L ayant fait, il trouva qu'il 
n'y avoit point de lune dans le temps spé- 
cifié dans la déposition. On élargit l'ac- 
cusé, et les faux témoins furent mis en pri- 
son, et on ne sait ce qu'ils sont devenus. 
Le Couëteux, en reconnoissance, fit faire 
un beau calice, autour duquel il fit graver 
le fait en peu de mots, et en fit présent à 
la paroisse. » 

(Auteuil- Paris.) Jacob. 

Une belle phrase du « Grand 0£f. 0— On a 

• pu lire dans le Grand Off {Journal officiel 
de r Empire français) du 29 mai 1869 (His- 
toire des câbles transatlantiques par M . Er- 
nest Duplessis), cette phrase qui ferait 
croire que ledit journal est rédigé en au- 
vergnat : a II est permis d'espérer, non 



seulement que le câble français sera posé, 
— cela n'est pas douteux, — mais que 
l'entreprise s'accomplira sans aucun de 
ces accidents qui ont semé de tant de 
péripéties l'immersion des câbles anglais » 
i® Des accidents qui sèment! c'est bien 
fort I — 2® Des accidents qui sèment des 
péripéties ! c'est bien plus tort encore I — 
3<> Mais que dire d'accidents qui sèment 
des péripéties dans une immersion ???... 

T. DE L. 



Du prix des livres à la vente Pichon. 
— Il n'est pas sans intérêt de constater 
quel progrès énorme s'est accompli, en 
moins d'un siècle, dans la valeur de certains 
livres. La vente récente du baron J. Pi- 
chon offre à cet égard des faits curieux. On 
a vu passer dans ces brillantes enchères 
un certain nombre de volumes qui avaient 
fait partie de la bibliothèque de l'illusire 
président Auguste de Thou, et qui ont 
figuré, en 1784, à la dispersion de la col- 
lection du orince de Soubise, dans laquelle 
celle de de Thou était entrée tout entière. Je 
possède un exemplaire du catalogue Sou- 
bise avec les prix d'adjudication, et, sans 
prétendre choisir, je vais établir une com- 
paraison qui est assez digne de remarque. 
De la démonomanie, par Bodin, i582, 

.in-4®; 3 livres 12 sols. Soubise, n« 2733; 

— 3oo fr. Pichon, n» 229. 

LArt et Science de trouver les ^flujr,par 
J. Besson, 1569, in-40; 4I. 2 s. Soubise, 
n® 3225 ; — 190 fr. Pichon, n® 237. 

Le Cavalerice français, par Salomon de 
La Broue, 1602; 3 L Soubise, no392o; 

— 3o5 fr. Pichon, n» 288. 

Reliqua librorum Fred^rici II, i ^96, in-S; 
2 1.4 s. Soubise; — 200 fr. Pichon, n° 374. 
Libro di F. Giorgi, i568, in-S; 4I. 2s. 
Soubise, n® 3325; — 320 fr. Pichon, 
no 378. 
Œuvres de Ronsard, 1609, in-fol.; 10 1 
Soubise, n*> 4971 ; — 1 160 fr. Pichon, 
no 533. 
Premières Œuvres de Desportes, 1600, 
in-8 ; 3 1. 1 2 s. de Thou, n» 5 5o ; — 820 fr. 
Pichon, no 55o. 
Médée, Philanire, Agamemnon, 3 tragé- 
dies en un volume, 4 1. 5 s. Soubise, 
no 52 35, joint à un autre volume; — 
340 fr. Pichon, no 678. 
Histoire dun voyage fait au Brésil^ par 
J. de Lery, i585, in-8, 12 1. i s. Sou- 
bise; — 420 fr. Pichon, no* 860. 
Terminons avec éclat ces rapproche- 
ments dont nous pourrions citer dix autres 
exemples ; Les passages de oultremer du 
noble GodefroY de Bouillon, Paris, s. à. 
(vers 1 5 3o), n avaient pas dépassé 2 livres 
à la vente Soubise, no 6532, en dépit d'une 
belle reliure en maroquin; ils se sont élevés 
chez M. Pichon, n0 7io, à 7,000 fr. 



Paris. - Tfp. de Gh. H«|rueis, rue Cojas, IS. - 



.VofflérotlO. 



Chtrthes tt 

tOW trOfMMTtf. 




// M faut 
mtr'aider. 



iSjailL1869. 



€3ninmchïatte 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, U^OTES and QUERIES français.) 



401 c 



402 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

- Divers. 

Snr nn mot cité par le « Times. > — Le 

Times du 1 2 juin s'exprimait ainsi dans 
un article sur les troubles de Paris : a Quel- 
« qu'un a dit q^ue tout homme éclairé 
a avait deux patries, la sienne et la France, 
« et si Ton en juge par Tintérêt instinctif 
« que le monde accorde au moindre mou- 
« vement de cette nation et de sa capitale, 
« le mot n*a rien d*exagéré. » 

Qui donc a si bien rendu hommage à 
notre chère France? T. de L. 



^Ifn soufflet d'Alcil>îede< -^ « Le maître 
d'école qui n'avait pas un Homère dans 
sa classe recevait un soufflet d'Alcibiade.» 
(Littré, Hist, delà lang. franc, , tome II, 
366.) Que de soufflets Son Exe. M. Duruy 
aurait à donner, si... Mais je veux simple- 
nient demander dans quel auteur ancien 
M. Littré a puisé cette anecdote. 

F.-T. Blaisois. 



Quel est le nombre de lettres, de mots, 
P'il y a dans la Bible? — Plusieurs sa- 
vants, qui avaient sans doute beaucoup de 
loisirs et non moins de patience, se sont 
occupés, je crois, de recherches de ce 
genre. Je lis dans une note du Diction- 
naire des dates (vaste répertoire récem- 
ment publié en Allemagne, par M. Œttin- 
ger), que Jacques Christophe Iselin, mort 
à Bâle en 17^1, s'était livré à des recher- 




fois, et le nom deJéhovah 6,755. Maison 
ne nous dit pas sur quel texte ce Suisse 
laborieux s'était exercé ; est-ce sur le grec 
ou sur une version allemande? Pourrait- 
on signaler les résultats obtenus par d'au- 
tres chercheurs qui ont dirigé leurs efforts 
vers le même but? E. V. 



« Hic Rhodus, hic salta. » — Me permet- 
trez- vous d'employer l'intermédiaire de 
votre intéressante feuille, pour demander 
à quelqu'un de vos lecteurs, mieux rensei- 
gne que moi, d'où vient cette phrase la- 
tine que j'ai retrouvée dernièrement dans 
une correspondance hongroise, et que j'a- 
vais déjà entendue dans la bouche du poëte 
magyar Paul Jambor, alors exilé en France : 
a Htc Rhodus, hic salta. » Le sens n'est 
point douteux, mais la phrase est-elle tirée 
d'un auteur de l'antiquité ou appartient- 
elle au latin scolastique? 

Thalès Bernard. - 



Galands d'or. — Je lis dans le Roman 
bourgeois, ouvrage comique, par Antoine 
Furetière, la phrase suivante : « A cette 
« solennité se trouva un homme amphibie, 
M qui estoit le matin advocat et le soir 
« courtisan; il poftoir.le matin la robe au 
« Palais pour plaider ou pour écouter, et 
« le soir il portoit les grands canons et 
a les galands d'or, pour aller cajoler les 
« dames. » 

Un des lecteurs de V Intermédiaire ^om- 
rait-il me dire, au juste, ce que c'était q^ue 
ces galands d'or qui servaient à cajoler les 
dames I (Lucerne). Ë. J. 



Une devise latine. — Sur des tapisseries 
magnifiques, où les D, les A (deltas) et les 
croissants ont marqué le chiffre irréfra- 
gable et charmant de Diane de Poitiers, 
on trouve cette inscription : Sic immota 
MANET. — Non frustra Jupiter ambas. 

Ainsi partagée sur deux banderoles aux 
angles, elle semble former un hexamètre 
latm, — tiré peut-être de quelque auteur. 
Cette conjecture est-elle fondée? Quel est 
le sens net de ce vers, si c'en est un, et 
que signifie-t-il ici comme devise ? R. C. 



Les « cochons à l'engrais » dn prince 
Louis. — On a cité je ne sais où, il y a un 
certain temps, cette expression de cochons 
à V engrais y pour désigner ces pauvres 
monarques constitutionnels. Je la trouve 
dans une lettre, dont l'extrait ci-après fu t 

TOME v.— 14 



N« uo.] 



LINTKRMÉDIAIRE 



~ 4o3 



404 



imprimé dans le catalogue d'une vente d'au- 
tographes qui eut lieu à Paris, le 14 mai 
1 84 5 ,par le ministère de Com mendeur,com- 
missaire-priseur, assisté de l'expert Cha- 
ron. Les numéros 33 à 46 de ce catalogue, 
que j'ai sous les yeux, présentent autant 
de lots de pièces autographes relatifs à 
quatorze membres de la lamjille Bonaparte, 
depuis Napoléon !•% jusqu'à la princesse 
Pauline Borghèse. Voici le texte du 
n<»4i. 
41. BONAPARTE (dit le prince Louis), 

fils de Louis et d'Hortense, prisonnier 

au château de Ham. 
tt Trois lettres ou billets aut. signés de 

a son paraphe, à M. Lombard ; ensem- 

« ble, 5 pages in-8. 

a Dans la lettre du 5 octobre iSSg, il 
lui dit qu'autant qu'il aime à donner des 
éloges à M. Ch. Durand quand il se livre 
à son talent, autant il croît de son devoir 
de lui exprimer sa désapprobation quand 
il lit, dans un journal auquel il s'intéresse, 
des articles aussi inconvenants que celui 
qui y était inséré dans le nodu2 octobre... 
« Comment le Capitole, qui se fait l'or- 
a gane du napoléonisme et du système 
a impérial, va-t-il prêcher le système des 
a cochons à l'engrais !.. Comment souffre- 
« t-il un article qui traîne le journal dans 
a cette ornière des partisans de la consti- 
o tution anglaise, dont le grand principe 
o est cette guerre de synonymes : le roi 

« RÈGNE ET NE GOUVERNE PAS. Enfin 

a comment un journal qui se dit napoléo- 
« niste va-t-il dire que rarmée sert plutôt 
a à opprimer le peuple en temps de paix 
a qu'à le défendre en temps de guerre !... 
tt etc., etc. 9 

Je demande, sans commentaire, si Ton 
sait entre les mains de qui tomba cette cu- 
rieuse lettre et ce qu'elfe*est devenue ; qui 
est ce M. Lombard, à qui elle était adres- 
sée, et qui, ce M. Ch. Durand, dont il est 
question? Je désirerais aussi savoir où j'ai 
pu rencontrer précédemment cette figure 
des cochons à VengraiSy métaphore in- 
spirée sans doute par les cochons de l'An- 
gleterre, lesquels sont, comme chacun sait 
et comme k dit la chanson, les plus gros 
du monde. E. E. 



Complot? Coup d'EtatP. •— M. Boullée, 
ancien magistrat, auteur d'ouvrages dis- 
tingués, écrit à M. Jules Richard, duFi- 
ffaro (10 juillet), pour réclamer contre 
Fexpression de complot appliqué aux fa- 
meuses ordonnances royales de juillet 
i83o. L'habile écrivain du Figaro main- 
tient cette expression : à ses yeux, toute 
tentative sourdement tramée contre la 
liberté, qu'elle parte d'en haut ou d'en 
bas, doit être qualifiée câmvlot, 11 cite la 
définition de Littré : « Une résolution 
concertée secrètement, et le plus souvent 
dans un but coupable. » — Cette définition 



tt Nostras qui despicit artes. . . » — Un joli 

Eetit volume, dont les annonces de la li- 
rairie Cherbuliez, sur la couverture de 
V Intermédiaire (2 5 avril), m'ont appris la 
publication, est entre mes mains et je me 
félicite de l'avoir fait venir. C'est Rem- 
brandt et l'individualisme dans l'art) 
par A. Coquerel, in-12. 11 porte pour épi- 
graphe :... Nostras qui despicit artes. 
Barbarus est, — De qui cette citation, 
empruntée évidemment à quelque poète 
latin? — Je n'en saisis pas d'ailleurs l'ap- 
plication à Rembrandt ; qui donc serait 
assez barbare pour méconnaître le grand 
maître du clair-obscur? F^/si/m quis dicere 
solem Audeat?.,, Teniers lui-même ne 
rencontre plus de Louis XIV pour le traiter 
de magot I On le couvre de guinées, de 
florins, ou de napoléons. 
(Nîmes.) V. G. 

Nicodème, scolpteur. — Plusieurs églises 
d'Espagne renferment des sculptures, soit 
en bois, soit en- ivoire, attribuées à Nico- 
dème; je puis citer le SantoCristo de 



et cette application sont-elles justes? 
Avait-on déjà, dans l'histoire, qualifié de 
complots les ordonnances de Charles X? 

G. T. 



• Une venve qui se remarie... — n'étaii 

pas digne de l'être. » — Qui donc a for- 
mulé cet aphorisme si souvent justifié? 

C. 0. 



Entre la poire et le fromage. — Ne 
mange-t-on pas le fromage avant lapoire? 
Pourquoi cette interversion? Quelle est 
l'origine du dicton ? P. d'A. 



tt Obit anus, abit onus. » — Un philosophe 
allemand, Schopenhauer, logeait à Berlin 
dans un hôtel garni. Occupé un jour \ 
débrouiller quelque problème métaphysi- 
que, il se trouvait dérangé par des femmes 
qui causaient Hbruyamment en prenant du 
café dans l'antichambre. Il sort en colère, 
saisit une de ces femmes, et la pousse 
violemment; elle tombe et se casse le bras. 
Un procès s'ensuivit, et Schopenhauer 
fut condamné à payer une pension viagère 
à la pauvre femme qu'il avait ainsi mal- | 
traitée. 

Il paya vingt ans cette rente ; enfin la 
vieille femme mourut. En apprenant cette 
bonne nouvelle : Obit anus, abit onus! 
s'écria Schopenhauer avec soulagemenf. 
— C'était sans doute une citation feite à 
propos plutôt gu'un impromptu; mais où 
avait-il pris ce jeu de mots ! 

(Genève.) E.R. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[2Î> juill. 1869. 



— 4q5 



406 



Burgos, ceux de San Salvador à Valence 
et desanta Maria de la Almudena à Ma- 
drid, et encore le Christ d'ivoire conservé 
dans le trésor de la cathédrale d'Oviédo. 

Connaît-on l'origine de la tradition po- 
pulaire qui, du' disciple de Jésus-Christ, a 
fait un sculpteur ? Baron Ch. Daviluer. 



Portraits d* André Chenier. — Outre le 
portrait de Suvée, gravé en tête des œuvres 
du poète par Henriquel Dupont, en con- 
naît-on quelque autre de l'amant de Ca- 
mille? Il serait intéressant de le savoir, et 
je fais appel. sur ce point aux hommes de 
bonne volonté. Jacques D. 



Naissance de d'Âlembert. — M. Jal n'a 

pu trouver la date de la naissance de 
d'Alembert. Cependant cet auteur déclare 
avoir dépouillé, pour la rédaction de son 
Dictionnaire critique de Biographie et 
d'Histoire, tous les registres baptistaires 
des paroisses de Paris. Comment expli- 
quer ce résultat? D'Alçmbert ne serait-il 
cionc pas né à Paris, et l'histoire de Jean le 
Rond, recueilli par la vitrière, serait-elle 
un roman? C'est là un point qui semble 
mériter d'être éclairci, et je ne serais pas 
le seul à accueillir, avec satisfaction, la so- 
lution de ce problème historique. J. B. L. 



Une barbe d'or. — Choix de chroniques 
et mémoiresï sur l'histoire de France. Bu- 
chon, Panthéon littéraire : Chronique de 
Louis XI, par Jean de Troyes, p. 33o. 

Le corps de Charles le Téméraire est 
porté à Nancy, et étendu sur une table, 
habillé de toile, etc. : 

« Et ainsi habillé qu'il estoit, le vint 
« voir mondit seigneur de Lorraine, vestu 
« de deuil, et avoit une grand'barbe d'or 
« venant jusqu'à la ceinture, en significa- 
« tion des anciens preux et de la victoire 
« qu'il avoit s'ur lui eue. » 

Trouve -t-on d'autres exemples de ce 
cérémonial, et comment cette barbe d'or 
signifiait-elle les anciens preux? 

Ad. D. 



Un cartel à interpréter. — Même vo- 
lume que ci-dessus. Chronique de la Pu- 
celle, p. 416. 

Querelle du maréchal de Séverac et du 
seigneur d'Arpajon : 

« Et assez tost après, ledit seigneur de 
« Séverac envoya un poursuivant vers le- 
« dit d'Arpajon, avec lettres de defïiances 
« parties par a, b, c, c'est à scavoir qu'elles 
« estoient escriptes dessus et dessoubs 
« d'une feuille de papier, et au milieu es- 
« toient lesdites trois lettres parmi cou- 
« pées, contenants deôiances. » 



Comment faut-il entendre ce passage? 
L'éditeur promet des notes explicatives, 
mais on n'en trouve qu'un petit nombre, 
s'appliquant en général à des choses con- 
nues, à moins que, comme dans la note 
de la p. 481 du Procès de la Pucelle, il ne 
nous apprenne que YAvent est au mois de 
mars. Ad. D. 



Le R. P. des Robert (XVIII» siècle).— Je 

voudrais savoir où l'on pourrait trouver la 
compilation des voyages de l'abbé de la 
Porte, dont parle, à l'article du P. des 
Robert, la Biographie universelle de Mi- 
chaud. Sur ce Père, je pourrai donner 
quelques détails, si l'on en désirait, possé- 
dant quelques-unes de ses lettres et une 
notice manuscrite sur sa vie, par un de ses 
confrères de Chine. D. R. 



Familles Lacoste. — J'aimerais savoir 
si à Montauban, ou dans le voisinage de 
cette ville, demeurent des familles La- 
coste, et quelles sont leurs armoiries. Je 
demande aussi, si c'est possible, des ren- 
seignements généalogiques. 

(Amsterdam.) J. G. de G. J. Jr. 



L'amendement de Riancey. — Quel 

est cet amendement de Riancey dont 
parle Gérard de Nerval dans les Filles 
du feu, et qui paraît relatif à l'interdic- 
tion du roman-feuilleton dans certains 
journaux? A quelle époque a-t-il été pré- 
senté ? L. G. 



D'un livre qni était sur la table, dans le 
cabinet de CMitberine de Médicis, en l'hô- 
tel de la reine ? — Dans le cabinet qui ser- 
vait à la reine- m ère pour ses études et ses 
audiences, en Vhôtel dit alors de la reine, 
à Paris, et qui plus tard fut l'hôtel de Sois- 
sons, se trouvait encore sur sa table, le 
2 1 juillet 1 589 (cinq mois et vingt-cinq jours 
après sa mort), « un livre couvert de cuir 
de Levant doré, où sont les pourtraicts[ de 
divers plantsf de bastimens. » Il y en avait, 
du reste, deux autres: l'un couvert de cuir 
rouge, écrit à la main sur vélin, « les Abus 
du Monde^ » et l'autre, couvert de même, 
« les Prophéties des Sibilles, » Aurai^ie le 
bonheur de rencontrer quelque vaillant 
curieux qui me pourra renseigner sur le 
sort du a livre couvert de cuir de Levant 
doré, où sont les pourtraictsf de divers 
plant^ de bastimens? » Existe-t-il encore, 
l'a- t-on vu passer dans les catalogues? 
Quel en était l'auteur? J'ai hâte d'ajouter 
que ces volumes ne faisaient pas partie de 
la bibliothèque proprement dite de la reine- 
mère, laquelle, dès cette épocjue, était aux 
mains du sieur de Bellebrancne, conseiller 
et premier aumônier de la feue dame, et 



N- no.] 



L'INTERMEDIAIRE 



407 



408 



avait été transportée en son logis de la rue 
Plâtrière, quelques mois avant que la cour 
quittât Paris pour se rendre aux Etats, à 
Blois. Armand Baschet. 



Bibliotbèqae uniTenella des Dames. — 

Cette collection parut de 1783 à 1793, à 
Paris, d'abord, rue d'Anjou-Dauphine, et 
ensuite rue et hôtel Serpente^ chez le li- 
braire Cuchet, en i56 vol. m- 18, selon 
Brunet, lesquels se distribuent comme 
suit dans l'exemplaire que j'ai sous les 
yeux : 

I" classe. — Voyages, 20 vol., plus 2 vol. 
atlas, qui font partie nécessaire de la collec- 
tion, quoi qu'en dise Brunet. 

2« classe. — Histoire, 3o vol. 

3« classe. — Mélanges, x 5 vol. 

t« classe. — Théâtre, 1 3 vol. 
« classe. — Romans, 24 vol. 

6« classe. — Morale, 1 7 vol. 

7« classe. — Mathématiques, 9 vol. 

8*> classe, comprenant : i^ Astronomie, 
I vol. — 20 Physique, 5 vol. 

9« classe, comprenant : i» Chimie, 2 vol. 
— 2» JPhysiaue de la femme, par M. Rous- 
sel, 2 vol.— à® Botanique, 2 vol.— 4® Eco- 
nomie rurale, 6 vol. 

10* classe. — Médecine domestique, 

3 vol. 

Il* classe. — Musique, 2 vol. 

J'ai lieu de supposer qu'il manque à mon 
exemplaire : i® un 6« volume de physi- 

3[ue, et 2^ dans la 9* classe, une Physique 
e rhommey par M. Roussel, 2 vol. 
La description insuffisante, et en partie 
inexacte, donnée par Brunet, ne me per- 
met pas de m'en assurer, et m'oblige de 
recourir à l'Intermédiaire. 

Un collectionneur de peTits formats. 



Une fille des Bourbons. — J'ai depuis 
quelque temps deux vol. in-12, intitulés: 
a Mémoires historiques de Stéphanie - 
« Louise de Bourbon-Conti, écrits par elle- 
« même. A Paris, chez l'auteur, rue Cas- 
a sette, n*» 914 (sic.) floréal an IV. » Dans 
ces mémoires, Stéphanie, avec la phraséo- 
logie et les prosopopées familières à cette 
époque, raconte ses infortunes et réclame 
du Directoire le traitement dû à une Bour- 
bon, Il serait trop long de donner même 
un résumé de ce récit. Voici seulement 
quelques détails qui permettront de préci- 
ser la question. 

Née à la fin de 1762, Stéphanie- Louise se 
dit fille naturelle de Louis-François de Bour- 
bon-Conti et de la duchesse de Mazarin. A 
sa naissance son père lui donne le titre de 
comtesse de Mont-Cair-Zain, anagramme 
qui réunit les noms du prince et de la 
auchesse, et, avec l'autorisation expresse 
de Louis XV, lui fait porter le cordon 
bleu. Sa maison est montée sur un pied 



digne de son origine, et son éducation est 
confiée à J.-J. Roussea^. 

Présentée au roi, elle va être légitimée. 
Mais la duchesse de Mazarin, craignant un 
éclat qui peut la compromettre, mit enle- 
ver Stéphanie par une femme Delorme 
qui remmène en Franche-Comté et donne 
au prince de Conti la fausse nouvelle de 
sa mort. Le récit des persécutions dont 
elle est l'objet à partir de cette époque, 
occupe presque un volume. 

Stéphanie parvient à revenir à Paris où 
commencent ses démêlés avec son frère le 
prince de Conti (celui mort en 1814), le- 
quel refuse de la reconnaître. Elle est pro- 
tégée cependant par le duc d'Orléans (Ph. 
Egalité), par la reine, par Louis XVI, et 
surtout par Madame Elisabeth. Le roi lui 
accorde une pension de 37,000 livres et lui 

{)romet la surintendance de la maison de 
a reine. Mais ce changement de situation 
coïncide avec les événements autrement 
importants de la Révolution. Ses protec- 
teurs disparaissent, et Stéphanie tombe de 
nouveau dans la misère. 

A la suite de démarches incessantes, 
elle fait reconnaître ses titres par la Con- 
vention, par le Directoire, et obtient une 
pension ae 2,400 livres qui lui est payée 
' en assignats perdant 90 pour cent. 

C'est alors (1798) qu'elle demande une 
partie des biens rendus aux Bourbons et 
qu'elle publie ces mémoires, appuyés d'uû 
grand nombre de pièces justincatives si- 
gnées de Louis XV, des princes de Conti, 
d'Orléans, etc., de Carnot, Ramel, etc., etc. 

D'autre part dans l'ouvrage allemand: 
a Personnages énigmatiques « de Frédéric 
Bulau, traduit par W. Duckett (Poulet- 
Malassis, 1861, tome I, pages i à 145), il 
est question d'un Français et d'une Fran- 
çaise qui vinrent, en i8o3, à Ingelfîngen 
(Wurtemberg) et, après différentes péri- 
péties, s'établirent en 18 10 au château 
d'Eishausen où ils restèrent jusqu'à leur 
mort arrivée pour la dernière en 1837, et 
pour l'autre en 1845. Pendant cette période, 
ils menèrent tous deux l'existence la plus 
mystérieuse. . 

Bulau expose et commente les diverses 
conjectures auxquelles donnent lieu ces 
deux personnages dont le vrai nom est 
encore inconnu et qui excitèrent à un haut 
degré la curiosité publique. 

Dans une des hypothèses produites^ 
cette Française serait une princesse de la 
maison de Condé, opinion qui se justî* 
fierait par le type bourbonien qu'offrait 
l'inconnue, par la marque de son linge 
représentant des fleurs de lis, par la pos- 
session et l'usage d'un cachet aux armes 
des Bourbons, etc. Il est à remarquer à 
ce sujet que Stéphanie- Louise parle fré- 
quemment de son cachet aux mêmes armes, 
qu'elle employait pour sa correspondance. 
En résumé, les mémoires de Stéphanie- 
Louise doivent-ils être pris au sérieux ou ne 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juill. 1869. 



409 



— 410 



sont*iIs qu'un roman fait à plaisir? Enfin 
peut- il y avoir quelque relation entre cette 
fille des Condés et Tinconnue d'Eishausen ? 
— en supposant, par exemple, que fatigué 
des réclamations dont il était l'objet, et 
dont le succès pouvait amener de désagréa- 
bles revendications , le prince de Conti 
ait trouvé, vers 1800 ou 1802, le moyen 
de faire disparaître une fois de plus et 
définitivemeni, une parente quelque peu 
gênante? G. R. 

Date de la mort de Jean Cousin.— Cette 
date est encore à découvrir. Les biogra- 
phes ne sont pas d'accord sur ce point, 
car les uns font mourir ce célèbre -artiste 
en i58o ou 1584; les autres, en 1589 ou 
1590, quelques-uns même, après 1600. 

D. M. 



ïiépomeB. 

Généalogie de Philippe de Gommynes 

(111, 741). — Un roi d'Espagne, issu de 
Philippe de Commynes, avant 1747, ne 
peut être que Louis !«», fîls de Philippe V 
et de U)uise-Gabrielle de Savoie, née elle- 
même de Victor- Amédée II et d'Anne- 
Marie d'Orlé ans, mariage n° 9 de la généa- 
logie incluse dans la question. Quant au 
Portugal, il est sans doute question des deux 
fils de Jean HV, Alphonse VI et Pierre IJ, 
qui, s'ils ne descendaient pas eux-mêmes 
de Commyn es, du moins épousèrent, l'un 
après l'autre , sa descendante Marie- Fran- 
çoise-Elisabeth de Savoie-Nemours (née 
du mariage n° 7). Du reste, mes restric- 
tions ne sont applicables qu'à la généalo- 
gie de 1747. Aujourd'hui, les maisons d' Es- 
pagne, de Portugal et de Brésil sortent 
pleinement de l'historien de Louis XI, par 
la fille aînée de Louis XV, mère de Ma- 
rie-Louise de Parme, qui épousa le roi 
d'Espagne Charles IV, et dont la fille Char- 
lotte- Joachime, reine de Portugal, a été la 
mère de Don Pedro et de Don Miguel. Je 
ne pense pas gue la descendance de Com- 
mynes soit aujourd'hui sur le trône d'Italie; 
mais, jusqu'en i83i, elle a occupé ce- 
lui de Sardaigne, et n'eussent été les Bruns- 
wick- Hanovre, elle se fût égalwnent as- 
sise sur le trône d'Angleterre. En effet, 
lorsque la mort du cardinal d'York (1807) 
est venue éteindre la descendance mâle de 
Charles I®', la couronne britannique, gue 
les Stuarts tenaient de successions fémini- 
nes, aurait également suivi la succession < 
féminine, et serait échue aux rois de Sar- 
daigne, représentants de Charles l" par 
la célèbre duchesse Henriette d'Orléans et 
sa fille Marie-Anne (mariage n® 9). Puis, 
après le décès de Charles- Félix, elle serait 
passée aux enfants de ses sœurs. La com- 
tesse d'Artois en était une; mais j'ignore 
si elle était l'aînée, au moins de celles qui 



ont laissé postérhé. Il serait pourtant cu- 
rieux qtie le droit divin d'Angleterre fût 
venu rejoindre celui de France sur la tête 
d'un exilé ! 

L'éditeur regrette que cette brillante 
généalogie comprenne aussi le mari de la 
duchesse d'Etamp^es. Mais est-il sûr que 
cette alliance quasi royale eût fort effarou- 
ché Commynes, lui qui a épousé la sœur 
de cette belle Monsoreau, maîtresse du 
duc de Guyenne, et empoisonnée avec lui ? 
Plus tard, César de Vendôme (mariage 
n* 6), fils de Gabrielle d'Estrées, mêlera à 
notre généalogie le sang de ces fringantes 
Babou de la Ëourdaisière, qui ont acquis 
à leur maison la renommée d'être la plus 
galante de toute la noblesse fi^ancaise, à 
laquelle, il est vrai, je crois Qu'elle n'ap- 
partenait que peu, et sous bénéfice de non- 
inventaire. A son tour, Charles de Savoie 
(mariage n® 7), descendant d'Alexandre VI 
par la maison d'Esté, apportera pour son 
contingent les noms des Lippa Ariosta, 
des Rosa Vanoza, des Lucrezia Borgia. 
Est-ce que celui d'Anne de Pisseleu, ou 
même de son mari, est réellement démacé 
en semblable compagnie? O.U. 



Pins souYontl (V, 3i.) — Cette excla- 
mation est toujours employée, par les amis 
de la langue verte, dans un sens de déné- 
gation, — de refus, — de défi. Elle est sy- 
nonyme de : Ah bien oui! ■— Ah! que 
non ! — Jamais î — Je n'en crois rien ! — 
On la trouve dans Gavarni : « — Ma 
sainte te ressemble, n'est-ce pas, Nini? — 
Plus souvent , que j'ai un air chose comme 
ça ! » 

Dans la parodie : les Petites DancCides : 
« J'ai entendu un... plus souvent ! » 

Et dans les Fables de Théophile Du- 
chapt, conseiller à la cour de Bourges : 

Lui présenter ma main à baiser.^ Plus souvent! 
Je crains trop son venin pour risquer l'impru- 
De faire avec lui connaissance. [dence 
{L'Homme et l'Anguille, L. III, f. 9.) 

Ulr. 

tt Les délassements dn père Gérard » (V, 
59) et les « Contes de ma mère TOye » (V, 

114). — Le jeu de l'oie, renouvelé des 
Grecs, a servi de type à plusieurs jeux de 
circonstance. J'ai trouve tout récemment 
un bouquin dont voici le titre : Essay du 
nouveau jeu de ma mère VOye ou les En- 
luminures du jeu de la Constitution, (Il 
s'agi t de la Cow5ri7M//on Unigenitus,) Nou- 
velle édition, MDCCXXIII, in-12. 

Ces enluminures paraissent être une 
imitation d'un ouvrage de Louis- Isaac Le- 
maistre de Sacy, janséniste fameux, inti- 
tulé : les Enluminures du fameux aima- 
nach des jésuites, intitulé : la Déroute et 
la Confusion des jansénistes. Paris, 1654, 
in-8. 



N« iioj 



L'INTERMÉDIAIRE 



411 



41» 



D'après la description du jeu de la Con- 
stitution qui précède les enluminures, ce 
n'était qu'une reproduction du jeu ancien. 
Seulement, au lieu du jardin de Toie, il y 
a la case du schisme, celle de la tour de 
Babel, celle de la mort de Clément XI et 
celle du concile, où Ton gagnait tout en y 
arrivant. 

A la description en prose succèdent les 
règles du jeu en quatorze strophes de huit 
vers, qui se chantaient sur Tair : le Branle 
de Metz, Vient ensuite une lettre de l'au- 
teur (lequel garde l'anonyme) à Ma- 
dame D***, qu^l feint lui avoir donné Ti- 
dée de son livre. Cette lettre n'est pas 
paginée. Enfin arrivent les enluminures, 
au nombre de dix-huit, en vers de huit syl- 
labes. Ce sont de violentes satires contre 
les jésuites, la Constitution Unigenitus, le 
pape Clément XI et lesévêquesqui avaient 
fini par la souscrire de guerre lasse, ou, 
suivant le satirique, par une insigne lâ- 
cheté, pour plaire à Louis XÏV. 

Le titre de ce nouveau conte de ma 
mère l'Oie est expliqué par l'assertion, ou 
plutôt la prédiction de l'auteur aue la 
Constitution sera un jour un conte ae ma 
mère l'Oie. 

Et la bulle pour nos neveux 
Ne sera, s'il faut qu'on l'en croie, 
Qu'un Conte de ma mère l'Oye. 
Ce jeu, par ses arrangemens, 
Par ses loix, par ses mouvemens, 
Fera voir aux races futures 
Les romanesques aventures 
Qu'eut chez nous le Décret Romain. 

J'ignore, et je voudrais bien savoir Si, 
en effet, le jeu de la Constitution a existé 
ou n'a été qu'un prétexte aux enluminu- 
res. Pourrait-on aussi me donner le nom 
de l'auteur? E. G. P. 



Quelques vers à contrôler (V, 146). — 
Je croyais que la tragédie du vicomte d'Ar- 
lincourt n'avait pas été imprimée ; c'était 
une erreur: elle a été publiée en 1826 par 
A. Leroux et Constant Chantpie. Je viens 
d'en retrouver un exemplaire sur les quais. 
Je croyais encore qu'elle avait eu une 
seule et unique représentation (8 avril 
1826); elle a été jouée plusieurs fois. J'ai 
eu le courage de lire cette pièce, et je n'y 
ai rencontré aucun des vers en question ; 
ils peuvent très-bien avoir été supprimés 
à l'impression. Toutefois, un avant-propos 
soutient que l'ouvrage est livré au public 
conforme à la première représentation, 
sans le moindre changement , et il cite \ts 
vers dont les journaux ont accusé le noble 
vicomte, en affirmant qu'ils n'ont jamais 
existé que dans Timagmation des criti- 
ques. De quel côté est la vérité ? A l'occa- 1 
sion de l'hémistiche : On l'appelle à ré^ j 
gner, l'éditeur prétend que c'est un vieux 1 



jeu de mots fisiit sur un vers du grand Cor- 
neille : 

Et c'est ne régner pas qu'être deux à régner. 

Z.A. 



Inscription énigmatique (V, 242). ~ 
L'Egypte, cette terre classique des sphinx, 
na peut-être jamais défié la sagacité de 
l'esprit humain par un cartouche d'une 
plus haute moralité que celui qui, après 
avoir longtemps appartenu au château de 
Chantilly, est en ce moment inscrit, sous 
le n® 218, au musée de Beauvais. L'in- 
scription gravée sur le marbre blanc de no- 
tre cartouche, de forme ovale, compte jus- 
qu'à XIX lignes latines, chacune desquel- 
les présente une importance proportionnée 
à la difficulté qu'elle recèle plus ou moins 
La première ligne comprend trois mots, 
qui sont l'un le prénom, l'autre le nom de 
famille, a gentile nomen, » et le troisième 
le surnom d'un personnage qui n'est pas 
de notre sexe. Cette femme, d'une des ra- 
ces les plus nobles de Rome, puisqu'elle 
descena de Lamia, chanté par Horace [àt 
jEHo Lamia, Od., I, 16), est dans son pré- 
nom iËlia, c'est-à-dire autochtone, indi- 
gène, indigena, autrement inde-genita, 
issue du sol lui-même, à l'égal de ces Athé- 
niennes qui, aux solennités de la patrie, 
ornaient leur chevelure d'une cigale d'or. 
^lia a pour nom de famille son prénom 
même, augmenté de la liquide L, et pris 
dans le même sens exactement : « Ls- 
lia. » Ce Laelia dérive du grec BABEAIOÎ, 
poétique synonyme de HAI02, AAIOS, 

AEAIOZ, soleil. Donc, iElia, dont le mas- 
culin est iELIU S, rappelle C A lA ou GM A, 
qui est le féminin de CAIUS ou GAIUS. 
Or, Soleil est à iElia comme Terre, de FH 
ou FAIAy est lui-même à GAI A. De la 
sorte, iElia signifie a enfant du soleil » qui 
nous éclaire, et GAIA, « enfant delà terre 
qui nous porte. » Puis, comme iElia a les 
cheveux msés ou crépus, j'ai failli dire 
crispés, elle prend pour surnom « CRIS- 
PIS, » dont la désinence (IS, IDOS) ac- 
cuse un mot forgé à la grecque. Car en 
latin pur nous aurions CRISPA , CRISPEE, 
au lieu de CRISPIS, CRISPl DOS. Mais 
c'est par erreur qu'une double baguette, 
appelée par les Romains VI RGU LA, di- 
minutif de VIRGA, coupe en trois tron- 
çons le prénom, le nom et le surnom de la 
seule et même iElia, L^Elia, Crispis. 

Notre iElia n'est ni homme, m femme, 
ni androgyne ou hermaphrodite, ni ba- 
chelette ; d autres disent ni fillette, ni jeune, 
ni vieille, ni chaste, ni courtisane, ni pu- 
dique, mais tout cela ensemble. Elle n'a été 
enlevée ni par la faim, ni par le fer, ni par 
le poison, mais par tous les trois. Et eJie 
ne gît ni au ciel, ni sur les eaux, ni sur 
terre, mais partout. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juin. 1869. 



4i3 



414 



Avant que d'aborder la seconde partie 
de ce long et savant logogriphe, dans la- 
quelle un homme, cette fois, occupe la 
place d'iElia, il n'est pas sans intérêt de 
noter que MULIER, d'où Titalien « mo- 
glie, » et MILES, ont tous deux pour ra- 
cine, en grec, un mot qui signifie « moudre, » 
jjLuXXo). C'est que pétrir, faire le pain était 
jadis, aussi bien sous la tente qu'en mé- 
nage, une étroite obligation pour l'un et 
l'autre sexe, témoin, dans Virgile, l'anec- 
dotique et intraduisible expression a AR- 
MATO-MILITE. » On nous offre donc 
jusqu'ici : Un homme bon ou brave, « Aga- 
the; » sorti du sein de sa mère au point du 
jour, « Lucius; » coifïé de cheveux bou- 
clés, « Crispus : » au total, a Lucius Aga- 
tho Crispus. » 

11 n'est ni mari, ni amant, ni intime 
ami ou familier, mais il est tout cela à la 
fois. Sans être triste ni gai, sans rire ni 
pleurer, il fait l'un et l'autre. Ce funèbre 
monument, qui n'est ni colonne, ni pyra- 
mide, ni sépulcre, il sait et il ne sait pas 
à qui il l'a érigé. C'est ici un sépulcre sans 
cadavre au dedans (de lui); c'est ici un ca- 
davre sans sépulcre au dehors (de lui]. 
Mais sépulcre, mais cadavre est à soi-même 
l'un et 1 autre ensemble. 

Maintenant que le texte de cette prodi- 
gieuse allégorie est suffisamment élucidé, 
il est temps de montrer le sublime ensei- 
gnement caché sous le plus fin et le plus 
ingénieux des tissus. iElia et Aeathon sont 
l'un et l'autre plus d'une fois des symbo- 
les. En effet, dans la première s'incarne, 
pour ainsi dire, toute la postérité d'Eve, 
comme dans Agathon toute celle d'Adam, 
de sorte qu'ils représentent, à eux seuls, 
l'humanité tout entière. En second lieu, 
-^lia et Agathon ne sont plus ni femme 
ni homme: ils sont aujourd'hui une sub- 
stance immortelle, immatérielle, n'ayant 
pas plus de sexe que de molécules, sans 
âge comme sans lieu déterminé; en un 
mot, iElia est une âme, Agathon un es- 
prit. C'est donc, de part et d'autre, la vie 
humaine symbolisée. Mais symbolisée par 
quoi et comment? L'être, d'un jour, ce 
cosmos si frêle et si agité, ne pouvait être 
mieux figuré que par un ver, un ver de 
terre, à condition que ce ver fût un em- 
blème de résurrection et dès lors d'immor- 
talité. A l'égal de nous, qui nous nour- 
rissons d'espoir et nous abreuvons de 
pleurs, qui nojus rongeons le cœur, nous 
repaissons de chimères et nous revêtons 
d'orgueil, de fierté, de vanité, le ver tire 
de sa propre substance, de ses entrailles 
elles-mêmes, son aliment, son breuvage et 
son vêtement. Puis, quand une fois il s'est 
entièrement entouré petit à petit d'une co- 
que, son cocon, autrement d'une fève 
soyeuse, il se meurt; il meurt en dépouil- 
lant cette épaisse tunique. Je me trompe, 
il en sort comme d'un tombeau; il prend 



des ailes, et alors notre ver se fait volatile 
doré, j'entends parla brillant; bref, il de- 
vient chrysalide. Ce vocable est composé 
du grec XPTSOS, OT, et du latin A LA, 
ailé, mais ALA terminé à la grecgue, en 
IS, ipOS, comme plus haut Crispidos, 
Crispis. Donc, la chrysalide est le symbole 
de 1 âme, de l'âme qui, n'ayant pas de 
sexe, est aussi bien Agathon que ^lia. 
Ainsi, j'aime à le répéter, un papillon, 
voilà l'image de notre âme. Mais c'est peu 
que l'âme ne soit ni homme, ni femme, 
ni l'un et l'autre ensemble : nec vir nec 
mulier, nec androgyna. Elle n'a point 
d'âge non plus : elle n'est nec puella, nec 
juvenis, nec anus. J'ose même ajouter que, 
nullement concrète et ne tombant sous au- 
cun de nos sens, quoique agrégée étroite- 
ment au corps, elle n'est tout à fait ni ex- 
clusivement chaste, ni le contraire, mais 
l'un et l'autre à la fois et jusqu'à un cer- 
tain point. Placée dans une prison de 
boue, elle ne « DÉCÈDE » précisément ni 
par la faim, ni par le fer, ni par le poison ; 
mais devant tous les trois ensemble, elle 
fuit, elle* S'ENFUIT » loin des membres 
qu'elle était chargée de vivifier. Si l'âme 
se refuse à être localisée en nous, et qu'il 
nous faille dire d'elle qu'elle est présente, 
et non pas installée, enclavée, il n'est pas 
étonnant que iElia, après son a décès » ou 
sa sortie de l'enveloppe périssable (j'ap- 
pelle ainsi le squelette , ce spectre com- 
munément connu sous le nom ae LARVE), 
ne languisse ni au ciel) ni- sur les eaux, ni 
sur la terre. Pour le redire, iElia et Aga- 
thon sont une double chenille, ou cate- 
nille de CATENA, chaîne, en raison des 
anneaux qui zèbrent la circulaire gaîne de 
l'insecte rampant. De là, sans doute, CRIS- 
PIS et CRISPUS, surnoms par lesquels il 
est fait allusion aux nombreuses zones de 
la robe d'un ver destiné à devenir bientôt 
PAPILLON. 

Agathon, c'est-à-dire toute la moitié 
masculine du genre humain, n'est exclusi- 
vement ni mari, ni amant, ni intime ami, 
mais il est à la fois tout cela plus ou 
moins. Il ne pleure ni ne rit exclusivement, 
mais tour à tour il fait l'un et l'autre à un 
certain degré. Son corps, j'allais dire son 
COCON, son corps, qui n'est ni colonne, 
ni pyramide, ni tombeau, mais plus ou 
moins tout cela, il sait et il ne sait pas 
pour qui, pour qui des deux, Dieu ou le 
diable,, le paradis ou l'enfer, il l'a entre- 
tenu et fait croître, autrement, ÉRIGÉ. 
Quand, à l'heure de la mort, l'homme dé- 
pouille son corps , celui-ci est un tom- 
beau, et le défunt, le souffle inextinguible, 
retourne au ciel : le tombeau reste donc 
sans cadavre : Sepulcrum non habens ca- 
daver intus, A son tour, le cadavre, notre 
spectre ou fantôme, notre ombre, qui ne 
doit pas mourir, notre AME est comme 
son tombeau, son suaire ou cercueil à elle- 



N* iio.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



4i5 



416 



même, dès qu'elle s'est échappée de sa 
geôle éphémère. A un certain moment, 
c'est à savoir pendant cette existence ter- 
restre, nous sommes tout ensemble, et vis- 
à-vis de nous-mêmes, ce qu'un tombeau 
est à regard d'un cadavre, un cadavre par 
rapport à un tombeau. Oui, par le corps, 
nous portons autour de nous notre sé- 
pulcre, qui lui-même, dans la personne de 
l'esprit, son hôte fugitif, emprisonne son 
cadavre au dedans du sépulcre. 

Ainsi fait la chenille avant que de se 
transformer en chrysalide ou papillon. Le 
ver tisse et porte à ses flancs sa propre 
bière, et cette bière elle-même contient 
un cadavre. Celui-ci se métamorphose 
bientôt en cette fleur animée ailée qui prend 
son essor, et va nageant dans les ondoyan- 
tes plaines de l'air au moyen de deux peti- 
tes rames éclatantes d'azur, de pourpre et 
d'or. 

Quand la langue de Rome revêt ainsi 
des charmes de 1 imagination l'une des plus 
consolantes vérités de la philosophie chré- 
tienne, excellemment spiritualiste, il est 
tout naturel que, à Chantilly, les Condé, 
les Bossuet aient pris plaisir à mettre de 
temps en temps sous leurs yeux, à déchif- 
frer, à méditer surtout l'insigne épigramme 
qu'il est aujourd'hui donné à tous et à cha- 
cun d'étudier, avec plus d'à-propos que 
jamais, au musée de Beauvais. 

(Grenoble.) J. P. 

Les affaires, c'est l'argent des antres 

(V, 291). — Il est établi pour tous les lec- 
teurs de V Intermédiaire au'à M. Alex. 
Dumas flls, pas plus qu'à Madame de Gi- 
rardin, ni au comte de Montrond, ni à 
M. Alph. Karr, ne revient l'honneur de 
cette définition. Selon M. Ed. Foumier, 
elle appartiendrait en propre à Béroalde de 
Vervilfe. N'en déplaise à ce consciencieux 
érudit, il n'a pas oit sur ce mot le dernier 
mot. Je lis en eflet dans Senèque (De ira, 
lib. 11^ c. 8); a Nuîli nisi ex alterius 
« damno .qucestus est. » Traduction libre 
mais exacte : a Les affaires, c'est V argent 



« des autres. » 



Joc'h d'Indret. 



-• Toutes ces définitions a argent des 
autres, bien d'autrui, » n'auraient-elles pas 
leur source dans le « œs alienum des La- 
tins? » Combien y a-t-il de gens qui font 
leurs affaires en gSLvdant l'argent d'autrui; 
« ^s alienum habentes », comme dit Ci- 
céron! F.-T. Blaisois. 



Ponrqnoi le concile de Trente fïit-il 
transféré à Bologne? TV, 291.) — Je crains 
fort que la cause attribuée par F.-V. Ras- 
pail à la translation du concile de Trente, 
ne soit l'une de ces imputations satiriques 
qui courent les livres sans qu'on puisse 
remonter à la source. Fra Paolo Sarpi 



(Histoire du concile de Trente^ traduite 
par Amelot de la Houssaye. Amsterdam, 
J. Blaeuy 1699, p. 240 et suiv.;, ne fait 
aucune allusion précise à la maladie hon- 
teuse dont il est question. Il raconte que 
le pape, craignant que l'empereur, en de- 
venant maître absolu de rAlIemagne* ne 
se servît du concile pour opprimer le pon- 
tificat, désirait s'assurer du concile à quel- 
que prix que ce fût. Il envoya un agent à 
Trente dans ce but. « Il y avait, dit Sarpi, 
o beaucoup de domestiques des évêques 
a que les débauches du carnaval ou l'in- 
a tempérie de Fair, avoient rendu ma- 
« lades. > L'agent du pape fit demander 
aux médecins si ces maladies ne seraient 




épidémie se répanc 

mort, la panique se mit dans Trente er 
les environs; les prélats tinrent bon et con- 
tinuèrent leurs réunions. L'agent du pape 
fit alors dresser un procès-verbal sur la 
contagion par le procureur du concile, puis 
consulter les médecins, et entre autres 
Fracastor. Puis on apprit que les localités 
voisines, effrayées, voulaient rompre tous 
rapports avec Trente ; alors le désarroi se 
mit parmi les prélats. Chacun craignait de 
rester prisonnier dans la ville infectée, 
avec la famine pour perspective. Malgré 
quelques résistances, la translation à Bo- 
logne fut décidée par 35 évêques et 3 gé- 
néraux et re jetée par un cardinal et 17 
prélats. 

Amelot de la Houssaye^ dans les notes, 
dit que la maladie dont il s'agit était le 
pourpre. Fracastor, dans son poème de la 
syphilis, ne fait aucune allusion à l'événe- 
ment qui nous occupe. Il est probable que 
sa présence à Trente, rapprochée de la 
connaissance de son poëme, aura donné 
occasion à Quelque mauvais plaisant d'en 
conclure qu il assistait les pères du concile 
en qualité de médecin spécialiste, comme 
pourrait le faire telle célébrité médicale de 
ta faculté de médecine de Paris. Mais, à 
cette époque, les médecins n'avaient pas 
encore eu l'idée de s'attacher à l*étude 
spéciale d'une maladie ; leur science était 
presque universelle. Fracastor, en parti- 
culier, cultivait, outre la médecine, les 
mathématiques, l'astronomie, l'astrologie 
et la poésie. (Le Havre.) V. T. 

Calendriers nouyeanx (V, 298). — La 
curieuse observation de M. Paol Sarpi est 
fort exacte. Tout au plus pourrait-on 
objecter que si Boccace ne dit nulle part 
que Ricciardo soit vieux, on peut le pré- 
sumer à la manière dont il insiste sur la 
jeunesse de Bartolomea. Antoine Le Maçon 
le traducteur estimé du XV I« siècle (mais 
naturellement M. Sarpi ne lit il Decame- 
roue que dans l'original) a si bien tirécette 
conclusion, qu'au titre donné par Tori- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juill. i86g. 



— 417 - 



418 



ginal, il ajoute cet argument: « Qui reprend 
plaisamment quelques vieillards qui se 
veulent marier en plus jeune lieu qu ils ne 
deuroient, sans considérer ce qui leur peut 
advenir. » On pourrait supposer que c'est 
cet argument de Le Maçon qui a fourni à 
La Fontaine le titre de Calendrier des 
Vieillards, et, en allant plus loin, que 
c'était dans cette traduction et non dans 
l'original que notre fabuliste lisait Boc- 
cace. O. D. 

Verdor, yisitenr général (V, 3i i). ■— Ce 
n'est pas verdor^ mais veedor qu'il faut 
lire. Verdor, qui signifie en espagnol ver- 
deur, couleur verte, n'aurait pas de sens 
ici, tandis que veedor (du verbe ver), si- 
gnifie littéralement celui qui Yoix, visiteur, 
ou mieux inspecteur. Ce mot s'appliquait 
indistinctement aux fonctionnaires civils 
ou militaires. Le mot visiteur général 
n'est que la traduction de visitaaor, au- 
trefois employé comme synonyme de 
veedor. Baron Ch. Davillier. 



^ Sapplément aux éditions de Mnsset (V, 

3i3). — Le supplément annoncé dans la 
Petite Revue à-M 6 octobre 1866, a paru 
en 1867 a Paris, chez Pincebourde, rue Ri- 
chelieu, 78. Il est effectivement imprimé 
sur le même papier, avec les mêmes ca- 
ractères et le même format que l'édition 
^ht de souscription. Comme il rectifie 
quelques erreurs et rétablit plusieurs omis- 
sions commises par M. Paul de Musset, 
ce supplément est vraiment curieux à 
joindre à Té diiion de Charpentier. 

La librairie Pincebourde est aujourd'hui 
transférée rue Richelieu, n» 65, en face de 
la Bibliothèque impériale. C'est là que 
M. G. R... devra s'adresser pour avoir le 
Supplément qui fait l'objet de sa ques- 
tion. 

Peut-être est-il épuisé, car depuis déjà 
longtemps, je ne le vois plus figurer sur 
les catalogues de cette librairie. 

(Périgueux). Albert Tornezy. 

— Même rép. de J. L. G., P. Ch., P, 
B., et... du célèbre marquis ou comte de 
Fortsas. 



Le beau est la splendeur du vrai, ou les 

huit propositions (V, 3-2 j). — i^^ Propo- 
sition : « Socrate ne dit nulle part : Le 
beau est la cause du bon. » 

Réponse. — Socrate : Le beau est donc 
la cause du bien ? 

HippiAS : Il l'est, en effet (Dial. de Pla- 
ton, traduct. Schwalbé, édit. Charpentier, 
t. II, p. 3o2). 

Socrate : Si donc le beau est la cause du 
bon, le bon est V effet du beau, et la raison 
pour laquelle nous montrons tant d'em- 
pressement pour la sagesse et toutes les 



autres belles choses, est, selon toute appa- 
rence, qu'elles produisent le bon, objet de 
tous nos désirs... {Ibid., p. 3o2.) 
• Puis vient immédiatement la phrase où 
M. J. P. veut introduire l'utéa, dont il s'at- 
tribue « sans balancer » la paternité , et il 
résulte de cette découverte que le beau est 
en quelque sorte a le père au bon. >» {Ib., 

p. 302.) 

Et Socrate est logique et vrai en com- 
parant la cause à un père et l'effet à un 
fils, et M. J. P. n'est ni dans la logique, 
ni dans le sens (non pas de la doctrine de 
Platon, mais du passage qui nous occupe), 
en faisant de la cause le fils et de l'effet le 
père. 

2« Proposition. — a Je ne saurais per- 
mettre à mon honorable contradicteur 
d'affirmer qu'en France on n'ait jamais su 
le grec, ni avant ni depuis le XYl® siècle. 
A cette protestation patriotique, etc. » 

Réponse. — Le patriotisme n'a rien à 
faire ici. Voulez-vous que je convienne que 
nous sommes les premiers hellénistes, 
comme les premiers soldats du monde ? Je 
le veux bien, si cela peut vous faire plaisir. 
Mais, voyons, la main sur la conscience, 
ne m'est-il pas permis, quand vous affir- 
mez si peu patriotiquement que les lati- 
nistes s en vont (Interm., V, 293), de 
trouver que les hellénistes sont partis? 

3» Proposition. — a Ttéa n'est point un 
accusatif excessivement rare et je le prou- 
ve. » (Int., V, 33 1.) 

Réponse. — Et comment le prouve-t-on? 
En nous expliquant comme quoi par une 
étrange coïncidence, par une conspiration 
du silence qui n'est* qu'un pur effet du 
hasard, Burnouf, Dubner, et le Lexique 
grec des Athéniens d'élite se sont trouvés 
d'accord pour ne pas toucher au traître 
mot d'uléo. Cet argument est un des plus 
beaux jours de ma vie. 

4« Proposition. — « uTa pour uWv , 
utaat pour ub(ç, uît pour u((J, sont trois for- 
mes que le XIX« siècle, et non pas le 
XVI«, devait recueillir et enregistrer. » 
(V. 33 1.) 

Réponse. — a otç, uît, uîa, uFaç, uîlcrt. >♦ 
(Lex. Graeco-latinum Joh.Scapulœ. Aurel, 
Allobrog., i5o9, col., 1691.) 

1 5oQ, est-ce du XIX® ou du XVI« siè- 
cle ? 

a Ab 6 uTiç , filius, cujus genitivus tou 
uTo;, et syncope (vel ut alii malunt con- 
tractione poetica) 3oç, et sic in aliis casi- 
bus, etc. In dativo plurali cum non pos- 
simusefferreutat pro utbt, eo quod ui nun- 
qunm scribatur ante consonantem, inserto 
a, dicimus utaGt. » (Institut, ac Médit, in 
Graecam linguam, N. Clenardo auctore, 
i58i.> 

Si Ton veut d'autres citations du XVI» 
siècle, je suis en mesure de les fournir. 



!ï« 110.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



419 



— 420 



5« Proposition. — « Il est un auteur et 
un chapitre où je suis sûr de l'avoir lu 
(uiéa) et qui me le gardent en réserve pour 
le moment propice. » (Int. y V, 332.) 

Réponse. — Ça, c'est de la barbarie ! Quoi! 
vous avez entre les mains un utéa démons- 
tratif, un olia irrésistible, un utéa écrasant, 
et vous gardez traîtreusement cet uiéa pour 
le coup du lapin, comme dit le spirituel et 
doctime Villemot! Et vous ne m'écrasez 
pas immédiatement sous le poids de cet 
uiéa ! Voilà ce qui s'appelle jouer avec sa 
victime ? Les dieux me préservent d'un pa- 
reil triomphe ! 

Di talem, precor, a nobis a vertite palmam. 

6® Proposition. — « Il ne faut pas ren- 
dre un oracle qui revient à ceci : uMv est 

prosaïque, mais poétique est utéa. ]» (Int,, 
V, 332.) 

Réponse. — Qui donc a rendu cet oracle? 
Moi. Où donc? J'ai dit qu'utéa est presque 
inusité en poésie, complètement inusité en 
prose (Int., V. 261), et j'attends la dé- 
monstration du contraire. Quanta ui6v, je 
n'ai pas pu dire qu'il était prosaïque ; je 
n'en ai point parlé, et je puis affirmer à 
M. J. P. que cette traduction de ma pen- 
sée est un contre-sens. 

7« Proposition. — « L'exemplaire que 
j'ai feuilleté esta la bibliothèque Sainte- 
Geneviève; ulioL n'y a ni accent, ni es- 
prit. » (Int., V, 33o.) 

Réponse. — Je commence par déclarer 
que je ne mets pas un seul instant en doute 
la bonne foi de mon adversaire. Si M. J. 
P. pouvait supposer que je l'ai cru capable 
de tt donner le change », cette supposition 
m'offenserait, et si je l'en croyais capable, 
je ne discuterais pas avec lui. Mais enfin 
nous avons consulté chacun un exemplaire 
différent de la même édition; c'est le 
même volume, la même date, la même 
page (297), la même lettre (B), et pourtant 
dans l'un i5éa a un esprit et un accent, et 
dans l'autre point. La question mérite 
d'être éclaircie. Que V Intermédiaire ouvre 
une enquête : il a des collaborateurs dans 
toutes les bibliothèques de France; qu'ils 
veuillent bien ouvrir le Platon d'Henri 
Estienne, iSyS, t. III, p. 297, lettre B, 
s'assurer de l'accent et de l'esprit d'fôéa et 
faire consigner ici même le résultat de 
leurs recherches. Si l'exemplaire de la bi- 
bliothèque Sainte-Geneviève est le seulqui 
produise tSéa sans accent, il y aura d'au- 
tant moins à se préoccuper de cet oubli, 
ou de cette erreur, que cinquante ans au- 
paravant on le trouve accentué dans l'édi- 
tion de Bâle (i533). 

8« Proposition. — « Le poète N... a 
employé uiéa dans les vers que voici, etc. » 
(Int.y V, 332.) 



Réponse. — Il a eu raison, uléa étantun 
mot que l'on trouve dans Homère; cepen- 
dant je trouve qu'il aurait mieux fait de 
suivre l'exemple du poëte X... (IIonfiTwv 
çavcaTTixwv àvaXsxxa, à Leyde, chez les 
Elseviers, i652, p. 9) qui emploie ul6;, 
absolument dans le même cas. 

ïlùiç H xe vixÛYiv Tolov rix.oç oupaviûvuv, 
"ïibi t'/ùi àttOÏii roG Atô$ vtBmv ; 

F. -T. Blaisois. 



La Licorne (V, 239). — Pour bien 
étonné, je le suis ; mais non pas convainca 
que nous ayons mal répondu, mes coopi- 
nants et moi : d'abord, parce qu'il s'agissait 
avant tout d'une question fondée sur l'exis- 
tence de cornes de licornes, qui étaient de 
dents de narwal : ensuite, parce que la li- 
corne, telle que la constituent les anciens 
récits, telle que nous la montrent les armes 
d'Angleterre, où elle a pris indûment la 
place du vieux cheval saxon d'Horsa, est 
toujours un animal parfaitement fabuleux. 
La nouvelle gazelle unicorne ne me paraît 
même pas pouvoir être acceptée comme en 
étant le type, et le rhinocéros explique bien 
mieux un animal formidable au lion même- 
La découverte de l'éminent missionnaire 
n'en est pas moins une des plus curieuses 
et des plus intéressantes pour l'histoire na- 
turelle que l'on ait faite depuis longtemps; 
et elle m'encourage à mettre sous les yeux 
de nos correspondants un fait analogue, 
recueilli par l'Estoile, dans son Journd^^ 
la date de septembre 1599. a On montre, 
depuis quelques jours, dans une maison 
près de Saint-Eustache, un homme nommé 
François Trouillac, âgé de trente-cinq ans, 
qui a une corne sur la tête, qui se re- 
couvre en dedans et rentreroit dans le 
crâne si de temps en temps on ne la cou- 
poit. 11 dit qu'en naissant, il n'avoit point 
cette corne, et qu'elle n'a commencé de pa- 
roître qu*à l'âge de sept à huit ans ; et que 
la honte de cette difformité l'avoit obligé 
de quitter son village et de se cacher dans 
les forêts du Maine, où il travailloit aux 
charbonnières pour y gagner sa vie. Jean 
de Beaumanoir, marquis de Lavardin, 
gouverneur du Maine, chassant un jour 
dans ses forêts, passa auprès de ces char- 
bonnières. Les paysans qui travailloient 
au charbon, prirent la fuite aux bruits des 
chasseurs. Le marquis de Lavardin croyant 
que c'étoit des voleurs, les fit poursuivre. 
On les arrête et on les conduit devant le 
marquis. Un de ses valets, ayant remarqué 
qu'un de ces pauvres paysans n'avoit point 
oté son bonnet de sa tête, s'approche de 
lui, le jette par terre en le menaçant. Mais 
ayant aperçu cette corne sur sa tête, le 
marquis de* Laverdin le fit conduire dans 
son château, et quelques jours après l'en- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juill. 1869. 



421 



422 



voya au roi, qui, après l'avoir fait voir à 
toute sa cour, Ta donnç à un de ses valets 
d'écurie, pour gagner de Targent en le 
montrant au peuple.^ Cet homme a le de- 
vant de la tête chauve, la barbe rousse et 
par floccons, comme aussi les cheveux du 
derrière de la tête ; ressemblant parfaite- 
ment à un satyre. » O. D. 



Un vers de Tartuffe (V, 330). •— Le titre 
de la comédie est le Tartuffe; il faudrait 
donc dire: un vers du Tartuffe; mais pas- 
sons.— Louis H. demande sil était toléré 
de roter à table. Voici une anecdote qui 
répond en partie à la question et qui 
3rouve que, en fait d'usages, il faut tou- 
ours consulter les milieux dans lesquels 
es faits se produisent. Un ambassadeur 
espagnol était à la table du Grand Condé, 
lequel était assez rude et, comme on disait 
alors, haut à la main. L'ambassadeur ayant 
roté plusieurs fois, le prince, bien qu'il dût 
savoir qu'en Espagne cela fût accepté dans 
les sociétés les plus élevées, sinon les mieux 
élevées, en fut très-formalisé. Pour donner 
une leçon indirecte à l'ambassadeur, il se 
mita ... Tracerai-je ici le mot propre, qui 
ne l'est guère ? Ma foi V Intermédiaire n'est 
pas bégueule, et puisqu'il a écrit roter en 
toutes lettres, il acceptera bien l'autre mot. 
Coudé se mit donc k péter. L'ambassadeur, 
encore plus rogue que le prince, témoi- 
gna tout haut son mécontement. « Quoi 
donc! Monsieur l'ambassadeur, répliqua 
le prince, dans un pays où l'on rote, ne 
peut-on péter? » L'ambassadeur s'étant ex- 
cusé sur l'usage de son pays : « Eh bien ! 
dit le prince, ne rotez plus et je ne péterai 
pas ! » 

En fait, je crois qu'il était aussi indécent 
de péter que de roter, du temps de Molière 
et de Condé; mais que Molière a voulu 
peindre la bassesse de l'hypocrite, lequel, 
au lieu de se formaliser des libertés gran- 
des que prenait Orgon, lui disait : Dieu 
vous aide! Pourvu qu'Orgon fût sa dupe, 
ce bon Monsieur Tartuffe était prêt à tout 
supporter. Peut-être aussi son âme vindi- 
::ative mettait-elle en ligne de compte les 
incongruités qu'il lui fallait accepter, et 
^out en faisant la bouche en cœur, il se 
promettait bien de s'en venger. On sait ce 
\m en résulta et comme il eût réussi à le 
aire, si l'on n'eûtvécu sous un prince en- 
lemi de la fraude. E. G. P. 

— On demande « s'il était toléré à cette 

'poque de roter à table. » D'abord il ne 

agit pas dans le passage de Molière, de 

roter à table, » mais seulement de roter. 
insuite, le trait perdrait son comique et 
a force s'il s'agissait d'une liberté passée 
:n usage, comme dire : « Dieu vous bé- 
lisse, » à quelqu'un qui éternue. Le fait 
:ité prouve que roter en société était une 
ncongruité, mais que le pauvre Orgon 



était si entiché de son héros, qu'une gros- 
sièreté qui devait choquer tout le monde, 
devenait pour lui l'occasion d'une parole 
bienveillante et affectueuse au cher homme. 

G. D. 

— La formule congratulatoire gui 
échauffe si plaisamment la bile de Dorine 
est, comme le noble jeu de l'oie, renouvelé 
des Grecs. Bien avant Molière, Juvénal 
(Satire III) avait cinglé l'effronté pique-as- 
siette, récemment débarqué de Sicyone, 
de Tralles ou de Samos, qui savait exploi- 
ter au profit de sa gloutonnerie les travers 
et les incongruités de son amphytrion : 

.... Laudare paratus, 
SI BENE HucTAViT, sî rectum minxit amicus. 

Mais le coup de fouet de Juvénal, aussi 
bien que le coup de dent de Dorine, prouve 
de reste qu'à Rome, pas plus qu'à Paris, 
un homme de bonne compagnie ne se se- 
rait permis en public une énormité de ce 
genre. 

On assure pourtant que de l'autre côté 
des Pyrénées un rot bien accentué n'a ja- 
mais nui à la considération d'un honnête 
caballero. Dans la curieuse notice qu'il a 
consacrée au maréchal de Roquelaure, 
Tallemant des Réaux raconte à ce sujet une 
anecdote de haulte graisse : i Quand le 
a connétable de Gastille vint à Paris, 
a Henri IV le fit traiter, et le connétable 
a de France était vis-à-vis de lui; chaque 
a Espagnol avoit ainsi un François de 
a l'autre côté de la table. Le nonce du 
« pape, qui fut depuis le pape Urbain, étoit 
a au haut bout. Un Espagnol, qui était 
tt vis-à-vis du maréchal de Roquelaure, 
tt faisoit de gros rots, en disant : Lasanita 
a del cuerpoy séfior mareschal. Le maré- 
tt chai s'ennuya de cela, et tout à coup, 
a comme l'autre réitéroit, il tourne le c, 
« et lui fait un gros pet en disant : La sa- 
« nita del c..., senor EspahoL » 

Roquelaure avait-il eu vent du facétieux 
édit que le divin Claude, si l'on en croit 
Suétone, avait songé à promulguer : — 
a Dicitur etiam meditatus edictum, quo 
« veniam daret flatum crepitumque ven- 
a tris in convivio emittenai, cum pericli- 
a tatum quemdam prae pudore ex conti- 
ft nentia reperisset. » Joc'h d'Indret. 

— On se fait à tout 1 En Espagne, dans 
la classe moyenne, l'usage était de saluer 
celui à qui il arrivait de roter en compa- 
gnie, non d'un a Dieu, vous bénisse!», 
mais de ces mots : Bueno provecho (bon 
profit) ! 

Je tiens d'un gentleman anglais, natif 
des grandes Indes, que, chez les naturels 
de ce pays, lorsqu'un convive venait à com- 
mettre cet acte, si incongru aujourd'hui 
parmi nous, c'était pour eux une marque 
que leur hôte avait fait honneur à leur 
chère et, par conséquent, un honneur qu'il 



N« iio.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



423 



424 



leur faisait à eux-mêmes en leur en admi- 
nistrant la preuve. B. S. 

Une lettre de Luther sur les pierrots 

(X, 339). — Un soir le docteur Martin 
voyait un petit oiseau perché sur un arbre 
et s'y posant pour passer la nuit; il dit : 
« Ce petit oiseau a choisi son abri et va 
dormir bien paisiblement; il ne s'inquiète 
pas, il ne son^e pas au gîte du lendemain, 
il se tient bien tranquille sur sa petite 
branche et laisse Dieu songer pour lui. » 

Vers le soir vinrent deux oiseaux qui 
faisaient un nid dans le jardin du docteur. 
Ils étaient souvent effrayés dans leur vol 
par ceux qui passaient. Il se mit à dire : 
a Ah ! cher petit oiseau, ne fuis point, je te 
souhaite du bien de tout mon cœur; si tu 
pouvais seulement me croire ! C*est ainsi 
que nous refusons de nous contier en Dieu, 
qui, bien loin de vouloir notre perte a 
donné pour nous son propre fils. » (Extrait 
des Mémoires de Luther par Michelet, 

II, 83.) P. RiSTELHUBER. 

Ghapier (V, 3ao). — On appelait chapier 
rhomme qui, allant de long en large, se 
promène comme un chantre ; car le chantre 
est un chapier puisqu'il porte une chape. 
Le mot était, du temps de Mercier, déjà 
consacré pour les promeneurs des jardins 
publics et, avant lui, Gresset avait écrit : 

Les politiques rêveries 

Des vieux chapiers des Tuileries. 

D. M. 

— En Normandie, chaper^ se promener 
dans un appartement, dans une galerie ; al- 
ler d'un bout à l'autre d'un lieu quelconque 
et revenir sur ses pas, puis recommencer 
souvent le même exercice, ainsi que font 
les chantres d'église, quand, couverts d'une 
chape, ils chantent les psaumes en al- 
lant et en revenant d'un bout à Tautre du 
chœur. — Ainsi les chapiers dont parle 
Mercier sont les promeneurs qui vont et 
viennent plus ou moins longtemps, d'un 
bout à l'autre de la terrasse des Tuileries 
ou de l'allée du Luxembourg. 

(Alençon). C. E. D. 

— M. J. R. ayant rencontré dans un 
chapitre du Tableau de Paris cette phrase 
énigmatique : « Tous les chapiers de la 
terrasse des Tuileries ou de l'allée du 
Luxembourg sont des antianglicans qui 
ne parlent que de faire une descente en 
Angleterre..., » a eu recours au Diction- 
naire de Trévoux qui nous enseigne, 
(ce qu'il soupçonnait un peu), qu'un cha- 
pier est celui qui porte la chape. Nous 
avons négligé, dans notre édition, d'ex- 
pliquer ce terme pris ici au figuré ; la ques- 
tion de M. J. R. nous prouve que nous 
avons eu tort. Si, dans les nouvelles églises 
de Paris, la. disposition du chœur con- 



damne le chapier à une complète immo- 
bilité ; à Notre-Dame, à Saint-Sulpice, à 
Sainte-Elisabeth, son rôle est autrement 
actif. On le voit arpentant, avec une régu- 
larité d'automate, le court espace qui sé- 
pare le lutrin des degrés de l'autel, et, du- 
rant les vêpres surtout, continuer cette 
promenade monotone, qui n'a de terme 
que la fin même de romce. Maintenant 
on saisit ce qu'a voulu dire Mercier. Les 
chapiers de la terrasse des Tuileries et de 
l'allée du Luxembourg étaient les flâneurs 
accoutumés de ces deux jardins, qui y dé- 
bitaient péripatéticiennement la politique 
du jour, en poussant un pied devant l'autre 
comme les chapiers auxauels on les com- 
pare. En Basse-Normandie, le verbe « cha- 
per » est d'un usage constant. On l'em- 
ploie à tout propos, et l'on s'étonnerait 
tort qu'il fût l'objet d'une enquête étymo- 
logique, a Vous êtes en retard; j'ai cha^ 
plus d'une heure, en vous attendant.» 
Cette phrase et d'autres du même genre 
se répètent vingt fois dans une journée. 

G. Dbbnoiresterrks. 

— L'Académie française définit le mot 
chapier^ a celui qui porte chape. » Elle 
ajoute : « Les deux chapiers se promènent 
a dans le chœur en certains temps de 
a l'office divin. » C'est en eôet, ce qui se 
pratique dans les diocèses ou ne règne pas 
le rite romain. Les chapiers vont et vien- 
nent de la grille du chœur aux marches 
de l'autel et réciproquement. De là sont 
venues les expressions de chaper pour in- 
diquer l'action de se promener de long eu 
large et de chapier pour désigner la per- 
sonne qui se livre à cette sorte de prome- 
nade, expressions qui, sans avoir reçu la 
haute sanction de l'Académie française, 
sont en usage dans plusieurs provinces. 

(Le Havre.) A. T. 



Prononciation des noms propres étran- 
gers (V, 340). — Je ne pense pas que la 
question puisse être résolue d'une manière 
absolue. C'est affaire d'usage. Pourquoi 
dit-on Cicéron et Tubero, Manlius et Ho- 
race, Diogène et (i7/i5.)...? Dans Corneille, 
Brute paraît ridicule, et Ton accepte les 
Cosses, les Métels, les Pauls, les Fabiens. 
Admettrait-on Cinne au lieu de Cinna, 
comme Maxime au lieu de Maximus? 
Pourquoi le traducteur Amyot, qui dit 
Alcibiadés, et non Alcibiade, dit-il Thésée 
et non Theseus ? Pourquoi Montaigne en 
fait-il de même? Quant aux modernes, il 
me semble naturel que les noms des hom- 
mes très-connus, et que nous entendons 
prononcer souvent par leurs concitoyens» 
soient prononcés par nous de la même ma- 
nière. Il serait aussi ridicule de prononcer 
Goethe, Shakespeare, Byron, à la fran- 
çaise, alors que nous savons tous comment 
disent les Allemands et les Anglais, que 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juin. 1869. 



423 



426 



d'affecter la prononciation allemande ou 
anglaise à tout propos et pour les noms 
Jes plus vulgaires. Dans le premier cas, à 
peine serait-on compris ; dans le second 
cas, on courrait grand risque de passer 
pour être un puriste pédant. Il n'y a, il ne 
saurait, à mon sens, y avoir aucune règle 
précise. Il y a un usage dont il faut ac- 
cepter de bonne grâce la tyrannie, et 
même les disparates les plus singulières. 
Que dirait-on d'un homme qui s^abille- 
rait comme au temps de Brutus, en Italie, 
ou comme au temps de François I«', en 
France? Les hommes sensés hausseraient 
les *épaules et les enfants crieraient à la 
chienlit. Pour être moins saillante, Taffec- 
tation relative aux noms propres ne serait 
pas moins ridicule. Dans une traduction 
de Théocrite et de V Iliade, M. Leconte de 
Lisle a essayé de rétablir les noms grecs 
des dieux et des héros. Je doute que cet 
essai, qui déroute constamment le lecteur 
et le fatigue, trouve des imitateurs. Jupi- 
ter et Junon, déguisés en Zeus, et Hera 
Boopis, ne sont plus reconnaissables. D'ail- 
leurs, pour aller jusqu'au bout, il faudrait 
rétablir l'alphabet grec, écrire A^^illeus et 
et non Achilleus. Ce serait une nouvelle 
édition de la confusion de Babel, sauf la 
grandeur et la majesté de l'action. Tenons- 
nous-en à Tusage. Prononçons, à la bonne 
franquette, comme tout le monde, et ré- 
pondons tout simplement aux novateurs : 
Sic voluit us-us. La logique, ici, n'a rien à 
faire. E. G. P. 

Biographie de Jacques Sarrasin (V, 340). 
— On demande sur le compte de cet ar- 
tiste quelques renseignements, autres que 
ceux tournis par M. Jal dans son Diction- 
naire critique. Je ne viens pas répondre 
précisément à la Question, puisque je na- 
louterai aucun aétail biographique à 
ceux que mon savant confrère a pu grou- 
per dans son intéressante notice. Mais je 
saisis l'occasion qui m'est offerte de signa- 
ler à M. D. D., comme je la signalais ré- 
:eniment à M. Jal lui-même, une erreur 
ie lecture dans la copie que donne le Dic- 
tionnaire de l'acte de décès de Jacques Sar- 
*azin. 

M. Jal, trouvant dans cet acte, après ces 
nots : Convoi de 20 prêtres^ cette abré- 
viation, S. C., l'interpréta aiusi : Sans 
XERc ou SANS CONFESSEUR, et comme les 
nêmes lettres accompagnent les actes mor- 
uaircs d'autres personnages cités dans le 
dictionnaire (Simon Vouet, Stella, etc.), 
j1. Jal croit devoir envoyer de même dans 
autre monde, sans confession, un certain 
lombre d'honnêtes gens. 

Préoccupé du sort de ces infortunés, j'ai 
oulu vériner si cewe sentence était juste, 
t j'ai reconnu que ces deux lettres S. C. 
i avaient pas le moins du monde ce sens 
l'une note infamante. Les registres mor- 



tuaires de la paroisse Saint - Germain- 
TAuxerrois sont ceux dans lesquels cette 
abréviation existe. Partout où elle se pro- 
duit, elle est accompagnée d'une étoile (*), 
sorte de nota bene; c'est-à-dire que ces ac- 
tes sont signalés comme sortant du com- 
mun des convois. J'ai suivi consciencieu- 
sement cette étoile, comme un mage, dans 
tout le cours de ces registres, et j ai pu la 
voir s'arrêter sur certains actes où les deux 
lettres cabalistiques étaient expliquées tout 
au long. C'est ainsi, notamment, que j'ai 
trouvé à la date du 28 mai 1661 cette men- 
tion : a Service * Complet pour feu Mgr 
le cardinal Mazarin. » 

En ce qui concerne Marie Gré- 
goire, femme de Sarrazin, la laborieuse 
mère de xvi enfants, dont parle M. Jal, je 
comprends fort bien qu'après une telle 
énumération, il ait pu se croire autorisé 
à lui épargner la fatigue d'autres gestations. 
Je dois cependant porter à l'actif de Marie 
Grégoire un xvii® enfant, Louis-René, qui 
décéda le xi juillet i63q. 

Je termine en citant la date du décès de 
Marie Grégoire, date qui a échappé à 
M. Jal : on trouve la mention de son con- 
voi aux registres de Saint-Germain-l' Auxer- 
rois,le 6 janvier 1660. 

G. Saint-Joanny. 



Le pont d'or (V, 341).— C'est sans doute 
à moi, en premier, qu'il convient de ré- 
pondre à la question posée. Je puis le faire 
en peu de mots. Le général qui a dit : // 
faut bâtir un pont d'or à l'ennemi qui se 
retire, c'est le feld-maréchal Daun (Léop.- 
Jos.-Maria, comte de), né le 2 5 septembre 
1705, à Vienne, et mort le 5 février 1766. 
Il fut, lors de la guerre de Sept ans, le gé- 
néralissime autrichien contre Frédéric II 
(le Grand) de Prusse, qu'il eut la chance ou 
1 honneur de battre deux fois, le 18 juin 
1757, près de Kollin, et le 14 octobre 1758, 
près de Hochkirsch, où Daun put surpren- 
dre pendant la nuit l'armée prussienne en- 
dormie. Le lendemain, l'armée prussienne 
se trouvait reformée ou réorganisée en bon 
ordre, de sorte que le général autrichien 
n'osait pas la poursuivre. C'est à cette oc- 
casion qu'il a dit le mot du pont d'or. Du 
reste, je crois que Daun n'a fait que ce que 
font beaucoup d'hommes ; il a utiUsé le 
proverbe qui justifie son penchant. Les 
proverbes sont une affaire de tempéra- 
ment; sans cela, on en compterait autant 
que l'on en compte par paires^ dont l'un 
dit oui et l'autre non, M. B. 

P. 5. Qu'on ne me demande pas de citer 
des exemples; je suis trop occupé d'autres 
travaux pour les chercher. Je me rappelle 
seulement que, dans les Proverbes attri- 
fribués à Salomon, il en est deux qui se 
suivent et dont l'un dit : Réponds aux sots, 
et l'autre : Ne réponds pas aux sots; et 



N« no,l 



L'INTERMÉDIAIRE 



427 



428 



chacun de ces deux conseils contradictoires | 
est appuyé sur une bonne raison. 



Omelette (V, 348). — J'ai eu en effet le 
tort, et je supplie les lecteurs de Vlnter- 
médiaire de ne pas m'en vouloir, de les 
renvoyer au Dictionnaire de Ménage, sans 
les engager à s'en défier. Je remercie 
M. C. D. d'avoir signalé cette inadver- 
tance, que je veux tâcher de réparer. 
M. C. D. n'est-il pas aussi un peu coupa- 
ble de n'engager pas ses lecteurs à se dé- 
fier de Génin? Je me hâte d'ajouter que sa 
peccadille ne saurait excuser ma faute. 
Qu'il me soit permis, comme antidote à la 
lecture des Récréations philologiques y « ce 
livre d'une érudition quelquefois para- 
doxale, souvent heureuse, et toujours spi- 
rituelle » (Littré), et pour que nos co- 
abonnés aient la note vraie sur Ménage, 
de leur signaler V Histoire de la Langue 
française de notre illustre lexicographe 
(p. 63,64, 66, 61 et vassim). Je regrette 
cle ne pouvoir m'etendre sur ce sujet. Qu'il 
y aurait à dire des étymologies et des éty- 
mologistes, et que de fois Génin , moins 
excusable que Ménage, n'a-t-il pas erré ? 
Que de fois ne s'est-ii pas, lui aussi, lancé 
dans le fantastique? En tout cas, on verra 
aux pages indiquées que Littré et Diez, 
deux grands noms d'étymologistes, s'il en 
fut (et qui combattent avec vous pour na- 
talis, Monsieur Tiedeman;V. Littré, iifi5f. 
delà Laii^Me/r.,t.II,p. 337et4io), n'ont 
point dédaigné de discuter les opinions de 
ce pauvre Ménage, si malmené par Gé- 
nin, — et même parfois de les adopter. 

F. -T. Blaisois. 

Analogies de plusieurs noms de fleuves 

I (V, 352). — La racine Dn ou T>i, dans le 
sens d'eaux, de rivières, appartient à la 
langue ossèthe qui fait partie de la famille 
indo-européenne. Le peuple ossèthe des- 
cend des Alains, dont la langue était liée à 
l'idiome sarmatique. Voyez Lehrberg cité 
par d'Ohsson, Des peuples du Caucase y 
p. 184. Dans Hérodote, nous trouvons les 
principaux affluents de la mer Noire, du 
Danube au Borysthène, désignés par des 
noms auxquels font place plus tard d'au- 
tres noms renfermant le radical ij[w. L'Ister 
devient le Danubius, le Tyras devient le 
Danastris, le Borysthène le Danapris. Un 
seul de ces noms lormé du radical dan ou 
tan apparaît dans Hérodote, et il est 
donné au plus oriental des fleuves qui se 
versent de ce côté. C'est le Tandis ou le 
Don. Le Tanaïs arrose le pays des Sar- 
mates qui apportèrent ces noms en se ré- 
pandant à l'ouest, tandis que les npms de 
Borysthène, de Tyras et d'Ister, devaient 
appartenir à l'idiome des Gètes ou des 
Thraces. P. Ristelhuber. 



Un peintre et curieux à Lyon en i55i 
(V, 354). — L'ouvrage de Robert-Dumes- 
nil. Le peintre^ graveur français^ donne 
tout au long le catalogue des gravures 
originales attribuées à Claude Corneille. 

Jacques D. 



Prénoms défendus (V, 36 1). — En Bel- 
gique, nombre de jeunes filles se nom- 
ment Annette, Jeannette^ etc., et je sup- 
f)ose que ces noms doivent être inscrits sur 
es registres de l'état civil. La loi de ger- 
minal n'a d'ailleurs pas repoussé l'invasion 
de diminutifs anglais qui, je ne sais com- 
ment, sont devenus fort gracieux en pas- 
sant dans notre langue, tels que Fanny, 
Jennjr, mais qui n'en correspondent pas 
moins à nos Fanchons et à nos Jeamt 
tons. Jacques D. 



Monnaies de Henri V (V, 364).— Il yen 
a eu aussi de frappées en i833, car j'ai 
sous les yeux une pièce de cinquante cen- 
times de cette date. Le droit offre le profil 
d'une tête d'enfant à cheveux courts, avec 
le col nu. Il n'y a plus de costume mo- 
derne, et la différence est analogue à cell« 
Îui existe entre les premières pièces de 
.ouis XVIII en frac, et les belles pièces 
de Michaux ; l'inscription est HENRI V, 
ROI DE FRANCE. A l'envers, je trouve 
l'écu de France surmonté de la couronne 
fermée, et des deux côtés, entre l'écu et 
une double branche de lauriers, l'indica- 
tion 1/2 F.; au bas, la date i833. 

A. M. 



Le public composé de 8ot8(V, 365).- 
a On demande combien il faut de sots pour 
faire un public? » — Cette belle question 
est un de ces mots si vifs et si acerbes dits 
par Chamfort, chez qui ils coulaient de 
source. Delatouche et Deschamps, dans 
leur petite comédie, Le Tour de faveur 
scène 9, ont presque gâté cette boutade eo 
l'enfermant dans le vers suivant : 

[blici 
Combien faut-il de sots pour vous faire un pu- 

C. D. 



Mademoiselle ou Madame (V, 367}.- 

Il est certain que la Révolution a dérangé 
le décor social : de ma portière, souvent 
majeure (fille ou femme Pipelet, en jus- 
tice, comme autrefois sous l'ancien ré- 
gime), 89 fit une madame. Quand elle 
perçoit ses petits impôts sur le traducteur 
de Darwin, elle trouve « bien honnête» 
ce père des Jumeaux d'Ellos; naais vos 
grâces, citoyenne, n'ont rien de commun 
ici avec ïhonnesteté du XV« siècle. Si Z'' 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 juill. 1869. 



429 



430 



grande Mademoiselle, encore majeure et 
très-majeure , écrit fièrement : « j épouse 
un de mes domestiques..., » croyez-vous 
que Lauzun, heureux drôle, ait fait des 
jaloux dans l'armée des antichambres ? Je 
compte, Dieu me pardonne, plus d'unvjs- 
saletus, varlet, vaslet ou valet dans la lon- 
gue série de ses ascendants..., mais il fau- 
drait être malin, comme on a cessé de 
l'être, et même fôt(i)nr]ç comme on l'est de- 
venu, pour le taquiner à ce sujet. Le da- 
moiseau Pierre de Bar, sire de Pierrefort, 
un héros entre Meuse et Moselle, avait 
quarante ans bien sonnés quand il mourut 
les armes à la main, « environ fête Saint- 
Rémi i38o »; et dès que je vous accorde 
que ce titre est tombé en désuétude, vous 
me permettrez, Madame, de ne pas de- 
mander au casseur de pierres de ma com- 
mune, ce que son damison pense du sieur 
de Bismark I Laissons « ces demoiselles » 
de nos pères, qu'on appelle aujourd'hui 
« ces dames », — les abus sont de tous les 
temps, — et parlons aux filles en robes 
longues ou court- vêtues, qui consentent à 
subir toutes les horreurs régulières que 
Madame Clémence Royer signalait au 
Journal des Femmes. Elles tomberont, je 
le crains, en puissance de mari : la Vulgate 
ne l'entend pas autrement, et notre mon- 
sieur^ son dominus, procède du seigneur, 
seignur, seignour, seignor, senior, maî- 
tre, propriétaire de la pauvre domina, 

Seignor, d'ailleurs, dérive loyalement de 
senior, Valderman germain, et A. de Che- 
vallet remarque que cette étymologie est 
rapportée dans un passage des lois d'E- 
douard le Confesseur. 

Dame ou domina est un titre de haute 
volée, qui sous-entend la grande et par- 
faite seigneurie. On était fille et dame, en 
bonne noblesse féodale, parce que et non 
Quoique demoiselle..., jouissant de ses 
uroits ; double qualité qui rappelle, avec 
l'obligation de desservir le fief, le devoir 
pour le suzerain de marier la fille qui s'en 
trouvait héritière. Jadis, force demoiselles 
[dominœ minores ou dominicellœ) très- 
nobles, très-dames et très- mariées selon 
la loi chrétienne, restèrent... demoiselles; 
et Georges Dandin a pu dire: Ahî^quune 
femme demoiselle est une étrange af- 
faire! C'est qu'aussi, dans le monde du 
privilège, la sonorité des titres n'arrive que 
tard à voiler la misère d'institutions vieil- 
iissantes : notre plus « vieille urbanité » 
!i'a qu'un mot pour caractériser cette dis- 
tinction qui pèse au Journal des Femmes, 

Mais Corneille, Racine, Mojière, les 
classiques du XYII^ siècle, dites-vous, tit- 
raient Madame, Hermione, Andromaque, 
Pauline, Chimène, Agnès,' Henriette, Cé- 
iniène et Philaminte ? -.- D'accord : tra- 
vaillant pour la cour et rarement pour la 
'ille, ils sacrifiaient d'avance à la dignité 
ie la compagnie. Madame convenait à ce 



peuple de domina et de seniores ; et Ma- 
demoiselle, déjà gênant pour la prosodie, 
appartenait, grâce à « notre vieille urba- 
nité », au premier rôle : Armande-Gré- 
sinde-Claire- Elisabeth Béjard, Mademoi- 
selle Molière. 

Avant la Révolution, — * j'en suis fâché 
pour le Journal des Femmes,— on n'a pas 
dit madame à toutes les filles majeures de 
la noblesse, et mademoiselle à toutes les 
autres. Je le prouve par la grande ci- 
toyenne Marie-Jéanne Phlipon, femme de 
M. Jean-Marie Roland, sieur de laPlatière, 
révoltée de voir qu'on ne donnât point de 
la madame chez les Cahaigne de Boismo- 
rel, à sa grand'mère Marie- Geneviève Ro- 
tisset, veuve de Gatien Phlipon. 

Ce témoignage ne peut déplaire à Ma- 
dame Clémence Royer, et j'en profite pour 
demander à mon tour ce qu'est devenue 
« mon Eudora qui devait s'accompagner 
agréablement sur la harpe, ou se jouer lé- 
gèrement sur le forte-piano. » {Appel à 
^impartiale postérité, — Edition Bosc, 
floréal an III, p. 41.) H. de S. 



Prnd'hommiana. (V, 369). — Comment 
ne répondrait-on pas avec empressement à 
l'appel de M. A. A. ? L'élève de Brard et 
Saint-Omer ! Mais c'est la quintessence de 
la littérature, de la philosophie de notre 
épogue 1 Voici quelques traits épars de ce 
génie si naïf et si profond à la fois, que 
j'avais saisi au vol et que je suis heureux 
de fournir au spicilége projeté, si l'ami de 
M. A- A. ne les a déjà enregistrés. 

« C'est l'ambition qui perd les hom- 
mes, dit un jour M. Prud'homme ; et il 
ajouta : « Si Napoléon était toujours resté 
a simple capitaine d'artillerie, il serait en- 
« core sur le trône. » 

a Tous les hommes sont égaux, » dit-il 
une autre fois : « il n'y a de différence 
<( entre eux que la distance qui les sé- 
« pare. » A. H. 

• 

— M. A. A. connaît-il cette réflexion géo- 
graphique de Joseph Prud'homme : 

a N'est-ce pas étrange et consolant à la 
fois, de penser que la Providence a tou- 
jours placé une rivière près des grandes 
villes ? » 

Oserai-je, à ce propos, hasarder une ob- 
servation ? C'est que M. Prud'homme, en 
son beau temps, a su jouer de l'instrument 
appelé Provicience tout aussi bien que le 
premier ministre venu , et absolument 
comme s'il en avait fait son état. E. D. 



U116 lettre du comte de Lanzan (1690). 
— Elle est datée de Brest, le 6 mars 1690, 



N" iio.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 juill. 1869. 
43i 432 — . 

de respritde la débauche de disperser tout 
ce qu'elle possède. 

Or, de poule à cocotte, il n'y a que... la 
patte. 

C'est donc de là que les courtisanes de 
notre temps, aussi bien que celles du temps 
de Plaute, sont nommés des cocottes et que 
les a petits crevés » sont nommés des Co- 
codés. E. G. P. 



et écrite, je crois, à M. de Seîgnelay, au 
moment de l'expédition d'Irlande, qu'il 
commandait : 

« Je me scais très bon gré, dit-il, de n'a- 
« voir point voulu prendre d'allarme sur les 
« peurs que l'on m'auoit voulu donner, 
« auant partir delà cour, des embaras dans 
« lesquels je me trouuerrais a Brest auec 
« M» de la marine, car je ne scaurois vous 
« exprimer l'affection et la diligence auec 
« laquelle Ton v trauaille a toutes choses. 

« M. l'intencfant et M" de la Touche (i) 
a et Vobert s'appliquent de manière que le 
« seruice n'y traisne en rien. M. l'inten- 
tt dant, par vos bontés ordinaires pour 
a moy, m'a logé chez luy, d'ont je vous 
« prie le reconnoitre. 

« Les vaisseaux de Donquerques sont 
a arrivés aujourd'huy a deux heures après 
a midy... Les dernières de nos troupes se- 
« ront embarquées le dousse... Je n'ay de 
a ma vie rien veu de sy beau que la flotte. 
« Plust à Dieu, pour la gloire du roy et 
a votre contentement particulier, que nous 
« peussions rencontrer la flotte qui porte 
« la reyne... » 

Pour copie : P. A. L. 



Origine dn mot « cocotte > appliqué aux 
femmes... comme il en faut. — En cher- 
chant dans les œuvres de Sidonius Apolli- 
naris, évêquc des Arvernes, une chose 
beaucoup plus sérieuse, j'ai trouvé une 
note de J. Savaron, éditeur et commenta- 
teur de Sidonius, qui m'a fourni à ce sujet 
une explication inattendue. Dans la 6* lettre 
du 9e livre, adressée Domino vapœ Am- 
brosio (au seigneur évêque Ambroise), on 
lit le mot : Sumptuositas domesticœ Cha- 
rybdiSy la prodigalité d'une Charybde do- 
mestique. Cette expression, Savaron l'ex- 
plique ainsi : id est spurcissimœ meretricis, 
c'est à dire de la courtisane la plus mépri- 
sable. Puis il cite une scholie ae Donatus 
SUT ï Eunuque de Térence, dans laquelle. 
le commentateur rappelle que Plante, in 
Pseudolo, appelle les courtisanes Gallinœ 
(poules), quidy ajoute Savaron, ut gai" 
linœ. spargunt et perdunt omnia , parce 
que, comme les poules, elles dispersent et 
détruisent toutes choses. 

Il fait allusion à l'habitude que les 
poules, en grattant le fumier pour y cher- 
cher du grain, ont de rejeter ae tous côtés 
avec leurs pattes ce qu'elles ne mangent 
pas. 

C'est ce qui ressort évidemment du texte 
de Fulgence (In mytholog. lib, 2 de Sy- 
renis)y au livre II, des Syrènes, égale- 
ment cité par Savaron : Inde Gallinacœos 
pedes quia libidinis affectus omnia quœ 
nabet spargit. On dit qu'elles ont des 
pattes de poules, parce que c'est le propre 

(i) La Touche-Tréville. 



Des vers de Balzac. — Le petit volume 
des Annales romantiques, pour les années 
1827-28, renferme des vers de Balzac qui 
n'ont pas été reproduits, croyons-nous, 
dans les œuvres complètes de l'illustre ro- 
mancier. — Nous les recommandons aui 
éditeurs de la nouvelle édition qui paraît 
en ce moment. Voici l'une des deux pièces 
contenues dans le recueil; si MM. le 
abonnés de ï Intermédiaire veulent con- 
naître l'autre, nous nous ferons un vni 
plaisir de la leur communiquer : 

Vers écrits sur un album. 

Le magique pinceau, les Muses mensongères 
N'orneront pas toujours de ces feuilles légères 

Le fidèle vélin ; 
Et le crayon furtif de ma jeune maîtresse 
Me confiera souvent sa secrète allégresse 

Et son muet chagrin. 
Et quand ses doigts plus lourds à mes pages f» 




que ae son beau voyage 
Le fécond souvenir [nuigs- 

Soit doux à contempler comme un del sans 

Balzac 

On peut, à la vérité, regretter l'abon- 
dance des épithètes employées par Balzac, 
mais on ne pourrait refuser à cette petite 
pièce un parfum exquis de sensibDite. 

L'autre poésie est une « Ode à une jeuQe 
fille. » A. DE LA Taille. 



Une tasse qui est... on lien! — Le Pe- 
tit Off du soir du 18 juin oflfrait à ses lec- 
teurs Une tasse de thé. article de M. Oc- 
tave Lacroix. M. Lacroix y fait un grand 
éloge de «ce passe-port dont on munit les 
beefsteaks les plus substantiels ornés des 
pommes de terre les plus abondantes, »ei 
après avoir dit les bienfaits du thé au point 
de vue de la digestion, il célèbre les tien- 
faits du thé au point de vue de la sociabi- 
lité. Voici comment est amenée la méta- 
phore de la tasse-lienj si digne d'être rap- 
prochée de la métaphore de l'autre jour, à 
propos du câble transatlantique (V, 399); 
« On se montre empressé et galant en of- 
frant la brioche à sa voisine ; on a de l'es- 
prit, de la verve, et il semble que la tasse 
de thé soit un des liens les plus doux entre 
gens aimables d'une même société. » 

T. DE L. 



Parii. - Tïp. de Ch. MeTroeU, rne Gajat, I J. - «•». 



NoméroUI. 



CA«reJbs«< 



QOJIQOI 

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•ntr'atVicr. 



10 aoAt 1869 



9 

e 



£2nUtmébïaitc 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, ZT^OTES and QUERIES français.) 



433 



434 



Relles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatiq.ue 
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Les poésies deJeanRus.—Je vais publier 
bientôt, d'après un exemplaire que je crois 
unique, les Œuvres dictées par Jehan Rus, 
Bourdelqys, e^ jeux floraux à Tholo^e, 
Le livre de Rus, qui n a pas de date, mais 
qui est de Tannée 1 540 environ, a été im- 
primé pour la première fois à Toulouse, 
par Guyon Boudeville (lequel demeurait 
en la rue de Villeneufve, près la Maison 
commune). Quelqu'un connaît-ilJean Rus? 
J'ai vainement cherché son nom dans 
toutes nos biographies anciennes et mo- 
tiernes. Ce nom n'est cité ni par La Croix du 
Maine, ni par Du Verdier, ni par Colletet, 
ni par l'abbé Goujet, ni par Viollet-Le-Duc, 
ni par Sainte-Beuve, ni par le Manuel du 
Libraire, etc. Les bibliophiles bordelais et 
toulousains n'en ont jamais entendu par- 
ler. J'ajoute que ce poète si peu connu est 
très-digne de l'être, et que ce contempo- 
rain de Clément Marot est presque son ri- 
val. Le moindre renseignement biogra- 
phique ou bibliographique me serait infi- 
niment précieux. T. de L. 



Zot? (Ne pas imprimer ni lire Zutl) — 

Ne pourrait-on me donner une explica- 
tion de ce mot bizarre? A-t-il oui ou non 
une éiymologie authentique? — Je le 
trouve dans ces vers dont j'ignore absolu- 
ment l'auteur : 

Les souhaits de bonnes années, 
Dont l'usage est si général, 
Sont toutes façons condamnées, 
Sans qu'on remédie à ce mal. 
Visites, tant qu'il vous plaira! 
Faites-les seuls ou bien ensemble : 
Au diable Zot qui les croira. 

en 



Connaît-on l'auteur de cette petite pièce 
ie vers ? Duhamel. 



Les beaux esprits se rencontrent. — 



Où donc rencontre- t-on le nom du bel es- 
prit qui a fabricjué cette locution à peu 
près triviale aujourd'hui? M. Leroux de 
Lincy, malheureusement, ne l'explique 
point dans son livre des Proverbes /ran^ 
çais, ni Littré non plus dans son Diction- 
naire de la langue française, La phrase 
se trouve au mot rencontrer dans le Dic- 
tionnaire de la langue française de Riche' 
let (éd. de Paris, 1728); par conséquent, 
l'idée de vouloir chercher le mot chez 
Laurent Sterne (né en 1713, mort en 
1768), qui a dit : Great wits jump (Tris- 
tram Shandy-y 3, 9), est simplement ab- 
surde. 

(Amsterdam.) H. Tiedeman, 



Le nom des Francs. — Je lis , dans la 
Revue critique y sous la signature Rod. 
Reuss : « Vers l'an 240 après Jésus-Christ 
un certain nombre de petites peuplades 
germaniques, les Teuctères, les Sicam- 
bres, les Usipètes, les Ampsivariens, etc., 
trop faibles pour se défendre contre les 
attaques des Romains , se fondirent en 
un seul peuple sous la pression du dehors 
et prirent le nom de Francs. » En note : 
a Le nom des Francs vient probablement 
de framjay lance, comme celui des Saxons, 
de sahSy couteau. » — Puisque les peu- 
plades dont il est question avaient des 
noms, était-il nécessaire pour elles d'en 
prendre un autre, et puisque le nom de 
rrancs ne vient que probablement de 
framja^ est-il permis de demander plus 
de certitude? R. 



Faire ripaille. — Le duc de Savoie, 
Amédée VIII, qui fut pape plus tard sous 
le nom de Félix V, remit en 1434 le gou- 
vernement à son fils Louis, et se retira au 
couvent de Ripaille, près de Thonon, où 
il mena, dit-on, une vie voluptueuse. — 
Est-ce bien là l'origine de l'expression : 
faire ripaille} l'a-t-on toujours employée 
en mauvaise part? Le mot ripaille n'était- 
il pas connu avant le XV« siècle, et quelle 
en serait l'étymologie? 

(Valenciennes.) J. L. 

TOME V,— l5 



N- III.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



435 — 



436 



De la boue pétrie dans dn sang. — A qui 

appartient cette parole, une des plus éner- 
giques qui aient jamais été prononcées? 
Suétone prétend qu'elle fut dite par Théo- 
dore de Gadara au sujet de Tioère. Sui- 
das rapporte qu'elle fut dite par Alexandre 
d'Egée au sujet de Néron. Y a-t-il quelque 
témoignage ancien en faveur 4e 1 une ou 
de Tautre de ces opinions ? 

EUQ.ORRAL. 



La semaine des qnatre Jendis. — Voilà 
une locution qu'on emploie bien souvent! 
En connaît-on Torigine? Quant à moi, je 
rignore complètement. Seulement, j'ai 
trouvé la semaine des deux jeudis. Ce 
n*est pas une plaisanterie. A la fin du 
XVII« siècle, vers i68o ou i685, on lisait, 
dans le couvent des Cordeliers, à Paris, une 
épitaphe ainsi conçue : 

Hic Nicolaus^ filius minor loannis de 
Sancto Quirico civis civitatisSenarum,qui 
obiit anno Domini 1 338, die dominica duo- 
bus Jovis diebus mensis Augusti. 

Voici comment il faut entendre cette 
semaine à deux jeudis , suivant Lemaire 
{Paris ancien et nouveau). 

Elle fut ainsi appelée, parce qu'à l'en- 
trée d'un pape à Paris (i) qui se devait 
faire un jeudi, le temps fut si mauvais que 
la cérémonie fut remise au lendemain 
vendredi et, ce jour-là, on eut permission 
de ce même pape de manger de la viande, 
et on l'appela deuxième jeudi. 

Ceci n est point un conte. 

Eh bien, je viens demander si la semaine 
des quatre jeudis a une origine historique 
comme celle que je viens de découvrir. 

Cherclions, firères, cherchons ! 

A. Nalis. 



Badandisme. — Ce mot est-il français ? 
Ne mérite-t-ii pas de l'être, bien qu'il ne 
figure pas dans le Dictionnaire de la langue 
française de Littré ? Il a été employé par 
Jean- Baptiste Rousseau, dans le passage 
suivant, extrait d'une lettre adressée à 
M. Brossette le i8 mai ijijCt. V, p. 170, 
éd. Lefèvre, 1820). 

a Pour le czar qui n'était pas encore à 
a Paris le 2 de ce mois^ je suis persuadé 
« qu'il y attirera la curiosité de bien des 
tt gens. Il en est plus digne que l'ambassa- 
o deur de Perse, et vous savez jusqu'où on 
« a porté le badaudisme pour ce fou, tout 
a mal morigéné qu'il était. r> 

Jean- Baptiste Rousseau n'est-il pas une 
autorité suffisante pour faire admettre 
cette expression ? Ed. Leroux. 



(i) Benoît XII, probablement (J. Fournier) 
né à Saverdun et qui succéda à Jean XXII. 



Rue 6ît-le-Cœnr. — Par quel raoïif 
s'est -on décidé à donner définitivement à 
cette rue une d^omination aussi singu- 
lière? Je sais qu'elle a sucQessivement porté 
différents noms sur lesquels les antiquaires 
sont loin d'être d'accord, rue Guy -le- 
Cuens , Guy • le- Queux , Guy - le-Comte, 
GuY'le-Preux y Gilles-Queux, Villequeux, 
Gilles-Cœur y et même Git-le-Cceur, qui doit 
être l'altération la plus complète de tous les 
noms qui précèdent. Pourquoi est-ce pré- 
cisément cette altération suprême qui a 
triomphé de toutes les autres? Les pre- 
mières s'expliquent, mais ce qui ne s'ex- 
plique pas, c'est que la moins rationnelle 
ait survécu à ses devancières. 

Les érudits nomenclateurs de l'Hôtel de 
ville qui ont naguère transformé le sire 
de Baudricourt en écuyer de Jeanne Darc 
ont dû avoir une raison pour adopter cette 
appellation baroque: je voudrais bien la 
connaître, mais en attendant je fais appel 
aux abonnés de V Intermédiaire, pour tâ- 
cher de savoir quel est le cœur, masculin 
ou féminin, qui repose sous les pavés de 
cette rue. 2. A. 



Acceptions diTerses du mot : Femme du 
monde. — Cette expression, Femme du 
monde, a-t-elle toujours eu le sens, et no- 
tamment le sens honnête, qu'on lui donne 
de nos jours ? ' D. L. 

Képi. — A quelle époque ce mot s'est-il 
introduit dans la langue ? N'est-ce pas 
après la conquête de l'Algérie ? Cependant 
il n'a pas une physionomie arabe, et la 
coiffure qu'il désigne ne ressemble en rien 
à celle des Orientaux. M. Littré avoue que 
l'origine de ce substantif lui est inconnue. 
Quelqu'un des abonnés de V Intermédiaire 
serait-il, sur ce point, plus savant que l'il- 
lustre érudit ? DicASTÈs. 



Salons de Diderot. — Depuis la publi- 
cation complète des œuvres de Diderot par 
Brière en 1 82 1 , qui contenait les Salons de 
1761, 1765 et 1769, plusieurs Salons iné- 
dits ont été découverts et publiés par 
M. Walferdin, l'heureux possesseur de ces 
pièces inédites. On demande : 

jo Dans quels numéros de la Revue de 
Paris, (vers i858?) a été faite la publica- 
tion de ces Salons inédits? 

2® A quelles années se rapportent-ils î 

3° A-t-il été fait un tirage à part de cette 
publication ? Ce tirage, s'il a été fait, exis- 
te-t-il dans le commerce? 

4« Quelle est l'étendue de ces Salons 
nouvellement retrouvés ? 

50 M. Walferdin possède- t-il les manus- 
crits originaux ou seulement des copies? 
Dans ce dernier cas, où se trouveraient les 
originaux? 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[xo août 1869. 



437 



438 



ô*» Quelqu'un saurait-il si M. Walferdin 
s'occupe toujours de Tédition de Diderot 
qu'il avait promise ? 

7« Ne prépare-t-on point en ce moment 
une nouvelle édition des œuvres de Diderot, 
et qui la prépare ? S. Y. 



Expositions de la Jeunesse. — Existe- 
t-il des livrets des expositions de la Jeu- 
nesse sur la j^ace Dauphine? S. Y. 

L'Eschassier. — C*est ici une question 
d'histoire littéraire et non d'histoire natu- 
relle. Un provincial réclamait, en 1644, à 
un de ses correspondants de Paris, « tout 
« ce qui se trouve de TEschassier, advocat 
« au parlement. » Un autre provincial ré- 
clame aujourd'hui des renseignements sur 
l'Eschassier et sur ses œuvres. 

Yezimat. 



Ferdinand !•', roi de Sicile. — Sur une 

lettre autographe de ce prince, avec sceau, 
le roi couronné, assis sur son trône, tenant 
le sceptre et le globe ; en dessous, Técus- 
son de Sicile, lettre adressée au duc de Mi- 
lan (Sfbrze), cju'il appelle : o Mjo caro pâ- 
tre, » il termine par ces mots : 

a Scripta de mi a ppria ma no, 
a Lo vro fillô lo Re de Sicilia. r 
Comment pourrait-il être fils du duc de 
Milan? P. A. L. 



«Martin Luther, » drame de L. Halévy 

(V, 108). — M. Fréd. Lock, mon ancien 
collègue et ami, gue je remercie de son af- 
fectueux souvenir, veut bien se substituer 
à M. P. L. A., et accepter l'offre que j*ai 
faite à ce dernier de renseignements plus 
explicites sur mon drame de Martin Lu- 
ther, reçu et non représenté au Théâtre- 
Français; il veut bien aussi apporter un 
supplément d'informations et poser une 
question pour son propre compte : il trou- 
vera, je 1 espère, satisfaction sous l'un et 
l'autre rapport, dans la communication 
nouvelle aue j'ai l'honneur d'adresser à 
^'Intermédiaire, et qui n'a été retardée que 
par une circonstance indépendante de ma 
volonté. 

Mon drame de Martin Luther a été reçu 
d'abord à correction, le 17 oct. i83i, et 
àéûnitivement , à la seconde lecture, le 
ï j fév. i832. La lettre qui m'annonçait la 
réception à correction, était conçue en 
ces termes : 

« Monsieur, je viens de voir M. Taylor 
qui m'a chargé, devant le comité, de vous 



faire part de la réception à correction de 
l'ouvrage que vous avez lu hier, sous le 
titre de Luther, aux conditions que vous 
mettrez l'ouvrage en trois actes, supprime- 
rez entièrement le cinquième acte, et que 
vous renoncerez au rang de réception, 
l'administration se réservant le droit de 
monter l'ouvrage, quand elle le jugera 
convenable, et sans inrais. 

«J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec 
une haute considération, votre très-hum- 
ble et très-obéissant serviteur, 

fii Le Secrétaire, Massôn. 

« Le 18 octobre i83i. » 

Cette réception à correction contenait, 
on le voit, la réception en principe, à con- 
dition que les effets en seraient ajournés 
à la volonté du théâtre; elle m'imposait 
littérairement les obligations suivantes : 
supprimer le cinquième acte, et mettre 
l'ouvrage en 3 actes. Ce travail accompli, 
je me présentai de nouveau devant le co- 
mité le i5 févr. i832. Dans l'intervalle de 
la première et de la seconde lecture, par 
suite de conférences avec plusieurs mem- 
bres du comité et M. Taylor, commissaire 
royal, il fut convenu que je ne supprime- 
rais Qu'un acte, le cinquième, qui se pas- 
sait dans l'église de Wittemberg, et que je 
réunirais les deuxième et troisième actes 
en un seul acte, composé de 2 tableaux. 
L'ouvrage fut donc lu, à la seconde lecture, 
sous ce titre : Luther ou la Réforme, tra- 
gédie en 3 actes et en 4 tableaux. Au fond, 
il restait en quatre actes. Il fut reçu défi- 
nitivement; mais l'inscription a pour être 
joué à la volonté du théâtre » fut mainte- 
nue sur le registre des réceptions. 

M. le baron Taylor, qui remplissait alors 
les fonctions de commissaire royal, les 
remplissait déjà sous le gouvernement pré- 
cédent, en 1829. Ce fut sous- sa gestion, et 
avec son bienveillant concours, qu'avait 
été représentée, le 29 août 1829, ma tragé- 
die du C^ar Démétrius. En i832, ses sen- 
timents pour moi n'avaient pas changé ; 
mais, catholiqiie fervent, et dévoué au 
romantisme naissant, mon drame de Lu- 
ther froissait trop ses convictions reli- 
gieuses, et éveillait trop peu ses sympathies 
littéraires, pour qu'il me prêtât, en cette 
occurrence, un appui bien efficace. Une me 
cacha pas que l'œuvre serait interdite par 
la censure, et que là était la principale 
cause de la grande latitude qu'avait voulu 
se réserver le comité, relativement à l'épo- 
que de la représentation. Chaque fois que 
je demandais que la question fût vidée par 
l'envoi de l'ouvrage à la commission de 
censure, on m'obiectait victorieusement 

âue la mise à l'étuae de Luther n'étant pas 
écidée par l'administration, il n'y avait 
pas lieu d'envoyer l'ouvrage au ministère, 
mesure qui n'est jamais prise que pour les 
ouvrages en répétition. Je compris que 
l'ouvrage était tacitement interctit, sans 



N« III.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



439 



440 



qu'il me fût possible de le dire, puisqu-'on 
me refusait de le soumettre à Texamen des 
censeurs, en vertu de la clause de récep- 
tion : npour être joué à la volonté au 
Théâtre, » 

Deux années se passèrent ainsi. Au com- 
mencement de 1834, M. Jouslin de la Salle 
était directeur du Théâtre-Français, et on 
Tavait investi en même temps de la direc- 
tion de rOdéon. Je lui demandai la mise 
à Tétude de Luther^ et je reçus de lui cette 
lettre : 

« i3 février 1834. 

a Monsieur, je voudrais pouvoir répon- 
dre à votre lettre suivant vos désirs 

Votre ouvrage a été reçu le i5 fév. i832, 
et l'inscription porte cette annotation : 
a Pour être joué à la volonté de la Comé- 
die Beaucoup d'autres ouvrages sont 

reçus avant le vôtre, et leurs auteurs ré- 
clament aussi des droits acquis... J'aurais 
désiré vous offrir un tour de faveur, si des 
engagements pris avec divers auteurs n'y 
mettaient obstacle. Je ne puis donc que 
faire mes efforts pour hâter le tour d^an' 
cienneté que vous me demandez, et c'est ce 
que je ferai. Il est encore un moyen qui 
peut-être vous conviendrait; ce serait de 
laisser jouer votre pièce au théâtre de 
rOdéon, d'où le succès la ramènerait au 
Théâtre-Français. C'est la même exploi- 
tation; ce sont les mêmes acteurs, et les 
mêmes soins seront apportés par moi à la 
mise en scène. Quant aux droits d'auteur, 
ils sont aussi les mêmes, les ouvrages étant 
joués alternativement à la Comédie- Fran- 
çaise et à rOdéon, lorsque cela convient 

à leurs auteurs Voyez, Monsieur, et 

croyez que vous me trouverez toujours 
disposé à aplanir toutes difficultés... 

« Votre dévoué serviteur, 

c Jouslin de la Salle. » 

J'acceptai cette proposition j il ne resta 
plus qu'à fixer l'époque de la mise à l'étude 
de l'ouvrage. Peu de temps après, nouvelle 
lettre : 

€ Mon cher Monsieur, Beauvalet répète 
dans une pièce en 3 actes, en répétition 
depuis longtemps; c'est une des raisons 
qui m'ont empêché, jusqu'à ce jour, de 
mettre Luther en répétition... Sous peu 
de jours je vous verrai, et nous arriverons, 
je l'espère, facilement à vous satisfaire. Je 
suis dans les embarras depuis deux jours, 
et c'est ce qui me force à remettre à quel- 
ques jours à vous voir(i}. 
.« Votre dévoué serviteur, 

a Jouslin de la Salle. » 



(i) L'excellent M. Jouslin de la Salle, quoi- 
que l'auteur pour tiers ou pour quart d'un as- 
sez grand nombre de vaudevilles, n'était pas 
un écrivain. On s'en aperçoit de reste dans 
cette lettre peu claire, quoique le jour y abonde. 
Il est mort^ il y a deux ans, après avoir publié 
quelques Souvenirs de théâtre. 



Le 2 1 juillet, nouveau billet : Les em- 
barras n'avaient fait que croître pour le 
pauvre directeur des deux théâtres réunis 
sous la même administration. M. Jouslin 
de la Salle m'écrit qu'il a été question de 
remettre l'Odéon à un directeur privilégié. 
« Je joue fort peu à l'Odéon depuis ce mo- 
ment, et les chaleurs ne me permettent 
aucun résultat possible aujourd'hui... Je 
pense que l'Odéon restera tel qu'il est ce- 
pendant, et dans ce cas, aussitôt que le 
temps me le permettra, je înettrai votre 
ouvrage en répétition. » 

Peu de temps après, M. Jouslin de la 
Salle n'était plus directeur ni du Théâtre 
Français, ni de l'Odéon. 

Telle était donc la situation de Luîh& 
en 1834. Ici j'arrive à la question posée 
par M. Frédéric Lock, dans Vlntermé' 
diaire du 2 5 mars dernier, sur un ouvrage 
qu'il possède sous ce titre : « Luther, 
poème dramatique en cinq parties, par 
Léon Halévy, auteur du C^ar Démétnus, 
Paris, 1834.» Rapprochant cet ouvrage 
de celui que j'ai publié en 1866, et qu'il a 
également sous les yeux : a Martin Luther 
ou la Diète de Worms, drame historique 
enj 4 actes et en vers, reçu au Théâtre- 
Français, et non représenté, » M. Lock 
ajoute : a Le poëme contient plus de per- 
sonnages que le drame, mais les person- 
nages du second figurent tous parmi ceui 
du premier. Il y a d'ailleurs entre le texte 
de l'un et de l'autre des identités si com- 
plètes et si nombreuses qu'il n'est pas 
douteux que le drame est tiré du poème. 
Il est donc vraisemblable que l'histoire 
de celui-là n'est pas tout à tait étrangère 
à l'histoire de celui-ci. » M . Frédéric Lock 
est parfaitement dans le vrai, et je vais lui 
donner l'explication qu'il veut bien me de- 
mander. 

Découragé (on le serait à moins) par l'a- 
vortement de la proposition qui m'avait 
été faite par M. Jouslin de la Salle, et par 
la chute de ce directeur, je me trouvais à 
cette époque candidat à l'Ecole polytech- 
nique pour la chaire de littérature fran- 
çaise, vacante par la mort de M. Arnault 
j'avais eu l'honneur de lui être adjoint 
comme répétiteur pendant trois années, et 
de le suppléer dans cette chaire. Je crus 
nécessaire d'appuyer ma candidature surun 
titre nouveau, et je publiai, sous le titre de 
Poëme dramatique en 5 parties, Luther. 
le Luther de la première lecture, celui qui 
avait été reçu à correction aux FraQ^ais, 
le 17 oct. i83i. Le Martin Luther^ ou lu 
Diète de Worms, publié en 1866, est le 
Luther de la réception définitive (i5 févr. 
i832), diminué d un acte et notablement 
adouci dans quelques pages trop véhé- 
mentes, qui avaient expité les craintes du 
comité et motivé la clause dilatoire, main- 
tenue sur le registre, malgré mes pru- 
dentes concessions. 

Ce point éclairci(et il a son importance, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo août 1869* 



- 441 



442 



comme on le verra plus loin), je reprends 
la suite de mon récit : M. Jouslin de la 
Salle avait eu pour successeur M. Védel, 
dans la direction des deux scènes (Théâtre* 
Français et Odéon) toujours réunies. Je 
me bornai, sous cette direction, à expri- 
mer le désir de substituer le tour de ré- 
ception de Luther à ma tragédie de Mac- 
bethy pour laquelle je demandai lecture, et 
qui avait été reçue à TOdéon sous la di- 
rection de M. Harel(i): a Occupés sans 
relâche de la mise en scène de Caligula, 
de la reprise iMHernani, du Camp des 
Croz5^5 (m'écrit M. Védel le i"févr. 1837), 
de deux ou trois autres nouveaux ouvrages 
qui absorbent tout notre temps, et occu- 
pent constamment les membres du comité 
de lecture, il a fallu renoncer momentané- 
ment à cette importante occupation. » 
C'est-à-dire qu'on ne lisait plus au Théâtre- 
Français ; cela était simple et net, et cela 
ne valait-il pas mieux en définitive que de 
réunir pendant quelques mois, comme 
nous l'avons vu récemment, une commis- 
sion d'hommes sérieux, sous prétexte de 
réorganiser le comité de lecture, pour ar- 
river à cette conclusion , que désormais 
« au lieu d'être reçus à correction, les ou- 
vrages seraient renvoyés à une seconde 
lecture? n 

L'administrateur qui succéda, en i838, 
à M. Védel, au Théâtre -Français, fut 
M. Buloz, directeur de la Revue des Deux- 
Mondes. Mais les deux scènes du Théâtre- 
Franjais et de TOdéon cessèrent d'être 
réunies, et ce ne fut pas comme directeur, 
mais comme commissaire royal que M. Bu- 
loz fut nommé. Ce fut sous sa gestion, 
en 1842, que je lus Macbeth au comité 
avec l'intention nettement exprimée de 
faire bénéficier cet ouvrage du tour d^ an- 
cienneté de mon drame de Martin Luther. 
Macbethy dont je ne parle ici que parce 
qu'il se trouve rattaché par cette circon- 
stance à l'histoire de Luther, venait de 
nou^i^au d'être reçu à l'Odéon sous la di- 
rection de M. d'Epagny, en 1841 ; mais Je 
n'y voyais pas de distribution possible. Ce 
n'est pas ici le lieu de dire les conventions 
particulières qui furent prises entre M. Bu- 
loz et moi, à la suite de cette lecture, et 
je reviens à Luther. 

Vers la même époque, je demande de 
nouveau la représentation de cet ouvrage 
reçu depuis dix années. Je suis invité par le 



(i) M. Harel m'écrivait le 17 août i83o: 
« L'état actuel des études s'oppose à ce que je 
puisse monter Macbeth, avant Louis XI (le 
Uyuis XI de Casimir Delavigne, c^ui fut joué 
en i832, non pas à l'Odéon, mais aux Fran- 
çais). Après la représentation de cet ouvrage, je 
m'occuperai du vôtre. Vous y trouverez de 
l'avantage, puisque nous serons en hiver... » 
L'hiver venu, le spirituel directeur me dit ce 
mot mémorable ; « Le rôle de Lady Macbeth 
n'est pas assez beau pour M"« Georges ; il est 
trop beau pour une autre, » 



comité d'administration à venir en conférer 
avec lui. Cette fois le plus complet silence 
est gardé par le comité sur la fameuse 
clause : pour être joué à la volonté du 
Théâtre; cette clause semble n'avoir ja- 
mais existé, mais une autre arme est tirée 
de l'arsenal administratif, toujours riche- 
ment pourvu , et le comité m'objecte : 
« Qu'ayant fait imprimer Luther, je n'ai 
plus le droit de réclamer les effets de ma 
réception.» Je réponds : i® Que l'ouvrage 
publié par moi et intitulé : Luther, poème 
dramatique en cinq parties, n'est pas l'ou- 
vrage reçu le i5 févr. i832, sous ce titre : 
Luther ou la Ré/orme, drame historique 
en 3 actes et en 4 tableaux ; 2® je cite sur- 
abondamment, pour ne pas laisser subsis- 
ter l'objection faite, plusieurs ouvrages de 
l'ancien répertoire, et du répertoire con- 
temporain, reçus au Théâtre-Français, et 
représentés, après avoir été préalablement 
publiés par leurs auteurs. Peu de jours 
après cette conférence, je reçois de M. Lo- 
raux, secrétaire de l'administration, une 
lettre où non-seulement il maintient l'opi- 
pinion du comité, mais il va jusqu'à pré- 
tendre que a le Théâtre-Français serait en 
droit de m'intenter une action, pour avoir 
rompu un contrat^ déserté un engagement, 
en taisant imprimer Luther, voici cette 
curieuse épître, datée du 22 sept. 1842: 

a Monsieur, le comité ne pense pas que 
les précédents cités à l'appui du droit que 
vous supposez à un auteur de réclamer les 
effets de la réception de son ouvrage, après 
l'avoir livré à la publicité résultant de 
l'impression, puissent établir jurisprudence 
en la matière (i). Il peut convenir à une 
administration de ne point opposer cette 
cause de nullité du contrat, sans en recon- 
naître la validité. Ce qui forme le contrat, 
c'est l'abandon, de la part de l'auteur, de 
la propriété de son ouvrage, à certaines 
conditions. En disposer autrement, c'est le 
reprendre, c'est le retirer, c'est rompre le 
contrat. Si quelque chose y survit, c'est 
un titre, une action, au profit de la partie 
lésée, contre celui qui a déserté son enga- 
gement, action qui, pour n'avoir jamais 
été exercée que par des auteurs contre les 
administrations théâtrales, n'en demeure 
pas moins fondée en raison comme en 
justice. Ce ne serait donc pas en vertu de 
la réception de votre drame de Luther, 
qu'il pourrait être aujourd'hui reproduit 
sur la scène, mais seulement en faveur de 
circonstances qui n'existent pas en ce mo- 
ment pour le Théâtre-Français. 

a Veuillez agréer, Monsieur, les assu- 
rances, etc. 

a Le secrétaire du comité, Loraux. » 

( I ) J'ai oublié de dire que M. Loraux, secré 
taire du comité dn Théâtre-Français, mort de- 
puis, était avocat. Le lecteur s'en apercevra fa- 
cilement. 



N« m.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



443 



III 



Ce qui résulte d'abord de cette lettre, 
c*est la pleine constatation, c'est la recon- 
naissance, sans restriction, de mon droit 
à la représentation de Luther; c'est l'a- 
bandon, apparent du moins, dans un loua- 
ble sentiment de justice, de cette clause 
dérisoire : o Pour être joué à la volonté 
de la Comédie. » Mais, en y regardant de 
plus près, on voit que l'administration se 
place tout simplement sur un terrain qu'elle 
luge plus favorable à la violation du droit. 
Envisagée à un autre point de vue, la 
lettre de Tavocat-secrétaire prend les pro- 
portions du plus haut comique. J'admets 
un instant la chose qui n'est pas, c'est- 
à-dire l'identité de l'ouvrage imprimé et de 
l'ouvrage reçu (j'ai démontré le contraire, 
et tout lecteur des deux ouvrages peut 
s'en convaincre; le système de M. Loraux 
croule donc par sa base). Mais ce système, 
admettons-le pour un moment. Quoi 1 c'est 
le Théâtre- Français qui est lésé, parce que 
j'ai déserté un engagement, rompu un 
contrat, dont je demande en vain l'exé- 
cution depuis aix ans, contrat et engage- 
ment qui consistent, de la part du Théâtre, 
à me jouer ^uand il le voudrait! Et d'ail- 
leurs, exammons l'argument en lui-même; 
cette prétendue nullité de la réception par 
suite de l'impression de l'œuvre reçue : si 
l'honorable M. Loraux existait encore. 
Que dirait-il aujourd'hui de la singulière 
tnèse qu'il soutenait alors, lorsqu'd ver- 
rait tout le répertoire d'Alfred de Musset 
passé du volume au théâtre; lorsqu'on 
peut en dire presque autant du théâtre de 
M. Octave Feuillet; lorsque récemment 
encore, une comédie de M. Ernest Le- 




le Moniteur, a été représentée quelques 
mois après, et est restée au répertoire qui 
ne s'en plaint pas? 

Mais ]C m'abstiens d'un plus long com- 
mentaire; j'ai voulu simplement répondre 
à l'obligeante invitation de M. Frédéric 
Lock, lui donner les éclaircissements qu'il 
désirait, et publier quelques curieux do- 
cuments. Il me sera permis cependant 
d'ajouter, pour compléter cette histoire 
de mon drame de Luther, qu'il eût dé- 
pendu de moi de le faire représenter en 
18^8. Mais le clergé n'était plus alors tout- 
puissant; il se disait persécuté ; je crus 
convenable et plus généreux de ne pas 
lutter corps à corps, et en plein théâtre, 
avec un ennemi que Ton pouvait croire 
sans défense. J'attendis une époque plus 
favorable; je l'attends toujours. L éloigne- 
ment de la scène de mes tragédies de Lw- 
ther et de Macbeth m'a porté le plus con- 
sidérable préjudice; l'auteur dramatique 
en a cruellement souffert et en souffre en- 
core; l'écrivain (on me rendra cette justice) 
a comblé de son mieux cette lacune par 
quarante années d'incessants travaux pour- 



suivis, au théâtre et ailleurs, non sans dé- 
couragement et sans amertume, mais avec 
une ferme persévérance. Les lecteurs de 
V Intermédiaire me pardonneront, je l'es- 
père j cette courte échappée personnelle, 
s'ils lugent, comme moi, que ce chapitre 
de Tnisioire d'une vie littéraire peut mar- 
quer le caractère du régime administratif 
sous leauel notre première scène drama- 
tique a longtemps vécu et vit encore. 

Léon Haléyy. 
20 juillet 1869. 



Le soufflet, injure grare (V, 167).— 
Voici une citation qui explique pourquoi 
le soufflet, application de la main sur le 
visage d'un autre, est considéré comme 
une injure grave qui ne peut se laver que 
dans le sang, a Autrefois, il n'y avait que 
les vilains qui combattissent à visage dé- 
couvert, et il n'y avait qu'eux qui pussent 
recevoir des cours sur la face. On tint 
donc, entre gentilshommes, qu'un soufflet 
donné sur la joue était une insulte qui de- 
vait être lavée dans le sang, parce que ce- 
lui qui la recevait était traité comme un 
vilain. » (Journal de littérature, 1779.) 

Cette explication 'simple et plausible 
peut, ce nous semble, paraître satisfai- 
sante... à moins qu'on n'en ait une meil- 
leure à produire. A. Tigulle. 



Le testament politiqne de Charles IV de 
Lorraine (V, io5). — Cette petite pièce de 
irers se trouve dans les Œuvres d'Etienne 
Pavillon, de V Académie françoise, con- 
sidérablement augmentées dans cette nou- 
velle édition. Seconde partie, contenant les 
poésies. A Amsterdam, chez Zacharie 
Châtelain, libraire. M. DCC.XLIII, pa- 
ges 238-241. — Je fais observer que l'or- 
thographe et la ponctuation diffèrent un 
peu. Il y a, au bas des pages 2 38 et 239, 
cinq notes sur Charles I V, sa veu^, son 
fils, le prince de Vaudémont, sa fille de 
rislebonne {sic), et sur son neveu, le duc 
Charles V. Le testament politique de Char- 
les IV est très-connu des bibliophiles lor- 
rains. 

Au lieu de Vie, il faut lire Moyen-Vie : 
jamais la petite ville de Vie, chef-lieu du 
temporel de l'évêché de Metz, n'a fait par- 
tie de la Lorraine ducale. A. Benoît. 



Faire la belle (V, 220). — Pourquoi 
donc chercher si loin? Quand deux joueurs 
ont gagné autant de parties l'un que Tau 




décide de la victoire. 



J. E. — G. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo août 1 86g. 



— 445 



446 



Les ensorcelés de Monône (V, 244). — 
M. Z. A. trouvera probablement une ré- 
ponse satisfaisante à sa (question dans un 
ouvrage de M. J. Tissot, intitulé : les Pos- 
sédés de Morpney publié à la librairie 
académique Didier. Le même auteur a 
parlé des persécutés de Morzine dans une 
conférence faite à Dijon, les 16 et 19 mars 
186 3, sur la Sorcellerie et sa répression 
en France, j. M t. 



L'Orbilianisme (V, 3o8). — Nul doute 
possible sur Tétymologie ou plutôt sur l'o • 
rigine de ce mot. Orbilius, le pédagogue à 
poigne (plagosus), a été immortalisé par 
son malheureux disciple Horace (Epist,, 
lib. II, I, 70). Suétone donne sur ce per- 
sonnage des renseignements fort curieux 
(De illustribus grammaticis, c. II); mais, 
selon Macrobe (Saturn.y II, 6), ses éco- 
liers n'auraient pas été seuls à souffrir 
de râcreté de sa bile. Il avait parfois des 
reparties assez burlesques. Un jour qu'il 
s'apprêtait à déposer en justice contre 
Galba, celui-ci, dans Tintention sans doute 
de décréditer son témoignage (les rhéteurs 
passant pour affirmer le pour ou le con- 
tre, selon le besoin de leur cause), le 
somma de décliner sa profession. « Je fric- 
tionne les bossus au soleil, » répondit Or- 
bilius (In sole gibbos soleo fric are), — 
Gaiba était bossu; plus que tout autre, il 
avait le droit de rire : l'histoire ne dit pas 
s'il le fit. 

11 convient d'ajouter, à la décharge d'Or- 
bilius, qu'à Rome, le fouet et la férule 
jouaient un grand rôle dans l'éducation de 
la jeunesse ; aussi Plutarque remaraue-t-il, 
comme un fait singulier, que Sarpédon, le 
précepteur de Caton d'Utique, a em- 
ployé, pour inculquer ses leçons dans l'es- 
prit de son élève, le raisonnement, de pré- 
férence aux gourmades : xai ^àp V^v ycL^i^K; 
watSa^wY^Ç aûxou, xal X^yov l^wv xoîî 
xovB6Xou xpox£tp^'f£pov. Joc'h d'Indret. 



L'hirondelle de Carie Vemet (V, 3oq). 
— A cette question, l'hirondelle du café 
de Foy est-elle véritablement de Vernet? 
je réponds : a Oui, à n'en pouvoir dou- 
ter. » Et je prouverai bientôt mon asser- 
tion, en prouvant que VERNET équivaut 
à HIRONDELLE, et réciproquement; 
en d'autres termes, je ferai voir que, selon 
cet usage où furent de tout temps les ar- 
tistes d'adopter un chiffre, une marque, 
une signature, un rébus ou symbole, 1 hi- 
rondelle forme ici, et ailleurs encore , les 
armes parlantes de notre illustre peintre. 
Mais il ne sera pas sans intérêt de toucher 
auparavant deux mots sur l'oiseau à la tu- 
nique mi-partie de blanc et de noir, dont 
la vie pure et triste rappelle et consacre de 
cruelles infortunes. 



Un roi d'Athènes, Pandion , avait deux 
filles, Progné et Philomèle. Celle-là, don- 
née en mariage par son père à Térée, roi 
de Thrace, finira par mourir du chagrin 
que lui cause son époux ; celle-ci, long- 
temps séparée de sa chère Progné, prie 
son beau-frère de la venir quérir dans la 
cité de Minerve, et de la conduire dans la 
contrée qui doit son nom au fils de Mars. 
Chemin faisant, Térée, qui était déjà éper- 
dûment épris de Philomèle, l'enferme dans 
un château où il l'outrage : cuis, après lui 
avoir coupé la langue, il laisse sa belle- 
sœur prisonnière dans la forteresse. Mais, 
de retour sous le toit conjugal, il fait croire 
à Progné que Philomèle est morte dans le 
voyage. Un an plus tard, cette dernière, 
qui, si elle ne pouvait plus parler, du moins 
pouvait encore broder, autrement : écrire 
avec une aiguille sur une tapisserie , traça 
ainsi l'ignominieuse lâcheté de Térée, sans 
oublier l'affreuse a mutilation » dont il 
s'était rendu coupable sur sa personne. A 

Eeine Progné eut-elle reçu cette toile, que 
rûlée de jalousie, altérée de vengeance, 
elle tua le seul fils qu'elle eût de son mari, 
et fit cuire cet Itylus, dont elle servit les 
membres à Térée dans un festin à lui 
dressé par elle pour le jourde sa fête. C'est 
donc alors que, dans un accès de rage, Té- 
rée, les armes à la main, fondit sur les 
deux sœurs. Mais, à l'instant, le ciel inter- 
vint, et sur-le-champ furent chaneés Térée 
en huppe, Philomèle en rossignol, Progné 
en hirondelle, et son fils Itylus en char- 
donneret. Voilà comment les ingénieuses 
fictions des poëtes grecs ne sont pas sans 
avoir pour tous oe salutaires enseigne- 
ments. Au fait, si Philomèle gémit dans le 
silence des nuits et sous l'épaisseur des 
voûtes verdoyantes, aux heures des crimes 
et dans les bosquets « myrteux; » si Pro- 
gné se cache, en quelque sorte, solitaire, 
muette et casanière, sous les poutres de 
nospluspaisiblestoits, c'est que toutes deux 
elles ont eu, hélas I à se plaindre du com- 
merce des hommes; c'est que toutes deux 
ont perdu et pleurent quelque chose : la 
première son honneur, et la seconde son 
fils. De plus, pourquoi Progné est-il de- 
venu rossignol, Itylus chardonneret, si ce 
n'est afin de pouvoir, à force de vitesse, 
échapper à la criminelle poursuite de Té- 
rée, transformé en oiseau des mœurs les 
plus immondes comme duvol le plus lourd 
et le plus lent? Donc, l'homme et ses pas- 
sions avec leurs funestes effets, tel est tou- 
jours, tel est partout, dans la nature comme 
dans l'art, le fond commun, le thème iné- 
puisable et immuable de toutes les con- 
ceptions des poëtes. J'ai nommé les poë- 
tes, et pour cela, je ne puis résister au désir 
de rappeler ici ce que l'un des plus illus- 
tres d'entre eux, Anacréon, nous a laissé 
sur l'Hirondelle : deux adorables petites 
, odes qui ont jusqu'ici traversé quelque 
vingt-quatre siècles avec l'admiration et les 



N» II 1.3 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 447 — 



448 



vœux de tout ce qu'il est au monde d'es- 
prits cultivés et délicats. Ces deux bijoux 
de poésie grecque sont inscrits dans le li- 
vre du lyrique de Téos, sous les nombres 
XII et XXXIII. Je ne crains pas d'en of- 
fiir à mes chers collaborateurs de Vlnter- 
médiaire une assez fidèle version que je 
viens de me permettre à leur intention : 

I. 
L'Hirondelle châtiée. 

Hirondelle, dis-moi, dis, avec quel sévice 
Justement infligé, veux-tu que ie punisse 
D'un indiscret babil l'intarissable flot i 
Veux-tu que pour briser ce satané complot. 
Soudain j'arme mon bras, importune jaseuse. 
Que je coupe ton aile, et te tasse boiteuse ? 
Ou bien, autre Térée, en pénétrant ta chair 
Dois-je faire tomber ta langue sous le fer ? 
Pourquoi de mon beau rêve, ô messagère agile, 
Par ton cri matinal as-tu chassé Bathylle i 

II. 

L'Hirondelle et le Poète avec sa nichée 
d'Amours. 

Tu reviens tous les ans. Hirondelle chérie ; 
Tous les ans tu refais dans la douce patrie 
Ton nid durant l'été ; mais, pendant le temps 

[froid. 
Pour regagner Memphis, tu passes le détroit. 
Moi, toujours en mon cœur Eros tresse sa couche ; 
Des Désirs celui-ci, pas plus gros qu'une mouche, 
S'envole ; celui-là va rompant sa prison ; 
Cet autre n'est qu'un œui captif sous la cloison. 
Et les jeunes sans cesse appelant la pâture. 
Sans cesse dans mon sein retentit un murmure. 
Les grands sont des petits les pères nourriciers ; 
Une fois drus, ceux-ci, par des essaims entiers, 
Grossissent à leur tour l'aimante république; 
Quel remède à mon mal se peut-il que j'applique? 
Je ne saurais jamais de tant d'Amours, en moi, 
Laisser crier ainsi l'intolérable émoi. 

Comme dans Rome autrefois la Cigo- 
gne, ainsi que dans Paris aujourd'hui, l'Hi- 
rondelle porte bonheur aux maisons. Je 
ne m'étonne donc pas que le maître de 
celle qui fut le café de Foy, ainsi appelé du 
nom d'un immortel capitaine dont on a 
dit avec raison : « Bras, tète et cœur, tout 
était peuple en lui, » s'obstine à vouloir 
garder l'oiseau protecteur dont Carie s'a- 
visa un jour de doter une demeure ouverte 
à tous. Venu avec son fils Horace encore 
éphèbe, lui avait-il fait servir ime pêche, 
une prune? Je l'icnore. Toujours est-il que 
je ne sais quoi d'humide et d'onctueux fut 
lancé, soit par l'un, soit par l'autre, au 
plafond et y imprima une malencontreuse 
tache. Aimez-vous mieux que, après avoir 
humé et savouré la liqueur, non moins 
chère à la peinture qu'à la poésie, Carie 
n'ait eu pour payer d'autre monnaie que 
son talent naissant ? Choisissez donc ; qu'il 
s'agisse pour lui, soit de réparer un dégât, 
soit d'acquitter une dette, Vemet, dans 
l'un et l'autre cas, inscrit déjà pour la 
gloire, dans un lieu très-fréquenté, un nom 



déjà dynastique, mais encore sous le ri- 
deau. Spontanément donc, ou sur Tinvi- 
tation du public amphitryon du« café de 
Foy, Carie, en guise de numéraire, donne 
son nom, laisse sa carte. Et pour cela, que 
fait-il donc ? Comme VERNET dérive de 
VERNELLUS, issu lui-même de VER, 
d'où VERNUS, tous mots au fond des- 
quels verdit le « printemps; » comme d'ail- 
leurs le héraut emplumé, le rapide messa- 
fer du RENOUVEAU, c'est cet oiseau 
ont les Romains disaient que, si la pluie 
menace, 'il « va-rasant-l'onde, » IT-RA- 
DENS-UNDAM, (H)IRUNDO, notre 
Carie, au lieu de figurer en toutes lettres 
VERNET, représente son blason, ses ar- 
mes parlantes , par le volatile avant-cou- 
reur de la première saison de l'année, 
VERNA primi temporis prcenuntia; en 
un mot, il peint une hirondelle. 
(Grenoble.) J. P. 



Un vers de Tartuffe (V, 421). —Je ne 
sais si tout le monde sera d'accord avec 
M. Louis H. : que Dorine parle des éructa- 
tions de Tartufife et de l'accueil que leur 
fait Orgon comme d'une chose naturelle. 
C'est, au contraire, le trait le plus fort et 
qu'elle a gardé pour le dernier, du tableau 
qu'elle trace de l'infatuation de son maî- 
tre. Après cela, il ne lui restera plus qu'à 
dire, comme elle le fait. — « Il en est fou. » 
La citation du Dictionnaire de Trévoux 
me paraîtrait donc beaucoup plus con- 
cluante que celle de Molière, en faveur du 
jdroit d'émission en question, si ce diction- 
naire ne pouvait pas avoir consigné là uq 
usage populaire et tenu pour fort grossier 
dans la bonne compagnie. D'ailleurs, il n'a- 
joute pas que cela se fit à table, circon- 
stance très-aggravante. Une anecdote citée 
par Tallemant des Réaux, et qui remonte 
à une époque où le laisser-aller des ma- 
nières pouvait se ressentir des guerres ci- 
viles à peine éteintes, semblerait prouver 
au contraire que ce genre de soupir n'était 
pas admis en France. « Quand le conné- 
table de Castille vint à Paris, Henri IV ie 
fit traiter, et le connétable de France étoit 
vis-à-vis de lui : chaque Espagnol avait 
ainsi un Français de l'autre côté de la ta- 
ble. Le nonce du pape, qui fut depuis le 
pape Urbain, étoit au haut bout. Un Es- 
pagnol, qui étoit vis-à-vis du maréchal de 
Koquelaure, faisoitde gros rots, en disant: 
La San i ta del cuerpo, senor marescal. Le 
maréchal s'ennuya de cela, et tout d'un 
coup, comme l'autre réitéroit, il tourne le 
cul et lui fait un gros pet en disant : La sa- 
nita del culoj senor EspanoL » M. de Ké- 
ratry, dans une relation qui a paru en 1867, 
dans la Revue des Deux-Mondes^ de la 
part qu'il a prise à la campagne du Mexi- 
que, représente la liberté d'éructation 
comme pratiquée au Mexique par la meil- 
leure société, et particulièrement par les 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 août 1869. 



449 



45o 



dames, mais cela se passe dans un salon et 
non pas à table. O. D. 

— Dans l'Ile-et-Vilaine, il n'est pas rare 
de trouver des paysans qui expriment leur 
satisfaction, après un bon repas, en lais- 
sant un libre cours à leurs éructations. 
Loin de s*en offenser, Tamphytrion doit en 
être très-flatté : c'est une preuve que Ton a 
fait honneur à son hospitalité. Or, pour 
qui sait que le langage, le costume, les 
habitudes de nos paysans sont la plus 
fidèle tradition des siècles passés, il ne 
peut être douteux que l'on ait autrefois 
roté aux tables bourgeoises , de même 
qu'autrefois aussi on disait à la cour : J'ons 
il f avons (Woïr les lettres du duc de Guise). 
(Saint-Malo). A.-G. J. 



Le pont d'or (V, 342). — On me com- 
munique la réponse que voici qui, îe l'a- 
voue, ne me paraît pas la réponse aéfini- 
tive: a M. Alfred Assollant, ancien élève 
« de l'Ecole normale et, par conséquent, 
« homme bien informé, a dit dans ses pi- 
« quantes Scènes de la vie des Etats-Unis 
« (Hachette, iSSg, p. 246) : « Mais le vieux 
« Butterhy ne fut pas • de cet avis ; il dé- 
« clara qu'il pensait comme César^ qu'il 
^ faut faire un pont d'or à V ennemi qui se 
« retire. » Euqorral. 

Les fourneaux du père Dnche8ne(V,345, 

et IV, 139). — Dans le n» 355 de l'infâme 
journal : « La grande colère du père Du- 
chesne, » on a la preuve que c'est bien 
fourneaux et non journaux, qu'il faut 
lire. Hébert, l'ancien contrôleur des con- 
tremarques au théâtre des Variétés, puis 
membre de la Commune du 10 août, et 
substitut du procureur de la municipalité 
de Paris, dit : « Il t'en souvient, pauvre 
« marchand de fourneaux, c'étoit par toi 
« que devoit commencer la danse. » Et au 
bas de cette ignoble feuille signée HÉ- 
BERT, sont représentés deux tourneaux, 
l'un debout, l'autre renversé. Elle sortait 
de l'imprimerie de la rue Neuve de l' Ega- 
lité, cour des Forges de Bonne- Nouvelle. 
— Dans un billet écrit antérieurement à la 
Révolution, le style du marchand de four- 
neaux est bien différent. 11 commence ainsi: 
« Hébert est venu pour avoir l'honneur de 
« faire sa cour à son secrétaire général, » 
ît termine par : « Je réclame les bontés 
< de M, Quetan, que je me désespère de 
' n'avoir point trouvé chez lui . » 

Il demeurait alors rue Neuve-Saint- 
-tienne- Villeneuve, maison de madame 
■lerbault. P. A. L. 



« Quo8 vult deperdere, Jupiter démen- 
ât » (V, 369;. — En citant une sentence 
recque, il est bon de ne la point tronquer. Il 



me semble que sans parler d'une faute 
d'accentuation (àçaipet, pour à^atpeî) je 
relève un solécisme, 4'omission de l'anté- 
cédent; dcTub TOUTWV. Ainsi, au lieu de, obç 
airoXX6vat ôéXst, Zeùç vouv àçatpst, il est in- 
dispensable que vous lisiez avec nous : OÎ>ç 

i7coXX6vai ôéXei, à%o To6Ta)v vouv àçaipeï. 
(Grenoble). J. P. 

De qui ces deux vers? (V, 370.) — Si 
j'osais, je conjecturerais que la véritable 
leçon doit être en enfer au lieu d'en pri- 
son, et que les vers appartiennent à quel- 
Que Enéide travestie, à propos de ce vers 
au Vie chant : 

Discite justitiam inoniti et non temnere Divos! 

La critioue et la plaisanterie seraient 
d'autant plus justes que Virgile dit posté- 
rieurement que Phle^as, qui le prononce, 
avertit les ombres. Si ces deux vers ne se 
trouvent pas dans V Enéide travestieimprï- 
mée, ils pourraient appartenir à cette pa- 
rodie du sixième chant, faite au collège par 
Perrault, ses frères et ses amis, et que je 
crois inédite. O. D. 

— Ils sont de Scarron, et en voici le vrai 
texte : 

Cette sentence est bonne et belle ; 
Mais en Enfer de quoi sert-elle? 

C'est là une réflexion tout à fait person- 
nelle que lui inspire le fameux : Discite 
justitiam monitiy et non temnere Divos, 
de Virgile, qu'il vient de traduire par : 
a Soyez juste, craignez les Dieux 1 » 

Ch. M.-L. 

— Même réponse de Yezimat. 



« Ventnm textilem » (V, 378).— D'après 
Quicherat et Daveluy, ce mot signifie^é^^ir^ 
et il est de Pétrone {Satyricon). E. 6. P. 

— Noël, à cette expression, qu'il traduit 
par ga^Cy cite Pétrone. Dans son Diction- 
naire français, il ne donne pas cette tra- 
duction du mot gas^e; mais, au mot mous~ 
selinCj il traduit nebula linea, et allègue 
encore Pétrone. A la vérité, cela signifie 
seulement que Pétrone est l'auteur le plus 
autorisé oii il ait trouvé ces tropes. Mais 
cette circonstance, jointe à celle de l'ex- 
pression modifiée, me paraît indiquer Pé- 
trone comme en étant aussi l'inventeur. 

O. D. 

— Cette expression, bien ingénieuse en 
effet, se trouve dans le Satyricon de Pé- 
trone, ch. 55; mais, selon Pétrone lui- 
même, elle appartiendrait à Publius Syrus, 
que Trimalcnion, à la fin de son glorieux 
Balthaj^ardy exalte avec emphase au détri- 
ment de Cicéron qui n'avait rien à voir en 



w» III.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



43i 



462 



cette affaire. Entre autres vers plus ou 
moins heureux de son pofite favori, le gro- 
tesque amphytrion cite les deux suivants : 

.£quum est induere nuptam ventum textilem, 
Paiam prostare nudam in nebula linea ? 

Joc*H d*Indret. 



Vers de Baoar-Lormian empruntés par 
Alf. de Musset (V, Syo). — Ce n'est point 
le seul plagiat que Ton peut trouver dans 
les œuvres de notre charmant poète. On 
lit, en effet, dans Jacques le fataliste de Di- 
derot : « Le premier serment que firent 
deux êtres de chair, ce fut au pied d'un 
rocher oui tomboit en poussière ; ils attes- 
tèrent ûe leur constance un ciel qui n'est 
point un instant le même : tout passoit en 
eux et autour d'eux, et ils croyaient leurs 
cœurs affranchis de vicissitudes. » 

Musset a paraphrasé les mêmes idées dans 
ces strophes magnifiques : 

Oui, les premiers baisers, oui, les premiers ser- 

[ments 
Que deux êtres mortels échangèrent sur terre, 
Ce fut au pied d'un arbre effeuillé par les vents, 
Sur un roc en poussière. 

Ils prirent à témoin de leur joie éphémère 
Un ciel toujours voilé qui change à tout mo- 

[ment, 
Et des astres sans nom que leur propre lumière 
Dévore incessamment. 

Tout mourait autour d'eux, l'oiseau dans le 

[feuillage, 
La fleur entre leurs mains, l'insecte sous leurs 
La source desséchée où vacillait l'image fpiés, 
De leurs traits oubliés. 

Et sur tous ces débris joignant leurs mains d'ar- 
Etourdis des éclairs d'un mstant déplaisir, [gile. 
Ils croyaient échapper à cet être immobile 
Qui regarde mourir. 

[Poésies nouvelles d'Aï/, de Musset, 
Paris, Charpentier, i85o, p. 96). 

A. DE G. 



Hommes célèbres non mariés (V, 3y3), 
— Sans doute il y aurait beaucoup de 
noms à ajouter à la liste donnée par 
M. H. S. ; mais il faudrait d'abord com- 
mencer par en retrancher le nom de Cor- 
neille qui y figure par une erreur étrange : 
non-seulement Corneille fut marié; mais 
sa descendance directe existe encore. 

H. T. 

— Où M. H. S. a-t-il lu que Pierre 
Corneille n'était pas marié ? Voici un pas- 
sage de son portrait par Fontenelle qui 
est probant à cet égard. « Au fond, il était 
très-aisé à vivre, bon père, bon mari^ bon 
parent, tendre et plein d'amitié. » Ajou- 
tons à ce témoignage celui d'un diction- 
naire biographique à l'article Thomas 
Corneille: a L'union entre son frère(Pierre) 



et lui fut toujours intime. Ils avaient 
épousé les deux sœurs ; ils eurent le même 
nombre d'enfants... » R. de S. 

— Il faudrait retrancher de cette liste: 
i® Corneille; tout le monde sait qu'il 
épousa Mademoiselle Marguerite de Lera- 
périère, et Thomas Corneille la sœur de 
cette même demoiselle de Lempérière, et 
qu'ils vécurent tous quatre ensemble jus- 
qu'à la mort de Pierre; — 2^ Addison, 
qui, en 171 6, avait épousé la comtesse 
douairière de Warwick, femme vaine qui 
croyait descendre de son rang et dont il 
n'avait obtenu la main qu'à force de temps 
et de soins. Sam. Johnson disait qu'elle 
l'avait épousé sur le même pied qu'une 
princesse du sang ottoman épouse im 
sujet turc : Fille, lui dit le sultan, je te donc? 
cet homme pour esclave. — 3* Descans 
suivant Baillet eut une fille, mais c'éttt 
une enfant née hors mariage et qui mournt 
à cinq ans en 1640. Vigneul- M arville sou- 
tient que cette histoire d'enfant est un 
conte fait à plaisir par les ennemis du 
philosophe. A. Nalis. 

— Corneille était marié. On prétend 
même que ce fiit un mariage d'amour, et 
que Richelieu dut intervenir pour lui fair.' 
épouser celle qu'il aimait et que le ptt 
gentilhomme, refusait de donner à ut 
homme de robe. Si l'anecdote est exacte. 
on peut citer le célèbre quatrain : 

Qu'on parle bien ou mal du fameux cardina), 
Ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien ; 
Il m'a fait trop de bien pour ea dire du mal; 
Il m'a fait trop de mal pour en dire du bien! 

Comme un exemple signalé du genui 
irritabile vatum. Mettre en balance un pa 
reil service avec des attaques contre e 
Cidy qui, en définitive, lui avaient étéplu> 
utiles que nuisibles! 

Arioste aussi aurait été marié, selon une 
notice biographique insérée dans le A/"- 
gasin Pittoresque de septembre 1867, «' 
qui paraît contenir plusieurs détails iné- 
dits. 

Je ne crois pas qu'on trouve cette asser 
tion ailleurs ; mais, dans une notice placée 
en tête d'une édition de la traduction de 
Panckoucke, Paris, 1842, M. A. de Laiour 
présente l'union d'Arioste avec une veuve 
florentine comme étant à peu près un 
mariage selon les idées de l'époque et du 
pays. En sorte que je pense qu'il faudrait. 
ou retrancher Arioste de cette liste, ou y 
joindre encore J.-J. Rousseau, dont Ifi 
mariage n'était pas beaucoup plus com- 
plet. 0. D. 

— Allongera qui pourra la liste dressée 
par M . H. S. Je me contente, quant à moi, 
a'en retrancher le nom de Corneille. U 
douce et patiente Marie de Lempérière 
n'occupait guère le monde d'elle et laissait, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[ioaoûti>86^ 



453 - 



454 



sans mot dire, son mari adresser de char- 
mants vers à la Duparc, mais ce n'est pas 

une raison pour qu'on Toublie Au 

contraire! Ch. M. L. 

— Ajoutez, s. V. p., Joseph Scaliger et 
Jean-Louis Guez de Balzac. Si M. H. S. 
voulait étendre ses recherches jusqu'à nos 
jours , il aurait à inscrire sur sa liste Ho- 
noré de Balzac, Alfred de Musset, Béran- 
ger, etc. Si, enfin, M. H. S. absorbait dans 
sa curieuse statistique ceux de nos écrivains 
illustres qui vivent encore, et <jui, selon 
toute probabilité, resteront misogames, 
je lui signalerais M. Sainte-Beuve.. Mais 
chut!... M. de Guilloutet pourrait nous en- 
tendre... Yezimat. 



De la Ramée (V, 874). — J'ai eu pour 
professeur d'allemand; en 1840, un des- 
cendant de Pierre de la Ramée, M. Adol- 
phe Ramus, bourgeois de Neufchâtel, né 
d'un père neufchatelois et d'une mère al- 
lemande à Hambourg. Il avait en sa pos- 
session une Bible de famille, sur un des 
feuillets blancs de laquelle chaque généra- 
tion inscrivait son mariage, la naissance de 
ses enfants et la mort de ses parents de 
la génération précédente. 11 avait un fils, 
mais je crois que tous deux sont morts et 
je ne sais s*ii y avait une autre brancjie de 
cette famille. 

M. P. A. L. aurait une réponse plus 
complète, en s'adressant au bibliothécaire 
de la ville de Neufchâtel en Suisse. 

(Versailles). R. de S. 



Vitry-le-Françoi8 (V, 3j5). — On a 
longtemps écrit Vitry-le^François^ et pro- 
noncé Français^ jusque même sous la 
Restauration, je crois. Maintenant on dit 
2t on écrit le François, Toutes les pièces 
ïdministratives portent Vitry-le-François. 
Pour mon compte, je me conforme à 
'usage actuel, mais je me rappelle cepen- 
iant qu'étant enfant, je disais le Français 
ît n'étais repris par personne. Je parle de 
ongtemps. A. Nalis. 



tt Les physionomies littéraires, etc. » (V, 
I76). — L'auteur de cet ouvrage, en effet, 
» a pas donné suite au projet qu'il avait 
orme de publier la série des volumes qui 
arent annoncés en i852 sous le titre de: 

Les physionomies littéraires de ce 
^tnps. » Un seul volume parut, il concer- 
ait Honoré de Balzac et son œufre. Dif- 
érents matériaux que ledit auteur avait 
nsuite réunis de divers côtés, devaient lui 
ervir pour la publication d'une édition 
ouvelle de ce même volume, qui eût paru 
ntièrement refondue et accompagnée d'un 
hoix de lettres de feu M. de Balzac... si 
lie eût jamais paru. Mais les tracas et les 



ennuis que M. Dutacq, à l'instigation de 
Madame Eve, veuve de Balzac (i), sus- 
cita alors à celui qui préparait et annon- 
çait cette édition nouvelle, le fatiguèrent 
et l'indisposèrent tellement qu'il en aban- 
donna tout le projet. 

M. Michel Lévy, pour la belle et défi- 
nitive édition des œuvres de Balzac qu'il 
publie présentement, a réuni un fort grand 
nombre de lettres de l'auteur de la Comé- 
die humaine. Il a naturellement dû s'a- 
dresser, pour y réussir, à la bienveillance 
et à la complaisance des uns et des autres. 
Il a interrogé le biographe de Balzac en 
i863, leauel s'est bientôt aperçu que 
M. Michel Lévy avait eu des informations 
bien exagérées sur l'importance du porte- 
feuille dudit biographe, relatif à M. de Bal- 
zac. Ce qui lui est resté, est en vérité insi- 
gnifiant, et ses idées s'étant absolument 
portées ailleurs depuis quinze ans, c'est- 
à-dire depuis un premier voyage qu'il eut à 
faire à Venise, il n'a plus donné de soins 
d'aucun genre aux menus papiers qu'il 
avait réunis antérieurement à la date de 
ce voyage. 

Quant aux apprêts des autres notices et 
particulièrement de celle qui fut ainsi an- 
noncée : « Essai sur la jeunesse et les ten- 
dances littéraires de Théophile Gautier 
(Histoire d'un temps curieux), » voici la 
vérité : 

Le plan de cette notice et de différentes 
autres dont les héros avaient tous été des 
romantiques, s'était transformé dans l'es- 
prit de celui qui l'avait conçu, en une œuvre 
d'ensemble qu'il aurait voulu produire sous 
le titre très-littéraire de : « Histoire du ro- 
mantisme. » Il vit et interrogea beaucoup 
ceux qu'il put rencontrer comme ayant fait 
figure, petite ou grande, dans ce mouve- 
ment, clans ce parti, dans cette école. Mais 
le voyage à Venise, en portant sa curiosité 
vers des horizons nouveaux, lui fit délaisser 
les anciens. A vrai dire donc, il n'oserait 
appeler notes les quelques lignes oui lui 
sont restées d'un temps consacré à des re- 
cherches d'une nature si différente de celles 
qui l'ont depuis animé aux études de l'his- 
toire d'après les pièces diplomatiques. Ce 
qui lui reste de ses premières tentatives ne 
sont que des bribes, des sommaires, des 
memorabilia, immédiatement jetés sur le 
premier brin de papier qui s'est rencontré. 
Ceci est à la plume, cela au crayon; il est 
malaisé de s'y reconnaître. Si M. Paul 
Rovil, Ûont la question me semble dictée 

Ear un grand sentiment d'obligeance, veut 
ien entrer en relations directes avec moi, 
je répondrai dans des lettres privées avec 
plus de détails que je ne le puis faire dans 
ce journal interméaiaire , charmant et in- 
téressant, mais pour lequel il faut néces- 

(i) Voir, pour les détails, la Presse, 22 nov. 
i853, le Siècle, fin du même mois, et le Mous- 
quetaire, 7 et 8 déc. 



u* 1 1 1.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



455 



456 



sairement se rappeler que le moi est haïs- 
sable, quand il est excessif. 

Il m est toutefois plus facile de répondre 
en peu de mots à la dernière question de 
M. Paul Rovil : Le titre cité par lui est 
erroné ; je n'ai pas produit une Etude sur 
les Alde^ mais seulement des Lettres 
d'Aide /'ancien et des documents , tous 
inédits, le concernant. J'en avais fait la 
rencontre dans les précieux papiers de la 
maison de Gonzague, à Mantoue. L'édi- 
tion ne fut, en effet, tirée qu'à 160 exem- 
plaires et imprimée à Venise {Venetiis, 
ex œdibus antonellianis MDCCCLXVII). 
Aucun exemplaire n'a pu et n'a dû passer 
dans le commerce ; l'imprimeur s en ré- 
serva cinquante-deux pour ses amis et je 
pus disposer de cent huit qui furent 
alors répartis entre des personnes qui 
m'étaient amies personnellement, ou que 
leur qualité de bibliophile, à moi connue, 
m'assurait du bon accueil qu'elles feraient 
à un livre composé ad memoriam Aldi 
Romani. Ce m'est un regret d'avoir connu 
si tardivement le désir de M. Paul Rovil. 

Armand Baschet. 



Clémence de Bourges et Louise Labé 
(V, 377). — J.-B. Monfalcon dit, dans sa 
notice sur Louise Labé, en tête de l'édi- 
tion donnée par ses soins et ceux de L. 
Cailhava (Pans, Râçon, i853,in-8), p. 12: 
« Les réunions qui avaient lieu dans son 
jardin (le jardin de L. Labé), ou dans son 
beau cabinet de livres, étaient infiniment 
agréables ; on y causait de poésie et des 
petits événements du jour ; on y faisait des 
lectures et de l'excellente musique. 11 est 
probable qu'on y entendit plusieurs fois 
cette intéressante Clémence de Bourges, 
la perle des demoiselles lyonnaises, belle 
comme Louise, comme elle encore poëte 
d'un rare mérite, et dont le talent sur l'é- 
pinette était si renommé, que Henri II et 
Catherine de Médicis voulurent le connaî- 
tre. Louise Labé a dédié son Débat de 
J^o/ieef^'Amowr à Mademoiselle Clémence 
de Bourges, par une lettre fort digne dont 
l'objet principal est « de prier les vertueu- 
« ses clames d'eslever un peu leur esprit 
« pardessus leurs quenoilles et fuseaus, et 
« s'employer à faire entendre au monde 
« que si nous ne sommes faites pour com- 
« mander, si ne devons estre dédaignées 
« pour compaignes, tant es affaires domes- 
« tiques que publiques , de ceux (fui gou- 
« vernent et se font obéir. » 

Cette opinion, Louise la défend fort 
bien. On a raconté que Tintimité qui exis- 
tait entre les deux amies avait fini par une 
rupture éclatante. Clémence, dit-on, avait 
un amant dont elle exaltait les Qualités 
dans ses vers ; Louise Labé le lui en- 
leva, etc Cette historiette, aventurée 

pour la première fois par l'abbé Irail, en 
1761, dans le i«' volume de ses Querelles 



littéraires, n'a pas la moindre vérité; c'est 
un conte fait à plaisir, bien qu'on le trouve 
dans la Biographie universelle. Clémence 
était fiancée à un jeune Lyonnais, Jean 
du Peyrat (i), qui alla rejoindre l'armée 
royale en Dauphiné, combattit les protes- 
tants et périt à Beaurepaire. La douleur 
tua la jeune fille, qui fut portée au cime- 
tière le visage découvert et la tête couron- 
née de fleurs. Cette pauvre enfant avait à 
peine seize ans. 

Dans son discours surjLouise Labé,luà 
l'Académie des sciences et belles-lettres, en 
avril 1746 (Lyon,'A. Delaroche, i75o,in-8, 
de Ruolz, conseiller à la cour des Mon- 
noies, ajoute que Clémence de Bourges 
avait fait l'ornement des fêtes à nos rois à 
leur passage, en jouant devant eux plu- 
sieurs sortes d'instruments. 

Elle était fille de noble Claude de Bour- 
ges, seigneur de Myons, général des finait 
ces de Piémont, et de demoiselle Fran 
çoise de Mornay. Les armes de la maison 
de Bourges paraissent à la voûte de lé- 
glise de Saint-Nizier de Lyon, dans l'en- 
droit où les nervures se croisent. Elle por- 
tait de gueules au lion d'argent, et un 
chevron d'azur brochant sur le tout. 

P. B. 



Les autographes de Madame Récamie 
(V, 377). — La petite écriture de cette 
femme célèbre est pourtant bien connue. 
J'ai devant moi, entre autres, un h]lki 
adressé à Madame la comtesse de Genlis; 
quoique ne portant que ses initiales, J.R. 
il est bien autographe, et date de son en- 
trée à l'Abbaye-aux-Bois, en 181 9 : 

« 14 novembre. 

o On m'avait fait espérer que vous étiez 
a de retour à Paris; j'ai été vous chercher 
a à votre ancien logement. J'ai été chez 
te M. Casimir (le fils de Madame de Gen- 
lis), et c'est avec un vif regret que je re- 
« nonce au bonheur de vous dire moi-même 
« tout le plaisir que vous m'avez donné ec 
« m 'envoyant Pétrarque et Laure. Vous 
a savez par de meilleurs juges que moiliî- 
a datant succès de cet ouvrage, dont la 
« pureté et l'élégance de stile sont compa- 
« rés à ce que vous avez écrit de plus p^r- 
« fait. Je suis bien impatiente de pouvoir 
a vous en parler. Soyez assez bonne pour 
« me faire connaître vos projets. Je suis 
a établie depuis mon retour de la campa 
« gne à l'Abbaye-aux-Bois, et je ni y 
« trouve aussi bien que puisse le permet- 
« tre une situation dont vous connoissez 
« toute la tristesse. Agréez l'hommage de 
« toute ma reconnoissance et de tous mes 
a sentiments. J- R» " 



(i) Lacroix du Maine et Du Verdier citent un 
J. du Peyrat, de Sarlat, qui traduisit le G^w- 
tée, imprimé chez Kerver en i562. Est-ce t« 
même? 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



457 



458 



[10 août 1869. 



L'automne dé 181 S et tout l'été de 18 19 
j'écoulèrent pour Madame Récamier dans 
a gracieuse solitude du Val-aux-Loups, 
quelle avait loué de moitié avec M. Ma- 
:hieu de Montmorency. La charmante du- 
:hesse de Broglie lui écrivait à ce sujet, le 
19 juillet 181 9 : 

« Je me représente votre petit ménage 
I du Val-aux-Loups comme le plus gra- 
K cieux du monde ; mais, quand on écrira 
i la biographie de Mathieu dans la Vie des 
ti Saints, convenez que ce tête-à-tête avec 
tt la plus belle et la plus admirée femme 
« de son temps sera un drôle de chapitre. 
^'Tout est pur pour les purs, dit saint 
« Paul, et il a raison. Le monde est tou- 
« jours juste ; il devine le fond des cœurs. 
tt II ajoute au mal, mais il ne Tinvente ja- 
« mais; aussi, je crois que l'on perd tou- 
« jours sa réputation par sa faute. » 

Sur le billet de Madame Récamier, le 
cachet porte en grec : a\k&kie. P. A. L. 



Un liYre de Tabbé de Guasco (V, 378).— 
La prétendue Histoire du pape Clément V 
n'est qu'une Dissertation sur ce souverain 
pontife. Elle est insérée dans le recueil 
suivant, publié par l'abbé de Guasco : Dis- 
sertations historiques y politiques et lit té- 
r aires. Tourna y, lySô, 2 vol. petit in-8. 
Lindication d'Œttinger n'est donc inexacte 
que par une fausse énonciation du titre 
que porte le travail en question. 

G. Paulowsky. 



Fin à dorer comme une dague de plomb 
(V, 379). — C'est de même que Ton dit 
d'un lourdaud : « Il est léger comme* l'oi- 
seau de saint Luc » (le bœufj. 

P. A. L. 

— Il m'est impossible de ne pas protes- 
ter contre Tétymologie un peu trop fan- 
taisiste donnée par M. J. P. Suivant lui, le 
mot dague viendrait de l'espagnol, et dé- 
riverait de dado, doigt. Il n'y a au'un mal- 
heur : c'est que doigt, en castillan, se dit 
àedo^ dérivation toute naturelle de digi- 
^^s, et non dado. La phrase que cite 
M. J. P. : A una vuelta de dado, signifie 
littéralement : En un tour ou en un coup 
de dé. Quant à la véritable origine du mot 
dague, elle est fort obscure. On peut con- 
sulter sur ce point l'excellent Dictionnaire 
^e M. Littré, qui indiaue comme étymo- 
mologies possibles l'allemand degen, le 
Dfeton dag, dager, ou une racine arabe 
révélée par la forme portugaise adaga, 
pour aUdaga. 

En ce qui touche le passage de Rabe- 
lais, je n'ai rien à ajouter à l'interprétation 
ûe M. O. D., qui me paraît complètement 
satisfaisante. Dicastès. 



Les initiales J. H. J. (V, 579). — a Autre 
bouquet fait en forme de croix, etc. » C'est 
évidemment J. H. S. qu'on a voulu mettre : 
Jésus Hominum Salvator. P. A. L. 

— Ces initiales sont tout simplement 
une faute d'impression ou une faute de lec- 
ture. Les lettres qui accompagnent le bou- 
quet « brodé en forme de croix, » sont 
évidemment JHS, les lettres par lesquelles 
on exprime si couramment le nom de 
JHESVS. On y remarque comme dans 
toutes les abréviations du moyen âge 
l'emploi — toujours prédominant et sou- 
vent exclusif — des consonnes et non des 
voyelles, parce que celles-ci, moins nom- 
breuses, sont plus faciles à restituer que 
les consonnes dont le nombre supérieur 
prêterait trop à l'erreur. Le même senti- 
ment n'existe-t-il pas d'une façon encore 
Î)lus frappante dans plusieurs langues de 
'Orient, où les voyelles ont commencé par 
ne pas s'écrire et n'ont été que plus tard 
indiquées par l'addition de points et de 
signes mis au-dessous et au-dessus des 
consonnes, qui continuaient ainsi d'être 
seules réellement figurées? A. de M. 



Gnillotin et la Guillotine (V, 382). — 
Je possède une brochure portant à la fin 
les initiales R-P ,et intitulée ; «,étude bio- 
graphique sur Guillotin (Joseph-Ignace) » 
(Extrait du Moniteur universel des 2 5 fé- 
vrier et 10 mars i85i.) L'auteur de l'ar- 
ticle qui a paru dans le Figaro a dû con- 
naître cette brochure, puisque les détails 
qu'il donne, en sont plusieurs fois extraits 
textuellement. On y trouve ce premier 
couplet d'une chanson qui parut dans le 
célèbre journal-pamphlet , les Actes des 
apôtres : 

Guillotin, 

Médecin 

Politique, 
Invente un beau matin 
Que pendre est inhumain 
Et peu patriotique. 

Aussitôt 

Il lui faut 

Un supplice, 
Qui, sans corde et poteau, 
Supprime du bourreau 
L'office. 

On lit ensuite les vers suivans qu'avait 
faits un détenu : 

La guillotine est un bijou 
Aujourd'hui des plus à la mode ; 
J'en veux une en bois d'acajou. 
Que je mettrai sur ma commode. 
Je l'essaierai chaque matin, 
Pour ne pas paraître novice, 
Si, par malheur, le lendemain, 
A mon tour je suis de service. 

L'auteur ajoute: « Et peu de jours après, 



N* III.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



459 



460 



tt assure-t-on, le matheureux fut de ser- 
tt vice. » Ed. Leroux. 

Eau Naf (V, 394). — Merci pour les 
réponses au*on a bien voulu faire à cette 
question d eau ; cependant ma soif de cu- 
riosité n*est pas entièrement satisfaite. Je 
tiendrais à connaître Tusage que l'on fai- 
sait de ïeau naf^ à la fin des repas, dans 
le XV« siècle. Voyez le texte du manuscrit 
précité (V, 3x3). C. P. V. 

Onvrages relatifs aux Gascons (V, 395). 
— M. Euqorralne ferait-il pas bien dépla- 
cer en tête de sa liste les diverses histoires 
et biographies du plus gascon de tous les 
rois : de Henri IV r Par la même occasion, 
je lui conseille d'y joindre la Henriade ; 
autre gasconnade moins excusable encore 
de la part de Voltaire que laPucelle. Je si- 
gnalerai ensuite à M. Euqorral le Cadet de 
Gascogne dans les Nouvelles Œuvres de 
J. de la Fontaine y publiées par M. Paul 
Lacroix, sans oublier certain renard Gas- 
con, de la fable le Renard et les Raisins ; 
puis, la lâcheté, la forfanterie et la fourbe- 
rie, personnifiées sous le nom de Chaudo- 
reille, dans le Barbier de Paris, par Paul 
de Kock ; un modèle de courage, de loyauté 
et de générosité dans le personnage de 
Croustignac du Morne au Diable , par 
Eugène Sue ; et enfin Cocardas et son ami 
Passe- Poil dans le roman et la pièce du 
Bossu, de Paul Féval. J. Mt. 



Le chatmnisme (V, 397). — Je ne con- 
teste pas du tout que Chauvin soit un per- 
sonnage de théâtre et de caricatures. Seu- 
lement, je crois que son nom a été fait 
exprès et tiré du mot chauve. S'il se trouve, 
en effet, que c'est un personnage réel, j'ai 
tort sans doute ; mais c'est un hasard à re- 
marquer. Le Soldat Laboureur est un ro- 
man de {?) inspiré, comme l'auteur lui- 
même en convient, par le tableau d'Horace 
Vernet. Le soldat laboureur s'y nomme 
Francœur et non Chauvin, Qu'il ait été 
mis au théâtre, je n'en doute pas, et même, 
sans le savoir, i affirmerais volontiers que 
ce fut un rôle cie Lepeintre aîné. Ce vau- 
deville n'a pas été recueilli dans le 77?^^- 
tre complet de M, Eugène Scribe, 1834, 
vingt volumes in-octavo; mais cela ne 
prouve pas qu'il ne fût pas de lui, ou du 
moins qu'il ne portât pas son nom. Je ne 
suis pas non plus le seul de nos correspon- 
dants qui ait cru le mot chauvinisme ap- 
plicable à autre chose qu'à la guerre , car 
voici dans quels termes la question qui 
nous occupe avait déjà été formulée, par 
M. T. M. (IV, 389) : a Qu'est-ce que le 
chauvinisme ? On ne parle en ce moment 
que de chauvinisme appliqué à la guerre, 
ae chauvinisme appliqué à la politique, de 



chauvinisme appliqué à la rell^on- 
Qu'est-ce donc au juste que le chauvinisme 
en lui-même, et dans ses applications ? « 
A la question ainsi posée, on pourrait ré- 
pondre que c'est un combiné d exagération 
et de... surannisme, quand ce dernier mot 
sera français. O. D. 

Naissance de d^Alembert (V, 4o5). —En 
1778, le roi ordonna une révision générale 
des pensions sur le Trésor ; chaque titu- 
laire dut rapporter ses brevets. D'Alembert. 
qui jouissait d'une pension de 1,2 00 livres, 
accordée par le ministre de la maison du 
roi, et aune autre pension de pareille 
somme assignée sur les fonds du ministère 
de la guerre, produisit ses titres qu'il ac- 
compagna de son extrait baptistaire. Cet 
extrait nous fait connaître la date exaa? 
de sa naissance. Je transcris d'abordla 
lettre d'envoi : 

« Monseigneur, 

a J'ai l'honneur de vous envoyer mon ex- 
trait baptistaire ; vous n'y trouverez jwint 
le nom de D'Alembert qui ne m a été 
donné que dans mon enfance et que j'ai 
toujours porté depuis. Mais je suis conoi: 
de plusieurs personnes sous le nom de L^ 
Rond, qui est mon nom véritable. 

tt Si ma pension. Monseigneur, ne m'es; 
pas continuée, Tunique grâce que je vous 
demande c'est de vouloir bien m'en pré- 
venir à temps, pour que je puisse subir 
dans ma dépense, déjà très-modique, \e 
retranchement que cette suppression exi- 
gera. Je sais vivre de peu, surtout quand 
lés besoins de TEtat le demandent. 

tt J'ai l'honneur d'être avec respect, Mon 
seigneur, votre très-humble et très-obéis- 
sant serviteur. « D'Alembert. 

«A Paris, ce 10 mars 1779. >» 

Voici maintenant l'acte de baptême : 

Extrait des registres de baptême de l'hô- 
pital des En/ans Trouve^ de Paris. 

« Le dix-septième jour de novembre mil 
sept cent dix-sept, a été baptisé Jean Le 
Rond : son parrain Simon Perreau, demeu- 
ran. rue de Guisarde, paroisse Saint-Sul- 
pice ; sa marraine, Marie de Rocou, de- 
meurante Parvis Notre-Dame, paroisse 
Saint-Christophe, lesquels ont signés. 

a Sienne : Grange, Perreac- 
. M. DE Rocou. 

« Collationné à l'original par nous prêtre, 
second chapelain dudit- Hôpital soussigné, 
cejourd'hujr sept mars mil sept cent 
soixante dix-neuf. « Rosé, prêtre. » 
Pour copie conforme : A. Boutaric 

D'un livre qui était sur la table dans le 
cabinet de Catherine de Médicis ,V, 4^0, 
— C'est au département des manuscrits 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo août 1869. 



461 - 



462 



de la Bibliothèque impériale qu'il faut 
chercher aujourd'hui les deux manuscrits 
qui étaient, en 1 589, sur la table de cette 
reine savante et lettrée, que Voltaire et 
Lacretelle ont représentée comme man- 
quant tout à fait d'instruction et d'ortho- 
graphe, comme si l'orthographe, à cette 
époque, était un casus besti^e. Tous les 
beaux manuscrits de Catherine, et ils sont 
nombreux, se trouvent dans ce dépôt, 
quoiqu'un grand nombre aient changé de 
reliure. Je suis sûr d'y avoir vu /e5 -4^ms 
du Monde, et surtout les Prophéties des 
Sibylles, remarquables par les portraits de 
ces dames. Quant au livre couvert de cuir 
de Levant doré oii sont les pourtraictif de 
divers plant^ de bastimenSy c'est à la Bi- 
bliothèque de l'Arsenal qu'on le trouvera, 
dans la collection des reliures royales. Il 
s'agit d'un magnifique exemplaire de l'ou- 
vrage d'Androuet du Cerceau {le premier 
[et le second] volume des plus excellens 
mtimens de France où sont désigne:^ les 
plans de quinze [trente] bastimens et de 
leur contenu. Pans, 1576-79, 2 tomes in- 
folio), exemplaire de dédicace, relié par le 
relieur du roi, T^icolas Eve, en maroquin 
rouge du Levant , avec les chiffres de la 
reine-mère , sursemés sur les plats , tran- 
che dorée et gaufrée, curieux spécimen de 
reliure molle, chef-d'œuvre digne d'une 
grande royne et de l'amateur le plus dif- 
ncile. P.-L. Jacob, bibliophile. 



« Prndhommiana » (V, 480). —Voici, pour 
M. A. A., une autre observation géogra- 
phique de J. Prudhomme, ce nouveau 
« maître des sentences î> de notre temps : 

« Les Alpes furent franchies par César et 
par Napoléon, — à des époques différentes, 
bien entendu. » 

C'est lui qui a dit le premier : « Soyez 
heureux, c'est là le vrai bonheur ! » — Un 
plagiaire a dit depuis, en variant légère- 
ment : « Le vrai bonheur, c'est d'être heu- 
reux. » 

Il faut consigner précieusement ces im- 
pressions d'art de M. Prudhomme voya- 
geant en Italie et en Belgique, et visitant 
les musées : 

A Rome, devant la Communion de saint 
Jérôme : « Digne d'attention ! » 

A Florence, devant une statue en mar- 
bre blanc : a C'est superbe ! on dirait du 
sucre, n 

A Anvers, devant un Rembrandt : a Un 
pétard dans une cave, w A. H. 



^vomaiiUis^ et (inno^itiB. 

Arioste et les YOlenrs. — « ..* Alfonse le 
nomma gouverneur d'un district de l'A- 
Pennin révolté et inJfesté. de bandits Un 



jour, le gouverneur-poëte, plus rêveur que 
de coutume, étant sorti en robe de chambre 
d'une forteresse dont il faisait sa résidence, 
tomba entre leurs mains. Un d'eux le re- 
connut, et avertit que c'était le signor 
Arioste. Au nom d'Arioste, de l'auteur du 
poëme d'Orlando Furioso, tous ces bri- 
gands tombent à ses pieds, et le condui- 
sent jusqu'à la forteresse, en lui disant que 
la qualité de poëte leur faisait respecter, 
dans sa personne, le titre de gouverneur. » 
(Biogr, Didot). 

n ... Sa gloire toutefois l'avait suivi dans 
son gouvernement. Un jour qu'il passait 
entre des montagnes, escorté de six à sept 
domestiques à cheval, il rencontra assis à 
l'ombre, quelques hommes armés, d'assez 
mauvaise mine. Quand le maître fut un 
peu plus loin, celui de ces hommes qui 
semblait commander aux autres, demanda 
à l'un des serviteurs qui était ce gentil- 
homme. Il ne l'eut pas plus tôt su, qu'il 
courut à Arioste, lequel s'arrêta étonné. 
Le bandit, l'ayant abordé respectueuse- 
ment, le pria de l'excuser si, ne le connais- 
sant pas, il ne l'avait point salué d'abord. 
Maintenant qu'il avait appris son nom, il 
n'avait pu résister au désir de voir de près 
celui qui lui était si bien connu de réputa- 
tion. Quant à lui, il se nommait Philippe 
Pacchione, et mettait toute sa bande au 
service de sa Seigneurie. Envoyez donc des 
poëtes pour purger les grandes routes dans 
un pays où les voleurs savent lire ! » (A. de 
Latour. Notice en tête d'un Roland Fu- 
rieux, Paris, Masgana, 1842). 

a ... Alfonse l'employa, trois années du- 
rant, à la pacification d'une petite pro- 
vince, la Garfugnana. Ici se place l'aven- 
ture, par trop poétisée, des brigands qui 
épargnent l'Arioste tombé entre leurs 
mains. C'est tout le contraire. Le poëte, 
alors gouverneur, faisait une tournée mili- 
taire ; un chef de rebelles, en danger d'être 
reconnu, sauva sa tête, en récitant deux 
strophes de VOrlando. » {Magasin Pitt., 
sept. 1867). Pour extrait: D. O. 



a Le Portefeuille du R. F. GiUet. » — Il 

vient de me tomber entre les mains un vo- 
lume qui m'a paru assez piquant, et encore 
neuf, quoique âgé de 102 ans. 

Il est intitulé : « Le Portefeuille du R. F. 
a Gillet, ci-devant soi-disant jésuite, ou 
« Petit Dictionnaire dans lequel on n'a 
tt mis que des choses essentielles, pour 
a servir de supplément aux gros qui ren- 
« ferment tant d'inutilités. » A Madrid 
(Paris), 1767, in-i2. 

Barbier attribue cet écrit à Mentelle. 
Quel Mentelle? Deux publicistes de ce 
nom figurent dans la Biographie de Mi- 
chaud. Quel qu'il fût, l'auteur du Porte- 
feuille pouvait prendre rang parmi les 
hommes d'esprit de ce siècle , c^ en 
compte un si grand nombre. 



N« 1 1 1 .] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo août 1869. 



463 



464 



Voici plusieurs extraits à Tappui de mon 
appréciation : 

Abaissement. Situation de beaucoup de 
gens fort riches avant le système de Law. 

Acariâtre. Qualité assez ordinaire aux 
femmes vertueuses dont la réputation est 
intacte. 

Accessoire. Il y a des ouvrages et des 
toilettes où l'accessoire l'emporte sur le 
principal. 

Administrateur. Ce mot ne se met 
guère avec celui de désintéressé. Les 
doctes disent que c*est à cause de Teu- 
phonie. 

Adulte. Qui est parvenu en âge de rai- 
son ; qUe de gens qui ne vont jamais jus-^ 
que-là ! 

Ane. Dans le sens propre, il se dit d'un 
animal ; dans le figuré, mais bas, il pour- 
roit se dire de beaucoup de gens fort 
élevés. 

Balance. C'étoit autrefois l'attribut de 
Thémis ; on ne sait plus dans quelles mains 
la mettre. 

Banqueroute. Moyen honnête dont on 
se sert pour assurer sa fortune sans être 
obligé ae payer ses dettes. . 

Cadenat. Serrure mobile et portative 
dont on a fort étendu l'usage dans quel- 
ques pays méridionaux. 

CÉLIBAT. Bien plus rare que les céliba- 
taires. 

C... Mot indécent que Ton ne trouve 
dans aucun livre honnête. 
^ Ecole. Que de gens il faudroit y ren- 
voyer ! 

Eloge. Il y en a beaucoup de très-bien 
faits, auxquels il ne manque que la vé- 
rité. 

Entêtement. C'est la persévérance des 
sots. 

Esclavage. Situation qui embrasse tous 
les états. 

Estomach. Divinité de bien des gens. 

Grimaces. Civilités de bien des gens. 

Intérêt. Divinité à laquelle on sacrifie 
tout. 

Mémoire. Faculté de l'âme qui tient lieu 
d'esprit chez beaucoup d'honnêtes gens. 

Militaire. Citoyen destiné à servir la 
patrie par les armes; il n'a jamais le ton 
dur, ni les manières hautes et absolues. 

Palais. Séjour ordinaire des vertus, du 
bonheur et de la tranquillité. 

Public Mot respectable toutes les fois 
qu'il ne peut être rendu par ceux de ca- 
bale^ àe populace. 

Question. Il y a des gens qui passent 
leur vie à en faire, et qui n'en sont jamais 
plus savants. {N, B, Ceci n'est certes pas 
à l'adresse des rédacteurs de Ylntermé- 
diaire,) 

Rapacité. Terme de finance et de pra- 
tique. 



Scrupule. Ce mot commence à n'être 
plus en usage. 

SiNQE. Animal fort connu auprès des 
grands. 

Tout cela n'aurait-il pas été écrit hier ou 
aujourd'hui? (Lyon.) V. de V. 



Les œuTres projetées par Balzac. - Il 

serait curieux de recueillir la nomencla- 
ture des volumes, des nouvelles et des 
drames que Balzac avait projetés, et même 
annoncés. J'avais rassemblé quelques no- 
tes à ce sujet, d après les indications de 
Balzac lui-même. Par exeinple, lorsqu'il 
publia son beau roman des Chouans^ cnez 
Levavasseur, il nous promettait aii moins 
cinq ouvrages qui n'ont jamais paru, mais 
dont Tébauche existe : le Roi des Becs- 
Jaunes f 2 volumes in-8; le Privilège^ ta- 
bleau de Paris au commencement à 
XV* siècle, 2 volumes in-8; les TroisJCar- 
dinauxy histoire du temps de Louis Xll, 
2 volumes in-8 ; la Bataille, vue de ÏEm- 
pire (1809), 2 volumes in-8; Histoire ie 
la Succession du marquis de Carabas, 
dans le fief de Coquatrix, 2 volumes in-8. 
Vous me demanderez ce que sont deve- 
nus les plans et les manuscrits de ces cioQ 
ouvrages, qui eussent formé dix volumes; 
On en a trouvé ^certainement quelque chose 
dans les portefeuilles de l'auteur. Quant à 
la Bataille (d'Austerlitz), il n'en a été fait 
que deux ou trois chapitres, qui furent li- 
vrés au libraire Boulland, lorsque Balzac 
lui vendit ce roman, qu'il n'acheva jamais. 
On les retrouvera peut-être, rari nartes, 
dans l'océan des vieux papiers. 

Paul Lacroix. 



M. Thiers et le cardinal d'Ossat. — Od 

a beaucoup reproché à M. Thiers son mot 
sur les loups ae Savoie. Il avait été de- 
vancé, il y a plus de deux siècles et demi, 
par le cardinal d'Ossat écrivant, le 16 jan- 
vier 1697, au sujet de Jacqueline de Mont- 
bel, comtesse d' Entremont, veiive de l'a- 
miral de Coligny, les lignes que voici: 
a Laquelle observation je représentai à 
S. S., et pris de là occasion de la suplier 
de ne leur croire rien, ci-après, d'elle; et 
d'avoir pitié de cette pauvre dame, qui n'é- 
toit travaillée que pour l'envie qu'on avoit 
de son bien, et de le faire servir de partage 
à un de tant de petits louveteaux qui se 
nourrissent au pié de ces monts... » (Lef 
tre à Villeroy, p. SSg du tome II de l'édi- 
tion de i;;o8.) D'Ossat reparle encore de 
a ces petits louveteaux cfe Savoie » qui, 
ayant grandi, sont devenus les loups de 
M. Thiers. (Lettre à Villeroy du 19 février 
1 597, p. 404 du même volume.) 

T. DE L. 



Paris. > Typ. d« Ch. aeirneû, rue Cnju, IS. - iM>- 



Numéro ili. 



ChereheMtt 
vou$ trounere*. 




n u faut 
•ntr*aid«r. 



n aoât 1869 



€2ntetméhtaïtc 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.) 



465 



466 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 

— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Une singulière définition de la gloire. 

— En quel endroit Arisiote a-t-il donc 
appelé la gloire a la véritable viande des 

dieux ? » EUQ.ORRAL. 



Il n'est pas de route royale en géomé- 
trie.— De qui est ce mot si spirituel, dit 
par un précepteur à un prince de l'anti- 
quité, qui se plaignait des difficultés que 
lui offrait Tétude des mathématiques ? 
M. Amédée Gùillemin (La Lune, Paris, 
Hachette, 1866, p. 8) donne ce mot à 
Archimède. M. Babinet, dans plusieurs 
passages de ses Etudes et lectures sur les 
sciences d'observation, Tattribue à Eu- 
clide d'Alexandrie, et jecrois qu'il a raison. 
Mais quel est l'auteur (Proclus? Pappus?) 
qui, le premier, a rapporté l'heureuse ré- 
partie ? Yezimat. 



Merci de cette bonne... I — Est-ce dans 
LaFiammina (tombée du Théâtre- Fran- 
çais au Vaudeville) que s'est produite pour 
la première fois cette phrase typique : 
« Oh ! merci de cette bonne parole ! » — 
Avait-elle attendu la comédie de M. Ma- 
rio Uchard pour faire son entrée en 
scène ? Quand et comment a-t-elle reçu la 
consécration de la parodie? V. T. 

Un quatrain du château d'Anet. — On 

voit au château d'Anet, sur un marbre 
blanc, encastré aujourd'hui dans le mur 
d'un vestibule, cette inscription que j'ai 
relevée textuellement : 

dAns Ce pourPris Le gr And FraNçois premier 

TroVue tousJours jouissance no Vêle 

QViL EST heuReux Ce liEv soVef reCele 

flEvr De beaVlté diAne De Poictier 

1627 

Ce quatrain a sans nul doute été déjà 



relevé et publié et commenté, — peut-on 
me dire où? S. D. 



Quelques-uns des jeux de nos ancêtres. 

— Tout le monde connaît la longue et 
curieuse nomenclature qu'offre en ce genre 
le vingt-deuxième chapitre du premier li- 
vre de Rabelais. Les commentateurs de 
maître François se sont fort exercés à cet 
égard , mais en cherchant dans les écrits 
du XVI® siècle on trouve facilement quel- 
ques jeux à ajouter à l'énumération de 
ceux auxquels « iouoyt Gargantua. » Per- 
mettez-moi d'en citer quelques exemples : 
a Chacun iouoyt à J'en suis; puis fut 
joué à Renaez-moi ma vache. » (Nouvelles 
des régions de la lune, i5g5). « Ils passè- 
rent deux ou trois heures à jouer à la sé- 
quence, à la clef, au jug, à remuer mes- 
nage, et autres tels jeux. » (Cholières, 
Matinées, i586, fol. 162). « On jouoit à 
l'âne qui trotte. » (Dassoucy. Jugement 
de Paris, en vers burlesques). 

Jouant à la mouche, à la brème, 
A bien et beau s'en va carême 
A croqruignole, à cocjuimber, 
A je n y tiens ni bois, ni fer, 
A pille nade, ioque fore, 
Et a mille autres jeux encore. 

(Dassoucy. Œuvres. Paris, 1868, p. 11). 

Une mazarinade intitulée le Parle- 
ment burlesque de Pontoise, i652, in-40, 
renferme une longue liste de jeux, parmi 
lesquels nous remarquons : à la vache 
morte, à l'avoine, au pied de bœuf, au 
bransle moine, au court fétu, à la coupe- 
tête, à Martin, Martin, rends moy ma 
lance, au toutou, etc. Je terminerai en in- 
diquant les Grandes et récréatives pro- 
gnostications de maistre Astrophile le 
Roupieux (réimprimées à Bruxelles, i863, 
à 100 exemplaires); on y rencontre entre 
autres jeux : « Pince-moi sans rire (va- 
riante d'une indication de Rabelais), la 
Pierrette , le fond du carreau, la patte 
à choquer, le pied de bœuf, le pousse- 
pousse, etc. » M 'occupant d'un travail spé- 
cial sur cette portion de l'histoire des 
mœurs du temps jadis, je fais un appel à 
l'obligeance et au savoir des correspon- 
dants de l'Intermédiaire, soit pour éclair- 

TOME V. — 16 



N» 112.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



467 



468 



cir ce que certains de ces jeux peuvent 
avoir d obscur, soit pour en faire connaî- 
tre d'autres. B» C. 

Un a De profandis, » S. V. P. — Sans tou- 
cher, même du bout du doigt, au fruit dé- 
fendu (Dieu nous en préserve), qu'il nous 
soit permis de reproduire ce De Profundis, 
publié je ne sais où, je ne sais par qui, 
mais probablement dans un journal poli- 
tique et autorisé, peu après le 2 décembre ? 

Obsèques de la citoyenne Françoise 
République. 

Partisans de la république, 
Grands raisonneurs en politique. 
Dont je partage la douleur. 
Venez assister, en famille, 
Au grand convoi de votre fille 
Morte en couches d'un empereur. 
L'indivisibl'e citoyenne, 
Qui ne devait jamais périr, 
N'a pu supporter sans mourir 
L'opération césarienne... 
Mais vous ne perdez presque rien, 
O vous que cet accident touche... 
Car, si la mère est morte en couche, 
L'enfant du moins se porte bien ! 

Quel est le croque-mort, ouïe fossoyeur- 
marbrier qui rédigea cette triste épitaphe ? 

C. Z. 



La Bonrgnignote- — J'ai sous les yeux 
une. gravure, dans le genre de Callot, 
représentant un militaire , temps de 
Louis XIII, avec un grand chapeau à 
plume, relevé d'un côté; se carrant sur le 
Pont-Neuf, d'où l'on aperçoit dans le fond 
les Tuileries et la Tour de Nesle. Il y a 
écrit en dessous : 

Quand j'ai mon corceletet mapicque à la main, 
Lespee à mon côsté, la bourguignote en teste, 
Hardy comme un lion et d'un cœur plus qu'hu- 

[main. 
Il n'est point cavalier que tout court je n'ar- 

[reste. 

F. L. D. dartres Excû. cum 
Privilegio Régis. 

De qui sont ces initiales? et pourquoi 
cette coiffure était-elle appelée Bourgui- 
gnote? Ce n'est pas un casque de fer, 
comme du temps de Charles le Témé- 

P A ï 

raire. *^* ^' ^' 

Salons de l'académie de Saint-Luc. — 

Combien l'Académie de Saint-Luc a-t-elle 
fait d'expositions dans le courant du 
XVI II« siècle et combien de livrets de ces 
expositions connaît-on? S. Y. 



Le lieutenant général de Pons Saint- 
Maurice. •— Cet officier général, comte et 
chevalier des ordres du Roi, auquel Cou- 



ché dédiait en 1784 une estampe qu'il ve- 
nait de graver d'après Lafrensen, Les 
Sabots, est -il connu comme amateur, 
comme curieux d'objets d'art, sous 
Louis XVI? 

(Auch.) H. Vienne. 

Le musée Hammer à Stockholm. — Est- 
ce une collection publique ou un cabinet 
d'amateur, qui porte ce nom en Suède? 
J'ai sous les yeux la photographie d'une 
gouache de Lafrensen, faisant partie de 
ce musée. 

(Auch.) H. Vienne. 

Villebon, capitaine français sous Fran- 
çois !«'. — Un poëte du XVI® siècle, Jac- 
ques Tahureau, cite parmi les capitaines 
français qui, les derniers en Italie, ont 
tenu tête au marquis de Saluces, Charles 
Tiercelin, seigneur de La Roche du Maine, 
Antoine de Montpezac et Villebon. Ce 
Villebon a dû jouer un rôle au XVI« siè- 
cle. Sous quel nom est-il connu dans l'his- 
toire? R. N. 



Extrait de mariage, ou acte de mariage 
religieux, d'Abraham Duquesne et de Ga- 
brielle de Bemières. — Quelqu'un pour- 
rait-il me procurer Tun des documents que 
j'indique ici et que je cherche depuis 
quinze ans? Abraham Duquesne dut se 
marier vers 1649-1650. Sa femme, catho- 
lique, abjura, dit-on, pour épouser le ca- 
pitaine Duquesne; elle était petite-fille 
de Claude de Moraine, seigneur de Mai- 
sonfort, et fille de Marguerite de Moraine 
et d'un M. de Bernières, que je ne con- 
nais pas. Il serait plus facile de chercher 
dans les répertoires des actes des notaires, 
que dans les registres protestants, ceux-ci 
étant rares. Il me semble que c'est dans 
l'ancienne province de Normandie qu'on 
aurait la chance de trouver le contrat de 
mariage que je désire connaître; je crois 
les Bernières Normands. Je serai très-re- 
connaissant de la communication de la 
pièce que je demande, et à l'avance, je re- 
mercie les personnes qui voudront bien 
prendre la peine de faire pour moi ce que 
)*ai fait pour tant d'autres. A. J Ai- 



Maladie de Charles IX. — Est-il certain 
que Charles IX soit mort d'une sueur de 
sang? Cette sueur était-elle naturelle, et 
alors, a-t-on, dans tous les temps, et même 
de nos jours, signalé des exemples de ce 
mal naturel ? Etait-elle l'effet d un empoi- 
sonnement, et connaît-on le poison qui 
produit cet effet? L'abbé de T Ecluse, dans 
les notes dont il accompagne cette refonte 
des Economies Royales, qu'il intitule Mé- 
moires de Sully, signale deux autres 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



469 



[25 août 1869. 



470 



morts semblables ; d'abord celle du plus 
jeune frère de Charles IX, duc d'Alençon, 
puis d'Anjou : a Presque aucun historien 
ne doute au'il ne soit mort empoisonné. 
Le sang lui coula par tous les pores, 
comme s'il eût eu toutes les veines rom- 
pues. (De Thou, Hist., 1. 78.) Ce fut, di- 
sent les Mémoires de Nevers, pour avoir 
couché avec la... qui lui fit sentir un bou- 
quet empoisonné. Voyez aussi Busbec, 
epist. 33-35. » L'autre mort est celle du 
auc de Nemours. « Il jeta par la bouche 
et par tous les pores, jusqu'à la dernière 
goutte de son sang. (Pérefixe.) Cayet en 
fait une description très- touchante. » La 
Biog. Didot paraît avoir peu de confiance 
dans Topinion la plus accréditée sur la 
mort de Charles JX. « Il expira, suivant 
les catholiçiues, des suites d'une petite vé- 
role négligée; suivant les calvinistes, 
d'une sorte de transsudation sanguine, 
effet de la justice divine. D'après le pro- 
cès-verbal de l'autopsie, signé par A. Paré, 
Charles mourutphtnisique. » C'est aussi de 
phthisie que le même ouvrage fait mourir 
le duc d'Alençon; et pour le duc de Ne- 
mours, il n'indique pas de maladie. 

O. D. 



Origine de l'opéra et de la comédie en 

France. — Est- il vrai, ainsi que l'avance 
Voltaire, au chapitre XXV du « Siècle de 
Louis XIV, » que nous devions, en France, 
l'opéra et la comédie à deux cardinaux? 



Les codicilles de Louis XIII. — Les bi- 
bliophiles recherchent avec empressement 
cet ouvrage, imprimé en 1643, sans nom 
de ville, ni d'éditeur, 4 parties in-24; c'est 
une production bizarre où des vues fort 
sages sont éparses au milieu de beaucoup 
d'idées extravagantes. M. le marquis du 
Roure lui a consacré une notice intéres- 
sante dans son Analecta Biblion (PariSy 
Techener, i836, t. II, p. 21 3). Pourrait- 
on découvrir le nom de l'auteur, ou du 
moins le conjecturer? il a échappé à tous 
les bibliographes qui se sont occupés des 
livres anonymes? C. R. 



Fête anniversaire du grand-maître des 
Templiers célébrée à Saint-Paul de Paris? 

— tt Dans une des dernières cérémonies 
des Templiers de Paris (celle anniver- 
saire du martyre de Jacques de Molay), 
M. N. Valleray, secrétaire magistral, ora- 
teur du panégyrique, a appelé l'attention 
sur un fait très-remarquable, également 
consigné dan§ plusieurs ouvrages; ce fait 
est qu'en l'an VIII, avant de signer le con- 
cordat, Napoléon eut un moment la pen- 
sée de faire surgir le christianisme primi- 
tif, et qu'en 181 1, revenant à la même 



idée, il entra en pourparlers à ce sujet : ce 
fut alors que, comme essai et comme gage 
de bonne foi, l'empereur ordonna la célé- 
bration de l'anniversaire de la mort de 
Jacques de Molay; ce qui donna lieu, dans 
l'église de Saint-Paul, à une cérémonie 
imposante, ou l'on déploya la plus grande 
pompe religieuse et militaire. » (Recherches 
historiques sur les Templiers et sur leurs 
croyances religieuses, par J. P. Paris, 
iSù5, p. 29.) 

Quelçiue bibliophile de V Intermédiaire 
voudrait-il bien indiquer à un compatriote 
de Jacques de Molay, le journal ou la bro- 
chure à consulter pour le compte rendu de 
cette fête funéraire? A. T. 



Premier lit de justice de Louis XV. — 
J'ai trouvé, en remuant beaucoup de vieux 
papiers insignifiants, une plaquette pet. 
m-40 de 8 p., imprimée à Montpellier chez 
Jean Martel, impr. ordin. du roi, de nos 
seigneurs des Etats dans ladite ville, etc., 
171 5. C'est la Relation de ce qui s*est 
passé au Parlement de Paris, quand le 
Roy Louis quin^^ième y vint prendre place 
en son Lit de Justice. Tel est le titre, de 
cet ce Extrait des registres de Parlement, 
du jeudi i2« de sept. 171 5, de relevée. » 

On y voit toute la disposition des ducs, 
des pairs ecclésiastiques, des maréchaux, 
et le duc deTreçmes « aux pieds du roy, » 
et ceux qui sont assis sur les « tabourets » 
et « en la chaise du greffier » et leurs cos- 
tumes, et enfin tout le parlement d'alors, 
a toutes chambres assemblées, en robes et 
chapperons d'écarlate. » On dirait unepage 
de Saint-Simon. Les discours du petit roi 
« porté par le duc de Tresmes, soutenu 
par le duc de Villeroy et la duchesse de 
Ventadour, à son entrée dans le parquet, » 
du premier président, du chancelier, s'y 
trouvent tout au long. 

Quelle valeur bibliographique a la sus- 
dite plaquette? Est- elle rare ou se trouve- 
t-elle facilement? Seule, ou annexée à 
quelque recueil d'actes officiels ? Elle est 
assez curieuse pour être réimprimée quel- 
que part, mais à la condition qu'elle ne se 
trouve pas partout. R... S. V. P. 



La croix de Migné. — Dans les der- 
nières années de la Restauration, parut, 
dit-on, dans le ciel, une croix, vue par 
tous les habitant:, de Migné (Vienne), j'ai 
cherché en vain dans les dictionnaires de 
médecine, aux articles Hallucination et 
Vision, un renseignement sur ce phéno- 
mène. Quelque collaborateur de V Inter- 
médiaire pourrait-il me signaler ce qui a 
été publié à ce sujet? Ad. Henry. 



Richard de Romany, auteur fort peu 
connu. — Où trouver quelques informa- 



N» 112.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



471 



472 - 



tions sur la vie de cet écrivain oui a publié 
en 1616 (Paris, veuve Ci. Le Monir'œil), 
sous le nom anagrammatisé de Drachir 
d'AMORNY, un volume assez curieux : le Ca- 
rabinage et Matoiserie soldatesque^ dont 
il a été donné à Genève, en 1867, par les 
soins de l'éditeur J. Gay, une réimpres- 
sion tirée à 100 exemplaires seulement? 
Il me semble que tous les biographes, à 
ma connaissance du moins, ont gardé sur 
lui un profond silence. Sait-on de quelle 
province de la France il était originaire ? 
C'est peut-être du Lyonnais, car il fit im- 
primer en 1623, à Lyon, un autre ouvrage: 
jLe Fléau d^ amour ^ devenu très-rare et 
resté à peu près inconnu. V. F. 



La Vérité sur la sainte Vierge. — Je 

possède un volume in -8 de 84 pages, avec 
b feuillets préliminaires non paginés, ayant 
pour titre : Les éclairs de la Vérité res- 
plendissans au milieu des ténèbres. A la 
découverte et confusion des faux amis et 
serviteurs de la sainte Vierge. Et en épi- 
graphe : Tb çûç èv f^ cxoTÎa ça(voi, xat i^ 
(jy.OT(a aÙTO où xatéXaée. 

Telle est du moins la première moitié du 
titre, car il a été coupé à mi-page, en sorte 
que l*on ne voit ni s il porte un nom d'au- 
teur, ni où et à quelle date il a été imprimé. 
Or, je tiendrais beaucoup à connaître l'au- 
teur de mon volume et mes recherches 
sont demeurées stériles jusqu'à présent. 
Pour que les amis de V Intermédiaire 
puissent y aider, voici quelques détails : 

La préface a 4 pages et 4 lignes c}ui 
commencent un 5® feuillet. Elle se termine 
par ces mots : C'est le souhait et la prière 

de Malheureusement ce 5« teuillet 

a été coupé , de même que le titre, à 
3 centimètres au-dessous de cette dernière 
phrase, inachevée à dessein, et qui se ter- 
minait, semble-t-il, par une souscription 
ou formule, au bas de laquelle était peut- 
être le nom de l'auteur que je cherche. 
Barbarus has segetesl... Il est expliqué 
dans cette préface, que les chrétiens se 
laissent « amuser et séduire par de faux 
miracles, » notamment en ce qui concerne 
la sainte Vierge, dont « il se faut bien 

farder de fondre une idole, avec ses vrayes 
orures, ses vrayes bagues et joyaux, » 
mais qu'il « faut honorer en terre dans les 
bornes de la raison. » « Son nom est de 
très bonne, de très souëfve odeur, mais 
gardons-nous de vouloir ganter et corrom- 
pre cette doux-flairante odeur du nom de 
Marie, par des indiscrètes dévotions et 
louanges idolâtres. » L*auteur s'adresse 
donc aux « dévots de la sainte Vierge, » et 
leur présente « des guides non suspects, 
pour que les saints ne soient honorés au 
delà de la raison et du devoir et que les 
fidèles soient ramenés dans la vraye et an- 
cienne religion, qu'ont tenue et enseignée 
les bienheureux apôtres, et soient sauvez 



par Celuy qui, selon la paraphrase de Go- 
deau (évêque de Grasse) sur i Pierre, I, 
18, « s'est donné soy-mesme pour nous à 
tt la mort, afin qu'il nous rachetât de toute 
a iniquité et nous affranchit de tant de 
a traditions inutiles, et même nuisibles, 
a pour luy estre un peuple de rare acqui- 
« sition, ayant le zèle des bonnes œuvres. » 
Après quoi vient la phrase déjà citée : Cest 
le souhait, etc. 

Le verso du feuillet 5 était blanc. Entête 
du 6«, on lit : « Les maîtres de cette Echoie 
sont : » — Puis suit, en forme de table, 
une liste de 64 auteurs ou autorités, dont 
les citations constituent tout le corps de 
l'ouvrage, de la page i à la page 64. Il y a 
une division en paragraphes : § I. Des 
louanges de la Vierge en général. § II, De 
la conception prétendue immaculée, p. i3. 
§ III, Des mérites de la Vierge, p. 37. 
§ IV, De l'intercession de la Vierge, p. 49. 
§ V, De l'invocation, p. 63.-S VI, De ia 
légende, chroniques et autres livres tou- 
chant la sainte Vierge, p. 75, ad fin. 

On voit qu'il s'agit d'un bouauin qui 
sent le fagot. Quel en est donc l'auteur, 
qui (heureusement pour lui) n'assistera 
certainement pas au concile œcuménique 
de 1869? 

Serait-ce abuser que d'ajouter la liste des 
maistres de cette Echoie précitée ? Elle a 
son intérêt, et d'ailleurs elle offre le seul 
moyen de dater approximativement le vo- 
lume. Les voici donc à la queue leu ieu : 

Philippe l'Abbé, chartreux; Théophile 
Reynaud, jésuite; Pierre Cellensis, de 
l'Ordre de Cisteaux; Anastase de Laur, 
gardien des Récollets de Bourdeaux; Cé- 
sar Baronius, jésuite, cardinal; J. Piccolo- 
mini, cardinal; Ant. Godeau, évêque: 
Ange Spenel, carme; I. Bonis, prestre 
d'Avignon; Benoît Gonon, célestin, de 
Lyon; Thomas d'Acquin, dominicain; 
Lucas de Bruges, théologien et doyen en 
l'église cathédrale de Samt-Omer; Hipp. 
Carracciole, chanoine de Saint-Jean-de- 
Lairan; Pierre Crespet, célestin; Adam 
Angelicus, docteur en la Sorbonne ; Mel- 
chior Canus, évêque; dom Soto, domini- 
cain; Hugo de Saint-Victor, chanoine; 
Thomas de Vio, cardinal Caietan ; Jean 
Bertaud, évêque de Scez; saint Bernard, 
abbé de Clairvaux; Gratian, bénédictin; 
Cornélius Jansenius, évêaue de Gand; 
J. Férus, cordelier; Fr. Toléras, cardinal; 
Saint- Ivre, jésuite; Jacobus Markantius, 
moine conventuel; R. Bellarmin, jésuite, 
cardinal; Alph. Tostat, cardinal; Gabriel 
Vasques, jésuite; Denis Perronet, cha- 
noine; J. Osorius, jésuite; Matthias Felis- 
sius, cordelier; Boucher, cordelier; B. Jus- 
tinian, jésuite; Fr. Humblot, minime; 
César Calderari, chanoine de Latran; Si- 
mon Vigor, archevêque; Yves de Paris, 
capucin; Louis de Grenade, dominicain; 
Fr. Coster, jésuite. Catéchisme romain; 
P. Ribadaneira, jésuite; P. Canisius, je- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



473 



[25 août 1869. 



474 



suite; Thomas Stapleton, jésuite; Jean 
Hessels, docteur en théologie; Martin 
Perez, jésuite; François de Sales, évêque; 
sainte Catherine de Siene; P. Juvernay, 
prestre parisien; Sixte de Gennes, domi- 
nicain; François Veron, jésuite; Goropius 
Becanus, médecin flamand; l'auteur des 
Pensées chrestiennes sur les Commande^ 
mens de Dieu ; Louis Vives, docteur espa- 
gnol, J.-P. Camus, évêque; Fr. de Sylves- 
tris, dominicain; Du Perron, cardinal; 
le Clergé de France; Pierre Coton, jé- 
suite; Raymond de Sebonde, docteur en 
théologie; Lorinus, jésuite; Antoine Pos- 
sevin, jésuite; J. Gerson, chancelier en 
l'université de Paris. Desc. 



Les Discours académiques imprimés en 
lettres dorées. — En parcourant une an- 
cienne collection àxi Nain jaune, de M. Au- 
rélien Scholl, je remarque, dans le n° du 
samedi 27 février 1864, page 5, la petite 
boutade suivante : 

a Dimanche 21. — M. de Carné a été 
présenté à l'Empereur par le président de 
l'Académie française. Conformément à la 
tradition de l'honorable corps, il a offert 
à Sa Majesté un exemplaire de son dis- 
cours, imprimé en lettres dorées. — C'est 
la première fois que l'on a pu dire que 
M. de Carné parlait d'or. » 

Pourrait-on me dire ce que je serais 
bien curieux de savoir, — à quelle époque 
de notre histoire remonte la « tradition >» 
de ce tirage spécial en « lettres dorées, » 
— si toutefois cette allégation du malin 
Nain n'est pas une pure invention de jour- 
naliste, une supposition gratuite, destinée 
à mettre en relief le « mot de la fin? » 

Ulric. 



Dernières paroles de Duroc. — Selon le 
Moniteur universel (3o mai 181 3), le duc 
de Frioul, frappé à mort près du champ de 
bataille de Wurtschen, le 22 mai i8i3,e.r- 
]pira dou:{e heures après. Suivant la Bio- 
graphie universelle de Michaud, 2™« édi- 
tion, Duroc expira presque subitement. 
La dernière conversation de Napoléon 
avec son favori mourant, eut lieu dans la 
soirée. « Dès que les postes furent placés 
et que l'armée eut pris ses bivouacs, l'em- 
pereur alla voir le duc de Frioul. Il le 
trouva avec toute sa connaissance et mon- 
trant le plus grand sang-froid. Le duc 
serra la main de l'empereur, qu'il porta sur 
ses lèvres, a Toute ma vie, lui dit-il, a 
« été consacrée à votre service et je ne la 
tt regrette que par l'utilité dont elle pou- 
« vait vous être encore ! — Duroc, lui dit 
« l'empereur, il est une autre vie! C'est là 
« que vous irez m'aitendre et que nous 
« nous retrouverons un jour! — Oui, Sire, 
^i mais ce sera dans trente ans, quand vous 
« aurez triomphé de vos ennemis et réa- 



« lise toutes les espérances de notre patrie, 
a J'ai vécu en honnête homme, je ne me 
a reproche rien. Je laisse une fille. Votre 
« Majesté lui servira de père. » L'empe- 
reur, serrant de la main droite le grand 
maréchal, resta un quart d'heure la tête 
appuyée sur sa main gauche dans le plus 
profond silence. Le grand maréchal rom- 
pit le premier ce silence : u Ah ! Sire, allez- 
a vous -en! ce spectacle vous peine! » 
L'empereur, s'appuyant sur le duc de Dal- 
matie et sur le grand-écuyer, quitta le duc 
de Frioul, sans pouvoir lui dire autre chose 
que ces mots : « Adieu donc, mon ami ! » 

Duroc, qui éprouvait des douleurs atro- 
ces (il avait le bas-ventre ouvert par un 
boulet de canon), a-t-il prononcé les pom- 
peuses phrases publiées par le Moniteur? 
Faut-il mettre ce discours à effet au même 
degré de véracité, que les paroles solen- 
nelles prononcées, après la bataille de 
Marengo, par Desaix tué roide pendant 
cette bataille? Peut-on s'en tenir à la ver- 
sion plus vraisemblable donnée par Bour- 
rienne {Mémoires, t. IX) qui rapporte, 
d'après une lettre écrite par un témoin 
oculaire, que Diifoc, souffrant beaucoup 
et voyant que la visite de l'empereur se 
prolongeait, lui dit, en faisant avec la main 
droite le signe de l'éloigner : Ah ! Sire, 
laissesf-moi au moins mourir tranquille; ce 
qui est un peu différent. 

Quel est ce témoin oculaire dont parle 
Bourrienne, ami de Duroc? 

(Lyon). N. de N. 



GogetMagog(I, 67). — Jadschudreh et 
Madschudech sont, dans la tradition arabe, 
les Turcomans qui partaient du bord 
oriental de la mer Caspienne pour enva- 
hir le haut pays persan et en emmener les 
habitants en esclavage. Pour empêcher 
ces incursions fut construite une muraille, 
qui s'élève au-dessus de l'eau à l'angle 
sud-oriental de la mer Caspienne et s'étend 
à l'est, dans l'intérieur du pays , sur une 
longueur indéterminée. L'ouvrage exté- 
rieur à l'ouest C presqu'île de Gumisch 
Tepe) apparaît, de la mer, conime une col- 
line naturelle, et il faut la gravir pour en 
reconnaître les briques. Voyez.Mourawiew, 
Reise durrh Turbomanieu, 1810. Ces ren- 
seignements ont été confirmés par Vam- 
béry, Reise in Mittelasien; la muraille 
s'appelle Sedd Iskender, mur d'Alexandre : 
Alexandre a été substitué à Dhulkaraaïn, 
à celui qui porte deux cornesQl qui est une 
variante a Osiris et d'Ammon. Voyez le 
Coran, 18, 82. P. Ristelhuber. 



N« 112.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



47^ 



476 



FamUles Jauiin (I,io3).- Quelqu'un des 
obligeants lecteurs de V Intermédiaire, (il y 
en a qui fréquentent la Bibliothèque impé- 
riale ae Pans) me rendrait service, en me 
donnant la description exacte des armoi- 
ries des différentes familles Jamin , qui 
peuvent se trouver dsLnsV Armoriai générai 
deFrance, par Charles d'Hozier. Ce recueil 
officiel, dressé en vertu de Tédit de 1696, 
comprend 34 volumes de texte et 35 volu- 
mes d'armoiries, et est conservé au Cabi- 
net des Titres. On doit y trouver les ar- 
moiries de ces femilles Jamin, au tome de 
la province de Bourb., p. 173 et 433; au 
tome II de la province de Bourgogne, 
p. 3o et 70 ; au tome de la prov. de Lyon, 
p. 56 ; au tome de la prov. de Poitou, 
p. 701, ii54 et 1197; au tome de la prov. 
de La Rochelle, p. 275 ; au tome de la 
prov. de Tours, p. 327, 329 et i3i3. 

Je veux faire observer que le nom de 
Jamin n*est pas aussi commun en France 
que le croyait M. R. R. ; tout au contraire. 

Vicomte A. D'E. 



Le nom de Figaro (III, ■74). — Version 
encore inédite dans ï Intermédiaire, trou- 
vée dans le Magasin pittoresque, année 
i863, p. 375 : a Ce nom n'est point espa- 
gnol; on la déjà fait observer; mais, pro- 
noncé sur la scène française au milieu des 
rires bruyants, plus tard chanté sur tous 
les tons et dans tous les idiomes, l'Espa- 
gne l'accepta avec le reste du monde. Il 
se popularisa même, il y a quelques an- 
nées, à Madrid, sous la plume mordante 
de Larra, et, grâce à cet écrivain, il est 
devenu un des interprètes les plus acerbes 
de la critique castillane. Selon toute pro- 
babilité, son origine est italienne. Il y 
avait à Gênes, au début du XVI1I« siècle, 
un certain père Figari, religieux de l'or- 
dre des Augustins, qui passait pour l'un 
des plus habiles mathématiciens de son 
temps. Ce personnage, d'un esprit assez 
excentrique, avait inventé, vers Tannée 
1712, de curieuses machines nautiques, 
conduites par une horloge de construction 
bizarre, auxquelles se rattachaient d'é- 
tranges projets d'expéditions maritimes. 
Beaumarchais était, comme l'on sait, par- 
faitement initié à tout ce oui se rattacnait 
aux progrès croissants de l'horlogerie. Le 
nom de Figari excita sa verve railleuse ; le 
changement de la lettre finale lui fournit le 
nom immortel répété sur tous les théâ- 
tres. Le prétendu Figaro espagnol a com- 
plètement éclipsé le Figari des Italiens. » 

En note : « On peut consulter»^ ce sujet 
le Journal de Verdun. On lit dans ce 
vaste recueil, si peu lu aujourd'hui, des 
détails minutieux sur la mécanique du 
père Figari. » J. Mt. 



Encore Lydorie (IIl, 556, etc.). — Je 
ne saurais laisser M. Bl. (d'Évreux), avec 
l'idée que ma demande relative à Lydorie 
n'avait qu'un intérêt de simple curiosité. 
EUREKA! Oui! J'ai trouvé enfin les 
2 vol. in-24, chez Guillot, Paris, 1791..., 
et à quel prix, grand Dieu ! à 25 centimes 
pièce! reliure pleine, tranche dorée! Ils 
servaient à caler un casier contenant 
d'horribles bouc^uins, chez un libraire du 
boulevard des Filles-du-Calvaire. 

Tout vient donc à point à qui sait at- 
tendre... et c'est le cas de dire que s'il y 
a un Dieu pour les yvrongneSy il y en a 
un aussi pour les fureteurs. Merci, donc, 
à mon correspondant si aimable d'Evreux 
de son offre obligeante. J'ai dévoré les deux 
volumes. Cela m'a reporté à trente ans 
en arrière l Mais hélas ! ce qui me sem- 
blait si charmant à Tâge heureux de qua- 
torze ans, me semble maintenant... Com- 
ment dirai- je?... bien naïf. Encore une 
illusion détruite. A. Nalis. 

P. S, Sans aucun doute, l'ouvrage doit 
être à la Bibliothèque impériale, comme 
le dit M. Bl., mais en bonne conscience, 
je trouvais inutile d'aller déranger ces Mes- 
sieurs si aimables de la Bibliothèque, et 
je comptais sur ma bonne étoile pour 
trouver un jour ou l'autre le susdit ou- 
vrage. Je Vai trouvéy tous mes vœux sont 
accomplis ici-bas. A. N. 

La vie privée doit être miirée(IV, 27S). 

— M. Littré, dans la 22" livraison de son 
Dictionnaire, donne, au mot Privé, la re- 
marque suivante : 

tt Le mur de la vie privée!... J'ai cru d'a- 
bord, comme bien des gens, que c'était 
Royer-Collard qui avait créé cette expres- 
sion... Depuis quelque temps', j'ai des 
doutes : ils me viennent d'une lettre de 
Stendhal, écrite à l'époque où le mot ne 
faisait que commencer à courir et n'avait 
pas encore perdu, par le frottement et l'u- 
sage, sa marque d origine... La lettre est 
du 3i oct. 1823, et en voici le curieux 
passage : « DînéàTroyesle 1 9, avec un mar- 
quis... Cet homme, durant un petit dîner 
de trois quarts d'heure, trouva le secret de 
nous conter toute l'histoire de sa vie; je 
pourrais écrire dix pages : Dès l'âge de 
treize ans, il servait dans l'Inde, il est 
marquis, il a un fils, il a une sœur, etc. 
Je n'ose continuer de peur d'entreprendre 
sur la vie privée d'un citoyen, qui, comme 
l'a si bien dit M. de Talleyrand, doit être 
murée... » Edouard Fournier, feuilleton 
de la Patrie, 14 juillet 1868. 

(Valenciennes.3 J. L. 



Le titre épiscopal de Monseigneur (IV, 

329). — Voici une réponse qui m'est four- 
nie par l'abbé de Marsy. Il publia en 175 1 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



. 477 

une traduction de Titalien, qu'il intitula 
en français : le Prince de Fra-Paolo, ou 
conseils politiques adressés à la Noblesse 
de Venise, par le père Paul Sarpi, de 
l'ordre des Servîtes, consulteur d'Etat et 
théologien de la République de Venise. 
C'est, pour le dire en passant, un petit 
écrit fort remarquable et digne de l'histo- 
rien du Concile de Trente, et je comprends 
que le père Le Courayer en ait dit : « qu'il 
peut passer pour un chef-d'œuvre de po- 
litique. » Or, à la page 2, sur ce mot du 
texte : • Vos Excellences m'ordonnent, 
etc., » l'abbé de Marsy a mis cette note : 
Les nobles de Venise ont usurpé ce titre, 
qui dans le fond n'appartient qu'aux am- 
bassadeurs. Ils se le donnent réciproque- 
ment, et ils ont si bien fait, qu'on ne peut 
guère le leur refuser, sans les oftenser. 
C'est ainsi que nos prélats, à force de 
s'appeler Monseigneur les uns les autres, 
nous ont enfin amenés à leur donner ce 
titre. » S. D. 



Expositions de rancienne Académie de 
peinture (V, 84). — Sources omises dans 
la Bibliographie Montaiglon : Vue du Salon 
de 1753; eau forte d'Augustin de Saint- 
Aubin. — La correspondance de Grimm 
(fév. 1773) sur le Salon de l'jj'i , — Annon- 
ces et Affiches de Paris ^ du 2 5 sep. 1775, 
txCorrespondance secrète du3o Sioût 1775, 
pour le Salon de cette année. — Voir le 
même recueil, le 27 sept., les 4 et 1 1 oct. 
1777, et la Lettre de M. Feutry sur le 
Salon de 1777. — Idem, les i«»'et 2 5 sept., 
les 3 et 1 1 oct. 1781, et /j Berlue des con- 
naisseurs, pamphlet sur le Salon de 1781. 
— Idem, les 27 août et 18 oct. 1783, pour 
le Salon de cette année. — Idem, les 7, 
8,1 5 et 29 sept. 1785, et une pièce de vers 
de M. de G. sur le Salon de 1785. 

(Auch.) H. Vienne. 



Garpentras, ville comic|;ae (V, 118). — 
Au XVe siècle, tout ce qui était de Gar- 
pentras avait déjà mauvais renom et 
comptait pour chose ridicule. Ecoutez 
Coquillart en ses Droits nouveaux (Edit. 
Ch. d'Héricault, t. I, p. 137). Il s'agit de 
personnages grotesques : 

Hz chantent hault, respondent bas ; 
Hz parlent françois et latin, 
Puis ilz s'habillent de satin. 
En gens d'armes et advocatz, 
En Ecossois, en Biscain, 
A la mode de Garpentras. 

Ed. F. 



De qui le rondeau, « Â la Fontaine où 
s'enivre Boileau? » (V, 126). — G'était un 
^ystère du temps même de Boileau. 
Brossette en fit l'objet d'une question à 
J'-B. Rousseau, dans sa lettre du 2 5 juin 



478 



(25 août 1869. 



171 9 : « A propos de ce rondeau, dit-il, 
apprenez-moi qui en est l'auteur, si vous 
le savez. Je l'ai vu attribuer à Chapelle. 
M. Despréaux m'a dit autrefois qu'il l^voit 
sçu, mais qu'il l'avoit oublié. » J.-B. Rous- 
seau ne répondit pas. Mais Louis Racine, 
quand il publia sa correspondance avec 
Brossette, mit au bas de la page à cet en- 
droit : « M. Stradin. » Ge qui substitue une 
question à l'autre. Maintenant qu'on sait 
que le rondeau est de Stradin, il s'agit de 
savoir qui c'était que M. Stradin. 

G'est la version la plus connue de ce 
rondeau qui serait de lui. L'autre, suivant 
Fayolle, dans son Acanthologie ou Dic- 
tionnaire épigrammatique (181 7, in- 12, 
p. 27) serait de Pierpetit de Grammont; 
autre inconnu, autre question. Ed. F. 



Origine du dindon (V, 186; IV, 298; 
III,'52i,'etc.). — Dans une lettre de La 
Monnoye, que je crois inédite, et qui se 
trouve au tome II, page 77, d'un Recueil 
d'Anecdotes ms. (Biblioth. impér., mss., 
n® 10434), je lis que les premières dindes 
auraient été apportées en France en 1 385. 

L. Dubois a fait une curieuse note sur 
cette origine dans son édition des Chan- 
sons d'Olivier Basseliri, in-8, p. 33, 34. 

Ed. F. 

— Nous avons cité une représentation 
du dindon dans la « Tenture de Gombaut 
et MacéCy » qui est selon toute apparence 
de la fin du XVI® siècle. En voici une se- 
conde qui doit porter une date antérieure, 
sans qu'il soit facile de la préciser. 

La galerie de François \^^, au château 
de Fontainebleau, est décorée de grands 
sujets encadrés de stucs en relief sur le 
plan du mur couvert de sujets divers sur 
fond d'or. Autour du premier tableau, à 
droite en entrant par le vestibule de l'es- 
calier du fer à cheval, tableau assez incom- 
préhensible intitulé : « Ignorance chassée » 
se voient plusieurs animaux, encore rares 
aujourd'hui; parmi lesquels figurent un 
dindon et une poule d'Inde, peints dans les 
dimensions de la nature. 

Ges animaux qui ont été restaurés, ainsi 
que toute la galerie, sous la direction de 
M. Gouder, de l'Institut, étaient peu visi- 
bles dès le XVII le siècle, car voici ce qu'en 
dit Tabbé Guilbert dans la Description 
historique des chasteau, bourg et forêt 
de Fontainebleau (Paris, mdccxxxi) : 

a Dans la bordure , des figures en relief 
sur des fonds d'or ornés de divers oiseaux 
et autres peintures que l'on peut à peine 
distinguer. » 

Nous devons supposer, cependant, que 
les traces de ces peintures étaient assez vi- 
sibles pour que les restaurateurs aient pu 
les suivre et rétablir avec sûreté les sujets 
primitifs. Quelle apparence, en effet, qu'un 
peintre académicien du XIX® siècle ait été 



H" 112.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



479 



480 



imaginer d'introduire le vulgaire dindon 
dans la décoration héroïque d'un palais ! 

Mais pour le Rosso à qui l'on doit la ga- 
lerie de François I«', le dindon était un oi- 
seau rare, au'il avait dû admirer dans la 
ménagerie au roi, ainsi que les autres ani- 
maux qu'il a introduits sur ses fonds de 
mur, afin de les mouvementer. 

Quelle date assigner maintenant à ces 
peintures? Le Rosso mourut en 1 541. Mais 
ces accessoires peuvent ne pas être de lui, 
car les Italiens ne cessèrent de travailler à 
Fontainebleau sous le règne des Valois. 
Mais la çalerie dite de François I«' dut 
être termmée cependant avant la mort du 
roi dont elle porte le chiffre et l'emblème. 

Nous retrouvons également le dindon, 
parfaitement caractérisé et faisant la roue, 
dans une cravure anonyme de l'école de 
Fontainebleau, faisant partie d'une suite 
d'ornements où se voient également l'F 
et la salamandre du roi. 

Ainsi le dindon était connu en Francç, 
avant la mort de François I®', survenue en 
1 547. Cela confirme-t-il l'opinion de Bril- 
lât-Savarin, suivant laquelle les jésuites 
l'auraient propagé? Nous ne le pensons 
pas, puisque la première mission des jé- 
suites date de 1540... 11 est vrai qu'elle fut 
dirigée vers les Indes orientales, tandis que 
le dmdon est originaire des Indes occiden- 
tales. 

Il y a donc une nouvelle question à po- 
ser. Quelle est la date des premières mis- 
sions des jésuites en Amérique? A. D. 



Les Epinards d*Henri Monnier (V, 2 1 5). 
— Je ne crois pas que la sauce de ces épi- 
nards-là soit du bon Monnier. Lui-même 
m'a dit plus d'une fois qu'ils devaient sor- 
tir d'une autre cuisine que la sienne, et il 
demandait laquelle. 

La curieuse compilation Paris, Ver- 
sailles et les Provinces au XVI 11^ siècle, 
par un ancien officier aux gardes fran- 
çaises (Dugast de Bois Saint- Just) 2* édi- 
tion, 1809. in-8, nous aidera peut-être à 
la trouver. On y lit (t. II, p. 33 1) : « Ma- 
dame de B.... disait un jour naïvement 
étant à table : a Mon Dieu, je suis bien heu- 
« reuse de ne pas aimer les epinards, car 
« j'en mangerais, et je ne puis pas les souf- 
« rir. » Ed. F. 



Numérotage des rnes (V, 2 3). — Les 
rues elles-mêmes étaient en effet numéro- 
tées à Paris, comme on peut le voir au 
coin de celles qui ont encore gardé leur 
écriteau, gravé dans la pierre. Cetécriteau 
et ce numérotage remontaient à 1728. Il 
paraît même que l'écriteau avait d'abord 
été en fer blanc. On lit dans les Nouvelles 
à la main, publiées par le Bulletin du Bi- 
bliophile (Juillet 1840, p. 857) : a Du 3 jan- 
vier 1728, -— Ton travaille actuellement à 



I 



numéroter les rues de Paris sur une plaque 
de fer- blanc que l'on applique à chaque 
coin de rue, et qui contient aussi le nom 
desdites rues. » Ed. F. 



Indicateur du Mercure de France (V, 

272). — Cette table si importante serait 
encore à faire après celle de M. Joannis 
Guigard, si elle n'était pas faite. Qu'on 
aille à la Bibliothèque impériale, on y trou- 
vera, parmi les manuscrits du Supplém. 
franc, n» 2462, une Table des Mercures 
de France, qui satisfera largement à toutes 
les curiosités. Ed. F. 



Acheter et vendre chat en poche (V, 

273). — Les Anglais ont l'adage : Ta buy 
a pig in a /?o/re (acheter cochon en sac) et 
les Italiens disent : Non comprar gatto in 
sacco, 
(Manchester.) W. E. A. A. 



Gourgandine (V, 2 87). — Je ne reviens sur 
ce mot, que parce qu on a, je crois, oublié 
ce qui importait le plus : son origine. 

Il est un des rares qui nous soit resté, à 
peine altéré, des langues orientales. Il 
vient en ligne directe du persan gour- 
gandje, qui veut dire prostituée. 

Ed. F. 



Un moyen oratoire de M. Emile OlliTiei 
(V, 337). — C'est à peu près ce que raconte 
notre La Fontaine d'un certain orateur : 

Dans Athène autrefois, peuple vain et léger,... 
11 parla fortement sur le commun salut. 
On ne Técoutait pas 

L'animal aux têtes frivoles. 
Tous regardant ailleurs, ne daignait l'écouter., 
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour. 
« Gérés, commença-t-il, faisait voyage un jour 

Avec l'anguille et l'hirondelle : 
Un fleuve les arrête; et l'anguille en nageant, 

Comme l'hirondelle en volant, 

Le traversa bientôt » L'assemblée à l'instant 

Cria tout d'une voix : « Kt Cérès, que fit-elle.'» 

— « Ce qu'elle fit ! L'n prompt courroux 

L'anima d'abord contre vous. 
Quoi ! de contes d'enfants son peuple s'embar- 

Et du péril qui le menace [rasse, 

Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet ! 
Que ne demandez-vous ce que Philippe a fait.'» 

A ce reproche l'assemblée, 

Par l'apologue réveillée, 

Se donne entière à l'orateur. 

Un trait de fable en eut l'honneur. 

Puis arrive la conclusion charmante qui 
est dans toutes les mémoires (Livre VIII, 
fable 4) : * 

Nous sommes tous d'Athène en ce point; et 

[moi-même... 

Au moment que je fais cette moralité, 
Si Peau-d'Ane m'était conté, 
J'y prendrais un plaisir extrême. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



481 

Le monde est vieux, dit-on ; je le crois; cepen- 
U le faut amuser encor comme un enfant, [dant 

Les commentateurs nous disent , je ne 
sais sur quelle autorité, que c'est là une 
anecdote dont le héros fut l'orateur Dé- 
made. Toutefois, ne semble-t-il pas quç 
La Fontaine eut bien en vue Démosthène 
parlant contre Philippe? H. E. 

— Voici, en effet, comment Plutarque, 
traduit par le bon Amyot, rapporte l'his- 
loire à laquelle M. S. D. fait allusion : 
« Un jour que Démosthène vouloit haran- 
guer le peuple, le peuple ne le vouloit point 
ouïr, n'eût été qu'il dit que ce n'étoit qu'un 
conte qu'il leur vouloit faire. Ce qu'en- 
tendant, le peuple lui donna audience, et 
il commença de la sorte : « Il y eut, dit- 
a il, naguère un jeune homme qui loua un 
« âne, pour aller de ville en ville à Mé- 
« gare. Quand vint sur le midi, que le so- 
« leil était fort ardent, Tun et Tautre, le 
« propriétaire et le locataire, voulaient se 
« mettre à l'ombre de l'âne, et s'entr'em- 
« péchaient l'un l'autre; disant, le pro- 
<« priétaire, qu'il avoit loué son âne, mais 
«non pas l'ombre d'icelui; le locataire, à 
« lopposite, soutenoit que tout l'âne étoit 
« en sa puissance. » Avant ainsi commencé 
son conte, il s'en alla. Le peuple le rap- 
pela et le pria d'achever. « Et comment, 
tt leur dit-il, vous voulez bien ouïr conter 
« une fable de l'ombre d'un âne, et vous ne 
« voulez pas entendre parler de vos affaires 
«d'importance!... » 

Voilà bien VAne et son Ombre, mais je 
ne connais pas de fable de Jupiter et le 
Paysan. A. A. 

— M. E. Ollivier a improvisé, pour les 
besoins de sa cause, le spirituel récit trans- 
crit par M. S. D. Seulement, il a cousu à 
ce récit, avec beaucoup d'adresse, la pi- 
quante répartie que Lucien, dans ses Dia- 
logues des Morts, attribue à Mercure dis- 
cutant avec Jupiter. T. de L. 



Quelques lignes de M. Sainte-Beuve (V, 

338). — Le hasard m'a mis à même de ré- 
pondre à la question de M. V. N. Je viens, 
en feuilletant une collection du Monde il- 
lustréj de 1864, d'y trouver, dans la livrai- 
son du i5 octobre, page 2 36, les lignes 
citées de M. Sainte-Beuve. Elles appartien- 
Jjent à une lettre autographe que le journal 
donnait à ses lecteurs, comme une actua- 
jjte, à l'occasion de l'entrée au Sénat de 
! Illustre critique, qui, « depuis Volupté 
Jusqu'aux Causeries du Lundi, a creusé 
son sillon littéraire. » S. D. 

Qu'est-ce que oxel? (V, 339)— Simple 
onjecture : comme beaucoup de mots im- 
portes dans les Gaules par les Celtes, les 
timbres, les Belges, sont restés dans le 



482 



[25 août 1869. 



français et dans nos patois, et n'ont pas 
été submergés par l'invasion du latin, je 
pense que oxel pourrait bien être un de 
ces mots. Mais quelle en est Tétymologie 
et la signification primitive ? Arabe : auqs, 
méchant, pervers, faux, trompeur; û/, el, 
doux, poli. Auqs el, doux, poli et trom- 
peur, pervers. 

Grec : oxelaion, boisson composée de 
vinaigre et d'huile. 

Grec et latin : oxalis, oseille dont les 
feuilles sont luisantes et acides. 

Ainsi , oxel signifierait méchant , trom- 
peur, poli, doux, hypocrite, tartuffe, fri- 
pon, filou poli, agréable, méchant avec des 
dehors aimables. 

(Alençon.) C. E. D. 

Un discours bien payé (V, 342). — Ce 
discours qui ne valait pas grand'chose, et 
pourtant si chèrement payé, ne serait-ce 
pas celui dont il est mention dans le Jour- 
nal du Règne du Roy Henry ///, pro- 
noncé par Faye, l'avocat du roi, le 12 jan- 
vier 1 588, lorsque le mignon duc d'Epernon 
fut reçu amiral de France? a Faye, ad- 
« vocat du Roy, harangua hautement et 
« ung peu flateusement à la louange du 
a Roy : car 11 l'appela leSainct des Saincts, 
a disant qu'il méritoit d'estre canonisé 
a (heaven oless the mark!) autant ou plus 
a qu'un de ses prédécesseurs Roys de 
a France que nous adorons pour Saincts. » 
11 me semble que \e pieux monarque ne 
pouvait payer trop cher pareil discours. 

a Sur ce nouveau Sainct de Roy de 
a Monsieur Faye, dit encore le Journal, 
tt on sema ce jour au Palais le distique sui- 
« vant ; 

Quis neçet Henricum miracula prodere mundo, 
Quis fecit montem, qui modo vallis erat ? 

P. A. L. 



Un soufflet d'Alcibiade (V, 401).— Voir 
là -dessus Plutarque, Vie d'Alcibiade, 
ch. vu; Elien, Histoires diverses, 1. XIII, 
ch. XXXVIII. T. DE L. 

— M. F.-T. Blaisois n'ayant pas peur 
du grec, je me permeîs de lui expédier la 
phrase suivante, extraite de la Vie d'Alci- 
biade, par Plutarque (c. 7 de l'édition 
Tauchnit^, Lips., 1812): 

Tt]v Se xai5txt)v -fjXtxfav TrapaXXajatov , 

èicéanQ ^^(x)^\>JizQ^K^a(rmhù , rxà Pt6X(ov 

YjT/jaev '0[JLT)ptxbv • stirévroç 8à tou SiBaaxa- 

Xou [XYjSev E^^tv '0[JLTf)pou, xovSuXo) xaÔix6- 

[X5V0Ç àuTOU icaptjXOev. Joc'h d'Indret. 

— Plusieurs des modernes qui racontent 
cette anecdote, d'après Plutarque, ajou- 
tent qu'un collègue au maître d'école ayant 
alors présenté un Homère à Alcibiade, en 
reçut un autre soufflet pour avoir osé in- 



N* 112.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 483 



484 



diquer des corrections sur son exemplaire. 
Plutarque parle bien de cet Homère cor- 
rigé ; mais, au lieu d'un soufflet, il ne fait 
recevoir au correcteur, qu'une raillerie 
d'Alcibiade. En revanche, il raconte que 
celui-ci donna encore un soufflet, et cela 
par gageure, à Hipponicus, Tun des pre- 
miers citoyens d Athènes , mais qu en- 
suite il lui nt une soumission si complète, 
que Hipponicus lui pardonna et lui donna 
sa fille en mariage. O. D. 



Armoiries d'Etienne et Bernard Picart 
(V, 374); E. Picart (IV, 292). — Le même 
article de la France protestante peut ser- 
vir de réponse aux deux questions ci-des- 
sus. Le célèbre graveur est né à Paris en 
i63i, et son fils Bernard, plus célèbre en- 
core, fut le seul enfant que lui donna An- 
féliçiue Tournant. Ils quittèrent tous deux 
^aris le 7 janvier 1710 pour se rendre à 
Amsterdam , par des motifs restés incon- 
nus. Avant de se fixer en Hollande, Ber- 
nard Picart, dit le Romain, surnom que 
son père avait rapporté d'un long séjour 
en Italie, avait épousé à Paris, en 1702, 
Claudine Prost ; puis, devenu veuf, il se 
remaria, à Amsterdam, le 2 5 septembre 
171 2, avec Anne Vincent, dont il eut un 



ils. 



fils, Nicolas, graveur de portraits, et mou- 
rut dans la même ville en 1733. 

L'article de MM. Haag étant fort com- 
plet, j'y renvoie MM. J. A. et J. G. de 
C. J. R. Quant aux armoiries de cette fa- 
mille, je les ai cherchées sans succès. Riet- 
stap donne six descriptions d'armoiries du 
nom de Picart, mais aucune ne me paraît 
pouvoir s'appliouer à la famille bourgeoise 
et parisienne aes Picart. Il est probable 
qu'elles se trouvent dans le Grand Armo- 
riai de 1606; V Indicateur de ce vaste re- 
cueil héraldique, publié par M. Louis Pa- 
ris, en donnera l'indication, et il sera facile 
à un coabonné de Paris de faire la recher- 
che demandée, à laquelle un but particu- 
lier m'intéresse, autant que nos honora- 
bles correspondants d'Amsterdam. Cz. 



Les armes de Voltaire (V, 382). — Au 
mois d'avril 1869, je passais chaque jour 
devant un marchand de vieilles gravures 
de la rue Bonaparte, au n» 7 ou 11, qui 
avait en montre^ une grande planche re- 
présentant, si je ne me trompe, l'apothéose 
du châtelain de Ferney, et sous le titre, 
on voyait Técusson de Voltaire, les trois 
flammes d'or en champ d'azur, gravé 
dans le style de l'époque. M. Borel d'Hau- 
terive, dans V Annuaire de la Noblesse, 
1868, donne la généalogie de la famille 
Arouet, et blasonne ainsi les armes de l'il- 
lustre philosophe : « D'or à trois flammes 
de gueules, deux et une. » Quant à l'au- 
teur de la gravure en question, elle m'a 



paru si médiocre, que je n'y ai fait nulle 
attention. Cz. 



Galands d'or (V, 402). — Le demi-avo- 
cat, demi-courtisan de Furetière portait 
des galands d'or. Marinette ne donnait à 
Gros- René qu'un galant de neige : 



Voilà 



Ton beau galant de neige avec ta nonpareille; 
Il n*aura plus l'honneur d'être sur mon oreille. 

a Ce sont des noms de rubans, dit 
M. £m. de la Bédollière. Un passage 
du Roman comique nous apprend ce qui! 
faut entendre par galant : « Je lui montrai 
a un nœud de rubans, que l'on appelle à pré- 
ce sent un ^^/j;]/. » La nonpareille, d'après 
la définition de Furetière, est le ruban le 
moins large, dont on faisait des garni- 
tures. » 

— Commentons ici, s'il vous plaît , Fure- 
tière par Furetière lui-même : « On appelle 
aussi Gaîans, des nœuds de rubans qui 
servent à orner les habits, ou la tête des 
femmes. Une garniture, une toufie de Ga- 
lans. Il est vieux. » (Furetière, Dicl 
univers,, in- fol. 1727.) Ulr. 

— Si j'étais du quartier Bréda 
Je vous dirais fort bien, oui-da, 

Le vrai nom [«< Napoléon. » - 
Des « Galands d'or » — « Louis » ou bien 
Qu'on prenait autrefois pour cajoler sa dame. » 
Mais je suis... une honnête femme! 

Césarine. 



Les « cochons à l'engrais » du prince 
Louis (V, 402). — N'est-ce pas dans le 
Manuel de V amateur d'autographes {^m- 
blié depuis quelques années dans le jour- 
nal de ce nom, par l'expert-éditeur Cha- 
ravay), que M. E. E. avait déjà vu citer le 
mot de a cochons à l'engrais ?» La lettre 
du prince Louis n'y a-t-elle pas été indi* 
quee à son nom et citée par extrait? —Je 
n'ai pas -sous la main la livraison de ÏAma^ 
téur d'autographes de mars i863, qui a dû 
donner ce curieux, extrait d'après le Cata- 
logue même de Charon. V. M. 



— Parbleu! je sais bien, moi, où votre 
correspondant E. E. a vu citer, il y a un 
certain temps, cette expression pittoresque 
de a cochons à Tengrais. » — C'est, sans 
aller chercher plus loin, dans notre cher 
Intermédiaire, qu'il Ta rencontrée, car il 
est homme d'esprit à coup sûr (sa question 
le prouve), et, étant homme d'esprit, il ne 
peut manquer d'être un de nos coabonnés. 
Qu'il regarde donc la livraison du 2 5 jan- 
vier dernier, colonne 44, où M. Ed. F. (un 
autre homme d'esprit, sans contredit) nous 
signalait cette même lettre du 3 octobre 
lèSg, qu'il « a vue autographe », et nous 
en citait le texte. C'était à propos de 
l'axiome favori des gardeurs et des nian- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



485 



[25 août 1869. 



486 



geurs de porcs, — id est, des ministres con- 
stitutionnels et des amis du régime parle- 
mentaire : a Le roi règne et ne gouverne 
pas. » (IV, 353, Vj 44), laquelle maxime 
revient aujourd'hui sur l'eau avec les sus- 
dits porcs à Tengrais. B. F. 

— J'ai certainement lu quelque part que 
Napoléon, ou plutôt le consul Bonaparte, 
raillant le projet de Constitution de Sieyès, 
avait traité son grand-électeur de cochon 
à r engrais de six millions; mais je ne 
pourrais dire où. Cependant j'espère que 
cette indication, toute incomplète qu'elle 
soit, pourra venir en aide aux souvenirs 
de M. E. E. O. D. 

— Ce fut le premier Consul qui se ser- 
vit de cette expression, en examinant lepro- 
jet de la singulière Constitution qu'avait 
dressée Sieyès et dans laquelle le chef de 
l'Etat était réduit à une inaction complète 
et à une impuissance mal dissimulée sous 
de vains honneurs. Le conquérant de 
l'Eçypte et de l'Italie, l'homme du 18 bru- 
maire, ne pouvait s'accommoder de ce ré- 
gime; il manifesta sa volonté par une ex- 
pression triviale, mais qui est restée. — 
Quant à M. Lombard, il a figuré dans les 
procès de Strasbourg et de Boulogne (lire 
les relations de ces affaires), et plus tard 
il a été récompensé de son bonapartisme 
de la veille, en obtenant, je crois, le poste 
de consul général à Calcutta. M. Charles 
Durand est un ancien journaliste et publi- 
ciste qui a résidé dans les Pays-Bas, qui a 
écrit sous divers pseudonymes (Z7« Ami de 
la Hollande ; V Anonyme de Gand, etc.) ; 
il a publié, en pays étrangers, -divers ou- 
vrages que riniatigable bibliographe Qué- 
rard n'a point oublié de mentionner {Su- 
percheries littéraires, i'« édit., tom. I**", 
p. 592, 593). 

Notons, en passant, que l'expression qui 
existe en tête de cette note a âéjà été em- 
ployée par un poëte chrétien qui vivait, ce 
qu'il y a lieu de croire, vers le III® siècle, 
Commodien, l'auteur d'un Carmen apolo- 
getiçum, publié pour la première fois par 
Dom Pitra. Dans une invective contre les 
riches, l'auteur s'écrie que « leur unique 
joie est de vivre comme des porcs à l'en- 
grais : 

Dum modo laetentur saginati vivere porcif 

Je m'empresse d'ajouter que je n'ai point 
lu Commodien et que j'emprunte cette ci- 
tation à un article de M. G. Boissier, in- 
séré dans une excellente publication heb- 
domadaire : la Revue critique. 

G. TURBEN. 

— Vous avez le bonheur d'être jeune, 
cher M. E. E. ; mais ayez recours à l'ou- 
vrage publié en i853, par M. Paul La- 
croix : V Histoire politique, anecdotique et 
populaire de Napoléon III ^ empereur des 
Français, et de la Dynastie Napoléonienne, 



1 4 vol. gr. in- 8°, et vous saurez a qui est ce 
M. Lombard. » A la vérité, l'auteur, citant 
le major Lombard dans son premier vo- 
lume, le nomme et le qualifie plus réguliè- 
reliient, à la page 1 1 du second : Jules- 
Barthélémy Lombard, chirurgien mili- 
taire, — a Garçon ! ï Annuaire! » aurait 
dit V Homme à l* oreille cassée (si M. E. 
About l'eût permis dès i836...) VAnnuaire 
militaire de i836. — Chirurgiens sous- 
AiDES, p. 577 : 

35. Lombard [b. j.], à r hôpital de Stras- 
bourg, 22 mai i83i. 

C'est là, n'en doutez plus, votre Lom- 
bard : il était à la Finckmatt, le 3o octobre 
i836; il fut porte-drapeau à Boulogne, le 
6 août 1840. 

Abel Hugo, un jfrère aîné du Grand Vic- 
tor, auteur de nombreux ouvrages où l'on 
a pensait bien », et entre autres d'une Vie 
anecdotique de Monsieur, comte d* Artois, 
aujourd'hui 5. M. Charles X, roi de 
France et de Navarre, depuis sa naissance 
jusqu'à ce jour, produisit en i833 (Paris, 
Perrotin, édit.), une Histoire de l'empe- 
reur Napoléon, ornée de 3i vignettes, par 
Charlet, dans laquelle on « pensait bien » 
aussi, etmême autrement. A la page 143, on 
s'occupe de la Constitution de l'an VIII, 
publiée et soumise au vote populaire, le 
i3 décembre 1799... Je lis: « Quant à cette 
institution mesurée à la taille de Sieyès, 
qui comptait sans doute être ce grand élec- 
teur, et gouverner en chanoine, sans em- 
barras et sans responsabilité, Bonaparte la 
tua d'un mot : « Quel homme, dit-il, vou- 
« drait être ainsi un cochon à V engrais de 
« six millions ? » Sieyès rougit et ne sut que 
répondre. » Décidément, ce cochon à V en- 
grais constitutionnel passe, ou doit pas- 
ser dans la section des revenants? 

H. DE S. 



Complot? Coup d'Etat? (V, 403.) —C'est 
un étrange abus de mots que d'appliquer 
aux ordonnances de i83o le nom de com- 
plot. Qui complote se cache. Or, Char- 
les X se cachait-il, en promulguant des 
ordonnances ? Il ne croyait même pas faire 
un coup d'Etat, puisqu'il s'appuyait sur 
l'art. 14 de la Charte, article si fort con- 
troversé, si fort controversable. De très- 
bons esprits ont soutenu, et soutiennent 
encore, que cet art. 14 donnait au roi le 
droit d'agir par ordonnance, et je suis 
trèS'porté à penser que l'histoire en jugera 
de même. Seulement, l'histoire ne peut en- 
core être faite sur ces graves événements, 
dont les effets se continuent et se conti- 
nueront trop longtemps encore pour la 
tranquillité de la France et du monde. 
L'art. 14 a été condamné par les faits ac- 
complis, c'est tout ce qu'on peut en dire 
pour le présent. La chute de Charles X et 
de Louis-Philippe, qui étaient irrespon- 
, sables et inviolables, a été un double fait 



N» I I 2. J 



L'INTERMÉDIAIRE 



487 



488 



violent, évidemment contraire au droit 
écrit. Mais qu'importent les protestations 
du droit? Tout se réduit au mot fatidique: 
il est trop tard! 

Quelle que soit Topinion que Ton ait 
sur les Ordonnances de i83o, elles ne 
pouvaient être un complot; on pourrait 
douter qu'elles fussent un coup d'Etat. Le 
vrai mot a été prononcé pour 1 83o et 1 848 ; 
le mot : catastrophes I Dieu nous garde 
des... catastrophes! E. G. R. 



Entre la poire elle fromage (V, 404). — 
Le fromage se mange après la poire, 
comme la salade suit le rôti. C'est qu'un 
repas, à l'égal du discours, est une affaire 
d'art où s'observe étroitement la grada- 
tion. Digestive et altérante est la salade ; 
mais plus digestive encore, et non moins 
altérante, est la poire ; enfin très-digestif, 
et souverainement desséchant, est le fro- 
mage. Pour ce qui est de la locution pro- 
verbiale, a entre la poire et le fromage, » 
elle équivaut à « au dessert, sur la fin du 
repas, alors c^u'on cause à cœur ouvert, » 
comme on dit au delà du Rhin : » Zu Ende 
der Mahizeit, da man anfangt lustig zu 
sein und offenherzig zu reden. » 

Une expression qui n'est pas sans avoir 
^ quelque analogie avec la précédente, et 
qui était jadis d'un fréquent usage, c'est : 
o Depuis l'œuf jusque au fruit, » AB OVO 
AD mA LA, pour signifier a du commen- 
cement à la fin du dîner. » 

(Grenoble.) J. P. 

Naissance de d'Alembert(V,4o5).— Il est 

vrai que, malgré tout le soin que j'apportai à 
la recherche de l'acte de baptême de Jean 
Le Rond d'Alemberi, je ne parvins pas à le 
trouver dans les registres des paroisses de 
Paris. Le Bénédictin Chaudon m'avait 
trompé : « Il (d'Alembert) ne dut le bon- 
a heur de vivre qu'aux apparences d'une 
o mort prochaine, et à l'humanité d'un com- 
a missaire du quartier, qui, au lieu de Vert' 
a voyer aux Enfants-trouvés, lui donna 
« pour nourrice la femme d'un vitrier. » 
Voilà ce que dit Chaudon, que je pus 
croire bien informé. Les Enfants-trouvés 
étaient exclus du cercle de mes recherches, 
et je m'obstinai à feuilleter, à lire, à relire 
avec la plus grande attention, trois ou 
quatre fois, tous les actes de baptême in- 
scrits dans les registres des soixante-six 
églises paroissiales de Paris, à une date 
voisine du 16 (une faute d'impression m'a 
fait dire le 6) novembre 171 7. Intrigué 
d'une peine inutile, je m'arrêtai là, suppo- 
sant que Jean Le Rond avait été baptisé 
dans un des couvents de la Cité, dont les 
registres n'ont point été conservés. 

Mon Dictionnaire publié, je me remis à 
l'œuvre pour le compléter, le corriger et pré- 
parer une seconde édition de ce travail. 



Dieu me fasse la grâce qu'elle soit prête et 
bientôt ! Jean Le Rond était une de mes 
préoccupations. Deux points de sa biogra- 
phie m'intéressaient particulièrement : 
Avait-il été baptisé, quand et où ? Qui était 
sa nourrice, cette vitrière qu'un biographe 
a dit, du ton le plus affirmatif, qu'elle de- 
meurait rue Michel'le-Comte ? Quant au 
Î premier point, il me paraissait certain que 
'enfant exposé sur les degrés de Saint- 
Jean Le Rond avait été baptisé. Le com- 
missaire du quartier de la Cité n'avait pas 
pu manquer de le faire présenter à un prê- 
tre, pour que le baptême lui fût administré; 
c'était le devoir de ce fonctionnaire. Mais 
quel prêtre administra le sacrement ? Chau- 
Qon dit que le commissaire n'envoya pas 
l'enfant aux Enfants-trouvés; c'est peut- 
être le contraire qui est la vérité! Com- 
ment ne m'avisai-je pas plutôt de cela? Je 
courus aux registres des Enfants-trouvés, 
qui, aux Archives de la Ville, sont intitu- 
lés : En&nts de la patrie, et, vol. XIX, 
fol. i56, V®, je lus : o Jean Le Rond, bap- 
a tisé le 17 novembre (17 17). Le param 
a {sic), le susd. Perreau, la marraine, Ma- 
tt rie de Rocoust {sic), demeurante (51c) par- 
a vis Notre-Dame, paroisse Saint-Chrisio- 
tt phe, lesquels ont signé : Grange (c'est 
a l'aumônier des Enfants-trouvés), Per- 
tt REAu, M. Derocou. » Ce Perreau est u: 
employé de l'hospice qui sert de parraina 
la plupart des entants apportés au bureau. 
Quant à Marie Derocou, c'est probable- 
ment la femme qui a ramassé le nouveau- 
né et Ta porté au commissaire. Celui-ci, 
après avoir pris note de la présentation, a 
eneagé la bonne femme à déposer l'enfant 
à 1 hospice, et elle n'a pas eu à aller loin, 
Thospice étant sur la place de Notre-Dame. 
Tout naturellement, elle a été engagée à 
tenir sur les fonts l'enfant qu'elle appor- 
tait ; elle y a consenti , et le 17 novembre 
le baptême a eu lieu. 

Et tout de suite après, qu'est-il arrivé ? 
Il fallait une nourrice à Jean Le Rond, à 
qui on ayait donné le nom, non pas de son 
parrain , mais celui de l'église, sous le porche 
de laquelle on l'avait exposé. On ne pou- 
vait pas attendre longtemps: la bonne Ma- 
rie Derocou connaissait - elle la femme 
Rousseau, la w pauvre vitrière, » comme 
on a dit? était-ce le commissaire qui choi- 
sissait cette nourrice ou le directeur de 
l'hospice qui confiait un de ses enfants aux 
soins de la vitrière? On a dit que le com- 
missaire fit ce choix. L'hospice devait 
Cayer les mois de nourrice; mais la rétri- 
ution était bien faible, et si Madame Rous- 
seau était a pauvre, » en effet, la charge 
qu'on lui imposait était lourde. Madame de 
Tencin, mère du petit abandonné, et 
M. Destouches-Crinon, le père de Jean Le 
Rond, s'intéressèrent-ils au sort du nour- 
risson de la femme du vitrier ? 11 est pro- 
bable qu'en secret ils firent tenir à la 
nourrice un secours annuel, pendant quel- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 août 1869. 



489 



ques années au moins, car on sait que 
Madame de Tencin ne perdit pas de vue 
son fils, à cjui elle se découvrit un jour. 

Quoi qu'il en soit, voilà Jean Le Rond 
en nourrice rue Michel -le-Comte, Rien ne 
doit être plus aisé que de trouver le vitrier 
Rousseau, puisqu'on sait sa demeure. Les 
registres de Saint- Nicolas des Champs 
n'ont point de Rousseau, jusqu'en 171Ô 
ou 171 7. Trois Rousseau font baptiser des 
enfants en 171 8, mais Pierre est entrepre- 
neur de bâtiments, Jacques est marchand, 
et Robert est peintre ; point de vitrier du 
nom de Rousseau dans la rue Michel-le- 
Comte. Il faut faire un voyaee dans toutes 
les paroisses. Patience! je nen oublie au- 
cune; des quinze qui sont dans la Cité, je 
passe à celles de la rive droite de la Seine, 
puis à celles de la rive gauche ; partout des 
Rousseau, mais pas un n'est vitrier. J'ar- 
rive à la fin à Saint-Côme-Saint-Damiens, 
ma dernière station ! et me voilà payé de 
ma fatigue. Oui, voici « Pierre Rousseau ^ 
marchand vitrier, » Il a épousé « Gene- 
viève-Elisabeth Le Grand, » et celle-ci, le 
9 mars 17 16, lui a donné une fille qu'on a 
nommée Geneviève ; l'acte de baptême de 
cette enfant dit que Pierre Rousseau de- 
meure à la porte Saint- Michel. Voyez- 
vous la confusion : la porte Saint-Michel 
et la rue Michel-le- Comte? Le 12 avril 
1717, Geneviève-Elisabeth Le Grand mit 
au monde un fils, tenu le jour même sur 
les fonts par « un fils de Jean Rousseau, 
maître vitrier, faubourg Saint -Jacques 
(père du frère de notre Pierre), » Geneviève- 
Elisabeth, nourrice depuis sept mois de 
Jean-Charles, son second enfant, prend 
Jean Le Rond, qu'elle devra sevrer en fé- 
vrier 1710; car, le 23 septembre de cette 
année, elle accouchera de Jacques. Elle 
aura, à ce moment, trois enfants à elle, et 
celui qu'on lui a confié. Elle ne s'arrêtera 
pas là; le 2 3 novembre 1721, elle aura 
Jean-Pierre, et le 21 octobre 1725, Michel. 
Jean Le Rond est donc le sixième enfant 
du vitrier Pierre Rousseau, enfant d'a- 
doption qui, dit-on, ne quitta point sa vé- 
ritable mère, sa mère de lait, celle qui 1 e- 
leva petit et le fit instruire. Pierre Rous- 
seau changea de quartier, et je n'ai pu le 
retrouver dans Paris; je le perds de vue 
après 1725. J 'aurais voulu découvrir Tacte 
d'inhumation d'Elisabeth-Marie Le Grand, 
pour y lire le nom de Jean Le Rond d'A- 
iembert. A. Jal. 



Portrait d'André Chénier (V, 4o5}. — 
Mais nous oublions, en parlant des choses 
Çiui feront vivre son nom, que quelques 
jours lui restent encore dans la captivité, 
et qu'il convient d'achever une tâche dou- 
loureuse. Les deux Trudaine étaient aussi 
détenus à Saint- Lazare, et Suvée, prison- 
nier comme eux, s'occupait défaire le por- 
trait d'André. Cette peinture, possédée 



490 

aujourd'hui par M. de Cailleux, est la 
seule image qui reste de lui. 

Delatouche. 

— Outre le portrait gravé par H. Du- 
pont, dont il y a un état avant la lettre, il 
existe certainement d'autres portraits gra- 
vés d'André Chénier. Ainsi, sans pouvoir 
préciser davantage pour le moment, dans 
la Galerie théâtrale de M. Soleirol, cu- 
rieuse collection d'estampes vendue en dé- 
cembre 1862, se trouvaient dans un lot 
(no475) huit portraits différents des deux 
Chénier. (Aucli.) H. Vienne. 

Un cartel à interpréter (V, 405). — Je 
me borne, pour toute réponse, à repro- 
duire textuellement une note qui accom- 
pagne le passage en question, à la p. 2 35 
de l'édition delà Chronique de la Pucelle^ 
donnée dans la Bibliothèque gauloise^ par 
M. Vallet de Viriville. 

« Ce genre de pièces, dit-il, est connu 
€ des diplomatistes sous le nom de chartes 
a parties , paricles ou endentures. Le 
« corps de la pièce était écrit une première 
« fois en haut d'une feuille de papier ou de 
a parchemin; puis, après un espace vide, 
a on écrivait une seconde copie de la pièce 
o au-dessous de la première. Dans l'espace 
a vide, on traçait en gros caractères une 
« devise ou légende quelconque ; par exem- 
« pie : A, B, C, D, etc.; puis, on coupait 
« le papier de manière à diviser la légende 
« en deux par une ligne endentée ou on- 
a dulée. Ce procédé avait pour but de con- 
« stater avec certitude l'origine commune 
a des deux copies. Certains actes étaient 
a tirés de la sorte ou divisés en trois, qua- 
a tre et même cinq exemplaires. En ce 
« dernier cas, la légende était coupée une 
a fois par moitié sur les quatre premières 
a expéditions; mais dans le dernier exem- 
« plaire, la légende coupée par moitié était 
« quadruple ; elle régnait tout autour du 
« texte sur les quatre bords de la charte, 
tt Les billets de banque actuels, et autres 
a coupons à souche, présentent encore au- 
f jourd'hui l'emploi du même procédé. » 
(Périgueux.) Alb. Tornezy. 



Une barbe d'or (V, 4o5). — Il n'est pas 
supposable que Monseigneur de Lorraine 
ait mis une fausse barbe ou se soit fait 
dorer le poil du menton, pour pleurer le 
Téméraire. D'ailleurs, on portait peu la 
barbe à cette époque. 

Ne s'agit-il pas plutôt d'un ornement 
dépendant du chaperon , comme les 
barbes du bonnet des femmes ? 

Une curieuse image xylographique re- 
présentant les neuf preux, et conser- 
vée, ce me semble, au cabinet des estam- 
pes de la Bibliothèque impériale, pour- 
rait éclaircir ce détail en ce qui concerne 



N" 112.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



491 



492 



le costume qu'on attribuait alors aux anciens 
preux. Prosper Blanchemain. 

— Dans une courte notice du Magasin 
pittoresque (i833, p. iSS-iS^) sur l'his- 
toire de la barbe en France, il est fait al- 
lusion au fait rapporté par Ad. D., en des 
termes qui prouvent qu'il s'agit du texte 
de Jean de Troyes; mais cette assertion 
n'est appuyée sur aucun autre document. 
Voici quelques notions qui serviront à ex- 
pliquer l'usage des barbes d'or. 

Dans sa deuxième satire , contre les 
vœux criminels et insensés des hommes, 
Perse, dit : 

... Nam fratres inter ahenos 
Somnia pituita qui purgatissima mittunt 
Prascipui sunto, sitque illis aurea barba. 

(Ne faut-il pas en effet que ceux des frè- 
res aux statues de bronze qui vous en- 
voient des rêves véritables, soient plus 
honorés que les autres et aient une barbe 
d'or? — Traduction de Sélis.) 

Sur ces vers, le traducteur a donné la 
note suivante : Une barbe d'or (v. 58). 
Turnèbe soupçonne que la barbe d'or 
était un attribut distinctif des dieux de la 
grande classe. Il se fonde sur un passage 
où Suétone dit de Caligula, qu'il se faisait 
représenter dans ses statues avec une barbe 
d*or, ayant à la main ou un foudre ou un 
caducée ; ornements^ ajoute l'historien, 
qui ne conviennent qu'aux grands dieux. 
Or, dans le texte de Suétone, le mot or- 
nement paraît se rapporter à la barbe d'or, 
aussi bien qu'au foudre et au caducée. 
(Voyez Suétone, Vie de Caligula, chapi- 
tre 52). Ainsi, en dorant la barbe des hé- 
ros ou demi-dieux qui envoyaient de bons 
rêves, on leur faisait autant d'honneur 
qu'à Jupiter, Neptune, Mercure, etc. 

Voici le texte de Suétone: a. .. Plerumque 
vero aurea barba, fulmen tenens, aut fus- 
cinam, aut caduceum, deorum insisnia. » 
Il (Caligula) paraissait en public... Te plus 
souvent avec une barbe d'or, tenant à la 
main ou un foudre, ou un trident, ou un 
caducée, insignes des dieux. — Turnèbe a 
mal cité ou a été mal cité ; il ne s'agit pas 
de statues ; mais il Importe peu à notre 
sujet. N'est-il pas permis de voir, dans 
cet usage, l'origine des barbes d'or par 
lesquelles se distinguaient les anciens 
chevaliers? C'était une marque d'hon- 
neur, qui n'appartenait qu'aux grands 
seigneurs. E. G. P. 

L'amendement de Riancey (V, 406). — 
Le parti clérical, ahuri par le succès du 
Juif errant^ d'Eugène Sue, attribuait à 
l'influence du roman-feuilleton Ja démo- 
ralisation qui, à l'en croire, conduisait la 
France à sa ruine. Il saisit avec bonheur 
la première occasion qui s'oflrit de satis- 
faire sa rancune. 



Lors de la discussion de la loi du 16 juil- 
let i85o, M. Henri de Riancey, représen- 
tant du peuple et rédacteur d'une feuille 
bien pensante, fit adopter un amende- 
ment ayant pour objet de frapper d'un 
droit de timbre supplémentaire tout nu- 
méro de journal escorté d'un roman-feuil- 
leton. En fait, c'était tuer le roman-feuil- 
leton, 

Ce pelé, ce galeux dont venait tout le mal! 

Cette disposition draconienne fut abro- 
gée par l'article 36 du décret organique 
du 17 janvier i852, mais la Société des 
gens de lettres se souviendra longtemps du 
vide désastreux qu'elle opéra dans sa 
caisse ; et si le prochain Concile s'avisait 
de canoniser par anticipation M. H. de 
Riancey, il est probable que, tout Breton 
qu'il est, mon ami Paul Féval réclamerait 
pour lui le rôle d'avocat du diable. 

Joe 'h d'Indret. 



Inscription énigmatiqne (V, 412). - 
Je n'entends pas chicaner M. J. P. surson 
ingénieuse interprétation de cette énigme, 
qui, suivant lui, exprime les vérités les 
plus consolantes, et que je persiste, avec 
Spon {Interm.^ V, 324) à trouver tout sim- 
plement incompréhensible, à l'exception 
des trois dernières lignes, qui me parais- 
sent se rapporter bien netteaient à Niobé. 
Je me permettrai seulement de demander 
à M. J. P., des éclaircissements sur quel- 
ques points de détail : 

i<» S'il faut en croire M. J. P., iEIius ou 
^lia veulent dire autochthone ou plutôt 
(ce qui n'est pas tout à fait la même chose 
enfant du soleil, ^ioq. Mais-^Xtoç, pour 
d)Xio;, aaéXtoç, ffa-FéXtoç, vient de la ra- 
cine 51/, répandre, engendrer, qui a donné 
au sanscrit sûryas (aryaqué, savaryas) et 
en latin sol. Dès lors, j'ai de la peiné à ad- 
mettre que le latin, qui conserve toujours h 
initial de la racine, l'ait laissé tomber dans 
iElius. En tout cas, l'assimilation que fait 
M. J. P. entre Laelia et ^Elia me paraît 
injustifiable, la lettre / par laquelle com- 
mence le premier de ces deux noms, de- 
vant avoir une étymologie. 

2° M. J. P. rattache les deux mots mu- 
lier er miles à la grande racine mal y mou- 
dre, broyer. Passe pour mulier, quoique 
la chose puisse prêter à controverse, mais 
qu'on ait désigné le soldat par un terme 
qui signifie le meunier ou le boulanger, 
voilà ce qui ne paraîtra croyable à per- 
sonne. J'aime mieux voir dans le mot 
miles la racine mil, réunir, rassembler, 
qui se trouve également dans le nom de 
nombre : rnille. Quelle que soit, du reste, 
l'étymologie de ce mot, pourquoi M. J. P- 
qualifie-t-il d'anecdotique et d'intraduisi- 
ble l'expression armato milite, qui se trouve 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 août 1869, 



493 



494 



dans Virgile , au commencement du li- 
vre II de V Enéide y si je ne me trompe : 

... Penitusque cavernas 
Ingentes uterumque artnato milite complent. 

Je me souviens d'avoir, étant en troi- 
sième, traduit ce vers à peu près ainsi : 
« Ils (les chefs grecs} remplissent de sol^ 
dats armés les vastes flancs du cheval de 
bois. » Je n'y voyais pas malice alors : 
j'avoue qu'il en est encore de même au- 
jourd'hui. 

3° Pourquoi M. J. P. nous dit-il que 
chrysalide vient du grec X9^^^^ ^^ ^^ ^^^^^ 
fl/j, littéralement aile dorée ? D'abord les 
chrysalides ou nymphes n'ont point d'ailes, 
si ce n'est à Tétat latent, ou en puissance, 
comme disent les métaphysiciens. Ensuite, 
à quoi bon recourir à une formation hy- 
bride , pour expliquer le mot ^^pucraXXfç, 
où l'on trouve tout simplement XP'^^OÇ» 
avec une finale diminutive aXXtç analogue 
à uXXiç dans 'AfxapuXXCç, eeoruXXtç. 
XpuffaXXtç se traduirait en latin auréola ? 

4° Enfin M. J. P. fait venir chenille de 
catendy catenicula. L'étymologie cani- 
cukj petite chienne, qui a pour elle le 
provençal canilha et le normand chatte- 
peleuse (angl. catterpillar), me paraît bien 
préférable. Dicastès. 

La licorne (V, 423). — « Les armes d'An- 
gleterre, où elle a pris indûment la place du 
vieux cheval saxon d'IJorsa. » Si je ne me 
trompe, c'est Jacques I®' d'Angleterre , le 
fils de Marie Stuart, qui, le premier, in- 
troduisit la licorne (unicorn) des armes 
d'Ecosse dans celles d'Angleterre, à la 
place non d'un cheval, mais d'un griffon, 
qui existait du temps de la reine Elisa- 
beth. P. A. L. 

Calendriers nouveanz (V, 416). — Le 
plus fécond et le plus singulier réfor- 
mateur duXVIII» siècle, Restif de la Bre- 
tonne, n'avait pas oublié la réforme du 
calendrier. 

Dans les Nuits de Paris ou le Specta- 
teur nocturne, tome III, page 1425 
(CXXXVI* nuit), il exposait amsi son 
plan : 

« Pour se conformer à la nature et au 
« bon sens, le 1" du premier mois de l'an- 
« née sera fixé au jour du solstice d*hiver, 
« point auquel les jours recommencent à 
« grandir, et comme les mois romains sont 
« insignifiants et dénaturés, ils ne porte- 
« ront plus que des noms numéraux : jan- 
« vier, commençant au 21 décembre, s'ap- 
« pelleraprimobre; février, duobre; mars, 
« triobre; avril, quartile; mai, quintile; 
« juin, sextile ; juillet, septembre ; auguste, 
tt octobre ; septembre, novembre ; octobre, 
« décembre ; novembre , onzobre ; enfin 



« décembre, notre douzième et non pas 
a notre dixième mois, comme chez les 
« premiers Romains, douzobre. Duobre 
« aura vinet-neuf jours et trente aux an- 
ff nées bisduobres (mal nommées bissex- 
« tiles), et l'on en retranchera un au nou- 
a vel octobre, afin de rendre un jour au 
a premier semestre, qui en a troisde moins ; 
a et douzobre finira le 20 décembre ac- 
o tuel. » 11 y a une foule de propositions 
bizarres, d'anecdotes plus insipides que 
scandaleuses; on y trouve jusqu'à un pro- 
jet de taxe pour les chiens. Tout a été 
critiqué par l'mfatigable et cynique auteur 
du Pornographe. 

(Lyon.) V. de V. 

Hommes célèbres non mariés (V, 451). 
— On peut ajoutir à cette liste les noms 
suivants : R. Beuton (l'auteur de \Ana- 
tomy of Melancholy), boccaccio, Beetho- 
ven, Êrougham, Bentham, Chatterton, 
les deux Chénier, Gœthe, Goldsmith, les 
deux Humboldt, Charles Lamb, Luglia- 
becchi, lord Macaulay, sirJ. Reynold, Ro- 
bespierre, Richard Savage, Spinoza, Ho- 
race Walpole. C'est par erreur que le nom 
d'Addison a été inséré dans cette classe. Il 
épousa la comtesse de Warwick. Le sujet 
de cette liste est très-intéressant, et si Ton 
y ajoutait les noms de femmes, elle ne pour- 
rait manquer de gagner beaucoup en in- 
térêt. (Manchester.) 

William E. A. Axon F. R. S. L. 



D'nn livre qui était sur la table dans le 
cabinet de Catherine de Médicis (V, 460). 
— Le livre que cherche M. A. Baschet ne 
serait-il pas celui d'Androuet du Cerceau : 
les plus excellents Bâtiments de France, 
etc., dédié à la reine Catherine de Médi- 
cis, imprimé à Paris eni576, et suiv., deux 
parties en un volume in-fol. ? C'était pro- 
bablement l'exemplaire de dédicace, of- 
fert par du Cerceau lui-même. 

Prosper Blanchemâin. 



a Pmdhommiana » (V, 461).— Connaît- 
on ces jugements formulés par J. Pru- 
dhomme sur deux compositeurs contem- 
porains ? 

Hérold : « Bon musicien. Un peu coli- 
u fichet. » 
Rossini : « Musique de barrière. » 
Et son opinion sur les classiques: 
a Nous avons le tendre Racine, — Cor- 
« neille le Grand, — Voltaire, génie uni- 
« versel, le second dans tous les genres, — 
« et Molière, pour la farce. » I. G. 

— On prête à M. Prudhomme, fonction- 
naire, la débauche des paroles suivantes, 
laquelle n'est pas plus invraisemblable que 
tel ou tel autre spécimen d'éloquence offi- 



N" 112.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [26 août 1869. 
495 , 496 

geoient ensemble ou séparément, comme 
Fon vouloit. » (Traduction Larivey.) Mais 
l'on peut objecter que c'était bien là un 
pistolet à cinq coups, mais non un revol- 
ver; et peut-être la même distinction est- 
elle applicable au mousqueton à sept coups 
de M. de Saint-Aignan. Il n'en serait pas 
de même, je crois, d'une arme encore plus 
curieuse que Tavernier dit avoir portée en 
Perse. « Comme je connaissois l'inclina- 
tion de Mahamet-Beg pour toutes sortes 
de curiositez, je lui fis présent d'une ar- 
quebuse qui tiroit dix-huit coups de suite, 
et se chargeait et amorçoit d'elle-même par 
un demi'iour de la culasse. Mahamet- 

Bee , bien qu'il eût remarqué quelques 

délauts dans cette nouvelle invention, aux- 
quels il tâcha de trouver quelque remède. 
Il vit que toute la poudre qui devait être 
dispersée en dix-huit charees pouvoit tou: 
d'un coups'enflamer,et qu ainsi cette arme 
pouvoit autant nuire à celui qui s'en ser 
viroit, qu'à ceux contre oui il la voudroit 



cielle, publié par nos a feuilles publiques, v 
— Donc, M. Prudhomme vient d'être 
nommé préfet du département de..., et il 
adresse tout aussitôt à ses chers adminis- 
trés la proclamation que voici : 
a Habitants de T..., 
o Arrivé dans vos murs depuis hier avec 
a mon épouse adorée, je vous dirai, comme 
a le grand Empereur aux habitants de 
« Lyon : Lyonnais, je vous aime.,. » 

G. N. 



%r0ut)aille0 ti Curiodited. 

La Convention nationale, statistiqnée en 
dix lignes. — Qui se souvient aujourd'hui 
de ces dix lignes d'un discours de François 
Araco? 

C était en mai 1840. Le grand astronome- 
député était à la tribune : 

tt II y a eu, dit-il, une assemblée qui a 
été nommée par Tuniversalité des ci- 
toyens, c'est la Convention : elle a sauvé 
le pays. Elle a eu en partage le courage, 
l'honneur et le patriotisme. Elle comptait 
dans son sein 14 évêques, 6 ministres pro- 
testants, i3 hommes de lettres, 22 méde- 
cins , 1 5 magistrats , et 39 avocats ou 
notaires. Elle a fourni 1 1 sénateurs, 4 con- 
seillers d'Etat, 00 magistrats, 1 5 employés 
supérieurs des finances, et 1 3 membres de 
l'Institut. Vous voyez, comme dit Montes- 
quieu, que lepeuple est admirable dans ses 
choix. » 



Gamoêns et Jnles César. — On a raconté 
que Luiz de Camoêns avait, dans un nau- 
frage, risqué sa vie pour sauver le manus- 
crit de ses Lusiades, en nageant seulement 
d'une main, pendant que de l'autre il éle- 
vait le poème au-dessus des flots irrités 
(vieux style). Ceci est probablement un 
conte. Dans tous les cas, le poëte aurait 
été devancé par Jules César. Voici le récit de 
Suétone (ch. LXIV) :« Il attaquait un pont 
dans Alexandrie ; mais une brusque sortie de 
l'ennemi le força de sauter dans une barque. 
Comme on s'y précipitait après lui, il se 
jeta à la mer et nagea l'espace de deux 
cents pas, jusqu'au vaisseau le plus proche, 
élevant sa main gauche au-dessus des flots 
pour ne pas mouiller des écrits qu'il por- 
tait [ne libelliy quos tenebat, madefierent), 
traînant son manteau de général avec ses 
dents, pour ne pas laisser cette dépouille 
aux ennemis. » T. de L. 



Unmonsqneton-revolver sons Lonis XIV 

(Voir I, 96; III, 10). — L'armurerie n'a- 
vait pas attendu le XVII® siècle pour trou- 
ver les armes à feu à plusieurs coups. Dès 
la moitié du XV l«, Straparole parle d'un 
a petit bidet à cinq canons qui se deschar- | 



tirer. Comme il est aisé d'ajouter quelque 

chose aune première invention Maha- 

met-Beg philosophant sur cette arque- 
buse .... Il communiqua sa pensée à deui 
armuriers françois qui étoient au service 
du roi (de Perse), et qui travaillèrent si 
bien, selon ce qu'il leur prescrivit, qu'il' 
firent une arquebuse qui faisoit le mênie 
efl'et que celle que je lui avois donnée, san^ 
danger pour celui qui la voudroit tirer. « 
Je crois bien que même avec les correc- 
tions du mécanicien premier ministre, car 
telle était la qualité de Mahamet-Beg, 
cette arquebuse n'obtiendrait pas le prix à 
l'Exposition de 1867; mais ce document 
ne prouve-t-il pas que l'idée et le principe 
du revolver étaient déjà trouvés sous 
Louis XIV? 0. D. 



Un câble sons-marin sons les auspices 
de la politique. — Que de bonnes choses 
par V Agence Havas, cette fille médiate de 
M. Guizot ! — sans compter la réponse du 
président Grant. Oyez plutôt : 

u J'ai la confiance que la politique libé- 
« raie des Etats-Unis, sous les auspices de 
« laquelle ce câble a été posé, aboutira à..., 
a etc.. » 

O langage du jour ! Etonnez-vous donc, 
après tout cela, qu'une tasse de thé soit 
a un lien » chez le Petit OffI H. de S. 



Une inadvertance de M. Ponson dn Ter 
rail. — b.st-il donc vrai que, dans un ré- 
cent feuilleton, M. Ponson du Terrail. 
emporté par l'ardeur de l'inspiration, ait 
écrit ces lignes étranges :... « Il toucha s;^ 
main... Horrible!! Cette main était gluante 
et glacée comme celle d'un serpent!! » 

EuQORRAL. 



Paris. • Typ. de Ch. Meynieis, me Caju, 1S.~ 1^9. 



NomérollS. 



Charchê» et 
«0ti« trouotrtM. 




Il M faut 
«nir'atder. 



10 sept. 1869. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, O^OTES and QUERIES français.) 



497 



498 



(Stue0tt0n0. 

Belles-Lettres — Philologue — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

« MœcenaSy atavis...» — Avec quel plaisir 
on rencontre parfois une bonne réminis- 
cence, une citation bien appliquée de nos 
bons vieux auteurs, une heureuse allusion 
à quelque texte classique 1 C'est ainsi que 
j'ai été vraiment charmé, en lisant, dans le 
feuilleton théâtral de Théophile Gautier 
[Journ, off,, lundi 14 juin 1869), les 
lignes que voici : 

« Quoi qu'on en dise, il faut débuter de 
bonne heure, avec la hardiesse ingénue et 
ia folle confiance des vingt ans... Si l'on 
remet trop, la réflexion vient, le diable au 
corps s'en va, le sens critique se déve- 
loppe, l'on se juge et l'on ne fait rien. 
Lancez-vous donc dans la carrière, ô 
jeunes poètes,, et si vos chevaux s'empor- 
tent, et si la roue brûlante de votre char 
n'évite pas la borne et s'y heurte violem- 
ment, ne vous en inquiétez pas ; cussiez- 
vous roulé dans la poussière olympique, 
vous vous relèverez bien vite et serez prêts 
pour une autre course. » 

Quelle agréable et heureuse application 
du 

Sunt quos curriculo pulverem Olympicum ! 

A ce propos, je demande cjuelle est la 
meilleure et la plus authentique version 
du vers 20 de cette première des odes 
d'Horace. L'édition donnée par le traduc- 
teur René Binet porte : 

Me doctarum hederae praemia frontium... 

tandis que d'autres ont adopté cet autre 

texte : 



Te doctarum. 



ce qui présente un sens bien différent. Le- 
quel faut-il préférer? Que dit l'édition de 
Jean Bond ? Que dit celle de Fréd. Dubner? 
Je ne les ai pas sous les yeux. S. D. 



Vers de Molière à retrouver. — Dans 
une satire, dirigée surtout contre La- 
motte, Saurin et autres auteurs, intitulée : 
le Voj^age du Parnasse, ouvrage ano-* 
nyme imprimé à Rotterdam, chez Fritsch 
et Bohm, MDCCXVI, l'auteur cite une 
traduction qu'il a faite de la ix® ode du 
IIIo livre d'Horace {Donec gratus eram 
tibi), qui commence par ce vers : 

Quand j'avais des charmes pour toi, etc. 

Puis, parlant de ses auditeurs, il ajoute : 
« Ils parurent très-satisfaits de cette lec- 
o ture, et ils m'assurèrent que Pellisson, 
« Molière et Bussy, qui avoient traduit cet 
a ode, n'avoient pas si bien réussi que 
a nioi ; que, sans être esclave de mon ori- 
o ginal, j'avois sçu le rendre parfaite- 
« ment. » 

Est-il vrai que Molière ait traduit l'ode 
en question, comme il paraît certain qu'il 
avait traduit le premier livre de Lucrèce? 
Sa traduction, que je n'ai vue dans aucune 
édition de ses vers, existe-t-elle dans quel- 
que vieux recueil? 

Autre question accessoire. Connaît-on 
l'auteur du Voyage du Parnasse? Ce 
livre a-t-il été réellement imprimé à Rot- 
terdam, ou le nom de cette ville n'a-t-il 
pour but que de cacher une impression 
clandestine faite à Paris, comme cela se 
pratiquait si souvent, pour échapper à 
l'obligation d'obtenir un privilège et de 
soumettre l'ouvrage à la censure? 

Eh bien! adressons-nous à V Intermé- 
diaire : c'est un riche qui fait volontiers 
l'aumône. E. G. P. 



Pire qu'un Lestrigon. — Je lisais le 
36* chant de Roland J^urieux ; une phrase 
me frappa, à la fin de la ^^ stance : 

..^iù crudo et più fellone 
D*ogm Cidope e d'ogni Lestrigone. 

Ces deux taols^ fellone, Lestrigone^ me 
rappelèrent une apostrophe de Gros-René 
à Marinetie, dans le Dépit amoureux^ 
(acte I, scène 6) : 

Crocodile trompeur, de qui le cœur félon 
Est pire qu'un satrape, ou bien qu'un >Lestrigon ! 

. ^^l'Ctc^Mt pire qu'un Lestrigon est une 

TOME V.— 17 



N» ii3.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



499 



5oo — 



expression proverbiale que les deux au- 
teurs auraient empruntée au langage cou- 
rant, et que l'on retrouverait ailleurs ; ou 
faut-il supposer dans ces verà de Molière 
une réminiscence de TArioste ? 
(Genève). E, R* 

Divers mots spéciaux dei « Contek dé 
Fées » de Madame d'Aulnoy. — 

Si Peau-d'Ane m*étaît conté. 
J'y prendrois un plaisir extrême, 

disait La Fontaine. Ayant rencontré les 
Contes de Mademoiselle d'Aulnoy, je les 
ai lus, bien que le style en soit très-faible, 
avec plaisir. J'y ai trouvé des mots qui ont 
besoin d'être expliqués; je m'adresse à 
* Vlntermédiairey car nul n'eh sait autant 
que tout le monde. 

Conte de la Princesse Rosette : « Ort 
donna à tous... une bourrée de confitures, 
du petit métier f etc. » Quelle est la frian- 
dise qu'on nommait /?e/if métier? — Conte 
du Rameau d'or : h II fut abordé par une 
vieille qui avoit- une fraise au cou..., un 
moule sous ses' cheveux blancs. «Qu'est-ce 
qu'un moule sous des cheveux blancs? — 
Conte de tOranger et VAbeille : « Une 
table de cèdre et de Canambour. » — 
Conte du Serpentin i^ert : « Des rames de 
Canambour. » — Conte de la Biche au 
bois : tt Cananbou, » Est-ce la même chose 
que le bois de Calembour ou de Canam- 
bour? — Nouvelle du Prince de Léon : 
v II commandait un terce espagnol. » 
Quel est le corps de troupes indiqué sous 
ce nom? Dans la même nouvelle et dans 
celle intitulée : Fernand de Tolède, on 
trouve le mot romance dans le sens de 
conte ou nouvelle. Faut-il en conclure 
que c'est une traduction d'un mot espa- 
gnol, ou que ces deux nouvelles sont tra- 
duites de l'espagnol? En connaît-on les 
originaux? — Conte de Babiole : « Rien 
ne manquoit de ce qui étoit nécessaire 
pour sa guérison, médecin de chodrai^ 
chirurgiens. » Chodrai est-il le nom d'un 
médecin ou d'une ville où il y aurait eu 
une école de médecine, comme celle de 
Paris, de Salerne ou de Montpellier? 
Qu'est-ce qu'im médecin de chodrai? 
Même conte : « La rivière Biroquie, légè- 
rement vêtue, dansoit les olivettes avec la 
Seine, la Tamise, etc. » Quelle est la 
danse qui portait ce singulier nom : les 
olivettes? 

Conte de Serpentin vert : « Du taffetas 
Zim^oiin. » Est-ce une trame particulière 
d'étoffe ou une couleur? — * Même conte : 
€c Elle vit venir à elle des pagodes vêtus et 
faits de cent manières différentes... » Les 
pagodines parurent à leur tour. J'avais 
cru d'abord que ces pagodes d'or, de dia- 
mant, etc., étaient des marionnettes. Mais, 
dans la suite du conte, on voit une furieuse 
guerre entre les marionnettes et les pa- 



godes. Est-ce un mot inventé par Ma- 
dame d'Aulnoy pour indiquer des pantins 
chinois, ou bien y avait-il des pantins 
connus sous le nom de pagodes et jpago- 
dînes? 

Conte de la Chatte blanche : « Il vit un 
grand fauteuil de commodité qui s'appro- 
cha tout seul de la cheminée. » Y avait-il 
des fauteuils ainsi nom mes? Quelle en était 
la forme spéciale? — Même conte : « Il 
vit qu'elle avoit à sa patte un portrait/ji7 
en table. » Est-ce un portrait peint sur 
bois ou en marqueterie? — Même conte : 
« Elle cria : Abricots, pêches, pavis... ac- 
courez à ma voix. » Quel est le fruit 
nommé pavis? — Conte du chevalier For- 
tuné : a Un grand coffVe clouté d'or. » Le 
mot n'a pas besoin d'explication, nnais 
est'il de 1 invention de l'auteur ou était-il 
réellement usité? 

Conte de la princesse Belle- Etoile : 
u Trois ou quatre mille bibets lui ap- 
portèrent à boire. » Ce mot veut-il dire 
échansonê? Même .observation et même 
question que ci*dessus. — Nouvelle du 
Gentilhomme bourgeois : « Un esprit su- 
périeur, capable de polir tout un roïaume, 
d'en exiler les obscénités y de donner la der- 
nière perfection à la langue. » Cette 
phrase étant mise dans la bouche d'une 
jeune fille honnête, il est probable que 
l'auteur a voulu se moquer du langage 
d'une pecQue provinciale ; mais il est sin- 
gulier qu'il se trouve dans un conte fait 
pour des enfants (0. Je remarque aussi 
que le conte le Dauphin offre une aven- 
ture bien croustilleuse. 

Conte du Prince Marcassin : « Il fallut 
lui donner six noUtrices, dont il y en avoit 
trois sèches à la mode anglaise. » Cela 
veut-il dire des nourrices au biberon? En 
quoi ce tnode de nourriture des enfants 
serait-il d'origine anglaise? — Même conte: 
« Des limes douces, des citrons, etc. » Je 
connaissais les limons : ont-ils ordinaire- 
ment été appelés limés? 

Je tTOuvejassemins et jasmins. La pre- 
mière orthographe se trouve-t-elle autre 
part, ou n'est-ce qu'une faute d'impres- 
sion, ainsi que Jictice pour factice, et dis- 
parade i>omv disparate? E. G. P- 



ToU-Huys et Tolua. — On lit au cha- 
pitre X du Siècle de Louis XIV : « Des 
gens du pays informèrent alors le prince 
de Conde que la sécheresse de la saison 
avait formé un gué sur un bras du Rhin, 
auprès d'une vieille tourelle qui sert de 
bureau de péage (payage) qu'on nomme 
a Toll-huys, » la maison du péage, dans 
laquelle il y avait XVII soldats.» Que faut- 
il entendre par ce mot composé « Toll- 

(i) Il était nouveau du temps de Molière. 
Voir la 3« scène de la Critique de VEcoîe des 
femmes. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo sept« i869« 



5oi 



5o2 - 



huys? • A-t-il quelque chose de commun 
avecleTOLUSdont il est parlé dans Boi- 
leau, à propos du passage du Rhin? 



Frater. — D*où vient oue Ton appliquait 
autrefois ce nom aux aides ou commis des 
barbiers et des chirurgiens (on pourrait 
dire barbiers-chirurgienSy puisque l'on cu- 
mulait d'ordinaire ces deux fonctions) et 
qu'aujourd'hui ce nom s'applique aux bar- 
biers ou perruQuiers - coiffeurs spéciale- 
ment, et non plus seulement à leurs gar- 
çons ou commis? J. E. — G. 

— Et d'où vient le nom de Merlan^ qui 
a aussi été donné à ces derniers, familiè- 
rement parlant. A. D. 

Les t Immortels i de FÂcadémie fran- 
çaise. — D'où vient que cette expression 
est appliquée aux membres de l'Académie 
française seulement, et non aux membres 
des autres sections de l'Institut? De tous 
ces immortels, combien de noms déjà ou- 
bliés, et combien enoubliera-t-on encore ! 

Relisez la liste des titulaires des 40 fau- 
teuils de l'Académie, et vous verrez le plus 
souvent, dans le nom d'/wmor/e/s qui leur 
est donné, une singulière ironie. 

J. E. — G. 



Fraades pieuses. Tromperies honnêtes. 

— Avant 1789, on comptait en France 
quelques sanctuaires privilégiés: parmi 
les reliques renommées par leur puis- 
sante intercession et le concours des pè- 
lerins, on citait les saints-suaires de 
Besançon, Turin, Cadouin, Aix-la-Cha- 
pelle, Alby et Carcassonne. 

Jean Calvin assure qu'il y a une demi- 
douzaine de villes pour le moins, qui* se 
vantent d'avoir le suaire de la sépulture 
tout entier, sans compter les fragments 
qui en sont dispersés d'un côté et d'au- 
tre. Il cite parmi les villes les mieux par- 
tagées le Traict, ou Trier, et une ville 
de Lorraine assise au port à!Aussois, 

Quelque savant lecteur de ïJntermé'- 
diaire pourrait-il restituer ces noms de 
lieux dits et me renseigner sur le sort ad- 
venu à ces anciennes peintures? Pourrait- 
il me citer quelques livrets populaires 
relatifs aux suaires d'Alby ou de Carcas- 
sonne ou quelques naïves images, en don- 
nant le nom des éditeurs? 

(Algérie.) Vesoul-Benian. 

Portraits de Turgot et de Madame de 
Miramion. — Dans le Catalogue de la col- 
lection Quintin Craufurd, dont la vente 
eut lieu à Paris en novembre 1820, je vois 
figurer, sous le n® 370, un portrait de 
M°^e (iç Miramion, gouache ou pastel ; et. 



sous les n*»» 276 et 277, les portraits de 
Michel-Etienne Turgot, prévôt des mar- 
chands, et de sa femme, par Pierre Ville* 
bois, 1743. (Turgot tient à la main le plan 
de Pans.) 

Sait-on ce que sont devenus ces portraits ? 
Celui de Turgot a-t-il été gravé? 

C R* 



Le < Cheval de Desaix 1 peint par Carlo 

Veruet. — Un de mes amis m'a commu- 
niqué récemment unogrande lithographie , 
Que je crois très-rare et qui se trouvait 
depuis longtemps chez lui, perdue dans 
les cartons de son cabinet. Cette planche 
mesure 42 centimètres de largeur sur 5i 
centimètres en hauteur (^sans compter les 
marges). Elle représente uniquement un 
superbe cheval entier, deracepercheronne. 
de couleur gris-pommelé (gris.,., autant 
toutefois que les tçns plus ou moins clairs 
de l'encre lithographique permettent de le 
supposer,) — richement sellé et bridé, — 
et marchant « d'un pas relevé, » tourné 
vers la gauche — et, vu de profil dans 
toute sa longueur. — Cette pièce est si- 
gnée: a V. Adam d'après Carie Vernet. » 
u Lithog. de Engelmann, cité Bergère 
;î° I » et intitulée: « Cheval du général 
Desaix. » — a Chez Engelmann et C®, 
éditeurs^ à PariSy Mulhouse et Londres. » 
Mais elle ne porte aucune autre indication 
ni de lieu d'origine ni de date de publica- 
tion. 

Pourrait-on, — dans l'Intermédiaire — 
me dire si ce « Cheval de Desaix » peint, 
dessiné ou même lithographie par Carie 
Vernet, est connu de quelque amateur; 

Si cette œuvre existe encore dans quel- 
que collection publique ou particulière, — 
en France ou à l'étranger ; 

Si différents artistes — autres que Victor 
Adam, — l'ont reproduite par la gravure 
ou la lithographie, etc; 

Et, finalement, si le tableau — ou dessin 
original de C. Vernet, est daté du lieu et 
de l'année dans lesquels il a été composé, 
et quelles sont exactement ses dimen- 



sions? 



Ulric. 



6. Bastianini, statuaire. — Je lis les 

lignes suivantes dans la chronique du jour- 
nal /e Temps {16 ^Yvïl 1869) : 

a II vous souvient de la polémique qui 
s'éleva naguère, au sujet du buste de Be- 
nivieni,acneté i3,oooir. par M. Nieuwer* 
kerke, pour le Louvre, et qu'on voit daa$ 
les salles de la Renaissance. 

« Etait-ce l'œuvre d'un maître du sei- 
zième siècle? Etait-ce Tœuvre d'un sculp- 
teur contemporain de Florence, nommé 
Bastianini, qui l'avait vendu 200 fr. à un 
premier acheteur, et M. le Surintendant 
avait-il été la dupe d'une erreur ou d'uo^ 
ruse bien ourdie? 



N« II 3.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 5o3 



« Bastianini revendiqua lui-même la pa- 
ternité du buste. Il est mort depuis, et 
voici que la question se ranime. C'est Vin- 
ternational qui nous l'apprend. 

tt Le ministre Broglio vient de décider 
qu'un exemplaire en terre cuite du Beni- 
vieni serait placé au couvent de San Mar- 
co, dans la petite chambre qui attient à la 
cellule de Savonarole, en face du buste de 
Savonarole lui-même, modelé par Bastia- 
nini, avec cette inscription : 

« Ce calque (questo calco) fut exécuté par 
Giovanni Bastianini, pour reproduire son 
buste de Benivieni, chef-d'œuvre d'une 
telle excellence , qu'il a été attribué aux 
maîtres du seizième siècle. 

c( On annonce en même temps que sur la 
tombe de Bastianini, au cimetière de San- 
Miniato, sera gravée l'épitaphe suivante : 

Giovanni Bastianini, 
Né de pauvres parents, 

A vécu pauvre 

En ajoutant aux trésors 

De la sculpture italienne 

Des œuvres d'un si admirable génie 

Que Ton nia qu'il en fût l'auteur. 

Bravant l'évidence, on eut la perfidie 

De placer au milieu du Louvre, 

Parmi les chefs-d'œuvre de l'époque de la 

Renaissance, 

Son buste de Jérôme Benivieni. 

Des chagrins ineffables et une maladie 

foudroyante, 

le 29 juin 1868, 

Ont emporté, à l'âge de 37 ans, l'artiste intègre. 

Qui, pleuré et regretté, 

Repose ici. 

tt M. le Surintendant des Beaux -Arts 
mettra-t-il opposition à l'épitaphe? 

« X. Feyrnet. • 

Dans quel ouvrage pourrait -on trou- 
ver des renseignements authentiques (bio- 
graphiques et artistiques) sur cet illustre 
statuaire inconnu? Truth. 



Nicolas Vanquelin, sieur des Yvetaux. 

— M. Ed. de Manne {Nouvelle Biographie 
générale) cite au nombre des faiblesses 
de N. Vauquelin « son amour effréné 
pour une célèbre joueuse de harpe, nom- 
mée la DupuitSj » et ajoute : a Cette bohé- 
mienne était la compagne d'un de ces 
ménétriers qui courent de cabaret en ca- 
baret. » M. de Manne en est-il bien sûr? 
Je lis, dans les Historiettes de Tallemant 
des Réaux (édition P. Paris, vol, I, p. 344), 
que cette femme était, non la compagnej 
mais la. fille «d'un homme qui jouoit et a 
joué jusqu'à sa mort de la harpe dans les 
hostelleries d'Estampes. » Loin d'être un 
vil ménétrier, du Puis (non Dupuits) était 
« de la meilleure maison de la ville » de 



504 



Meaux, si toutefois il faut en croire ce que 
raconta à Vauquelin la jeune harpiste. 
(Prière à l'imprimeur de ne pas me faire 
dire harpie,) 

M. de Manne dit encore : a Suivant 
Tallemant, qui exagérait peut-être, des 
Yveteaux passait des journées entières à 
soupirer, aux pieds de sa belle, des vers ana- 
créontiques. » Je n'ai rien lu ae pareil dans 
Tallemant, et )e réclame instamment l'in- 
dication précise du passage qui a été in- 
trouvable pour moi. 

a 11 avait fini, n continue M. de Manne, 
« par pousser si loin l'extravagance, qu'au 
dire des mémoires du temps, il fit de son 
jardin une petite Arcadie, où il se prome- 
nait , la houlette à la main, la pannetière 
au côté, le chapeau de paille sur le chef, 
et chantant avec son Amaryllis des vers 
qu'il avait composés sur ses plaisirs pas- 
toraux. 9 Quels sont les Mémoires du 
temps qui nous ont conservé tant de dé- 
tails ignorés de l'auteur des Historiette^ 
Pour moi, je ne les trouve que dans les 
Mélanges de Vigneul-Marville. 

Enfin, je voudrais bien savoir si le der- 
nier mot de Vauquelin fut celui-ci, que, 
d'après Saint-Evremond, il aurait adressé 
à sa maîtresse : « Ma mie, jouez- moi une 
sarabande, pour que je passe plus douce- 
ment. » Le mot me paraît très-douteux, 
d'abord parce qu'il n'est pas rapporté par 
le très-exact et très-minutieux Tallemant 
des Réaux qui dit seulement : « Ce qui est 
constant, c'est qu'une heure avant que de 
mourir, il se promena par la chambre et 
pria la du Puis de luy fermer les yeux et 
la bouche, et de luy mettre un mouchoir 
sur le visage, dez qu'il commenceroit à 
agonizer, afin de ne point voir les gri- 
maces qu'il feroit; » ensuite, parce que 
Huet, Normand comme Vauquelin et qui 
par conséquent devait être bien informé de 
ce qui concernait son compatriote, déclare 
qu'avant d'expirer il se repentit de tous 
ses égarements. L'on assure, dit égale- 
ment le Dictionnaire de Morérij que sa 
mort fut chrétienne. T. de L. 

P,'S. — Encore une question, de grâce! 
— (Quand on prend du galon..)— M. de 
Manne a-t-il eu raison de dire que Nie. 
Vauquelin habitait une maison de la rue 
Jacob d'aujourd'hui? 



Personnages publics on historiques sur 
les enseignes. — L'administration muni- 
cipale du 2" arrondissement adressait, le 
29 pluviôse, an VI, à celle du 3*, la lettre 
suivante : 

c( Citoyens collègues. — Il existe, dans 
« la rue des Bons Enfants, vis-à-vis la 
« Cour des Fontaines, un particulier qui 
o attire les curieux par un grand tableau 
a représentant un cochon énorme par sa 
a grosseur et annoncé du poids de pSoli- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[losepu 1869. 



5o5 - 



5o6 



« vres. L'individu à qui il appartient , 
« pour donner de la confiance à son 
a annonce , a fait peindre deux hommes 
« revêtus de marques distinctives, l'un de 
membre du département, Tautre d'offi- 
tt cier municipal. 

a La méchanceté, la malveillance sai- 
a sissant cette occasion pour avilir les au- 
tt torités constituées par la parallèle 
tt grossière, indécente, qu'elles établissent 
« entre les objets représentés sur ce tableau, 
a nous avons cru devoir vous en donner 
« avis, afin d'aviser aux moyens dele faire 
« disparaître. — Baloux, président. — Pi- 
« card, secrétaire. » 

L'histoire ne m'a pas dit quelle suite fut 
donnée à cette affaire; d'autre part, il n'est 
point rare, même de nos jours j de voir, 
sur les toiles qu'exhibent nos Barnums^ 
des femmes géantes, d'un poids égal à 
celui de l'animal de la rue des Bons-En- 
fants, entourées de généraux et autres 
fonctionnaires brodés. 

Pourrait-on me fournir quelques rensei- 
gnements sur l'origine de cette coutume 
et m'en donner quelques exemples ? 

G. Saint-Joanny. 



A quelle époque a-t-on commencé à 
porter des montres? — Je trouve dans le 
Journal du règne du roi Henri III : « Le 
«jeudi troisième de mars i588, un jeune 
« Normand aagé de dix-neuf à vingt ans, 
« ayant esté surpris coupant, à l'entrée du 
«parquet de l'audience, la monstre d'un 
« gentilhomme qu il vortoit pendue au col, 
« représenté devant Messieurs en la grande 
« chambre, ayant advoué le faict, fust sur 
u l'heure condamné à estre pendu et 
« estranglé en la cour du Palais, ce qui 
« fut exécuté sur-le-champ. » 

Pas plus tôt pris que pendu. 

P. A. L. 

Les anciens ont -ils connu l'art de 
fondre le fer? — Y a-t-il eu dans l'Anti- 
quité des ouvrages en fer fondu, et spécia- 
ment des statues? — Si oui, quels auteurs 
en ont parlé, et en quels termes? 

D' Judas. 



Le général Dagobert. — Le nombre 
des biographies qui daignent parler du 
général Dagobert est excessivement res- 
treint, mais du moins elles ont l'avantage 
de donner sur lui les renseignements les 
plus inexacts. Quatre ouvrages spéciaux, 
sur une vingtaine consultés, font presque 
un jeune homme de celui que les histo- 
riens de la Révolution appellent toujours 
le vieux général Dagobert, et que ses 
portraits représentent comme un homme 
presque octogénaire. 

i^ La Biographie universelle in** 12% au 



nom Dagobert (L.-A.), le fait naître à 
Saint- Lô, vers 1740, et le fait mourir à 
Puycerda, en 1 794, de ses blessures, 

20 La Biographie Feller, aux mêmes 
noms, Dagobert (Louis-Auguste) porte: 
né à Saint-Lô, vers i75o, mort, le 
20 avril 1794, des suites des blessures re- 
çues à la Seu d'Urgel. 

3° La Biographie universelle, édition 
Fume, le désigne sous les mêmes pré- 
noms et l'indique comme né à Saint-Lô 
vers 1740, et mort de ses blessures, le 
8 avril 17Q4, à Puycerda. 

Ainsi diaprés les dates de naissance ci- 
dessus, le vieux général aurait eu, au 
moment de son décès, d'après un bio- 
graphe 44 ans, d'après deux autres 54 ans, 
ce qui n'a jamais été considéré comme 
la vieillesse pour un général. 

40 II y a une quatrième biographie: c'est 
le Dictionnaire encyclopédique de la 
France, dans ÏUnivers pittoresque, qui 
contient un long article sur Dagobert et 
annonce dans une note, qu'écrivant sur 
des documents officiels, il rectifie les er- 
reurs des auteurs qui font mourir le gé- 
néral à 75 ans, alors qu'il n'en avait 
réellement que 68. 

Après cet avertissement qu'on pourrait 
prendre au sérieux, il est dit que Da- 
gobert- Fontenille (Luc-Simon-Auguste) , 
suivant d'autres : Dagobert-Fontenille 
(Louis-Simon), est né à la Chapelle près 
Saint-Lô, le 8 mars 1736, et qu^l mourut 
à Puycerda, de la fièvre, le 18 avril 1794, 
à l'âge de 68 ans et i mois. 

Or, s'il était né en 1736, il aurait eu seu- 
lement, en 1794, lors de son décès, 58 ans 
et non 68. 

Maintenant deux autres ouvrages qui 
semblent plus près de la vérité le font 
mourir, à 76 ans : 

Thiers {Histoire de la Révolution) : de la 
fièvre; 

France militaire : le 21 avril 1794, peu 
de jours après une pointe hardie sur la Seu 
d'Urgel, d^une fièvre violente qui le tour- 
mentait depuis quelque temps. 

On désirerait être fixé sur l'époque 
exacte de la naissance de Dagobert, sur 
ses véritables noms, sur la date et les 
causes de sa mort. 

Et quand on pense que toutes les bio- 
graphies existantes sont fabriquées avec 
le même soin, c'est bien consolant pour 
ceux qui ont à y chercher des renseigne- 
ments. Z.-A. 



M. Naissant, musicien, 1787. — Je pos- 
sède un cahier de musique oblong, cou- 
verture en parchemin vert, sur laquelle se 
trouvent, en lettres et chiffres jadis dorés, ce 
nom et cette date : M. NAISSANT. 1787. 
N'est-ce pas le nom d'un musicien connu 
de cette époque ? Le cahier contient toute 
sorte d'ariettes du temps, copiées à la main. 



N* iiï.] 



LINTERMÉDIAIRE 



- 5o7 - 



5o8 ■ 



celles do Peintre amoureux de son modèle, 
de l'Amdnt jaloux, de Richard Cœur-dg- 
Lion, etc., etc. La Marseillaise, du moins 
le premier couplet, sans litre, s'y trouve 
entre un air de la Partie de chasse de Tom 
Jones et un air d'Albanéffe. Il y a un air 
de M. l'abbé Ro^e, accompagnement de 
M. Mertkeuil, ou de Myrtheuil. Ces per- 
sonnages sont-ils connus? — Le dernier 
morceau du recueil est la Treille de sin- 
cérité, chanson de Désaugiers. — Men- 
tionnons encore : Le Paresseux, air et 
accompagnement de N' (avec la date: 
II fév. 1827). ce qui prouve que M. N'vit 
la Restauration. Son album en aurait au- 
jourd'hui bien besoin (de restauration), 
car il est bien malade et tout disloqué. — 
Sur une page, respectée par la musique, 
sont deux grands cœurs enflammés, des- 
sinés â la sanguine. Ahl Monsieur N' , 
TOUS dûtes être três-inflammable, à en ju- 
ger par cette page et par certaines ariettes 
do votre choix! B. V. 



La comtesie Guacher. — Quel est le 
vrai nom et quels sont les origine, vie, etc., 
de cette femme qui, venue de Londres à 
Saint-Pétersbourg, vers i8i3, aurait ac- 
quis une grande influence parmi la haute 
société russe et même aurait eu quelque 
intimité, sans galanterie, avec l'empereur 
Alexandre, puis eiilée ou confinée en Cri- 
mée, avec la princesse Gallitzine et M"« de 
Krudener, y serait morte en 1 8 1 3 ? Hop- 
maire de Hell, dans son ouvrage descrip- 
tif, intéressant à plusieurs points de vue 
(LesSteppes de la mer Caspienne..., t. II, 
chap. 16), donne des détails tris-roma- 
nesques sur ces trois femmes célèbres; i! 
insiste plus particulièrement sur M*"' Gua- 
cher; il parle d'une cassette enlevée par 
ordre de l'empereur de Russie et qui con- 
tenait une paire de ciseaux; 1! mentionne 
les révélations du baron X... ,1a découverte 
d'une curieuse correspondance et assure, 
sans preuve concluante, que cette incon- 
nue n'était autre que la comtesse de La- 
motbe- Valois, condamnée [par arrft du 
Parlement de Paris, du 3i mai 1786; au 
fouet, à la marque et à la prison perpé- 
tuelle, comme voleuse (Affaire du Coitierl 
Les biographes font cependant mourir 
cette femme ignoble, le 23 août 1791, à 
Londres. Quel est donc ce mystère? 

(Lyon.) _ V, de V. 

ïïn cachet de Hngnes de Lionne. — Sur 

e politique de Hugues de Lionne 
a Louis XIV, avec apo- 
stille du roi, le eaclict, 
bien conservé, porte dans 
un écu un cœur, et dans 
ce cœur les lettres AL, en 
monogramme. 

J'aimerais savoir si c'est 
le sceau de son père, Artus 




Il ) 



trouvait 



avoir la couronne royale, fermée, fleur- 
delisée? 

Au bas d'une gravure de B. Moncornei, 
1661, je lis : " M'" Hugues de Lyonne, 
o Chev, Marquis de Bernyet Fresnes.etc, 
" fils de M'" Artus de Lyonne et de darae 
Elizabeth de Seruien. Son père esta 
présent Evesque de Gap et seroit Ar- 
u cbevesque d'Ambrun, s'il n'avait préféré 
« l'Union avec sa première Eglise auxri- 
» chesses d'une seconde, n — Son père 
serail-il entré dans les ordres, après la 
mort de sa femme, ou n'a-t-on pas pluiol 
voulu mettre ; « Son frère est à présent 
" Evesque, 1 car je trouve dans Bouillci: 
Œ On connaît aussi Artus de Lionne, Eve- 
que de Gap, frère de Hugues.— Et un 
autre Artus de Lionne, fils de Hugues, 
Evêgue in partibus de Rosalie (Turquie^, 

Dans la lettre mentionnée ci-dessus, il 
est feit mention de b l'Arrivée du Gentil- 
a homme de l'Archevesque d'Amhrun. » 
P. A. L 



Annoirlas k rseonnaitre. — Je soumets 
â l'examen des lecteurs de r/ji/^rnieiiaire, 
les armoiries dont le dessin est ci-joini. 



A quelle famille appartiennent-elles P 

Le champ de l'écu est-il or, argent ou 
sable f Merci d'avance à celui de vos cor- 
respondants qui pourra me donner ia so- 
lution de cette question. 

(Ghauny.) Poissonkibr. 

Uns réprimande militaire. — Ti'ot est- 
elle donc tirée, cette harangue d'un sous- 
officier à un soldat, que j'ai entendu ciier 
ainsi : u Monsieur Benak, écoutez-t' 15^' 
a Vos parents vous ont confié à mes soins 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo sept. 1869. 



5o9 



5iô 



« et je suis fort surprenant que vous vous 
« permissiez des choses dont vraisembla- 
« blemenl à celui-ci! J*ai quinze ans de 
« services, donc vous ferez quinze jours 
« de salle de police ! » 

Cela a-t-il figuré dans le Journal amu- 
sant, Iq Musée pour rirCy ou tout autre? 
Il doit y avoir un dessin, dont ce serait Iç 
texte. 

N'y a-t-îl pas une suite de scènes de la 
vie militaire dans cç même genrç? A. J. 



Les < Considérations sur la France. » 
par Joseph de Maistre. — Quelles sont les 
éditions originales, et à quoi les reconnaî- 
tre? A.-A. Barbier, qui a dirigé Timpres- 
sion de celle dç 152 1, en parle très-som- 
mairement dans son « Dictionnaire des 
Anonymes, » n°» 2788 et 2789. Quérard, 
dans sa a France littéraire, » V, 4B2, cite 
les éditions de Londres (Neuchâtel), 1796; 

— seconde édition, Londres {Bâle\ l'j^j) 

— nouvelle édition (3e), Paris, 1814; — 
nouvelle édition (4«), Paris, 1821. J'en 
possède une dont le titre porte: Deuxième 
édition, Londres, 1797. Elle a 112 pages. 
N'est-ce pas là une des contrefaçons dont 
parlent vaguement les bibliographes? 
Quelles sont les caractéristiques des pre- 
mières éditions véritables? 

(Marseille.) V. R. 



Gaqnire, parodie de Zaïre. — L'auteur 
de cette tragédie scatologique (le chef- 
d'œuvre du genre), en cinq actes et en 
vers, est un M. de Combles, ancien con- 
seiller à la cour des Monnaies de Lyon, 
homme facétieux et fécond en saillies 
joyeuses, sur lequel la tradition des salons 
lyonnais transmet des anecdotes difficiles 
à conter et des mots les plus... cocasses. 
La plus ancienne édition de Caquire re^ 
monte à Tannée 1783. Mais cet ouvrage, 
fait et défait plusieurs fois, a dû circuler 
en manuscrit longtemps avant l'impres- 
sion. Voltaire a-t-il eu connaissance de 
cette audacieuse parodie de son chef- 
d'œuvre ? A-t-il laisse, dans sa correspon- 
dance ou dans ses notes, quelque phrase 
relative à cette composition calquée sur 
la célèbre tragédie? (Lyon.) V. de V. 



La bihliothèqne des Delessert. — Je 

viens de passer quelques semaines à Paris, 
et, en bouquinant sur les quais, notam- 
ment au quai Conti, j'ai trouvé nombre de 
Yolun^es provenant 4e la grande collection 
de livres Qu'avaient formée trois généra- 
tions de la famille Delessert (Etienne, 
Benjamin, etc). C'était une réunion des 
plus complètes de rares ouvrages et bro- 
chures, principalement sur la politique et 
1 économie politique j depuis la nn ' du 
règne de Louis XV jusqu'au règne de 



Louïs-Philippe. Presque tous portent la 
marque des Delessert, et beaucoup sont 
des eX'dono à divers membres de la fa- 
mille, à Etienne, à Benjamin, à M. Gau- 
tier, leur parent par alliance, je crois. — 
Comment se peut-il qu'une si précieuse 
bibliothèque, au lieu d'être pieusement 
conservée ou affectée à quelque établisse- 
ment public, ait été vendue en lots par une 
famille aussi riche que les héritiers Deles- 
sert; qu'elle ait été ainsi jetée au vent des 
enchères, et qu'on la trouve, hélas! dis- 
persée dans les boîtes des bouquinistes? 
Quel vandalisme ! Y a-t-il eu au moins un 
catalogue? Quand a eu lieu cette regret- 
table, cette déplorable venta-? B. B. 



Cartes d'entrée à la Convention (V, 56). 
— J'ai trouvé dans la succession de mon 
grand-père, qui fut membre de l'Assem- 
blée Constituante et de la Convention, un 
petit portefeuille qui renfermait quatre 
cartes de député, dont voici la descrip' 
tion .• 

La première est ronde ; sa couleur est 
blanche; une couronne de laurier Tenca- 
dre; au milieu sont les trois fleurs de lis, 
et au-dessous : 1789; tout cela est im- 
primé en bleu ; Texergue est formé par les 
mox%: Assemblée nationale; puis, entre le$ 
fleurs de Ils se trouvent ceux-ci : La Loi 
et le Roi. Le revers est blanc et sans or- 
nements ; on y lit : 

N« 3o6. 

Député 
à TAss. Nationale (en rouge) 

Département de l'Eure. 

M' 



et plus bas la signature de Guillotin, corn* 
missaire de iTVssemblée nationale* h-. 
L'aspect général de cette carte est né- 
gligé ; elle dut être faite à la hâte. 

La seconde est ovale , et de couleur 
rouge. D'un côté, elle est disposée ainsi : 

DÉPUTJ? 

A l'Assemblée NationaItE. 

M' Lemarechal, 
Député d'Evrettx, 

Le baron de Menou, (signature illisible) 
Président. Secrétaire, 

L'autre côté de la carte porte le numéro eç 
la signature du député, avec celte men- 
tion : Entre par-tout; et au-dessous ; Guilr^ 
lotin, commissaire de l'Assemblée natio- 
nale. A droite le sceau de l'Assemblée. 
Pas de date. 

La troisième est blanche et de forme 
ronde } au centre un soleil dont les rayons 



N- II 3.] 



LUNTERMÉOIAIRE 



5ii 



5ia - 



vont frapper les bords de la carte ; Tenca- 
drement est formé par une couronne de 
laurier, fermée par un phylactère qui 
porte : Assemblée nationale; au centre 
et brochant sur le soleil sont ces trois 
mots : 

La Nation, 

La Loi, 

Le Roi. 

1789. 

L'autre face porte ceci au milieu d'une 
couronne de chêne : 

N* 



Lemarechal, 

Député 

du département 

de l'Eure. 

Durocher, 

Commissaire de î'Ass. 

Nationale, 

J'arrive à la quatrième carte qui ré- 
pond plus directement à la demande de 
M. U. Elle est ronde comme la précé- 
dente et de la même dimension (55 mill.). 
Elle est formée de trois cercles concentri- 
ques aux couleurs françaises; le cercle 
extérieur est bleu et orné d'une lourde 
couronne de chêne ; le second est rouge 
et porte ces mots : Convention nationale. 
Liberté, Egalité. Enfin le dernier cercle 
qui forme le centre de la carte est blanc 
et porte un soleil rayonnant sur lequel se 
détachent ces mots : 

La 
République 
Française. 

N» 210, 

Le revers offre la même disposition; 
une couronne de chêne occupe le cercle 
bleu ; le rouge porte ces mots ; Départe- 
ment de VEurCy l'j^i ; et le centre ceci : 

M' 

Leuarechal, 

DÉPUTÉ. 

Galon, 

Président du Comité 

d* Inspection. 

C'est très-probablement la première 
carte qui fut distribuée aux Convention- 
nels ; la date q»2'elle porte, et le : Monsieur, 
qui n'a point encore fait place au Citoyen^ ! 
autorisent à le croire ; on était pressé, les 
artistes n'avaient pas encore eu le temps 
d'imaginer les bonnes femmes allégoriques 
que portent les cartes dont parle M. U., 
on prit tout simplement la carte n« 3 de 
l'Assemblée nationale et on y ajouta les 
couleurs nationales. Et, en vérité, cette 



carte-cocarde me paraît plus simple, plus 
claire, meilleure en un mot que les inven- 
tions de Sergent et de Morret. 

Si M, M. avait quelque désir de voiries 
cartes que j'ai décrites, je les mets à sa 
disposition. 

Je possède aussi une large et superbe 
médaille en cuivre qui fut, je crois, déli- 
vrée à tous les membres de l'Assemblée 
Constituante, à l'occasion de la nuit du 
4 août. L'envers porte un splendide 
portrait de Louis XVI , et en exergue : 
Louis XVI, Restaurateur delà liberté fran- 
çaise. Signé : B. Duvivier. Le revers qui 
est signé : Gatteaux, représente la scène 
du 4 août, et en exergue : Abandon de 
tous les privilèges. Un anneau fixé à la 
partie supérieure semble indiquer qu'on 
devait porter cette médaille, malgré son 
poids et sa dimension (62 millimètres de 
diamètre et 4 millim. d'épaisseur). Si 
quelque chercheur peut me le dire, je 
serais curieux de le savoir. — On m'a dit 
que cette médaille avait été gravée dans 
un recueil numismatique révolutionnaire. 

A. Lemarechal. 



Une réhabilitation de Jndas (V, 144). 
On trouve une autre réhabilitation du 
faux apôtre, par Thomas de Quincey, dans 
a Richard Bentley and other Writings, • 
Edimbourg, i863, in-8% p. i-3. 

(Manchester.) W. E. A. A. 



Marie Donral (V, 21 3). Evidemment, 
cette question n'est pas venue de la Flè- 
che, car il n'est personne dans cette petite 
ville, célèbre par son Prytanée et ses pou- 
lardes, qui, à ce double point de vue, ne 
connaisse l'auteur de Marie DorvaL Oui, 
M. E. R. a été bon juge, et l'auteur est 
bien réellement, comme il le soupçonne, 
M. E. C, natif, non pas du Finistère, 
mais de Montarcis, ville bien connue (/«- 
terméd.f 111,485). Cet écrivain s'était déjà 
fait remarquer dans le monde littéraire par 
le récit humouristique d'un Voyage en 
Angleterre y par la traduction d'un opus- 
cule italien, intitulé : De V amélioration 
des mœursy et dans le monde scientifique 
par ses succès au Luxembourg, à propos 
du mathématicien Fermât. (Séance du 
Sénat du i3 mars 1866, pétition n<> 382). 
Je pourrais ajouter sur 1 auteur et sur le 
livre des détails très-curieux, très -intéres- 
sants et très-intimes, mais je craindrais 
qu'on n'attribuât, surtout à La Flèche, 
cette réponse à l'auteur lui-même. Je me 
hâte d'ajouter que dans cette petite ville 




y est pas un jeune 
ans, qui, le voyant passer, ne s'écrie, en 
pensant à Elle: C'est Lui! 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo sept. 1869 



5i3 



5i4 



Morale: a Quam pulchrum est digito 
raonstrari et (licier: Hic est! » ' 

Gérés fils et Cie. 

Le mot dégommer (V, 298). — • Au lieu 
de dégommer^ qui n'est qu'un usurpateur 
ridicule , lisez et prononcez décomer 
(0 bref, dont le son est presque absolu- 
ment le même). Dans certaines parties de 
la Franche-Comté et notamment à Ornans 
(Doubs), décomer (coma, chevelure), si- 
gnifie encore aujourd'hui tondre y et un 
décomé est un homme qui par une cause 
Quelconque a perdu ses cheveux. On a 
dit d'abord : LTn tel se décomey pour ex- 
primer qu'il perdait ses cheveux ; puis la 
perte de la chevelure étant un signe d'af- 
iaiblissement physique, le même mot a 
été employé pour marquer les effets de la 
vieillesse et de la maladie. Voilà pour la 
première locution; la seconde s^explique 
encore mieux. On se rappelle, en efitet, 
qu'aux époques mérovingienne et carlo- 
vingienne tout individu déposé du pouvoir 
ou destitué de fonctions quelconques était 
d'abord tondu, c'est-à-dire décomé, puis 
jeté dans un cloître. Décomer signifiait 
donc alors destituer, et il me semble qu'il 
y aurait lieu de le faire revivre avec ce 
sens dans la langue. Nous y gagnerions 
un mot fondé en histoire et en étymolo- 
gie, au lieu du vocable trivial et dénué de 
sens qui s'est malencontreusement substi- 
tué à lui. (Alger.) Ch. Torbin. 

La chanson parisienne de < Fi-Fi » (V, 

325, 393). — M. Emmanuel Vasse a évi- 
demment dû chercher ce qu'il dit , à 
propos du sobriquet de Fi-Fi, dans la lé- 
gende de Saint-Nicaise y alias de domp 
Claude de Guise, virulent pamphlet de 
l'an i58i, réimprimé en 1734 au tome VI 
des Mémoires de Condé. Dans ÏEpistre 
préliminaire, adressée à Henri de Guise, 
l'auteur expose , en effet , au duc et à son 
frère, le duc de Mayenne, qu'ils ne sont 
nullement les neveux de celui qu'ils 
avouent à tort leur oncle, lequel n*est 
point de leur sang, mais « issu d'un lieu 
1 le plus bas et sordide {qu'il est pos- 
1 sible de penser, en tant que le père de 
« son père estoit maistre fy-fy en Bour- 
( gogne : son père naturel estoit palefre- 
' nier, et ses frères, (s'ils ne sont morts 
< puis naguères) bourreaux ou exécuteurs 
de la haute justice, l'un en la ville de 
Langres, et l'autre à Dole. » Cette dia- 
ribe, qui n'a pas moins de trente-neuf cha- 
itres, est dirigée contre Claude de Guise, 
âtard du premier duc, Claude de Lor- 
aine, mort en i55o, et qui fut d'abord 
bbé de Saint- Nicaise de Reims, puis de 
lluny, de 1574 à 1612. On est d'accord 
our l'accorder à Gilbert Regnault, sei- 
neur de Vaux, bailli et juge de Cluny. 
lais je ne trouve point dans son pamphlet 



la chanson de /^-/*y, demandée par M. C- 
R. et que, moi aussi, je voudrais bien 
voir retrouver. Une chanson qui a couru 
les rues de Paris doit nécessairement avoir 
été conservée quelque part. A. A. 



Le Coq gaulois (V, 342). — On sait oue 
le mot latin Gallus signifte à la fois Coq 
et Gaulois, Le nom primitif des Gaulois 
a été : Celtes, J'ignore à quelle époque le 
nom de Gaulois Ta remplacé; mais ce 
changement remonte à une très-haute an- 
tiquité. Dans le Magasin pittoresque de 
18^8, page 304, est reproduite une mé- 
daille gallo-romaine, découverte à Lewarde 
(Nord) vers 1844, qui porte à son revers, 
l'image d'un coq. « Mais, » ajoute le rédac- 
teur de l'article, a le fronton du temple 
oui accompagne cette première figure , m- 
aique assez la pensée toute romaine qui 
préside à cette composition , et rien ne 
prouve que le coq joue ici le rôle qu'on a 
voulu lui prêter. Quoi qu'il en soit, ce mo- 
nument curieux peut être considéré comme 
l'objet d'un rapprochement bizarre, et 
l'importance politique que s'est acquise 
dans les derniers temps le Coq gaulois, nous 
fait un devoir de rechercncr avec soin 
l'histoire de ce symbole. » 

Après avoir remarqué le double sens du 
mot Gallus, l'auteur établit que cette locu- 
tion emblématique n'a commencé à de- 
venir générale qu'à partir de la renais- 
sance des lettres. Il cite le mot de l'am- 
bassadeur Danès, que j 'omets pour abréger, 
et un poëme de Passerat en date de i585, 
en l'honneur du coq, dans lequel il jouait 
sur cette équivoque et propageait cette 
fiction toute littéraire que le nom des* 
Gaulois venait du coq. Dans le siècle sui- 
vant, l'idée fit son chemin et le plus ancien 
monument des arts qui s'y rattache est 
une médaille frappée en 1601 en Italie 
pour la naissance de Louis XIII et sur 
laquelle un coq est l'emblème de la 
France. Après avoir cité d'autres exemples, 
le rédacteur parle d'une gravure à l'eau- 
forte de la main de Louis XVI, dans 
laquelle figurent le coq et le lis. Il ajoute 
que la France, en 1791, lorsqu'elle prit 
pour symbole le coq gaulois, ne fit que 
revendicjuer un signe depuis longtemps 
consacre par la tradition, et qu'en i83o, 
pour la première fois, cette tradition a reçu 
la sanction légale. 

Voici le texte de l'article unique de 
l'ordonnance de Louis-Philippe, lieute- 
nant-général du royaume, en date des 6-kJ 
août i83o : t Les drapeaux et les boutons 
d'habit de la garde nationale porteront 
pour inscription les mots ; Liberté, ordre 
public, et le cimier des drapeaux sera le 
coq gaulois. » E. G. P. 

— Le Dictionnaire national de Besche- 
relie nous disait, au mot Coq : — « Un 



W II 3.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



5i5 



5i6 



des insignes de la nation gauloise. Le coq 
gaulois a décoré les drapeaux français pen- 
dant la première révolution, et les orne 
encore depuis i83o. > 

Le Dictionnaire de Littré nous dit : — 
a Coq gaulois, un des insignes de la nation 
française. • Il cite ces vers du Vieux Dra- 
peau, de Béranger : 

Son aigle est rentré dans la poudre^ 
Fatigué des lointains exploits ; 
Rendons-lui le coq des Gaulois : 
Il sut aussi lancer la foudre. 

Il ajoute : « Le choix de cet oiseau 
comme emblème de la nation française est 
de date récente (la première révolution et 
surtout celle de 18^0); il ne paraît guère 
fondé que sur l'homonymie latine de Gai- 
lus, qui signifie à la fois coq et Gaulois. » 

Cependant je trouve que déjà, dans un 
traité de Blason du graveur Trudon, 
(Paris, 1689) les fleurs de lis sont surmon- 
tées d'un coq en cimier, pour personni- 
fier la France. Dans un autre document, 
une plaque de cheminée, où l'on paraît 
avoir voulu représenter la première coa- 
lition des grandes Puissances contre 
Louis XIV, on voit d'un côté l'aigle (de 
rEmpire),le léopard anglais, un chien, une 
hydre ^Provinces Unies), un lion (Espagne), 
et de 1 autre un coq, symbolisant la France 
avec cette devise : Sustinet intrepidus. 

D'où vient donc encore ce coq ... des 
Gaulois? R. C, 

— J'ai vu récemment chez M. Hocquet) 
marchand de curiosités de la rue Clauzel} 
à Paris, un ancien dessin figurant les ar« 
moiries de Charles-Quint, et, dans le 
srand cartouche qui leur sert de cadre, 
raigle de l'Empire est représenté fou- 
droyant le coq gaulois, qui tombe mutilé 
avec un étendard fleurdelisé symbolisant 
la France. Ainsi, ce n'est pas d'hier que 
notre cher pays est personnifié dans cet 
animal ayant bec et ongles... et crête 
rouge à la tête. Mais pourquoi, s'il vous 
plaît, le Gaulois est-il ainsi incarné dans 
ce sultan de basse-cour? Est-ce bien un 
simple calembourg? H. E. 



Un0 devise latine (V, 402), — Henri, 
deuxième du nom, encore qu'il eût épousé 
Catherine de Médicis, continuait d'aimer 
éperdûment la belle Diane de Poitiers. 
Or, de tout temps, en France, les souve- 
rains ont été considérés comme des dieux, 
à la mort près, au point que leur demeure 
a pris et porte encore le nom de « Elysée 
(les Champs-Elysées}. » Le roi de notre 
chère patrie était donc alors une sorte de 
Jupiter, sous le nom de Henri II. A rai- 
son de son prénom (Diane), la charmante 
fille du seigneur de Saiqt-Vallier avait 
reçu, à titre d'emblème héraldique, et 



cela de la docte main de son auguste ami, 
les attributs de la déesse de la chasse, de 
la chasse à laquelle il est d'usage de se 
livrer avant même le lever de 1 astre du 
jour, quand brille encore au ciel celui des 
nuits. Donc, un a double croissant, avec 
le monogramme D(IANE), » tel est l'in- 
génieux blason de la duchesse de Valen- 
tinois considérée comme tenant lieu pour 
nous de l'Artémis ou Diane des Grecs. 
Cela posé, de même que le Soleil, ce Ju- 
piter du ciel, exerce une notable influence 
sur la Lune son amie, ainsi Henri II pou- 
vait beaucoup sur sa terrestre Artémis; 
et il le lui fit bien voir. Or, une fois que la 
Lune est, comme on dit, « dans SON 
PLEIN, » elle s'arrête immobile : IMMO- 
TA MA NET. 

Pareillement, notre Diane dont le cœur 
était a tout entier » et sans retour à son 
Henri, demeure constamment fidèle ; IM- 
MOTA MANET. 

Enfin, à l'égal de Jupiter dont la Lune 
ressent la féconde influence, Henri II 
donne à sa bien-aimée plus d'un gage 
d'illégitime tendresse, en même temps que, 
par Catherine de Médicis, il se prépare 
un successeur sur le trône de France. 

Et voilà comment l'un et l'autre Jupi- 
ter, aussi bien celui de TOlyrape ou en 
ciel que notre Henri II, non moins le roi 
de France que le frère de Neptune et de 
Pluton, ne s'attachent pas stérilement et 
sans fruit (FRUSTRA) aux divers objets 
de leurs soins respectifs. Bref, la Lune se 
ressent de la chaleur du Soleil» comme font 
Diane de Poitiers et Catherine de Médicis 
des ardeurs de Henri II (NON FRUS- 
TRA IVPITER AMBAS (conaprimit). 
(GrenoWeO J. P. 



Zotl (Nfl pas imprimer ni lira Zntl, 
(V, 433). — En dépit de cette recomman- 
dation de notre correspondant, M. Littré 
(Vo DiablcEOt) rapproche ces deux parti- 
cules et semble croire que l'une n'est 
qu'une modiflcation de l'autre. — ■ Je ris- 
que une explication toute simple (trop 
simple peut'être) de la syllabe ^ot : Je 
remarque qu'on ne la rencontre jamais 
qu'après le mot diable, précédé ordinai- 
rement de la préposition au. Partant de 
là, je Tenvisa^e comme une altération du 
mot soitj subjonctif du verbe être. Au dia- 
ble^ot, c'est-à-dire au diable soit t ^^'^ 
ayant pu facilement se changer en sot, et 
sot se prononcer et s'écrire ^ot^ lorsqu'il 
n'a plus fait qu'un avec Iç mot diatlS' 
Cette interprétation s'applique très-bien 
au dernier vers cité par M. Duhamel.; 
a Au diable zot qui les croira, » que celui 
qui les croira aille au diable I 

DiCASTiS. 

r-. On trouve ce mpt ; Au diablf ^oty ■-• 
dans beaucoup d'anciennes comédies. Cela 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



5i7 



5i8 - 



[lo sept, 1869. 



veut dire : au diable le sot (qui les croira 
ou qui fera telle ou telle chose). Par eu- 
phonie ou par corruption, le mot a été 
changé; au diable jot! a été employé 
proverbialement, sans rien y ajouter, tout 
le monde en connaissant parfaitement le 
sens. E. G P. 

— Lisez encore Trévoux, supplément, 
édit. de 1752. Au diable ^ot, c'est au dia- 
ble soit, zot est corruption de soit, pro- 
noncé sot ou sfot aujourd'hui encore oans 
certaines campagnes. — L'expression se 
trouve aussi dans Destouches, acte 3, 
se. 8 du Curieux impertinent. 

J. E. — G. 

— Le mot sfOt se dit par corruption pour 
soit, dans cette locution proverbiale : Au 
diable iifot, que l'on adresse ironiquement 
à des hâbleurs,, pour montrer qu'on ne 
croit rien de ce qu'ils disent. -^ Lesage, 
dans Gil Blas , a employé l'expression 
correcte. 11 dit, en parlant des alguazils : 
« Dans cet honorable corps, chacun a in- 
« térêt de cacher ses faits et gestes. On 
« n'a, Dieu merci, rien à se reprocher les 
« uns aux autres. Au diable soit le meil^ 
« leur!» — On supprime quelquefois l'arti- 
cle au, comme le fait Sancho Pança, dans 
le 2» tome de Don Quichotte, cha{>* 46, 
page 425 ; a Je ne m'amuserai pas (dit-il) 
ù marchander, je vous mettrai bientôt le 
fermier en possession, et moi je mangerai 
mes restes comme un prince : dû reqte 
qu'on en fasse des choux et des raves, 
diable i^ot, si je m'en soucie. » (Trad. de 
Don Quichotte), 

Diablesiot^ s'écrivait aussi en un sçul 
mot. 

Il y a toute apparence aue cette locu- 
tion bizarre et bien digne ae fixer Tatten- 
lion, vient d'une imprécation tronquée, et 
qu'on a voulu dire : Allez aux diables 1 on 
en a retranché le premier et le dernier 
root, et ajouté la lettre Z pour éviter la 
cacophonie, car le mot de zot n'est point 
français, ce qui prouve qu'il dérive d'une 
orthographe corrompue^ On rencontre en- 
core dans le Curieux impertinent de Des- 
touches (Acte 3 , se 8) ; Juliç soupçon- 
nant que les délais afifectés et le refroidis- 
sement subit de son amant ne viennent 
que de quelque liaison nouvelle, et vou- 
lant être éclaircie de ce fait par Damon, 
ami de Léandre, dit à Damon^ qui s'ob- 
stine à ne point révéler ce secret : 

Quoi, l'état où je suis ne vous fait point de peine F 
Parlez, ou pour jamais soyez sûr de ma naine. 

DAMON. 

Ah! ce serait user avec trop de rigueur [cœur. 
Du pouvoir que vos yeux vous donnent sur mon 

NÉRINE. 

Crispin, Madame, en sait quelque chose peut- 
Anons, il faut qu'il jase à défaut de son maître. 



CRISPIN. 

Diable s;oiL,. Ce serait avec trop de rigueur 
Employer le pouvoir*,, que vos yeux dans mon 

[cœur... 
Comment avez-vous dit, Monsieur?... Enfin, 

[Mesdames, 
Nous ne jasons pas, nous, comme vous autres 

[femmes. 

Quant à l'auteur du huitain cité par 
M. Duhamel, nous n'avons pu le décou- 
vrir, c'est affaire à de plus habiles ou de 
plus heureux. A. Tigulle. 



Les beaux esprits ser rencontrent 

(V, 433). — Cette expression est, en effet, 
assez ancienne ; je la trouve dans Tré- 
voux, édit. 1732. — A côté, je lis ceci : 
« De ceux qui se sont rencontrés à avoir la 
même pensée en même temps, on dit: 
Voilà de quoi faire un pape. » — J'avoue 
que je ne m'attendais pas à trouver le 
pape en cette affaire. D'où vient cette lo- 
cution? Quant à moi, j'ai entendu dire 
dans le même cas : Le premier qui ren- 
trera sera... (cocu). Pourquoi encore? 

J. E. — G. 



Le nom des Francs (V, 434). — A la 
première question, M. Rod-Reuss me pa- 
raît avoir répondu d'avance. Puisque la 
nécessité de la défense obligeait ces peti- 
tes peuplades à se fondre dans une seule 
nation, cette nation nouvelle prenait un 
nouveau nom. Cet exemple ne fut pas 
alors isolé parmi les races aermaniques. 
Outre la comédération des Saxons, citée 
par M. Reuss, il y eut encore celle des 
Allemands. Cette fusion de peuplades sé- 
parées dans une Confédération ou nation 
nouvelle sôus un nouveau nom, s'est répé- 
tée à une époque plus récente, lorsque les 
montagnards des Alpes, disséminés en 
une foule de communes urbaines ou ru- 
rales et de domaines féodaux, se réunirent 
sous le nom de Confédérés de Schwith ou 
Suisses. Quant à la seconde question, 
c'est-à-dire à l'étymologie du nom de 
Francs, M. Reuss apporte une nouvelle 
solution très-possible , à une question en 
effet contestée. « Les écrivains modernes 
s'accordent à donner au nom des Franks 
la signification à* hommes libres; mais 
aucun témoignage ancien, aucune preuve 
tirée des racines de l'idiome germanique 
ne les v autorisent... C'est depuis la con- 
quête âe la Gaule, et par suite de la haute 
position sociale acquise dans ce pays par 
les hommes de race franque, que leur 
vieille dénomination prit un sens corres- 
pondant à toutes les qualités que possé- 
dait ou prétendait posséder la noblesse du 
moyen âge, comme la liberté, la résolu- 
tion, la loyauté, la véracité... Soit ou 'on 
récrivit avec ou sans l'N euphonique, Frak 



N» II3.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



5i9 



520 



ou Franc ^ comme le mot latin /4?ro;r, vou- 
lait dire ^^r, intrépidCy féroce, L'onsaitque 
la férocité n'était point regardée comme une 
tache dans le caractère des guerriers ger- 
mains On trouve, dans de très-anciens 

glossaires: Franci àferitate dicti, Frech, 
en allemand moderne, signifie hardie té' 
méraire : vrang, en hollandais, veut dire, 
âprcj rude... » ''Aug. Thierry, Lettre VI). 

O. D. 

— Je laisse à un plus érudit que moi la 
tâche intéressante de traiter cette grande 
question d*origine. Je serais très-heureux 
Que la simple question de M. R. amenât 
dans V Intermédiaire Iz, discussion raison- 
née de Von^int phrygienne des Francs, 
considérés comme colonie troyenne éta- 
blie en Dalmatie sous le titre de ^psTyot 
(prononcée Frengi), reconnue d'origine 
commune avec les Romains (descendant 
d'Enée), attestant cette parenté par un 
texte d'une constitution d'un des Flaviens, 
qui défend aux membres de la famille im- 
périale de contracter mariage avec des 
princes ou princesses barbares, à Vexcep" 
tion des Francs, à cause de la commune 
origine. Nous voilà bien loin de la Fram- 
ja, et bien près de Francus, fils de Priam ! 

11 doit y avoir là-dessus des travaux très- 
curieux; j'ai entendu parler d'un livre pu- 
blié, il y a deux ou trois ans, par un ar- 
chéologue, M. Moëtde la Forte-Maison. 
(Saint-Malo.) A.-G. J. 

Faire ripaille (V, 434). — Le Complé- 
ment au Dictionnaire de l'Académie dit 
formellement que l'expression faire ripaille 
vient de la conduite dissolue et de la gour- 
mandise d'Amédée VIII, au château de Ri- 
paille où ce prince s'était retiré. E. G. P. 

— Selon Jean de Laèt, en sa République 
de Savoie^ et au dire d'JEneas Syivius, té- 
moin oculaire de la vie d'Amédée VIII à 
Ripaille, ce prince n'aurait pas donné pré- 
texte à une telle locution. Dans le voisi- 
nage de Lausanne, on recueille du vin qui 
s'appelle ripaille, et Ion aurait dit fatre 
ripaille, pour boire du bon vin. (Voir le 
Dictionnaire de Trévoux.) J. E. — G. 

— M. J. L. trouvera d'amples et de sa- 
tisfaisantes réponses à ses diverses Ques- 
tions dans un article de M. Lecoy de la 
Marche, archiviste paléographe, sur Amé- 
dée VIII et son séjour à RipaillCy publié 
dans la première livraison (juillet i865) de 
la Revue des questions historiaues. 

Yezimat. 



La semaine des quatre jeudis. (V, 435). 
— Oui! qui en sait l'origine? Chacun 
sait que cette locution signifie jamais. — 
Tout comme les enfants de certaines lo- 
calités disent : « Quand?... Quand les 



poules auront des dents!... » Je remercie 
A. Nalis de sa recherche savante et/iisfo- 
rique à l'égard de la semaine des a deux 
jeudis » possible une fois. Chacun connaît 
la semaine des « trois jeudis » possible 
52 fois l'an, et c'est porter l'eau à la raer, 
de rappeler que, étant donné 3 amis, l'un 
reste stationnaire, le 2« fait le tour du 
monde par l'Est, et le 3« fait aussi le tour 
de notre globe, mais par l'Ouest. — Ils se 
rencontrent ensuite. — « Hier, jeudi, » dit 
le vovaeeur de l'Orient. — o Mais com- 
ment! demain sera jeudi, » reprend le 2< 
voyageur. — - a C'est aujourd'hui jeudi,» 
dit l'ami qui est resté en son lieu... 

Et voilà comment, en pareille circon- 
stance, la semaine aurait 3 jeudis. 

Acheté. 



Badaudisme (V, 435). -^ Complément 
au Dictionnaire de l'Académie : 

Badaudage, s. m. (v. lang.), manière 
d'agir d'un nadaud, crédulité. 

Badaudaille, s. f. coll. (v. lang.), réunion 
de badauds. 

Badaudement, adv. (v. lang.), à la ma- 
nière des badauds. 

Badaudise, s. f. (v. lang.), sottise, niai- 
serie. 

Badaudisme, s. m., manie du badaud. 

E. G. P. 

— Le terme consacré par l'usage est 
badauderie. Cependant badaudisme a été 
employé depuis J.-B. Rousseau. Le Grand 
Dictionnaire de Larousse fait bon accueil 
à cette dernière expression et cite cette 
phrase : a Les lieux de plaisirs ne se recom- 
mandaient plus guère qu'au badaudisme 
et à la curiosité des étrangers » (Ph. Buso- 
ni). J. E. - G. 



Acceptions diverses du mot femme du 
monde (V, 436). — Il serait possible que 
cette expression n'eût pas toujours eu un 
sens honnête. Je me souviens d'avoir vu, 
dans un département de l'Ouest, une prê- 
tresse de Vénus comparaître comme té- 
moin devant le tribunal correctionnel. In- 
terrogée sur sa profession, elle répondit 
en baissant modestement les yeux : 
« Femme du monde, » — a Vous voulez 
dire fille publique, » reprit brusquement 
le président, c^ui ne se paye pas d'euphé- 
mismes et qui, suivant le vieil usage gau- 
lois, 

Appelle un chat un chat et Rolet un fripon. 

, DiCASTÈS. 

— a Le Ministre de Wakefield, histoire 
supposée écrite par lui-même, — nouvelle 
édition, — sperate miser i^ cavete /elices, 
— à Liège, chez J.-J. Tuitot, imprinoeur- 
libraire près Saint- Hubert, i78i,»telest, 
in extenso, le titre d'une traduction ano- 
nyme où je trouve ce mot : femme du 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[ 10 sept. ilSôg. 



521 " 



522 



mondej avec le sens de fille de joie. Mais 
ne serait-ce pas une traduction littérale 
du texte anglais, ce qui lui ôterait toute 
autorité comme expression acceptée par la 
langue française? Ce passage se trouve 
dans le récit que Georges Primrose fait 
de ses aventures. O. D. 

— Le Journal de Police de M. de Sar- 
tines» rédigé de 1761 à 1763 par des 
agents préposés à la police des mœurs, et 
publié pour la première fois en entier en 
i863 (Paris, Dentu), donne au mot 
femme du monde une signification qui 
étonnerait bien Mesdames de Bassenville, 
de Renneville et autres comtesses en ville^ 
rédactrices du High life et de la Fashion 
du second empire. La femme du monde, 
pour ces agents, c'est la fille (}ui esta tout 
le mondcy le degré de prostitution infé- 
rieur à la fille à parties, à la figurante de 
théâtre, à la femme galante, à la fille en- 
tretenue. Ils n'appellent même pas femmes 
du monde les pensionnaires attitrées de 
deux ou trois proxénètes en renom à cette 
époque. 

C'est également dans ce journal que 
l'on trouve Texpression : être sur le trot- 
toir^ occuper le haut du trottoir, qui a 
peut-être amené le mot d'aujourd'hui : 
faire le trottoir , ou qui , du moins , doit 
en être rapprochée. 

(Saint-Malo.) A. -G. J, 

Rue Git-le-Cœur (V, 436). — Je crois 
que c'est perdre son temps que de cher- 
cher, au nom de cette rue, toute autre 
origine que la corruption du nom de Gilles 
le Queux- (Gilles le Cuisinier). 

E. G. P. 

— Cest là une question que je voulais 
traiter à fond dans notre Intermédiaire. 
Il est vraiment déplorable de voir tant de 
dénominations baroques à des rues, aux- 
quelles il serait si facile de rendre leur 
nom primitif, signifiant quelque chose ou 
désignant quelque personnage. Mais le 
temps me manquej je laissée quelque col- 
lègue le soin d'mdiquer toutes les erreurs, 
'outes les bévues, toutes les âneries que 
lous avons sous Jes yeux. J'en signale 
seulement quelques-unes, au courant de la 
3lume : 

^ D'abord , la voisine de la rue Git-le- 
Zœur, dont, par parenthèse, on voit le 
10m gravé dans la muraille : rue Gille- 
Zœur; — Saint-André des Arts, au lieu 
le Saint- André des Arcs; — Aubry-/e- 
îoucher, au lieu de Aubri- Boucher; — 
le la Barouil/ère, au lieu de la Barouil/e- 
ie; — de Braque, au lieu de Bracq; — 
^oq-Héron, au lieu de Coqu^row; — des . 
euneurs (!), au lieu de des Jeux-Neufs; 
- de la Jussienne (1), au lieu de : de 
'Egyptienne; — QuinV^mpoix, au lieu 
ie Qxiinqueniipoix, etc., etc. 



J'en passe, et des meilleurs ! Il est vrai 
que, cependant, il ne faudrait pas resti- 
tuer tous les anciens noms, car il en est 




modifié de la rue du Pélican, qui ne 
pourrait se lire publiquement comme il 
se lit dans Gilles Corrozet. A. Nalis. 



Ferdinand !•', roi de Sicile (V, 437). — 
Ferdinand !«*" était fils naturel d'Alpnonse 
d'Aragon et de Lucrèce d'Alagna. Il régna 
de 1458 à 1494. Son fils aîné Alphonse 
épousa Hippoly te- Marie, fille de François 
Sforze, au. printemps de 1464. Lorsque 
Ferdinand appelait le duc Sforze son père, 
il se mettait à la place de son fils Alphonse. 

P. RiSTEL. 

— Ce Ferdinand I«' était fils naturel du 
roi Alphonse V et d'une fille espagnole 
nommée Carlina Villardone. Il avait 
épousé en premières noces Isabelle de 
Clermont, et en secondes noces sa cousine 
Juana, fille du roi d'Aragon et de sa se* 
conde femme Juana Hennquez, noble cas- 
tillanne. Il ne pouvait donc donner le titre 
de père à Sforza, à aucun titre naturel. 
Quant à supposer qu'il s'agit de Ferdi- 
nand II, petit-fils du duc de Milan par sa 
ncière Ippolita Sforza, cela n'est pas pos- 
sible non plus, car, lorsque Ferdinand II 
arriva au trône par l'abdication de son 
père Alphonse II, son grand-père Sforza 
était mort depuis près de trente ans, et 
Milan appartenait à son oncle Ludovic. 
Mais ne serait-ce pas à cet oncle, qui l'aida 
à remonter sur le trône de Sicile (lisez : de 
Naples) dont l'avait chassé Charles VIII, 
que Ferdinand II donnait le titre de père? 
Si la lettre est bien de Ferdinand !«', et 
adressée au duc François , ce titre est un 
simple terme d'affection : Sforza avait vingt 
et un ans ou viiTgt-deux ans de plus que 
Ferdinand, quoique la fille du premier ait 
épousé le fils du second. O. D. 



L'hirondelle de Carie Vernet (V, 445). 
— Je suis d'accord avec M. J. P., pour 
trouver dans le nom de Vernet le radical 
ver, printemps; mais je suis loin d'en 
conclure avec lui que Vernit équivaut à 
hirondelle. Vernet, comme tous les noms 
analogues, Vernay, Verney, Duvernay, 
Duvernoy, Duvernois, etc., dérive du bas 
latin vervetum, lieu planté de vernes ou 
vergnes, c'est-à-dire d'aunes, arbres ainsi 
nommés dans le langage populaire, parce 
qu'ils se couvrent de verdure dès le com- 
mencement du printemps. Cette série de 
noms est donc de signification identique 
avec cette autre série : Jl m/«ok, -4 w/«tf^, il M- 
nay, Launay, Delaunay, Delauney^ etc., 



N» II 3.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



523 



524 - 



tous très-répandus, et Carie Vernet peut 
se traduire en bas latin : Carolus a Ver- 
neto, ou en latin classique : Carolus ab Al- 
neto» Rien de Thirondelle, comme on 
voit. 

Quant à Tétymologie d'hîrundoy (if ra- 
dens undam), c'est purement un pur jeu 
d'esprit, qui rappelle agréablement celle 
de cadaver {caro data vermibus), qu'on 
trouve, je crois, dans saint Augustin. 
Curtius rapproche le mot du grec ^^eXiSciv 
et voit dans ces deux vocables l'altération 
d'un primitif commun ^^epevBov. 

DiCASTÈS. 



Qnos toU deperdere, Jupiter demoiitat 

(V, 449). — Il me semble qu'il est facile 
de reconnaître dans la Sentence de M. G. Y. 
la fin d'un vers iambique et le commen* 
cément d'un autre. 

Zeùs voGv à^atpst. 

Ce serait donc principalement chez les 
poètes dramatiques qu'il faudrait chercher 
cette maxime. Quant à la restitution de 
M. J. P., àtio T8UT<DV, et à son prétendu 
solécisme, j'en fais bon marché ; en poésie, 
la suppression de l'antécédent n'est pas 
rare : tout au plus, lui accorderai-je qu dn 
peut, en appliquant la règle de l'attrac- 
tion, remplacer ouç par oîç, et alorsàçaip*t 
se trouvera en possession de ce régime 
auquel tient tant notre savant collabora- 
teur. DiCAStÈS. 

— Quos perdere vm// Jupit-rouh-er, de- 
mentat. Telle est l'abominable citation par 
à-peu-près que l'on a entendu faire à la 
place Beauveau, ces jours-ci, en même temps 
que circulait une autre nouvelle, heureuse- 
ment controuvée, celle de la maladie men- 
tale d'un haut fonctionnaire de l'Etat, de- 
meurant sur cette place. V. V. 

« 

Hommes célèbres non mariés (V, 453). 
— Si M. H. S. s'est trop pressé d'annuler 
le contrat de mariage de Corneille et 
d'Addison ; M. Yezimat, de son côté, est 
allé trop loin, en déclarant qu'Honoré de 
Balzac avait omis de prendre femme. Le 
célèbre romancier s'est marié tard, il est 
vrai, (49 ans) et ce serait le cas de se de- 
mander si, à cet âge, le proverbe n'aurait 
pas tort, mais enfin il s'est marié. Il épousa 
en 184S la comtesse polonaise Rzewuska, 
revint en France après son mariage et 
ne tarda pas à mourir d'une maladie de 
cœur. Madame de Balzac existe encore je 
crois ; et, si ma mémoire est fidèle, M. Jules 
Lacroix, le frère du bibliophile Jacob, 
a épousé la belle-sœur de l'auteur de la 
Comédie humaine, A. Lé veillé. 



Les lettres J. H. J. (V. 458).— Puisque 
nos deux correspondants, d'accord pour 
substituer à cette inscription celle J. H. S. 
brodée sur les vêtements des prêtres, ne 
le sont pas pour expliquer celte seconde 
inscription, je me hasarde à proposer une 
autre interprétation. J. H. S. ne seraient 
pas des majuscules latines, mais grecques, 
iota, hêta, sigma, ce^t'k^dirc les trois pre- 
mières lettres du nom de Jésus en grec. 

0. D. 



Prndhommiana (V, 404). — Extrait du 
Charivari d\i.„ 186? (La date, je ne l'ai 
pas retenue; mais, la phrase! je n'en ai 
pas oublié un traître mot) : 

« Ce qui jette un certain froid sur mes 
Opinions monarchiques,» — dit M. Prud- 
homme, « — c'est la coupable condescen- 
« dance qu'a mise Louis XVI à monter 
a sur J'échafaud révolutionnaire; car, en 
« en gravissant Tun des premiers les degré». 
« lia, pour ainsi dire, autorisé, par son 
« exemple, tous les excès de la Terreur!» 

Il y a une série très-curieuse (et inédite. 
pour cause) de Prudhommiana; celles là 
ne se racontent que dans le tuyau de l'o- 
reille. Je sais bien que Béranger a dit: 

Passons les mots aux rieurs, 

Les plus gros sont les meilleurs! 

Mais, quoique V Intermédiaire soit loin 
d'être bégueule, je n'ose lui confier ks 
questions et les réponses indiscrètes qui 
constituent cette étonnante collection dês 
naïvetés de M. Prudhomme. 

(Saint-Malo.) A. -G. J. 

[L'oreille de V Intermédiaire a son tuyau. 
Confiez toujours, cher correspondant. Qui 
vivra verra. Réd,\ 

— N'est-ce pas M. Prudhomme quia 
lé premier formulé cette profonde obser- 
vation : « Otez l'homme de la société, 
vous l'isolez! » 

Combien de nos orateurs, et des plus 
huppés, ne font que reproduire, en termes 
moins nets, cette même philosophie et 
cette même économie politique de M. Prud- 
homme! M. John Lemoinneapu, dans le 
Journal des Débats du 10 décembre iSoj, 
résumer, dans l'énoncé de la pensée prud- 
hommienne que je viens de rappeler, 
toute une longue harangue de l'éloquent 
M. Thiers sur la question romaine et la 
politique religieuse, de la France. Et, en 
effet, quiconque a entendu, comme nioi* 
ladite harangue, celui-là, il s'en souvien- 
dra, la-ri-ral Truthteller. 

— Montesquieu a dit : « Bien des gens 
« savent payer des chevaux de poste, mais 
« il y a bien peu de voyageurs.» J'ai sous 
les yeux une lettre autographe de lui, da- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo sept. i86q. 



535 



526 



tée de Florence, qui prouve qu'il en était 
un dans toute la force du terme. Mais, aux 
« impressions d'Art de M. Prudhomme 
voyageant en Italie^ » citées par M. A. H., 
permettez-moi d'ajouter celle-ci, relevée 
dans le journal d'un touriste insulaire : 
« Passed Florence dur in g the night — 
« Thank God, sawnothing ofit! » (Traversé 
Florence cette nuit. Rien vu, Dieu merci!) 

P. A. L. 



trouDailke ti €\mm.ih^ tic. 

Le centenaire de Marceau. — Le i^i* 
mars i8bg, a été célébré à Chartres le cen- 
tenaire du général Marceau. La cérémo- 
nie n'a eu aucun caractère officiel. L'admi- 
nistration n'y était représentée que par 
quatre sergents de ville. Plusieurs couron- 
nes ont été déposées sur la statue du hé- 
ros. Dans la soirée, un grand nombre de 
citoyens se sont réunis dans un banquet 
commémoratif. M. Bosselet a porté un 
toast dont voici le début: « Messieurs, Ce 
que j'admire le plus dans Marceau, ce n'est 
pas qu'il fut un brave général : c'est qu'il 
tut un grand citoyen ; c'est qu'il mit son 
épée non pas au service d'un homftie, mais 
au service de la patrie. » 

L'un de nos collaborateurs et amis, 
M. pugast-Matifeux, qui possède une col- 
iection très-précieuse de documents his- 
toriques, nous a communiqué un autogra- 
phe dans lequel on trouvera la preuve de 
la modestie vraiment touchante du brave 
général.. C'est une lettre adressée par Ser* 
gent, beau-frère de Marceau, à Robespierre. 
A l'époque où elle fut écrite, Marceau était 
en Vendée. Il doutait de ses capacités mi- 
litaires, sinon de son courage, et Sergent 
avouait ainsi ses perplexités : 

« Paris y le 14 frimaire an 2* de la Ré- 
publique française une et indivisible 
{4 décembre 1793). 

« F. Sergent a Robespierre. 

« J'ai pensé que je devais mettre sous 
les yeux la lettre ci-jointe (i). Lis-la, et tu 
verras d'abord que les deux armées des cô- 
tes de Brest et de TOuest viennent d'être 
confiées à un vrai républicain (lé général 
Marceau), qui se croit incapable de les 
commander ; qu'en lui connant ce soin 
plus longtemps, on court risqjue d'exposer 
une armée, comme il le dit lui-même, aux 
suites de son inexpérience ou de^ son in" 
suffisance^ Moi, son ami, je ne crains rien 
pour son cœur, son zèle, son courage ; 
mais je crains tout aussi de son insuffi- 
sance. Du rang de soldat, la confiance l'a 

(i) Cette lettre, ou plutôt copie de lettre, 
dont l'original était reste entre les mains de Ser- 
gent, manque aujourd'hui. 



placé, en peu de temps, au grade de géné- 
ral. J'appréhende, comme il le pense lui- 
même, que ses talents ne se soient pas 
étendus avec la confiance des représentants 
du peuple. Au surplus, tu ne pourras ne 
pas applaudir à l'estimable franchise d'un 
jeune nomme, plein d'honneur, qui trouve 
que Ton confie trov tôt dans ses mains le 
saiut peut-être de la République. 

a Par intérêt pour elle, je me joins à lui 
polir qu'on lui retire ce commandement. 
Tu vois, par cet avancement, qu'on lui 
reconnaît cependant des moyens, car il n'a, 
ni lui, ni personne pour lui, sollicité au- 
cune place. Il paraît que si le ministre le 
déplaçait, ce serait pout* l'envoyer à l'ar- 
mée du Nord. Je le désirerais aussi, et il 
pourrait y être très-Utile. Turreau l'avait 
demandé aux Pyrénées , mais il y a là trop 
peu à faire pour un brave. Je le connais 
depuis son enfance,'que je ne l'ai pas perdu 
de vue. Avant la Révolution, il était ser- 
gent d'infanterie. Il quitta ses drapeaux, 
le 12 juillet 1789; depuis, il a commandé 
un bataillon de garde nationale à Verdun, 
à Sedan, dans les plaines de la Cham- 
paghe^. Enfin, dans la Vendée, il a sauvé la 
vie à Bôurbôtte, un jour de bataille (i). 
Son père était greffier-criminel ; son aïeul, 
vigneron. C'est un sans-culotte plein de 
courage et de probité. 

Je te certifie la copie que j'ai faite moi- 
même de sa lettre, dont 1 original reste en 
mes mains avec celle qu'il m'a adressée 
particulièrement. 

« Salut et fraternité. Sergent. » 

L'histoire doit recueillir soigneusement 
ce témoignaee d'une défiance si rare chez 
un homme de cette valeur. E. M. 



Bouilhet père, poëte. — Dans le Jour- 
nal de Rouen^ du 28 août 18 16, on lit : 

STANCES 

Qu'entends-je ? Quelle vive et bruyante ale- 

[gresse ! (sic) 
Contre la paix des airs semble ici conspirer r 

Ah! ;e vois d'où naît cette ivresse, 

Louis seul a pu l'inspirer ! 

Justes et doux transports, dépouillés d'artifice, 
Qjue vous nous peignez bien, par ces chants im- 

Et le règne de la justice, [promptu 

Et l'empire de la venu ! 

Le calme de la paix succède à la tempête ! 
Après des jours marqués par des maux inouïs, 

Tous nos jours sont des jours de fête. 

Et nous les devons à Louis. 



(i) Ce fut à l'affaire de Saumur,qui eut lieu 
le 9 juin 1793. Dans ce combat, Bourbotte, 
a)^ant eu son cheval abattu par un boulet, al- 
lait être fait prisonnier, quand Marceau, met- 
tant pied à terre, s'empressa de lui offrir le sien 
en disant: J'aime mieux être pris ou tué que 
de voir un représentant du peuple tomber entre 
les mains de ces brigands. 



N" ii3.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX, [lo sept. 1869. 

527 328 

levèrent à une somme d'environ 36,ooo 
francs et aidèrent à la prospérité des écoles 
et à la construction ae votre église. Plus 
heureux que lui, d'autres l'ont vu s'élever 
dans les airs, et recueilleront une gloire à 
laquelle il a droit d'être associé parle don 
qu'il fit de la plus grande portion du ter- 
rain sur lequel l'église est assise. Aussi, 
l'administration, par un sentiment de jus- 
tice et de reconnaissance, a-t-elle fait dé- 
cider, par le Conseil municipal, qu'un 
mausolée rappellerait les libéralités du 
pieux chanoine, et parlerait ,de lui à nos 
descendants. 

a Ce tombeau. Messieurs, a été exécuté 
sur le dessin et par les soins de votre ar- 
chitecte- voyer, M. Coutraux. Son ordon- 
nance générale répond à la pensée ç[ui 
l'inspira : la pierre, à défaut même d'in- 
scription, dirait quel est l'homme qu'elle 
recouvre, et quels sont ses titres à la véné- 
ration de ses concitoyens. Représentez- 
vous, en effet, Messieurs, de puissantes 
assises aux formes carrées ; une étole, vê- 
tement sacré, est posée sur ces pierres 
tombales , puis un obélisque surmonte 
d'une croix s'élève à la tête de ce massif. 
et sur sa partie inférieure , l'artiste a 
sculpté en demi-relief un calice entoure 
d'épis et de raisins. Ces emblèmes voc^ 
disent assez quelles augustes fonctiooi 
exerçait l'homme que ce monument re; 
couvre : c'est un prêtre du Seigneur, qui 
offrait à l'autel le pain et le vin du sacri- 
fice, et il attend dans le repos de sa tombe 
le réveil de l'éternité. 

« Peut-être pourrait-on reprochera l'en- 
semble de ce monument un peu de lour- 
deur; mais ce reproche, après tout, ne pa- 
raîtrait pas fondé, quand on songe que 
l'artiste a dû se préoccuper, non de l'éter- 
nité de son œuvre (car tout devient sable 
et poussière dans ce vaste champ de sable 
et de poussière humaine), mais de lui as- 
surer une durée nécessaire et indispensa- 
ble à une oeuvre de cette nature. 11 a dû 
lui donner, en un mot, le ca chet de la mort, 
et ce sceau est de plomb. 

« La Commission a donc, à l'unanimité, 
donné son approbation complète au mo- 
nument funèbre élevé à la mémoire de 
l'abbé Dom Groult d'Arcy, et, en félicitant 
l'artiste des soins qu'il y a apportés, sol- 
licite du Conseil le même vote d'approba- 
tion. 

tt Signé : Besgok Malbec. 

« Vaugirard, 24 mai i856. >» 



Un long deuil s'étendait sur notre belle France; 
Louis vient, tout renaît. D'un bonheur souhaité 

A peine avions-nous l'espérance : 

Nous avons la réalité. 

D'un pouvoir tyrannique obligés de dépendre 
Sous le joug asservis, longtemps nous avons 

[craint; 

Louis, enfin, vient nous apprendre 
Qu'on peut aimer son Souverain. 

Aveugles, s'il en est, s'il en peut être encore, 
Chassez de votre esprit de funestes erreurs ; 
Venez, venez ; Louis ignore 
Vos torts passés et ses malheurs. 

De son illustre aïeul noble et vivante image. 
Son éloge s'unit à celui du saint Roi : 

Louis est l'orgueil de notre âge; 

Il orne le Trône et la Foi. 

Admirons ses vertus et marchons sur fa trace, 
Pour l'honorer toujours, qu'il ne soit qu'une 

Et qu'on dise, de race en race : [voix ! 

Louis fut le meilleur des Rois! 

M. BouiLHET, de Cany. 

Cette trouvaille est bien aussi une véri- 
table curiosité^ non pas comme contraste 
d'opinion : on peut être, Dieu merci, de 
très-bonne foi avec des manières de voir 
très-diverses; mais, parcequ'iln'a été nulle 
part dit , ou écrit , pendant ce dernier 
mois, où l'on a tant dit et tant écrit sur le 
regretté poète rouennais, que son père 
eût, lui aussi, composé et surtout publié 
des vers. (Rouen.) C. L. 



Statue « antique » du maréchal Canro- 
bert, taillée par lui-même I — J'ai eu oc- 
casion, il y a quelçiues années, de voir le 
rapport qu'adressait au Conseil municipal 
de la commune de Vaugirard-lès-Paris, une 
commission spéciale chargée de suivre 
l'exécution d'un tombeau érigé à la mé- 
moire d'un de ses bienfaiteurs. J'en ai 
gardé une copie qui me semble pouvoir 
mtéresser vos lecteurs ; la voici : 

« Messieurs, il y a plus d'une année que 
vous avez décidé qu'un tombeau serait 
élevé dans le cimetière de Vaueirard pour 
couvrir les restes mortels de 1 abbé Dom 
Groult d'Arcy, et rappeler tout à la fois et 
sa mémoire et ses bienfaits. L'abbé Dom 
Groult d'Arcy était, vous le savez, un sa- 
vant bénédictin qui habita longtemps cette 
commune où il tenait une maison d'édu- 
cation, spécialement destinée aux enfants 
des chevaliers de Saint- Louis, pépinière 
d'illustrations militaires au nombre des- 
quelles nous devons citer avec orgueil le 
nom de Canrobert, de ce général qui 
vient de se tailler une statue antique sur 
les rivages de l'Orient, à force de courage 
et d'abnégation. 

a Dom Groult d'Arcy fut membre de ce 
Conseil. Il était favorisé de la fortune, et 
ses libéralités testamentaires , qui succé- 
daient aux libéralités de toute sa vie, s'é- 



Que dites-vous de ce morceau? N'est-ce 
pas un vrai petit chef-d'œuvre d'invention 
et de pathétique, d'éloquence funèbre et 
de critique d'art ? Cela ne vous donne-l-il 

Î)as envie de contempler le mausolée et.. 
a « statue antique » du général fdepuis 
maréchal) Canrobert ? L. L. 



Parii. - Typ. de Ch. ll«yra«ù, rue CoJM, 11. - IM*. 



taéroili 



Ch$rtheM»t 

90U» trmntrt*. 




Il u Aral 
§ntf*9ién. 



Î5 sept 1869 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, U^OTES and QUERIES français.) 



529 



53o 



Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Quelques citations latines dont l'origine 
est à trouver. — 

1. Infelix virtus fortunae forma superba. 

2. Quis tam Lynceus 

3. ... jurisque peritus Apollo. 
4.. Hic dicunt tussire Jovem... 

5. Intervalla viae fessis praebere videtur 

Qui notât inscriptus millia crebra lapis. 

6. Sunt verba et voces praetereaque nihil. 

7. Scilicet ut satur et civili sanguine plenus. 

8. Sunt, si plura petit, sunt improba vota Bri- 

[tanni. 

9. Qui bona âde Deos colit, amat et sacerdotes. 

10. Simia quam similis turpîssima bestia nobis ! 

Yezimat. 



Un vers sur Chateaubriand. — On a 

donné, le i 5 mars, je crois, une fête au 
Cercle de V Union artistique^ et on y a lu 
des vers d'un poëte anonyme sur le Jour- 
naL Parmi ces vers, j*ai remarqué celui-ci: 

Chateaubriand ! celui qui fixait l'aigle altier. 

Qu'est-ce que cela veut dire, s'il vous 
plaît ? Chateaubriand fixait-il les aigles sur 
du liège, comme d'autres y fixent des papil- 
lons, et remplaçait-il en pareil cas la mo- 
deste épingle par un clou gigantesque? 
Evidemment ce n'est pas cela. Chateau- 
briand, rendant à Taigle ce que l'aigle fait 
au soleif, regardait-il fixement le puissant 
personnage que l'aigle personnifie ? Mais 
alors voilà une énorme faute de français, 
car fixer quelqu'un, c'est le rendre fixe, 
et non pas le regarder avec fixité. Du 
reste, faut-il s'étonner de l'emploi d'une 
aussi vicieuse locution dans une assemblée 
ui s'appeile avec barbarisme final Cercle 
e l'Union artistique? Yezimat. 



l 



Gulhat. — Trintinhac. — En Auvergne, 
comme dans beaucoup de pays de langue 
romane, certains noms propres, où se 
trouvent réunies entre deux voyelles les 
j consonnes LH, N H, se prononcent comme 
si à la place de la lettre H se trouvait la 
lettre I. Ainsi le mot Culhat se prononce 
Culliat, et le mot Trintinhac se prononce 
Trintiniac, 

Comment expliquer cette particularité ? 
(Clermont.) Francisque Mège. 



Bas -bleu. — Quelle est l'origine et la 
date de l'emploi de cette locution pour 
désigner les femmes qui font de la litté- 
rature? S. R. 



Du choc des opinions jaillit la vérité. 

— Ce vers, qui n'en est pas un, est un ex- 
trait de ces deux autres, qui en sont à 
peine : 

Du choc des sentiments et des opinions, 
La vérité s'élance et jaillit en rayons. 

Dira-t-on que c'est du Boileau tout pur? 
Je veux bien le croire, mais où les trou- 
ver? (Amsterdam.) H. Tiedeman. 



Bride avallée. — Dans le u Journal du 
règne du roy Henry III, » d'heureuse mé- 
moire, il est dit : « Le jour de caresme 
u prenant venu, ils allèrent de compagnie, 
a suivis de leurs mignons et favoris, par 
« les rues de Paris, à cheval et en masques, 
a desguisez en marchans, prestres, advo- 
« cats et toutes autres sortes d'estats, coû- 
te rans à bride avallée. » 

D'où vient cette expression ? Cela équi- 
vaut-il à bride abattue ? P. A. L. 



Mettre les pieds dans le plat. — Quelle 
est l'origine et la véritable signification de 
cette locution fort usitée ? Franc. M. 



L'hôtel du < Cheval blanc. » •— Tout 

dernièrement, un curieux recherchait ici 
même (V, 372) l'origine historique de 
l'hôtel du « Grand- Monarque. » 

TOMK V. — 18 



N« 114.] 



LINTERMËDIAIRE 



53i 



532 



Permettez-moi, je vous prie, une autre 
question analogue : 

Pourquoi y a-t-il un hôtel du Cheval 
blanc dans tous les chefs-lieux de dépar- 
tement, d'arrondissement, et même de 
canton? Le cheval blanc était-il Jadis pl«is 
rare qu'aujourd'hui ? Truth. 



Une définition de la poéeie, d'après Vol- 
taire. — La Notice littéraire sur les 
Œuvres complètes d'André Chénier, insé- 
rée par Eugène Hugo dans le premier vo- 
lume du Conservateur littéraire, et réim- 
primée en tête de l'édition des Œuvres 
en prose d'André Chénier, publiée en 1840 
par le bibliophile Jacob, se termine ainsi: 
« La poésie , ce n'est presque que senti- 
ment^ dit Voltaire. » — En quel endroit 
Voltaire a-t-il écrit cette phrase ?— Est-ce 
bien là le véritable texte de la pensée du 
maître ? Ulr. 



Fant-il dire Un on Une impasse? — 

M. Ch. Du Bouzet, dans un article du 
journal le Temps du 29 avril dernier, 
s'écriait : a Oui, la ville est dans un im- 
passe. » Quant à moi, j'aurais dit une im- 
passe, bien que Voltaire, le créateur de 
ce mot euphonique, d'après M. Littré, 
Tait quelquefois employé au masculin. 
N'est-ce pas le cas de répéter (avec une 
variante) le célèbre argument : Il y a 
quelqu'un qui a plus d autorité que Vol- 
taire, c'est tout le monde. Yezimat. 



Denz ballades dont on cherche l'auteur. 

— Sur les feuillets de garde (feuillets rap 
portés), d'un bel exemplaire de la Généa- 
logie des Dieux, livre imprimé à Paris en 
1498, in-fol., j'ai trouvé deux ballades 
écrites en caractères et dans le style du 
commencement du XVI*» siècle. 

La première a trois strophes, de sept 
vers chacune, et une finale de trois \tTS\ 
elle commence ainsi : 

Que ne suys-je legLer comme Avidis . 
Qui de courir eust Thoneur et l'usage !... 

Les strophes et la finale sont terminées 
par ce vers : 

Pour obtenir de Vénus ma requeste. 

La seconde a trois strophes, de huit vers, 
et une finale de quatre \ers ; les premiers 
sont ceux-ci : 

Verray-je point la belle cage dorée 

Oui eust cuirée au bon temps saturnique? 



Les strophes et la finale sont ainsi ter- 
minées : 

Et ung daulphîn en la mayson de France. 



Quel est l'auteur de ces deux ballades > 
Sont-elles imprimées? (Lyon.) V. deV. 



Vn afoont anonsrme^ de Bordeaux an 
XIV« sièclb. — Quel est ce mystérieux avo- 
cat bordelais, dont parle M.Victor Le 
. Gterc {p. 127 du tome XXIV de V Histoire 
littéraire de la France)^ qui, en i Boy, eut 
Tambition d'aider par ses conjseils le roi 
d'Angleterre à reconquérir la Terre -Sainte, 
et cjui proposa à Clément V d'envoyer en 
Orient des élèves et des laïques instruits 
de la langue du pays ? — Question spécia- 
lement recommandée au savant compa- 
triote dudit avocat, à l'éditeur et continua- 
teur des Supercheries littéraires dévoilées. 

EUQORRAL. 



I 



Oùnaqnit La Galprenède? — Le P. Ni- 

ceron {Mémoires, t. XXXVII, p. 235) dit 
Que Gautier de Costes, chevalier, seigneur 
de La Galprenède, de Tolgou et de Vati- 
meny, naquit au château de Tolgou, dans 
le diocèse de Cahors (i), à deux lieues de 
Sarlat. Le Moréri de 1759 le fait naître 
au château de Toulgou; la Nouvelle Bio- 

fraphie générale^ au château de Tolgou. 
nnn, l'abbé Audierne, dans son Périgori 
. illustré, p. 144^ donne pour berceau au 
fécond romancier le lieu de Turgon, près 
de Salignac, chef-lieu de canton de l'ar- 
rondissement de Sarlat. Des quatre formes 
Tolgou, Toulgou, Tolgony Turgon^ la- 
quelle est la bonne ? T. de L. 



Hommes... et femmes célèl)res non ma- 
riés. — (Voir ci-dessus, 373, 462,494, 523, 
et ci-après 542.) 



Cadran-solairiana.— Sentence se dit en 
grec ; gnômé. Est-ce à cause des sentences 
dont on s'est plu depuis plusieurs siècles à 
accompagner les cadrans solaires, qu'ils 
ont reçu le nom de gnomons ? Quoi qu'il 
en soit, j'ai eu la fantaisie de former un 
recueil des inscriptions de tout genre aux- 
quelles ont donné lieu les cadrans solaires: 
ce serait une véritable épigraphie de la 
matière. Je m'adresse aux amis chercheurs 
de l'Intermédiaire, pour qu'ils veulent bien 
m'aider à l'enrichir, conformément à la 
double devise qu'il a si heureusement ar- 
borée : Singula quceque legendo, et : // se 
faut entr' aider,. 

Toute indication sera la bienvenue. 

H.E. 



Partisans et traitants.— D'où venaieqt 
ces deux mots par lesquels on désignait 

(i) Voltaire {Siècle de Louis XIV) n'a pas 
hésité à dire là-dessus : « Né à Cahors. » 



DES CHERCHEURS' ET CURIEUX. 



[25 sept. 1869. 



553 



534 



autrefois les financiers. Etaient-ce des ter- 
mes de dédain ? M. F. Barrière dit, dans 
son introduction aux Mémoires de Mar- 
montel : « On permettait, par grâce ou par 
nécessité, à quelques hommes de la riche 
roture, d'aider de leur crédit, ou de leurs 
écus, le gouvernement obéré. Encore, ces 
hommes qui se flétrissaient bien un peu 
par leur avidité, par leurs concussions, 
étaient- ik flétris, par la cour même qu'ils 
secouraient, du nom de partisans. » — 
a On avait, ajoute-t-il, appelé longtemps 
de ce nom, dans Tarmée, des trompes lé- 
gères habituées à vivre de pillage, » — 
Est-ce là effectivement Torigme de cette 
locution ? S. D. 



Médailles en rhonneur de la Sàint- 

Barthélemy. — Dans la chronique du 
journal le Temps, 28 août 1869, on Ht, 
sous la signature X. Feyrnet : 

« Ouvrez le Dictionnaire administratif 
et historique des tues et monuments de Pa- 
ris, par MM. Félix Lazare, sous-^chef à la 
préfecture de la Seine, et Louis Lazare, 
ancien employé de la même administra- 
tion, et vous y lirez des détails qui ne 
manquent pas d'intérêt. 

« Vous y verrez notamment que, dans les 
comptes de l'Hôtel de Ville de Paris pour 
1572, on trouve des payements faits aux 
fossoyeurs du cimetière des Innocents, 
pour l'inhumation des morts que le cou- 
rant de la Seine avait portés vers le cou- 
vent de Nigeon (Chafllot) ; aux mêmes, 
pour avoiî* eaterré 1,100 corps, portés de 
même sur les rives de Saint-Cloud, Au- 
teuil et Chaillot ; à Nicolas Sugert, pas- 
seur d'eau, pour avoir intercepté le pas- 
sage de la Seine, à Port-à-l 'Anglais ; enfin, 
« à Aubin Olivier, demeurant à Paris, 
« Sa livres, sçavoir : pour 1 5 médailles d'ar- 
« gent, 45 livres; pour avoir refait le sceau 
« et le cachet de ladite ville, 5 livres; pour 
« avoir fait les piles pour les jetons d'argent 
« et de lattons (laiton), 3o livres : lesquelles 
« médailles ont été faites pour mémoire du 
« jour Saint- Barthélémy; en a esté distribué 
« à mesdits sieurs les prévost des mar- 
« chands, eschevins, procureurs , receveur 
« et greffier d'icelle ville. » 

Quelqu'un des numismates, amis de 
V Intermédiaire, possède-t-il dans sa pro- 
pre collection, ou connaît-il en quelque 
collection, soit publique, soit particulière, 
ou bien encore a-t-il vu dans quelque ou- 
vrage, reproduite par la gravure, la mé* 
daiile parisienne frappée en mémoire de 
la Saint- Barthélémy? Si oui, pourrait-il, 
voudrait-il en pubher la description dans 
i' Intermédiaire ? 

Subsidiairement, les indications don- 
nées par MM. Lazare existent-elles réelle- 
ment dans les registres de comptabilité de 
l'Hôtel de Ville ? Frédéric Look. 



Les compagnies de Harat. — Un journal 
de l'époque révolutionnaire, le Bonhomme 
Richard, cité par M. Louis Blanc, parle 
des compagnies de Jésus égorgeant les 
compagnies de Marat. 

Quelle était la composition de ces corn- 
pagnies de Marat ? Quels en étaient les 
chefs ? Sur quel point de la France ont- 
ejles plus particulièrement manœuvré ? 
(Glermont.) Francisque Mège. 



Cabinet du docteur Bonnière. — Eu 

mai 186 5, parut à la librairie Bachelin- 
Èeflorenne le Catalogue d'une collection 
de livres rares ou curieux provenant du 
cabinet de M. le docteur Bonnière, dont 
la vente a dû avoir lieu le i5 mai i865. 
Ce catalogue était précédé d'une préface 
ainsi conçue : « Ce n'est pas une biblio- 
tf thèque c^ue nous mettons en vente au- 
« jourd'hui : c'est une partie des matériaux 
a qui ont servi à M. le docteur Bonnière 
a pour l'élaboration d'une bibliographie 
« analytique des ouvrages facétieux, ba- 
a dins ou burlesques écrits ou traduits en 
ti français, dont le i*"^ fascicule paraîtra le 
a i5 juillet prochain. » 

Ce fascicule a-t-il été publié, ou bien ce 
projet de bibliographie a-t-il été abandon- 
né ? (Strasbourg.) CM. 



^^=F 



Robert Regnault, du Havre (II, 199).-- 
Cette question est restée depuis bien long- 
temps sans réponse. J'espérais toujours 
qu'un plus savant que moi pourrait satis- 
faire à la légitime impatience de l'hono- 
rable M. Gaudibert. Le silence gardé jus- 
qu'à ce jour par nos savants bibliographes 
normands m'engage à confier aux pages 
de V Intermédiaire ce que révèle l'ouvrage 
de Regnault. 

Ce livre est intitulé ; Histoire naturelle 
et mor aile des Indes, tant Orientales qu'Oc- 
cidentales, où il est traitté des choses re~ 
marquables du ciel, des éléments, etc., 
composée en castillan par Joseph A Costa 
et traduite en françoxs par Robert Re- 
gnault, Cauxois. Dernière édition, re- 
veuë et corrigée de nouveau, Paris, Marc 
Ôrry, 1606, in-8 de 352 feuillets, plus la 
table. 

L'exemplaire que j'ai sous les yeux 
indique qu'il y a eu une édition précé- 
dente. En effet, le privilège du Roi accor- 
dé à Regnault, qui l'a transporté à Marc 
Orry, porte la date de 1597. Bninet, au 
mot Acosta, cite des éditions de 1598, 
1600, 1606 et 1 616, et M. Gaudibert pour- 
rait trouver un exemplaire d'une édition 
autre que celle que j'ai consultée, au Havre 



N* 114.] 



L'INTERMEDIAIRE 



535 



536 



même. Malheureusement le titre manque. 

Comme on Ta vu, Robert Regnault 
prend le titre de Cauxois, ou né dans le 
pays de Caux. Il résulte, en effet, d'une 
épigramme latine d'Antoine Boudor, qui 
se trouve au commencement du livre, que 
l'auteur est né à Montivilliers. Un sonnet, 
qui suit, est signé par Ch-^ ries Regnauld, 
son frère, et il est à remarquer que le 
nom est terminé par un D et non par unT 
comme sur le titre. 

Il semble résulter du sonnet de Boudor, 

3ue Regnault serait allé en Espagne étu- 
ier la langue espas^nole et aurait publié la 
traduction de Touvrage d'Acosta après son 
retour. 

L'ouvrage commence par une Epistre 
au Roy, datée du Havre de Grâce , le 
ler décembre 1597. L'auteur, après avoir 
comparé Henri IV à Alexandre, expose 
qu'il « s'est enhardy de traduire en langue 
« françoise l'Histoire naturelle et moralle 
«des Indes Orientales, nouuellement 
« composée en castillan par Joseph Acos- 
a ta, homme certamement docte et fort 
« curieux, parce que les Espagnols, jaloux 
« et enuieux de ce bien, ont fait brusler par 
tt Kdict public (comme on l'a aduerty puis 
a quelque temps) tous les exemplaires de 
tt cette histoire, afin d'en priuer les autres 
« nations, et leur celer la cognoissance des 
« Indes. » Cette circonstance curieuse 
n'est signalée ni par Brunet, dans son Ma- 
nuel du libraire j ni par la Biographie 
Didot. 

Que faisait Regnault au Havre ? Rien 
ne l'indique dans son livre. Il est possible 
qu'il y exerçât la profession d'interprète de 
la langue espagnole. Quoi qu'il en soit, je 
signale à notre respectable bibhographe 
normand, M. Frère, l'absente du nom de 
ce Cauxois dans son excellent ouvrage. 
(Le Havre.) V. T. 

Monographies et notices sur H. de Bal- 
zac (IV, 368, etc.) — Il y a peut-être quel- 
que chose à dire encore sur ce sujet, malgré 
les nombreuses réponses qu'il a suscitées. 
D'abord, M. U. R. D. s'est trompé dans sa 
question (III, 106), en disant que Tétude 
de Th. Gautier sur Balzac parut d'abord 
dans le Moniteur; c'est dans V Artiste, en 
i853, que parut ce travail que le Moniteur 
lui emprunta. C'est le jugement publié 
par M. de Pontmartin dans le Correspond 
danty qui a reparu dans les Causeries litté- 
raires. La lettre de Balzic à Hippolyte 
Castille a paru dans le numéro de ta Se- 
maine du II octobre 1846. Parmi les ar- 
ticles oubliés dans cette nomenclature, je 
dois citer, parmi les plus remarquables : 
« Balzac journaliste » par Philibert Aude- 
brand ; Galette de Paris des 8 et 1 5 nov. 
1857, ^t ^^ " Catalogue de la vente des li- 
vres de Dutacq » (6 avril 1837) avec 
notes du Bibliophile Jacob, qui est peut- 



être \e plus intéressant de tous; on peut 
consulter aussi une a Lettre à Madame de 
Balzac, » par Ch. Monselet, dans le Figaro 
n® 806, 1862, et un article d'Armand Bas- 
chet, postérieur à son livre, dans le Mous- 
quetaire du 17 mars 1854. Le a Catalogue 
général de la librairie française » par M . Ché- 
ron, publié chez Jannet et resté malheu- 
reusement interrompu à la lettre Dub, 
contient encore, à l'article Balzac, des ren- 
seignements très-curieux sur ses œuvres 
à réunir; il contient aussi quelques er- 
reurs. S. DE G. 

— La note sur les ouvrages de Balzac, 
insérée dans V Intermédiaire (IV, 368 
exige une rectification. L'exemplaire de 
la profession de foi de Balzac, prêté par 
M. Edmond Hédouin, lui a été rendu de- 
puis cette note écrite. Il ne Tétait pas en- 
core lorsque la copie de notre petit arti- 
cle fut remise, en octobre 1866, à Vlnter- 
médiaire. De là une erreur bien involon- 
taire, et que nous n'aurions certainement 
pas commise, si la note avait été écrite de 
la veille. (Janvier 1868.) Fr. F. 

[En préparant ce numéro, nous trouvons, 
parmi des réponses déjà fort anciennes, cette rec- 
tification d'une réponsequi avait elle-même paru, 
fort en retard, le 10 décembre 1867. ^^'^'' 
n'est jamais trop tard pour relever et explique; 
une erreur, dont V Intermédiaire, qui ne peut 
pas toujours tout insérer à temps, avait été k 
complice inconscient. — Réd.] 



Œuvres littéraires du maréchal Bnine 
(V, 52). — - Voyez la Biographie univer- 
selle ou Dictionnaire historique, etc., nou- 
velle édition. Paris, Fume et C% i838. 
6 vol. in-4®, avec figures. — A la fin de 
l'article consacré à Brune (George- M. A.., 
M. Ulric lira tout au long : a Brune est au* 
teur de quelques Mémoires sur la Révolu- 
tion, sur les campagnes d'Italie, et sur soo 
ambassade à Constantinople, qui sont res- 
tés manuscrits. Il avait publié en 1788 un 
Voyage pittoresque et sentimental dans 
plusieurs provinces occidentales de la 
France, en prose et en vers, réimprimé en 
1802 et 1806, in- 18. » Je possède la pre- 
mière édition in- 80 de 1788, sans aucune 
vignette ni gravure, 

(Bordeaux.) Christagène. 



! L'édition originale de « François le 
, Champi » (V, 92;. — La première édition 
: originale de François le Champi, que re- 
cherche l'Intermédiaire, n'est-elle pas la 
suivante : « Fr an fois le Champi, par 
George Sand. Pans, Victor Lecou, édi- 
teur, MDCCCLl. » {Imprimerie de Gus- 
tave Gratiot), Un volume grand in-i2 de 
iv-260 p., papier vélin glacé très-fort. - 
(Couverture imprimée sur papier jaune.) 
Dans cette édition, le roman ne coffl- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 sept. 1869. 



537 



538 ~ 



mence qu'à la page 20. — Les 19 pre- 
mières pages sont remplies par le texte de 
ï a Introduction. » Ulr. 



Imprimerie H. de Balzac (V, 94 et III, 
337). — Je possède un volume qui sort de 
ces presses. C'est un poëme intitulé : La 
Chasse au tir, sans nom d'auteur, qui 
porte sur sa couverture et sur la garde : 
imprimé par H. Balzac, rue des Marais- 
S.-G., «*» 17, 1827. L'impression est ex- 
trêmement soignée ; chaque chant, sauf le 
cinquième, se termine par une chanson 
de chasse, imprimée en caractères diffé- 
rents du texte ; deux sont en écriture go- 
thique, un en cursive et un autre en 
ronde. A. L. 

— Autre ouvrage échappé aux savantes 
recherches des biographes de Ylntermé- 
diaire : « Œuvres complètes de Boileau- 
Despréaux, revues, corrigées et augmen- 
tées, — publiées avec commentaire, par 
M. VioÙet'Leduc. Paris, Desoër, 1828, 
4 vol. petit in- 12. Imprimerie de H, Bal' 
lac. » — Quelques exemplaires portent le 
nom du libraire Brissot-Thivars, sur de 
nouveaux titres ajoutés postérieurement. 

Ulr. 

— Je possède un volume, sur la garde 
duquel une note manuscrite me dit qu'il 
est attribué à Balzac, et qu'il sort d'ailleurs 
de l'imprimerie de H. Balzac, rue des Ma- 
rais-Saint-Germain, 17. C'est le Gastro- 
nome français ou l'Art de bien vivre, par 
les anciens auteurs du Journal des Gour- 
mands, MM^ G. D, L. /?..., D. D..., Gas- 
termann G.,. ,Clytophon,Charles Sartrou- 
ville,C.L.C. .., C... Marie de Saint-Ursin, 
B...y etc. Ouvrage mis en ordre ^ accom- 
pagné de notes, de dissertations et d'ob- 
servations, par M. C... — Paris, Charles 
Béchet, libr.-comm., quai des Augustins, 
n» 57, près le Pont-Neuf, 1828. In-8 de 
5o3 pages, fort bien imprimé. R. C. 



Le tt Miroir de la jeunesse » (V, 288).— 
Depuis le vénérable traité de Sulpice Ve 
rulan, composé en latin et publié en 1483, 
sur les a Bonnes mœurs et honnestes con- 
tenances que doit garder un jeune homme, 
tant à table qu'ailleurs, etc. » (traduct. en 
vers par P. Broë, i555), jusqu'à l'ouvrage 
récent du baron de Mortemart-Boisse, la 
Vie élégante à Paris, 1862, il s'est trouvé, 
deux ou trois fois par siècle, et même da- 
vantage, des écrivains soucieux de la bonne 
tenue de la jeunesse, a tant à table qu'ail- 
leurs. » 

Le Catalogue de la vente J. Pichon 
(in-8, 1869) ne renferme pas moins de dix- 
huit numéros (i32-i5o) concernant des 
ouvrages de ce genre. Le manuel classique 
et célèbre de la civilité puérile, — ce qui 
ne veut pas dire qu'elle soit inutile et 



vaine, mais qu'on doit l'enseigner aux en- 
fants dès leur jeunesse, — porte le titre 
suivant : « la Civile honesteté pour les en- 
fans, avec la manière d*aprendre à bien 
lire, prononcer et escrire , qu'avons mise 
au commencement. » Paris, Richard Bre- 
ton, i56o, pet. in-iB. Imprimé en carac- 
tères cursifs français. Ceux-ci ont été ap- 
pelés vulgairement caractères de civilité^ 
d'après le titre de l'ouvrage ci-dessus, c[ui 
se trouvait dans toutes les petites mains 
des XVI» et XVI le siècles, de même que 
le rudiment, où l'on a quelque peine à re- 
connaître le nom vulgarisé du savant gram- 
mairien Ruddimann, prédécesseur de Lho- 
mond. Je ne retrouve que le début du li- 
vre de Mathurin Cordier, le Miroir de la 
jeunesse, dans le n® 146 du Catalogue Pi» 
chon : le Miroir des escoliefs et de la jeu- 
nesse, la doctrine des bons enfans et la 
malice des pervers, etc. Paris, veuve Ro- 
bert Micard, 1602, petit in-8, impr. en 
caractères de civilité, auquel on a ajouté 
la Petite Civilité, ce qui augmente ia va- 
leur de ce livre très-rare. Cette « Petite 
Civilité ri est sans doute la traduction 
française de l'opuscule d'Erasme : De ci- 
vilitate morum puerilium, que contient 
aussi la Déclamation contenant la manière 
de bien instruire les enfants, etc., par 
Pierre Saliat. Paris, Simon de Colines, 
MDXXXVII,pet. in-8. (V.Cat. cit. ,noi43.) 
Tout cela n'est pas répondre à la question 
de fait posée par M. J. B. : « Où trouver 
un exemplaire de la Civilité puérile de 
Math. Cordier, soit le Miroir de iSSg, 
soit la Civilité de 1 56o ?» Mais cela y peut 
acheminer. Il en existe, sans aucun doute, 
dans quelque collection d'amateur, sans 
parler des dépôts publics et des libraires. 
En feuilletant quelques douzaines de ca- 
talogues, M. J. B. finira par trouver ce 
qu'il cherche. Le moyen est long et vul- 
gaire, mais, à moins de livres introuvables, 
il manque rarement son but. Cz. 



L'émeute parisienne du 5 jnin 1832 (V, 

373). — Voici ce que m'a raconté Capo de 
Feuillide, peu de mois après cette formi- 
dable insurrection qui était le résultat d'un 
complot admirablement organisé. 

Les obsèques du général Lamarque de- 
vant naturellement amener une immense 
agglomération de peuple sur un même 
point, on décida, dans les hautes sphères 
des sociétés secrètes , qu'on prendrait les 
armes et qu'on tenterait un mouvement 
dans les rues de Paris. 

Il fallait commencer le mouvement, et 
l'on proposa d'employer un moyen qui 
réussissait toujours ou presque toujours : 
tirer sur la troupe et la forcer ainsi à faire 
usage de ses armes; puis, crier vengeance, 
en disant qu'on égorgeait le peuple. 

Tous les plans furent dirigés dans ce 
but, et La Fayette lui-même dût être in- 



N» 114.3 



L'INTËRMÉDIAJiRE 



559 



540 - 



struit de ce <]ui se préparait. On alla préve- 
nir Armand carrel, qui répondit dédaigneu- 
sement: « Je ne me mets à la remorque de 
personne; faites, et je ferai, si je crois utile 
et convenable d'intervenir. » 

Mais comment obliger la troupe à tirer 
sur le peuple? On avait le programme de 
la cérémonie, qui devait être célébrée près 
du pont d'Austerlltz; là devait se porter la 
plus grande foule, puisque c'était là qu'on 
prononcerait les discours devant le car* 
cueil du général Lamarque. 

Il fut convenu que trois membres des 
sociétés secrètes, désignés par le sort, se 
dévoueraient en allant décharger à bout 
portant quelques coups de pistolet sur la 
troupe commandée pyour assister aux fu- 
nérailles. Le sort prononça ; Capo de Feuil- 
lide était un des trois initiateurs de Tin- 
surrection. 

Le lendemain, jour du convoi, on leur 
distribua des pistolets chargés, et on laissa 
le reste à leur inspiration, à leur audace et 
à leur bonne étoile. Le» trois conjurés, 
fidèles à leur mandat, se trouvèrent, à 
l'heure dite, près du Grenier d'abondance 
devant lequel stationnait un régiment de 
dragons. Ce fut contre ce régiment que 
Capo de Feuillide conseilla de commencer 
l'agression; les trois frèred d'armes se pla- 
cèrent à égale distance, vis-à-vis du régi- 
ment, et marchèrent ensemble jusqu'à ce 
qu'ils fussent arrivés à la distance de 
vingt-cinq pas. Alors, ils saisirent leurs 
pistolet^ et les déchargèrent à la fois ; plu- 
sieurs hommes tombèrent dans les rangs, 
et le régiment riposta par une décharge 
générale. 

Le tour était fait; les trois tireurs s'é- 
taient jetés à terre^ pour laisser passer les 
balles par dessus leur tête, et ils se relevè- 
rent aussitôt pour s'enfuir : l'un d'eux fut 
tué, les deux autres s'échappèrent. On 
criait : a Aux armes! » de tous côtés; on 
cria presque sur-le-champ : « On tire sur le 
peuple ! » 

Ce fut alors que huit ou dix mauvais gar- 
çons du guenilljes, àaipicié i>vres« armés de 
longues bûchesqu'ils avaient prises dans les 
chantiers et qu'ils brandissaient comme 
des massues, forcèrent le malheureux 
La Fayette de monter dans un fiacre dont 
ils dételèrent les chevaux, et ils le prome- 
nèrent ainsi le long des boulevards en hur- 
lant: Vive la République! vive La Favette! 
Quand le général présentait la tête à la por- 
tière en les suppliant de mettre fin à son 
supplice, ils le menaçaient de leurs bûches 
en lui disant : « Cache ta tête, vieille bête !» 
Puis, riant aux éclats^ ils répétaient à 
grands cris : • Place au héros des deux 
mondes ! vive La Fayette I » 

P. L. JACOB, bibliophile. 



Date de la mort de Jean Cousin (V, ; 

409). — Je he possède pas malheureuse^ \ 



ment les pièces authentiques qui peuvent 
enfin établir la date exacte de la mort de 
Jean Cousin, date cherchée inutilement 
par tous les historiens de l'art, mais je 
puis fournir quelques indications oui ser- 
viront peut-être à faire retrouver 1 acte de 
décès de l'illustre artiste. J'espère que le 
patient et heureux chercheur à qui nous 
devons de connaître l'extrait mortuaire de 
Sauvai profitera de ces indications, pour 
retrouver celui de Jean Cousin. 

J'ai eu entre les mains une notice im- 
primée de Mercier Saint-Léger, qui fixait 
à l'année iSqi la mort de Jean Cousin, 
mais j'avoue que toutes mes recherches 
n'ont pas réussi à découvrir cette no- 
tice, qui n'était probablement que le spé- 
cimen d'un ouvrage resté inédit. 

J'ai rencontré, dans un ancien Guide de 
Paris (je ne sais plus lequel), un rensei- 
gnement qui ne figure pas aiÛeurs : Jean 
Cousin fut inhumé dans la chapelle basse 
de la Sainte-Chapelle. 

Or, les tombes de la chapelle basse ayant 
été détruites vers le milieu du XVII* siè- 
cle, par suite de réparations intérieures de 
l'édifice, la sépulture de Jean Cousin a dû 
disparaître à cette époque. 

•Dnfin, Jean Cousin avait son atelier, ou 
ur de ses ateliers, dans la cour de la Saint^ 
Chapelle, ce qui prouve qu'il n'appartenait 
pas à la confrérie de Saint- Luc, et qu*il 
était un de ces maîtres libres exerçant leur 
métier et leur industrie, sans contrôle, 
dans l'enceinte du Palais, et ne payant 
qu'une redevance au concierge duait Pa- 
lais, sans être dépendant de la commu- 
nauté des peintres et imagiers, et sans avoir 
besoin du privilège de maîtrise. 

P. L. Jacob, bibliophile. 

La Licorne (V, 429). — La contrée que 
les Romains nommaient Bretagne et qui 
depuis a reçu chez nous l'appellation de 
Grande-Bretagne, afin de se distinguer de 
la Petite, aujourd'hui comprise dans notre 
France, a porté encore d autres désigna- 
tions, selon la diversité 4es temps. Un 
jour donc, ce pays a été dit les Sept-Com- 
mandements ou mandements des Saxons, 
autrement l'Heptarchie-Saxonne; un au- 
tre jour, la Terre* des- Angles-uois-aux- 
Saxons ; j'entends par là le sol des Anglo- 
Saxons. Tantôt ce fut plus simplement la 
Terre-de$- Angles, England, de land, pays, 
et EngU abrégé, avec adoucissement, de 
Angli, iEngli, situés à l'angle ou au coin 
nord-ouest de l'Europe; et tantôt ce furent 
les îles Bretonnes ou 3ritanniques, au nom 
bre de trois : Le Vert- Pays, ou l'Irlande, 
de land, pays et ir, dérivé de earth, saxon, 
allemand et anglais tout à la fois, dans le 
sens de ^azon et par suite verdure; la Terre 
des habitants bigarrés de corps et de vête- 
ments, ou l'Ecosse, d'où les écossaises 
(étoffes); rAngleterre, D'autres fois enfin, 



DES CHSaCilEXniS ET CURIEUX. 



[25 sept^ i86^. 



541 



542 



la même monarchie a eu pour dernier sy- 
nonyme le Royaume- Uni. 

Or, toute rhistoire du peuple anglais 
peut se résumer dans le triple blason qu'il 
a su adopter, selon les évolutions de son 
gouvernement. Ainsi à l'époque saxonne 
appartient ce vieux cheval saxon, qui s'ap- 
pelait d'Horsa, tout bonnement parce que 
en saxon, en allemand et surtout en anglais 
aussi, cheval se dit Horse, C'est au règne. 
d'Elisabeth que se rattache le Griffon. Et 
c'est le fils de Marie Stuart, Jacques \^, 
qui, en signe d'union, apparemment, fît 
entrer pour la première fois, dans les ar- 
moiries publiques d'Albion, la Licorne 
(comprenez La Unicorne, Vunicorne), ainsi 
nommée en raison de l'unique arme, je ne 
dis pas ornement, de sa tête. 

(Grenoble.) J. P. 

Salons dfl Diderot (V, 436). — S'il était 
permis de se citer soi-même, je renverrais 
M. S. Y. à la réponse que j'ai faite (II, 762) 
à la question qu'il pose de nouveau. Ce- 
pendant, pour éviter une répétition, je Ten- 
^aee à se reporter au volume et à la page 
indiqués 4 et il v trouvera quatre réponses 
au lieu d une. Tout naturellement, en bon 
père, je lui recommande plus spéciale- 
ment la mienne, qui est plus étendue et 
plus complète que les autres. 

Et maintenant, à quand une nouvelle 
édition des œuvres de Diderot? Jusqu'ici, 
malgré divers projets, ses compatriotes 
n'ont pu parvenir à lui élever une statue; 
certaines influences, qui s'y sont sourde- 
ment et constamment opposées, ont même 
fait disparaître ou du moins dissimuler le 
buste, par lui donné à sa ville natale. Par 
suite, je crains que ces inêmes influences 
ne fassent indéfiniment ajourner cette en- 
treprise. Que M. Walferdin, qui aime et 
qui connaît si bien Diderot, veuille bien 
nous dire ce qu'il en sait ! Ach. D. 

Képi (V, a36). — L'origine de ce sub- 
stantif est dans Kœppchen, diminitif al- 
lemand de Kappe^ bonnet. Kœppchen in- 
dique spécialement une coiffure domestique 
ou officielle, une coiffure qui se porte à la 
maison ou fait partie d'un costume, wi- 
trula. Gœthe et Voss l'ont employé dans 
le dernier de ces sens. Un proverbe alle- 
mand dit : Les petits emplois portent de 
petits bonnets; ce qui équivaut au pro- 
verbe : l'habit fait le moine. Un autre dit 
que la fonction apporte le bonnet : munîa 
aant censum et munera, 

P. RiSTELHUBER. 

— Sans pédanterie, — ne trouverait-on 
pas comme un air de famille, entre le Képi 
trançais, et le latin Caput, itis^ tête, — ce- 
lui-là, d'ordinaire, étant tout au service de 
celle-ci? Ulr» 



1 Faire laliell* (V, 444). -^ Les explica- 
I tions le» plus simples sont, en général, les 
meilleures : je crois donc, comme plusieurs 
; de nos coabonnés, que la belle partie^ ou 
! absolument la bdle^ est tout bonnement 
la partit qui décide de la victoire. Cepen- 
dant il est une autre interprétation que me 
suggère la comparaison de l'expression 
française avec les locutions correspon* 
dames en espagnol et en portugais : Jugar 
la mo^a, ganhar a tnoçay littéralement 
jouer ^ gagner la jeune fille. Partant de là, 
n'est-il pas possible de voir dans ces idio- 
tismes une assimilation entre le combat de 
deux joueurs et la lutte de deux amants 
çiui se disputent les ;bonnes grâces d'une 
jeune beauté? Dans cette hypothèse» le 
mot belle serait pris métaphoriquement, 
et le joueur heureux qui gagnerait la belle 
serait celui qui arriverait à posséder la 
pièce jaune ou blanche dont les beaux 
yeux ont tant de charmes pour les fidèles 
du tapis vert. Dxgastès. 



Hommes et femmes célèbres non maxîés 

(V, 451, 494). — Ajoutons encore à la 
liste dressée ci-dessus par M. H. S. les 
noms suivants : Marot^ — Ronsard^ — 
Montaigne^ — La Rochefoucauld, — Vau-- 
venargues ^ — Saint - Evremond , sans 
oublier Mademoiselle de G^urnay ni 
Mademoiselle de Scudéry, qui toutes 
d'eux ne furent de leur sexe... que par 
le jupon. 

Puis, si l'on arrive jusqu'à l'épeque con- 
temporaine : Gérard de Nerval, — H, Mûr- 
ger, — Fréd, Soulié, — Léon Go^lan, — 
Méry^ — Nestor Roqueplan^ — Pierre 
Dupont, — Fréd. Bérat, — Félix Pyat, — 
Aug. Vacquerie, et le plus grand nombre 
des membres connus de la Société des 
Gens de Lettres ^ de la Société des Au- 
teurs Dramatiques y etc., etc. — Mais quel 
vilain Eloge des femmes nous fait entre- 
prendre là ï Intermédiaire, ô mes amis 1 

Ulr. 

— L'Intermédiaire s'est déjà occupé 
(V, 4.51, 494) des tt Hommes célèbres non 
mariés, » Un correspondant de Manches- 
ter observe (V, 494) qu'une liste semblable 
de noms de femmes offrirait beaucoup 
d'intérêt. J'aborde la question en inscri- 
vant ici quelques &mmes qui se sont fait 
connaître dans le monde littéraire ou scien- 
tifique, et qui ont vécu dans le célibat; je 
laisse de côté : i^ les artistes dramatiques 
qui pourraient former une classe intermé- 
aiaire; 2" les religieuses qui entreraient 
daùs une catégorie d'un autre genre. Voici 
les noms qui me viennent à la mémoire, 
loin de toute collection de livres : Agnesi 
(Maria Gaetana), Milanaise, née en 1718, 
qui a écrit des livres fort estimés sur les 
mathématiques, notamment des Infititu^ 
, 3{iûne analitichcy 1743, z vol. in-4<', (tra- 



N^ 114.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



543 



544 



duites en anglais et en français) ; Made- 
moiselle Sophie Germain, qui en France a 
montré également les connaissances les 
plus étendues en fait d'algèbre et de cal- 
cul intégral; Mademoiselle de Gournay, 
la fille d'alliance de Montaigne; Eugénie 
de Guérin; la malheureuse Hypatie, vic- 
tirtie à Alexandrie de la fureur d'une popu- 
lace égarée; Mademoiselle de la Force, qui 
fit quelque bruit à l'époque de Louis XIV 
par ses écrits et par ses excentricités; Ma- 
demoiselle de la Lézardière, c|ui a abordé 
avec résolution l'étude des origines de l'é- 
tat politique de la France; Elisa Mercœur; 
la Hollandaise Anne Marie de Schurman, 
dont les écrits en syriaque, en hébreu, en 
srec, en latin, en français, ont été plusieurs 
fois imprimés au XViI« siècle; Mademoi- 
selle de Scudéry, dont les prolixes romans, 
laissés dans l'oubli pendant près de deux 
siècles, ont été signalés par M. Victor Cou- 
sin à l'attention publique. Je laisse de côté 
quelques visionnaires, telles qu'Antoinette 
Bourignon et Suzanne Labrousse; si elles 
avaient été mères de famille, elles au- 
raient probablement moins déraisonné. 
Il sera facile de citer bien d'autres noms, 
et j'espère les voir bientôt dans ï Intermé- 
diaire, (Vichy.) L. G. 

Un quatrain dn château d'Anet (V, 465). 
— Je crois que c'est à A net que La Fon- 
taine a fait Philémon et Baucis. Ne se- 
rait-ce pas notre quatrain oui lui a inspiré 
d'employer dans ce poëme le terme un peu 
vieilli de pourpris? Ce quatrain, je crois 
bien le reconnaître pour celui qui est cité 
dans le commentaire d'Eloi Johanneau et 
d'Esmengart sur Rabelais; mais je n'ose 
pas en être sûr, au bout de plus de vingt 
ans. D'après ce commentaire, la jument de 
Gargantua est Diane de Poitiers. J'aime- 
rais mieux dire qu'elle personnifie à la fois 
toutes les maîtresses de François I®»*, puis- 
que, parmi les explications données, il en 
est qui regardent la duchesse d'Etampes 
et même M*"® de Châteaubriant; mais une 
qui serait en effet applicable à Diane, c'est 
que Gargantua envoie sa jument dans la 
forêt de Bièvre. Mon édition écrit Bière et 
dit en note que c'est la forêt de Fontaine- 
bleau; mais Johanneau et Esmengart don- 
nent Bièvre et ajoutent que François l^^ 
donna à la fille de Saint- Vallier le château 

de , situé sur les bords de cette petite 

rivière et aujourd'hui détruit. Puis, l'un 
d'eux raconte que se promenant de ce 
côté, un paysan lui a vendu une plaque de 
cuivre trouvée dans son champ et sur la- 
quelle était gravé le même quatrain que 
M. S. D. a également lu à Anet. Fran- 
çois I*' avait-il donc placé cette inscription 
dans tous les séjours de Diane? Où se- 
rait-ce elle-même qui, dans le nouveau châ- 
teau rebâti par Henri II, se serait plu à 
faire copier ce quatrain, souvenir de ses 



premières amours royales, et surtout sou- 
venir de sa jeunesse. Quoi qu'il en puisse 
être, cette inscription, à moins qu'on ne 
prenne le parti de la déclarer apocryphe, 
me paraît gênante pour ceux qui ne veu- 
lent pas que Diane ait été la maîtresse de 
François I^', ni même ait jamais fraudé la 
foi conjugale, n'ayant cédé au dauphin 
Henri, que parce qu'alors elle était veuve. 

O. D. 

— Voici l'histoire de cette inscription 
apocrvphe, histoire absolument oubliée au- 
jourdhui et que personne sans doute ne 
s'aviserait d'aller chercher dans le long et 
fastidieux commentaire de l'édition vario- 
rum des Œuvres de Rabelais, publiée par 
Esmangart et Eloi Johanneau, membres 
de la Société royale des antiquaires (Paris, 
Dalibon, 1823 et suiv., 9 vol. in-8). Je ne 
fais que transcrire une note du chapitre 21 
du Gargantua, tome I*', p. 376 et sui- 
vantes : 

a Nous n'avons pu trouver, à la vérité, 
dans les mémoires du temps^ que Diane de 
Poitiers ait eu quelque habitation le long 
de la Bièvre. Cependant tout nous portait 
à le croire; d'abord, ces mots de Rabelais: 
a Les citoyens de Paris, par reconnoissance 
o de ceste honnesteté (ae leur avoir rendu 
a leurs cloches) , s'offrirent d'entretenir et 
o nourrir sa jument tant qu'il lui plairoii 
a et l'envoyarent vivre en la forest de Biè- 
a vre. » Ensuite, les fréquentes promenades 
que Gargantua et Pantagruel faisaient sur 
les bords de cette rivière (voy. liv. 1, 
ch. 24, et liv. II, ch. i5 et 22). C'est 
d'après cette conviction que nous sommes 
allés les parcourir en 1812. Nous ne re- 
cueillîmes alors d'autre fruit de notre re- 
cherche, que d'apprendre d'un paysan de 
Gentilly, que c'était une tradition dans le 
village, qu il y avait existé un château sur 
les bords de la Bièvre, qui avait appartenu 
à une maîtresse de nos rois. Mais, l'année 
d'après, nous fumes plus heureux. Le 
mardi 3 août, M. Esmangart, conduit par 
son bon génie, alla' se promener de nou- 
veau à l'endroit indigné par ce paysan; 
arrivé dans la prairie située entre Gentilly, 
la maison dite la Manufacture et le mou- 
lin des Prés, sur la rive gauche et à deux 
ou trois pas de la Bièvre, il heurta du 
pied contre un morceau de métal enfoncé 
en terre. Il essaya de l'arracher, mais il 
ne lui resta dans la main qu'un morceau 
déjà éclaté. Un faucheur (Gilles Trouil- 
lard, jardinier et blanchisseur à Gentilly] 
qui fauchait près de là, ayant été appelé 
par lui, fit une tranchée et tira un rouleau 
de cuivre, de dix-huit pouces de long sur 
huit de large, couvert de boue et de ven- 
de-gris. M. Esmangart, y apercevant des 
lettres, le prit, après avoir récompensé cet 
homme de sa peine, et s'en retourna bien 
vite à Paris pour me le montrer. Il ne 
connaissait pas encore tout le prix de la 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 sept. 1869. 



545 - 



546 



découverte qu'il venait de faire, lors- 
qu 'ayant remarqué des chaudronniers à la 
porte de la boutique d*un serrurier du 
faubourg Saint-Jacques, il y entra, y fit 
dérouler et fourbir ce rouleau. Qu*y vit-il ? 
Une inscription en quatre vers français 
qui prouve que Diane de Poitiers avait en 
effet une maison de plaisance sur les bords 
de la Bièvre, en i527, et que François I" 
y allait souvent la voir. Voici la copie 
exacte et figurée de cette inscription : 

DAns Ce pourPris le grÂnd FraNçois preMier 
TreVue tousJours jouissance noUele; 
Q.Vil eSt heuReux Ce liEu soVef reCele 
FJeur De beaVlte DiAne de PoicTier. 

1527. 

« Sovef est un vieux mot qui vient du 
latin suavis, agréable ; pourpris signifie, 
selon le Dictionnaire de Trévoux, enclos, 
enceinte, clôture de quelque lieu seigneu- 
rial, château, maison noble. 

a Comme cette découverte est vraiment 
extraordinaire et qu'elle a excité un grand 
enthousiasme, je crois devoir ajouter, afin 
qu'on ne doute pas de son authenticité, 
que le lendemain du jour où elle a été 
faite, je suis retourne sur les lieux avec 
mon ami, pour la vérifier ; que j'ai vu les 
traces encore fraîches de la fouille ; que 
j'ai parlé au faucheur qui a aidé à déterrer 
la plaque de cuivre et qui demeurait alors 
dans la maison dite la Manufacture ^ si- 
tuée près et en face de l'endroit de la 
prairie où elle a été trouvée; que j'ai parlé 
également au serrurier qui a déroulé et 
fourbi le rouleau ; que ce monument pré- 
cieux est dans mon cabinet, où l'on peut 
le voir encore ; que, d'après l'annonce que 
j'en ai faite dans le Journal de V Empire ^ 
il est venu plusieurs curieux le voir au 
musée des Petits- Augustins où je demeu- 
rais alors ; que le concierge l'a fait mouler 
et en a vendu un grand nombre de plâtres ; 
enfin, que M. Le Bas de Caumont, ama- 
teur et littérateur distingué, a mis Tin- 
scription en musique. ' 

ft La découverte de cette inscription est 
d'autant plus singulière qu'elle est moins 
due à unnasard aveugle, qu'à la recherche 
opiniâtre de celui qui l'a faite. Elle est 
d autant plus importante, qu'aucune his- 
toire, aucun mémoire, aucune géographie, 
aucune description de Paris et 3e ses envi- 
rons, aucune carte topographique ne fait 
mention de cette habitation de Diane de 
Poitiers; que l'abbé Lebeuf, qui a don- 
né la description du diocèse de Paris, et 
Sauvai, celle des maisons de plaisance des 
maîtresses des rois, n'en parlent pas, quoi- 
que ce dernier fasse mention des trois hô- 
tels que cette maîtresse de François !•' 
avait eus à Paris; quoique Garnier(tome 
XXVI, p. 44 et 45) nous apprenne, dans 
la Vie de Henri II, que ce prmce la gratifia 
d'hôtels, de châteaux et de nombre de ter- 
rains vagues dans Tenceinte de la ville 




bien être celle qui avait appartenu aux 
jésuites et dont Sauvai cite la description 
suivante, qui a été faite en 1639 par l'au- 
teur du Supplément à Dubreuil : « Elle 
a est, dit ce dernier, le séjour le plus agréa- 
a ble qui soit dans les environs de Paris et 
« qui contient en son pourpris les deux tiers 
a du village, enfermée dans un long tour de 
« murailles garnies de plusieurs pavillons.,. 
a Le jardin a de grandes allées couvertes, 
tt d'autres nues; quantité de cabinets, fon- 
« taines, statues, carreaux, bordures, arbres 
tt fruitiers, glacières, canaux, couches de 
tt fleurs et un agréable bocage de haute fu' 
tt taye.Ce beau lieii est à présent aux Pères 
tt jésuites du collège, qui Font acheté pour 
« envoyer leurs écoliers se divertir en temps 
ete. » 

« Il était facile de se tromper dans le 
choix de tant de maisons de plaisance de 
Gentilly, dont André Duchesne, Malingre, 
Sauvai, Lebeuf, etc., nous offrent des 
descriptions, et il semblait que j'aurais dû 
préférer le château seigneurial. Mais je 
l'avais rejeté, parce qu'il était séparé des 
bords de la Bièvre par la rue principale et 
par un rang de maisons, et j'avais deviné 
juste. Car, étant allé à Gentilly une troi- 
sième fois avec M. Esmangart, cinq jours 
après sa découverte, pour rechercher la 
maison de plaisance qu'elle indiquait, du 
plus loin que j'aperçus, en arrivant par les 
prés, au coin de la première rue à gauche 
dite la rue du Ponty un pavillon bâti en 
pierres et en briques, dans le style du 
XV I® siècle, à une portée de fusil de l'en- 
droit où l'inscription avait été trouvée, je 
m'écriai: « Voilà la maison de plaisance 
« de Diane de Poitiers! » Et, en effet, y 
étant entrés, nous vîmes un grand parc tra- 
versé par deux bras de la Bièvre qui y 
forment un beau et grand bassin ; des 
arbres de haute futaye^ et, à l'autre encoi- 
gnure du côté <fe Bicêtre, au nord-est, un 
second pavillon semblable au premier. 
J'y suis retourné seul plusieurs autres fois 
dépuis et j'achevai de me confirmer dans 
cette opinion : mais je n'avais encore vu 
que la moitié du pourpris, parce que cette 
propriété avait été divisée, il y a cent ans, 
par un mur, entre deux propriétaires. Je 
trouvai dans l'autre moitié qui est au sud, 
non-seulement la chapelle que les jésuites 
y avaient fait construire au milieu, mais 
à l'extrémité sud-est, une belle terrasse 
en grandes dalles, d'une magnificence 
royale, et l'ancienne habitation à porte co- 
chère, bâtie en pierres de taille, qui est 
aujourd'hui celle du fermier, tandis que les 
deux propriétaires en occupent de plus 
nouvelles sur la rue. 

tt On ne peut donc plus douter que 
Diane de Poitiers n'ait eu une maison de 
plaisance à Gentilly ; que la plaque de 



N* 114.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



547 



548 



cuivre qui nous rapprend, ou plutôt qui 
nous le confirme, en provient; qu'elle y a 
été attachée probablement au-dessus de 
la porte d'entrée de cette maison qui 
existe encore, puisque cette plaque a huit 
petites entailles pour recevoir les cram- 
pons. Lorsque cette inscription fut posée, 
biane de Poitiers devait avoir vingt-sept 




est donc de plus en plus certain que la 
grande )ument de Gargantua est Diane 
de Poitiers, qui, à l'âge de vinçt-trois ans, 
était connue à la cour sous le nom de 

frande sénéchale ; que Gargantua est 
rançois I*"^ et que Pantagruel, qui avait 
son logis et faisait de fréquentes prome- 
nades sur les bords de la Bièvre, est Hen- 
ri ÏI, qui devint amoureux de Diane en 
i536; enfin, que la forêt de Bière y où 
les Parisiens envoyèrent vivre la jument 
de Gargantua, est bien la forêt de Bièvre 
et non celle de Fontainebleau. La forêt 
de Bièvre n'existait peut-être déjà plus du 
temps de Rabelais ; mais ce passage sui- 
vant de V Histoire de Paris par DD. Féli- 
bien et Lobineau (tome II, p. 907) prouve 
Qu'elle a existé au moins jusqu'au milieu 
au XVI* siècle : « Tous les dons et octrois 
a précédents furent confisqués par Philippe 
a de Valois, Tan i33i. Il y ajouta le droit 
« de paisson, dans la forêt de Bièvre, sans 
a payer aucun péage, n De plus, l'on trouve, 
dans le premier volume des pièces justifi- 
catives de cette Histoire, à l'année i328, 
des lettres du même roi, qui confirment 
la concession de trois cents charretées de 
bois par an, à prendre dans la forêt de 
Bièvre \ c'est ainsi que ces deux savants 
historiens ont traduit: In foresta nos- 
tra Bierrice. Et, après tout, Rabelais au- 
rait pu nommer la forêt de Bière au lieu 
de la forêt de Bièvre^ pour dépayser le 
lecteur. 

a Cette découverte est encore confirmée 
par le témoignage d'André Duchesne et 
de l'abbé Lebeur, qui assurent que la plu- 
part de nos rois de la première et de la 
deuxième race faisaient leur séjour à Gen- 
tilly, et parla lettre suivante que M. Gault 
de Saint-Germain a écrite le 14 août 181 3 
au Journal de V Empire : « La découverte 
« d'une inscription sur les bords de la Biè- 
« vre, relative aux amours de François et de 
a Diane de Poitiers, publiée par M. Eloi 
« Johanneau dans votre feuille, vient à 
« l'appui des autorités qui prouvent que, 
« sous les trois races, nos rois ont eu des 
a palais à Gentilly. Une des plus respec- 
tt tables est celle du savant D. Mabillon, 
« bénédictin, et de son collaborateur D. Mi- 
« chel Germain, dans la Diplomatique, 
a liv. IV, p. 283. Ce dernier n hésite point 
a à placer Gentilly (Gentiliacum) au rang 
« des palais royaux et terres domaniales, v 



« Le fait est que Pépin y vint passer 
l'hiver en 762, y célébra la fête de Noël et 
celle de Pâques, qui suivit; qu'en 766, il 
y vint célébrer encore cette dernière fête 
et y fit tenir un concile national. Or, cette 
« résidence du roi et de sa cour à Gen- 
o tilly, dit Lebeuf, suppose nécessairement 
« qu fl y avait un palais et même que c'était 
a une des terres royales, villa dominica. » 
Le fait est que Charles V donna, en i37i, 
à l'évêque de Paris, son hôtel de Valois 
sis à Gentilly et les dépendances de cet 
hôtel. C'est sans doute pour cela, que 
Henri IV, écrivant au roi d'Espagne, si- 
gna ainsi ; Henry y par la grâce de Dieu, 
roi de Gentilly. 

« En vain on objectera qu'il est singu- 
lier qu'il y ait une capitale au milieu de 
chaque mot de notre inscription ; qu'on 
ne trouve d'exemples de capitales mêlées 
avec les petites lettres, que dans les chro- 
nogrammes. Je répondrais que cette fan- 
taisie du graveur, quoique de mauvais 
goût, n'est point sans exemple j que j'ai 
vu desinscnptions semblables et du même 
temps, au cnâteau de Chenonceaux-sur- 
le-Cher, qui a appartenu aussi à Diane de 
Poitiers, et que M. Esmangart en a vu 
une autre en vieux vers français dans la 
chapelle de Saint- Hippolyte de l'église 
Saint-Jean à Saint-Quentin. D'ailleurs, h 
plaque, quoiqu'elle ait été fourbie mala- 
droitement par le serrurier, offre encore 
une patine de vert-de-gris qui est un ca- 
chet d'antiquité, et tous les lamineurs 
qui ont vu le cuivre l'ont bien reconnu 
pour être ancien. Il n'y a qu'un homme 
de mauvaise foi et jaloux des découvertes 
des autres, qui puisse nier celle-ci, quel- 
qu'étonnante qu'elle soit. • 

Contentons-nous de citer ici cette lon- 
gue pièce qui contient le corps du délit de 
la mystification. Aux prochaines assises 
de y Intermédiaire, nous dresserons notre 
réquisitoire contre les mystificateurs. 
P. L. Jacob, bibliophile. 

Une singulière définition 4e la gloire 

(V, 465). — J'ignore si Aristote a, en effet, 
appelé la gloire « la véritable viande des 
dieux; » mais, d'après Suétone, ce n'était 
pas à la gloire que Néron donnait ce nom. 
Après avoir parlé de l'arrestation du 
prince de Condé, du prince de Conti et du 
duc de Longueville, Guy Patin, dans sa 
35« lettre (Cologne, MDCXCII> tome !«', 
pages io3 et 104, dit : « Paris ne s'en est 
« du tout point remué ; au contraire, quel- 
a ques-uns en ont fait des feux de joie, et 
« on dit que comme ils nous avoient fait 
« manger l'an passé du pain bis, il faloit 
« en échange leur faire manger du pain de 
« son. Il est à craindre cju'ils ne mangent 
« encore là-dedans (à Vincennes) quelque 
« chose de pis, comme pourroit estre ce 
« que Néron apelle dans Suétone itf viande 



DES CH^CWNWa^ UT CURIEUX. 



[25 sept. 1869. 



— Hs - 



55o 



« des dieux, savoir des champignons de 
« l'empereur Claude, w 

Voici le passage de Suétone : « Parri- 
« cidia et csedes a Claudio exorsus est; 
a cujus necis etsi non auctor, at conscius 
a fuit : neque dissimulanter, ut qui bole- 
tt tes, in quo cibi génère venenum is acce- 
« perat, quasi deorum cibum, posthac 
a proverbio graeco collaudare sit solitus. » 
(Ce fut sur Claude qu'il fit le premier es- 
sai en fait de parricides et de meurtres : 
car, s'il ne fut pas l'auteur de sa mort, il 
en connut la cause. 11 ne s'en cachait pas 
et avait coutume de donner aux champi- 
gnons qui avaient servi à empoisonner 
Claude, le nom flatteur de nourriture des 
dieux, d'après un proverbe grec.) 

Néron avait commencé par mettre 
Claude au fang des dieux ; puis, laissant 
là toute hypocrisie, il avait détruit son 
temple, que Vespasien rétablit. 

Si Aristote appelait la gloire « viande 
des dieux, » la parodie que Néron faisait 
de cette belle pensée, était bien digne 
d'un tel monstre ! E. G. P. 



Queloues-uns des jenx de nos ancêtres 

(V, 460). — Le Magasin pittoresque s*est 
souvent occupé de cette question. Je vou- 
lais indiquer à M. B. C. les numéros 
d'août, octobre, novembre et décembre 
1845; février 1847; septembre 1848 et 
juin 1849; mais la table générale en si- 
gnale encore beaucoup d'autres. Le baron 
de Fœneste offrirait aussi, à ce sujet, de 
curieux et singuliers détails. Que pense- 
raient les gens, même les plus grossiers de 
notre époque, de ce jeu auquel jouaient 
des gens qui se piquaient d'être gentils- 
hommes et du beau monde? On peut voir 
le livre 1*', chapitres iv et vu, où il est 
question de divers jeux, entre autres du 
Sosimet (sot s'y met). Nous devons, et 
pour cause, nous contenter d'y renvoyer. 

O. D. 



La Boargnigiiote (V, 467). — La Bour- 
guignote avait changé ae forme et de 
matière, après que l'usage des armes à 
feu était devenu plus général. Quant aux 
initiales, F. L. D., elles signifient : Fran*- 
Çois Langlois, dit Ciartres. L'éditeur- 
graveur Langlois avait pris le prénom de 
Ciartres, et quelquefois Chartres ou 
Châtres, E. G. P. 

Salons de raoadémie de Saint-Luc (V, 

467).— Il y a eu sept expositions, dont on 
possède les livrets : 1751, 1762, i753, 
^7^^j 17^2 y 1764, 1774. Elles ont eu lieu, 
savoir : En 1751, par ordre du marquis 
de Voyer d'Argenson, vice-protecteur de 
1 académie d© Saint- Luc, dans une des 
grandes salles de$ Ai^stins; eo 1752, 



1753 et 1756, à rArseaaJ; en 1762, 1764, 
à l'hôtel d'Aligre; et en 1774, à Tbôtel 
Jabach. En 1776, deux artistes organi- 
sèrent, au Colysée, une exposition de ta- 
bleaux qui dura peu. Quant à celles qui 
avaient lieu à la place Dauphine, elles 
n'étaient nullement régularisées, et je ne 
pense pas qu'il y eût aucun livret; je crois 
du moins pouvoir affirmer qu'il n'en existe 
point. E. G. P. 

Un de Profandis, S. V. P. (V, 467). — 
Cette petite pièce est certainement con- 
temporaine de la fondation du premier 
Empire. La qualification d* indivisible, ap- 
pliquée à la république, porte sa date avec 
elle. Une autre preuve qui, à la vérité, 
n'a de valeur que pour moi, est que je la 
savais par cœur il y a plus de trente ans. 
Feu Brazier, que j ai connu dans ma pre- 
mière jeunesse, se plaisait à la citer et en 
faisait honneur à son ancien collaborateur 
Martainville. Autorité suspecte, d'ailleurs. 
On sait que Martainville se laissait volon- 
tiers attribuer toutes les épigrammes ano- 
nymes décochées contre la république. 
En voici une, du moins, qui est bien de 
lui ; il l'improvisa au Café aes Aveugles, un 
jour qu'en sa qualité d'aristocrate il avait 
été mis en demeure de chanter publique- 
ment une chanson patriotique : 

Embrassons-nous, chers jacobins! 
Longtemps je vous crus des mutins 

Et de faux patriotes; 
Oublions tout, et désormais 
Donnons-nous le baiser de paix..... 

J'ôterai mes culottes. 

Et puisque le nom de Brazier se trouve 
sous ma plume, je ne résiste pas à la ten- 
tation de consigner ici, pour l'agrément 
des lecteurs de i Intermédiaire, une anec- 
dote qui a beaucoup réjoui, dans le temps^ 
les habitués de la Montansier et du Vau- 
deville. Brazier était mieux fourni de gaieté 
que de littérature ; mais il n'en convenait 
pas. Son dada était de passer pour un hu- 
maniste et de citer du latin. A tort ou à rai- 
son, peu lui chalait, pourvu que ce fût du 
latin ou que c'en eut Tair. Or, un jour 
qu'il avait lu sur la garde d'un bouquin 
la formule sacramentelle : Ex libris X..., 
il eut une idée lumineuse, et sans plus 
tarder, il écrivit de sa meilleure encre sur 
la coiffe de son chapeau : Ex libris 
Brai^ier, Etienne Arago en rira toute sa 
vie! Joc'h d'Indret. 

— M. Vapereau, dans sa dixième Année 
littéraire, page 287, attribue ce spirituel 
billet de faire part de la mort de la répu- 
blique, à Charles Nodier, qui n'était, n'en 
déplaise à M. C. H..., ni un croque-mort, 
ni un fossoyeur-marbrier. Errare huma- 
num est, Edgar Joubert. 

[Aussi» M. Vapereau a-t«il usé de la permisn 



N* ii4,J 



L'INTERMÉDIAIRE 



55 1 



552 



sion et s'est-il trompé, heureusement pour la 
mémoire de Ch. Nodier. — Réd,] 

— C'est tout bonnement du réchauffé. 
En effet, on lit à la pagf; 45 du tome II • 
des Souvenirs et Mélanges littéraires, 
politiques et biographiques, par M, L. de 
Rochefort, Paris, Hossange, 1826: 

« On a fait circuler ce oillet d'enterre- 
« ment de très-haute et très-puissante ci- 
« toyenne République française, une, in- 
a divisible et impérissable. Il est ainsi 
« conçu : 

« Floréal, an XII. 
« Citoyens, héros et amis, 
Partisans de la République. 

Et la suite comme au texte cité dans la 
demande. 

Et à la fin : a De la part de Bertrand- 
« Barrère , ouvrier-directeur de la fa- 
« brication des monnaies républicaines, 
« place de la Révolution, tuteur de la dé- 
« funte : et des C. C. Fouché, Rœderer, 
a REAL, etc., etc., ses proches parents. 
« Le convoi funèbre aura lieu le 14 juillet 

« an XII, au Palais du Sénat Conser- 

« vateur de la défunte... » 

Ce qui précède a été reproduit, si j'ai 
bonne mémoire, dans le Monde illustré, 
chronique de Jules Lecomte, je ne sais 
plus en quelle année. Un Béarnais. 



Maladie de Charles IX (V, 468}. — Cette 
sueur de sang était très-naturelle ; c'était 
une hémorragie cutanée (hématidrose de 
Ploucquet), affection du genre purpura, 
dont on trouve d'autres exemples, quoique 
rares. « Voici un fait des plus curieux en 
ce genre rapporté par Mésapariti, dans 
les Transactions philosophiques (170 5). 
L'auteur a vu une jeune hlle qui eut 
successivement, et à plusieurs reprises, 
des épistaxis, des vomissements de sang, 
des écoulements de ce liquide par les 
oreilles, par les extrémités des doigts, des 
mains et des pieds, par l'ombilic, par les 
pores de la peau, le milieu de la poitrine, 
le creux et le dos des deux mains, par le 
menton pendant deux jours et le bout de 
la langue durant une nuit. » Le docteur 
Beauoe, à qui j'emprunte ces lignes, 
affirme (186 3) avoir vu une dame d'une 
cinquantaine d'années, chez laquelle se 
manifesta un phénomène analogue. Plan- 
que, Maurice, Hoffmann et nombre d'au- 
teurs citent des faits de ce genre 

D. Charruaud. 



La Croix de Migné (V, 470). — Je me 
rappelle p^arfaitement le bruit qui se fit au 
sujet de ce prétendu miracle, arrivé le 
17 décembre 1826. Il a été écrit là-dessus 
de nombreux articles dans les journaux 



d'alors ; il a été publié des brochures dont 
je ne saurais plus citer les titres, bien que 
j'en aie lu plusieurs. Mais on les trouvera 
certainement à l'année 1826 et 1827 du 
Catalogue de la Bibliothèque impériale 
(Histoire de France), que 1 on peut con- 
sulter dans toutes les grandes bibliothèques 
publiques de Paris et des départements. 

Frédéric Lock. 

— Au sujet de cette apparition (qui eut 
lieu le 17 décembre 1826), il fut publié, 
dans le temps, une brochure, qui, non- 
seulement, racontait le fait avec détails, 
mais qui le représentait oculairement par 
une grande lithographie in-folio. Selon 
toute apparence, certaines librairies ecclé- 
siastiques poitevines doivent posséder en- 
core cela. — A leur défaut, M. Al. Henri 
ne peut guère manquer, ce nous semble, 
d'obtenir tous les éclaircissements qu'il 
désire, s'il se fait ouvrir ad hoc les archives 
de l'évêché de Poitiers. Car, dès les pre- 
miers mois de 1827, des informations j 
furent organisées par autorité épiscopale ; 
une enquête solennelle fut ouverte (en- 1 
quête à laquelle, par parenthèse, fut ap- 
pelé, comme l'un aes commissaires, quoi- 
que professant la religion protestante, le 
professeur de physique du lycée de Poi- 
tiers). — Du reste, et en attendant, 
M. Henri peut déjà trouver, de la chose, 
une mention sommaire. C'est dans l'un 
des Appendices de l'ouvrage, intitulé :Foi 
et Lumières. Grand in-octavo, Paris 
(Waille, édit.), 1845; pages 233 et 234. 

G. D. 

— M. Ad. Henry a consulté, dit-il, tous 
les dictionnaires de médecine, aux articles 
Vision et Hallucination^ sans pouvoir ob- 
tenir une notion quelconque sur ce phé- 
nomène. Nous ne pouvons indiquer à 
M. Henry aucun travail sur cette question, 
écrit à un point de vue scientifique. Mais 
il a paru sur la croix de Migné une foule 
de brochures catholiques. Voici le titre de 
quelques-unes : La Croix de Migné ven- 
gée y par l'abbé Vrindts. Paris, 1829.— 
Récits, rapports et correspondances de la 
Société catholique, au sujet de l'apparition 
miraculeuse de. la Croix de Migné, broch. 
in-i 2. Paris, 1 83o. — La Croix de Migné, 
lithographie de 18 pouces sur i5. Paris, 
i83o. — Voyage à Migné, par Gustave 
d'Herbin (un pseudonyme). Brochure in-i8. 
Lille, i83o. — Relation authentique et ap- 
préciation raisonnée de la Croix céleste 
apparue à Migné, en 1826. Paris, Hivert, 
1846. Brochure in- 8®. Ce dernier opus- 
cule est, de tous, le plus important, en ce 
sens qu'il discute les objections soulevées 
dans divers écrits d'alors (entre autres, dans 
le Constitutionnel du 2 5 février 1827, du 
17 décembre 1828, et dans un pamphlet 
intitulé : Le faux miracle de Migné) sur 
la réalité miraculeuse de ce phénomène. 
L'opuscule n'est pas signé. Mais Quérard 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



553 ^ 



France littéraire, t.XI)rattribueà M. Ma- 
chet (de Reims). Quérard a raison. L'o- 
puscule en question a été extrait, en 1843, 
d'un ouvrage, dû à ce fécond compilateur, 
qui parut en 1 83 3 sous le titre de : La Re- 
ligion constatée universellement à F aide 
des sciences et de l érudition modernes ou 
Traité des preuves de la Religion mis au 
niveau des connaissances humaines. Pa- 
ris, i833. 2 vol. in-80. 

M. Machet (Louis- Philibert) était le pa- 
rent de l'imprimeur Machet (de Reims). 
Il a signé plusieurs de ses ouvrages : 
M.*** de la Marne, ou le Solitaire de la 
Marne, C'était un ami de l'excentrique 
Madrolle. Il est bon de savoir que ce 
M. Machet, auteu^f de divers opuscules des 
plus mystiques et ex-rédacteur de l'Eclair 
(journal très-dévot), est aussi l'auteur d'un 
livre qui attaque presque tous les dogmes 
du catholicisme. C'est, je crbis, sa der- 
nière œuvre. Elle a été condamnée par 
l'Index, par décret du 20 juin 1844, et 
porte ce titre significatif : La Religion dé- 
fendue contre les préjugés et la supersti- 
tion (sans nom d'auteur). Paris. Ladrange, 
i836. 2 vol. in-8». 
(Rouen.) F. Boissin. 

— Consulter les Mémoires récréatifs, 
scientifiques et anecdotiques du physicien- 
aéronaute E,'G, Robertson, Paris, 2 vo- 
lumes in-8, i83i-i833. M. Henry trou- 
vera, au tome II, p. 2o5 à 210, une cu- 
rieuse explication de ce prétendu miracle, 
au moyen d'un procédé fantasmagorique, 
avec gravure sur bois. L'article commence 
ainsi : a Une apparition miraculeuse, qui 
« tit grand bruit en France il va peud*an- 
« nées (Fauteur écrit en i853), montra 
« bien que les enfants d'Ignace n'avaient 
tt pas dégéaéré... » A. Bonnardot. 



Namérotage des rues (V, 479, 2 5o, etc.). 
J'ai pu voir encore au coin de beaucoup 
de rues de Paris, des inscriptions gravées 
sur une pierre carrée, encastrée dans la 
muraille et portant d'abord le nom de la 
rue, puis un numéro, puis enfin un ou plu- 
sieurs C. Le numéro donnait le chiffre d'or- 
dre du quartier dont la rue faisait partie ; 
les C indiquaient parleur nombre, celui des 
carrosses qui pouvaient passer de front 
dans la rue. 

Il n'est pas impossible que quelques-unes 
de ces inscriptions existent encore, peut- 
être recouvertes par les plaques modernes. 
On pourrait en mire la recherche pour en 
déposer un exemplaire au musée Carnava- 
let. 

Lors du numérotage des maisons, en 
1806, on avait adopté une mesure assez 
utile. Les numéros étaient noirs dans les 
rues perpendiculaires à la Seine, et rouges 
dans les rues parallèles au fleuve. Cette 
différence n'a pas été maintenue dans le 



[25 sept. 1869 

554 ■ 

système actuel : les numéros sont partout 
blancs sur fond bleu. Frédéric Lock. 



Qu'est-ce que : Oxel? (V, 48 1 .) — Le 

consouffrant oxels du dialecte messin ne 
serait-u pas tout simplement cet oiseau 
trop complaisant qui, depuis des siècles, 
symbolise les maris ridicules, parce qu'il 
permet au coucou de venir pondre dans 
son nid ^ Le bas latin , avicellus ou aucel- 
lus, a donné aux langues romanes des 
formes très- voisines de celle-ci: vieux fran- 
çais, oisels, o^els; provençal, ou^el; an- 
cien catalan, ausel; italien, uccello, au- 
gelloy etc. Dans le cas où cette épithète 
mjurieuse n'aurait pas cette acception 
toute spéciale, elle pourrait signifier sim- 
plement oiseau, avec le sens ironique qu'on 
donne encore aujourd'hui à ce mot dans 
certaines locutions familières ; Quel oi- 
seau ! le bel oiseau ! Dicastès. 



Les armes de Voltaire (V, 483, 382). — 
L'Intermédiaire a bien voulu reproduire 
par la gravure, au commencement de la 
V* année, un dessin de moi d'après l'em- 
preinte que j'avais faite à Ferney, en 18 36, 
du cachet de- Voltaire. Sur une lettre de 
lui à Rabaut de Saint-Etienne, j'ai un au- 
tre cachet aux mêmes armes, moins les 
deux lévriers pour supports, et dans 1 un, 
comme dans 1 autre, les lignes horizontales 
indiquent clairement que c'est « au champ 
d'azur, » comme l'indique le portrait d'à près 
P. A. Dauzel (V, 382), et non a d'or à 
trois flammes de gueule. » P. A. L. 



Les « Gousidérations sur la France, > 
^e J. de Maistre (V, 509). — La célébrité 
de cet ouvrage, qui a commencé la re- 
nommée de son auteur, me semble auto- 
riser les détails dans lesquels je vais en- 
trer ici sur ses différentes éditions. Je ,ne 
crois pas qu'ils aient été donnés jusqu'à 
ce jour: 

1° La première édition est celle de Lon- 
dres, 1797, in-8 de iv et 246 p. Le titre 
porte les armes royales. La table des cha- 
pitres en annonce aII, mais ce dernier n'a 
jamais paru. Desideratur, dit l'auteur, qui 
l'intitule : « Différence entre la révolution 
anglaise et la française. » Dans cette édi- 
tion princeps, les mois Anglais et Français 
sont toujours imprimés avec un a, tandis 
que l'on conserve l'o pour les imparfaits. 

2» Deuxième édition, Londres, 1797, 
in-8 de iv p. non chiffrées, y compris le 
titre, et 1 1 2 p. Contrefaçon, sur mauvais 
papier, et avec un caractère assez fin. 

5® Seconde édition, revue par l'auteur. 
Londres (Bâle), mars 1797, m-8 de ivp., 
prélim. et 2 56 p. Armes royales sur le ti- 
tre. Homogénéité pour l'orthographe ; l'on 
a imprimé partout François et Anglois. On 



N- 114.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 355 



— 556 



lit, p. IV, dans VAvis des libraires : « La 
« première édition fourmille de fautes qui 
« altèrent souvent le sens et le font quel- 
a quefois disparoître entièrement.., Les 
a corrections nombreuses que l'auteur 
« nous a fournies font de son ouvrage un 
a ouvrage presque nouveau. » A la page v, 
il y a un Errata. Les pages 25 1-2 $4 sont 
occupées par un Post^scriptum, dont la 
note I porte : « Cette édition est la troi- 
« sième en cinq mois, en comptant la con- 
« trefaction (sic) françoise qui vient de pa- 
« roître. Celle-ci a copié fidèlement les 
« innombrables fautes de la première, et 
« en a ajouté d'autres. » C'est le texte de 
cette édition qui a servi pour la réimpres- 
sion préparée par l'auteur, en 18 17, laquelle 
ne parut qu'après sa mort, en 1821, et 
où l'auteur n,*a pas rétabli les deux coupu- 
res faites dès 18 14 dans les deux éditions 
de Paris. Le premier passage supprimé se 
trouve dans l'édition de mars 1707, à la 
çaçe 146, dont il forme le dernier alinéa ; il 
hnit, p. 147, après la 4» Jigpe. Le voici : 
« Et dans ce moment même, un petit 
« nombre de factieux ne parle-t-il pas en- 
« core de mettre un d'Orléans sur le trône ? 
« 11 ne manque plus aux François que 
a l'opprobre de " voir patiemment élever 
a sur le pavois le tils d'un supplicié, au 
a lieu du frère d'un martyr. Et cependant 
a rien ne leur promet qu'ils ne subiront 
a pas. cette humiliation, s'ils ne se hâtent 
a pas de revenir à leur souverain légitime, 
a Ils ont donné de telles preuves (i)... » 
Dans la double édition de Paris, en 18 14, 
où cette coupure a dû être faite pour la 
première fois, on l'a dissimulée (p. 114) en 
remplaçant le pronom Ils, qui commence 
une phrase, par Les Français^ expression 
qui, se trouvant déjàdans le petit alinéa qui 
précède, produit un mauvais effet. C'est 
ce que l'auteur a senti ; aussi, dans l'édi- 
tion de 182 1 (p. 147), a-t-il ainsi commencé 
la phrase suivante ; « Et qui sait encore à 
a quoi ils sont réservés ? Ils ont donné de 
«< telles preuves... » La seconde suppres- 
sion comprend les pages 217-250, formant 
tout le chapitre XI, intitulé ; « Fragment 
a d'une histoire de la révolution française, 
a par David Hume. » En donnant cet ex- 
trait comme s'appliquant à la révolution 
française, de Maistre voulait faire voir les 
ressemblances des deux révolutions, et la 
table de sa première édition indique un 
chapitre XII intitulé : « Différence entre 
a la révolution anglaise et la française. Z)e- 
« sideratiir. > Ce chapitre, comme on voit, 
n'a pas été donné. 

(i]j Joseph de Maistre n*a pas toujours pro- 
phétisé aussi juste. Ne finit-il pas, en efïet, son 
chap. VIII, par ces mots : « L'on pourrait ga- 
« ger mille contre un que la ville ne se bâura 
« pas, ou plutôt qu'elle ne s'appellera pas 
« Washington, ou que le congrès n'y résidera 
« pas. » 



40 Nouvelle édition, revue par 1 ameur. 
Paris , Société typographique de Versail- 
les, impr. de Lebel, 1814, in-8 de vmp., 
y compris le titre, et 168 p. 

Armes royales sur le titre. U Avertisse- 
ment des éditeurs n'est plus le même que 
dans les éditions précédentes; TaCiteury 
est nommé. L'on y donne aux deux pre- 
mières éditions la date de 1796, et on les 
dit imprimées à Lausanne. Cet avertisse- 
ment est terminé par la réimpression de la 
lettre du comte d'Avaray, écrite de la pan 
de Louis XVIII à l'auteur, qui avait de- 
mandé, à ce qu'il paraît, que la cour émi- 
grée contribuât à répandre les « Considé- 
rations y> en France. Cette lettre avait été 
interceptée à Milan par le général Bona- 
parte, et elle fut alors imprimée dans leMo- 
niteur du 24 brumaire an VI (14 novem- 
bre 1797). 

Cette édition est la première où des cou- 
pures importantes ont été faites. 

5*» Autre édition. Même titre que ci- 
dessus. Ibid,, id,, in-8. Le nom de l'im- 
primeur Lebel, à Versailles, se lit au bas 
de la dernière page. Les armes royales du 
titre ont un petit monogramme : P. D. 
(Pierre Deschamps). Au verso du faux-ti- 
tre , l'on annonce que l'on trouve à la 
même librairie V Essai sur le principe gé- 
nérateur,,,, par M. le comte de Maistre. 

6» Réimpression pure et simple de l'édi- 
tion précédente, sauf quelques change- 
ments insignifiants dans « l'Avertissement 
des éditeurs. » V Errata est le mfmepour 
toutes deux. De Maistre paraît n'avoir 
connu l'existence que d'une seule édition, 
avec date de 18 14, et voici ce qu'il en dit, 
p. vni de celle de 1 82 1 : « Il a (l'auteur) droit 
« surtout de se plaindre de celle de Paris, 
« publiée en 18 14, in-8, où Ton s'est permis 
« des retranchements et des additions éga- 
tt lement contraires aux lois de la délica- 
« tesse ; personne, assurément, n'ayant le 
« droit de toucher à iWvraçe'd'un auteur 
a vivant, sans sa participation. L'édition 
a que nous présentons aujourd'hui au pu- 
a blic est faite sur celle de Bâle (sous Lon- 
dres, 1797, in-8 de 256 p.) » 

7® Nouvelle édition. La seule revue et 
corrigée par l'auteur, suivie de « l'Essai 
« sur le principe générateur des constitu- 
a tions politiques et des autres institutions 
« humâmes ; » troisième édition, revue et 
corrigée par le même. Paris, Potey, 182 1, 
in-8^, de xiv et 368 p. C'est la première 
édition avec le nom de l'auteur sur le 




•eçu aes mams de l'auteur en 1817. 
dernier écrivait, à la date du 1 5 novembre 
1817, à son «futur éditeur (voy. o Bulletin 
du bibliophile de Techener, » 1 854, p. 914)' 
« ... En quittant Paris, je vous laissai des 
« corrections pour une nouvelle édition 
« qui me tenait fort au cœur, et je vous 
tt dis pourquoi. Vous en souvient-il ? Cer- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 sept. 1869. 



557 



558 



a taines phrases n'appartiennent qu'à cer- 
« tains moments. » — Ces derniers mots 
semblent expliquer pourquoi de Maistre, 
tout en se plaignant de coupures faites 
dans l'édition de 18 14, n'a rétabli que 
celle du chapitre XI. L'édition de 1821 
ne parut qu après la mort de Tauteur. 
Mon père, entré en correspondance avec sa 
veuve, lui avait témoigné le désir de re- 
produire la réponse de M. de Maistre à la 
ettre de M. d'Avarav. Mais, comme on 
ne put la retrouver, M"*« de Maistre de- 
manda la suppression d'une « ... épître 
« (jui, détachée de la réponse, avait tout 
« heu de blesser la mémoire de l'auteur... » 
ft Comme dédommagement, M™® de Mais- 
tt tre envoyait la lettre signée M... (Or- 
« lofif), » adressée à M. de Maistre et re- 
produite depuis dans toutes les éditions. 

— Comme le titre rindique, cette édition 
est accompagnée de « 1' Essai sur le prin- 
« cipe générateur des constitutions. » 

8° Nouvelle édition. Lyon et Paris; 
Rusand, 182^, in-80, de viii et 2 36 p. 

— Cette édition a un a Avertissement de 
« l'éditeur » qui lui est spécial. On y lit 
p. iij : « ... En 1814, l'ouvrage fut imprimé 
« à Paris (et deux fois par lui-même, au- 
« rait-il pu ajouter) ; mais cette édition 
« faite sans la participation de M. de 
« Maistre, et fort incorrecte d'ailleurs, 
offre beaucoup d'augmentations et de 
« retranchements qui n'entraient pas dans 
« ses vues. i> — Au demeurant, cette édi- 
tion n'est qu'une réimpression pure et 
simple du texte de 182 1, et Ton a cru de- 
voir reproduire le passage relatif à la 
lettre communiquée à 1 éditeur par la 
veuve de l'auteur, et la lettre même dont 
il y est parlé. 

9° Nouvelle édition. Lyon, Louis Lesne^ 
imprimeur libraire. — Ancienne maison 
Rusand, — Paris, Poussielgue-Rusand^ 
1843, in-8®. — En regard du titre, on lit: 
« Tous les exemplaires qui ne sont pas 
« revêtus de ma signature sont réputés 
« contrefaits. » Que . fait cet austère dé- 
fenseur des éditions originales, il laisse de 
côté « r Avertissement de l'éditeur » de 
1829, et il prend, sans autre façon, et l'A- 
i^ertissement du libraire et l'Avertissement 
Je l'éditeur de 182 1, et tout cela avec une 
telle naïveté, que l'on y retrouve sans le 
moindre commentaire un paragraphe ex- 
pliquant pourquoi Ton avait cru devoir, 
-n 1821, faire suivre les « Considérations » 
l'une nouvelle édition de « l'Essai sur le 
» principe générateur des constitutions. » 
Mais quant à donner cet « Essai » — nenni, 
3n le vend à part. On n'est pas plus naïf 
lans l'indélicatesse. Et cela se reproduit 
ians les éditions publiées de nos jours par 
5 même librairie religieuse, H. Pélagaud 
ils et Roblot : « En satisfaisant au désir 
< qu'ont témoigné plusieurs personnes 
i d'avoir ces deux ouvrages réunis dans un 
'*■ même volume , nous avons mis tous nos 



I « soins, non-seulement, à faire disparaître 

' « les fautes qui les défiguraient aans les 

a éditions précédentes, mais nous avons 

a encore voulu que l'impression répondît 

I « au mérite du livre. » Ol. Barbier. 



i Louis XIV et la place des Victoires. — 

I On nousécritde Paris, ro septembre 1869: 

a Monsieur V Intermédiaire, 

a J'ai dit à La Feuillade; que sa Place 
des Victoires n'était plus digne de moi, et 
que, bien que les quatre lanternes, au mi«- 
lieu desquelles il m'avait placé sur mon 
éternel cheval de bronze, aient été respec^ 
tées et mieux éclairées que devant, j'avais 
à me plaindre des incroyables enseignes 
dont sont tapissées les maisons monu* 
mentales qui m'entourent. Ce ne sont pas 
enseignes de cabarets, je l'avoue, mais ce 
sont des écriteaux que le seigneur Cari- 
tidès, des Fâcheux de Molière, devrait 
bien soumettre à son tribunal 4pji^aphi- 
que. On lit de tous côtés, du rez-de-chaus- 
sée à la toiture : Nouveautés et soieries 
EN GROS, Fournitures pour tailleors. 
Châles et cachemires, Chales et tissus^ 
Draperie ET nouveautés en gros. Chalets 
BROCHÉS, Soieries en gros, etc. C'est un 
effroyable bariolage de toutes les couleurs 
avec les noms des coupables qui déshoi- 
norent ainsi les façades de ma Place feivo- 
rite. La Feuillade s'est ému, comme moi, 
de ce vandalisme commercial, et il a con* 
suite Colbert, qui lui a répondu que nous 
avions des lois, des ordonnances, des 
règlements, en notre bonne ville de Paris, 
pour faire respecter nos monuments pu- 
dUcs. Je sais bien que çà et là l'autorité 
municipale a la précaution de faire écrire 
en lettres majuscules sur les murs qu'elle 
veut conserver vierges d'affiches : Défense 
d'afficher. Mais je voudrais connaître ces 
ordonnances^ t règlements de l'édilité pari- 
sienne, qui me sont signalés par Colbert 
et que je ne trouve pas dans mon Code, ce 
dont je suis presque honteux, soit dit 
entre nous. Colbert me déclare qu'il ne 
veut pas se mêler de ma réclamation, 
dans, la crainte de se brouiller avec ses 
chers marchands, et ce par esprit de caste. 
Il m'a conseillé pourtant de m'adresser à 
vous et de vous exprimer mon cas. Je vous 
avertis, Monsieur V Intermédiaire, que si 
vous ne parvenez pas à me débarrasser de 
ces enseignes diaboliques, qui me pour- 
suivent jour et nuit comme des imperti- 
nences et des incongruités faites exprès 
pour offenser mes regards, je descends de 
mon cheval et je le laisse seui, planté là 
entre mes quatre lanternes, pour prouver 
aux prévôt et échevins de ma bonne viUe 



N« 114.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 sept. 1869. 
— 559 -. 56o : 

» chargé du rôle de l'Honnête Criminel. Je 
« vous embrasses et suis très-sincèrement 
a votre serviteur et camarade. 

« D'Herbois. i> 



Je Paris qu'il faut être cheval pour ne pas 
s'indigner de cette audacieuse mascarade 
des monuments publics. Par mon soleil ! 
messieurs, n'appelez plus Place des Vic- 
toires cette belle place qui fut construite 
en mon honneur ; appelez-la Place des 
Enseignes ou des A^cheSy et cassez aux 
gages le seigneur Caritidès. 

tt Sur ce, je prierai Dieu qu'il vous ait 
en sa très-sainte garde I 

o Louis XIV, surnommé le 
Grand et le Victorieux. » 
Pour copie conforme: B. J. 



Une lettre autographe du comédien am- 
bulant Gollot-D'Herbois, (pii depuis.... — 

De ce farouche tribun, si tristement célè- 
bre comme acteur tragique^ mitraillant 
Lyon pendant le règne de la Terreur, j'ai 
sous les yeux une pièce signée Albitte, 
Fouché, CoUot-d'Herbois, La Porte. En 
tête est imprimé : 

« AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS 

vi Liberté y Egalité^ 
« République française y une et indivisible. 

a Les Représentants du Peuple envoyés 
dans la Commune-Affranchie (nom qu on 
avait donné à Lyon), pour y assurer le bon- 
heur du peuple avec le triomphe de la Ré- 
publique dans tous les départements en- 
vironnants et près l'armée des Alpes, le 
14 frimaire, l'an second de la Rép. une, 
indiv. et démocr. » 

Collot d'Herbois (Jean-Marie) est moins 
connu comme acteur comique jouant les 
rôles de Démocrite, d'Esope, voire même 
celui de l'Honnête Criminel I Voici une 
lettre autographe de lui, qui en fait foi : 

« Vous croirez sans peine, mon aimable 
tt et ancien compagnon, d'après nos fa- 
o tigues de la semaine passée que je dois 
« m'en ressentir. Vous m'obligerez fort en 
a conséquence de jouer le rôle de Démo- 
li crite vendredi (i), de quelque emploi que 
a vous le jugiez. Je crois même avoir eu 
« tort de dire qu'il a été joué par Monvel^ 
« et j 'avoues (sic) bonnement, que je lay 
« pris pour Esope : car Monvel ni aucun 
« amoureux n'a jamais joué Démocrite : il 
tt n'est pas douteux cependant que je de- 
« vrais païer ma méprise, et le jouer si 
« vous le trouviez trop désagréable ; ce que 
« je ne pense pas. Si cela vous fatiguait 
« trop même je serais à vos ordres. Mais 
tt il faut que je remette Cinna non joué 
« depuis cinq ans et je n'ay pas encor eu 
« le courage de le regarder. Je vous offres 
tt en toutte occasion ce qui dépend de moi. 
« N'oubliez pas que vous vous êtes aussi 

(ij II serait curieux de savoir à quelle époque 
ce rôle fut joué, et par qui. Le nom de Monvel 
peut mettre sur la voie. 



On sait, en effet, qu'il était comédien 
ambulant lorsque éclata la révolution fran- 
çaise. Il vint alors à Paris, et se fit bien- 
tôt remarquer dans les clubs populaires 
par sa forte voix, autant que par son au- 
dace. Au 10 août 1792, il fut nommé mem- 
bre de la municipalité de Paris; quelques 
jours, après député à la Convention, et en- 
fin membre du comité de salut public. En- 
voyé l'année suivante en mission à Lyon, 
il y exerça les plus horribles cruautés, em- 
ployant tour à tour contre cette malheu- 
reuse ville; la main du bourreau, la fusillade 
et le canon. Au 9 thermidor, il fut un des 
premiers dénonciateurs de Robespierre 
Qu'il avait longtemps secondé. — Collot 
d'Herbois, déporté à la Guyane, y mourut 
d'une fièvre chaude, en 1796. P. A. L. 



Essai d'une voiture sans chevani au 
XVII* siècle. — Dans la première lettre 
de Guy Patin (Cologne, MDCXCIl), on 
lit : a II est vrai, comme on vous l'a dit. 
« qu'il y a ici un Anglois, fils d'un Fran- 
a çois, qui médite de faire des carosses 
« ^ui iront et reviendront en un même 
a jour de Paris à Fontainebleau sans che- 
« vaux par des ressorts admirables. On 
« dit que cette nouvelle machine se pré- 
a pare dans le Temple. Si ce dessein réus- 
«< sit, cela épargnera bien du foin et de 
a l'avoine, qui sont dans une extrême 
o cherté. » (Lettre du 20 janvier 1645.) 

Il est fâcheux que G. Patin ne précisa 
pas le mécanisme dont il est question. Les 
mémoires du temps permettent-ils de 
combler cette lacune ? 

Quant au pronostic de G. Patin sur la 
baisse de prix du-foin et de Tavoine, lia 
été, de notre temps, démenti par l'expé- 
rience ; mais on pouvait s'y tromper. 

E. G. P. 

Racine a-t-il imité Du Bartas?— 

Même elle avoit encor cet éclat emprunté, 
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son fi- 

[sage. 

Voilà deux vers de l'auteur d'AtIuilie 
(acte II, se. V). En voici deux de Du Bar- 
tas (Second jour de la Semaine) : 

... et le teint emprunté 
Dont une courtisane embellit sa beauté. 

Aucun commentateur n'a fait ce rap- 
prochement, pas même le dernier et je 
meilleur de tous, M. Paul M esnard, l'édi- 
teur du Racine dans la collection des 
Grands Ecrivains de la France. 

T. DE L. 



I Parif . - Typ. de Cb. MeTrnei*, rue CnjM, 13. - IW*- 



Numéro 415. 



ChêrefuMet 
«OtM troiiMr«s. 



QOAQOI 



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40oet.l869 



€' 2ntttméhiatu 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.) 

====. 56i — 562 ====== 



Une mystification prodigieuse I... 

Le voilà donc connu, ce secret plein d'horreur 1 

• 

Depuis plus de deux ans que s'est ou- 
verte, dans la presse et devant TAcadémie 
des Sciences, cette singulière controverse 
à laquelle ont donné lieu les nombreux 
manuscrits autographes possédés et com- 
muniqués parle savant M. Michel Chasles, 
de l'Institut, notre petite feuille s*est scru- 
puleusement abstenue de prendre parti 
pour ou contre. Elle attendait une solu- 
tion qui ne pouvait manquer de surgir, un 
jour ou l'autre. Or, cette solution, elle vient 
d'être donnée par M. Chasles lui-même. 
Un fait inouï et véritablement incroyable 
est maintenant avéré. 

Dans la séance du lundi i3 septembre, 
M. Chasles a déclaré que, sa confiance 
dans l'authenticité de ses lettres de Gali- 
lée ayant été ébranlée par des informa- 
tions reçues en dernier lieu de Florence, il 
avait fait surveiller par la police, puis 
arrêter la personne de qui il tenait ses 
innombrables documents historiques et 
scientifiques, laquelle personne avait fini 
par confesser qu'elle les avait fabriqués 
elle-même. 

Plus de VINGT MILLE pièces, ainsi 
fabriquées et vendues à M. Chasles depuis 
i86i! 

Et quelles pièces! 

a Indépendamment des nombreux écrits 
de Galilée, de Pascal, de Louis XIV, de 
la Bruyère, de Molière (M), de Montes- 
quieu; des écrits moins nombreux de 
Bouilliau, Marcotte, Rohault, de Fon- 
tenelle, de Maupertuis, de Bernouilli, de 
Saint- Evremont , de M™« de Sévigné, 
d'Etienne Pascal, de M™" Périer, de sa 
sœur Jacqueline , et d'une foule d'autres 
personnages; — je possède, a dit M. Chas- 
tes, D EU X M I LLE lettres de Rabelais (!!!), 
de très - nombreuses lettres de Coper- 
nic, Christophe Colomb, Cardan, Torto- 
lea, Ramus, Bridé, Grolier,^ Calvin, Lu- 
ther, Scaliger, Dolet, Machiavel, Michel- 
A^nge, Raphaël, Thomas Maro, Charles 
Q.uint, etc., toutes adressées à Rabelais; 
des mystères inédits et de nombreuses 
poésies de Margueritie d'Angoulême; des 
lettres et quatrams en français et en iatin 



d'Anne de Pisseleu ; de nombreuses lettres, 
des poésies et des instructions pour son fils, 
de François I«'; des lettres, et de nom- 
breuses poésies de Marie Stuart; ;?/w- 
sieurs centaines de lettres de Montai- 
gne (! ! !) ; de très-nombreuses lettres de Sha- 
kespeare adressées à Larrivay, Philippe 
Desportes, M*i« de Gournay; des lettres et 
des devises de Cervantes; des lettres et 
poésies de Ronsard, du Tasse, etc. » 

Ce n'est pas tout : oh ! non, et cela va 
toujours de plus fort en plus fort, comme 
cnez . • ^c • 

a En remontant au delà du XVI« siècle, 
continue M. Chasles, je citerai de très- 
nombreuses pièces et poésies du Dante, 
de René d'Anjou, de Pétrarque, de Boc- 
çace, de Laure de Cabière, l'amie de Pé- 
trarque; de Clémence Isaure, de Villiers, 
de Charles d'Orléans, etc. ; de nombreuses 
lettres de rois : Philippe -Auguste, saint 
Louis, Philippe le Bel, Charles V, Char- 
les VI, Charles VII, Agnès Sorel, Jacques 
Cœur, Brantôme; des lettres et récits de 
Jeanne Darc... 

« La collection s'étend aux premiers 
temps de l'ère chrétienne et au delà 
même, car il s'y trouve quelques lettres 
et de nombreuses notes de Jules César (!!!) 
et des empereurs romains, des apôtres, 
de saint Jérôme, Grégoire de Tours, saint 
Augustin , etc. ; de plusieurs rois méro- 
vingiens; un grand nombre de Charlema- 
gne; etc. » 

Halte-là! Ceci passe toute permission, 
et même le grotesque de certain couplet 
de la chanson du marchand d'autographes 
est ici distancé ! En vérité, si on ne lisait 
ces détails dans le Grand O^ (numéro du 
14 septembre), on se croirait soi-même 
mystifié par un tel récit. 

M. Chasles a terminé en disant : « Il 
est certain que la composition de ces 
pièces, si elles ne sont pas originales ^ a 
dû exiger un long travail , de nombreux 
matériaux. Et si l'on considère qu'elles 
s'ajoutent à tant d'autres, de tous les 
temps jusqu'au siècle dernier, et traitent 
de tant de matières différentes, on ne peut 
pas croire qu'elles soient l'œuvre d'un seul 
mdividu, d'un seul fabricateur, qui, du 
reste, ne sait ni le latin, ni l'italien, ni 
aucune partie des mathématiques et des 

TOME V. — 19 



N» II 5.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



563 



564 



autres sdences sur lesquelles roule une 
partie considérable des documents. Il y a 
donc un mystère à pénétrer, et jusque-là 
on ne peut rien conclure avec certitude. » 
Quel est donc ce mystère? Le vendeur 
de M. Chasles est un nommé Yrcne Lu- 
cas, soi-disant archiviste- paléographe I La 
somme qu'il a petit à petit reçue de^ l'ho- 
norable savant ne s'élève pas à moins de 
cent cinquante mille francs! On dit avec 
raison qu'il doit y avoir là-dessous un ca- 
pitaliste en même temps qu'un faussaire, 

et un faussaire de génie Mais alors 

quelle récompense , assez digne de lui , 
pourra-t-on cfécerner à ce Pic La Miran- 
dole des faussaires et des escrocs?... 

C. R. 



€tujr0tt0n0* 



Belles-Lettrks — Philolocib — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 
— Epigraphie — Biographie — Bibuographie 

— Divers. 

Un vers de l'a Enfer » de Dante.— C'est 

en lisant fort imprudemment l'histoire de 
Lancelot du Lac, que Francesca et Paolo 
furent induits à s'aimer et succombèrent 
à leur passion. Dante met, à ce sujet, le 
vers suivant dans la bouche de Francesca : 

Gaîeotto fa il libro e chi lo scrisse. 

Cela veut-il dire : a Ce livre et son au- 
teur furent notre Galéhaut », ou en d'autres 
termes, il nous induisit au péché d'amour, 
comme Galéhaut avait servi d'entremet- 
teur aux amours de Lancciot du Lac ? Ou 
bien, le sens est-il : « Aux galères le livre 
et son auteur avec lui l » Gaîeotto signifie- 
t-il ^érien , et par extension entremet- 
teurr 

M. Louis Ratisbonne traduit : 

Ce fut un Galéhaut qui nous perdit, le livre! 

ou encore : 

Le Galéhaut, pour nous, fut Fauteur et son 

[livre. 

Un M. de Lansade, rédacteur de VUni- 
vers^ s'est permis de traduire : « Aux ga- 
lères le livre. » De là, guerre ouverte entre 
le rédacteur du Journal des Débats et celui 
de l'Univers, avec intervention du rédac- 
teur en chef de ce dernier, l'auteur des 
Odeurs de Paris et des Couleuvres, 
M, Louis Veuillot en personne, avec ac- 
compagnement de fioritures et de person- 
nalités, cela va sans dire. 

Un M. Bignani, un italien que l'on soup- 
çonne d'être M. Veuillotini, vient à son 
tour à la rescousse et tient pour le sens de 
Galérien ou Au^ galères» 

Je m'y perds ! Aussi je conjure ceux 



des correspondants de Y Intermédiaire qui 
sont éclairés sur cette question de me four- 
nir un peu de lumière ! V. N. 



t Je ^gpae p^r lea Gazettes ». — Ce 

mot est attribué à Napoléon I«' par l'abbé 
de Pradt, p. m de son Histoire de l'Am- 
bassade dans le Grand-Duché de Varsovie, 
en i8 12. Où, et à quel propos Napoléon I" 
a-t-il pu dire cela? 

Olivier Barbier. 



Une inscription grecque. — Cette in- 
scription ainsi disposée, se trouve sur un 
cachet antique dont voici le fac-similé : 

GïNep 

OMOIC eN 
TOIICIAC 

Qui pourrait m'en donner l'explication? 
J'avertis charitablement qu'un membre de 
l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres y a renoncé. Œdipe. 



« HnmiliBsime. » — Je lis dans la dédicace 
d'un Dictionnaire de géographie ancienne 
et moderne par un bibliophile : Humi- 
lissime dedicavit, Auctor P. D. 

Que faut-il penser de la latinité à'humi- 
lissime ? R. 



Le Quatrain de Ghoisenl. — Sait-on 

pour qui fut composé, à quelle date, et 
dans quel recueil fut imprimé , pour la 
première fois, ce Quatrain bien connu de 
Choiseul : 

Cléon. lorsque vous nous bravez, 
En démontant votre figure. 
Vous n'avez pas Vair mauvais, je vous jure: 



C'est mauvais air que vous avez. 



Ulr. 



Un mot espagnol à expliquer. — On lit 
dans le Cancionero de Éaena, édition de 
Fr. Michel, t. II, p. 271, une jolie pièce 
de Ferrand Ferez de Guzman, mais un 
vers y est peu intelligible. C'est le second 
de cette stance : 

Encerradas é abiertas 
Su frase el caçafaton, 
Refîgiosas qua'ntas son 
Ssepan é sean bien çiertas 
Que mi seiîora dormiendo 
Mas vale, yo asy lo entiendo, 
Que todas ellas despiertas. 

J'espère, grâce k Y Intermédiaire, con- 
naître bientôt le sens du mot caçafaton. 
(Metz.) Th. P. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



565 - 



[looct. 1869. 



566 



Foà vient lemotCa1eiiiboiir?—Une note 
du Congrès de Cythère (Paris, 1789) con- 
tient sur son origine les lignes suivantes : 
a Dans les Entretiens du Palais-Royal 
{( on lit ainsi l'origine du mot calembourg 
« [sic). Le nommé Calembourg, apothi- 
(( caire, demeuroit au commencement du 
a siècle dernier, dans la rue Saint- Antoine : 
« et comme il rassembloit beaucoup de 
a monde dans sa boutique et qu'il jouoit 
« sans cesse sur le mot, on appelle (sic), 
« ses pointes, des calembours. » {Congrès 
de Cythère y p. 2 33.) 

Que pensent de cette étymologie les 
savants lecteurs de V Intermédiaire ? 
(Metz.) Th. P. 

[Voir la même question suivie de réponses I, 
275 ; II, 22, III, 204. Réd,'\ 



Un mot attribué à Lonis XI. — Je lis 

dans un intéressant volume publié réceni- 
ment; les Méprises ^ comédies de la Renais- 
sance, racontées par L. Moland, la phrase 
suivante : « Louis XI avait confié la régence 
à sa fille Anne de Beaujeu, avec ce bizarre 
considérant : « que c'était la moins folle 
femme du monde, car de sage il n'y en a 
point. » 

Cette phrase peu galante est-elle histo- 
rique ? Dans ce cas, où est-elle citée ? 

J. R. 

Bons mots de Beaumarchais.— Le jour- 
nal V Union, dans son numéro du 2 3 sep- 
tembre 1860, donne comme étant de Ma- 
dame de Sévigné la phrase suivante : 
« Boire sans soif, manger sans faim, et se 
a marier en toute saison et à tout âge, 
« c'est ce qui distingue l'homme de la 
a bête. » Nous croyions cette phrase de 
Beaumarchais. On la trouve, en effet, 
avec de légères variantes, dans le Mariage 
de Figaro, Beaumarchais, qui ne se gê- 
nait guère, du reste, pour prendre partout 
ses traits d'esprit, a-t-il emprunté celui-ci 
à Madame de Sévigné? Nous l'avons vai- 
nement cherché dans ses lettres. 

Pourrait-on nous dire s'il s*y trouve 
réellement? 

Les œuvres dramatiques de Beaumar- 
chais, de cet écrivain si éminemment pi- 
quant, sont émaillées de bons mots qui 
n'ont pas nui à leur succès. Je crois que la 
plupart ne sont pas de lui. Il serait cu- 
rieux de les rassembler et d'en rechercher 
la source. 

Si cette investigation pouvait exciter 
l'intérêt de quelques-uns de nos collabo- 
rateurs, nous leur indiquerions ceux de ces 
mots que nous connaissons. Nadjour. 



Un grand mathématicien mort en 1645. 

— Quel est le mathématicien assez distin- 



gué pour avoir été surnommé VArchimède 
de la France, qui mourut peu de temps 
avant le commencement de septembre de 
l'année 1645? Yezimat. 

Année de la mort de Marin Gnrean de 
la Chambre. — On lit dans le Moréri de 
1759 : a M. de la Chambre mourut en bon 
cnrétien, dans la soixante-quinzième an- 
née de son âge, le 29 novembre 1669, et 
fut enterré à Saint-Eustache. » La même 
date est indiquée par le fils du savant mé- 
decin, l'abbé de la Chambre, curé de Saint- 
Barthélémy à Paris, dans VHistoire de 
l'Académie française, de Pélisson et d'O- 
livet (édition de M. Ch.-L. Livet,t. I, 
p. 264). Comment donc se fait~il que 
M. B. Hauréau, de l'Académie des Inscrip- 
tions et Belles- Lettres, dise, dans la Nou- 
velle Biographie générale (t. XXVIII, 
col. 5oi), que Mann Cureau de la Cham- 
bre mourut le 29 novembre i675?M. Hau- 
réau a-t-il eu quelque secret motif pour 
retarder de six ans répoque de la mort de 
Tauteur des Charactères des Passions? 
Ou bien est-ce par distraction qu'il s*est 
séparé, en cette occasion, de tous les bio- 
graphes? Est-ce encore par distraction 
qu'il a prétendu que Condorcet fait naître 
le double académicien (il fut, en efiFet, un 
des premiers membres de l'Académie 
française et de TAcadémie des Sciences) 
vers 161 3, quand Condorcet {Eloges, 
t. I) a mis : Vers 1 6o5 ? T. de L. 



Famille de Villers-an-Tertre. ^ Dans 
quels ouvrages spéciaux trouverai-je les 
renseignements les plus détaillés et les 
plus complets sur la généalogie, les allian- 
ces, les dignités, les armoiries, etc., de la 
famille de Villers^au^Tertre (province de 
Flandre)? A. B. D. 

Ramersheim. — Dans un article du Bi- 
bliophile français, intitulé : Un Salon dé- 
moli, M. Ed. Fournier dit que le comte 
de Saint-Ralin fut tué au combat de Ra- 
mersheim, dans la Haute-Alsace. Je n'ai 
point trouvé ce nom dans les Dictionnai- 
res géographiques. Als. 



« Histoire dn prince Adonistns. »— J'ai 
trouvé tout réct; .liment un petit volume 
de 181 pages, bien imprimé en gros carac- 
tères, de format in-12, dont voici le titre: 
Histoire du prince Adonistus, Par Ma- 
dame la marquise de L**% tirée des ma- 
nuscrits de Madame la comtesse de Veruè\ 
A Amsterdam, MDCC.LV,Ce n'est qu'un 
roman; mais la mention des manuscrits 
de la comtesse de Veruë me fait croire 
ue, sous des noms supposés, il s'agit 
'une histoire contemporaine et réelle. Ce 



1 



N« II 5.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 567 



568 - 



qui confirme cette opinion, c'est que bien 
que les personnages soient des païens, oui 
sacrifient à Jupiter Am mon, tous les dé- 
tails appartiennent auxXVlI» et XVI I I«siè- 
cles, par un anachronisme évidemment 
volontaire. Les gens, par exemple, vont 
en calèche ; mais ce qui est encore plus si- 
gnificatif, l'amour, qui est le fond de l'his- 
toire, est traité avec des raffinements de 
galanterie inconnus à l'antiquité, et qui 
ne laissent aucun doute sur le temps qu'on 
a voulu peindre. Saint-Simon parle en dé- 
tail de la comtesse de Verrue, dont la sot- 
tise de sa belle-mère et de son mari avait 
fait la maîtresse du duc de Savoie ; mais 
le roman n'a aucun rapport avec cette 
aventure. 
Connaît-on la marquise de L*** ? Et 

Î)Ourrait-on soulever le voile qui couvre 
'histoire d'Adonistus? U Intermédiaire a 
si souvent élucidé des questions plus dif- 
ficiles à résoudre, que je ne désespère pas 
d'obtenir une réponse satisfaisante. 

E. G. P. 



Un manuscrit de Massillon à retronver. 

— L'abbé Goujet, écrivain habituellement 
exact et bien informé, avance que Massil- 
lon a laissé en manuscrit une Vie du Cor- 
rége. Ce travail s'éloigne un peu des tra- 
vaux ordinaires du célèbre prédicateur, 
mais enfin la chose est possiole. Il serait 
intéressant de retrouver cette production 
inédite. 

Rien ne serait, d'ailleurs, plus utile aux 
études sérieuses des chercheurs et des cu- 
rieux que la publication d'un catalogue 
d'ouvrages manuscrits ayant passé en 
vente publique ou ayant été trouvés parmi 
les papiers de leurs auteurs atteints par la 
mort. On parviendrait ainsi à constater 
l'existence, à suivre les traces de bien des 
œuvres historiques, littéraires, scientifi- 
ques , qui méritent d'être soustraites à 
Toubli et que parfois il serait bon de livrer 
à la publicité. Les manuscrits conservés 
dans les bibliothèques publiques ne feraient 
point partie de ce cadre ; pour ceux-ci il 
existe quelquefois des inventaires impri 




l'amener à exécution ? 



B. G. 



Un manuscrit concernant TOpéra à re- 
tronver. — Un bibliophile zélé, jadis fort 
connu dans le monde des affaires, M. Félix 
Solar, fit imprimer en 1860 le I" volume 
du Catalogue de la riche bibliothèque qu'il 
avait formée, et qui devait bientôt être li- 
vrée aux chances des enchères. On y voit 
figurer, p. 2 11, n® 1201, un manuscrit in-4 
autoKraphe, de M. Gentil, inspecteur du 
maierreî à l'Opéra, avec le titre alléchant 



de : Chronique de V Académie impériale 
de musique. Ce manuscrit, signalé Comme 
fort curieux et rempli d'indiscrétions pi- 
quantes, ne s'est pas montré à la vente 
publique. Sait-on ce qu'il est devenu? En 
quelles mains a-t-il passé ? Un Curieux. 



Les « Mémoires de Casanova. » — - iM. Lar- 
chey, dans le Bibliophile français, parle 
de ces Mémoires comme authentiques. 
N'a-t-on pas mis leur authenticité en 
doute ? R. 



Gnillanme Reboni, sa vie et sa mort. - 
Les bibliophiles connaissent le nom de 
Reboul ; le Dictionnaire des Anonymes 
de Barbier enregistre sept ouvrages de cet 
écrivain, et il aurait pu en signaler quel- 
ques autres ; le Manuel du Libraire en 
mentionne plusieurs, en observant que les 
passages en dialecte languedocien qui s'y 
trouvent leur donnent du prix aux yeux de 
quelques amateurs. Reboul qui, je crois, a 
commencé par être protestant, passa en- 
suite au catholicisme, et usa sa plume à 
composer contre des ministres calvinistes 
de ^ïîmes et de Montpellier de très-longs 
libelles remplis d'injures et de cynisme; 
la polémique de l'époque admettait volon- 
tiers un pareil style. Plus tard, il se ren- 
dit à Rome, et s'il faut s'en rapportera 
l'autorité de Casaubon, il eut la tête tran- 
chée en 1611, par ordre du gouvernement 
pontifical, comme coupable d'avoir écrit 
des libelles diffamatoires contre le roi d'An- 
gleterre Jacques I", assertion qui paraît 
bien singulière. 

Reboul est omis dans la Biographie 
universelle, ainsi que dans divers autres 
ouvrages que j'ai consultés, et qui auraient 
pu lui accorder une mention. IJ Intermé- 
diaire ne réussirait-il pas à procurer quel- 
ques informations exactes sur ce person- 
nage? (Montpellier.) L. D. 



« La Peste rongfe. » — Il a été publié, en 
i85i, chez Dumineray, rue Ricnelieu, et 
chez Jeanne, pa.ssage Choiseul, un vol. 
in- 18, de 214 pages, sous ce titre : La 
Peste rouge ou tes Saturnales révolution- 
naires, par Romulle. Ce Romulle est en- 
core le père de quatre brochures indi- 
quées sur la couverture de la. Peste rouge: 

Peuple, on te trompe, 4« édition. 

Le Dessous des cartes, 2® édition. 

La Vérité sur le berger de Kravan et 
sur son auteur, 

U Abolition des révolutions par la sup- 
pression de la garde nationale. 

Sait-on quel est ce Romulle ? 

EUQORRAL. 



1 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo oct. i86q. 



569 



570 



Une passion de Béranger (I, i5). — 
Voyez comme il ne faut désespérer de 
rien ! Voilà M. Sainte-Beuve qui se met 
à répondre, — dans le Figaro du 17 sep- 
tembre, — à une question du premier nu- 
méro de notre Intermédiaire, question de 
M. W. M., à laquelle il n*avait, je crois, 
pas encore été fait de réponse. Mais, au 
fait, est-ce bien une réponse? N'est-ce 
pas une édition nouvelle de la question^ 
par l'auteur des Causeries du Lundi, qui 
était lui-même déjà mis en cause, à raison 
de sa causerie du lundi 18 novembre 1861? 
Vous allez en juger ; 

« Béranger, dans son séjour en Tou- 
raine, connut une Anglaise qui habitait 
Tours et qui se mit en tête de le rendre 
amoureux ; elle y réussit si bien que lui, 
le moqueur, et qui avait tant chanté Li- 
sette, s'aperçut, un matin, qu'il était pris 
d'une passion réelle et profonde. Que 
faire ? Ne pouvant se décider à épouser, 
honteux de son âge^ honteux d'être tombé, 
lui, le malin Gaulois, dans les filets d'une 
fille d'Albion, il agita différents projets. 
Sa ferme raison fut ébranlée; dans son 
trouble, il pensa même un moment à se 
détruire. Il prit le parti de s'ouvrir de sa 
douleur à un seul ami, le fidèle Perrotin 
Celui-ci qui était à Paris, monta à cheval, 
chercha dans les environs une retraite 
écartée, trouva une petite maison à louer 
à Fontenay- sous -Bois; et c'est là que 
Béranger, seul, inconnu à tous, caché 
sous le nom de M. Berger, se tint coi 
pendant six semaines ou deux mois, tout 
occupé à recouvrer sa raison et à panser 
sa blessure. Il avait passé par la plus rude 
crise de toute sa vie. Sainte-Beuve. » 

Pour copie ; H. L. 



Etymologie du mot Amazone (II, 1 54).— 
Amazone ne vient pas de [JiaÇéç, mamelle 
avec A soit privatif, soit augmentatif. Ce 
mot signifie tout simplement tueuse 
d'hommes^ et il suffit pour s'en convaincre 
d'ouvrir Hérodote (liv. IV, iio) : « Lors- 
que les Grecs, dit cet historien, eurent 
combattu contre les Amazones, que les 
Scythes appellent aiorpata, c'est-à-dire 
androctones, car aior en scythe signifie 
homme etpata veut dire tuer, etc. >i Voilà 
le sens du mot ; maintenant à quelle j 
• langue le rapporter ? A mon avis au pelas- i 
gique, langue qui fut d'abord, en même ■ 
temps que celle de l'Italie et de la Grèce 
anté-hellénique, celle des contrées pon- 
tiques et de l'Asie Mineure. Amassare si- 
gnifie encore tuer dans Ducange et l'ita- 
lien amaifsfare a le même sens. 

Ch. Torben. 



Quatrain attribué à M^^ de Staël 

(III, 520). — Les lecteurs de V Intermé- 
diaire connaissent-ils ces vers de lord 
Byron, qu'il donne comme traduits par 
lui du portugais, en double version, et dont 
le fameux quatrain attribué à M™« de 
Staël n'est sans doute qu'une traduction : 

FROM THE PORTUGUESE : « TU MI CHAMAS. » 

You call me still your life, — Oh! change the 

[word. — 

Life as transient as the inconstant sigh : 
Say rather l'm your soûl; more just that name. 

For like the soûl, my love can never die. 

Another version. 

In moments to delight devoted, 

« My life! » with tenderest tone, you cry; 
Dear words ! on which my heat had doted. 

If youth could neither fade nor die. 

To death even hours like thèse must roll, 
Ah! then-repeat those accents never; 

Or chance « my life ! » into « my soûl ! » 
Whicn, like my love, exists for ever. 

Philalèthe. 



La Diète polonaise en 1773 ( IV, 262). 
— Cette question posée il y a plus de 
deux ans par M. P.-A.-L. est restée sans 
réponse, ce qui fait croire que les lecteurs 
de V Intermédiaire peuvent ignorer les dé- 
tails de la grande scène tirée de l'histoire 
de Pologne, qui a inspiré à l'illustre pein- 
tre Matejko, de Cracovie, le beau tableau 
que l'on a vu figurer à l'Exposition uni- 
verselle de 1867. Je m'estime très-heu- 
reux d'avoir l'occasion de retracer ici un 
moment sublime de la vie politique d'un 
grand patriote polonais qui a eu la dou- 
leur d'assister au premier morcellement 
de notre pays infortuné. — Les trois puis- 
sances copartageantes, sous prétexte de 
protéger fes libertés de la nation polo- 
naise, occupèrent militairement plusieurs 
de ses provmces en 1772. Le roi Stanislas - 
Auguste dut, sous la pression de l'ennemi, 
convoquer la Diète, à l'effet d'en obtenir la 
sanction de cet acte odieux, légalité de 
forme ayant pour but de tromper l'Occi- 
dent. Cette assemblée nationale de triste 
mémoire fut tenue à Varsovie en 1773. 
Les nonces de la haute aristocratie, cor- 
rompus par l'or des envahisseurs, étaient 
prêts à voter la ruine du pays, mais leur 
trahison était impuissante, les décisions 
de la Diète devant toujours être prises à 
l'unanimité des suffrages. L'opposition 
énergique de quelques nonces mtègres 
empêchait les traîtres de sanctionner la 
spoliation du pays. 

On résolut alors de former la Diète en 
confédération où la majorité des suffrages 
était décisive. Adam Poninski, vendu à la 



N« ii5.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



571 



572 



Russie» en fut le promoteur. Le 2 1 avril 
l'j'j'i fut choisi pour la dissolution de la 
Diète légale. Poninski, en qualité de pré- 
sident , tenta de faire lever la séance. Les 
spectateurs, prévoyant la catastrophe, 
conjuraient les nonces qui s'en allaient, de 
défendre Tintégrité du territoire national. 
Ce fut alors que Tillustre nonce Reytan, 
fou de désespoir, fit de son corps une bar- 
rière devant la porte et s*écria : a Alle^^ 
confirme:^ votre ruine à jamais ; mais vous 
ne passerez qu'en foulant de vos pieds ce 
cœur qui ne bat que pour l'honneur et la 
liberté I » — C'est précisément ce moment 
que l'artiste a pris pour sujet de son ta- 
bleau. — Le nonce Korsak fit alors en- 
tendre ces paroles mémorables : a Ecou- , 
te!j[ : Je proteste devant Dieu et en face 
du monde entier quune violence sans 
exemple a été commise sur une nation 
libre. Je proteste contre les actes d'une 
Chambre entourée de soldats étrangers; 
je proteste contre la levée illégale des 
séances. Nous ne quitterons pas ta Cham- 
bre, et, dussions-nous mourir de faim, 
nous périrons en gardant notre conscience 
pure envers Dieu et envers notre pa- 
trie, n Neuf nonces seulement demeurèrent 
fidèles à la patrie. Reytan ne quitta pas la 
salle et y resta étendu, sans connaissance, 

Î>endant quarante heures. Le roi accéda à 
a confédération et le premier partage fut 
consommé. Reytan perdit la raison de 
désespoir, et ayant, dans un accès, brisé 
un verre entre ses lèvres, il expira le 
8 août 1780. 

Gustave Pawlowski. 



Luther a-t-il conseillé à sa mère de se 
faire catholique? (IV, StS, etc.) — Ayant 
été interpellé par Philalèthe, je ne veux 
pas tarder à le satisfaire relativement au 
résultat de mon examen sur le point de 
savoir si Ph. Mélanchthon a jamais pu dire : 
« La religion protestante est la plus fa- 
cile, la romaine est la plus sûre. » — Je 
n'hésite pas à dire que je ne crois pas 
à l'authenticité du mot, nonobstant « l'au- 
torité » d'Audin, qui, pour moi, n'en est 
pas une. Je ne l'ai rencontré dans aucun 
de ses ouvrages, et sa vie entière le dé- 
ment. Nous avons les preuves de la sin- 
cérité et de la fermeté de sa foi dans des 
phases bien diverses de cette belle exis- 
tence chrétienne, depuis le jour où il s'as- 
socia avec tant de cœur et d'intelligence, 
— lui naturellement si doux, si timide, — 
à la lutte engagée par le plus fougueux 
moine de Wittemberg. — Puis, lor^qu'en 
1324 il alla, pour la dernière fois, voir sa 
mère à Bretten (lieu de sa naissance), le 
cardinal Campegius (nonce du pape) qui 
se trouvait alors à Heidelberg, ayant aç- | 
pris que Mélanchthon était dans le voisi- 
nage, et pensant l'occasion bonne pour 
tâcher de le détacher des nouvelles doc- 



trines, lui expédia son adroit secrétaire 
Nausée, avec des propositions très-flat- 
teuses, mais Mélancnthon le remercia avec 
cette brève et simple parole : « Ea qus 
a statueret et sciret esse vera, nullius mor- 
a talis respectu aut ^atia neque spe emo- 
« lumenti aut ambitione amplecti se et de- 
a fendere, neque ab ijs qui iUa docendo 
tt protulissent et nunc asserendo confirma- 
« rent, vnquam separaturum suas rationes. 
« Quod autem adhuc fecisset, vt doctrinam 
« puram et sinceram diligentia studij sui 
« prestaret sine obtrectationibus et pu- 
a gnis, in eo se esse perseveraturum. Hor- 
« tari omnes qui in hoc génère communi 
a tranauillitati et saluti consultum vellent, 
a vt aa sananda vulnera, quae amplius tegi 
a non possent, consilia atque opéras coq- 
a ferrent, et quorundam furiosam auda- 
« ciam coherceri studerent, qui exulcerata 
« veluti infestis vnguibus lacerrae non de- 
a sisterent. Hoc nisi facerent, et rnere si 
a mallent, videndum eis • ne prolabendo 
a ipsi primi praecipitarentur. » 

Et en 1 53o, lors de la confession d'Augs- 
bourg, Camerarius dit de lui : « Sed om- 
« nia ista fortiter contemsit Philippus Me- 
a lanchton acquiescens in recta oonaque 
a conscientia et nequaquam inflectens coQ- 
« silia actionesQue suas ad aliorum sen- 
a tentiam ac voiuntatem sed ad veritatem 
tt solam constantissime dirigens. » — Ea 
1539, étant tombé gravement malade, et 
se croyant près de sa fin, il fit son testa- 
ment dans lequel il exhorte ses enfants à 
rester fidèles à la doctrine nouvelle, disant, 

Îue quant à lui il se tient à celle que le 
>' M. Luther a mise en lumière, et lui rend 
grâce cjue c'est par lui qu'il est arrivé à la 
connaissance du pur Evangile. — En 1546, 
lors de l'ensevelissement du corps de Lu- 
ther, dans l'église du château à Wittem- 
berg, il s'écria dans son oraison funèbre: 
« Darum ist kein Zweifel, fromme christ- 
a liche Herzen werden fiir und fur bis zu 
a Ewigkeit die gœttliche Wohlthat riih- 
a men und preisen, die Er durch diesen 
a D' Luther, seiner Kirche gegeben. Und 
a werden Gott dafur Lob und Dank sa- 
a gen. » — Il écrivait à son ami Myconius: 
« Theuerster Friedrich, ofc hat mich schon 
« das holdselige Wort des Sohnes Gottes 
a in crossen Nœthen getrœstet. Niemand 
« solles aus meiner Hand reissen, etc. » 
Je pourrais faire ainsi bien des citations, 
mais je suppose que ce qui précède suffira 
pour prouver que Ph. Mélanchthon est 
resté ndèle à lui-même. Dans le cours de 
sa belle existence, il a eu assez souvent sa 
croix à porter, pour qu'on puisse être as- 
suré qu'il n'a jamais dit « que la religion 
tt protestante était la plus facile, » ni pensé 
que la romaine était « la plus sûre. » 

P. A. L. 



Le mélodramatiirge daigniez (V, 28}. - 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



573 



[looct. 1869. 



^74 



M. A. C. trouvera sur L.-E. Caigniez une 
intéressante notice dans la Biographie 
universelle portative des contemporains^ 
de Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte- 
Preuve, Paris, in-80, 1834, t. !«', page 713, 
— et dans le Martyrologe littéraire^ ou 
Dîctionn. critique de sept cents auteurs 
vivants par un Hermite qui n'est pas mort; 
Paris, in-80, 181 6, une petite note fort 
malicieuse (page 65). — Pour les auto^ 
graphes de cet auteur, consulter le Ma- 
nuel de V amateur d'autographes de Cha- 
ravay. Ulr. 



Le mannscrit de V • Histoire de Paris, > 
de Sauvai (V, 29). — J'en connais un frag- 
ment très-important, qui a toutes les ap- 
parences d'un texte autographe. C'est le 
chapitre des hôtels de Paris. Il se trouve 
auxmss. de la Bibliothèque impériale, dans 
le tome i52 de la Collection Delamarre, 
et il y forme un assez gros cahier. D'au- 
tres volumes de la même collection con- 
tiennent d'autres fragments de la même 
écriture. Celui-ci m'a oeaucoup servi pour 
redresser les fautes si nombreuses dans 
cette partie du texte imprimé de Sauvai, 
comme au reste dans toutes les autres. 

Ed. F. 



Coqs et croix (V, 36 et IV, 263). — La 
question de savoir pourquoi les clochers 
sont surmontés d'un coq, date de très-loin. 
Au moyen âge elle fit le sujet d'un poëme 
que M. Edelestand Duméril a publié dans 
son volume des Chants populaires latins 
après le XI I^ siècle ^ p. 12. Pour être sur- 
tout fort bien édifié sur ce point, il faut 
lire un mémoire de M. l'abbé Barraud, de 
Beauvais, dans le Bulletin du Comité his- 
torique y t. Il, p. 2 68-2 77. Ed. F. 



La vérité snr la mort de Joséplûne 

(V, 3o). — D'après la Vie de V impéra- 
trice Joséphine,,, Paris, iSî4j che^H, Vau- 
quelinj libraire, quai des Augustins, au 
LYS d'or, « cette princesse fut attaquée, 
sur la fin de mai, d'une esquinancie gan- 
greneuse, dont on ne se doutait pas ; on ne 
connut le danger que lorsqu'il ne fut plus 
possible d'y remédier. Après trois jours 
de maladie, elle mourut le 29 mai 18 14, à 
cinq heures du matin, au cnâteau de la 
Malmaison. Peindre le désespoir de sa 
fille, de son fils, serait impossible... » 

(p. 96.) 

« La mère du prince Eugène est morte 
aujourd'hui, à midi, dans son château de 
la Malmaison, à la suite d'une maladie qui 
s'était d'abord annoncée comme une fièvre 
catarrhale, et qui a pris tout d'un coup un 
tel caractère de malignité, que la malade a 
succombé au bout de trois jours. Elle a 
reçu avec autant de piété que de résigna- 



tion, tous les secours de la religion. Êlïè 
a eu la triste consolation de mourir entre 
les bras de sa fille et de son fils, dont elle 
était séparée depuis si longtemps... » {Jour" 
nal des Débats,,, du vendredi 5o mai 18 14, 
Nouvelles de Paris du 29 mai, p. 3). 

« La mort la plus inattendue vient de 
frapper une personne à laquelle tous les 
malheureux doivent un souvenir et un re- 
gret... » {Ibid,y 3 juin 18 14, p. i.) 

Â. Benoit. 



Fil d'archal (V, 59). — Les diverses ré- 
ponses, déjà faites à cette question, ont 
employé assez indifféremment la double 
orthographe orichalcum et aurichalcum, 
bien que ce soit là deux termes très-dis- 
tincts, le premier signifiant cuivre de mon- 
tagne, et le second or-cuivre, ou peut-être 
cuivre riche, en adoptant les racines indi- 
quées par MM. Quicherat et Daveluy, 
d'après lesquelles aussi aurichalcum ne 
serait plus un mot hybride. Je n'en reste 
pas moins tenté de croire que orichalcum 
est la véritable orthographe, et que auri- 
chalcum est une faute introduite par des 
copistes comparativement modernes, et 
qui, n'étant pas beaucoup plus que la ca- 
dette du bon Chrysale, familiarisés avec 
le grec, ont ignoré Torigine du mot et cru 
y retrouver le latin aurum. Dans les vers 
cependant, il a fallu conserver orichalcum ^ 
car l'o en est bref, quantité qu'il serait dif- 
ficile de donner à la diphthongue au. Puis 
le mot n'est pas seulement formé de racines 
grecques, comme sont chez nous, pho' 
tographie, métromanCy kilogramme, etc. 
Non, c'est un véritable terme grec, et dès 
lors il est bon de chercher comment les 
^ Grecs l'écrivaient. Planche (remarquons 
en passant que ce Dictionnaire admet Tad- 
jectif aupoç, mais le place en alinéa, comme 
s'il doutait que ce soit là du grec bien pur), 
le Dictionnaire de Planche ne donne au- 
cunement auptxaXxoç , mais seulement 

opixaXxoç et opeixaXxoç. 

Par exemple, je dois convenir que lui 
aussi traduit ce mot par laiton, oripeau. 
Cependant ïorichalcum était blanc, cir- 
constance qui ne convient pas trop au 
cuivre jaune, non plus qu'à une composi- 
tion qui eût mérité le nom d'or-cuivre, 
Virgile, au douzième chant de son poëme, 
nous montre la cuirasse de Turnus a auro 
squalentem alboque orichalco. » Pline, 
à la vérité, ne signale pas cette blancheur; 
mais ce qu'il dit de ïorichalcum ne peur 
pas non plus s'appliquer au laiton, méiAl 
coniposé d'éléments connus. Pline, ap^ès 
avoir indiqué (lib. XXIII, cap. i) comme 
le minerai de cuivre le plus répandu, celui 
qu'il nomme cadmia, ajoute : a II y a en- 
core celui que l'on nomme chalcites en 
Chypre, dans ce pays où le cuivre a été 
trouvé pour la première fois. Ce minerai 



N- II 5.) 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 575 



576 — 



perdit promptement de son prix, parce 
qu'on en découvrit ailleurs de qualité su- 
périeure, surtout Vorichalcum oui fut 
longtemps admiré comme le meilleur. Il 
y a déjà longtemps que l'on n*en trouve 
plus, et que la mine en est épuisée...» 
... « Orichalco, quod praecipuam bonitatem 
admirationemque diu obtinuit. Nec repe- 
ritur longo jam tempore, effœta tellure. » 
Que pouvait donc être ce métal blanc, 
dont on n'avait connu qu'une seule mine 
si vite épuisée, et que sa blancheur et sa 
rareté rendaient si précieux qu'on l'asso- 
ciait à l'or pour damasquiner la cuirasse 
d'un roi? Peut-être quelqu'un de ceux 
que l'on a récemment découverts ; peut- 
être l'aluminium lui-même ! Est-il donc 
impossible que la nature lui ait laissé une 
seule fois conserver l'état métallique ? Ce- 
pendant j'aimerais mieux hasarder une 
autre conjecture : Je lis dans le Diction- 
naire de Bomare, d'une part que la com- 
binaison du cuivre avec l'arsenic donne 
un cuivre blanc ; et, d'autre part, que 
presque toutes les espèces de minerai de 
cuivre contiennent de l'arsenic. Pourquoi 
Vorichalcum n'eût-il pas été un minerai 
où ces deux métaux se seraient naturelle- 
ment rencontrés dans la proportion qu'il 
fallait pour que, à la fusion, le cuivre retînt 
assez a'arsenic pour devenir blanc ? Cette 
hypothèse pourrait encore expliquer que, 
retrouvant des bronzes si anciens, on ne 
retrouve pourtant jamais d'orichalcum. 
C'est que l'arsenic, bien plus volatil et 
combustible que le cuivre, se sera détruit 
à mesure que l'on aura refondu les objets 
fabriqués en orichalcum, pour en modi- 
fier la forme ou l'usage, et que Vorichal- 
cum aura fini par n'être plus que de la 
rosette. O. D. 



Noms de ville devenns ridicules (V, 1 3 5). 

— MM. les officiers d'un régiment de 
lanciers, en garnison à Pont-à-Mousson, 
il y a dix ans, n'ont-ils pas contribué à 
donner une certaine célébrité, quelque peu 
piquante, à cette petite ville, illustrée de- 
puis par des articles du Charivari et par 
a La Tour de Nesle à Pont-à-Moussort, » 
parodie en six tableaux du théâtre des 
Variétés (1861). Au reste, les habitants 
paraissent peu se préoccuper de cette 
nouvelle illustration. Leur charmante cité, 
baignée par la Moselle, située entre Nancy 
et Metz, est renommée parmi les gastro- 
nomes par ses escargots, son gras-double 
et ses excellents petits gâteaux, appelés 
Choux, Ils ont oublié, comme tant d'au- 
tres, des qualifications bizarres, dont on 
était si prodigue au moyen âge, et sans les 
collectionneurs, on ignorerait complète- 
ment aujourd'hui les sobriquets de la plu- 
part des villes et des villages. 

Le Catalogue de la riche bibliothèque 
lorraine de feu M. Noël (i85o-5i) men- 



tionne, au n® 4424, un a Recueil manus- 
crit, in-i2, contenant : VEspion de Saint- 
Mihiel, dialogue; la Prise de Saint-Mikiel; 
les Prophètes de Commercy ; les Crânes 
espées ou les Bons diables de Pont-à- 
Mousson ; les Terribles Messins bombar- 
diers; les Lassants Cloutiers de Verdun, 
jadis ratiers asse!( communs ; Jacques de 
Rouvroy ; Sur la devise de la ville de 
Bar; Sur la devise de la ville de Saint- 
Mihiel; Sur la devise des trois Chardons 
de Vécusson des armes de la ville de 
Nancy, » A la suite venait cette note de 
notre lotharingophile : « Tous contes fort 
a curieux écrits en vers. Je ne me souviens 
« plus qui m'a appris que ce recueil avait 
a été composé par un nommé Varin, or- 
o ganiste à Saint-Mihiel, contemporain du 
« duc Léopold. » 

Quelques-unes de ces pièces de vers 
sont des satires dirigées contre les habi- 
tants de certaines villes et où sont rap- 
portés des traits d'une naïveté comique. 
Telle est celle qui a pour titre : Les 
Crânes espées ou les Bons diables de 
Pont-à'Mousson, L'auteur raconte que les 
habitants de cette ville, voulant fêter un 
duc de Lorraine qui devait venir dans 
leurs murs, résolurent de lui offrir un 
magnifique poisson. Un pêcheur fameux, 
nommé Colas Putebarbe, est mandé de- 
vant le conseil de la ville assemblé, et il I 
lui est enjoint de chercher dans la Mo- 
selle le plus beau poisson qu'il pourra y 
découvnr. Le pêcheur, accompagné de 
son fils, se met immédiatement à l'œuvre, 
et revient bientôt chargé d'un énorme 
brochet. Mais, dans l'intervalle, on ap- 

Erend que l'arrivée du prince est remise à 
uitaine. Que faire du poisson ? On dé- 
cide, à l'unanimité, qu'il sera rejeté dans 
la Moselle et qu'on lui mettra une clo- 
chette au cou, afin de le reconnaître lors- 
que le moment de le prendre sera venu. 

Cependant on apprend tout à coup que 
le prince a devancé sa venue et qu'il n'est 
pas très-éloigné de la ville : aussitôt toute 
la population se précipite sur les bords de 
la Moselle pour entendre la clochette qui 
doit faire reconnaître le brochet, et lors- 
Que le prince entre dans la cité, il la trouve 
déserte et n'entend personne crier Noël 
sur son passage ; il s'adresse alors à un 
vieillard qui lui répond : 

C'est, dit-il, Monseigneur, 
Q.u'un brochet que Ton repêche, 
Car c'est pour Votre Altesse, 
Et c'est ce qui empêche 
De rendre nos devoirs 
Par droit et par raison, 

LE PRINCE, 
y 

Allez, répondit-il, 
Pauvres diables du Pont*! 

Tel est, en résumé, ce petit conte rap- 
porté par M. Henri Lepage dans son 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



577 



578 - 



[10 oct. 1869. 



Almanach statistique de.,, la Meurthe. 
(Nancy, 1847, p. 40.) 

Feu Napoléon Henri, dans son His- 
toire de Pont- à-Mousson (Pont-à-Mous- 
son, 1839, P* 9)> raconte l'anecdote d'une 
autre manière. Il est très-vraisemblable 
qu'il ignorait l'existence du curieux ma- 
nuscrit de M. Noël. Cela donne ainsi plus 
de poids à l'ancienneté du conte qu'il a 
dû entendre de la bouche même de quel- 
ques personnes âgées de la ville. Selon lui, 
au moment de servir au duc de Lorraine 
(cela devrait être un duc de Bar) un énorme 
barbeau, on s'aperçut qu'il avait disparu. 
Désespoir des magistrats municipaux. Le 
duc les rassura en disant : « Eh bien, Mes- 
sieurs, ce poisson-là vaut un écu; mettez- 
le dans vos armes. » En effet, la ville de 
Pont-à-Mousson porte : « D*azur au pont 
dextré et senestré de deux tours d'argent, 
en chef de Bar — deux bars (barbeaux) 
adossés et cantonnés de quatre croix re- 
croisetées au pied fiché d'or — Vécu bordé 
d'or, » 

Une nouvelle affaire comique fit encore 
parler de Pont-à- Mousson à la fin du 
XVI« siècle. Les RR. PP. jésuites, à la 
tête d'une Université alors florissante, vou- 
lurent imposer à la cité le nom latin de 
Mussi-Puntum ; les professeurs de la Fa- 
culté de droit cherchèrent à lui substituer 
celui de Ponti-Mussum, Pour mettre fin 
à une longue et savante polémique, qui 
allait dégénérer en une lutte à main ar- 
mée, le duc de Lorraine, Charles III, 
donna raison aux jésuites. A. Benoit. 



Emploi du sel dans la cérémonie dn 
baptême (V, i55). — Le christianisme, en 
s'éîevant sur les ruines du judaïsme et du 
paganisme, a dû naturellement leur em- 
prunter certains rites, certaines pratiques, 
et nul doute que le sel ait été employé 
dans la cérémonie du baptême beaucoup 
plus tôt. que ne l'a prétendu Bernard Pa- 
lissy. L'abondance du sel en Judée, la 
grande consommation qu'on en faisait, 
expliquent comment il est si fréquemment 
parlé dans l'Ecriture de cette espèce mi- 
nérale. Il était de coutume, chez les Juifs, 
de frotter de sel les enfants nouveau-nés 
pour les fortifier. Dans les sacrifices, chez 
les païens, on s'en servait pour purifier et 
consacrer les victimes. Il n'est pas éton- 
nant, je le répète, que le sel, qui empêche 
la corruption des viandes, ait été, dès le 
principe, employé symboliquement dans 
la cérémonie du baptême. Du reste. Veau 
bénite a remplacé l'eau lustrale dont les 
Grecs se servaient dans leurs ablutions 
pour se purifier avant les sacrifices, et 
dont les Romains aspergeaient le nou- 
veau-né quelques jours après sa naissance. 
C'est au pape saint Alexandre, martyrisé 
sous Adrien, qu'on attribue l'institution de 
Veau bénite saturée d'une certaine quan- 



(( 



« 



tité de sel. Quant au sobriquet de salés ^ 
j'ai dit ailleurs les^ différentes versions qui 
l'ont fait appliquer aux Bourguignons. 
(Pont-à- Mousson.) Th. Pasquier. 

— Bernard Palissy nous semble avoir 
commis une grave erreur en prétendant 
que ce fut en Bourgogne que l'on em- 
ploya le sel, pour la première fois, dans la 
cérémonie du baptême. « Le sel mis à la 
bouche est un rite de la plus haute anti- 
quité. Saint Augustin en fait mention, 
et, en général, les Pères de l'Eglise le 
considèrent comme l'emblème de la sa- 
gesse qui doit briller dans un chrétien. » 
Ce passage du livre de l'abbé Pascal, 
intitulé : Origines et raison de la liturgie 
catholique, publié dans la collection Mi- 
gne, résout la question contre B. Palissy. 
Dom Claude de Vert, dans son Expli- 
cation simple et littérale des cérémonies 
de V Eglise (Paris, 1720), précise davan- 
tage. 

A propos des trois paroles sacramen- 
telles : a AcciPE SAL sAPiENTiiE, » il dit en 
note (p. 47) : 

« Formule qui, bien que très-ancienne, 
puisqu'elle se trouve dans le Sacramen- 
taire du pape, est néanmoins fort posté- 
rieure à la pratique de donner du sel au 
baptême... Nous verrons qu'Origène et 
saint Augustin font mention de cette cou- 
tume, comme étant déjà introduite de leur 
temps. Le concile de Carthage, III, ca- 
non V, parle aussi de ce sel, cjue M. l'âbbé 
Fleury, après M. de l'Aubépine, ce savant 
évêque d'Orléans, dit qu'on donnait sou- 
vent aux catéchumènes pendant qu'on les 
disposait au baptême. » 

Si maintenant on veut préciser davan- 
tage, et connaître les passages des Pères 
où il est question du sel, l'on n'a qu'à con- 
sulter le livre de Durantus : De ritibusEc' 
clesice catholicœ (Rome, i5qi) : 

a Quinto benedicitur sal, illudque conse- 
cratum in os baptizandi datur, ut per sal 
typicum conditus, iniquitatis fœtore ca- 
reat, id est, carere significetur. Ad hanc 
cœrimoniam videtur alludisse Origenes, 
homilia 6 in Ezechiel, ubi catechumenos 
alloquitur, horta turque, ut se préparent 
ad hoc, ut fiant sal Domini et non bapti- 
zentur quemadmodum Simon ille magus, 
neque in aquis terrenae Jérusalem, quae 
non fuerat sale salita, neque digna sale 
Dei. Quibus verbis innuit salem habere 
spiritualem significationem. 

« S. Augustmus, libro prirno Confessio- 
num,capitulo II : « Signabar jamsigno ejus 
« et condiebar ejus sale. » Beda quoque, in 
Esdram libro secundo, capitulo IX : Ca- 
techumenos initiari sale sapientiae diserte 
profitetur canon sal de consecratione dis- 
tinctione quarta. 

« Ritus iste veteris Ecclesiae consuetu- 
dine confirmatur. Catechumenis enim 
adultis, in die Paschae, loco Eucharistiae 



fh ii50 



LINTERMÉDIAIRE 



579 



58o 



sal consécratum dabatur, can. 5, concil. II. 
Cartha^inensis, cui S. Âugustinus interfuit, 
ad significandum, eos nondum capaces esse 
eucharistise, sed adhuc debere in sapientia 
proficere. 

tt Plura de hoc ritu îmmitendi sal in os 
baptizandi; Isidorus, lib. II de Ecclesias- 
ticis officiis, c. 20: Alcuinus, de Divinis of- 
ficiis, de sabbato sancto Paschse : Rabanus 
Maurus, lib. de Institutione, cler. c. 27 
can : Exhinc, de consecrat. dist. 4 : Juo 
Carnotensis, sermo de sacrament. Neo- 
phit; Petrus Damian, epist. i5, c. 20. 

a Benedictionem sans eamdem , qua 
nunc utimur, legimus in Ordine romano et 
Sacra me n tari o S. Gregorii. » 

Nous croyons que ces citations suffisent. 

Alfred Darcel. 

— Le premier docteur de l'Eglise qui en 
parle est Origène, dans sa 6* homélie sur 
Ezéchiel; cette cérémonie remonte au 
moins au III" siècle. On trouvera à ce su- 
jet les autorités qui en établissent Tusage 
ancien dans TEglise à la page 194 de l'ou- 
vrage suivant : Observationum ecclesias- 
ticarum Josephi Vicecomitis volumen pri- 
mum ; in quo de antiquis Baptismi rittbus 
ac ceremoniis agitur. Mediolani, x6i5, 
in-4<». Pierre Clauer. 

— J'ai recherché le texte précis sur le- 
quel il me semble qu'est fondé l'usage du 
sel dans le baptême, établi au temps même 
des apôtres. En relisant plus particulière- 
ment les Evangiles à l'occasion des fêtes 
de Pâques, j'ai remarqué les différents 
textes dans lesquels il est question de sel. 

i® Evangile selon saint Matthieu, ch. V, 
V. 1 3 : a Vous êtes le sel de la terre. Si le 
a sel perd sa force, avec quoi le salera-t-on ? 
a II n'est plus bon qu'à être jeté dehors et 
a à être foulé aux pieds par les hommes. » 

20 Evangile selon saint Marc, ch. IX, 
v. 49 : a Le sel est bon; mais si le sel de- 
« vient fade, avec quoi l'assaisonnerez- 
a vous?-4j^ef du sel en vous, et conservez 
a la paix avec vous, n 

3° Evangile selon saint Luc, ch. XIV, 
v. 34: a Le sel est bon; mais si le sel de- 
a vient insipide, avec quoi l'assaison- 
a nera-t-on? » 

V. 35: « Il ne peut plus servir ni au fu- 
« mier, ni à la terre; mais on le jettera de- 
« hors. Que celui-là V entende, qui a des 
a oreilles pour entendre. » 

Vous êtes le sel de la terre. Afin que cette 
parole puisse s'appliquer à tout chrétien, 
on s'identifie, en quelque sorte, figurément 
avec le sel de la terre, en lui posant du 
sel dans la bouche. Mais le rite s'appli- 
que encore plus directement au texte de 
saint Marc. En introduisant du sel dans la 
bouche du baptisé, on figure, ou plutôt on 
met en action ce mot du Christ : « Ayesf 
du sel en vous. » Et je suppose que c'est à 
ces deux textes que s'applique le mot qui 
çst dans saint Luc : « Que celui4à /'en- 



tendey qui a des oreilles pour V entendre, » 
L'évangéliste les rappelle sans les citer 
textuellement, parce qu'ils étaient bien 
connus. 

Selon Eusèbe, saint Marc a écrit son 
évangile en l'an 45 de Tère chrétienne, et 
celui de saint Matthieu lui est antérieur. 
Il n'est donc pas surprenant que le rit qui 
nous occupe, fondé sur les deux textes de 
saint Matthieu et de saint Marc, établi dès 
l'origine du christianisme, n'ait été l'objet 
d'aucune des ordonnances des premiers 
papes, qui Tont trouvé en usage. 

E^G. P. 

— M. J. E.-G. pourrait rechercher dans 
VHistoire d*un Grain de sel, de M. Henri 
Villain (Paris, P. Brunet, 1869, ' ^o^- 
gr. in-i8 de 216 p.,avcefig.)le ch. XXXV, 
mtitulé: Du sel considéré comme symbole 
chesf les païens et che^ les chrétiens, peut- 
être y trouverait-il quelque réponse aux 
diverses questions posées ci-dessus par 
lui... Mais de peur que notre honorable 
correspondant ne soit pas entièrement sa- 
tisfait de cette trouvaille, après lecture 
faite, nous nous permettrons de lui citer, 
pour nous excuser nous-même, un des 
couplets de Désaugiers, à l'occasion d'un 
baptême : 

Air : // a voulu, il n'a pas pu. 

Pardonne, si 
Dans ces notes-cï 
L'sel est d'un rare extrême : 
Sans notre avis, 
On Tavait tout mis 
Dans les eaux du baptême. 

Ulr. 



Carpentras, ville comique f V, 477). — 

M. Ed. F. a cité quelques vers des Droits 
nouveaux où il est question de Carpen- 
tras : ce n'est pas la seule fois que Coquil- 
lart a nommé cette ville avec une inten- 
tion ironique. Je lis dans les œuvrbs de ce 
poëte (Reims, 1847), t. i, p. 55 : 

C'est assavoir Margot ia gente, 
Jacqueline de Carpentras, 
Olive; de gaste fatras, 
Huqueline de cote crotée, 
Manon de traine poétras 
Et Julienne Tesgarée. 

(Metz). Th. P. 

Une barbe d'or (V, 490). — C'est en 
signe de deuil que Mgr de Lorraine, dès 
qu'il eut appris la mort violente de Charles 
le Téméraire, accourut pour le voir étendu 
sur une table. Donc le cardinal, ainsi 
habillé qu'il estoit, c'est-à-dire sans faire sa 
toilette ni s'être ou rasé ou donné à raser 
(car alors, comme plus tard Bossuet, les 
prélats portaient mouche, moustache et le 
reste), en négligé en un mot, s'empressa 
d'apporter à cet illustre défunt une marque 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo oct. 1869. 



- 58i 



582 



de douleur. Et comme Monseigneur était 
blond, le chroniqueur Jean de Troyes, 
usant d'une métaphore ou comparaisoii 
fort usitée en pareil cas, mais qui ne doit 
pas être prise au pied de la lettre, n'a pas 
craint d'écrire : La barbe d'or (FULVA, 
seu FLAVA). De même, des cheveux 
noirs s'appellent 'élégamment, soit des 
cheveux jais (geai), soit des cheveux d'E- 
BENE. 

Que si de la littérature nous entrons 
dans le domaine des arts, de la sculpture 
par exemple, nous trouvons que c'est de 
même pour imiter la couleur du visage ou 
le teint, le blond de la face et des cheveux, 
que les Phidias d'ici ou de là se sont avi- 
sés, dans l'antiquité, d'enrichir d'une 
barbe d'or telle ou telle statue d'un dieu. 

C'est donc ainsi que, dans Rome, le 
portique du temple d'Apollon Palatin 
avait reçu cinquante statues qui repré- 
sentaient autant de fils d'Egyptus. Les 
simulacres de ces nombreux frères étaient 
tout airain, à l'exception pourtant de la 
barbe, qui était massive d'or : Sitque illis 
aurea barba (Perse, 2« sat.)- 

A l'égal d'Apollon, d'Esculape et d'Isis, 
les enfants mâles d'Egyptus possédaient 
(telle était du moins la superstitieuse 
croyance de ces temps-là) la puissance 
d'indiquer par des songes le traitement et 
les remèdes des maladies. Je crois pou- 
voir ajouter, sans témérité aucune, que 
c'est pour cela que les malades étaient an- 
ciennement fort exacts à se faire trans- 
porter dans les temples ou les chapelles 
des dieux, bercés qu ils étaient de l'espoir 
d'y passer la nuit, de s'y endormir et de 
recevoir en songe une révélation qui était 
pour leur crédulité d'une si haute impor- 
tance. Après la mythologique, un mot, 
rien qu'un mot d'histoire, en dernier lieu, 
au sujet de la barbe d'or. Un tyran de 
Syracuse, Denys, non content d'avoir 
détroussé, dans son sanctuaire, Jupiter 
Olympien en lui dérobant un manteau 
d'or que, dans sa cupide impiété, il trou- 
vait froid pour l'hiver et lourd pour l'été, 
fit soustraire à Esculape, dans Epidaure, 
au rapport de Valère- Maxime, en son 
chap. 1er, deReliçione, sa BARBE D'OR, 
parce que, se disait le filou couronné, 
c'était le comble de l'indécence et du mau- 
vais goût que le fils se montrât si riche- 
ment barbu, tandis que le père était re- 
présenté sans un pauvre petit poil au 
menton. (Grenoble). J. P. 



Une inadvertance..., pas de H. Ponson 

(V, 496), — Cette plaisanterie o vraisem- 
blable » est due à M. Robert Mitchell, 
qui la mit en circulation, il y a quelques 
années. Elle a paru dans le Figaro, et, 
comme toutes les légendes, elle est deve- 
nue historique. 
Hâtons-nous d'en décharger la mémoire 



de M. Ponson du Terrail, qui a bien assei 
de ses propres péchés. G. R. 

aMœcena8,atavi8...»(V,497). — Poursa- 
tisfaire au désir de M. S. D., j'ai consulté 
toutes les éditions d'Horace que je possède, 
les éditions d'élite, bien entendu, et dont 
le texte fait autorité. 

Quatre de ces éditions contiennent la 
leçon TE : 

J. Jones, Lond. lySô, 8». — Dorighelli, 
Patavi. 1780, 80. — Wakefield, Lond. 
1794, 8°. — Car. Fea, Heidelb. 1827, 8°. 

La leçon ME se trouve dans soixante et 
dix autres : je citerai seulement, et au ha- 
sard, parmi ces dernières : 

Rob. Stephan. Paris. 1 544, 80. — Aldus, 
Venet. i555,8o. — Lambinus, Lutet. 1567, 
in-fol. — Henr^Stephan. Paris. 1 577, 8».— 
Turnebus, Paris. 1577,8*». — Heinsius, 
L. Elzevir. 1612, 80. — J. Bond, D. Elze- 
vir. 1676, in- 12. — R. Bentley, Amstel. 
171 3, 4®. — Tonson, Lond. 171 5, 8*>. — 
Cuningham, Hagœ Com. 1721, 8®. — 
John Pine, Lond. 1733, 8». — Coustelier, 
Paris. 1746, in- 12. — Baskerville, Bir- 
mingham. 1762, in- 12. — Barbou, Paris. 
1775, in-i2. — Oberlin,Argentor. 1788, 4°. 

— Baxter, Glasguae. 1796, 8». — Mits- 
cherlich, Reutling. 18 14, 8°. — Doëring, 
Glasg. 1826, 8». — Orelli, Turici. i837,8«. 

— John Murray, Lond. 1849, 8®. — F. Di- 
dot, Paris. i855,in-i2. 

Quant à la raison qui a fait générale- 
ment préférer la leçon ME à la leçon TE, 
M. S. D. la trouvera dans la plupart des 
commentateurs et notamment dans l'édi- 
tion de Lemaire (Paris, 1829, 3 vol. in8o), 
où elle est exposée avec des développe- 
ments que ne comporte pas Vlntermé- 
diaire. Mais Baxter a j ustifié son choix avec 
assez de concision pour que ses propres 
expressions puissent y trouver place : 

a Quod placet quibusdam viris doctîs, 
« Te doctarum^ etc.. ut ad Mascenatem 
a referatur , nec codicum nec librorum 
tt sufifragium habet, et exigua laus est in 
tt Msecenate pœtica facultas, insuperque 
a falsa. » Joc'h d'iNDRET. 

— L'édition de J. Bond porte me : et il me 
semble que cette version est la bonne, la 
couronne de lierre étant donnée aux pofites 
comme prix de leurs vers. Les trois me 
qui se trouvent dans les 8 derniers vers de 
la I'® ode s'appliqueraient à la même per- 
sonne. Ad. d. 

— L'éditeur des Odes d'Horace dans la 
Collection des auteurs latins publiés sous 
la direction de M. D. Nisard donne, coname 
R. Binet : Me doctarum. C'est aussi la 
leçon qu'adopte le plus compétent des 
juges en ce qui regarde Horace, M. Patin, 
éditeur et traducteur des Œuvres du char- 
mant poëte (Paris, Charpentier, 1866). 
Seulement, M. Patin, s'est bien gardé de 
commettre la faute que M. Nisard a eu 



^« lïS.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



583 - — 



le tort de laisser passer {ederœ au lieu de 
hederœ), T. de L. 



Vers de Molière à retronyer (V, 498).— 
Ces vers n*ont jamais été perdus. M. E. 
G. P. peut les lire d2iVis\^% Amants magni- 
fiques (acte II, se. 7). Deux ans après 
la représentation de cette comédie, Qui- 
nault les a empruntés à Molière et les a 
intercalés dans sa pastorale : les Fêtes de 
V Amour et de Bacchus(sc. 6), et de là vient 
que plusieurs biographes et critiques les 
ont attribués à Qumault. On sait que 
J. J. Rousseau a également imité le dia- 
logue d'Horace et de Lydie, dans le Devin 
du village, Joc*h d'Indret. 



Nicolas Vanqnelin, sienr des Tvetanx 

(V, 5o3). — Il est vrai que la phrase citée 
ne se trouve pas dans Tallemant ; mais il 
attribue à des Yvetaux des extravagances 
tout aussi fortes: « Selon les visions qui lui 
prenoient, tantôt il étoit vêtu en satyre, 
tantôt en berger, tantôt en dieu, et obli- 
geoit sa nymphe à s'habiller comme lui. Il 
représentoit quelquefois Apollon qui court 
après Daphne, et quelquefois Pan et Sy- 
rmx. » Et plus loin : « Il falloit savoir du 
bonhomme tous les matins comment elle 
se coifFeroit, à la grecque, à l'espagnole, à 
la romaine, à !a frànjoise, etc.; cjuel ha- 
bit elle prendroit; si elle seroit reine, 
déesse, nymphe ou bergère, n Quant à cet 
autre passage : « Souvent ils prenoient la 
houlette avec le chapeau et 1 habillement 
des bergers, et chantoient ensemble des 
vers que des Yvetaux lui-même avoit com- 
posés, » il n'appartient pas à Tallemant, 
mais à Ségrais, et est seulement cité en 
note dans l'édition 1840. Si des Yvetaux 
ne demeurait pas rue du Colombier, réu- 
nie aujourd'hui à la rue Jacob, Tallemant 
marque expressément que son jardin y 
avait une porte, et que ce fut à cette cir- 
constance qu'il dut de connaître M™« Du- 
puis, comme écrit la susdite édition 1840. 
Enfin y a-t-il contradiction nécessaire entre 
ce que rapportent de sa mort Tallemant et 
Huet, et ce que dit Saint-Evremond ? Le 
repentir final défend-il d'aimer encore la 
musique, et des Yvetaux ne peut-il avoir 
demandé cette sarabande au moment même 
où d'après sa recommandation, faite une 
heure auparavant, M™* Dupuis lui mett it 
un mouchoir sur le visage ? Le poëte mou- 
rant s'était peut-être rappelé ce passage de 

Brantôme :« M^^* de Limeuill'aînée 

Quand l'heure de sa mort fut venue, elle 
fit venir à soy son vallet (ainsi que les filles 
de la Cour en ont chacune le leur) et s'ap- 
peloit Julien, qui jouoit très-bien du vio- 
lon; — Julien, luy dit-elle, prenez vostre 
violon et sonnez-moi tousjours, jusques à 
ce que vous me voyez morte (car je m'y en 
vois), la défaitte des Suisses , et le mieux 



584 

que vous pourrez : et quand vous serez sur 
le mot, tout estperduy sonnez-le par quatre 
ou cinq fois, le plus piteusement que vous 
pourrez. — Ce que fit l'autre, et elle-mesme 
luy aidoit de la voix; et quand ce vint à 
tout est perdu, elle le récita par deux fois; 
et se tournant de l'autre costé du chevet. 
elle dit à ses compagnes : — Tout est 
perdu à ce coup, et à bon escient, — et 
ainsi décéda. Voilà une mort joyeuse et 
plaisante. » Probablement trouverait-on 
plusieurs autres exemples semblables, et je 
ne voudrais pas en séparer ce que dit Pon- 
gerville de Millevoye, qu'il mourut en se 
faisant lire du Fénelon; car pour la scène 
de Racine récitée sur Téchafaud par Ché- 
nier et Roucher, je crois que l'on com- 
mence à tenir ce détail pour fabuleux. 

0. D. 

Le général Dagobert (V, 5o5). — Son 

acte de naissance lui donne les prénoms 
de Luc- Simon- Auguste, né à la Chapelle, 
le 8 mars 1736, fils de Gabriel Dagobert 
et de Jeanne-Elisabeth Campain. Le brevet 
de pension de sa veuve la nomme Jac- 
guette-Claire-Josèphe Pailloux, veuve de 
Luc-Simon-Auguste Dagobert-Fontenelle. 
Le général livra son dernier combat à 
Monteilla le 10 avril 1704, et mourut de 
fièvre maligne à Puycerda, au mois de mai 
suivant. (Archives du Dépôt de la Guerre., 

E. S. 

— M. Z.-A. a raison : les dictionnaires 
biographiques sont ce qu'il y a de plus 
inexact. Voici le résultat de mes recher- 
ches sur le général Dagobert ; je les donne 
pour ce qu'elles peuvent valoir : 

« Dagobert de Fontenilles (Luc-Auguste- 
Siméon), était né le 8 mars 1736 à la Cha- 
pelle-en-Juger, diocèse de Coutances, 
bailliage de Saint-Lô. Il paraissait fort âge. 
et on lui donnait (en i7q3) 75 ans, comme 



si l'on eût interverti les chiffres de son âge 
réel (57). Tous les historiens qui ont parlé 
de ce général l'ont représenté comme un 
vieillard. » (Campagnes de la Révolution 
française dans tes Pyrénées orientales, 
1793, 1794, Ï795, par Fervet (Paris, 
i85i), page 45, note.) 

Dans la séance de la Convention du 9 flo- 
réal an II (28 avril 1794), Barrère s'ex- 
prima ainsi : « Citoyens, les lignes dans 
lesquelles le citoyen Dagobert a tracé les 
succès des soldats qu'il commandait ont 
été comme le chant du cygne. Dagobert 
est mort au milieu des triomphes qu'il 
avait préparés. » 

Puis on lut une lettre des représentants 
du peuple à l'armée des Pyrénées, datée 
de Nils, le 3 floréal : a La mort vient de 
nous enlever le brave général Dagobert 
au moment où il moissonnait de nouveaux 

lauriers il s'est trouvé atteint d'une 

fièvre lente qui avait pour cause les fati- 
gues auxquelles on ne peut résister dans 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



585 



586 — 



[ I o oct. 1 869 



un âge avancé... il est mort à Puycerda le 
29 germinal, » c'est-à-dire le 18 avril. 

P. Clauer. 

— Consulter l'excellent ouvrage : Cam- 
pagnes de la Révolution française dans les 
Pyrénées orientales, par J. Napoléon Fer- 
vet, chef de bataillon du génie; Paris, 
chez Dumaine. Je cite ici d'après la 2® édi- 
tion, 1861. 



A la page 45 du tome W, l'historien an- 
nonce l'arrivée de Dagobert à Perpignan, 
le i3 mai 1793. Le général avait alors 
« quarante années de beaux services; dans 
un corps affaissé en apparence sous le 
poids de la vieillesse, il portait l'âme fou- 
gueuse d'un jeune homme.... Le vieux 
général (c'est ainsi qu'il se laissait appeler, 
bien qu'il n'eût que 5y ans)... » Et dans 
une note au bas de la page : « Dagobert 
de Fontenelle (Luc-Auguste-Siméon^ était 
né le 8 mars lySô, à la Chapelle-en-Juger, 
diocèse de Coutances, bailliage de Saint-Lô. 
Il paraissait fort âgé et on lui donnait 
75 ans, comme si l'on eût interverti les 
chiffres de son âge (57). Tous les histo- 
riens qui ont parlé de ce général l'ont re- 
présenté comme un vieillard. » 

Dans le chapitre IV du second volume, 
M. Fervet raconte l'expédition de la Seu 
d'Urgel (avril 1794), dans laquelle Dago- 
bert supporta, particulièrement au combat 
de Monteilla, de cruelles fatigues qui l'em- 
pêchèrent de continuer ses avantages. 
Après la prise de la Seu d'Urgel, il or- 
donna la retraite. « Ce fut de Bel ver, où il 
arriva le 24 (germinal) que Dagobert data 
son dernier bulletin, ce chant du cygne, 
comme l'appela Barrère, lorsqu'il le lut à 
la Convention. Après avoir rendu un 
compte sommaire de son expédition où 
« malgré une fièvre inexprimable qui ne 
1 avait plus quitté depuis qu'il s'était tant 
harassé en montant la montagne de Mon- 
teilla, je vais, ajoutait le mourant, me 
faire transporter à Puycerda, où les soins 
et le repos me mettront à même de prou- 
ver combien je désire contribuer par mes 
efforts au triomphe de la liberté. » Mais 
cet espoir ne se réalisa point, et, trans- 
porté à Puycerda lé surlendemain, Dago- 
bert y expira trois jours après, le 29 ger- 
minal (i 8 avril 1794). » (Page 28). 

Dans une note de la page 3o de ce 
même second volume, M. Fervet rappelle 
que Dagobert fit, comme officier, toutes 
les campagnes de la guerre de Sept ans et 
y reçut quatre blessures. Il fut nommé 
maréchal de camp le 20 septembre 1792 à 
l'armée du Var, général de division le 
6 mars 1793 et envoyé, deux mois après, à 
l'armée des Pyrénées orientales. 

M. Fervet relate le bruit d'un empoison* 

nement , mais il repousse cette fable 

odieuse, que détruit d'ailleurs le propre 

témoignage de Dagobert. 

Si les ouvrages cités par M. 2. A. con- 



tiennent des renseignements inexacts, il 
est assez étrange qu'on ne trouve pas 
même une mention accordée à Dagobert 
dans le Dictionnaire des armées de terre 
et de mer, par le lieutenant-colonel comte 
du Ghesnel. Frédéric Lock. 

P. 5. Pour baptiser de nouvelles rues de 
Paris ou en rebaptiser d'anciennes on a, 
en ces derniers temps, épuisé la série des 
généraux du premier et du second empire, 
jusqu'aux plus obscurs; on y a ajouté le 
promoteur de la Saint- Barthélémy et les 
exécuteurs du 2 décembre, mais on n'a pas 
songé au général Dagobert. 



Une réprimande militaire (V, 5o8). — 
J'en trouve une de même calibre dans a le 
ioi« de ligne, » de M. de Noriac : 

« Capitaine, sans vous commander, où 
« il est, le pont Eussin? » — « Le pont 
a Eussin (prononcez avec l'accent gascon), 
« Le pont Eussin, c'est le plus grand pont 
« du monde ; il est sur la mer Noire... Et 
« zé m'étonne indéfiniment que vous igno- 
« rassiez une chose dont auquel il n'est 
« pas permis de ne pas savoir ! » 

Le citoyen-représentant de la Nation, 
du très-regrettable RaflFet, disait au ioi«de 
ligne en 1796 : a Soldats ! avec du fer et du 
pain on va en Chine. » 

Le plus curieux, c'est qu'effectivement, 
en 1860, le ioi« était en Chine ! 

P. A. L. 



Faire ripaille (V, 519). — Merci pour 
les réponses pour et contre, faites à ma 
(Question : il paraît qu'il y a au moins ma- 
tière à controverse. Voici deux auteurs 
qui ne pensent pas comme le Dictionnaire 
de l'Académie, et dont l'opinion mérite, je 
crois, considération. M. A. de Pontmartin, 
dans un article de ses Nouveaux samedis, 
quatrième série, sur La Haute Savoie; 
récits d'histoire et de voyage par M. Fran- 
cis Wey, écrit ceci : « Il s agit de ce mot 
faire ripaille, dont l'étymologie, défigurée 
par les haines anticléricales, a fini par 
devenir une flétrissure contre de très-saints 
personnages. Ripaille est un lieu de plai- 
sance, un site charmant, qu'il nous semble 
voir encore, penché sur le lac Léman, où 
se mirent ses élégants massifs et ses pentes 
fleuries. Faire ripaille ne signifiait d'abord, 
dans le pays, que « jouir des plaisirs inno- 
« cents de la campagne ». Mais, bah î il 
fallait surprendre et nous montrer en fla- 
grant délit d'orgie et de débauches celui 
que Voltaire a appelé le bizarre Amédée, 
ce duc Amédée qui fut pape sous le nom 
de Félix V, et qui, en somme, a laissé 
une mémoire vénérée. Se faire aider par 
un mot proverbial à prouver qu'un pape, 
un cardinal, un prince de la terre et de 
l'Eglise se réfugia à Ripaille avec six de 



N- II 5.) 



L'INTERMEDIAIRE 



- 587 



588 



ses compagnons pouF v pratiquer le con- 
traire du régime cénobitique, quelle au- 
baine I M. Francis Wey reprend une à une 
toutes les pièces du procès, toutes les 
phases du récit, et il rétablit la vérité dans 
toute son évidence, a Les passions du 
siècle dernier, dit-il en terminant cette 
discussion lumineuse, ainsi qu*une strophe 
de Voltaire, ont fait le reste et consacré 
étourdiment une calomnie, au temps où, 
sous prétexte de combattre les superstitions 
catholiques, ce poète et son école immo- 
laient leur patrie orthodoxe à l'Angleterre, 
à la Prusse, à la Russie schismatiques ; au 
temps où, après avoir déshonoré Jeanne 
d'Arc, ils applaudissaient au partage de la 
Pologne. » 

Au bord de cette mer où s'égarent mes yeux, 
Ripaille, je te vois. O bizarre Amédée ! 

Est-il vrai que dans ces beaux lieux, 
Des soins et des candeurs écartant toute idée, 
Tu vécus en vrai sage, en vrai voluptueux. 
Et que, lassé bientôt de ton doux ermitage, 
Tu voulus être pape, et cessas d'être sage? 
Lieux sacrés du repos, jje n'en ferais pas tant; 
Et, malgré les deux clés dont la vertu nous 
Si j étais aussi pénitent, [frappe, 

Je ne voudrais point être pape. 

J. L. 



Acceptions diverses du mot femme du 
monde (V, 52o). — L'expression femme 
du monde, que M. O. D. a rencontrée 
dans une traduction du Vicaire de Wake- 
fieldy n'est pas une copie littérale de l'expres- 
sion anglaise, bien que celle-ci s'en rap- 
proche beaucoup. Voici le passage auquel 
notre correspondant fait allusion (ch. 26): 
a The lady was only a woman of trie 
town, » Littéralement : la dame était seu- 
lement une femme de la ville, c'est-à-dire 
de la capitale, de Londres. Ch. Nodier, 
dans sa traduction publiée en x838, dit 
sans hésiter : « C'était tout simplement une 
fille publique. » — La même expression se 
retrouve au chapitre suivant, dans le récit 
d'Olivia : « Two abandoned women of the 
torvn » (deux femmes abandonnées de la 
ville), ce que Nodier traduit ainsi : « deux 
femmes perdues de mœurs» » Dicastès. 

— Ce terme, d'une morgue aristocra- 
tique si souverainement dédaigneuse — à 
l'égard de toutes celles qui ne sont pas de 
ce monde- là, — date, pour le moins, du 
grand siècle, témoin ce passage de La 
Bruyère : « Pour les femmes du monde, 
un jardinier est un jardinier, et un maçon 
est un maçon; pour quelques autres plus 
retirées, un maçon est un homme, un jar- 
dinier est un homme...» — Ces femmes 
du monde-lk sont celles du monde bien 
élevé. Ce sont les femmes comme il faut, 
— par opposition, hélas! aux femmes 
comme il en faut, pour ne pas désisçner 
autrement ces. malheureuses, — ouvrières 



d'une catégorie trop spéciale, — qui vont 
en journée — la nuit. Ulric. 

Hommes et femmes célèbres non ma- 
riés (V, 494, 542). — J'en demande par- 
don à M. William E. A. Axon F. R. S. L 
de Manchester, Goethe a été marié à Chris- 
tine Vulpius, qui fut d'abord sa maîtresse. 
Gœthe a adressé à Christine deux élégies 
sur la métamorphose des plantes et des 
animaux. Ristelhuber. 

— On peut ajouter encore cet herma- 
phrodite (qui, au moral et au physique, 
tenait de Mercure et de Vénus) le cheva- 
lier ou la chevalière d'Eon (car il signait 
des deux manières). 

Et parmi ceux ou celles (^ui auraient 
mieux fait de ne se pas marier, Socrate, 
dans l'antiquité, Albert Durer et André 
del Sarto, au moyen âge, et, de nos jours, 
Lad^ Byron (i), ainsi que la comtesse de 
la Suze (Henriette de Coligny), dont la 
reine de Suède, Christine, disait qu'elle 
s'était rendue catholique pour ne voir son 
mari ni en ce monde ni en l'autre. 

P. A. L. 

— Nul doute que de nombreuses commu- 
nications ne soient adressées sur ce sujet 
qui peut offrir un intérêt véritable. Voici 
quelques noms qui s'offrent à ma pensée. 
Et d'abord Sapho. Observons à cet égard 
Que des rumeurs fâcheuses ont circulé à 
1 égard de ses mœurs ; le savant Butmann 
avait, dans le tome !•' de son Mythologus^ 
partagé l'opinion assez générale à cet 
égard, mais il a changé d'avis après avoir 
lu l'apologie spéciale écrite par M. Welcker, 
en 18 16 ; M. Deschanel, qui a consacré à 
la célèbre prêtresse de Lesbos un article 
dans la Revue des Deux Mondes, se 
montre moins disposé à absoudre. Quoi 
qu'il en soit, je jette ici quelques indica- 
tions qui seront sûrement complétées: 
Héloïse, la reine Elisabeth, M^ Lubert, 
femme de lettres que Voltaire avait sur- 
nommée : Muse et Grâce ; M^^ de Somery, 
douée d'un esprit original et indépen- 
dant. F. B. 

— Gabriel Naudé n'a pas été marié. Il 
dit lui-même {Naudeana,p. log) : « Je ne 
pourrois pas me résoudre à me marier. Ce 
marché est trop épineux et trop plein de 
difficulté pour im homme d'étude ; j'aime 
mieux dire comme Horace : 

...Melius nil caelibe vita. » 

Naudé, au même endroit, renvoie à la 
disssertation de Daniel Heinsius : An viro 
litterato ducendasit uxor; à la 3 1"^ lettre 
de U I" centurie du recueil épistolaire de 
Juste Lipse, aux stances de Desportes sur 
le mariage et à la page 233 des Discours 
académiques de M. de Rampale. Le biblio- 

(i) (N'est-ce pas plutôt Lord Byron?,»* Ré^-) 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[looct. 1869. 



589 • 



590 - 



thécaire du cardinal Mazarin remarque 
(p. 10), que le sacrement de mariage ne 
plaît point en général aux Italiens et sur- 
tout aux Romains. Il cite comme céliba- 
taires morts dans Timpénitence finale : 
Janus Nycius Erytreus* (Victor Rossy), 
Pierre Pomponace, etc. EuQpjauL 



Epigraphie des cadrans solaires (V, 

532). — Dans le cimetière d'Anet (Eure- 
et-Loir), j'ai noté cette inscription qu'on 
lit au cadran de Téglise : Le temps passe 

ET l'ÉTERKITÉ vient. 

Au cadran de l'hôtel de ville de la même 
commune : Ora ut te rapiat hora. 

S. D. 

— A Saint-Gratien, près de l'église et 
du château, sur le trumeau d'une maison, 
au premier étage, j'ai lu cette légende: Sol 

REGIT me. et vos UMBRA. V. P. 



ME, ET vos UMBRA. 



Médailles en rhonnenr de la Saint-Bar- 
thélémy (V, 533). — M. Frédéric Lock con- 
naît-il la médaille frappée à Rome pour 
perpétuer le souvenir de cet abominable 
massacre, et portant pour inscription : 
MAGNA HVGONOTORVM STRAGES ? Aujour- 
d'hui que certaine école historique répu- 
die au nom du catholicisme cette triste 
page de son histoire, et présente la Saint- 
Barthélémy comme un lait purement po-^ 
litique, il est bon de noter ce démenti 
donné par la numismatique papale. Con- 
sultez, du reste, ce que dit à ce sujet, et à 
propos tant de cette médaille que d'un 
tableau existant encore au Vatican, le Dic- 
tionnaire de Larousse, au mot Saint- Bar- 
thélémy. — Ce n'est pas répondre à la 
question de M. Lock; mais cela intéres- 
sera peut-être les lecteurs de Vlntermé- 
diaire, (Saint-Malo.) A.-G. J. 



€r0ttt)ailU0 tX (tttri00îté0, tic. 

Inventaire général des objets d'art de 
la France. — Il y a quelques années, un 
patricien de Venise vendit à un marchand 
de Paris un tableau célèbre de Paul Véro- 
nèse qui, depuis trois siècles, faisait l'or- 
nement du palais libéralement ouvert aux 
forestieri. Le gouvernement autrichien 
intervint, cassa la vente, empêcha la sor- 
tie du tableau, et pour motif de cet acte 
arbitraire, allégua que la valeur inesti- 
mable de l'œuvre la rendait partie de 
l'avoir artistique de la ville; que le comte 
G*** en avait la jouissance, mais Venise 
la nue propriété. 

Paulo minora canamus. Un fait ana- 
logue vient de se produire à Nantua. Un 
tableau de Delacroix, le Saint Sébastien, 



donné à' l'église de cette petite ville par le 
Gouvernement de Juillet, a été récemment 
vendu, toujours à un marchand de Paris, 
par le conseil de fabrique. Grande, vive et 
croissante émotion au sein du conseil mu- 
nicipal, honorablement jaloux des riches- 
ses artistiques de Nantua; plainte formu- 
lée auprès de qui de droit, aux fins d'obtenir 
l'annulation de la vente ; l'affaire est pen- 
dante : il faut souhaiter qu'elle se termine 
selon les vœux du conseil municipal, et 
dans l'intérêt de la stabilité des œuvres 
d'art données aux monuments publics. En 
effet, si le gouvernement autrichien a usé 
d'arbitraire dans un cas oit la propriété lé- 
gitime d'une œuvre d'art ne faisait pas 
doute, le conseil municipal de Nantua, 
conservateur des monuments publics de 
la cité et de leurs accessoires, me paraît 
dans son droit et dans son devoir en s'op- 
posant à ce qu'un accessoire de l'impor- 
tance d'un tableau de Delacroix sorte de 
l'église à laquelle le gouvernement; Ta 
donné. 

Dans la Chronique des Arts et de la 
Curiosité du 18 juillet, M. Galichon pu- 
blie, à l'occasion de l'affaire de Nantua, 
de sérieuses réflexions. Il demande qu'en 
donnant une œuvre d'art, l'administration 
impose l'interdiction formelle de l'aliéner 
et l'obligation de la placer dans des condi- 
tions favorables de conservation. 

Et afin de prévenir le retour d'incidents 
tels que celui de Nantua, il propose de 
dresser un inventaire général des objets 
d'art placés dans les monuments publics 
de toute la France, Il fait appel aux sa- 
vants, aux amateurs, aux arcnivistes, aux 
sociétés savantes et artistiques, et offre les 
colonnes de la Ga:^ette des Beaux-Arts 
pour publier leurs communications en un 
catalogue, considérable avec le temps, qui 
serait aux monuments publics ce que les 
catalogues ou livrets sont à nos musées. 

Des tentatives partielles et locales ont 
eu lieu à diverses époques dans ce but, ce 
qui prouve que l'idée de M. Galichon est 
excellente et utile. Ne serait-il pas dans le 
rôle et les fonctions de V Intermédiaire de 
la répandre ainsi que 1 invitation du direc- 
teur de la Galette, et, en reproduisant son 
appel, de concourir à la réalisation d'une 
pensée généreuse et pratique? Il est bien 
peu de monuments publics d'une certaine 
importance qui n'aient été l'objet d'une 
publication locale ou générale plus ou 
moins importante. Il y aurait donc deux 
points : établir la bibliographie de la ques- 
tion et, à son aide et en la complétant, ex- 
traire ou former le catalogue général et 
national de toutes les œuvres d'art exis- 
tant en France dans les monuments pu- 
blics. Qu'en pensent nos coabonnés? 

Gz. 



Denz Zeller an lien d'nn? — M. Ed. 



N» II 5.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo oct. 1869. 
591 592 

sieur le maître de philosophie, et que Ton 
patauge avec grâce... algébriquement! 

H. DE S. 



Chaignet s'occupant, dans sa Vie de So- 
crate (Didier, i»ô8, p. 168), de la femme 
du philosophe, dit en note : « On peut 
lire, et non sans profit, sur ce sujet, un 
petit article de M. Zeller surXantippe, in- 
séré dans la Revue germanique à\i i*' sep- 
tembre 1867. Je crois que c'est l'auteur de 
YHistoire de la philosophie grecque, et je 
me félicite de voir que ses conclusions ne 
diffèrent pas sensiblement des miennes. » 
Pour moi, je ne crois pas que Tapologiste 
de Xantippe soit le même que Tnistorien 
de la philosophie grecjque, et je prie les 
lecteurs de V Intermédiaire de prononcer 
entre M. Chaignet et moi. Yezimat. 



Les métaphores de M. Delangle et de 
M. Charles Dupin. — M. le procureur gé- 
néral Delangle, dans un discours récem- 
ment prononcé à l'occasion de l'inaugura- 
tion de la statue de son prédécesseur 
M. Dupin aîné, a eu des paroles d'admi- 
ration pour cette « grande image. » N'est- 
ce pas une grande image que celle dont le 
même personnage s'était servi, au Sénat, 
quelcjues jours auparavant (3 septembre), 
en disant à M. le premier président Bon- 
jean avec cette nardiesse oratoire que 
donne l'indignation: « Vous attaquez dans 
ses entrailles le plébiscite même ? » De 
ces entrailles de plébiscite ^ il n'y aurait 
rien à rapprocher, si M. le baron Dupin, 
dans la séance suivante (4 septembre^ ne 
s'était écrié, à propos des sénateurs, que 
a des racines de cet ordre l'emportent cent 
fois sur les racines vulgaires qui pren- 
draient leur source dans les conseils gé- 
néraux. » M. Prudhomme est dépassé, lui 
qui, effrayé des probables excès de la Ré- 
volution, disait si éloquemment : a II faut 
enchaîner dans sa source le lion popu- 
laire! » T. DE L. 



c Figaro » et Tinfini. — « Dans la voie du 
progrès, écrit M. Jules Richard {Figaro, 
21 août 1869), il y a toujours un pas à 
faire : c'est l'infini ; w +1, dit poétiquement 
Talgèbre, etc. » 

Où allons-nous par « la voie » de M. Jules 
Richard, spécialiste militaire du Figaro, 
et comment n + i peut il représenter Tin- 
fini? Taupins et Cornichons à la res- 
cousse 1 Vous me direz que n peut recevoir 
toutes valeurs, de — 1 à Tinfini ? Fort 
bien ! mais à quoi sert l'unité dans cette 
formule de M. J. Richard... préoccupé 
de Tinfini ? Cet «+i serait-il notation ? — 
— Contentons- nous alors de la simple 
bouteille 00 ... de pèlerin ! 

Mais l'unité sera ce pas qui est toujours 
à faire... et n ne peut recevoir que des 
valeurs finies : le progrès réalisable n'est 
donc pas infini?... etpatati et patata, sans 
compter, qu'à Tinfini, w-f i = w. La belle 
chose que de savoir quelque chose, Mon- 



Un enfant de Paris mâle et femelle tont 
à la fois. — Le Figaro du i5 septembre 
dit qu'il vient de se passer à Passy « un 
fait sans précédent dans les annales de la 
médecine. » Le médecin de l'état civil a 
eu à constater « la naissance d'un herma- 
phrodite chez lequel les deux sexes étaient 
parfaitement visibles. Comment va être 
inscrit ce nouveau-né? Est-ce une fille? 
Est-ce un garçon? Voilà les questions qu'il 
faut résoudre. Le médecin-accoucheur 
tient pour le sexe féminin, et celui de l'é- 
tat civil pour le sexe masculin. Jugez si le 
cas est embarrassant. ;> 

Or, il y a au moins un précédent, du 
siècle dernier, et voici comment le cas fut 
constaté. 

Dans le registre des naissances de la 
paroisse Bonne-Nouvelle ^ à Paris, on lit 
ce qui suit : 

a L'an i74i,et le i*' août, a été baptizé 
un enfant dont la nature, quant à l'espèce 
de masle ou femelle, ayant les deux noms, 
a été déclarée incertaine par la dame Le- 
clerc, maîtresse sache-femme, qui a été 
nommé dans l'incertitude comme masle 
François-Marie, enfant de Pierre-André 
Levasseur, m« cordonnier, et de Marie- 
Agathe Brunet, son épouse, demeurant 
rue Neuve-de-CIéry,de cette paroisse, par 
Jacques- François Martin et par Marie 
Pourdin. Le père et la marreine ont dé- 
claré ne savoir signer. Le parain et la sa- 
che-femme ont signé avec nous. 

« Dupuis, prêtre. » 
Pour copie conforme : G. Saint-Joanny. 

c Fiaaro » et Salomon de Caus. — « Salo- 

mon de Caus, V inventeur du pouvoir delà 
vapeur (1), n'est-il pas mort dans un ca- 
banon de fous à Bicêtre? j> Ainsi s'exprime 
(4 sept. 1869) ^- Behelle, ^rej^er du « ma- 
lin compère, » pour la plus grande satis- 
faction de Y inventeur Sam. -H. Berthoud, 
trop connu lui même du peuple de 17«- 
termédiaire. Cette absurde mystification, 
perpétrée en décembre 1834 {Musée des 
Familles), ne sortira donc point de la cir- 
culation générale? Allons, confrère Be- 
helle, on voit bien que vous ne lisez notre 
Intermédiaire j' bien vous aurait pris, pour- 
tant, de lire notre numéro 45 (10 novem- 
bre 1 865), ou les Merveilles de la Science, 
par Louis Figuier, ou même le Petit Jour- 
nal (10 mai 1866) : vous auriez vu que 
Salomon de Caus, ingénieur du roi, en- 
terré au cimetière de la Trinité, à Paris, 
le dernier de/évrier 1626, n'était pas visi- 
ble dans un cabanon de Bicêtre en 1641- 
Qu'on me ramène à Gaspard Hauserî 

Paris. - Typ. de Ch. Meyraeis, rue Cuju, 18.— 1M9. 



Numéro II 6. 



CA«rdke««( 







n cet 1869. 



€ 2ntctméhïaïrt 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.) 



5o3 



594 



(Stuf0tton0* 

Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — NuMiSMATi<iUK 

— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Voltaire traducteur on traduit. — On 

trouve dans Alsfire ces quatre vers : 

Des Dieux que nous servons connais la difFé- 

[rence : 

Le tien t'a commandé le meurtre et la ven- 

[geance, 

£t le mien, quand ton bras vient de m'assas- 

[siner, 

M'ordonne de te plaindre et de te pardonner! 

La même idée a été exprimée dans les 
trois vers anglais qui suivent : 

Now learn the différence twixt thy faith and 

[mine^ 
Mine bids me pardon, pity and forgive thee, 
Thine bids thee take a life thou cans*t not give ! 

dont voici la traduction littérale : 

■Maintenant apprends la différence entre ta foi 

[et la mienne : 
La mienne me commande le pardon, la pitié et 

[l'oubli, 
La tienne te commande de prendre une vie que 

[tu ne saurais donner ! 

Quel est l'auteur des vers anglais? Et le- 
quel des deux poëtes est le traducteur de 
rautre? (Etretat.) J. Brunton. 



Rose et Baiser, madrigal. — De qui donc 
est ce joli petit madrigal : 

Que ferez vous de la rose 

Où j'ai vu, charmante chose. 

Votre lèvre se poser ? 

Donnez-la-moi ! Si l'on ose. 

Autour de nous, en jaser, 

Je suis prêt, — gardant la rose, — 

A vous rendre le baiser. 

N. V. 



a Habentsnafatalibelli. n— A quel poëte 
latin, ancien ou moderne, est emprunté 
ce bout de vers, devenu proverbial, et dont 
y ai vainement demandé et recherché l'au- 



teur? U Intermédiaire y qui sait tout, ne 
manquera assurément pas de me donner 
satisfaction sur ce point. — J'oserai lui 
demander aussi de quel Père de l'Eglise 
ou de quel théologien est cette gracieuse 
pensée sur Dieu, que j'ai glanée dans mes 
lectures : Deus est hilaris, Clovis Mx. 



Endetté comme un boncher. — Cette 
expression, proverbiale à Nîmes, serait- 
elle usitée sur quelques autres points de 
la France; ou faut-il la considérer comme 
un idiotisme local? (Nîmes.) Ch. L. 



Faire la bête an roi quatrième. — Quel 
est le sens de cette manière de parler qui 
se trouve <lans une lettre de Bussy-Rabu- 
tin?(Tome I, page 285 de l'édition d'Am- 
sterdam, 1738.) (Nîmes.) Ch. L. 



Petits Grevés. — D'où vient le nom de 
Petits Crevés, qu'on donne, ici (Bruxelles), 
aux cocodès bien pensants, aux jeunes élé- 
gants de Saint Vincent de Paul? 

Bon PioT. 



Camée représentant les traits de Jésus- 
Christ. — Divers journaux annoncent la 
mise en vente d'une gravure et d'un buste 
offrant l'image fidèle des traits de Jésus- 
Christ, d'après un camée antique. 11 est 
bien certain que ce camée est apocryphe, 
mais il serait curieux de savoir s'il existe 
réellement (en ce cas, à quelle époque il a 
été fabriqué), ou bien si l'on s'est borné à 
en supposer l'existence. 

On met également en vente un buste en 
bronze de la Vierge Marie, d'après le ta- 
bleau de saint Luc. N'est-il pas étrange de 
voir soutenir encore cette opinion qui at- 
tribue à un évangéliste ces tableaux dfc la 
Vierge avec l'enfant Jésus ^ que l'on voit 
à Rome (dans l'église de Sainte-Marie Ma- 
jeure) et à Bologne? La critique moderne 
attribue ces productions au peintre Luca, 
moine de Florence oui vivait au IX« siècle 
et qui avait dû à sa haute piété le nom de 
saint. Il paraît que Henri de Valois est le 

TOME V. — 20 



N« ii6J 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 595 



premier auteur catholique qui, dans ses 
notes sur Eusèbe, mises au jour en lôSp, 
ait contesté ces attnlHitio|& Voir les ou- 
vrages cités dans la Bhgrafjf^^Mniyerselle 
(article Luca Santojy en y ajoutant les Re- 
cherches historiques de 6. Peienot, sur la 
personne {et les portraits) de Xésus^-CHrist 
et sur celle de Marie, Pans et Dijon, 182^, 
in-80, ouvrage curieux, mais qui pourrait 
encore être l'objet de développements éten- 
dus, fournis par Tétude des monuments 
figurés, avec ksquels le philologue dijon- 
nais était peu familiarisé. 
(Caen.) F. D. 

L'étouffenr dn comte de Paris. - On 
a raconté que, dans la mémorable séance 
de la Chambre des députés, le 24 février 
1848, où Lamartine proclama la Républi- 
que, malgré lui, le petit comte de Paris, 
amené par sa courageuse mère, la duchesse 
d'Orléans, au milieu des représentants de 
la France, fut enlevé par un inconnu et 
faillit être étouffé par ce misérable. Le 
fait, qui fut raconté alors, est-il réel? Il est 
temps de le dire et de l'écrire, et même de 
nommer TétoufFeur, — si étoufFeur il y a, 
— et s'il est connu de quelque lecteur de 
V Intermédiaire. P. de S. F. 

Henri VU a-t-il été empoisonné an 
moyen de la communion 7 — Quelques écri- 
vains ont mis ce crime, le plus affreux que 
l'imagination puisse inventer, sur le compte 
d'un dominicain, Politiano de Montepul- 
ciano; M. Viennet signale cette circon- 
stance dans une Epttre à M. de Lamen- 
nais, mais ce n'est pas une autorité bien 
imposante. Ce fut à Sienne que l'empereur 
d'Allemagne, Henri VII, mourut', le 4 août 
i3i3, en lutte déclarée avec le pape Clé- 
ment V, alors à Avignon. Trente ans après, 
le roi de Bohême, Jean, déclara par let- 
tres-patentes, que l'ordre de Saint- Domi- 
nique était innocent de ce crime qu'on 
continuait de lui imputer. Quelle est à cet 
égard l'opinion des historiens sérieux? Sur 
quels témoignages s'açpuie cette accusa- 
tion effrayante ? Il serait désirable que des 
recherches intelligentes vinssent dissiper 
une incertitude qui, je crois, domine en- 
core. (Marseille.) V. P. 



596 



La devise de Valentine de Milan. — J'ai 
lu quelque part que la veuve de Louis 
d'Orléans prit pour devise un arrosoir ac- 
costé de deux S avec cette âme ou légende : 
Plus ne m'est rien, rien ne m'est plus. Ces 
deux prétendus S ne seraient-ils pas deux 
cordelières, symbole héraldique du veu- 
vage, mal dessinées par quelque peintre ou 
mal vues par celui qui a donné la descrip- 
tion ? C. DE T. 



Robert d'Arbrissel (;i(U7-iii7). - Que 

sait-on aujourd'hui, -«nistoriquement par- 
lant, — sur les macérations, — non moins 
étranges que légendaires ou proverbiales, 
— auxQuelles se livrait le bienneureux Ro- 
bert D Arbrissel (fondateur de l'Abbaye 
' de Fontevrault), pour combattre et morti- 
fier en lui le démon de la chair? 

Truth. 



D'un mot d'Alfonse X. — J'ai toujours 
beaucoup douté, je Tavoue, de l'authenti- 
cité du mot que l'on attribue au roi de 
Castille, AlfonseX : Si f eusse été près du 
Créateur, je lui aurais conseillé mieux que 
cela. Quelle valable autorité peut-on invo- 
quer en faveur de la réalité de cette remar. 
que satirique ? Yezimat. 



Mannscrit dn marécliai de Yanban.- 
Un catalogue publié eni865, par M. Edwin 
Tross, libraire à Paris, signalait la vente 
des livres et manuscrits du célèbre cheva- 
lier (ou chevalière) d'Eon, livrés aux en- 
chères à Londres en 1791, comme offrant 
de nombreux manuscrits autographes de 
l'illustre maréchal. Que sont devenus ces 
précieux manuscrits? Sont-ils restés eo 
Angleterre? Ont-ils fait retour à la France? 




prépare, dit-on, une histoire fort étendue 
de Vauban, en a-t-il eu connaissance ? 

B. G. 



« La Stratonice. « — J'ai un roman, inti- 
tulé : La Stratonice (Paris, Augustin 
Courbé, au Palais, en la Petite Salle, à la 
Palme, 1641, in-S). Le titre est gravé dans 
le genre de Daniel Rabel. Malheureusement 
la gravure, qui paraît avoir été faite pour 
un in-4, est rognée par en bas et ne laisse 
voir que le haut des lettres qui formaient 
probablement les noms du dessinateur et 
du graveur. Sur un second titre, est Je 
chiffre d'Augustin Courbé. Il résulte de 
l'avis au lecteur que gs textQ est une tra- 
duction de l'italien, mais ni cet avis, ni le 
Î)rivilége, daté le 3 1 mars 1 640, ne donnent 
es noms de l'auteur ni du traducteur. Les 
deux premiers livres forment un volume 
de 3o4 pages» 

La suite de la Stratonice, ou 3« livre, 
forme un second volume à pagination 
distincte, de 218 pages. — En 1648, ce 
volume appartenait à Madame DoUé, à 
Mande, selon la mention à l'encre mar- 
quée sur le 2« titre, et la dernière page du 
privilège porte, également à rencre, la 
phrase suivante : Ce présent livre appar- 
tient à Fleury Anguier. Cet Anguier, dit 
Fleury, peintre, misait partie de l'Aca- 
démie de Saint- Luc, et probablement, il 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



(25 oct. 1869 



597 



598 



était parent du peintre d'architecture Guil- 
laume Anguier et des célèbres sculpteurs 
Michel et François Anguier. 

Je serais heureux qu un lecteur de l'/w- 
termédiaire pût me faire connaître le lîom 
de l'auteur original italien et du traduc- 
teur français. Je les ai vainement cherchés 
jusqu'ici. E. G. P. 



Le Gode Napoléon mis en vers français. 

— Sous ce titre, il parut en i8ii un fort 
volume in- 12, qui aujourd'hui n'est pas 
très- commun. L'ouvrage est présenté 
comme ayant pour auteur M. D***, ex-lé- 
^ïiateur. M. Dupin, dans sa Bibliothèque 
choisie des livres de droit, prétend, sous 
le no 1861, que c'est à tort que l'on a at- 
tribué au comte Daru le Code Napoléon 
mis en vers; seulement, il ne dit pas quel 
est le véritable auteur de ce livre. Quel- 
qu'un pourrait -il me renseigner à cet 
égard? 

J'avais espéré trouver la solution de cette 
question dans la nouvelle édition du Dic- 
tionnaire des Anonymes, par Barbier, que 
publie en ce moment M. Gustave Brunet, 
mais j'ai eu beau compulser toute la partie 
consacrée à l'initiale D***, Je n'ai rien 
trouvé. A. SoREL. 



Les c Gontre-Vérités » dn marquis de 
Ronillac. — Connaît-on les Contre-Véri- 
tés (en vers) oubliées dans la première 
moitié du Xvli« siècle par Louis dé Goth, 
marquis de Rouillac, mort le 19 mai 1662 ? 
Tallemant des Réaux, qui dit de si plai- 
santes choses sur cet original, n'a pas eu 
connaissance de cet opuscule. M. P. Pa- 
ris, qui a si bien commenté les Historiettes 
en général et Vhisioriette de Rouillac en 
particulier, ne mentionne pas non plus les 
Contre- Vérités. Le Manuel du Libraire 
n'en parle pas davantage. Puisse V Inter- 
médiaire me dédommager du silence de 
tous ces auteurs, et de bien d'autres que je 
ne nomme pas 1 T. de L. 

Pastiches et faussetés passant la per- 
mission. — Le journal le Peuple français, 
dans son numéro du 27 août 1060, con- 
tient, à la troisième page, sous le titre 
Edilité parisienne, un article en trois co- 
lonnes signé Louis La:[are, Dans cet ar- 
ticle, sont intercalées des citations ayant 
l'apparence de choses historiques, trop 
étendues, pour qu'il soit possible de les 
reproduire ici. Cles choses, écrites tant 
bien que mal en pastiche du XVII<) siècle, 
je les ai déjà rencontrées, mais seulement 
dans des publications de M. Louis Lazare 
où elles ne sont jamais accompagnées 
d'aucune indication de source. Il y a, no- 
tamment, dans l'article du Peuple fran- 
çais^ deux conversations, assez gaillardes, 



dont Henri IV est un des interlocuteurs, 
et roulant sur les grands travaux de Paris. 

\J Intermédiaire compte dans sa clien- 
tèle, de nombreux lecteurs qui s'occupent» 
avec grande compétence, de l'histoire de 
Paris. Quelqu'un d'entre eux pourrait-ii 
attester, l'ayant vérifié par lui-même, 
l'authenticité des anecdotes que M. Louis 
Lazare vient de rééditer dans le Peuple 
français, ai)rès les avoir précédemment 
produites ailleurs (soit dans la Revue et 
Galette municipale, soit dans le Diction- 
naire des rues de Paris), 

Je suis bien obligé, pour justifier mes 
doutes, de rappeler que M. Lazare a déjà 
mis en circulation ae prétendues lettres 
du roi Henri IV, dont la fausseté a été pé- 
remptoirement démontrée par M. Berger 
de Xivrey. 

Les citations dti Peuple français ont 
été relevées, dès le lendemain, par le . 
Temps qui s'en est appuyé dans un article 
de polémique. Il ne faudrait pourtant pas 
que des documents fabriqués par la fan- 
taisie fussent acceptés et demeurassent 
comme témoignages officiels et authen- 
tiques. Frédéric Lock. 

Note de M. Bazin sur Rangouze. — Dans 
sa Description bibliographique des livres 
choisis en tous genres, /. Techener (t. I, 
i855, p. 212), je trouve l'indication que 
voici : a 2654. Lettres panégyriques aux 
héros de la France, par de Rangouze. 
Paris, 1648, in-8<>. Exemplaire de Ëazin, 
auteur de VHistoire de Louis XIII, avec 
une longue note de sa main, d (^uelc^u'un 
connaît-il cette longue note oui doit être 
intéressante ? Pourrait-on m en donner 
communication soit ici, soit à part? 

T. DE L. 



Une édition nouvelle de Vapereau. — 

Est-il vrai qu'une quatrième édition du 
Dictionnaire des Contemporains soit en 
préparation? Elle répondrait à un besoin 
très-réel, car depuis i865, date de la troi- 
sième impression, bien des lacunes se font 
remarquer. Ce Dictionnaire est au premier 
rang de ces livres de référence qu'on con- 
sulte sans cesse; il est donc bien essentiel 
de le tenir à jour. Quant à moi, qui le con- 
sulte très-souvent, j'ai noté comme bril- 
lant par leur abr.ence une foule de noms 
que réclame l'édition nouvelle. Je me bor- 
nerai à extraire d'une liste que j'ai dressée, 
et qui comprend plus de trois cents per- 
sonnages, deux individualités qui méritent 
bien une mention : MM. Maurice Sand et 
Henri Rochefort. Le Dictionnaire dont il 
s'agit ne s'occupant que des hommes vi- 
vants, la mort l'oblige, depuis i863, à bien 
des retranchements dont il résultera force 
pages blanches faciles à remplir. 
(Bordeaux.) C. A. 



N- ii6.] 



LWTERMÉDIAIRE 



599 



600 



Famille Lonis, de Ligny en Barrois. — 

Je prie vos lecteurs de me donner des ren- 
seignements généalogiques, ainsi qu*une 
description exacte des armoiries de la fa- 
mille Louis, oriçinaire de (ou bien ayant 
demeuré au XVÎl« siècle dans) la ville de 
Ligny, département de la Meuse. Quel- 
ques membres de cette famille durent quit- 
ter leur pays, ainsi que le Barrois, où ils 
possédaient des terres, parce qu'ils avaient 
embrassé la religion réformée, et se réfu- 
gièrent en d*autres pays, tandis que les 
membres de cette famille qui étaient restés 
catholiques y sont demeurés. J'aimerais 
savoir, en même temps, s'il existe encore 
un descendant de cette même famille. 
(Amsterdam). J. G. de G. J. Jr. 



ChemiBS de fer flottants à locomotiyes 
sphéricpies. — Vers 1847, un ingénieur, 
M. Mondot de Lagorée, inventa une forme 
de navire à vapeur fort originale. 11 don- 
nait à son pyroscaphe la sphéricité d'une 
gigantesque boule, creuse nécessairement, 
moins les engins de locomotion et l'arri- 
mage. Comme une boule roule sur un plan 
uni, en l'effleurant à peine, de même, son 
navire à vapeur ou locomotive, remorquant 
un train de navires, devait rouler sur la 
surface de l'onde, avec une vitesse de 
36 kilomètres à l'heure par un tirant d'eau 
de six centimètres seulement !... 

Une machine de puissance secondaire, 
momdre que celles aes locomotives ordi- 
naires, suffisait à obtenir l'efifet voulu. 
M. Mondot ne demandait que 80,000 fr. 
aux capitalistes intelligents et audacieux 
de 1846. Les a-t-i! trouvés, et quelque essai 
de cette ingénieuse boule a t-il jamais été 
fait ? Cz. 



Emigration, vers l'est, des centres de 
population. — 1/observation démontre 
que, pour beaucoup de villes, l'accroisse- 
ment des constructions a surtout lieu de 
l'ouest à Test, en sens inverse du courant 
magnétique terrestre. La tendance des po- 
pulations urbaines à se porter vers 1 est 
a-t-elle été constatée scientifiquement? 
Il doit y avoir des exceptions à cette règle, 
comme c'est le cas, lorsque la ville est 
adossée contre une montagne qui limite 
à l'est son développement ; mais à Lyon, 
par exemple, et aans beaucoup d'autres 
villes où la colline-obstacle tavorise le 
mouvement vers l'est, ce mouvement est 
très-marqué, et cela depuis des temps fort 
éloignés. On pourrait dire que générale- 
ment, à l'origine des agglomérations ur- 
baines, les fondateurs ou premiers habi- 
tants se sont exposés volontairement au 
soleil levant, en adossant leurs premiers 
abris à des contreforts naturels ; de là, une 
extension dans le sens de la plus facile 
expansion, mais cette explication conjec- 



' turale est-elle la clef de cette singulière 
tendance? R... S. V. P. 



Gouttes d'éther. — Ce que nous appe- 
lons : a Gouttes d'éther, » est-il par une 
locution vicieuse, ces « gouttes à Angle- 
terre, » dont il est parlé dans un passage 
de Voltaire ? « Ces paroles firent sur l'âme 
de ringénu l'effet des gouttes d'Angle- 
terre, qui rappellent un mourant à la vie 
et lui font entr'ouvrir des yeux étonnés. » 
— {L'Ingénu, ch. x.) J. L. 



Armoiries des prélats et des sénatenn. 
— C'est un droit ou un usage, — en l'ab- 
sance de la réglementation des armoiries, 
singulière lacune de la fameuse loi sur la 
noblesse de i858, — que les évêques pren- 
nent des armoiries en montant sur leur 
siège épiscopal. En est-il de même pour 
les sénateurs, non en possession de port 
d'armoiries, au moment de leur élévation 
au rang sénatorial, ou ce privilège est-il 
réservé à ceux que la préconisa tion élève 
au-dessus de leurs humbles troupeaux? 
Quid, sous le premier Empire ? Cz. 



Les sabotiers. — Dans la i55« lettre de 
Guy Patin, en date du 2 5 novembre lôjp 
— (édition de 1692),— on lit : « On fait ici 
a le procès à un des chefs des sabotiers. 
« nommé M. de Bonnesson, gentilhonnme 
« du pais de Beausse. Il a été conduit de la 
a Bastille au Grand-Conseil, qui a charge 
o de lui faire son procez, mais ils n'en 
a peuvent venir à bout : il ne parle point; 
a il demande son renvoi à la Chambre de 
a l'Edit (1} parce qu'il est huguenot, et 
« n'a rien voulu répondre aux demandes et 
«c questions qu'on lui a faites. Comme il 
« avoit esté amené, avec une escorte de 
« trois cens hommes, de la Bastille au 
« Grand-Conseil, il y a de même esté ra- 
a mené ; il a présenté requête au Parle- 
tt ment pour y obtenir son renvoi. » 

Patin revient sur cette affaire dans la 
iSqe lettre (12 décembre i65g : « MM. du 
« Grand-Conseil continuent à faire le pro- 
« ces à ce M. de Bonnesson, huguenot, et 
ft petit-fils de Duplessis-Mornai , gentil- 
ce nomme de Beausse, qui étoit un des 
« chefs sabotiers. Quelques-uns croient 
« que ce pourra bien être pour demain, car 
« ils en sont aux avis : les uns disent qu'il 
« aura la tête tranchée, les autres parlent 
« de la roue. M. de Pontereau, maître des 
a requêtes, est allé en Normandie, y faii"^ 
« raser les châteaux et les bois de quei- 
« ques seigneurs qui ont été condamnez 

(i) L'édit de Nantes, accordé par Henri IV 
aux Huguenots. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 oct. i86g. 



6oi - 



602 



« par contumace pour le même crime. J'en 
u ai, entr'autres, entendu nommer deux : 
« sçavoir,Dameri et Créqui de Bernière. » 

Dans la i6oeleitre,i"duII« volume, et en 
date du 16 décembre i65p, on lit: a Samedi 
« dernier, 1 3 de ce mois, le marquis de 
« Bonnesson a eu la tête tranchée, à la Croix 
tt du Tiroir. Il est mort huguenot, et n'a 
« jamais voulu entendre le docteur de Sor- 
« bonne qui tâchoit de le convertir, afin 
a qu'il mourût à la romaine. U n*a pas 
a voulu être bandé; je pense qu'il a été 
« veu de tout Paris, car on l'a amené à la 
« Bastille, dans une charrette fort élevée, 
a iusques au lieu du supplice. Il avoit un 
o livre en ses mains, dans lequel il lisoit : il 
a était un des chefs de la conspiration des 
a sabotiers. Il y en a encore deux dans la 
tt Bastille, au procès desquels le Grand - 
a Conseil a charge de travailler incessamT 
« ment. Il étoit conduit au supplice par 
f 800 archers à pié et à cheval. Si la con- 
« spiration du marquis de Bonnesson eût 
« réussi, on dit que c'eût été une horrible 
« chose; qu'il y avoit plusieurs grands du 
a royaume qui s'y étoient engagés par pro- 
« messe, et. même il y en a qui disent que 
a Cromwell avoit promis de s'y joindre, et 
o qu'il devoit envoyer une armée à leur 
o secours, qui eût abordé du côté delà Ro- 
o chelle. Bon Dieu 1 quelle désolation il y 
a eût eu en France ! » 

Quelle est cette grave affaire des sabo- 
tiers, qui effrayait si fort Guy Patin, peu 
crédule et peu nmide de son naturel? 

E. G. P. 



Jenne homme, tous commencez par où 
je ▼oudrais finir. — Bouillet, dans son 
Dictionnaire universel d'Histoire et de 
Géographie^ raconte que H.-L. Jacquet- 
Droz fabriqua deux mains artificielles, 
remplaçant presque la nature, et que Vau- 
canson lui dit en les voyant : Jeune hom- 
me^ vous commence^ par où je voudrais 
finir. J'ai lu que, plus de soixante ans au- 
paravant, Denis TalcTn, qui achevait dans 
une des présidences du parlement de Pa- 
ris une carrière marquée par d'éclatants 
succès oratoires, s'écria en entendant l'a- 
vocat général d'Aguesseau prononcer, à 
vingt-deux ans, un éloquent discours : Je 
voudrais finir comme ce jeune homme 
commence. Ces deux mots sont-ils authen- 
tiques ? EUQORRAL. 



Merangoises. — « Le Vert-Galant, » lors 
de son incroyable chasse après la princesse 
de Condé, réfugiée en Belgique auprès des 
archiducsAlberretlsabel, écrivait à Préaulx 
pour lui faire ses doléances : « Je deschois 
a si fort de mes merangoises, que je n'ai 
tt plus que la peau sur les os. » D'où vient 
ce mot ; a-t-iî la même signification que 



marance, maranche de la langue romane : 
peine, douleur, affliction, ennui? 

P. A. L. 



Les Récollets. — C'est une vieille chan- 
son quelque peu grivoise, commençant 
par : 

Un jour, le gros frère Etienne, 

et finissant par : 

Amorçait le second coup. 

Je voudrais en connaître Tauteur et l'é- 
poque où elle parut, si c'est possible. Elle 
est en une douzaine de couplets, si je m'en 
souviens bien, 

(Avignon.) A. B. 



a La Sorcière, ;> de M. Michelet. — Est- 
il vrai qu'une édition de cet ouvrage, pu- 
bliée à Bruxelles, est bien plus complète 
que celle de Paris? On nous assure, d'ail- 
leurs, que le volume belge a lui-même été 
fort expurgé, notamment d'un passage im- 
portant relatif à la scandaleuse affaire du 
Père Girard, On écrit à cet égard : a De la 
a page 322 à la page 324 de l'édition de 
« Bruxelles, la série de paragraphes com- 
« mençant par ces mots : « Nous n'avons 
« pas le courage , a et se terminant par 
« ceux-ci : « Comment lui expliqua-t-il, » 
« a été fort atténuée dans ses termes; la 
a première rédaction, d'une crudité ef- 
« trayante, a même été réimprimée par les 
a soins d'un curieux. Je ne la transcrirai 
• point, par la raison qu'il est impossible 
« de la transcrire, mais je puis du moins 
a copier le premier paragraphe : « Le ré- 
« cit choquant qu'on va lire est tire tex- 
« tuellement des trois dépositions de la 
a Cadière (si naïves d'évidente véracité). 
« Nous aurions voulu l'abréger pour le 
'a rendre moins pénible, mais alors il eût 
a été de nulle importance et de nulle uti- 
o lité. » Di G. 



Le marquis de Lribienickz(II, 716; III, 
626; IV, 336). — Les cinq réponses pu- 
bliées par V Intermédiaire, au sujet de ce 
Î)rétendu marquis, n'ont fait qu'embrouil- 
er la question, au lieu de la résoudre. Il 
était, en effet, difficile aux érudits français 
de fournir des renseignements exacts sur 
un personnage dont l'histoire de la Polo- 
gne n'a pas conservé le nom , et que 
les historiens nationaux seraient sans 
doute embarrassés de désigner d'une ma- 
nière indubitable. J'ai dit prétendu mar- 
quis, car ce titre n'a, pour ainsi dire, ja- 
mais existé en Pologne, sauf une seule 
exception : il a été donné, par le pape, à la 



N* ii6.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



6o3 



604 



famille Mys^kowsky^ qui l'a transmis en- 
suite, par voie de substitution, à celle de 
Wielopolski, Le marquis Wielopolski, fa- 
meux gouverneur civil de Pologne avant 
la dernière insurrection, est le seul mar- 
quis qu'on connaisse en Pologne, et en- 
core c'est un marquis romain, au miême 
titre que les comtes romains actuels 
en France. On ne connaissait en Pologne 

3ue le titre de prince; ceux de comte et 
e baron sont de provenance étrangère, et 
ne se sont introduits qu'au XVIII* siècle. 
Avant cette époque, les membres de la 
haute aristocratie, qui occupaient toujours 
des postes élevés, ne prenaient que les ti- 
tres de leurs charges, tels que : le grand 
général de la couronne, le grand chance- 
iier,iie voïvode, le castellan, etc. Les en- 
fants de ces dignitaires étaient désignés 
sous des noms spéciaux signifiant : le fils 
ou la fille du voïvode, du castellan, etc. 
Tous les autres nobles prenaient le titre de 
" chevalier polonais (eques polonus)» Il n*est 
peut-être pas inutile d'ajouter que la par- 
ticule de devant les noms polonais est un 
pléonasme ridicule, imité du français par 
aes gentilshommes polonais résiaant ou 
voyageant en France. La terminaison ski, 
propre aux adjectifs polonais, désigne l'ex- 
traction, F origine, la possession^ et cor- 
respond à l'article de français. Polski veut 
dire de Pologne ou polonais; de même 
Tarnowski (nom propre) veut dire origi- 
naire ou seigneur de Tarnow. Les com- 
tes Tarnowski actuels s'appelaient pri- 
mitivement Jean, Stanislas, etc., na Tar- 
nowie, soit seigneurs de Tarnow. 'P\\i% 
tard, la préposition na (sur, de) fut rem- 
placé par la finale ski ajoutée au nom de 
propriété territoriale, et cette terminaison 
indiquait la noblesse. Si Ton tient donc à 
•donner aux noms polonais, par rapport 
aux gentilshommes étrangers, la physio- 
nomie nobiliaire, il faut les firandjser dans 
le sens que je viens d'indiquer, sans les 
-affubler seulement de la particule. Ainsi le 
nom Wielopolski francisé deviendra de 
WielopoL — Je m'étonne que les collabo- 
rateurs de V Intermédiaire n'aient pas re- 
marqué la terminaison bizarre donnée au 
nom de Lubienic%. Ces trois consonnes, 
réunies dans cet ordre, ne se rencontrent 
peut-être que dans les langues ,des sauva- 
ges, et encore. Le f final doit être rem- 
placé par Tf . De tout ce qui précède, il ré- 
sulte que le marquis de Lubienicks[ devient 
Lubienicki tout court, sauf, en outre, la 
rectification que je vais apporter à ce nom. 
Il n'existe en Pologne aucune famille du 
nom de Lubienicki, mais on en connaît 
deux dont Tune s'appelait Lubienieçki 
(j'ajoute la cédille pour figurer la pronon- 
ciation), et l'autre Lubienieçki, avec le L 
barré dont la prononciation n'a pas d'é- 
quivalent en français. Le personnage qui 
.nous occupe n'appartient . pas à la pre- 
.mièr,e, dont le représentant, vivant, en iéj3, 



était Stanislas Lubienieçki, socinien et as- 
tronome, auteur des ouvrages signalés par 
M. Ch. L., leauel, comme le fait juste- 
ment observer M. E. P., était à cette épo- 
que en exil (à Hambourg), et par consc- 
quent ne pouvait pas être en mesure de 
iournir qu grand Condé des nouvelles de 
Pologne. — Je ferai observer, en passant, 
à M. Ch. L., que les mots rapportés par 
lui : St. LuBÎENiTz (sans doute à Lubienit^ 
en latin, soit de Lubienieç, soit Lubie- 
nieçki), sive LuBiENSKi, sont inexacts, car 
le nom de Lubienski appartient à toute 
une autre famille. M. Brunet se trompe 
donc à cet égard. — Ce qui me paraît le 
plus probable, après bien des recnerches, 
c'est que notre prétendu marquis pouvait 
être Jean-Damascène Lubienieçki (avecie 
L barré), docteur en théologie et histo- 
rien, supérieur des Dominicains, et enfin 
évêque de Bakou, en Valachie, en 171 1, 
mort en 1 714. Il visita l'Italie et la France, 
et enseigna même la théologie à Lyon. A 
son retour, il sut mériter les bonnes grâ- 
ces de Jean Sobieski, et devint plus tard 
théologien à la cour de ce roi. Il a laissé : 
Martjrrologium dominicanum; De gestis 
et miracutts B. Ceslai, et deux ouvrages 
manuscrits, une Histoire du pape Pie V 
(en polonais), et une histoire dé son évê- 
ché (en latin). Il est possible que pendant 
son séjour en France JI se soit fait connaî- 
tre, en sa qualité de savant étranger et de 
théologien cat)iolique, au grand Condé, 
qui aurait plus tard mis à profit cette con- 
naissance. 'Seulement, le titre de marquis 
reste inexplicable, d'autant plus qu'il s'a- 
git d'un religieux. Mais M. Jacques D. 
a-t-il vu la lettre, l'a-t-il bien lue? Je lui 
serais fort reconnaissant de vouloir bieo 
me faire savoir où elle se trouve. Je pour- 
suivrai encore mes recherches, et si je 
trouve autre chose, je ne manquerai pas 
de le communiquer à V Intermédiaire. En 
ce qui concerne la candidature du grand 
Condé au trône de Pologne, en 1673, 
M. £. P. est bien informé, tandis que 
M. Alfred de Courtois^ qui le rectifie, com- 
met lui-même une erreur. Le grand Condé 
a été candidat deux fois. D'abord, après 
l'abdication de Jeam Casimir (1669), en 
concurrence avec Charles de Lorraine et 
Philippe-Guillaume, prince de Neubourg. 
Louis XIV, tu. apparence favorable au 
grand Condé, empêchait en secret son 
élection, et en effet, il échoua. Après la 
mort du roi Mjchel (10 nov. 1673), dix- 
sept candidats entraient en lice, entre 
autres le grand Condé, Louis, duc de Ven- 
dôme, Louis de Soissons, Charles V de 
Lorraine et Jean-Guillaume, prince de 
Neubourg. Le grand Condé n'a pas sans 
doute voulu, après son échec, se porter 
lui-même , mais sa candidature fut posée 
et appuvée par Jean Sobieski lui-même, 
comme fa justement deviné M. E. P. Les 
Etats de la couronne avaient promis à 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 oct. 1869. 



6o5 



606 



rempereur Léopold de faire épouser au 
nouvel élu sa sœur Eléonore, veuve du roi 
Michel^ et précisément à cause de cela, on 
objectait 4 la diète d'élection que le grand 
Condé, étant marié, rie pourrait pas rem- 
plir cet engagement. Le protégé de la 
France était alors, non pas le prince de 
Neubourg, mais Sobieski lui-même, ap- 
puyé par Forbin de Janson, évêque de 
Marseille, ambassadeur de France en Po- 
logne. Gustave Pawlowski. 



I ' r. 



Le ▼aisseau du désert (V, 27). — M. de 
Quatrefages, dans>un ouvrage dont le nom 
m'échappe, — peut-être bien dans les Sou- 
venirs éun. Naturaliste, dit que les 

Orientaux,' dans leur langage tieuré, ont 
appelé le chameau le navire du aésert. J'i- 
gnore si cette métaphore était connue et 
employée en France antérieurement à cet 
ouvrage. Mais il ne me paraît pas dou- 
teux qu'on lui doive attribuer une origine 
orientale* ' L. G. 



Suite des sujets galants gravés par 
Choffard(V, Sy). -^ Je- connais «quatre; su- 
jets gravés par Choffard, d'après Baudouin : 
la Fille surprise, qui est probablement la 
Fille aueretlée par sa mère ; les Amants 
éveilles, où je crois reconnaître la Fille 
mal gardée ; la Leçon d^ amour ^ les Amours 
champêtres. 

Je suppose que c'est cette dernière gra- 
vure que M. H. Vienne désire connaître. 

La Jeune fille querellée par sa mère a 
paru, sous ce titre, à l'Exposition de' 1763. 

E. G. ?• 

« 

Noël (V, 59). — Je crois que la véritable 
explication du mot Noël est le mot nais- 
sance, comme le dit M. H. Tiédeman. Tou- 
tefois , je ne serais pas assez exclusif pour 
rejeter l'explication ingénieuse de M. J. P., 
qui voit dans ce mot une contraction de 
noveL Mais^ s'il fallait adopter cette étymo- 
logie, je demanderais à M. J. P. comment 
il établit que Noël ait été le commence- 
ment de 1 année, à quelle époque et dans 
quels pays. Il est bien entendu que je ne 
le nie pas. J'en hasarderais une autre ex- 
plication. Si Noèl veut dire nouvel ou nou- 
veauy et non naissance, j'y verrais une 
allusion très-élevée au renouvellement du 
monde et de la condition humaine. Saint 
Paul et tous les grands docteurs chrétiens 
exaltent sans cesse l'homme nouveau en 
contraste avec le vieil homme, le rajeunis- 
sement moral exprimé avec tant d'énergie 
dans le psaume rappelé au commencement 
de la messe : « Introïbo ad altare Dei; ad 
Deum qui Istiiicat juventutem meam, » 
(Je viendrai à l'autel de Dieu, vers ce Dieu 
qui jette tant de joie sur mon rajeunisse- 
ment, c*est-à-dire sur mon âme rajeunie 



— ou renouvelée). La traduction : qui ré" 
jouit ma jeunesse, est un contre-sens. 

E. G. P. 



Ambroise Paré était-il huguenot? (V, 

234.) — Le docteur Giraudeau de Saint- 
Gervais a mis la note suivante, p. 68 de 
Syphilis, poëme par Barthélémy, Paris, 
1848 : a Charles iX, de trop célèbre mé- 
moire, eut une exct*oissance dans l'urètre, 
dont il fut çuéri par Ambroise Paré, son 
médecin, qui, pour récompense, échappa, 
quoique protestant , aux massacres de la 
Saint-Barthélemv. Comme le roi trouvait 
que la cure était oien lente, Ambroise Paré 
lui fit cette réponse si connue : « Je te soy- 
« gne, et Dieu seul te guaryra. » ' 

P. RiSTELHUBER. 

— Je crois que, finalement, on peut dire 
de M. J al et de M. Bordier : 

L'un a raison^ mais Tautre n'a pas tort. 

Ambroise Paré fut huguenot pendant 
une partie de sa vie, catholique pendant 
une autre partie. C'est ce qiu'a reconnu un 
critique qui n'a pas moins d'érudition que 
de çagacité,' M. Ludovic Lalanne. Voici 
sa note de la page 3o2 du tome IV (1808) 
de son excellente édition des Œuvres com" 
plètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de 
Brantôme : « Voyez sur cet illustre chirur- 
gien l'article gtte'-M. Jal lui a consacré 
dans son Dictionnaire critique. Dans cet 
article sont cités des actes, desquels on 
peut conclure ou'Ambroise Paré, qui a été 
certainement huguenot, redevint catho- 
lique à la fin de sa vie, » T. de L. 



a L'Enrhumé » de Béranger (V, 254). •— 
Je trouve à la page 69 des Chansons de 
P.'J. de Béranger (Supplément; Paris. 
Chez les marchands de nouveauté. i83i. 
Vhalen, Imprimeur-libraire, (à Bruxelles?) 
Les deux autres volumes, du même format 
in- 18, sortent des presses de Rignoux, à 
Paris.) l'indication suivante : 

Vers manquant dans la chauson {sic) intitulée 

VEnrhumé. 

Mais le papa... (V, Big.) 
Puis la clef des initiales. A. B. 



Un vers de Tartuffe (V, 339). — Errare 
humanum est : perseverare diabolicum. 
(Il est de la nature humaine de se tromper; 
s'obstiner dans l'erreur est de celle du dia- 
ble). Donc, je me suis trompé dans la ré- 
ponse qu'a insérée Y Intermédiaire- J'ai 
relu la scène <iu Tartuffe où se trouve le 
vers en question; j'aurais dû la relire avant 
de répondre, au lieu de me fier à ma mé- 
moire. Il est vrai (circonstance atténuante) 



M I 



N* II 6.] 



L'INTERMEDIAIRE 



607 



608 



que ma bibliothèque était en déménage- 
ment. 

J*ai attribué à Tartuffe le mot : Dieu 
vous aide! Cest Orgon qui le dit, dans le 
discours de Dorine. La conclusion reste la 
même, car Dorine reproche à Orgon sa 
platitude vis-à-vis de Tartuffe ; d'où il suit 
Qu'il n'était pas d'usage de roter à table et 
de dire à ceux qui rotaient : Dieu vous 
aidel comme on disait à ceux c^ui éter- 
nuaient : A vos souhaits! ou Dieu vous 
assiste! On ne peut pas ne pas éternuer; 
on peut ne pas roter à table ; on doit sur- 
tout dissimuler cette impolitesse, si on la 
commet involontairement. 

L'exemple tiré de Juvénal est-il bien 
concluante J'en doute quelque peu; chez 
les Romains, tout était présage; le rot était 
un présage, et c'est pourauoi, du moins je 
le pense, les parasites s empressaient de 
congratuler l'amphytrion qui rotait. La 
réflexion qui suit n'en est pas moins juste. 
Après m*être rectifié, me sera-t-il permis 
de rectifier C. D.? Il s'agissait bien, dans 
la pièce du Tartuffe^ de roter à table, puis- 
que Dorine venait de rappeler les extases 
a'Orgon sur le large appétit de son cher 
Tartuffe. E. G. P. 



Le co({ gaulois (V, 342). — Je possède 
un atlas intitulé : Atlas moderne.,, qui est 
de 1762. Outre un magnifique frontispice 
gravé par Prévost, d'après Monnet, il est 
orné de nombreuses gravures parChoffart, 
d'après lui-même, et par Berthaud, d'après 
Marilier. Une de ces dernières s'applique 
à la France divisée par gouvernements 
militaires. On y remarque un coq au-dessus 
des attributs des arts. — Bien que cette 
gravure soit postérieure à celles qui ont 
été citées dans les réponses que contient 
V Intermédiaire^ je la cite pour montrer 

3ue l'emblème du coq était passé dans le 
omaine public pour représenter la France. 

E. G. P. 



Le pont d'or (V, 3^2). — a Napoléon, 
apprenant la perte de la bataille de Culm 
(30 août 181 3), ne peut concevoir comment 
Vandamme se soit laissé entraîner en Bo- 
hême. « A une armée qui fuit, répète- t-il, 
a il faut faire un pont d or ou opposer une 
« barrière d'acier... — Voilà la guerre, dit 
tt ensuite l'empereur au duc de Bassano : 
u bien haut le matin et bien bas le soir. » 
{Bibliothèque historique et militaire, t. VII, 
660.) A. Benoit. 



Coiffer sainte Catherine (V, 346). — Voici 
une explication due à Quitard : 

« C'était autrefois l'usage, en plusieurs 
provinces, le jour où une jeune fille se 
mariait, de confiera une de ses amies, qui 



d'arranger la coiffure nuptiale, dans l'idée 
superstitieuse que cet emploi portant tou- 
jours bonheur, celle qui le remplissait ne 
pouvait manquer d'avoir à son tour un 
époux dans un temps peu éloigné; et Ton 
trouve encore |iu village plus d'une jouven- 
celle qui, sous le charme d'une telle super- 
stition, prend secrètement ses mesures afin 
d'attacher la première une épingle au bon- 
net d'une fiancée. Or, comme cet usage 
n'a jamais pu être observé à l'égard J au- 
cune des saintes connues sous le nom de 
Catherine, puisque, d'après la remarque 
des légendaires, toutes sont mortes vierges, 
on a pris de là occasion de dire qu'une 
vieille fille reste pour coiffer sainte Cathe- 
rine, ce qui signifie en développement 
qu'il n'y a chance pour elle d'entrer en 
ménage qu'autant qu'elle aura fiait la toi- 
lette de noces de cette sainte, condition 
impossible à remplir. » 

C'est un peu bien tiré par les cheveux; 
je reproduis l'explication et la donne pour 
ce qu'elle vaut. J. E. — G. 

Mort de Louis-PhiUppe (V, 373). - Je 
trouve, par hasard, en rangeant de vieux 
papiers et d'anciennes épreuves d'impri- 
merie, une réponse à peu près complète à 
cette question historique, adressée à 17n- 
termédiairCy il y a plusieurs mois, et restée 
depuis sans solution, comme tant d'autres 
questions qui pourraient donner lieu à des 
éclaircissements curieux, si les témoins 
oculaires et les contemporains voulaient 
parler. Ma réponse est renfermée dans 

3uatre pages, que j'ai cru devoir supprimer 
ans le tome IVde mon Histoire politique, 
anecdotique et populaire de Louis-Napo- 
léon (Paris, Dufour et Mulat, i852, 4 vo- 
lumes grand in-8«, avec figures et portraits). 
Ces quatre pages figuraient en tête du 
chapitre XII de ce volume; je les ai re- 
tranchées après l'impression, et elles sont 
remplacées par un carton dans tous les 
exemplaires de cet ouvrage, qui est si peu 
connu et qui a été tiré pourtant à plus 
de vingt mille exemplaires. Voici donc la 
reproduction des quatre pages originales, 
oui du moins ne seront pas ici un hors 
a 'œuvre : 

« Le Président de la République, en re- 
venant à Paris, avait eu la nouvelle de la 
mort du roi Louis- Philippe. 

« Il ne conservait aucun ressentiment 
personnel contre le chef de la dynastie 
d'Orléans, et il se plut à rendre hommage, 
par quelques mots remplis de délicatesse 
et de convenance, à la noble résignation 
que le vieux roi avait montrée dans l'in- 
fortune. 

tt Louis -Philippe, cependant, venait de 
succomber, non à un accès de maladie su- 
bite, mais à une crise de douleur morale. 
a A son arrivée en Angleterre, après les 



désirait faire bientôt comme elle, le soin | mystérieux et tragiques événements de fé 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 oct. i86g. 



609 - 



610 



vrier 1848, il était tombé dans le marasme 
et dans un morne désespoir. 

a Lord Wellington alla le voir, et le 
trouvant gravement atteint de consomption 
et tout à fait découragé, il employa les in- 
génieuses ressources du raisonnement et 
de la persuasion, pour faire croire au royal 
exilé, que son rôle avait été assez glorieu- 
sement joué jusqu'au bout; que 1 Europe 
lui devait dix-huit ans de paix, la France, 
dix-huit ans de prospérité, et qu'il n'était 
tombé du trône que sous les efforts irrésis- 
tibles d'une immense conspiration révolu- 
tionnaire. 

« Louis-Philippe releva la tête et ne s'ac- 
cusa plus de faiolesse ni de vertige vis-à-vis 
des événements imprévus qui l'avaient fait 
sortir des Tuileries, fugitif et proscrit. 

« — Ma part, en effet, est assez belle, 
disait-il avec confiance; pendant dix- huit 
ans, à moi seul, j'ai tenu en échec la révo- 
lution qui menaçait l'Europe. J'aurai de 
bonnes pages dans l'histoire ; on me saura 
gré de ces dix-huit ans de règne. C'en est 
fait, je suis le dernier roi de France. 

« Louis -Philippe avait repris à la fois 
santé et bonne humeur; il écrivait ses 
mémoires, il vivait paisiblement à Clare- 
mont, au milieu de sa famille; quelquefois, 
il soupirait en songeant à la couronne qu'il 
avait perdue, mais il se disait, pour se con- 
soler, que si Ton triomphe aisément d'une 
émeute, on n'arrête pas une révolution. 

« La lumière cependant commençait à 
se faire dans les ténèbres de cette révolu- 
tion de février, qui n'avait été qu'une pa- 
nique et qu'une surprise. 

« Un nommé Chenu, qui' avait été 
l'homme de confiance de Caussidière, et 
qui ne se pardonnait pas d'avoir prêté la 
main aux œuvres de desordre des sociétés 
secrètes, fit amende honorable , en révélant 
au p.ublic les origines et les ressorts cachés 
d'une révolution, qui s'étaitipréparée dans 
un bureau de journal entre vmgt ou trente 
conspirateurs obscurs, plus audacieux 
qu'habiles. 

a Ce livre, intitulé ': Les Conspirateurs 
de 1848, eut un prodigieux retentissement 
par toute l'Europe ; la France eut honte 
d'avoir été dupe d'une pareille mystification 
républicaine, et l'on oublia que le hasard 
seul avait fait la besogne des auteurs im- 
prévus de la révolution de Février. 

ft L'exilé de Claremont, suivant son ha- 
bitude invariable, ne lisait pas les journaux; 
il n'entendit parler que fort tara du livre 
de Chenu ; il fut curieux de le connaître. 
On ne sait qui le lui apporta. 

a Un soir, pendant que la reine dormait 
à ses côtés, il lut ce livre rapidement; une 
fièvre ardente courut dans ses veines; il 
fit une secOTde lecture du livre; la fièvre 
avait atteint son paroxysme, et le vieux roi, 
la poitrine oppressée et sifflante, prome- 
nait autour de lui un regard morne et dé- 
solé ; il voyait tous ces conspirateurs, que 



Chenu a peints d'après nature, se dresser, 
comme des spectres, à son chevet, et il 
croyait entenare leurs insultes, leurs rail- 
leries et leurs menaces. Cet affreux cau- 
chemar, qui le poursuivait éveillé, ne s'é- 
vanouit qu'au point du jour. 

« — Sire, lui demanda la reine qui l'a- 
vait entendu soupirer et s'agiter dans son 
lit, Sire, vous ne dormez pas? Etes- vous 
malade? 

(i — Ah 1 ma pauvre amie, c'est le coup 
de la mortl s'écria le roi avec un accent 
déchirant. Ce livre, ce livre m'a tué ! 

« — Quel livre? reprit Marie-Amélie, se 
levant avec précipitation et toute trem- 
blante. Vous avez fait un mauvais rêve, 
Sire! 

« — Plût à Dieu que ce fût un rêve ! dit 
le roi en lui montrant l'ouvrage de Chenu. 
Vous savez bien, la révolution du 24 fé- 
vrier? Ce n'était pas le peuple, ce n'était 
pas la France, ce n'était pas une révolu- 
tion! C'était, j'en ai honte; c'était une 
misérable conspiration d'estaminet ! 

« — Sire, Sire, vous êtes encore sous 
l'impression de ce rêve pénible. Remettez- 
vous ! Tout cela est bien loin. Vous êtes en 
sûreté, en Angleterre, à Claremont... 

« — Et quand je pense cjue je n'ai pas 
été averti I interrompit le roi. Il y avait des 
ministres..., Non, les ministres avaient dé- 
posé leur démission entre mes mains!... 
Mais il y avait un préfet de police, un hon- 
nête homme, M. Delessert... Il y avait un 
général chargé du commandement de la 
division militaire; il y avait un général en 
chef de la garde nationale !. .. Et, personne, 
personne n'est venu me dire que ce n'était 
rien, pas même une insurrection!... Oh! 
Madame, c'est afïreux ! être entouré de traî- 
tres et d'aveugles!... Destinée des rois!... 
Mais je n'étais pas un roi comme un autre, 
je gouvernais!... 

a — Sire, au nom du ciel, calmez-vous! 
disait la reine. A quoi bon vous exalter 
ainsi? Le passé est passé, n'y songeons 
plus! 

« — Moi! j'en mourrai... J'ai été faible, 
j'ai été imprévoyant, j'ai été pusillanime! 
Triste fin d'un grand règne!... Lisez, lisez 
le livre ! Vous y verrez que cette révolu- 
tion qui a brisé un trône, qui a chassé une 
dynastie, qui a failli engloutir l'Europe 
dans l'abîme de la France, eh bien! ce 
n'était qu'une conspiration de bas étage, 
qui disposait à peine de quelques centaines 
d'hommes et qui n'eût pas tenu deux 
heures, si je m'étais conduit en roi, si j'é- 
tais monté à cheval, si j'avais seulement 
donné l'ordre de résister... Oh ! Quelle 
faute irréparable! N'avoir pas su! n avoir 
pas vu! n'avoir pas compris!... Il y a de 
quoi devenir la risée de l'Europe! un roi 
aes Français qui abdique, qui s enfuit de- 
vant vingt conspirateurs!... 

« L'exaltation fébrile du roi ne faisait 
que s'accroître à mesure qu'il repassait dans 



N- II 6.1 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 6ii 



612 



sa mémoire toutes les circonstances de son 
départ précipité des Tuileries; les exhor- 
tations et les prières de la reine n'avaient 
plus le pouvoir de le ramener à des idées 
de résignation et de patience. Il s'accusait 
lui-mcmey il accusait tous les hommes po- 
litiques qui l'avaient approché et conseillé 
dans la nuit et dans la matinée du 24 fé- 
vrier, il accusait sa famille, ses fils, la du- 
chesse d'Orléans, la reine : a On l'avait 
a trompé, disait-il, on l'avait mal instruit 
a de ce qui se passait; sa sortie des Tuile- 
o ries, sa fuite à travers la France, n'a- 
« vaient été que les fatales conséquences 
tt d'un malentendu. » Là-dessus, il citait 
des passages de la brochure, qu'il avait 
retenus dans sa mémoire ; il les commen- 
tait, il les rattachait à des particularités de 
sa conduite pendant les jours de crise par- 
lementaire, oui amenèrent sa chute. 

« Les méaecins furent appelés; il les 
congédia, sans vouloir répondre à leurs 
questions, sans avoir égara à leurs ordon- 
nances; il disait qu'il n'avait pas trop de 
temps pour s'occuper de ses affaires de roi. 
On aurait pu le croire en démence, s'il 
n'avait pas repris tout son sang-froid. Il 
relut diverses parties de ses mémoires 
manuscrits ; il y fît des changements et des 
corrections ; if s'affaiblissait visiblement, 
et la fièvre, en devenant plus lente, ne 
changeait pas de caractère; les médecins 
n'avaient pas caché qu'ils craignaient une 
catastrophe immédiate. 

« La révolution de Février était toujours 
l'idée fixe du vieillard; il pria la reine 
d'écrire sous sa dictée, et il dicta longtemps, 
d'une voix débile mais avec une merveil- 
leuse lucidité d'esprit; ce qu'il dictait 
ainsi, c'était l'histoire des dernières heures 
de son règne ; c'était un jugement impar- 
tial et lumineux sur les événements aont 
il avait été victime. Il ne voulut pas s'ar- 
rêter, malgré la fatigue qu'il éprouvait, 
avant d'avoir terminé la tâche suprême 
qu'il s'était imposée ; enfin, la voix expira 
sur ses lèvres, il avait fini de dicter, et l'a- 
gonie allait commencer. 

« Les médecins déclarèrent à la reine 
que le roi n'avait plus que peu de temps à 
vivre ; la reine alors n'hésita pas à lui de- 
mander qu'il voulût bien accepter les se- 
cours et les consolations de la religion. 
Louis -Philippe se soumit volontiers au 
désir de sa pieuse épouse. Une messe des 
agonisants mt célébrée dans sa chambre, 
en présence de toute sa famille, et il reçut 
les derniers sacrëbents avec calme et sé- 
rénité. Il était sept heures du soir. Pen- 
dant la nuit, sa femme, ses enfants, ses pe- 
tits-enfants veillèrent en silence autour de 
son lit; il parla peu, parce qu'il n'avait 
plus la force de se faire entendfre. 

« — A-t-on des nouvelles de France? 
dit-il. "■' ' ■ ' ' 

« Et comme on ne savait que lui répon- 
dre, il ajouta, en s''èffttrèant d éle^^rlaTOix : 

':_ .'.OUI ii ^ ij ..- .-i .V 



« — Je voudrais bien enaporter avec moi 
la certitude de reposer en France dans l'é- 
glise de Dreux, auprès de mon bien-aimé 
fils Charles!... 

a II soupira et se tut; ses yeux s'étaient 
remplis de larmes, à ce souvenir doulou- 
reux. Il se tourna vers sa famille et lui 
adressa de touchantes recommandations, 
pleines de raison, de prévoyance et de dé- 
licatesse. On assure cependant qu'il invita 
le duc de Nemours, comme chef de la fa- 
mille d'Orléans et tuteur de son neveu, le 
comte de Paris, à ne faire aucun pacte 
politique avec les Bourbons de la branche 
aînée. 

a L'agonie se prolongea jusqu'au jour; 
à huit heures du matin, le mardi 26 août 
1849, ^^ ro^ Louis-Philippe cessa de vivre, 
sans convulsions et sans souffrances. 

« Ses obsèques eurent lieu, le 2 septem- 
bre, à Claremont. Sa famille n'avait fait 
aucune démarche auprès du gouvernement 
de ia République pour que les restes de 
i' ex-roi des Français fussent transportés en 
France et déposés dans les caveaux de l'é- 
glise de Dreux, suivant sa suprême volonté. 
On savait bien cependant que les lois d'exil 
tombent devant un cercueil, v 

Je déclare que '<:e récit est la fidèle re- 
production des renseignements que je te- 
nais alors de la bouche même de M. E..., 
à qui les avait rapportés avec émotion un 
des ministres de la monarchie de Juillet, 
à son retour des obsèques de Louis-Phi- 
lippe. P. L. Jacob, bibliophile. 



Quel est le nombre de lettres, de mots 
qu'il y a dans la Bible? (V, 401.) — Vers 
le VI« siècle de notre ère, un monument 
grandiose fut élevé par l'Académie juive 
de Tibériade : c'est le texte hébreu de la 
Bible, irrévocablement fixé d'après les mo- 
numents les plus authentiques, et accom- 
pagné d'un travail critique indiquant l'or- 
thographe exacte et un certain nombre de 
variantes qui méritaient d'être notées. Ce 
travail reçut le nom de Maçora (tradition] : 
il est fait avec le' soin le plus minutieux, 
et, pour garantir le texte de toute altéra- 
tion, les auteurs indiquent le nombre des 
versets, des mots et même des lettres con- 
tenus dans chaque livre. 

C'est aussi de ciétte époque que datent 
les poiÉrts-voyelies et ' les accents qui ac- 
compagnent le texte biblique. 

Sur les détails de ia Massore, on peut 
voir: Jean Buxtorf, Tibefias $ive commen- 
tarius Masorethicus, Basileœ. 1666, in-4"' 

Ad. D. 

Yitry-Ie-Françoi8 (V, 453).— M. Henri 
Martin {Histoire de France populaire^ 
3« série, p. 211) répond : wVitri-le- Brûlé 
ayant été rebâti, quatre siècles après, par 
le roi François I", prit alors le nom de 



~ 6i3 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 

' < «-f 1 o t r(M »« f ta »t f 



[25 oct. 1869. 



Witn'le-FrançQîs , qu'on écrit aujourd'hui 
à tort ^itri-le Français. » Yézimat. 



La boprgaignote (V; ^67). — La ré- 
ponse à cette question, plus compendieu- 
semteat .exposée, aue;l^ réponse de la page 
549, se trquve aans le np (je mai 1869, 
page t55^ du Magasin pittoresque, avec 
deipc beaux -spécimeps d armet et de.^our- 
guignote y remarquablement gravés ^ur 
bois. 

Le fait du changement ,d'pn, casque (le 
fer en chapeau à plume n!a,rijen... d ébou- 
riffant. On a bien appelé casque (d'où cas- 
quette) une coiffure de 4an^e, dont un 
portrait lithographie de Ma(iame la du- 
chesse de Berry a consacré la forme ridi- 
cule, mais d'un porter élégant et fashio- 
nable en 1828. (Voir les journaux de 
MM. de la Mésangère et consorts.) Et les 
calèches de nos grand'mères! S'est-on ja- 
mais cru en droit de leur reprocher de 
porter des « huit -ressorts p sur leurs 
têtes ? Mais pour en reyenir à la bourgui- 
gnote, au X?VII« siècle, c'était bien une 
sorte de coiffure, car je trouve dans le rè- 
glement de l'Académie de Puylaurens 
(1679) cette phrase significative : « Les 
« écoliers en théologie seront modestes en 
« leurs vêtements , ne porteront point de 
a cravates ni de hourguignotes , ni des ar- 
a mes ou bâtons, ni autre chose contraire 
a à la modestie, ni des cheveux longs, et 
« seront vêtus de noir, etc. » Un casque 
de fer ne saurait être rangé dans la classe 
des objets de toilette « contraires à la mo- 
destie, » ni assimilé à une a cravate. » Il 
s'agît d'un chapeau. Cz. 



Armoiries d'Etienne et Bernard Picart 

(IV, 202 ; V, 483). — Je puis informer en- 
core M. Cz. (dont j!aimerais bien savoir le 
vrai nom) : 

1° Que Etienne Picart, dit le Romain, 
père de Bernard, naquit à Paps le 2 1 0(:- 
tobre i632, et mourut à Amsterda^m le 
12 novembre 172 1.. (M. Jal, dans son Dic- 
tionnaire critique de biographie et d^his- 
toire, Paris, 1867, donne, -^ par une faute 
d'impression peut-être, — le. 21 novem- 
bre^ 4721.) 

2® Que Bernard Picart, né à Paris, le 
1 1 juin 1673, mort à Amsterdam, mai 1733, 
épousa Claudine Prost, à Paris, le 2 5 
avril 1702, fille de Hierosme, Prost et de 
Françoise Cramoisy. Tous deux demeu- 
raient rue Saint-Jacques, vis-à-vis les Ma- 
thurins. 

3** Que de ce premier mariage , Bernard 
Picart eut un fils, qu'il fit baptiser « Ro- 
ger, » le 18 février 1703. 

40 Que Bernard Picart fut bien fiancé 
avec Anne Vincent, à Amsterdam, mais 
qu'ils se sont épousés d^ns l'égalise >yal- 



614 



lonne, à Harlem, le 2 5 septembre 171 2 
(sur âtfést^florf â'AîiSsfèrdim). — •< ' » 

5<» Que de ce second mariage, outre un 
fils Nicolas (doat parle M. Cz., mais qui 
m'était entièrement inconnu), Bernard Pi- 
card eut encore trois filles, savoir : 

L Anna Picart, mariée d'abord à Siméon 
Elin, et ensuite à Jean Tissot ; 

IL Catherine Picart, mariée d'abord à 
Jean Marret, ensuite à Reinees Floris 
Elin (frère du susdit Siméon Elin) ; 

II L Angélique-E^ther Picart, mariée à 
Jean Lacost^ (d'une famille originaire de 
Montauban). De ce mariage naquit, entre 
autres : Catherine Lacoste, ma bisaïeule 
maternelle, née à Amsterdam le 8 mars 
17J.Q, et baptisée le 3o à la vieille église 
waifopne. ' 

J'aimerais maintenant beaucoup savoir : 

iO|Et principalement^ les armoiries de 
cette famille Pic^^j-t; 

20 Ce qu'on sait de Roger Picart, fils du 
premier mariage, et de Nicolas Picart, fils 
du second mariage de Bernard Picart; 

3® S'ils ont eu des descendants? 
(Amsterdam.) J.-G. de Groot Jamin Jr. 



Galands d'or (V, 484). — Les galands 
d'or n'étaient pas autre chose que des 
nœuds de rubans dont on surchargeait 
l'habit et le devant du haut-de-chausse. On 
ne se servait déjà plus de cette expression, 
du temps de Richelet, qui blâme Voiture 
de l'avoir employé, en disant : « Le mot 
« de galant, en ce sens, ne se dit plus, et 
« ainsi Voiture, qui l'a écrit, n'est pas à 
a imiter en cela. » A. Nalis. 



Galant, comme petite oie, s'entendait des 
rubans, de la garniture, etc., de tout ce 
qui servait à l'embellissement de l'habit. 

A. N. 

— C'est ^pus Louis XIII qu'arriva d'Es- 
pagne, où il signifie amant, le mot galan, 
qyi, eUi JFrance, servit. à désigner les ru- 
bans d'or et de soie dqnt souvent on fai- 
sait, régal slux dames. Vojture, envoyant, à 
Mademoiselle de Rambouillet douze gala^nts 
pour une discrétion perdue par lui, n'a pas 
manqué de jouer sur ce mot : « Puisque 
la discrétion est la principale partie d un 
galant, je crois qu'en vous en envoyant 
douze J je vous paye bien libéralement ce 
que je vous dois. Ne craignez pas d'en 
prendre un si grand nombre, vous qui, 
jusquès ici, n'en avez voulu recevoir pas 
un; car je vous asseure que vous pouvez 
vous fier à ceux-ci, et qu'ils se sauront 
taire des faveurs que vous leur ferez, etc.' » 
{Œuvreà de M, de Voiture. Paris, Augus- 
tin Courbé, MDCLVI, p. 175.) 

(JMétz'.j Th. p. 

Mots^ spéciaux des Contes de Madame 



N« 116.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



6i5 



616 



d'Aolnoy. — Médecin de Ghodrai (V, 

499)- — 

Alidor, depuis peu, par Thymen étoit joint 
Avec une fille charmante. 
Mais d*une santé languissante, 

Et oui de jour en jour perdoit son embonpoint. 

Apres avoir en vain, aux dépens de sa bourse. 
De maint remède fait ressay. 

Il voulut la mener, pour dernière ressource. 
Voir le médecin de Chaudray. 

On sait que, sans latin , sans grec, et sans science, 
Avec la seule expérience, 
Sur les maux souvent il dit vra^. 

Lorsque ce médecin Teut bien exammée : 

tt Vous avez, luy dit-il, été mal accouchée. 

— Ha ! reprit Alidor, Monsieur, vous voustrom- 

[pez : 
Son mal vient de quelque autre cause. 
Depuis trois mois au plus nous sommes mariés. 

— C'est, dit le médecin, tout ce que vous vou- 

Je ne puis vous dire autre chose. [drez. 

Feu Baraton, contemporain. 



Frater et merlan (V, 5oi)- — Il paraît 
qu'avant de placer le merlan dans la fri- 
ture , on le saupoudre de farine. C'est au 
poisson ainsi accoutré que l'on aurait com- 
paré les perruquiers toujours tout blancs 
de poudre. O. D. 

— Du temps où l'on usait et abusait de 
la poudre... à poudrer les cheveux, les 
perruquiers, obligés de se servir toute la 
journée delà boîte et de la houppe, ne pou- 
vaient éviter de poudrer leurs vêtements, 
de même que les meuniers sont toujours 
couverts de farine. Quelque malicieux ga- 
min de Paris compara un jour un artiste 
capillaire à l'un de ces poissons, fort com- 
muns dans toutes les boutiques de rôtis- 
seurs, et que Ton passe dans la farine 
avant de les plonfîer dans la friture. Le 
mot fit fortune... Voilà ce que j'ai souvent 
entendu dire par ma mère-grand. Mais 
pourquoi les perruquiers, plutôt que les 
meuniers? Parce qu'il n'y a jamais eu beau- 
coup de meuniers à Paris, et que l'on 
voyait, au contraire, courir au long du 
jour les perruquiers oui allaient à domi- 
cile, beaucoup plus qu aujourd'hui, accom- 
moder leurs pratiques. 

(Saint-Malo.) A. G. J. 

— Je n'ai rien trouvé sur l'origine de ce 
nom latin appliqué aux barbiers. Le Dic- 
tionnaire de V Académie dit qu'il n'a été 
donné aux chirurgiens que par plaisante- 
rie. Ce n'est qu'un /rj/er, c'est à-dire un 
mauvais chirurgien. Quant au mot mer- 
lauy l'explication en est facile. Lorsque 
l'usage de la poudre dans la coiffure a été 
général, les barbiers ont pris l'habitude de 

Eorter des habits gris à cause de la traînée 
lanche ou plutôt des taches blanches que 
la poudre y laissait. Le gris glacé de blanc 
leur a donné une ressemblance éloignée 
avec le merlan au ventre blanc, 

E. G. P. 



— Merlan : a Sobriquet donné à unper- 
ruQuier à cause de la poudre qui couvre 
ordinairement ses habits. »(Dhautel,Dic- 
tionnaire du bas langage. Paris, 1808, 
2 vol. in-8.) — « Le peuple emploie cette 
expression depuis Tinvention de la poudre 
à poudrer, parce qu'alors les perruquiers 
étaient toujours eniarinés comme prêts à 
mettre en la poêle à frire. » (A. Delvau, 
Dictionnaire de la langue vertCy 2» édi- 

* tionj 1867.) Cette locution date, en effet, 
pour le moins du XVIII" siècle : on la 
trouve usitée dans une chanson contre 
M . de la Peyronie, premier chirurgien du 
roi Louis XV, citée dans le Journal de 
r avocat Barbier. (Août 1 744) : 

Sur l'air : Des Pendus. 

Or, écoutez, petits et grands. 
L'histoire du chef des Merlans ( i]. 
Qui s'est joué, l'infâme traître. 
Des jours de son roi, de son maître. 
Et faillit à nous perdre tous 
Pour complaire a Madame Enroux (2). 

/ Ulr. 

— J'ai dans mon cabinet un plat à barbe 
en faïence populaire de l'Artois, sur lequel 
on Ht : 

C'est aujourd'hui 
Merland fri (sic). 

Ce oui, évidemment, signifie : C'est au- 
jourd'hui jour de barbe, à cause de la res- 
semblance que présente le visage bar- 
bouillé de mousse de savon avec un merlan 
saupoudré de farine qu'on va jeter dans la 
poêle. En vertu d'un trope fréquemment 
employé, l'épiihète a passé du barbouillé 
au barbouilleur, du patient au frater. 
(Chauny.) D' A. Warmont. 

— Les Excentricités du langage de L. 
Larchey nous fournissent une réponse à 
la seconde partie de cette question. Voici 
ce qu'on y ht au mot merlan : « Sobriquet 
donné à un perruauier à cause de la pou- 
dre qui couvre ordinairement ses habits. » 
tt La Peyronie est chef des perruquiers, 
qu*on appelle merlans parce qu'ils sont 
blancs. » {Journal de Barbier, 1 744) 

a M'adressantà un merlan qui filait une 
perruque (Chateaubriand). Je vais me faire 
merlander [faire coiffer), » J. R. 

Fraudes pieuses, tromperies honnêtes 
rV, 5oi). -- Trier, c'est Trèv^, dansla 
cathédrale de laquelle on conserve « la 
robe du Christ sans couture, une partie de 
la couronne d'épines et un clou de la 
croix. » En l'automne de 1844, un n^'^l'®'^ 
de fidèles vinrent visiter ces objets. 

RiSTELHUBER. 

— Deux villes, dans le^ Pays-Bas, por- 
tent le nom de Trajectum, passage (//*tf/^0 

(i) « Il est chef des perruquiers que l'on ap- 
pelle merlans, parce qu'ils sont bhrncs. » 

(2) « La duchesse de Châteauroux. »^{Notes 
de Barbier. T. III, p. 537, ^ditipn Charpentier.^ 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 oct. i86q. 



617 



618 



Trajectum ad Mosam, Maastricht, et Tra- 
jectum ad Rhenum, ou Trajectum vetuSy 
ou Ultrajectum, Utrecht. 

Trier est le nom allemand de Trêves, 
Augusta Treverorum, capitale de l'ancien 
électorat de ce nom. 

Auxois ou Aussois est le nom d'un petit 
pays dans la Bourgogne (Alesiensis Pagus) 
(Avallon, Semur). Je ne trouve rien de 
semblable dans la Lorraine. Ad. D. 

— Trier est le nom allemand de Trêves. 

Th. p. 



6. Bastianini, statuaire (V, 502). — En 
tête des œuvres de Girolamo Benivieni, 
imprimées à Venise en i522, se trouve un 
frontispice avec ces paroles de l'Ecriture : 
Fa. che. Tu, Non, Faci.A me. Questo. che. 
Tu. Non. Voi, Per. Te,, dont feu Bastia- 
nini ne se serait pas souvenu , s'il est vrai 
qu'il se soit prête à « une ruse bien our- 
die, y> pour faire acheter d'abord, comme 
une œuvre de la Renaissance, sauf ensuite 
a à en revendiquer la paternité, » le buste 
de Benivieni, qui fut si justement admiré 
à l'Exposition de l'Union centrale des 
Arts, en 186 5 et depuis au Louvre. 

Le 2 5 janvier 1869, fut vendue à la rue 
Drouot une cheminée monumentale de 
cet artiste contemporain, provenant de 
l'hôtel Basilewski : « Cheminée ornée 
ft d'une frise représentant des Romains 
« forçant les premiers chrétiens à adorer 
« la statue d'un dieu païen. » Tout en ad- 
mirant la pureté immaculée du marbre, 
et la grande habileté de main du prati- 
cien, on avouera que rien dans cette com- 
position banale ne dénote « un si admira- 
ble génie, » et il n'est pas surprenant, dès 
Jors, que, sans « pertidie » aucune, « Ton 
niât qu'il fût l'auteur » du magnifique 
buste de Benivieni, qui possède, lui, à un 
si haut degré , la Stampa del Cinque 
Centol Cette cheminée fut adjugée aussi 
pour à peu près la valeur du marbre. 

P. A. L. 



Le c( Gheyal de Desaix, > peint par Carié 
Vernet (V, 5o2).— Je ne connais pas cette 
lithographie de Victor Adam, mais d'a- 
près Ta description de M. Ulrich, cela doit 
être une étude d'après celui qui se trouve 
auprès de Desaix blessé mortellement, au 
centre du grand tableau, par Carie Vernet, 
dans les galeries de Versailles, représen- 
tant la bataille de Marengo. — J'ai vu, il y 
a bien des années, dans, la chapelle du mo- 
nastère du grand Saint- Bernard, un bas- 
relief en marbre, qu'y fit ériger le premier 
consul, où l'on voit aussi le cheval de De- 
saix, et l'aide de ca mp Lebrun (plus tard duc 
de Plaisance) relevant son général. J 'en ai 
un trait à Teau-forte. J'ignore quel degré 
d'authenticité peuvent avoir ces chevaux 
de grands capitaines, par Victor Adam ; 



j'ai de lui Copenhague, le cheval du duc 
de Wellington, et le cheval de Napoléon, 
mais je possède aussi une gravure faite en 
1 809, par Hess, Bavarois, peintre de ba- 
tailles de quelque célébrité. Elle a un 
grand cachet de vérité. Il y a écrit au bas: 
« Ali, cheval de bataille de Napoléon. Ce 
« cheval, âgé à présent de vingt ans (en 
« 1809), fut pris en Egypte sur Ali-Bey, 
« et monté par un dragon du i8« régi- 
« ment, (Il a le chiffre 18 marqué sur la 
« hanche.) Pris parles mameluks, et repris 
« par les François, il se fit remarquer du 
a général Menou, qui, l'ayant emmené en 
« Europe, le céda au premier consul. 
« L'empereur l'a monté depuis dans toutes 
a les batailles, et dernièrement dans celle 
« de Wagram, de quatre heures du matin 
a jusqu'à six heures du soir. L'auteur l'a 
« dessiné d'après nature à Schœnbrunn. » 
Cette bataille de Wagram fut livrée et 
gagnée dans de beaux champs de blé, dont 
rartillerie du général Lauriston ne laissa 
pas un épi sur pied. Ce qui fit dire à 
Carie Vernet que c'était une bataille ga- 
gnée d'emblée (dans blé). P. A. L. 



Bride, avallée TV, 53o). — Bride avalée 
est évidemment la même chose que bride 
abattue, bride qu'on laisse aller en aval, 
en bas, qu'on ne retient plus. Le Diction- 
naire de TAcadémie pouvait répondre à 
la question ? B<*» Piot. 

Mettre les pieds dans le plat |V, 33o). 

— C'est-à-dire, ne pas se gêner, — fouler 
aux pieds le qu'en dira-t-on, — en prendre 
à son aise, ~ faire comme chez soi, — 
comme font souvent, par exemple, les 
chiens ou les chats, qui pour lécher un 
plat plus commodément, commencent par 
se planter dedans. Ulr. 

— Ne serait-ce pas imiter les animaux 
domestiques, les chiens, les chats, qui 
mettent les pattes dans les plats, quand 
ils veulent manger vite, ce qui ne leur est 
pas destiné? 

C'est donc être grossier, impoli, ne pas 
savoir vivre, se mêler insolemment de ce 
qui ne nous regarde pas. 

(Alençon.) C. E. D. 

— Avant même de connaître Torigine, 
et pour être fixé sur la véritable significa- 
tion de cette locution, je crois qu'il est bon 
de constater les différents sens qu'on lui 
attribue dans telle ou telle partie de la 
France. En Bretagne, mettre les pieds 
dans le plat, c'est : commettre une énor- 
mité, ne garder aucun ménagement, dé- 
passer les bornes. On met les pieds dans 
le plat, en parlant corde dans la maison 
d'un pendu; idemj lorsque échauffé par la 
discussion, on jette à la figure de son ad- 
versaire, en mettant les points sur les î, 



N» II 6.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



619 



620 



une bonne grosse vérité, qui n*est pas à la | 
louange du susdit ; idem, il y a quelques 
prêtres qui mettent les pieds dans le plat^ 
en contrevenant aux 6* et 9* commande- 
ments de Dieu. Voilà trois nuances dis- 
tinctes ; elles s^expliouent également par 
la métaphore tirée de l'action éminemment 
sotte, brutale et malhonnête de mettre les 
pieds dans le plat. 

(Saint-Malo.) A.-G. J. 



Paire ripaille (V, 586). — En 1372, 
Bonne de Bourbon, comtesse de Savoie, 
fait construire une maison de plaisance sur 
les bords du Léman. Elle y donne des 
chartes de privilèges accordes à Thonon 
en 1384, ^t c^^^^ maison de Ripaille ne 
devient un couvent qu'en 14 10, de par 
Amédée VIII, qui y installe des religieux 
augustins. En 1430, le duc y fait bâtir « un 
donjon à sept tours, » et Quatre ans après, 
y convoque les députés" aes trois états de 
Savoie, et remet le pouvoir exécutif aux 
mains du prince Louis. Mais avant cette 
retraite définitive, le vieux duc, veuf, et 
fatigué des affaires et de l'appareil des 
cours, se retirait à Ripaille ave^ ses plus 
intimes conseillers. Il s'entoura d'eux d'ans 
sa retraite. Tous âges, tous veufs comme 
leur maître, les seigneurs du Saix, du Co- 
lombiex, de Menthon et quelques autres, 
— ils étaient sept, — n'avaient, pour leur 
entretien, qu'une pension annuelle de 
1800 florins d'or, assignée sur la cassette 
du duc ; 600 pour le premier ; 200 pour 
chaque chevalier. En tout, moins de 
20,000 fr. de notre monnaie. C'était assez 
pour une société de vieillards, mais était- 
ce suffisant pour mener une vie volup- 
tueuse, tenir table ouverte et faire liesse 
et bonne chère ? Si l'on ajoute à la dépense 
des habitants de Ripaille, celle d'un nom- 
breux domestique (écujers, etc.), on peut 
en conclure que c'étaient là des réjouis- 
sances à bon marché. M. de Saint-Genis, 
le récent historien de la Savoie, proteste 
contre cette accusation et l'étymologie 
savoryenne du terme malsonnant : faire 
ripaille. Il en attribue tout le fâcheux effet 
à Voltaire, dont trois méchants vers ont 
suffi pour dénaturer le sens d'une expres- 
sion qui, au temps de Moréri (Dict. nist. ; 
Lyon, 1673), signifiait simplement : jouir 
dans le repos des plaisirs innocents de la 
campagne. Poggio, le secrétaire du com- 
pétiteur de Félix V, dans ses Facéties; 
M onstrelet, l'homme du duc de Bourgogne, 
.l'adversaire irréconciliable du prince sa- 
voyen, dans ses Chroniques, ont lancé ces 
accusations, accueillies trop légèrement 
par Duclos et par Richelet, résumées et 
popularisées par une facétie de Voltaire. 
(V»"^ de Saint-Genis, Hist. de Savoie, 3 vol. 
in- 12. Paris, Amyot, 1869; t. I«', p. 404.) 

Cz. 



Hommes et femmes célèlnres non ma- 
riés (V, 588). — Je vois dans une réponse 
(V, 542) les noms de Marot, Montaigne qi 
Larochefoucauld, 

On ne connaît pas le nom de la femme 
de Clément Marot, ni l'époaue du ma- 
riage ; mais on croit généralement qu'il 
fut marié. Il est certain qu'il eut des en- 
fants, dont l'un, Michel Marot, publia des 
poésies qu'on joint à celles du père. 

Quant à Montaigne, le mieux, comme 
toujours, ouand il s'agit de lui, est de le 
laisser parler lui-même : 

« De mon desseing, j'eusse fuy d'espou- 
a ser là sagesse ûiesme, ^ elle  e'ftst 
tt voulu : mais, nous avons beau dire, hi 
« coustuine et l'usage de la vie commune 
o nous emporte : la plus part de mes ac- 
« tions se conduisent par exemple, û&n 
« par chois : toutes fois, je ne m'y conviay 
« pas proprement, on m'y mena, et y feus 
«porté par des occasions estrangières. » 
(Essais, Livre III, chap. v.) En effet, il 
avait épousé, en 1 565, Mademoiselle Fran- 
çoise de la Chassaigne, fille d'un conseil- 
ler au Parlement de Bordeaux. Il en eut 
six filles, dont une seule vécut. 

Larochefoucauld, l'auteur des Maximes 
(c'est bien de lui qu'on veut parler assu- 
rément) avait épousé Andrée de Vivonné, 
dont il n'eut pas moins de sept enfants. 
L'un d'eux, cnevalier de Malte, fut tué au 
passage du Rhin, ainsi que le jeune duc 
de Longuevilîe, double source ae douleur 
pour Larochefoucauld. 

Tout le monde sait que son fils aîné et 
son petit-fils, héritiers de son titre, occu- 
pèrent des chargés à la cour. H. T. 



Cadrni solairiana (V, 589). — Si M. H. 
E. se fût donné la peine de chercher au- 
dessous de gnômé, il eût trouvé gnomon, 
qui indique, indicateur, horloge solaire. 
Horolo^ium solare, hora, logos, qui dit, 
horologion, qui dit l'heure. Ce qui est la 
même chose que gnomon, qui fait con- 
naître, de gnômi, connaître. Gnômê, pen- 
sée exprimée, qui fait connaître, enseigne, 
indique. (Alençon.) C. E. D. 

— Pour répondre au désir de M. H. E , 
je luidonne, pour aujourd'hui, la sentence 
que je me souviens avoir lue autour d'un 
cadran solaire énorme établi sur la façade 
d'une maison donnant sur la place de 
Nègrepelisse (Tarn-et-Garonne). Comme 
il y a une quinzaine d'années que je n'ai 
visité cette ville des morts (nègrepelisse\ 
j'ignore si les progrès de Vhaussmanisation 
ont respecté le cadran et sa légende. Voici 
cette dernière : 

Vulnerant omnes, uliima necat. 

j'en promets d'autres à M. H. E, 

D. Charruaud. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 oct. i86 9 



621 



— 622 



— Une bonne sentence : 

Vulnerant omnes, ultima necat, 
Sous-entendez horce. 



(Saint- Malo.) 



A.-G. J. 



Médaille de la Saint-Barthélémy (V, 
589). — Dans les Annales de VHistoire 
de France^ par Limiers, in-fol., 1721, se 
trouve, au chapitre du règne de Charles IX, 
la gravure, d'après une autre plus ancienne, 
d'une médaille frappée probablement à 
Paris. Je l'ai sous les yeux. Le roi est assis 
sous un pavillon, foulant aux pieds un ca- 
davre. Il tient, d'une main, une épée droite; 
de l'autre, une main de justice. Autour 
est cette devise en majuscules romaines : 
ViRTVs IN REBELLES. Au revers, l'écu de 
France accosté de deux colonnes canne- 
lées, surmontées de couronnes de lauriers, 
avec cette devise : Pietas excitavit ivsti- 

TIAM. 

Une autre médaille de 1572, tirée du 
même ouvrage, et dont je n'ai que le re- 
vers, se rapporte probablement aussi à la 
Saint- Bartnélemy. On y voit un bras ho- 
rizontal, sortant d'un nuage et tenant une 
épée droite, surmontée d'une couronne 
de lauriers et accostée de deux serpents 
debout, avec la devise : HiE tibi ervnt 
artes. 

La médaille frappée à Rome par Gré- 

foire XIII a été gravée au tome II, p. 1 33, 
u Nouveau voyage d'Italie, de Maximi- 

lien Misson, 3 vol. in-i2, 17 

A. 60NNARDOT. 



%r0ut)aiUe0 tt €uri00itéd. 

M. Thiers contre Don Quichotte (V, 

336). — Ami V. N., une enveloppe peut 
être étroite, juste, assez lâche, larjge, et 
même flottante... de par tous les Diction- 
naires. Alors, pourquoi refuser de nous 
rendre, avec le petit chapeau, la redingote 
s'rise.,, poétiquement traitée d'enveloppe ! 
M. Michelet, l'homme de France qui com- 
met le plus de parenthèses, en ouvrirait 
une pour me dire que redingote n'appar- 
tient pas au style soutenu, H. de S. 



Un secrétaire d'antrefois (Du Tronchet). 

— Kstienne du Tronchet, Forézien, qui fut 
secrétaire de Catherine de Médicis, est un 
type de ce genre d'hommes qui taillaient 
la plume au service des grands, écrivaient, 
composaient leurs lettres. Il a publié en 
un beau volume petit in -4, avec titre, fleu- 
rons et lettres initiales richement ornés, 
une première édition de ses Lettres mis- 
sives et familières, qui vit le jour à Paris 
en 1 569. Plus d'un lecteur n'a voulu y voir 



que du fatras; mais, en y regardant d'un 
peu plus près, ces lettres, écrites à un grand 
nomore de personnages, dont il donne 
d'ailleurs les noms et qualités, contiennent 
bon nombre de passages et de détails qui 
ne manquent pas d'intérêt. 

Il établit, dans sa préface, que «la langue 
françoise commence à mitiguer son an- 
cienne dureté, et qu'elle est obligée à l'ita- 
lienne. » — « Il n'y a, dit-il au lecteur, chose 
plus propre ni plus nécessaire à toutes ac- 
tions et pratiques humaines que la faculté 
de l'escriture, parmi lacjuelle est tant sin-. 
gulière ceste lettre familière que nous appe- 
lons missive : que je m'esbahis que nos 
prédécesseurs n'en ont eu jusques ici faict 
plus d'estat, en lieu que les Grecs et Latins 
anciens et mesmement les Italiens et tous 
autres curieux de bonnes choses, ont mis 
peine d'en faire recueils et trésors inesti- 
mables. Ce que je ne puis recevoir de nous, 
Que d'une pure négligence , et d'une diffi- 
aence que nous avons de nous-mêmes, 
sinon qu'ils voulussent dire qu'il n'y a pas 
longtemps que nostre laneue françoise 
commence de pulluler, et depuis qu'elle 
est entrée à se congnoistre, prenant quelque 
plus gracieux air, de mitiguer sa dureté ai;i- 
cienne, comme si nous venons à feuilleter 
les livres et expéditions de nos modernes 
prédécesseurs, sans courir plus avant, nous 
trouverons qu'elle est de beaucoup aug- 
mentée, singulièrement sur le butin qu'elle 
a faict au moyen de la curieuse et louable 
conversation de ses voisines, mesmement 
sur l'Italienne, qui sans nulle doute luy a 
faict heureuse part de son bien. Et encore 
que je sache que ceste confession ne sera 
guères aggréable à plusieurs, qui se sont 
tourmentes de maintenir le contraiite, par 
je ne sais quelles légères opinions : si m'en 
rapporté-je à toy^ lecteur, qui pourras de 
tov-mesmes ruminer, que s il est aujour- 
d'huy en propos de discourir de la guerre, 
des factions, d'une cavalerie, d'une infan- 
terie, d'une escuyerie, des armes, voire de 
l'amour, et généralement de toutes choses 
graves et ordinaires : les plus beaux traits 
des plus disertes langues qui se veulent 
faire ouïr, sont en plus part espuisés dans 
les propres facultés de Tltalie. Et puisqu'il 
est question , en ces miennes lettres, de 
pillage et d'usurpation, il ne m'a pieu de 
faire mon butin en plus opulentes cassines. 
Or, me sentant forcé de conscience d'en 
faire plus ample satisfaction, j'ay pensé. 
Lecteur, que puisque diverses personnes y 
peuvent avoir bonne part, et qu'il seroit 
mal aisé d'en faire restitutions particu- 
lières : j'en useray à la mode de ces Mi- 
lors, citadins et bourgeois. Lesquels ayant 
consumé le meilleur de leurs 4ns à .aug- 
menter leurs maisons par vélocités d'yjçures 
au préjudice d'autruy, lorsqu'ils viennent 
à se sentir capulaires, l'oéilà d^eq^ysilp?, et 
le pied sur la fosse, sur la presse et syxidé- 
rèse de leur conscience, ne pouvans resti- 



N- lit).] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [2b oct. 1869. 



623 



624 



tuer particulièrement ce qu'ils ont ainsi 
usurpé par le menu, se rangent à faire 
lestamens renommés, fondent hospitaliti^s 
publiques et font aumosnes générales. A 
leur instar, Lecteur, j'ay esté conseillé de 
mettre mon pillage en lumière et utilité 
publique... » 

Il ajoute « qu'il seroit bien nécessaire de 
réformer l'abus qui a jusques icy eu cours 
en ce royaume de ce pauvre tiltre de Secré- 
taire, avilité, profané et dégénéré de la di- 
vinité de la plume. A quoy je supplie très- 
humblement Messieurs les secrétaires 
d'Estat (qui anciennement estoient appe- 
lés secrétaires d'honneur, et c^ui en ce 
temps sont en si grande réputation) qu'il 
leur plaise, pour le bien public de la plume, 
imposer leur royale mam à l'extinction de 
telles erreurs, et à lever de tyrannie ce 
pauvre tiltre de secrétaire. Je pense, Lec- 
teur, qu'après mes dits sieurs, il y en a de 
trois sortes en ce royaume. — Les pre- 
miers sont ceux-là qu ils savent escrimer 
quelque trait de plume mal accompaigné, 
avec un formulaire de quelques lettres de 
communes recommandations, et la dexté- 
rité d'un paquet bien troussé : ceux-là sont 
incontinent sufïisans secrétaires de quel- 
ques Seigneurs (car il n'y a si petit gentil- 
homme qui ne traîne plus de secrétaires 
que de cuisiniers), et montent après jus- 
ques aux Princes et aux grands Seigneurs, 
recevans de degré à autre des clercs de 
mesme capacité. Ces secrétaires-là (me par- 
donnent les bons), je les appellerois volon- 
tiers secrétaires bastards, les ayant quel- 
que paillarde plume engendrés par le mac- 
querelage de l'ignorance. — Les autres 
sont une manière de mouches pédantes- 
queset gueppes importunes, qui, masqués 
ae quelque apparence chicannesque , se 
poussent au service des Seigneurs, par ex- 
plorations et advertissemens de ruynes et 
de confiscations. Et cuydans s'augmenter 
sur l'intérest d'autruy, démolissent, cor- 
rompent et éclipsent les naturelles bon- 
tés, bonnes mœurs, honneur, vertus et ré- 
putation de leurs maîtres. Ceux-là ne 
scauroient estre nommés que secrétaires 
Barbares. — Les anciens, en toutes mo- 
narchies et républiques, ont fait toujours 
grand état des bons et dignes secrétaires. 
En Perse, tous gouverneurs de pays, qu'on 
appelait satrapes, avaient chacun un se- 
crétaire de leur rang à leur suite, bien et 
honorablement entretenu, pour recevoir et 
tenir compte des lettres et mandements, 
les induire et imprimer au cœur des sa- 
trapes, et faire les dépenses nécessaires. 
Le bon secrétaire doit estre fondé de bon- 
nes lettres, de beaucoup de sagesse, de 
beaucoup de diligence, de beaucoup d'ex- 
périence, de bon sens naturel, de peu de 
mouvement, de peu de langage, de bon 
advis et de bonne {sic) exemple. 

Et celui-là se doit proprement appeler se- 
crétaire légitime^ qui, pour en parler fran- 



chement, n'appartient qu'aux princes, à 
gens de conseil privé, à gouverneurs de pro- 
vinces, et à ceux qui ont qualité, estats ou 
offices de grandeur, concernant administra- 
tion et maniement de négoces publiques. » 
L'auteur part de là pour faire une péro- 
raison pathétique, où l'on sent qu'il parle 
pro domo sua, en invoquant pour les pau 
vres et besoigneux secrétaires légitimes la 
munificence des patrons. 11 souhaite que 
les faveurs des Excellences, Altesses et 
Majestés pleuvent sur les grands seigneurs, 
afin que ceux-ci « en puissent, par canaux 
et ruisseaux, arroser et abreuver l'herbe 
nécessiteuse des inférieurs, » — a Car, 
ajoute-t-il, les Empereurs, Rois et Poten- 
tats sont proprement figure des mers de 
ce monde, es quelles continuellement af- 
fluent les substances des gros fleuves et 
des grosses rivières, qui s'amplifient des 
fontaines et ruisseaux. Ce sont les recep- 
tes générales et particulières, lesquelles en 
fin entièrement engouffrées, en ces souve- 
raines mers^ se pourroient esgoutter, 



SI, 



par révolution nécessaire, ces ruisseaux 
particuliers n'estoient refournis par la li- 
béralité et influence des Astres, qui sont 
en terre les Grands Seigneurs et magis- 
trats, proches et ministres des sacrées fœ- 
licités. » 

Au milieu de ces ampoules, il y a du 
bon, n'est-ce pas? Et que dites-vous de 
cette curieuse dénomination anticipée de 
*i receptes générales et particulières ^ » 

S. D. 



Antiquité de la crinoline. — Dans son 
chapitre, intitulé : Du prêtre de Juviter 
et de son épouse (traduction de labbé 
Douze de Verteuil), Aulus Gellius, vulgai- 
rement Aulu-Gelle, dit, en parlant de Te 
pouse du grand pontife : Son manteau est 
« de couleur de feu ; un cerceau, formé 
« du bois d'un arbre heureux, aide à sou- 
« tenir l'habillement de couleur de pourpre 
M et garni de franges, dont elle se couvre. " 
{Nuits attiques. Paris, 1776; t. I«', p. i]^- 

11 faut avouer que paniers et crinolines 
n'ont pas toujours été aussi bien portés. 

A la page lyS, il avait déjà été question 
de bois heureux. Naturellement le traduc; 
teur s'est demandé ce que c'était. Voici 
ce qu'il dit en note : « On ne sait trop ce 

que les anciens appelloient un arbre 

heureux ou malheureux. Caton pense 

3ue le premier étoit celui gui portoit 
es fruits; et l'autre, celui qui étoit 
stérile. » 

Si Caton était réduit aux conjectures, 
j'ai, certes, le droit de ne rien savoir du 
tout à ce sujet. Quelque correspondant 
de V Intermédiaire serait-il plus avancé 
que Caton et votre serviteur ? 

E. G. P. 



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Paris. — Typ. de Ch. Meiroeii, rua Ciù**» !*• " *^' 



.Numéro 147. 



Cherchez et 


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Il se faut 


V01SS trouverez. 


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entr'aider. 


r"i*,#. 


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IOnov.1869. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, Z/^OTES and QUERIES français.) 



625 



626 



Clut0ti0nd* 

Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 
*• Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— I>ivers. 

Le brnit est pour le fat. — De qui sont, 
et où se trouvent ces deux vers que je cite 
de mémoire et par à peu près : 

Le bruit est pour le fat, la plainte est pour le 

[sot; 
L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit 

[mot. 
F. DE S. 



Denz vers à retrouver. — De qui sont 
ces deux vers, souvent cités et toujours 
vrais : 

Les repus et le& publicains 
Sont rarement républicains. 

Baron Piot. 



D'une épigramme contre M. Henri Mar- 
tin. — De qui est cette épigramme déco- 
chée contre M. H. Martin, à l'occasion du 
prix de vingt mille francs accordé par l'In- 
stitut à son Histoire de France : 

Notre Institut toujours étonnera le monde ! 
Vingt mille francs, Martin ! — Certes, la somme 

[est ronde ! 
Mais si l'on compte bien, l'on voit avec terreur 
Que ce n'est même pas quatre sous par erreur. 

EUQORRAL. 

Sur un quatrain cité par M. Victor Cou- 
sin. — M. V. Cousin {Madame de Sablé, 
3® édition, i865,p. 1 53), reproduisant une 
lettre écrite à La Rochefoucauld par la du- 
chesse de Schomberg (Marie de Hautefort), 
demande (en note) de qui sont ces jolis 
vers cités avec tant d'à-propos dans ladite 
lettre : 

La raison sans cesse raisonne 
Et jamais n'a guéri personne; 
Et le dépit, le plus souvent, 
Rend plus amoureux que devant. 

Je renouvelle la question de M. Cousin. 

T. DE L. 



< Le Loup et l'Agneau, » vignette ré- 
volutionnaire. — Quand Tinfâme Lebon 
versait le sang à Arras, une brochure diri- 
gée contre lui porte une vignette qui re- 
présente un loup dévorant un agneau; elle 
est évidemment d'un artiste du premier 
mérite. 

Pourrait-on savoir son nom? Elle doit 
être d'une rareté excessive. D. L. 



Quidante. — Dans sa 334<' lettre (29 juil- 
let 1667), Guy Patin dit à Falconnet, mé- 
decin à Lyon : « On a publié par toutes 
« les paroisses de Paris un monitoire très- 
a important, lequel contient plusieurs chefs 
a d'accusation contre une certaine ^«i- 
adante, etc. » (Mot souligné dans le 
texte.) 

Ce mot, assez mal formé, est-il de l'in- 
vention de G. Patin? En connaît-on d'au- 
tres exemples? — Le Dictionnaire de l'A- 
cadémie, au mot ^uidam^ donne le fémi- 
nin quidane, qui me semble singulier, 
comme dérivé d'un mot latin entré dans 
la langue française sans altération. Il ajoute 
que le mot quidam, dont le sens primitif 
est du langage du droit, se prend souvent 
en mauvaise part, tandis que le féminin 
quidane n'est pas employé dans cette der- 
nière acception. Faut-il en conclure que 
Guy Patin, qui souligne le mot quidante, 
a été obligé de le forger pour remplacer 
un féminin qui n'existait pas? Ou bien 
l'usage n'avait-il pas encore fait accepter 
aucune forme féminine ati mot quidam ? 
C'est une question dont on trouverait peut- 
être la solution dans les anciens diction- 
naires français. Mais je n'en possède au- 
cun et ne suis pas à Paris pour les consul- 
ter. Avis aux correspondants parisiens de 
l'Intermédiaire. E. G. P. 



Un mystère à découvrir. — Je puis me 
féliciter d'avoir, non pas découvert, mais 
signalé le premier, il y a plus de trente ans, 
le Mystère du siège a Orléans, qui se trou- 
vait, oublié et négligé, parmi les manus- 
crits de la reine de Suède, provenant de 
Paul Petau, à la bibliothèque duVatican. 
Je m'étais borné à constater la valeur de 
ce document historique et littéraire et à en 

TOME V.— 21 



N» 117] 



L'INTERMÉDIAIRE 



MU » 



» n 'i t* ' 



627 



628 - 



transcrire Quelques vers. L'érudition vou- 
lut bien répondre à mon appel, et le sa- 
vant M. Guessard, de l'Ecole des Chartes, 
fut chargé de publier ce mystère dans la 
collection des Documents médits. Cette 
publication lui a fait grand honneur, et 
nous devons nous réjouir de l'avoir pro- 
voquée. On s'est demandé si le Mystère 
du siège d'Orléans avait été représenté, et 
on a cru pouvoir supposer que la repré- 
sentation avait eu heu, en effet, dans la 
ville de Nantes, aux frais du trop célèbre 
maréchal de Ra3rs. II existe, à ce sujet, une 
dissertation très-intéressante, aue nous ci- 
tons de mémoire et que les érudits con- 
naissent bien. 

Il s'agirait de démontrer maintenant que 
ce n'est pas le Mystère du siège d'Orléans 
qui fut représenté alors aux frais et à l'insti- 
gation du maréchal de Ravs, mais bien un 
autre mystère relatif aux événements mili- 
taires du règne de Charles VII. Voici quel 
serait ce mystère, dont la Bibliothèque 
française de Du Verdier nous fournit le 
titre détaillé: 

« Mystère, là où France se représente, 
en forme d'un personnage, au roi Char- 
les VII, pour le glorifier es grâces que 
Dieu a faites pour luy et qu'il a reçues à 
sa cause, durant son règne ; et parlent en- 
semble, en forme de dialogue ; puis, ses 
barons parlent l'un après l'autre, chacun 
en deux couplets ; à savoir le sieur de Bar- 
bazan, le sieur d'Estouteville, le maréchal 
de Boussac, le sieur de Gaucourt, Poton 
dte Xaintrailles^ la Hire, Amadoc de Vi- 
gRo)es, Jean de Brezé, l'amiral de Coëtivi, 
messire Robert de Floques, le comte d'Au- 
male, le comte de Rohan, le comte Dou- 
glas, le sieur de Ga mâches, le baron de 
Coulonges, Artus de Bretagne, connesta- 
ble de France, le sieur d'Orval, le comte 
du Maine, messire Pierre Je Brezé, le 
comte de Dunois, le comte de Foix, le 
sieur du Bueuil, le sieur de Loehac, Joa- 
chim Roault. Ecrit en main. » 

Et de Jeanne d'Arc, il n'en est pas ques- 
tion dans cette nomenclature de person- 
nages qui tous ont joué un rôle plus ou 
moins important sous le règne de Char- 
les VII! 

J'invite les bibliothécaires à chercher ce 
mystère, qui existe peut-être dans quel- 
que bibliothèque publique, en France ou 
à l'étranger, et je propose de le consi- 
dérer, à vriori, comme celui que le maré- 
chal de Kays avait fait composer tout ex- 
près pour les fêtes magnifiques qui furent 
célébrées à Nantes, peu de temps avant le 
tragique dénoûment de son procès crimi- 
nel. P.-L. Jacob, bibliophile. 

Lehérautd'armesdeNormandieeniGlG. 

— Comment se nommait le personnage 
qui, en Tannée 16 16, remplissait â la cour 
e Louis Xni les fonctions de héraut d'ar- 



l 



\ mes de Normandie? Quels renseignements 
pourrait-on avoir sur lui ? T. de L. 



De la date delà mort de Pierre Hamond. 
— Je lis dans le Catalogue des livres rares 
et précieux de la bibliothèque de M, le ha- 
\ ron J, Pichon (Paris, L. Potier, 1869, 
p. 62) cette petite notice : 
« N® 260. Alphabet de V invention et uti- 
' lité des letreSy et /caractères en diverses 
, escritureSy par P. Hamond, maistre delà 
I Plume d'or, à Paris, secrétaire de la cham- 
' bre du roy. Reveu, corrigé et de nouveau 
augmenté par biy-swssvies. Lyon, pour 
Loys Cloquemin, i58o,pet.in-4 obi., mar. 
r., fil., dos orné, tr. dorée. (Ghambolle- 
Duru.) 
« M. Brunet ne cite pas cette édition. 
« Pierre Hamond, natif de Blois, et l'un 
des plus renommés calligraphes de son 
temps, avait été maître à écrire de Char- 
les IX. La Croix du Maine dit qu'il fut 
condamné à être pendu, et qu'il fut exé- 
cuté en place de Grève le 7 mars iSôg. 
Suivant dom Liron {Bibl. Chartraine\ 
Hamond fut pendu comme faussaire, et 
d'après V Histoire des Martyrs du calvi- 
nisme, p. 709, citée par Le Clerc dans ses 
Remarques sur Moréri, ce serait pour cause 
de religion. Hamond était huguenot. La 
date de la mort de Hamond, en i 56q, ne 
s'accorde pas avec le titre de notre livre, 
dont l'édition, publiée en i58o, est annon- 
cée comme ayant été de nouveau augmen- 
tée par l'auteur. » 
Je demande des explications. 

T. DE L. 



Le Fust du Wurtemberg. — Dans une 
note de sa traduction des Derniers jours 
d*un Philosophe, de sir Humphrey Davy, 
I vol. in-i2, M. Camille Flammarion dis- 
tingue, et avec raison, le Fust magicien, du 
Fust imprimeur; mais fait-il bien de l'ap- 
peler le Fust du Wurtemberg? S. T. 



a Hémoires de Sanson, n rédigés par Bal- 
zac. — Je lis dans une réponse du biblio- 
phile Jacob, à la question Guillotin et la 
guillotine (V, 382), que les Mémoires de 
Sanson ont été rédigés par Honoré de Bal- 
zac, et surtout par l'Héritier de l'Ain. 

Le bibliophile Jacob veut-il parler des 
Mémoires de Sanson publiés, il y a quel- 
ques années seulement, sous le nom du 
aernier de la dynastie Sanson (auquel cas 
l'ouvrage aurait paru bien après la mort 
des deux rédacteurs), ou bien plutôt ne 
fait-il pas allusion aux Mémoires pour ser- 
vir à V Histoire de la Révolution fran- 
fawe,. parus en i83o, 2 volumes, sous le 
nom de Sanson, et qui sont, en eflet, at- 
tribués à L'Héritier de l'Ain.*' 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



- 639 



[10 nov. 1869. 



- 63o 



Dans Fun ou Tautre cas, a-t-on une 
preuve, ou au moins des indices certains 
de la collaboration de Balzac? H. T. 



Les scies nationales. -— Les biblio- 
philes, curieux et autres amateurs des 
miettes historiques et littéraires, ont pu- 
blié dans Y Intermédiaire d'intéressantes 
recherches sur les rondes populaires. Un 
recueil d'anas amusants et peu connus, 
sur Joseph Prudhomme, se commence en 
ce moment. Ne pourrait-on se livrer aux 
mêmes investigations pour un genre de 
littérature bien connu, mais peu honoré 
jusqu'à présent, je crois, des faveurs de 
rinaprimerie? Je veux parler des scies na- 
tionales, telles que Y Histoire de Jean 
Hiroux^ la Diligence de Lyon^ Robert^ 
Macaire, Mayeux, Cadet" Rousselle, Jo^ 
crisse, etc. Ces désopilantes et fines satires 
sont des chefs-d'œuvre dont il serait bon 
d'arrêter maintenant le texte définitif, afin 
qu'elles ne s'altèrent point avec le temps 
et ne viennent à perdre ainsi, à l'instar 
d'autres légendes, leur saveur et leur ori- 
ginalité primitives. * 

Je commence le feu en posant les ques- 
tions suivantes aux collaborateurs de ïln- 
termédiaire : 

1° Quel est le prototype de Jean Hi- 
roux? Est-ce quelque criminel célèbre? 

2° Qui est l'auteur de cette histoire ? 

3*» Le texte de Jean Hiroux a-t-il été 
imprimé ? 

40 L'a-t-il été en France ou à l'étranger ? 

5° L'ouvrage a-t-il été mis à l'index ? 
(Beyrouth.) A. de St-Frusquin. 



Mademoiselle Pentinger. — Dans le Dic- 
tionnaire classique de V antiquité sacrée et 
profane (par M.-N. Bouillet ; 2 vol. in-8. Pa-, 
ris, Belin-Mandar, 1841), je lis à la page 549 
du tome second, au bas de la première 
colonne : 

Théodose (table de). — Tabula Théo- 
dosii. — Carte géographique de l'Empire 
romain, appelée vulgairement : Table de 
Peuiinger, du nom d'une actrice d'AugSr 
bourg, qui en fit l'acquisition, lors de sa 
découverte. 

Jusqu'à présent, j'avais cru, d'après les 
dictionnaires biographiques, que l'acqué- 
reur ou le copiste de ce précieux monu- 
ment avait été Conrad Peutinger. — Sur 
quoi M. M.-N. Bouillet s'est-il basé pour 
avancer que Peutinger était le nom d'une 
actrice ? 

(Beyrouth.) bE Saint- Frusquin. 



L'Ophir de Salomon« — La critique mo- 
derne est-elle arrivée à quelque conclusion 
plausible sur ce pays d'Ophir, d'où les na- 



vires conduits par Hiram et partis d'A- 
siongaber, sur la mer Rouge, apportèrent 
de fortes quantités d'or à Salomon {Rois, 
liv. III, chap. IX, V. 26-28). Quelques sa- 
vants ont cru qu'il s'agissait de l'Améri- 
que ; mais cette opinion n'est pas soutena- 
ble. Je crois que ce point de géographie bi- 
blique reste encore à l'état de problème. 
(Marseille.) F. D. 

Fromages de roche. — Dans la 2 1 5« let- 
tre de Guy Patin, laquelle est adressée à 
Falconnet, médecin à Lyon, le 16 no- 
vembre 1660, on lit : 

« Je ne scay quels remerciements vous 
a faire pour vos fromages de roche et vos 
« marrons, dont ie vous ay déjà trop d'o- 
a bligations d'ailleurs et de longtemps. » 
Comme on le voit, Lyon est depuis lon- 
gues années l'entrepôt du commerce des 
marrons. Quant aux fromages de rocke^ 
quelqu'un les connaît-il? E. G. P. 



La peine de mort, -r N'y aurait-il pas 
lieu de traiter d'une façon approfondie, 
au point de vue historique, cette question 
posée aujourd'hui à l'ordre du jour? On 
montrerait à quel point la mort était prodi- 
guée, non-seulement parla législation des 
peuples de l'antiquité, mais encore parcelle 
du moyen âge et presque jusqu'à nos jours. 

Au dix-septième siècle, elle figurait dans 
la justice criminelle avec une effroyable 
uniformité. Elle fut appliquée maintes 
fois pour crimes de sorcellerie (voir no- 
tamment les deux gros volumes d'un con- 
seiller au parlement de Bordeaux, Pierre 
de Lancre (161 3 et 1622), lequel se vante, 
dans toute l'ingénuité de son âme, dans 
toute la pureté de sa conscience, d'avoir 
fait exécuter une multitude de sorciers et 
de sorcières); elle menaçait les délits de 
presse. Bornons-nous à citer l'ouvrage de 
l'évêque de Belley, Camus : Les Triom^ 
phes des vertus remportés sur les vices, 
publié sous le pseudonyme de Plys de 
Raynonville, p. 33 ; in-8; la vente en fut 
interdite (nous ignorons pour quel motif) 
sous peine de la vie. 

A 1 époque où Molière et Pascal avaient 
donné la mesure de leur génie, on en- 
voyait à l'échafaud un visionnaire, Simon 
Morin, qu'il eût été sage de faire enfermer 
dans un hospice d'aliénés. Puis, vinrent les 
grandes agitations politiques, les domina- 
tions politiques, et la vie des hommes fut 
comptée pour rien. Ce n'est guère que de- 
puis une quarantaine d'années, que s'est 
manifestée une protestation de 1 opinion 
contre le châtiment capital ; ses progrès 
sont attestés par la diminution du nombre 
des exécutions. (Quelques détails statisti- 
ques à cet égard seront nécessaires). Il 
sera à propos de rechercher aussi qu«ls 
ont été les précurseurs des adversaires ac- 



N» 117.) 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 63 1 



632 - 



tuels de Téchafaud; ils sont peu nom- 
breux sans doute, mais il en existe. Les 
Vaudois qui, au douzième et au treizième 
siècle, étaient répandus dans diverses 
parties de l'Europe, n'admettaient ni le 
sacerdoce, ni le serment, ni la peine de 
mort. V. P. 



Ilipon0^0* 



Où vont les HiroBdelles 7 (V, 58.) — 
Pour répondre à la question de M. J. E. 
G., je relève certains paragraphes de l'Or- 
nithologie de M. Toussenel : 

tt Aristote, Pline, et tous les savants de 
« Tantiaulté qui n'avaient pu suivre de 
tt Toeil les migrations des oiseaux voya- 
a geurs, étaient persuadés que les hiron- 
tt délies passaient l'hiver en Europe, en- 
« sevelies dans des troncs d'arbres ou dans 
« des fissures de cavernes. Quand se fit la 
tt découverte du cap de Bonne- Espérance 
« et du Sénégal, où se rendent la plupart 
tt des oiseaux qui émigrent d'Europe et 
« où on les retrouva, la science aban- 
« donna la version d'Aristote. La décou- 
« verte de la pure vérité, la solution du 
u problème, date du siècle actuel, et il n'a 
« pas fallu moins de quatre mille ans de 
tt recherches. 

« L'hibernation des hirondelles est un 
« fait Qu'on ne peut révoquer en doute. 
« Vieillot, Larrey, une foule d'autres, ont 
tt trouvé, sous des arches de ponts, dans 
tt des fissures, etc., etc., des hirondelles 
tt engourdies, qui attendaient le retour 
tt du printemps. De plus, il a été constaté 
« que, de temps immémorial, quelques 
« hirondelles des rives du Rhin, plus pa- 
tt resseuses ou plus grasses que de raison, 
o s'ensevelissaient chaque hiver dans d'é- 
tt troits terriers qui leur servent de nids 
« 1 été. Ainsi, Terreur d'Aristote et des 
a anciens venait de ce qu'ils avaient con- 
« clu de l'exception à la règle générale, et 
tt celle des modernes, de ce que la règle 
« générale leur avait fait rejeter l'excep- 
« tion. 

tt Les hirondelles ne muent qu'une fois 
tt par an, vers la fin de février ou le com- 
« mencement de ma;-s, c'est-à-dire avant 
tt de quitter l'Afrique. Elles mettent en- 
« viron quinze jours pour accomplir leur 
ft traversée du Sénégal en Europe, où 
tt elles arrivent dans les premiers jours 
« d'avril. » 

Th. Pasquier. 



Une nouvelle édition du « Dictionnaire » 
de Barbier (V, 61). — Cette nouvelle édi- 
tion, si désirable en effet, est en cours de 



préparation par les soins de M. Olivier 
Barbier, filS de l'auteur, sous-directeur 
adjoint à la Bibliothèque impériale, qui 
réunit depuis longtemps des matériaux 
destinés à compléter l'ouvrage de son 
' père. 

I Une nouvelle édition des Supercheries 
' littéraires dévoilées, de Quérard, publiée 
' par M. Brunet, devenu possesseur des 
' notes laissées par Quérard, et si connu 
! comme un de nos plus savants biblio- 
' philes, en sera le complément nécessaire. 
Les deux parties réunies vont paraître, 
chez Jannet, en cinq ou six volumes grand 
in-8 à deux colonnes, et donneront ample 
satisfaction au désir de M. A. J. 

(Alençon.) L. D. L. S. 

i — Ou en promet une 3« édition à la 
I suite de la nouvelle édition des Super- 
! chéries de Quérard, publiée par M. Gus- 
tave Brunet. Pierre Clauer. 



Le pins ancien livre avec privilège 
royal' (V, 267). — Il y a des privilèges 
pour l'impression des livres publiés à 
Lyon, bien antérieurs à celui des Leges 
Longobardorum (3 juin i5i2), rapporté 

Ear M. V... d'après Chevi!lier. C'est d'a- 
ord celui accordé à Jean Le Maire de 
Belges pour son ouvrage : Les Illustra- 
tions de Gaule et singularité^ de Troye, 
et imprimé au verso du second feuillet de 
l'édition donnée par Etienne Baland, im- 
primeur à Lyon. Ce privilège, qui se 
trouve également dans 1 édition de Paris, 
de M ar nef y iSig, est, sous forme de man- 
dement, adressé « au Seneschal de Lyon, 
bailly de Mascon, prevost de Paris ; » il est 
daté de Lyon, le 3o juillet iSog, et sert, 
en même temps, pour la Légende des 
Vénitiens, du même auteur. 

Le second livre des Illustrations de 
Gaule, imprimé sans doute par le même 
Baland, mais déjà pour le compte de Mar- 
nef (i 5 1 3) est muni d'un nouveau privilège 
donné par Louis XII à Blois, le i^' mai 
i5i2. Je donne ces renseignements d'a- 

{)rès les volumes eux-mêmes que j'ai sous 
es yeux. 11 ne faut pas toutefois les con- 
sidérer comme une réponse définitive à 
la question posée dans ï Intermédiaire j 
car on pourra peut-être trouver des privi- 
lèges encore plus anciens. Si je parviens à 
découvrir quelque chose de plus à cet 
égard, je m'empresserai d'en faire part 
aux lecteurs de 1 Intermédiaire. 

GusT. Pawlowski. 



j La décoration du lis (V, 268). - M. T. 

I R. se trompe en regardant comme un 

I diplôme la lettre qu'il cite. Je possède un 

i diplôme de l'ordre du Lis. Il est sur fort 

I papier, de 45 centimètres de haut sur 60 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



633 -^ 



[lonov. 1869* 



u 



a 



u 



« 



de large. Le texte est entouré d'une vi- 
gnette composée de trophées. A droite est 
une figure de femme ailée, coiffée d'une 
tour et portant un bouclier sur lequel est 
gravée la décoration. De la main droite, 
elle tient une branche de lis. A gauche, 
une autre femme, avec les mêmes attri- 
buts, tient de la main droite une épée nue. 
Dans le trophée d'en haut, on remarque 
les armes de France ; elles sont répétées, 
sur un timbre sec, dans le cartouche 
du bas. 

Le diplôme est donné, au nom du roi, 
par Charles- Philippe de France, fils de 
France, Monsieur, comte d'Artois, colo- 
nel général des gardes nationales du 
royaume, etc. 

il concède l'autorisation « de porter la 
a décoration accordée à la garde nationale 
« de Paris par l'ordonnance du roi du 
a 5 février 181 6, consistant en une étoile 
en argent, émaillée en blanc et bleu, 
portant d'un côté l'effigie de Sa Majesté 
Louis XVIII, roi de France et de Na- 
varre, et pour exergue, ces mots : Fidé- 
a lité, dévouement ; et de l'autre côté, la 
« fleur de lis, et pour exergue, les dates : 
« 12 avril et 3 mai 18 14, 19 mars et Sjuil- 
« let 181 5, ladite décoration suspendue à 
a un ruban bleu et blanc, dont chaque 
tt liseré bleu sera d'une largeur égale au 
« tiers de celle du ruban » (le blanc est au 
milieu). 

Ce diplôme est signé : Charles-Philippe 
(le comte d'Artois, depuis Charles X), — 
le maréchal Oudinot : il était commandant 
en chef de la garde nationale de Paris, — 
le comte de Choiseul (Auguste), aide-ma- 
jor et vice-président du Conseil, Deur- 
bronne ou Deurbrould, secrétaire du Con- 
seil, commissaire du Sceau. 

Il est daté du 2 janvier 18 17. La déco- 
ration y est jointe. Elle est attachée au 
ruban par une couronne fermée, garnie 
d'une bellière. La description que contient 
le diplôme rend un dessin inutile. 

E. G. P. 



Bas-bleu (V, 33o). — Il paraît cjue ce mot 
remonte à Pope, et qu'il l'appliquait aux 
bas sales, et non pas réellement de cou- 
leur bleue, de femmes beaux-esprits dont 
s'entourait la célèbre lady Montagu. 

O. D. 



634 



— Bîue-stocking, en anglais. Je cite — 
Fournier, je crois, — de mémoire. 

Vers la fin du siècle dernier, lady Mon 
tagu tenait à Londres un petit cercle litté- 
raire ; il suffisait, pour y être admis, d'a- 
voir écrit quelques articles, et surtout de 
faire parade d'exécrer les auteurs français. 
Un certain personnage, auquel ses talents, 
son esprit avaient acquis droit d'admis- 
sion, hésitant néanmoins à se faire présen- 
ter à cause du peu de soin qu'il apportait 



d'habitude à sa toilette, mistress Montagu 
leva ses scrupules, répétant que l'habit ne 
faisait pas le moine , et que, fût-on vêtu 
comme le dernier hobereau des Cornouail- 
les, portât-on gros souliers et bas bleus, 
l'on serait admis chez elle , pourvu qu'on 
en fut digne par son intelligence et ses lu- 
mières. 

Le mot de lady Montagu eut du suc- 
cès, et le bas'bleu passa en proverbe. 

Th. Pasquier. 

— Mistress Elisabeth Montagne (qu'il ne 
faut pas confondre avec lady Marie Wortley 
Montagne) avait formé, en Angleterre, une 
société littéraire qui, pendant plusieurs 
années, attira l'attention générale. Un il- 
lustre étranger refusa, dit-on, un jour de 
se faire introduire, en s'excusant qu'il 
était en habit de voyage, et lady Montague 
aurait dit à ce sujet qu'il n'était pas besoin 
de tant de cérémonies, qu'on pouvait se 
présenter chez elle, même en bas bleus. De 
là l'expression Club des Bas-Bleus (Blue 
stockings club), et celle de bas-bleu pour 
désigner une femme bel-esprit. , 

D'après Rozan {Petites ignorances de la 
Conversation), M. Philarète Chasles a 
trouvé une autre explication pour expli- 
quer l'origine du sobriquet. Il émanerait 
d'Alexandre Pope, dans un moment de 
mauvaise humeur contre lady Montague. 
a Elle repoussait les hommages du poëte, 
a qui n'était pas beau, quoique fort amou- 
« reux. Congédié, il s'aperçut de deux cho- 
« ses : que les mains de la cruelle n'étaient 
tt pas toujours soignées, et qu'elle portait 
a souvent des bas bleus. Il fit à son en- 
a droit ce petit distique : 

Mon adorée a Fart de charmer les humains ; 
Elle n'a pas celui de se laver les mains. 

a Puis, il répandit le distique et ne l'appela 
a plus que la dame aux bas bleus. Le 
tt monde adopta le sobriquet, qui passa aux 
« femmes auteurs. » 

Dans Touvrage de M. Arthur Dinaux, 
les Sociétés badines, bachiques, chantantes 
et littéraires, édition publiée parla librai- 
rie Bachelin-Deflorenne, 2 vol. in 8, 1867, 
et classée par M. G. Brunét, on trouve 
quelques renseignements sur la société de 
mistress Montague. Elle se composait de 
Pope, Johnson, Goldsmith, Pulteney, de- 
puis lord Bath, Lyttleton, Burke, enfin 
tout ce qu'il y avait de grand et d'illustre 
dans les lettres, en Angleterre. 

On trouve aussi dans les Excentricités 
du Langage, de Lorédan Larchey (i'« à 
4« édition) une explication de J. Janin, du 
mot bas-bleu. Cet excellent et spirituel 
volume contient aussi sur le même mot 
des définitions de L. Reybaud, de Frédé- 
ric Soulié, de Balzac, de H. de Viel -Cas- 
tel. Mais pourquoi le mol bas-bleu a-t-il 
complètement disparu de la 5« édition ? 

Nous engageons aussi M. S. R. à con- 



N* 117.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



635 — 



636 



sulter, sur la question, la Physiologie du 
BaS'Bleu, publiée il y a vingt -huit ou 
trente ans, et la monographie consacrée 
au Bas-bleu dans les Français peints par 
eux-mêmes. Nous citons ces deux publi- 
cations de mémoire, ne les ayant pas sous 
la main. (Strasbourg.) C. M. 

— M. S. R. n'aurait-il donc pas lu, dans 
les Français peints par eux-mêmes , de 
Curmer (t. V, 1842 ; p. 201 à 23 1), l'excel- 
lent type du BaS'Bleu, décrit par M.Jules 
Janin, « illustré » par M. Pauquet, et qui 
commence ainsi : 

a On cherche encore l'oricine de cette 
très-expressive et très-juste dénomination : 
le Bas -Bleu. D'où vient ce mot et que 
veut-»il dire ? Dans un de ses magnifiques 
accès de mauvaise humeur, lord Byron 
s*en est servi pour désigner la race toute 
moderne des malheureuses créatures fémi- 
nines qui, renonçant à la beauté, à la 
grâce, a la jeunesse, au bonheur du ma- 
riage, aux chastes prévoyances de la ma- 
ternité , à tout ce qui est le foyer domes- 
tique, la famille, le repos au dedans, la 
considération au dehors, entreprennent de 
vivre à la force de leur esprit. On les a 
appelées bas-bleus, pour deux ou trois mo- 
tifs que Byron n'explique pas mais qu'il 
est facile d'expliquer. 

a Par un temps froid et pluvieux, quand 
le pavé est humide, quand le ciel est triste, 
voyez-vous passer dans la rue cet être 
équivoque, d un âge douteux comme son 
sexe, recouvert de tous les lambeaux que 
peuvent réunir sur une carcasse humaine 
la faim, l'orgueil et la misère ; — des lam- 
beaux de cachemire et des lambeaux de 
bure, un chapeau qui a été rose, une robe 
oui a été neuve, une collerette passée à 
1 empois au temps jadis? Rien qu'à voir 
cette malheureuse femme on se 9ent mal 
à l'aise, on a froid, on a faim, on a soif: 
cela ne ressemble à pas une des misères 
connues 

«... Voyez-la donc dans la rue, trot- 
tant, les coudes serrés contre la taille , la 
tête haute, le regard baissé, un bout de 
manuscrit sortant de son cabî^s; puis re- 
gardez à ses pieds ; voyez dans cette vieille 
chaussure ce bas qui s'enroule ou plutôt 
qui se déroule, est-ce un bas bleu? — C'est 
un bas sale! Tope là! Vous avez tout à 
fisiir l'origine du mot. C'est la grande habi- 
tude et le grand signalement des femmes- 
hommes oe lettres de ne jamais s'occu- 
per de ces minces détails de la vie de 
chaque jour. Porter à une jambe bien 
faite des bas blancs et bien tirés 1 fi donc ! 
nous abandonnons ces petits soins aux 
mièvres Parisiennes qui n'ont pas d'autres 
occupations que de se laisser vivre et être 
heureuses ; mais, nous autres, qui aspirons 
à la popularité et à la gloire [ — nous au- 
tres les grands écrivains du beau sexe, 
nous les Walter Scott en jupons , les 



Schakspeare en spencer, les Molière en 
bonnets fanés, nous n'avons pas le temps 
de regarder ce qui se passe à nos pieds. 
Or, voilà tout simplement l'origine du mot 
bas-bleus ; lisez : bas sales et troués. Cette 
origine est brutale, sans doute, mais elle 

est juste etc. » 

N'est-ce pas là vraiment du Janin de la 
belle époque ! Ulric. 



Biographie de Jaccpies Sarrazin (V, 

340). — Sur cet artiste éminent, mon 
compatriote et bien plus encore celui de 
M. le D' Warmont, il y aurait à consulter 
les Archives de VArt français publiées 
sous la direction de M. Ph. de Chenne- 
vières, M. le D' Warmont qui est de 
Noyon, je pense, indiquera plus complè- 
tement encore les sources écrites ou même 
traditionnelles où l'on pourrait puiser 
avec quelque sûreté. Jacques D. 



L'Hôtel da a Grand-Monarqae » (V, 372}. 
— Il y a à Varennes (Meuse), dans la ville 
basse, l'hôtel du Grand-Monarque ^ oii 
s'arrêtèrent, lors de la fuite de Louis XVI, 
MM. de Goguelat et de Bouille fils. Char- 
tres, Châteaudun, Melun, Charité-sur- 
Loire, Montereau, Gournay, Versailles, 
etc., possèdent aussi des hôtels du même 
nom. Nul doute que Louis XIV ne fut le 
patron de tous ces respectables établisse- 
ments; de même que le Dauphin avait 
sous son patronage princier toutes les au- 
berges et toutes les brasseries au-dessus 
desquelles se balançaient les armoiries 
parlantes de l'héritier du trône de France. 
Il existe beaucoup d'enseignes o^li/ Grand- 
Turc. » Il est assez difficile d'expliquer le 
sens de ces dernières. Ce ne peut être qu'un 
souvenir du moyen âge et des expédi- 
tions plus récentes contre le Turc* 

A. Benoit. 



Une assertion d'Escobar (V, 37^2); — J'ai 
lu cette même assertion du casuiste Esco- 
bar, — citée dans un petit ouvrage aujour- 
d'hui devenu fort rare : Rose et Blanche^ 
ou la Comédienne et la Religieuse^ par 
J. Sand. Paris, che^ B, Renault, éditeur, 
5 volumes in- 12, i8ii. 

Ce roman, composé et publié par M"' 
Dudevant {George Sand), avec la collabo- 
ration de M. Jules Sandeau, et sous les 
auspices de H. de Latouche, fut, comme 
chacun sait, l'œuvre du premier début lit- 
téraire du futur auteur de Mauprat. 

Les peintures du monde religieux qui 
décorent les plus belles pages de cette pe- 
tite Etude de jeunesse n'ont point été 
étrangères aux loudres vengeresses dont 
fut — à l'origine, — assailli le nom de 
George Sand — du haut de la chaire. -^ 
Ces belles colères de l'Eglise ne contn- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[ionov« 1869. 



- 637 



638 



buèrent pas peu à rendre ce nom popu- 
laire. 

Et, tout récemment encore 1 ne se rallu- 
mèrent-elles pas tout à coup, ces colères 
(lors de la publication de Mademoiselle 
la Quintinie), par l'excommunication pure 
et simple de 1 illustre écrivain, en pleine 
cour de Rome , et par la mise à l'index de 
ses Œuvres complètes? 

Mais, revenons à notre citation : 
a Mon cher, dit-il à Laorens, tu as tué 
notre archevêque : le grand-vicaire ne des- 
cend pas ; si tu avais lu Escobar, tu aurais 
vu qu'il vaut mieux tuer dix hommes 
qu'un prêtre, vingt prêtres ciu'mn évêque, 
trente évêques qu'un cardinal, quarante 
cardinaux qu'un pape, ce qui fait 240,000 
hommes pour le pape, et deux cents hom- 
mes pour Monseigneur. » ( Vid, lac. citât. 
tome II, p. 144.) Ulric. 



Vitry-le-Françoi8 (V, SyS). — Le roi 
Louis XVIII répondait le 7 mai 18 14 aux 
députés de la ville de Yitry'Sur'Marne : 
a Je suis sensible à tous les sentiments 
que vous venez d'exprimer. La ville de 
Vitry a trop bien mérité le nom de Vitry- 
le- Français, pour ne le recouvrer. Je le lui 
rends, » Cela avance-t-il la question ? La 
Géographie abrégée de Pierron (Metz, 
180 3, an XII), écrit Vi tri- le- François. 
C'était, du reste, l'orthographe adoptée 
avant la Révolution, et qui a persisté 
malgré les arrêtés et les décrets. 

A. Benoit. 



GniUotine (V, 382). — Voir Vlllustra- 
tion du 22 mai 1869, p. 336, reproduction 
de la gravure d'Aldgrever (Titus Manlius) 
i553, ij4«»™/72"»". 

Mémoire sur la Guillotine ^ par L. Du- 
bois, d'Amiens 

L'abbé de la Porte, Voyageur français ^ 
en parle — Achillès Bochius, Symbolicœ 
au est ion es, i555, aussi. — Mémoires de 
Puységur^ 1690. Exécution du maréchal 
de Montmorency. — Guillotine, ainsi nom- 
mée d'un couplet de la chanson des Actes 
des Apôtres. 

« Le nom de l'inventeur de la guillotine 

t inconnu comme celui de l'mventeur 



est 



de la poudre. » 



Ch. Joliet. 
Pour extrait : Cz, 



Marie Miraille sorcière (V, 392). -— 
« Connaît-on un peintre du duc de Guise 
du nom de Nicolo? » J'ignore si le duc de 
Guise avait un peintre de ce nom, mais 
j'ai la preuve que sa sœur Marie, femme 
de Jacques V, roi d'Ecosse, et mère de 
Marie Stuart, avait un peintre de sa cham- 
bre, nommé Nrchola:^, Serait-ce le même, 
que François de Guise aurait envoyé à sa 
sœur en Ecosse? Voici copie d'une lettre 



autographe signée de cette princesse, à lui 
adressée : 

a Nycholaz, vous prendre quant et vous 
a de mayn dez matyn toute chose nece* 
a sere a fere une pynture et sere pre et 
a pare a venyr dez quen serez requy de 
a par moi aiant isy a fere de vre oiyse Je 
« ma seure que men fere le loysy dont ne 
a donc nul mtelygence a quy conque et 
tt se vous sera comes père ocasion de vous 
« ad venser en layde et faveur de 
*« V'e bonne mestrese 

a Marie. 

« A Nycholaz 

« Pyntre de ma chambre » 

Lisez : « Ay^nt ici affaire de votre office, 
je m'assure que m'en ferez le loisir, dont ne 
donnez nulle intelligence à quiconque, et 
ce vous sera, comme espère, occasion 
de vous avancer en l'aide et faveur de votre 
bonne maîtresse Marie... » Voilà certes un 
coup de pinceau bien mystérieux, pour 
lequel il fallait être prêt et paré ! 

X« J%,m A^» 

— Je puis informer S. D. que Nîoolo, 
peintre célèbre, naquit à Modène en i5i2 ; 
son nom de famille était Abbate. il vint 
en France en i552, et s'y acquit beaucoup 
de réputation par ses tableaux, dont on 
voit un grand nombre à Paris et ailleurs. 
— X M. Œrist, dans son Dictionnaire des 
monogrammes, dit à son sujet, page 334 : 
a Nicolo ou Nicoletto da Modena en 
1 5 1 5 (?) a marqué (ses tableaux) d'un côté 
Nicolo et de l'autre côté da Modena, en- 
tr 'autres un grand sujet en hauteur, où il 
y a un grand bâtiment ruiné, et en petit 
paraît une nativité ou pièce aux pasteurs. » 
— Nicolo mourut à Paris, dans un âge 
très-avancé. — Quant à Marie Miraille, je 
n'ai pu trouver, jusqu'à présent, des par- 
ticularités sur cette sorcière. 

(Amsterdam.) S. G. de G. J. J»* 



De qui ces deux vers? (V, 370.)-* Le 
second est modifié avec intendon, et la 
citation est prise de la Description des 
Enfers, dans le Virgile travesti, de Scar- 
ron, chant VI, description fort longue. 
Voici le morceau où sont les deux vers en 
question : 

Phlégyas fait là des sermons ; 

Outre qu'ils sont mauvais et longs 

Comme ceux qu'on fait au village, 

Personne n'écoute, il enrage, 

Il s'égosille de crier. 

Chacun a peur de s'ennuyer, 

Et s'enfuit en faisant la moue. 

Il pousse sa voix, il s'enroue. 

Prônant à ces malicieux : 

« Soyez justes, craignez les dieux! » 

Cette sentence est bonne et belle, 

Mais en Enfer de quoi sert-elle? 

Faire là des fermons si beaux, 

C'est donner des fleurs aux pourceaux. 

M. Yezimat reconnaîtra dans : Soye:^ 



N« 117.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



639 



justes, etc., Tinspiration du vers de Vir- 
gile (chant VI, 620) : 

Discite justitiam moniti, et non temnere divos. 

La réflexion de Scarron est aussi juste 
que plaisante, puisque les condamnés sont 
en enfer pour 1 éternité. Il n'en est pas de 
même de la modification en prison, car 
on peut répondre que ce conseil peut ser- 
vir à éviter la prison une autre fois. 

C. Dezobry. 

a Ventnmteztilem » (V, Syo). — Cette ex- 
pression est de Libérius, parlant des robes 
des courtisanes de Rome, et ce fragment 
se trouve cité dans Pétrone (Satyr., 55) : 

iEquum est induere nuptam ventem textilem 
Palam prostare nudam m nebula linea. 

C. Dezobry. 



« Q1108 Tolt perdere Jupiter, » etc. (V, 

52 3). — Aucun texte de la Bible, ai-je dit 
dans un des derniers numéros de Y Intermé- 
diaire, n'attribue à Dieu Tidée de rendre 
insensé un homme, pour le perdre. 

M. le D' Say est a'un avis contraire, et 
cite à Tappui de son opinion le chap. vu 
de rExoae (vers, i, 2 etsq.). 

Précisons bien la question et éclairons- 
la en faisant connaître le texte qui sert de 
fondement à la controverse, Citons les 
versets dont M. le D' Say se fait une arme. 

Dixit Dominus ad Moysen : Ecce consti- 
tui te Deum Pharaonis et Aaron f rater 
tuus erit propheta tuush.). Tu loqueris ei 
omnia quœ mandaho tioi et ille îoquetur 
ad Pharaonem ut dimittat fiîios Israël de 
terra sua (3); sed ego indurabo cor Pha- 
raonis et multiplicabo signa et ostenta 
mea in terra ^gypti (4) , et non audiet 
vos; immittamque manum meam super 
^Egjrptum et educam exercitum et popu- 
lum meumfilios Israël déterra ^gypti. 

En quoi l'opposition de Pharaon au dé- 
part des Israélites, était-elle un acte dénué 



640 




sujets 
lites étaient les esclaves des Egyptiens ; ils 
étaient employés par eux aux travaux les 
plus pénibles et les plus grossiers. Leur 
départ aurait été pour l'Etat et pour les 
particuliers une perte considérable. Con- 
sentir à ce départ, c'était une faiblesse 
inintelligente et malheureuse. 

Ce ne fut donc pas un projet insensé de 
la part de Pharaon de v.ouloir retenir dans 
ses Etats une population si utile à son 
peuple. 

Avant les faits racontés dans le chap. vu 
de l'Exode, Moïse avait déjà fait des dé- 
marches auprès de Pharaon par l'ordre du 
Seigneur. Ces premières démarches n'a- 
vaient pas réussi. Moïse avait parlé au nom ' 



du Dieu d'Israël ; Pharaon avait répondu 
que ce Dieu lui était inconnu et qu'il ne 
laisserait pas partir Israël. Il avait ajouté, 
toujours d'une manière fort sensée au 
point de vue de l'intérêt de ses sujets : « Re- 
tournez à vos travaux ; pourquoi par des 
discours mensongers détournez-vous vos 
frères de leurs devoirs ? » En même temps 
il ordonnait aux directeurs des travaux 
publics, d'augmenter les charges qui pe- 
saient sur les Israélites et d'en aggraver 
les difficultés. 

( Exode, chap. v, passim et surtout, v. 5 
et suiv.) 

La conduite de ce prince était abomi- 
nable au point de vue de l'humanité, mais 
sa résistance au départ des Hébreux était 
très-politique et tout dans l'intérêt égyp- 
tien. 

Qu'a donc voulu démontrer l'historien 
sacré? il a voulu, par le récit des prodiges 
étonnants qui brisèrent cette résistance, 
constater et mettre en évidence la puis- 
sance du Dieu qui délivrait Israël de cette 
dure servitude , et la protection dont il a 
entouré ce peuple si mdignement persé- 
cuté. 

M. J. Palma ne cherche ni dans Ho- 
mère ni dans Sophocle, mais bien dans 
Euripide, Yoriginal exact de cette pemée 
française : Quos vu It perdere Jupiter, 

i» On ne voit pas bien pourquoi M. J. 
Palma appelle pensée française un axiome 
connu dès les temps littéraires et philoso- 
phiques les plus reculés. 

2*» La rédaction de V Intermédiaire avait 
déjà indiqué les vers d'Euripide. 

3° Enfin Euripide peut avoir varié la 
formule d'Homère ; mais l'auteur qui le 
premier a exprimé cette pensée doit en 
être regardé comme le père , et cet hon- 
neur ne peut être enlevé à Homère. 

P. M. 
Sous-biblioth. du Corps lég. 
Palais-Bourbon. 



Les tanneries de peau humaine (V, SgS). 
— (Jean Zizka.) — M. P. B. a cru devoir 
ajouter, aux différents articles publiés sur 
cette question par V Intermédiaire, la men- 
tion de la peau de Jean Zi^ka, qui aurait 
été employée à faire un tam^jour, d'après 
la recommandation que ce fameux chef 
des hussites aurait faite en mourant. Le 
Magasin pittoresque, où M. P. B. a puisé 
ce renseignement , a répété , d'après plu- 
sieurs écrivains, une tradition purement 
fictive, inventée par les historiens catho- 
liques pour donner à Zizka le caractère fa- 
rouche d'un bandit, a Le bruit qu'elle (sa 
peau) fera, aurait-il dit d'après cette fable, 
suffira pour effrayer les ennemis et les 
mettre en fuite. » L'illustre historien con- 
temporain de la Bohême, M. Palacky, a 
démontré que ce prétendu fait historique 
n'est qu'une fiction. Le grand ouvrage de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[zonov. 1869» 



- - 641 



642 



Palacky, qui n*a été traduit qu'en alle- 
mand, étant très-peu connu en France, 
je profite de cette occasion pour renvoyer 
les lecteurs qui désireraient connaître la 
vérité historique sur Zizka, à l'article que 
M. Joseph Fricz, publiciste et littérateur 
tchèque, a consacré à son illustre compa- 
triote dans la Nouvelle Biographie géné- 
rale de Didot. Le caractère de ce grand 
guerrier y est représenté sous un jour tout 
autre que dans tous les articles sur ce sujet 
publiés en France et puisés aux sources 
d'une impartialité suspecte. 

GfJSTAVE PaWLOWSKI. 



Maladie de Charles IX (V, 468). — Si 
j'étais, en ce moment, à Paris, je recher- 
cherais Touvrage suivant, — c|ue pourrait 
fort bien consulter, en mon lieu et place, 
quelqu'un de nos coabonnés , habitué de 
la Bibliothèque Nationale : 

tt Histoire contenant un abrégé de la 
Vie , mœurs et vertus du roy très chres- 
tien et débonnaire Charles /X«, vrayment 
piteux propugnateur de laFoy catholique 
et amateur de bon esprit^ par A. Sorbin, 
ditT>E Sainte-Foy. » Paris, 1574, un vol. 
in-8o. Ulr. 



Origine dn dindon (V, 478). — En Ber- 
ry, — suivant le Glossaire du centre de la 
France (édition in-40 de 1864), on qualifie 
le dindon du nom de Jésuite, — qu'on pro- 
nonce Je5M/55e, dans les campagnes restées 
fidèles à la prononciation française du xvi« 
siècle (Jésuisie). « Quand en l'an i56|., ^e 
plaiday la cause de V Université de Paris 
contre les Jésuistes, depuis appelez Jésui- 
tes. n (Pasquier, Recherches sur la France, 
IX, p. 26}. 

Cet irrévérencieux sobriquet ainsi appli- 
qué au dindon est un souvenir h sottement 
malveillant de l'introduction en Europe de 
ces utiles animaux par les missionnaires 
de la Compagnie de Jésus. » ( Glossaire, 
p. 383.) Ulr. 

Vers de Molière à retrouver (V, 498 \ 
— M. E. G. P. demande si Ton connaît 
l'auteur du Voyage du Parnasse? Oui , 
sans doute, et il suffit pour cela de con- 
naître le Dictionnaire des anonymes de 
Barbier. C'est Limojon de Saint- Disdier; 
son ouvrage est curieux et devrait être plus 
souvent consulté. Il est dirigé surtout 
contre La Motte et Fontenelle. Pour Sau- 
rin, il n'est cité que dans la tragi-comédie 
de VIliade qui termine le volume. Il y 
remplit le rôle de confident de La Motte, 
et ce nom de confident pourrait bien ren - 
fermer une allusion malicieuse à l'odieuse 
complicité de La Motte et de Saurin dans 
le procès des couplets qu'une erreur judi- 
ciaire laissa sur le compte de Jean- Baptiste 



Rousseau. Au reste, Saint-Didier, respec- 
tueux client de l'abbé Bignon, qui avait été 
l'un des ennemis acharnés de l'auteur des 
Odes sacrées , ne parle qu'en passant de 
Rousseau, et d'une façon assez indifférente. 
Le plan de son Voyage est le même que 
celui du Temple du goût, qui devait avoir 
à vingt ans cie là tant de retentissement. 
On n'y trouve pas assurément l'aisance, 
l'esprit et la malice de ce dernier ouvrage; 
mais il en a pu donner l'idée. Il faut sur- 
tout remarquer, dans le Voyage du Par- 
nasse, la description de la belle maison de 
Pierre Crozat, nnancier non moins riche et 
plus curieux que son frère Antoine. Le 
dîner splendide dont on décrit tous les 
raffinements, toutes les délicatesses, rap- 
pelle assez bien le festin de Trimalcion 
dans Pétrone. On est un peu surpris de 
ne pas trouver un seul mot, aans le Voyage 
du Parnasse, sur le jeune Arouet, qui déjà 
cependant (en 1716), faisait assez parler 
de lui, par un grand nombre de pièces 
satyriques, telles que le Cadenat, le Bour- 
bier, et d'autres encore qu'on lui attribuait 
avec plus ou moins de raison. P. Sarpi. 



Armoiries à reconnaître (V, 5o8). — 
Sans aucun doute, le champ de l'écu est 
d'argent, les fasces sont d'azur. Il ne peut 
y avoir de doute que sur l'émail de la tête 
fantastique surmontant la fasce de chef; 
je Id crois de sable. 

La forme de Técu indique que la per- 
sonne qui l'a fait graver était une fille, ab- 
besse, chanoinesse ou simplement vieille 
fille. 

La couronne est de fantaisie. 

L'ensemble a un certain air germanique. 
(Versailles). R. de S. 



Un cachet de Hugues de Lionne (V, 507). 
— M. P. A. L. demande comment ce cachet 
avait la couronne royale, fermée, fleurde- 
lisée. Il me semble probable que ce cachet 
était celui de l'emploi et non celui de 
l'homme. Les lettres AL qui s'y trouvent 
y avaient été ajoutées par Arthus de 
Lionne ou bien c est par nasard qu'elles 
se sont trouvées reproduire ses initiales. 
Ce qui me le fait supposer, c'est qu'elles 
n'ont pas été changées par Hugues de 
Lionne, qui aurait dû remplacer l'A par 
une H, si ce monogramme avait été celui 
du titulaire. Il resterait à expliquer quel 
rapport ces deux lettres auraient eu avec 
l'emploi du personnage. C'est ce que je 
ne saurais indiquer, laute de documents. 

E. G. P. 

— Artus de Lyonne, évêque de Gap, 
qui refusa l'archevêché d'Embrun, était 
bien le père de Hugues de Lyonne, mi- 
nistre d'Etat sous Louis XIV. 

Il entra dans les ordres, après avoir 



W* 117.3 



L'INTERMEDIAUŒ 



— 643 



perdu sa femme Elisabeth de Servien, qui 
mourut à vingt et un ans. 

Hugues, dès l'âge de dix-huit ans, fut 
poussé aux emplois par son oncle Abel de 
Servi en. 

Artus de Lyonne, évêque iw partibus de 
Rosalie, était le fils de Hugues. TV. Lionne, 
dans Moréri.) H. T. 



Rue Crît-le-Cœnr (V, 52 1). — Dans le 
a Journal des choses mémorables advenues 
durant le règne de Henri HI, » je trouve 
aussi Saint-André des Arcs, et le Logis du 
Chevalier du Guet, à la Cousture Samcte- 
Catherine, au lieu de Culture. J'y vois 
également que Hotman demeurait rue 
Michel-le- Comte. 

L'expression « entre deux selles le cul 
par terre » était déjà en usage à cette épo- 
que-là. On appelait autrefois selle un siège 
de bois. On disait alors swcc^^fer pour re«s- 
sir, comme encore aujourd'hui en anglais. 
Catherine de Navarre, la charmante sœur 
de Henri IV, écrivant à Saint-Génies (Ar- 
mand de Gontaud, sénéchal de Béarn), di- 
sait : tt Le roy mon frère se porte très- 
« bien, et tout \uy succède heureusement. » 

« Une querelle d'Allemand » était déjà 
un dicton il y a trois cents ans. Ils ne l'ont 
malheureusement que trop mis en prati- 
que de nos jours, surtout entre eux comme 
nations, et pourtant, comme individus, ce 
sont les meilleurs gens du monde. 

On disait aussi ressentiment, pour re- 
connaissance. P. A. L. 



Quelques-uns des jeux de nos ancêtres 

(V, 549). — Dans certaines contrées, les 
enfants jouent encore au jeu de la vergette 
ou de casse les œufs, jeu plus cruel qu'a- 
musant, et qui entraîne chaque année la 
destruction d'une grande quantité de nids. 
Un ou plusieurs œufs sont placés par 
terre, et chacun des joueurs, les yeux ban- 
dés et armé d'une longue baguette, cher- 
che tour à tour à les casser. Ce jeu est 
bien ancien, car dans ÏEpistre des Rossi- 
gnols du parc d'Alençon à la très-illustre 
royne de Navarre, composée par Guil- 
laume Le Rovillé en 1 544, et publiée dans 
son Recueil de F Antique Préexcellence de 
Gavle et des Gavlois, Paris, pour Chres- 
tien Wechel, M.D.LI, pet. in-8, on lit ces 
vers : 

Au moins ce bien d'un malheur fie départ de 

[la reine) aduiendra, 
Qu'aucun de nous tes paiges ne craindra : 
Trop dure guerre eussent faicte à nos nies, 
Que Ton ne doibt toucher comme benists : 
Petits mettroient chascun en sa cagette, 
Ou bien nos œufs iouroient à la uergette. 
Sans que Ion peust à tel meschief pouruoir, 
C'est leur coustume et naturel pouuoir. 



(Alençon.) 



L. DE La Sicotière. 



644 

— La première fois que j'ai lu le célèbre 
quatrain de Sainte-Aulaire : 

La divinité qui s'amuse 
A me demander mon secret, 
Si j'étais Apollon, ne serait pas ma Muse : 
Elle serait Thétis, et le jour finirait. 

ce fut dans un recueil placé à la suite d'un 
dictionnaire de rimes, et on y indiquait 
que Sainte-Aulaire avait fait cet impromptu 
en jouant au secret. Mais je dois convenir 
qu ayant retrouvé le quatrain dans vingt 
endroits de plus grande autorité, ce détail 
n'était répété nulle part. Voltaire surtout, 
qui connaissait bien la cour de Sceaux et 
les divertissements auxquels on s'y livrait, 
dit que ce fut à un souper, et que la du- 
chesse appelait le vieux poëte Apollon, 
a et lui demandait je ne sais quel secret. » 
Il n'est pourtant pas impossible que l'on 
ait eu alors un jeu d'esprit nommé le se- 
cret, et qui aurait eu du rapport avec celui 
que nous nommons une confidence, et 
avec le jeu bien plus ancien du confesseur, 
dont il est question dans le lai d'Ignau- 
rès, analysé par Legrand d'Aussy. Une 
dame, qui soupçonne Ignaurès de se parta- 
ger entre douze maîtresses, parvient à réu- 
nir ses onze rivales, et, « au milieu de ces 
plaisanteries et de ces petits jeux que ordi- 
nairement se permettent les femmes quand 
elles sont entre elles, » elle leur propose 
de choisir entre elles un confesseur et de 
lui avouer chacune à l'oreille le nom de 
leur amant. Après quoi le confesseur dira 
qui des douze a le mieux choisi. La chose 
s'exécute, en effet, avec les formes de la 
confession auriculaire, et toutes les dames 
nomment Ignaurès. Un autre jeu d'esprit 
encore mieux caractérisé se rencontre dans 
le dit du sentier battu, fabliau de Jehan 
de Condé, analysé par M. Arthur Dinaux. 
Ce jeu consistait à faire une question et à 
tirer une épigramme de la réponse. Mal- 
heureusement, les plaisanteries du trou- 
vère flamand se défendent victorieusement 
contre toute citation. O. D. 

De peur que la rédaction ne me trouve 
trop timide, j'ajouterai qu'un cavalier de- 
mande à une dame : 

Poil y a-t-il à vos poinille? 

La dame trouve la question imperti- 
nente, non comme on pourrait le croire, 
parce qu'elle met en jeu une partie si mys- 
térieuse d'elle-même; mais parce que la 
manie de s'épiler était alors si à la mode, 
qVie l'on eût tenu à mal-soin et à malpro- 
preté de s'en dispenser. La dame se fâche 
donc; seulement, comme ferait une élé- 
gante de nos jours à qui on demanderait, 
par exemple, si elle se peigne ou si elle se 
lave les piedsJ Elle répond : 

Sachez que il n'y en a point. 

Et l'autre de riposter que cela doit être 
ainsi : 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo noy« 1869* 



645 



646 



... car au sentier 
Qu'est bien battu ne croît point l'herbe. 



« Humilissime » (V, 5 64). — Ce mot est 
tout simplement un barbarisme. Le mot - 
humiliter (humblement) fait, au superlatif: 
humillime (très- humblement). L'auteur 
du dictionnaire de géographie en question 
savait mal le latin. E. G. P. 

— La latinité de ce mot me paraît des 
plus suspectes. Si Ton trouve ce superlatif 
dans un seul bon auteur, j'avouerai humi- 
lissime <\Me j'ai perdu... tout mon latin, 

Yezimàt. 



D'où vient le mot calembour? {V, 565.) 

— Le calembour était plus que probable- 
ment aatérieur au XVI Iï« siècle; le Con- 
grès de Cythère lui attribue une origine 
de pure fantaisie. 

Aux réponses déjà faites, et dont la ré- 
daction a bien voulu rappeler les dates, j'a- 
jouterai deux nouvelles étymologies; mais 
la première, confessons-le de suite , me 
semble d'un aioi aussi douteux que celle 
du Congrès de Cythère : un certain comte 
allemand, nommé Kahlenburg, poussait 
si loin la bièvromanie, qu'il attacha son 
nom à ce jeu de mots. Voici la seconde 
étymologie, et elle a au moins le mérite 
d'être spécieuse : Calembour viendrait des 
deux mots arabes kalem, parler, bour, 
abusif. Th. Pasquier. 

Bons mots de Beaumarchais (V, 565). — 

Il s'est beaucoup souvenu ou a beaucoup 
pillé. Quelquefois, il a légèrement déguisé 
ses larcins. En voici un exemple : Guil- 
laume Marcoureau de Brécourt, un des 
comédiens de la troupe de Molière, a fait 
une comédie, en un acte avec prologue, 
intitulée VOmbre de Molière. Dans cette 
pièce, l'Ombre du grand comique se dé- 
fend, au tribunal de Pluton, contre les at- 
taques forcenées de ceux qu'il a bafoués, 
ou plutôt contre leurs ombres. Dans la 
1 3* scène, consacrée aux médecins, Mo- 
lière s'écrie : « Les scélérats osent tout 
u tenter, sur cette confiance que le soleil 
a éclairera leurs succès et que la terre cou- 
a vrira leurs fautes, » 

Or, dans la 1 3® scène du 2« acte du Bar- 
bier deSéville, le comte A Imaviva, déguisé 
en cavalier ivre, se présentant au docteur 
Bartholo comme son confrère, vu qu'il est 
le vétérinaire du régiment, Bartholo , of- 
fusqué, lui dit : 

«' 11 vous sied bien, manipuleur igno- 
« rant, de ravaler ainsi le premier, le plus 
« grand et le plus utile des arts? 

Le comte. — a Utile tout à fait, pour 
« ceux qui l'exercent. 

Bartholo. — u Un art dont le soleil 
a s'honore d'éclairer le succès. 



i-.B COMTE. — « Et dont la terre 5'em- 
« presse de couvrir les bévues. » 

Jamais imitation ne fut plus flagrante, 
car on ne peut douter que Beaumarchais 
ne connût r Ombre de Molière. E. G. P. 



Année de la mort de Marin Gorean de 
la Chambre (V, 566). — D'après le relevé 
des registres de l'état civil de la paroisse 
de Saint-Eustache (Jal, Dictionnaire cri- 
tique de Biographie et d'Histoire^ p. 719), 
Marin Gureau de la Chambre mourut rue 
de Grenelle, le 29 décembre 1669. 

Jean- Baptiste Tuby lui éleva un tom- 
beau sur les dessins au Bernin, dit M. Jal, 
qui ajoute : « Le médaillon... autour du- 
quel on écrivit : « Marinus de la Cham- 
a bre, archiater,obiiti669, setat. 75, «fait 

Îjartie maintenant du musée deVersail- 
es. » Marin Gureau serait donc né vers 
1594, et non vers 161 3, comme le dit as- 
surément Gondorcet dans ses Eloges (édit. 
de 1804 et de 1847). ^^ Manceau. 



Famille de Villers-au-Tertre (V, 566). 
— Les familles de Villers étaient excessi- 
vement nombreuses en France, et surtout 
dans les Pays-Bas. Rien que dans le Cam- 
brésis on peut citer outre Villers-au-Ter- 
tre, Villers- Ppuich, Villers-Outréau, Vil- 
lers-Gugnicourt, etc. (Voir Le Garpentier, 
Histoire de Gambriy et du Gambrésis, 
2 vol. in-40, Leide, 1664, t. 2, p. io58 et 
suiv., notamment p. 1061, spécialement 
sur la famille Villers-au-Tertre qui portait 
d'ai^ur à un escusson d'argent, Vescu 
semé de billet tes de mesme). 

D'autres ouvrages spéciaux sur les fa- 
milles nobles des Pays-Bas (que je n'ai 
pas sous les yeux en ce moment) donnent 
sans doute des détails plus complets. 

Dans le Gatalogue des gentilshommes 
d'Artois, Flandre et Hainaut de MM. de 
la Roque et de Barthélémy, je trouve en 
1789, indiqués au Procès-verbal de l'as- 
semblée de l'ordre de la noblesse (bailliage 
de Gambray), le comte de Villers-au-Ter- 
tre de Maginère, le chevalier de Villers- 
au-Tertre de Seroin, et dans les chapitres 
nobles de dames: 

Madame de Villiers-au-Tertre, abbesse 
à Avesnes (1783). H. T. 



Ramersheim (V, 566). — Ramersheim 
appartient à cette géographie idéale à la- 
quelle M. Villemam a donné une ville de 
Chéronée, patrie de Plutarque, autre que 
la ville du même nom fameuse par la vic- 
toire de Philippe; à laquelle M. Troplong 
a donné une ville de Pharsale où débar- 
qua Gésnr, quoique Pharsale soit à huit 
heues de la mer, etc., etc. On s'en assu- 
rera, en parcourant un livre des plus com- 



N« 117.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



- - 647 



plets et des plus exacts : F Alsace ancienne 
et moderne ou Dictionnaire topographi- 
que et statistique du Haut et du Bas-Khin, 
par Baquol, 3« édition entièrement refon- 
due par P. Risteihuber. (Strasbourg et Pa- 
ris, i865,in-8.) Euqorral. 



« Histoire du prince Adonistas » (V, 
566). — La marquise de L***, auteur de ce 
petit volume, n'est autre que la marquise 
de Lassay, qui, avant de devenir, en 1696, 
la troisième femme du romanesque mar- 
quis de Lassay, était Mademoiselle de 
Gueneni, anagramme d'Enguien, qu'on 
appelait aussi Mademoiselle de Chateau- 
briand. Elle était fille naturelle de Henri- 
Jules de Bourbon, prince de Condé, et de 
Madame de Marans. Ce roman parut Tan- 
née même de la mort de son mari. 

Ol. B. 



Un manuscrit concernant l'Opéra à re- 
trouver (V, 567). — Le manuscrit in-40, 
autographe, n® 1291 du Catalogue Solar, 
n'était probablement qu'un fragment des 
Chroniques de V Académie Royale de mu- 
sique, par Gentil, contrôleur du matériel 
à r Opéra. 

Il existe, à ma connaissance, deux 
exemplaires de ce travail. L'un, apparte- 
nant à un de nos principaux éditeurs de 
, musique, me fut très- obligeamment prêté 
en 1866. J'en avais déjà copié une partie, 
quand J'eus l'occasion d'acquérir de la fa- 
mille Gentil un autre manuscrit, en partie 
autographe, en partie recopié, et qui 
paraissait avoir été préparé pour l'im- 
pression. 

Ces deux exemplaires n'étaient pas ab- 
solument conformes. Il se peut même 
qu'ils présentent des lacunes et que quel- 
Ques cahiers, prêtés par Gentil, aient été 
égarés. 

Voici le titre exact de Touvrage : 

Chroniques de V Académie Royale de 
Musique — Les cancans de VOpéra en 
i83ô, extraits du journal tenu par une 
habilleuse, concernant les choses qui sont 
venues à sa connaissance durant Vannée 
i836. 

Tome I. i836. 

Tome II. i837. 

Tome III. i838-i839. 

Le tout formant trois volumes, petit 
in-4®, d'environ 35o pages. 

Ces manuscrits n offrent rien de bien 
scandaleux. Toutefois, il s'y trouve beau- 
coup de noms propres, et c'est, sans doute, 
ce qui en a empêché la publication. Tels 
qu'ils sont, ils donnent une idée assez 
exacte des mœurs théâtrales pendant les 
premières années de la monarchie de 
i83o, et ils ont trouvé leur place la plus 
naturelle aux Archives de l'Opéra, à côté 
d'autres documents du même genre, rela- 



— -- 648 

tifs aux diverses époques de Thistoire du 
théâtre. . Ch. Nuitter, 

Conservateur des Archives 
de VOpéra. 

La Peste rouge (V, 568). — L'auteur est, 
suivant Quérard, dans ses Supercheries^ 
un écrivain légitimiste du nom de Leroy- 
Keraniou. Ol. B. 

Les c Mémoires de Casanova > (V, 568;. 

— L'édition Paulin, 1843, contient à la fin 
de son quatrième volume une espèce de 
notice sur Casanova, par le prince de Ligne. 
Le prince y parle des Mémoires écrits par 
Casanova. Seulement, presque rien de ce 
qu'il raconte comme 1 ayant lu dans ces 
Mémoires, ne se retrouve dans les Mémoires 
imprimés, ou du moins n'y est présenté de 
même. Faut-il en conclure que ces Mé- 
moires imprimés sont apocryphes, ou seu- 
lement que Tauteur les a retouchés en 
adoucissant ce qu'ils avaient de trop cru? 
Cette seconde explication me paraît préfé- 
rable, et j'irai même jusqu'à me demander 
si ce n'est pas le pnnce de Ligne gui se 
trompe, et s'il ne croit pas se souvenir d'a- 
voir trouvé dans le manuscrit de Casa- 
nova, des faits et des détails qu'il a connus 
autrement. Ainsi, selon lui, Casanova 
« s'avoue comme fils d'un père inconnu et 
d'une mauvaise comédienne de Venise. » 
On ne trouve rien de pareil dans les Mé- 
moires imprimés. Casanova s'y donne, lui 
et son frère, le célèbre peintre de batailles, 
comme nés d'un mariage très-légitime. 
Casanova est bien le nom de leur père, et 
il lui attribue même une généalogie assez 
illustre, tout en convenant qu'il était co- 
médien, et qu'après son mariage, il avait 
fait monter sur les planches sa femme Za- 
netta. Or Goldoni raconte que dans la 
troupe qui joua ses premiers essais, a il y 
avait deux actrices pour les intermèdes. 
L'une était une veuve très-jolie et très- 
habile, appelée Zanetta Casanova... » Le 
rapport des noms et celui des dates ne 
laissent guère douter qu'il ne s'agisse là 
de la mère de Casanova. Elle était donc 
veuve, ou du moins était acceptée pour 
telle. Comment croire, après cela, que son 
fils ait écrit qu'elle n'avait jamais été ma- 
riée? Je pense donc que les Mémoires de 
Casanova sont authentiques, c'est-à-dire 
écrits par lui-même. Quant à véridiques, 
c'est autre chose, et je ne tiendrais pas 
pour un mécréant celui qui se méfierait 
des trois quarts de ce (ju'il y raconte, ne 
fût-ce que de cette intuition merveilleuse 
qui lui fait deviner, à neuf ans, que le so- 
seil est fixe et que c'est la terre qui marche; 
et cela seulement parce que, voyageant 
pour la première fois le long d'une rangée 
d'arbres, on vient de lui expliquer que ces 
arbres sont immobiles, quoiqu'ils lui pa- 
raissent courir. 0. D. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[lo nov. iSôg, 



049 



65o 



£tymologie d'amazone (V, 56q). — Pour 
avoir cette étymologie, il ne suffit pas d'ou- 
vrir Hérodote. Artin-Pa^na, la déesse de 
la lune, ainsi que de la chasse et de la 
guerre, chez les Scythes, avait, à son ser- 
vice, des femmes victimaires qui sacri- 
fiaient les prisonniers de guerre, et for- 
maient une espèce de corporation qu'on 
désignait par le nom abstrait neutre de 
tuerie d'hommes (scythique, vairo-pata ; 
Hérodote, oiro-pata). Ces femmes étaient 
armées comme des guerrières et des chas- 
seresses, c'est pour cela qu'Hérodote et 
les Grecs, les ont comparées aux amazones 
vierges, prêtresses de VArtémis d'Ephèse. 
Le culte d'Artin-Paza était orgias>tique, 
celui d'Artémis ascétique. (Voy. Guigniaut, 
Maury.) L'ascétisme est né chez les Hin- 
dous ; son influence se fit sentir dans les 
religions des peuples de l'Asie occidentale, 
et s'exerça d'abord sur les Thraces qui 
établirent le culte de la déesse Ciça, ser- 
vie par desdruidesses vierges, ou du moins 
observant le célibat pendant la durée de 
leur sacerdoce. De la Thrace sortirent les 
amazones qui fondèrent la ville d'Ephèse 
en consacrant à leur divinité, Artémis, un 
trône de frêne, au-dessus duquel s'éleva 
plus tard un temple magnifique. Comme 
mèrej Artémis eut le nom de mamelue 
(gr. amai^ôn)] comme vierge, elle était 
servie par des vierges et par des prêtres 
eunuques, qui étaient nommés Mégabuses 
et c^ui se recrutaient parmi les paysans 
cariens des environs. (Mérimée, Galette 
des beaux-arts, i5 juillet iSSq.} Les 
Scythes ayant expulsé les Kioiméries, les 
contrées au nord de la mer Noire furent 
désignées sous le nom de Scythie, et les 
poëtes tragiques du siècle de Périclès ap- 
pelèrent Artémis scythique, l'Artémis tau- 
ropolos des Kimmeries, d'autant plus que 
la civilisation grecque commençant à rou- 
gir du culte sanguinaire d' Artémis tauro - 
polos (voy. Callimaque, Hymn. ad Arte- 
tnid.), ne voulut plus qu'on le prît pour un 
culte grec originaire de Lemnos, et pré- 
féra en attribuer l'origine aux Scythes. 
Ayant confondu les déesses, les Grecs con- 
fondirent aussi les prêtresses. 

RiSTELHUBER. 



Une barbe d'or (V, 5 80). -— Voici une 
autre version. Dans le Glossaire de la lan- 
gue romane, il est dit, à galonner sa 
barbe : « Selon Borel, c'étoit la peigner, y 
mettre de petits glands au bout de chaque 
fioquet, comme font les dames en leurs 
cheveux. On faisait cela aussi avec du fil 
d'or, ou bien on couvroit la barbe de pail- 
lettes ou de limaille d'or; et si on étoit 
jeune et sans barbe, on s'en mettoit une 
fausse de fil d'or; mais cela ne se prati- 
quoit qu'aux enterremens des grands 
(comme à celui de Charles le Téméraire), 



pour rendre la cérémonie plus majestueuse, 
car la barbe a toujours marqué vénération. » 

P. A. L. 



Faire ripaille (V, 586). — Sans prendre 
parti dans la discussion historique à la- 
quelle M. J. L. fait allusion, je me borne- 
rai à faire observer que Félix V est regardé 
comme un antipape, ce qui expliquerait 
bien des choses de la part de ses détrac- 
teurs, qui, en l'attaquant, n'ont pas cru 
faire niche à la papauté. E. G. P. 

— Enguerrand de Monstrelet (Chroni- 
que), le Père Labbe (Etymologie de plu- 
sieurs mots françois), un certain André 
Duval, docteur de Sorbonne {De suprema 
romani pontifias in Ecclesiam potestate), 
G. Peignot, sont unanimes à reconnaître 
que ce dicton doit être attribué à la vie 
agréable que Amédée VHI menait au 
prieuré de Ripaille, sans oublier surtout 
les plaisirs de la table. 

Un syndic de la faculté de théologie, 
autre docteur en Sorbonne, Edmond Ri- 
chQr(De ecclesiastica et politica potestate, 
161 1), réfute cette etymologie et s'efforce 
d'établir une analogie entre ribaud et ri- 
paille. 

Ménage dit que l'expression « faire ri- 
paille » pourrait bien venir des repas que les 
bourgeois ont l'habitude de faire l'été sur 
le bord des rivières {convivia, riparia), 
ajoutant, à l'appui de cette supposition, que 
le château de Ripaille est appelé en latin 
Riparia et non Ripalia. 

Jault, également cité par Peignot, dé- 
rive le dicton, de rippe, côte, ou rippen, 
côtelette (en allemand) ; faire ripaiUe, se 
réjouir entre amis et y manger jusqu'aux 
os. Peut-être aussi ripaille n^st-il qu'une 
contraction de repaissaille, vieux mot em- 
ployé par Rabelais et dans la même ac- 
ception. Liv. IV, ch. XXXVI : a Laissons 
ces repaissailles ici. » Ch. li, même livre : 
a La repaissaille fut copieuse et les beu- 
vettes numéreuses. » 

De la Mésangère [Proverbes français), 
encore cité par Peignot, prétend que ri- 
paille n'est qu'une corruption de ripuaille, 
dérivé lui-même de repue, bonne chère. 

Th. Pasquier. 



Hommes et femmes célèbres non mariés 

(V, 588). — Montaigne et La Rochefou- 
cauld étaient mariés, et peut-être peut-on 
en dire autant \de Mademoiselle de la 
Force, quoique ou puisque son mariage 
a été cassé en justice. Si on la repousse 
du nombre des femmes mariées, il fout en 
renvoyer avec elle toutes celles qui ont 
éprouvé le mêmp inconvénient, comme 
Berthe, femme du roi Robert;- Agnès 
de Méranie; Jeanne, fille de Louis XI; 
Marguerite, fille de Henri II. Mais j'ad- 



N» 117.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



65i 



652 - 



mettrais plutôt parmi les célibataires celles 
qui, comme la duchesse d'Etampes, Ga- 
brielle d*Estrées, voire Madame du Barry, 
ont rendu leur mariage illusoire de leur 
plein gré. Aspasie de Milet, Héloïse, la 
tsarine Elisabeth, Olympe de Gouges, 
nous présentent d'autres exemples de ma- 
riages douteux; mais pour Leaena, Léon- 
tium, Thëodora (mère de Marozie), Agnès 
Sorel, Henriette d'Entragues, la reine 
Christine, Ninon, La Vallière, la tsarine 
Sophie, voilà de franches et pures céliba- 
taires, et dont on peut écrire le nom à 
côté de ceux des Jeanne d'Arc et des 
sainte Geneviève. Et si, par hasard, cela 
jure un peu, n'est-ce pas pour nous mon- 
trer qu'il n'y a là aucune parité entre les 
deux sexes, et que les liaisons illégitimes, 
qui ne déclassent pas les hommes, déclas- 
sent complètement les femmes. On peut 
diviser les hommes en mariés et céliba- 
taires ; mais la véritable classification des 
femmes, n'est-elle pas en vertueuses ou 
en non-vertueuses ? Ajoutons qu'en géné- 
ral un homme ne se marie pas, parce qu'il 
ne veut pas, et une femme, parce qu'elle 
ne peut pas. Outre les noms aue je viens 
de citer, il y a encore celui d'Elisabeth, 
fille de Henri VIII : je l'ai gardé pour la 
fin ne sachant pas bien où il fallait le 
mettre. O. D. 



Faire la bête an roi quatrième (V, 594). 
— Cette expression est empruntée au Jeu 
de la Bête y qui était très en usage à la cour 
pendant le XVII« siècle. On voit dans le 
Journal de DangeaUy à la date du 10 fé- 
vrier 1689, la reine d'Angleterre, femme 
de JacQues 1 1, jouer à la bête avec la priA- 
cesse a'Harcourt et Madame de Croissy. 
Les règles de ce jeu de cartes se trouvent 
encore dans l'édition de lySo de VAcadé'* 
mie universelle des Jeux, jp. 278 à 286. 

Chaque joueur avait cinq cartes, et, 
comme à l'écarté, celui qui donnait retour- 
nait une carte qui indiquait l'atout. Il fal- 
lait, pour gagner l'enjeu, faire trois levées, 
sinon on faisait la bête, c'est-à-dire cju'on 
doublait la mise. Faire la bête au roi qua- 
trième^ c'est-à-dire ne pouvoir faire trois 
levées avec quatre atouts dont le roi ; c'é- 
tait jouer de malheur. Eud. S. 



Mots spéciaux des Contes de Madame 
d'Aiilnoy (V, 614). — Les Contes de fées, 
par Mad. Jumelle de Berneville, comtesse 
d'Aulnoy (et non Mademoiselle.d'Aulnoy), 
n'ont pas été composés pour des enfants. 
11 suffit, pour s'en convaincre, de lire la 
dédicace adressée à S. A. R. Madame, 
dans laauelle se trouve ce passage : Et si 
f avais a présent quelque chose à désirer, 
ce ne serait ni le chapeau, ni les roses du 
prince Lutin, ni la jeunesse de Florine, ni 
la beauté de Gracieuse : ce serait. Ma- 



dame, asse^ d'esprit pomr amuser agréa- 
blement votre Altesse Royale (i)... 

Petit métier, est aujourd'hui remplacé 
par petit Jour, dont personne n'ignore la 
signification. 

Moule, Du temps de Henri III et de 
Henri IV, les dames portaient sur la tête 
un moule cylindrique, autour duquel s'en- 
roulaient leurs cheveux au-dessus du front. 

Le Calambour est une variété de bois 
d'alofis, de couleur verdâtre et très- odo- 
rant, qui se tire des Indes. L'orthographe 
de ce nom a beaucoup varié, comme celle 
de tous les noms étrangers importés dans 
la langue française. 

Tercio, est en espagnol un régiment 
d'infanterie. On trouve souvent dans les 
ouvrages français des seizième et dix-sep- 
tième siècles, le mot /erre ou tierce, qui en 
est la traduction, notamment dans la 
nouvelle, non pas du prince Léon, mais 
de Ponce de Léon. 

Il a été question dans V Intermédiaire 
du lapsus calami de je ne sais plus quel 
auteur contemporain, qui parle des Incas 
du Mexique. L'un des personnages de la 
nouvelle de Ponce de Léon annonce qu'un 
mariage se fera au Mexique, dans la grande 
ville de Lima : même oubli du Pérou. 

Les olivettes. On dansait, il n'y a pas 
bien longtemps, et l'on danse encore peut- 
être en Normandie, une espèce de branle, 
où les couples de danseurs se tenant par 
la main, passent successivement sous la 
chaîne formée par le reste de la compa- 
gnie. Cette danse est accompagnée par 
une chanson dont voici le refirain : 

Lon, lan, la^ les voilà qui viennent, 
Gai, gai, gai, laissez-les passer 
Les o, les i, les belles olivettes, 
Lon, lan, la, laissez-les passer, 
Les belles olivettes, 
Après souper. 

Zin:(olin. Sorte de couleur qui est un 
violet rougeâtre : il s'emploie aussi adjec- 
tivement : du taffetas zinzolin. 

Pagode, signifie l'idole qu'on adore 
dans les temples qui portent le même 
nom. Par extension, pagode se dit de pe- 
tites figures, ordinairement de porcelaine, 
et qui souvent ont la tête mobile. Les 
marionnettes sont en bois ou en carton, 
et la différence qui existe entre ces deux 
objets, est assez tranchée pour expliquer 
leurs furieux combats. 

Pavie. Sorte de pêche dont la chair est 
adhérente au noyau : elle est originaire de 
la ville de ce nom. 

Bibets. Il est clair, d'après la descrip- 

( I ) Il faut lire surtout Tépître qui se trouve 
en tête du troisième volume : 

... Si quelquefois quittant et la ville et la cour, 
Elle va deSaint-Cloud chercher l'heureux séjour, 
C'est là que vous pouvez, animant votre audace, 
Parmi tous vos amés demancter une place... 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 nov. i86q. 



653 



654 



tion du dîner du roi, qu'il faut chercher 
les bibcts dans les bestiolinettes qui le ser- 
vaient avec une adresse surnaturelle (fre- 
lons^ mouches, guêpes, moucherons). Le * 
nom de bibion (d*où, sans doute, bibet) se 
donne à des insectes diptères, de la fa- 
mille des némocères, et pourvus d'un su- 
çoir allongé : ce qui explique à la fois leur 
nom et l'éloge que la narratrice fait de leur 
tempérance. 

Nourrices sèches. En anglais : Wet 
nurse, nourrice mouillée, qui allaite : 
Dry nurse, nourrice sèche, qui élève un 
enfant à la cuiller. 

Limes. Le limettier, arbre du genre 
oranger, a pour fruit les limes qui se 
mangent confites et se nomment limes 
douces. 

Jasmins. Jassemins. Autre exemple des 
variations dans l'orthographe des noms 
étrangers : celui-ci vient du persan, yâs- 
min^ et non du grec, iasmê, comme l'in- 
dique Bouillet dans le Dictionnaire des 
Lettres et des Arts : ce mot ne se trouve 
pas dans le Dictionnaire grec. Ad. D. 

— Quelques-uns de ces mots se trouvent 
encore dans le petit dictionnaire de Wailly 
d'après Richelet, 1790. Lime, espèce de 
limon ou de citron. Olivettes, danse des 
Provençaux, après avoir cueilli les olives. 
Pagode, temple d'idolâtres ; il se prend 

aussi pour idole petites figures qui 

ont souvent la tête mobile ; de là — il re- 
mue la tête comme une pagode. — (Au- 
jourd'hui nous appelons ces figurines des 
Magots: le nom de Pagode indiquait 
qu'elles venaient des Indes ou de la 
Chine.) Pavie, sorte de pêche qui ne 
quitte pas le noyau. (Tallemant attribue 
en partie la mort de Bassompierre à ce 
qu'il mangeait trop a de méchants melons 
et de pavies qui ne mûrissent jamais bien 
à Paris. ») Romance, sorte de poëme ou 
d'histoire écrite en vers. (Les romances 
de M"« d'Aulnoy sont en prose ; mais ce 
sens n'en diffère pas moins de celui que 
prend aujourd'hui le mot romance.) Dia- 
mant en table, taillé de façon que la sur- 
face en est plate. (C'est un mot de bijoute- 
rie, et comme le portrait en question était 
monté en bague, c'est sans doute la nature 
de cette monture qu'indique l'expression 
fait en table.) Zin^olin, sorte de couleur 
qui est d'un violet rougeâtre. Ce diction- 
naire donne également le verbe clouter. 

« Le terme de Terce qui est employé 
en deux ou trois endroits des Mémoires 
de Sully, y signifie un bataillon, ou un 
nombre de compagnies de gens de pied, 
réunies en un corps. » (Note de L'Ecluse.) 

Pour un moule sous des cheveux, je 
crois que nous n'avons qu'à regarder au- 
tour de nous pour comprendre que c'est 
une espèce de pelote que l'on fourre dans 
la chevelure pour la faire croire plus four- 
nie qu'elle ne l'est en effet. 



Un fauteuil de commodité^ est un fau- 
teil commode. Le sens n'est point dou- 
teux quand on lit le passage de M™® d'Aul- 
noy, et il- est bien certain que si elle em- 
ploie ce terme, c'est qu'il était alors «en 
usage. Or, on se rappellera peut-être que 
Ton attribue à M™® de Montespan, mécon- 
tente de voir le confesseur de Louis XIV 
aussi indulgent pour ses rivales que pour 
elle-même, d'avoir dit « que le père de Là 
Chaize était une chaise de commodité. » 
Valckenaer trouve ce c[uolibet ignoble. 
Probablement y attribuait-il un sens scato- 
logique, que le passage de M"^ d'Aulnov 
■nous permet de regarder comme erroné. 

O. D. 

— Le terce ou tercet était au XVI® 
siècle l'unité de bande armée, comme le 
régiment actuellement, la légion chez les 
Romains, la phalange en Grèce et en Ma- 
cédoine. Je crois cependant que le terce 
ou tercet ne se composait que d'infanterie. 
Actuellement l'armée espagnole se subdi- 
vise en régiments et bataillons comme 
dans le reste de l'Europe et en Amérique. 

Il faut excepter les provinces basques 
qui ne sont pas tenues à la conscription, 
mais qui doivent fournir en cas de guerre 
un ou plusieurs tercets ou terces. Je crois 
que le terce était de 3, 000 hommes, mais 
je n'en suis pas sûr. 

(Versailles.) R. de S, 

— M. E. G. P. demande quel est le 
sens du mot terce, qu'il a rencontré dans 
les Contes de fées de madame d'Aulnoy; 
je lui répondrai en le renvoyant au Diccto- 
nario de l'Académie espagnole, Madrid, 
1739, in-folio, t. VI, p. 2^0 1 le mot tercio 
correspond à J'expression de régiment. 
Selon Juste- Lipse (notes sur Tacite, Hts^ 
toires, liv. IV), il vient de ce que la troi- 
sième légion resta en Espagne. Cervantes 
Persiles, 1. III, ch). 12, parle d'un tertio 
d'infanterie espagnole qui se rendit de la 
Lombardie à Gênes; Marmol, dans sa 
<( Description de l'Afrique » parle d'un 
combat où les chevaliers de Samt-Jean et 
le tertio de Piémont formaient l'arrière- 
garde.' C. B. 

— Voyez le Dictionnaire de l'Académie 
française, il vous dira que : 

Petit métier ou simplement métier si- 
gnifie une espèce de gaufre. 

Les olivettes signifie une danse proven- 
çale. Elle se danse, après la récolte des 
olives, par trois personnes qui courent 
Tune après l'autre, en serpentant autour 
de trois oliviers. 

Zinjolin signifie une sorte de violet rou- 
geâtre et délicat. On le fait substantif, 
ajoute l'Académie : c'est du zinzolin. 

Pavie (on prononce pavi), sorte de 
pêche qui ne quitte pas le noyau. 

Voyez encore ce même Dictloanaire 



N*ii7.j 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 

— 655 656 ~ 



[lo nov. 1869. 



pour le mot lime douce j et pour tant d'au- 
tres expressions qui ont vieilli. 

(Chauny.) D' Auc. Warmont. 

— Le fruit nommé p avis (l'orthographe 
est pavie) est une espèce de pêche à chair 
adhérente, ou mieux une alberge; elle 
nous vient de Lombardie. 

D. Charruaud. 

— Canambour. — (Victor Hugo, Ruy^ 
BlaSy acte II, scène 5.) 

... Vous allez partir de Madrid tout à Theure 
Pour porter cette boîte en bois de calambour 
A mon père, Monsieur Télecteur de Neubourg. 

RiSTELHUBER. 

— a BiBET, échanson. » Vient naturelle- 
ment du latin bibere. En Berry, on em- 
ploie encore aujourd'hui le verbe biber, 
dans le sens de boire avidement, a II la 
bibe des yeux! » diront les commères en 
voyant « un ealant » contempler amou- 
reusement sa dulcinée. 

« Fauteuil de commodité. » C'était, je 
le crois bien, un fauteuil bas, large, pro- 
fond, capitonné, commode pour causer, — 
ce que nos tapissiers d'aujourd'hui appel- 
lent une causeuse, — et que les Précieu- 
ses du Grand Siècle nommaient, suivant 
Molière : o Les commodités de la conver- 
sation. » 

a Pavis. » « C'est, dit Furetière (loco 
citato) une sorte de pêche qui ne quitte 
point le noyau. » Ce mot se dit tant du 
fruit que de l'arbre qui le porte. Le grand 
usage de la France est pour un pavis (Mé- 
nage). En plusieurs provinces, on dit une 
pavie, au féminin. M. Perrault a dit : 
Des rouges pavis le duvet délicat. MM. de 
l'Académie ont décidé qu'il fallait dire un 
pavie. Pavie, de la Pavie, d'où cette pê- 
che nous est venue. » 

o Limes douces. » « Lime signifie aussi 
quelques fruits qui sont des espèces de li- 
mons. Il y a des limes rondes et pleines 
d'un suc fort doux. Des limes douces de 
Marseille. » (Ibid.) 

« Une bourrée du petit métier. » 
a Mestier est une espèce d'oublié ou de 
pâtisserie mince et roulée qui est cuite en- 
tre deux fers comme des gaufres, compo- 
sée de farine et de sucre ou de miel. On 
l'appelle aussi des cornets de mestier ou 
du petit métier. » (Ibid.) 

« Clouté d'or. » « Clouter, v. a. Gar- 
nir de clous, en parlant de ces petits clous 
d'or ou d'argent dont on garnit les boîtes 
de montre et les tabatières, par ornement. 
Clouté, Une montre, une tabatière clou- 
tée d'or ou d'argent. Un carrosse clouté. » 
{Dictionn. de Trévoux, édition de 1771.) 

« Taffetas zinzolin. » « Zinzolin est un 
nom que l'on donne à une espèce de cou- 
leur qui tire sur le rouge, dont la teinture 
est faite d'un suc d'une plante que les La- 
tins appellent hisginum, dont parle Pline, 



et de son diminutif hisginolium a été fait 
![in^olin. » (Ibid.) — Ouf!!!... 

, Et je n*ai pas tout dit, —j'en passe et des meil- 

[leurs! 

Ulric. 



Une lettre inédite de Tantenr de la « Co- 
médie humaine. » — J'ai dans ma petite col- 
lection d'autographes une lettre écrite par 
Honoré de Balzac à M. l'abbé Eglée, vi- 
caire-général de l'archevêque de Paris, 
lettre aue les amis de l'Intermédiaire liront 
avec d autant plus de plaisir, j'en suis sûr, 
qu'elle nous montre l'illustre romancier 
s occupant (chose piguante!) de faire en- 
trer au couvent une jeune personne à la- 
quelle il s'intéressait': 

o Monsieur le vicaire-général, 

a J'ai eu l'honneur de me présenter au- 
a jourd'hui avec Mademoiselle Borel, la 
a personne qui se destine, d'après vos avis, 
o à l'ordre de la Visitation, et qui vient se 
a mettre sous votre conduite. N'ayant pas 
a eu le bonheur de vous trouver, nous nous 
tt sommes encjuis de l'heure à laquelle 
tt vous seriez visible demain, pour que vous 
« puissiez donner à cette future sainte 
a toutes les indications et les protections 
« que vous avez bien voulu me promettre. 

tt Trouvez ici, Monsieur le vicaire-génc- 
« rai, la respectueuse expression des sen- 
« timents avec lesquels j'ai l'honneur d'être 
a V. h. s. DE Balzac. « 

Pour copie conforme à l'original, que je 
tiens de la main généreuse de M. l'abbé 
Eglée. T. DE L. 



Les bœnfs de Suze et les bœnfs... réac- 
tionnaires de 1792. — Montaigne {Essais, 
liv. II, ch. XII) dit : « Les bœufs qui 
servoient aux jardins royaux de Suze 
pour les arrouser, et tourner certaines 
grandes roues à puiser de l'eau, ausquelles 
il y avoit des bacquetz attachez (comme il 
s'en veoid plusieurs en Languedoc), on 
leur avait ordonné d'en tirer par jour jus- 
ques à cent tours chascun: dont ils estoient 
si accoustumez à ce nombre, qu'il estoit 
impossible, par aulcune force, de leur en 
faire tirer un tour davantage; et, ayant 
faict leur tasche, ils s'arrestoient tout 
court. » — J'ai entendu raconter par de 
vieux paysans que, quand la Convention 
eut supprimé le dimanche, les bœufs refu- 
saient obstinément de travailler le septidi 
Les bœufs de Suze et les nôtres n'avaient- 
ils pas ruminé.,, sur l'affaire ? 

T. DE L. 



Paris. " Ijf. d« Ch. Meyraeu, rue Ciiiu, IS. ~ 1M9. 



QOAQOB 



Numéro il8. 



Cherche» et 
V9U» trùuvere*. 




Jl se faut 
entr'aider. 



t5n6v.(869. 



— *— 



£2nietméhmtc 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, U^OTES and QUERIES français.) 



657 



= 658 



Belles-Lettres— Philologie— Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — Numismatique 

— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

' Rome , œavre des hommes ; Venise, œu- 
vre des dieux. — 

Oh ! oui, tu Tas reçu, ce don de la beauté, 
Italie! Italie! Et de quelque côté 

Que sur toi nos yeux s'ouvrent. 
De nouveaux charmes se découvrent. 
Enchaînant à tes pieds notre cœur enchanté ! 

Italie, en t'aimant, oh! qu'il fait bon de vivre! 

Et puis, on peut fermer le livre... 
Ou plutôt le rouvrir pour le relire encor 

A Venise, ce livre d'or!... 

Car la Ville éternelle, Rome, 

On Ta dit avec vérité, 
Est, dans son imposante et triste majesté, 

Un chef-d'œuvre fait de main à^homme. 
Oui, Rome est ici-bas la maîtresse-cité ! 

Mais Venise ! Venise ! 

C'est un rêve longtemps rêvé qu'on réalise ! 
C'est l'arc, au ciel bleu, qui s'irise ! 
C'est Diane en son bain surprise. 
Chasseresse au disque argenté, 
Qui pour Actéon s'humanise 
Et laisse admirer sa beauté ! 

Ou c'est Vénus en sa superbe nudité. 
Avec un sceptre d'or, de nacre agrémenté ! 

Venise est la terre promise : 
C'est le vieil Orient, vers le nord transplanté, 
En son étincelante et fraîche nouveauté! 
C'est la terre d'Eden ici-bas reconquise! 
C'est l'ouvrage béni d'une divinité! 

Quel est donc le poëte latin moderne 
qui a formulé (en ces termes ou à peu 
près) cette même pensée dans ce vers pen- 
tamètre : Romam homines dicas, nanc 
(Venise) genuisse DeosPEtquel est le vers 
hexamètre qui commence le distique ? 



Venise, i6 oct. 1869. 



C. R. 



Un vers de Voltaire. — M. Francisque 
Sarcey, dans le Gaulois du 10 novembre, 
dit de M. Poiret, l'auteur du roman : Un 



homme à la Bourse^ qu'il aurait dû se rap 
peler le vers de Voltaire : 

Le secret d'ennuyer est celui de tout dire. 

Ce vers est-il bien de Voltaire ? 

Yezimat. 



Vers attribués à Scarron. — Tout le 
monde a cité, tout le monde cite sans cesse 
les quatre vers suivants comme étant de 
Scarron, et se trouvant dans son Enéide 
travestie : 

J'ai>erçus l'ombre d'un cocher. 
Qui, tenant l'ombre d'une brosse. 
Nettoyait l'ombre d'un carrosse. 

Eh bien ! cherchez ces vers dans 1-^- 
néide travestie de Scarron, et vous n'en 
trouverez pas l'ombre. Où sont-ils? 

P.-L. Jacob, bibliophile. 



Une traduction inédite d'Horace. -— 

Dans sa réponse à une question relative 
au Miroir de la Jeunesse (V, 288), E.-G. P. 
écrit qu'il serait facile de préciser davan- 
tage la date de ce livre, « si l'on savait en 
?uelles années Danchet a été censeur. » 
e puis indiquer à E.-G. P. une de ces an- 
nées, car je possède le manuscrit d'une 
traduction en vers des Satires et des Epi' 
très d'Horace, sur le dernier feuillet du- 
quel se lit ce curieux permis d'imprimer^ 
écrit, daté et signé de la main de Dan« 
chet : 

a J'ai lu, par ordre de Monseigneur le 
« garde des sceaux, une traduction des Sa^ 
« tires et des E pitres d'Horace en vers 
a françois. Le traducteur y joint des re- 
« marques qui semblent n'être faites que 
a pour chercher des défauts à l'original 
« dont il s'éforce d'imiter les beautez; cela 
a pourra animer la critique de ceux qui 
a connoissent Horace familièrement, mais 
a ne doit pas en empêcher l'impression, 
a Fait à Paris, ce 9® octobre 1725. 

« Danchet. » 
Et puisque Toccasion m'est ainsi offerte 
(quelle bonne fortune pour un collection- 
neur l) d'occuper l'Europe des mérites de 
mon bouquin, je la saisis avec empressc- 

TOME V.— 22 



N» ii8J 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 65g 



660 



ment, dans l'espoir d'obtenir, par la voie 
de llntermédiairey un éclaircissement que 
je n'ai pu me procurer jusqu'à ce jour. 

Le manuscrit en question est divisé en 
deux forts volumes in-4, reliure du temps, 
veau plm, tranches rouges; l'écriture, 
large, pleine, très-régulière, est évidem- 
ment 1 œuvre d'un calligraphe de profes- 
sion. Sur la doublure (^escargot antique) 
est appliqué un ex librts armorié , libellé 
comme suit : Ex libris D» de S^-Maurice, 
in suprema rationum curia prœsidis. Le 
livre a pour titre : Traduction nouvelle en 
vers français des Satires et Epttres d'Ho- 
race, avec quelques notes critiques. Le 
nom du traducteur n'est pas indiqué. 

Or, c'est ce nom qu il m'importerait 
de découvrir. Je ne sache pas que, mal- 

fré la permission de Dancnet, cette tra- 
uction ait jamais été publiée; mais l'au- 
teur était certainement un écrivain de 
talent, et je ne serais pas étonné que son 
travail eût été mentionné dans quelque 
correspondance littéraire de Tépoque. 
Peut-être encore figure-t-il, avec le ren- 
seignement désiré, dans le Catalogue de 
la bibliothèque du président de Saint- 
Maurice, ou dans celui de quelque autre 
collection célèbre. J'ai dit que mon tra- 
ducteur était un écrivain de talent. Il me 
suffira de citer à l'appui de cette assertion 
le début de la première satire : 

Mécène, en ses désirs pourquoy Thomme In- 

[constant 
De son état jamais ne paroit-îl contant? 
Que le sort ou son choix en décide, n'importe : 
Tout autre sur le sien, à ce qu'il croit, l'em- 

[porte. 
« O trop heureux marchand ! » dit cent tois ]e 

[soldat, 
Fatigué des travaux d*un périlleux combat. 
Le marchand, menacé des vents et du naufrage, 
Du soldat, à son loun relève l'avantage : 
« Il combat; mais ennn, la victoire ou la mort, 
« En un moment, dit-il, décide de son sort... » 

[Etc. 

Je ne connais aucune traduction en vers 
d'Horace, — sans en excepter les plus mo- 
dernes, •— qui reproduise aussi exactement 
le sens, la couleur et le mouvement du 
poëte latin. Mais ce qui caractérise parti- 
culièrement cet ouvrage, c'est, ainsi que 
^, le remarque Danchet, Te plaisir que le tra- 
^' ducteur semble prendre à éretnter son 
original. La rareté de ce procédé en fait 
une curiosité littéraire, et c'est à ce titre 
cfUèî Hfaîg|?ë4'étendue de cette notice, je 
né résiste pas au désir d'en citer deux sin- 
guliers-exemples : 

Le^remier s'applique à la 5p satire du 
I«r liseré : 

« Lucile, dit notre critique, fait la des- 
« cription de son voyage de Rome à Ca- 
« poue, et Horace, à son imitation, Ta fait 
« de celuy qu'il fit à Brindes. Il faut être 
a bien prévenu pour trouver dans ce voyage 
o d'Horace quek]ue chose d'amusant, C*est 



a un journal historiaue et géographique de 
« tous les lieux et de tous les cabarets où 
« il a passé ; qui n'est accompagné d'au- 
« cunes circonstances intéressantes. Il se- 
a roit difficile de le justifier de toutes les 
« sottises et les ordures qu'il fait dire à ces 
« deux infâmes crocheteurs; et je suis sur- 
et pris de voir que Mécène et Plotius ayent 
« pu prendre plaisir à de pareils discours... 
a Pour achever la critique de cette satire, 
« il suffit de se souvenir du Voyage de 
o Chapelle et de les comparer l'un à Tau- 
a tre. Les aventures du Voyage d'Horace 
a sont froides, basses, particulièrement 
a celles du rendez -vous qu'il reçut de cette 
« jeune fille, où il fait part au public, sans 
a aucune envelope, de ce qui luy arriva 
« dans son lit. Celles de Chapelle sont 
a toutes choisies, vives, intéressantes; et 
« s'il se charge d'en décrire quelque com- 
« mune, il la relève par la diction la plus 
« noble, et a soin de 1 embellir d'ornements 
« étrangers. » 

La note suivante se rapporte à la 6« sa- 
tire du même livre : 

« Si Horace parle de luy et de sa nais- 
a sance avec une modestie louable, il s'en 
a dédommage bien quelquefois; et s'il 
a abaisse sa naissance, c'est pour mieux 
a relever l'es qualités de son esprit et de 
« son cœur. Cet homme, si modeste en 
a apparence, ne rougit pas de se louer et 
a de se vanter d'être sans défauts, ou que 
« ceux dont il est chargé sont si légers 
(c qu'ils ne paroissent pas plus qu'une pe- 
a tite tache sur un beau visage. Il est 
« exemt d'avarice, son cœur est noble, 
« généreux; ce n'est point au hazard ni à 
a sa bonne fortune, qu'il doit l'amitié dont 
a Mécène l'honore; c'est une justice que 
« ce seigneur a rendue à son mérite, en 
« sorte que l'on pourroit soupçonner que 
a son dessein n'est pas tant ae louer le 
a discernement et le bon goût de Mécène 
« dans le choix qu'il fait de ses amis, c|ue 
« de faire valoir son propre mérite qui 1 en 
a a rendu digne. 11 faut toujours être en 
a garde contre les gens qui conviennent si 
« facilement de l'obscurité de leur nais- 
« sance; ils se dédommagent tôt ou tard 
a de cet aveu par quelque trait d'orgueil.» 

Mes coa bonnes me pardonneront- ils de 
les avoir entretenus si longuement d'une 
trouvaille dont je m'exagère peut-être rim- 
portance? J'ose l'espérer, possédant moi- 
même des trésors d'indulgence pour les in- 
nocentes faiblesses (un profane dirait: pour 
les innocentes manies) de mes confrères 
les chercheurs et les curieux. 

Joc'h d'Indret. 



« Le Cri du jeu de l'Empire d'Orléans. »-- 

La deuxième des ballades de Clément Ma- 
rot est intitulée le Cry du jeu de l'Empire 
d*Orléans, La voici, avec son envoi; 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 nov. i86g. 



66 1 



- 662 



Laissez à part vos vineuses tavernes, 
Museaulx ardans de rouge enluminez... 
Renjeunissez, saillez de vos cavernes^ 
Vieulx accroupiz, par aaçe examines. 
Voicy les jours qui sont déterminez 
A blasonner, à desgorger et dire ! 
Voicy le temps que suppostz de TEmpire 
Doivent par droict leurs coutumes tenir! 
Si voulez donc passer le temps et rire^ 
Ny envoyez, mais pensez de venir ! 

Harnoys, Chevaulx, Fifîres, Tambours et 

[Trompes, 
Riches habitz et grans bragues avoir, 
Ce ne sont pas de l'Empire les pompes, 
Leurs motz, leur jeu, c'est cela qu'il fault 

[veoir! 
Qui vouldra donc des nouvelles scavoir, 
Qui ne sçaura des follies cent mille, 
Qai ne sçaura mainte abusion utile, 
Sans trop picquer^ l'en ferons souvenir ! 
Pourtant, seigneurs de ceste noble Ville, 
N'y envoyez, mais pensez de venir ! 

N'avez pas peur. Dames gentes mignonnes, 
Qu en nos papiers on vous vueille coucher, 
Chascun sçait bien qu'estes belles et bonnes, 
On ne sçauroit à vos honneurs toucher. 
Qui est morveulx si se voyse moucher. 
Venez, venez, sotz, sages, folz et folles, 
Vous, musequins qui tenez les escolles 
De caqueter, faire et entretenir. 
Pour bien juger que c'est de nous parolles^ 
N'y envoyez, mais pensez de venir! 

ENVOV. 

Prince, le temps et le terme s'approche 
Qu'Ëmpiriens par-dessus la fi^zoche 
Triompneront, pour honneur maintenir. 
Toutes et tous, si trop fort on ne cloche, 
N'y envoyez, mais pensez de venir. 

Je demande ce qu'il faut entendre par 
kjeu ou le Cry du jeu de V Empire d'Or^ 
léans, H. V*« des Fossés. 



tt Ce que j'aime, » de Victor Hugo. — 

Où, quand, comment, et par qui donc fut 
publié, pour la première fois, un malicieux 
couplet de Victor Hugo, non encore in- 
séré, que je sache, dans les Œuvres cont" 
plètes du poëte, et que je trouve imprimé 
comme il suit dans un petit recueil de 
chansons {La Goguette ancienne et mo- 
derne, p. 272. Paris, Garnier fr., 2«édit., 
in-3a,av. fig., i856): 

CE QUE j'aime. 

Couplet improvisé à un dessert. 

Air : Souvent la nuit, quand je sommeille* 

D'attraits ravissants pourvue, 
Seule, elle réunit tout : 
Ses appas charment la vue, 
Et chacun vante son goût. 
Sa peau, veloutée et fraîche. 
Joint toujours la rose au lis ; 
Ce pourrait être Philis, 
Si ce n'était une pêche. 

V. Hugo. 

Pour copie ; Ulrici 



Lettres falsifiées de M»« de Maintenon. 

— L'idylle : ^ Dans les prés fleuris, etc. n 

— Je voudrais demander aux lecteurs de 
V Intermédiaire (mais la question ne leur 
paraîtra-t-elle pas trop ingénue?) où l'on 
peut trouver des renseignements sur les 
quelques lettres de M™« de Maintenon, 
fabriquées par La Beaumelle, et sur l'idylle 
des Moutons, faussement attribuée à 
M«»e Deshoulières. O. D. D. 



 pas d'église. — C'est sans doute à 
l'occasion du Concile que le National a 
remis en honneur cette singulière expres- 
sion de bedeau, dans sa petite drôlerie in- 
titulée : les Crimes mystérieux de Pantin; 
voy. le no du samedi 7 novembre : 

a La baronne s'avança à pas d'église 
jusQu'auprès de Léon. » 

Nous comptons sur le Concile, pour 
nous dire au juste si ce pas d église n'est 
pas un néologisme de M. Fabbé Dolière* 

L'abbé Tise. 



Gomfort, confort. -^ Ce mot qui, en an- 
glais, dit tant et de si bonnes choses (voir 
Walker : a Support , assistance , counte- 
« nance, consolation, support under cala- 
« mity » ), ne se trouve même pas dans 
le Dictionnaire de Noël et Chapsal. Tout 
au plus y y a-t-il, à « Confortable » : « mot 
« anglais dont font usage certaines per- 
ce sonnes, en parlant de ce qui a rapport 
a au bien-être, aux douceurs, aux com- 
« modités de la vie. » Il me semble pour* 
tant que nous avons aussi en France le 
sentiment vrai du mot comfort, dans 
toutes ses acceptions anglaises. De plus, 
il était bien français autrefois, ainsi qu'on 
le voit dans la Chanson du Chastelatn de 
Couci : 

Amours m'a fait oublier 
L'anui qi lontans m'amort 
Et donne nouvel confort. 

De même, plus tard, le duc de Mont- 
pensier, apprenant la mort héroïque de 
Louis I«', prince de Condé, à Jarnac, s'é- 
cria : « Il a eu le confort de mourir Tépée 
à la main. » P. A. L. 



Soubrette. — Quelle est Tétymologie de 
ce mot? R. T. K. 



Bolimenti Boniment? -^ Ecrit-on bien 
réellement ces deux mots, indifféremment ? 
Et quelle en est Torigine ? J. E. — G. 



Mouchy, Mouchards. — Le Diable à 
Quatre relève dans Bouillet une étymolo- 
gie qui me semble un peu beaucoup fan*^ 
taisiste* Dans le doute, j'aime mieux m'a- 



N» ii8.] 



L'INTERMEDIAIRE 



663 



664 



dresser à notre Intermédiaire qu'au duc 
de Mouchy-Murat. 

Je copie textuellement: « Antoine de 
Mouchy, dit Democharès, Docteur en Sor- 
bonne et chanoine de Noyon, né près de 
Compiègne, mort à Paris en i Sy^, se ren- 
dit célèbre par son zèle contre les réfor- 
més et fut nommé inquisiteur de la foi. 
Les hérétiques, qui le haïssaient, appelè- 
rent de son nom, mouchardsy ceux qu'il 
employait à découvrir les sectaires. » 

J aurais volontiers dérivé mouchard de 
mouche. En effet, rien n'est sacré pour une 
mouche; pas d'indiscrétion que ne com- 
mette cette bestiole qui, faute de mieux, 
se pose aussi volontiers sur la tête des rois 
que sur le derrière des ânes. 

Th. Pasquier, 

Un portrait de Thomas de Len. — - Les 

portraits que Thomas de Leu a signés 
sont, en général, des portraits de person- 
nages connus. En voici un cependant sur 
lequel je ne trouve rien de ce que je dési- 
rais bien connaître : 

Don' Petrus Arlensis de Scudalupis. 
M. B. O, (selon la légende de son por- 
trait) était un savant; il a publié le « Spe^ 
culum lapidum Camilli Leonardi, cui ac- 
cessit sympathia septem metallorum ac 
septem setectorum lapidum Planetas, » 
D, Pétri Arlensis de Scudalupis Presby" 
teri Hierosolitani (ParisiiSy 1610, i«-8«). 
L'ouvrage est approuvé par un docteur 
de Sorbonne, et en tête se trouve l'éloge 
de l'auteur, par un autre docteur de Sor- 
bonne. L'ouvrage est dédié à Charles de 
Gonzagues, prince, duc de Nevers et de 
Rethel. Le portrait de l'auteur se trouve 
quelques feuillets après le titre. 

Que signifie Arlensis? Si l'auteur était 
né à Arles, il y aurait Arelatensis, et ce 
mot ne se trouverait pas avant , mais après 
le nom. 

Quel est le sens des lettres M. B. O. qui 
accompagnent le nom sur le portrait : 
M. imedîcus)et B. O? 

Le personnage représente un homme 
de quarante-cinq ans. Il porte au cou la 
croix des chevaliers de Saint- Jean de Jé- 
rusalem, et son costume n'est pas celui 
d'un prêtre, Presbyterus ayant aussi un 
autre sens. 

Les collaborateurs de V Intermédiaire 
ont trouvé tant de choses, que j'espère que 
l'un d'eux me sortira d'embarras. 

Thomas de Leu a gravé quelques por- 
traits, sans y mettre son nom, mais beau- 
coup moins qu'on ne le croit. H y a eu, 
de 1600 à i65o, et même un peu plus 
tard, des graveurs, français et étrangers, 
bien inconnus aujourd'hui, qui ont imité 
T. de Leu avec assez de succès pour faire 
prendre leurs travaux pour ceux de ce 
maître. Parmi les portraits qu'on lui attri- 
bue, il y aurait donc une large expurga- 



I tion à faire; c'est un sujet d'études que je 
recommande à ceux qui cherchent de l'ou- 
vrage. Ils devront prendre pour règle que 
tout portrait non signé est aouteux. F. 



Le statuaire français J.-F.-G. Saly. - 

Parmi les bons sculpteurs du XVI Il« siè- 
cle, il en est un que l'on n'apprécie pas au- 
tant qu'il le mérite, parce qu'une grande 
partie de sa vie s'est passée à l'étranger, et 
que la France ne possède qu'un très-petit 
nombre de ses ouvrages. Cet artiste est 
Jacques- François-Joseph Saly, né à Va- 
lenciennes, le 20 juin 171 7, mort à Paris 
le 4 mai 1776. 

Avant de partir pour le Danemark, où 
il était appelé pour ériger une statue au 
roi Frédéric V, Salv a produit des, mor- 
ceaux importants dont il a pris lui-même 
le soin de dresser ia liste que voici : 

a Indépendamment de la statue pédestre 
du Roy (Louis XV, sur la place deValen- 
ciennes), de son piédestal, et d'une figure 
de Faune pour ma réception à l'Académie 
royale de Paris, j'ai fait, pour Madame 
la marquise de Pompadour, un Amour, de 
3 pies de proportion, en marbre ; une figure 
d'Hébé, de 6 pies de haut, en pierre de 
Tonnaire ; pour Madame Geaufrin, deux 
cariatides, de 14 pies de proportion, aussi 
en pierre de Tonnaire; pour M. Calabre, 
un bronze de mon Faune; pour M. le com- 
te de la Marche, un tombeau en marbre, 
de 9 pies 6 pouces de proportion, placé 
dans 1 église de Saint- Roch à Paris ; pour 
M. deValory, un autre tombeau delà même 
proportion en marbre et plomb doré, posé 
à la cathédrale du Quenoy ; pour M. Pi- 
neau de Lucé, un petit tombeau en mar- 
bre et bronze dore, posé à {Tours; pour 
M. le duc de Beauviflier, son portrait en 
marbre. » 

Il est difficile d'admettre que ces diffé- 
rents ouvrages aient tous été détruits. Ne 
serait-il pas possible, grâce à votre Inter- 
médiaire ^ qui pénètre dans les cabinets de 
tous les curieux, de savoir s'il existe en- 
core Quelques-unes des sculptures de Saly, 
dans les localités qu'il indique? 

(Valenciennes.) Cellier. 



« Anecdotes du temps de Louis XVL» - 
Quel est le compilateur de cet ouvrage 
très-intéressant, publié par L. Hachette, 
i863? (Manchester.) W. E. U. A. 

Une médaille romaine en or. — La mé- 
daille d'or, dont je joins la reproduction 
exacte, a été récemment trouvée, dans un 
champ, à Burie (Charente -Inférieure). 
Elle pèse environ quatre grammes et demi. 

L. Intermédiaire ^ comptant parmi ses 
\ lecteurs plus d'un numismate, quelqu'un 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 nov. i86q. 



665 



666 



d entre eux voudra bien me fournir l'expli- 
cation demandée. F*» B. 

[-R^p. C*estunValentinien !«'. La face a 
pour légende : Dominus noster Valentinia- 
nus Plus Félix Augustus. Lerevers: Res- 
titutor reipublicœ. L'empereur y est re- 
présenté debout, tenant une victoire. 

A l'exergue : A. N. T. F. c'est-à-dire 
ANTioche, ffamma, la lettre grecque (mar- 
que numérale du troisième atelier d'An- 
tioche). Cette pièce n'est pas rare et vaut 
généralement une vingtaine de francs (i8 
de valeur intrinsèque). Mais l'exemplaire 
dont il s'agit paraît beau. De L.] 



Bernard, calligraphe. — Pourrais-je, par 
votre aimable Intermédiaire, obtenir quel- 
ques renseignements sur un artiste calli- 
graphe, du nom de Bernard^ dont j'ai un 
portrait à la plume de la célèbre Ma- 
dame Saint-Huberty, dans le rôle de Bi- 
don? On sait qu'elle et son mari, le comte 
d'Entraigues, furent assassinés à Londres 
en i8i2. Il existe sur la belle Saint-Hu- 
berty, dans ce rôle de Didon, un quatrain 
que commit l'empereur Napoléon I"..., 
alors qu'il était lieutenant d'artillerie. 

P. A. L. 

Montesquieu a-t-il fait des emprunts à 
Paolo Paruta? — D'après le bibliographe 
Haïn, rillustre auteur des Considérations 
sur la grandeur et la décadence des Ro' 
mains a fait amplement usage des Discorsi 
politici, nei quali si consiaerano diversi 
fatti memorabili di republiche antiche. 
(Venise, iSg^, et Bologne, i6oi, in-40.) 
Celte assertion est-elle fondée? Jusqu'à 
quel point s'étendraient les emprunts taits 
par Montesquieu^ Les éditeurs modernes 
n'ont pas, ce me semble, envisagé cette 
question. E. L. 



Une citation de Bernard Palissy. — 
M. Brisson, dans une réunion électorale 
de la 4« circonscription, a rappelé fort à 
propos, dit le Figaro du 6 nov., ce mot de 
JBernard de Palissy (toujours ce de!) : 
a Laissez les rêveurs chercher les chimè- 
res, et ils trouveront les lois éternelles. » 
Où donc, s'il vous plaît, Palissy s'est-il 
ainsi exprimé? T. de L. 



M. de Boaça. — En i836, il a paru un 
volume in-S» de 267 pages, imprimé à Pa- 
ris chez Firmin Didot, et contenant des 
traductions, ou plutôt des imitations, de 
fragments de divers poëtes latins : Horace, 
Tibulle, Ovide, etc. Les noms des courti- 
sanes grecques sont remplacés par ceux 
plus modernes de Rosalie, d'Èglé, de 
Lise, etc. Une quarantaine de pages, à la 



fin du volume, renferment des traductions 
en vers français d'un ouvrage annoncé 
comme étant resté inédit, et comme ayant 
été composé en latin par un auteur mo- 
derne dont on ne veut citer ni le nom, ni 
le pays, et qui s'est amusé dans sa jeu- 
nesse à écrire des poésies dont la har- 
diesse, grâce à la langue d'Horace, est ex- 
cusable jusqu'à un certain point. Le vo- 
lume publié en i836, avec dédicace à 
M. Tixedor, datée de Paris le 1 5 juillet i835, 
ne paraît pas avoir été destiné au com- 
merce ; il porte au frontispice le nom à 
physionomie étrangère : F.-A. de Boaça. 
Est-ce un pseudonyme? Où trouver quel- 
que détail sur ce poëte qui écrivait fort 
élégamment en français ? M. S. 



Un commentaire des fables de La Fon- 
taine. — M. d'Haussonville raconte (i^evwe 
des Deux-Mondes, i" août 1869) que 
M. de Broglie, évêque de Gand, incarcéré 
à Vincennes par ordre de Napoléon I", s'a- 
visa, pour charmer les ennuis de sa cap- 
tivité, d'écrire, sur des feuilles de plomb 
arrachées à la toiture de sa prison, et sur 
les morceaux de papier qui avaient servi 
à envelopper ses aliments, quelques ingé- 
nieux commentaires sur les fables de La 
Fontaine, 

Ces commentaires ont-ils été publiés ? 
Quelqu'un les a-t-il connus? 

Joc'h d'Indret. 



< Les Mille et une Nuits. > — Est-il 
vrai, comme l'ont affirmé plusieurs écri- 
vains, notamment le voyageur anglais 
Burton, cité dans la Revue britannique 
(septembre i856), que le texte arabe de 
ces contes, si connus par l'imitation fran- 
çaise publiée par Galland, est à peu près 
intraduisible par suite de la licence du ré- 
cit original, lequel, encore plus que le la- 
tin, brave l'honnêteté ? Est-il exact, comme 
on l'a imprimé à Paris en 1864, Que la 
traduction allemande de Weil (Stuttgard, 
1837) est la plus fidèle de celles qui ont vu 
le jour en Europe, et qu'une publication 
intégrale du texte arabe, entreprise à Saint- 
Pétersbourg, a été interrompue par ordre 
supérieur? V. P. 



a Le songe duVergier. » (V, 26.)— «Cet 
écrit, » demande M. John Eliot Hodgkin, 
a n'est-il pas un dérivé du Dialogus inter 
a clericum et militem super dignitate pa^ 
a pâli et regia ? » On doit d'abord remer- 
cier M. Hodckin de rappeler à l'attention 
publique quun ouvrage attribué à Guil- 
laume Occam aurait été reproduit dan$ le 



N* 118.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



667 — 



668 - 



Somnium Viridarii^ dont il formerait les 
trente-six premiers chapitres (trente-qua- 
tre, je crois). Le titre indiqué par M. Hodg- 
kin, puisé sans doute dans le manuscrit 
du British'Museum dont il parle dans son 
article, diffère du titre imprimé dans Gol- 
dast et ailleurs. Cependant, Tidentité en- 
tre Touvrage que M. Hodgkin entend dé- 
signer et celui mentionné dans les recueils 
ci-après, paraît hors de toute controverse. 
Voici le titre de la dissertation dialoguée 
tel qu'on le lit dans la Monarchia impe* 
rii,„ de Goldast (Hanovrias, 161 1, in-fol., 
t. !•', p. 1 3) : Guillelmini de Occam an^ 
gli doctoris parisiens is ex ordine Minorutn 
Disputatio super potestate prœlatis Eccle- 
siœ atque principibusterrarum commissay 
iemporibus Bonifacii VIII pontijicis ro^ 
mani scripta^ sub forma diatogi inter de- 
ricum et miiitem. Cette dissertation a été 
aussi imprimée dans les Vindiciœ doctrinœ 
major um y d'Edmond Richer (Coloniae, 
i683, in-4», t. I", p. i52). Le titre est à 
peu près le même que celui donné par Gol* 
dast, toutefois, avec cette notable diffé- 
rence que Richer annonce Touvrage comme 
étant d'un auteur inconnu, m incerto auc- 
tore. » Dans la Bibliothèque historique de 
la France (dernière édition publiée par 
Fevret de Fontette, article 7045, t. I«»), 
cette dissertation n'est mentionnée que 
d'après Goldast et Richer; ce savant re- 
cueil est donc sans autorité dans la ques- 
tion à résoudre (i). J'ai sous les veux le 
Catalogue des ouvrages mis à l Index, 
(Paris, Beaucé-Rusand, 1825, in-8). L'ou- 
vrage s'y trouve sous ce titre : Disputatio 
inter clericum et miiitem super potestate 
prœlatis Ecclesiœ atque prmcipibus ter- 
rarum commissa. Ind. Trid. 

Avant d'aborder la discussion, je crois 
utile de dire deux mots sur Guillaume 
Occam. Ce célèbre cordelier anglais , sur- 
nommé le docteur invincible, est né dans 
le XI II« siècle. Banni de l'université d'Ox- 
ford, il vint à Paris, où il prit la défense 
de Philippe le Bel contre le pape Boni- 
face VIII. Excqmmunié en i33o, il se ré- 
fugia à la cour iie l'empereur Louis de Ba- 
vière. On croit généralement que Occam 
mourut dans un couvent de son ordre, à 
Munich, le 7 avril 1 347. Les écrits d'Occam 
étaient les seuls, parmi les scolastiques, 
qui fussent admis dans la bibliothèque de 
Luther. (Voir tous les dictionnaires bio- 
graphiques, et notamment le Dictionnaire 
de Moréri, qui renvoie à un certain nom- 

(i) On trouve un peu plus loin, dans IsiBibL 
Hist, de la France (art. 7048), l'indication d'un 
autre dialogue , De potestate imperiali et pa- 
pâli, attribué à Occam, et qui est aussi imprimé 




cjui esi assure a i auteur de cette réponse par 
jeune érudit de TEcoIe des chartes, attaché à 
la Bibliothèque impériale, M. Léopold Pan- 
nier. 



bre d'ouvrages dans lesquels il est question 
d'Occam.) Goldast nous indiaue les auto- 
rités sur lesauelles il s'est fondé pour met- 
tre le nom d'Occam à la tête de \2i Dispu- 
tatio sub forma dialogi inter clericum et 
miiitem : Hujus autem dialogi auctorem 
fuisse nostrum Occanum scribit Joannes 
Balcpus (en anglais. Baie), dans son livre 
Summarium illustrium Major isBritanniœ 
scrivtorum (qui a eu trois éditions) à quo 
(Balseo) appellatur Dialogus militis et 
clerici (i) quod ita habet : Miror opttme^ 
miles, etc., cui adstipulatur Flaccius (en 
allemand Francowitz Flach) in Catalogo 
testium Veritatis scribens : Dialogus inter 
clericum et miiitem contra nimtam liber- 
tatem clericorum quivulgo extat, ejusest. 
Reprehendit quoque luxum^ et fastum vi- 
tam^ue omni scelere jperditam et contu- 
meliatam papœ et sptritualium. Ob hanc 
in dicenda asserendaque veritate liberta- 
tem, est a papa excommunicatus ; sed ita 
constanter injustampontificis excommuni- 
cationem contempsit, ut et mortuus in ea 
sit; habetur alioqui etiam ab îpsis papistis 
pro sancto. Porro hune dialogum ferme 
totum, perpaucis additis aut detractis, au- 
tor SoMNii ViRiDARii transcripsit^ ut videre 
est cap. I et seqq. Une remarque qui n'é- 
chappera à personne, c'est que la citation 
qui précède est empreinte d'un esprit de 
secte très-prononcé ; Baie, Flach et Gol- 
dast ne voient pas sans satisfaction, en- 
châssée dans le célèbre Somnium Virida- 
riiy une œuvre d'Occam, du docteur in- 
vincible dont Luther vénérait la mémoire, 
comme étant à ses yeux(, sans doute, l'un 
des précurseurs de la Réforme. Loin de 
moi toute idée de critique; je constate 
simplement ce que je crois être la vérité'. 
Certes, le Somnium est le reflet de nom- 
breux ouvrages écrits contre les préten- 
tions exagérées de la papauté. Amplifiez 
la question restreinte par M. Hodgicin au 
Dialogus inter clericum et miiitem^ et 
vous y trouverez la réponse dans les Nou- 
velles Recherches ^ de M. Paulin Paris, 
sur le véritable auteur du Songe du Ver- 
gier (Mémoires de l Académie des Inscrip 
tions^ t. XV, iw partie, p. 344): « C'est, 
dit M. Paris, un livre (le Songe du Ver- 
gier) dont les éléments sont plutôt habi- 
lement disposés que nouvellement em- 
ployés, et dont la plupart des arguments 
se trouvent déjà dans les précédents con- 
troversistes comme Hincmar, saint Ber- 
nard, saint Anselme, saint Thomas, Guil- 
laume Occam, Jean de Paris, Gilles de 
Rome et Jean Bertrandi. «Ainsi, nul doute 
Que l'auteur du Somnium n'ait fait usage 
des arguments invoqués pour et contre par 
les écrivains scolastiques qui l'avaient pré- 




torlsé 

chef de titre qi 

leurs, ainsi quW Ta vu plus haut* 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 nov. x86q. 



669 



670 



cédé. Mais est-il possible de concevoir cet 
auteur copiant à peu près textuellement, 
dans un ouvrage antérieur, les trente et 
quelques premiers chapitres de sa compo- 
sition, et cela sans dire un mot de ce pla* 
giatdans Tépître solennelle qu*il adresse au 
roi Charles V, avant de faire disserter ses 
deux personnages? Et puis, Occam écri- 
vant son œuvre « temporibus Bonifa- 
cii VIII, » Occam qui avait mis sa plume 
au service de Philippe le Bel, aurait gardé 
dans le Dîalogus le silence sur le différend 
existant entre le roi et le pape ! Lui, d'un 
caractère si passionné, aurait fait discuter 
placidement le clerc et le chevalier, singu- 
lier interprète, il faut en convenir, des co- 
lères insolentes de Philippe le Bel à l'é- 
gard de Boni face ! L'hypothèse qui attri- 
bue le Dialogue dont il s'agit à Guillaume 
Occam n;e paraît frappée d'une impossi- 
bilité morale. Flach {Catalogus test, verit.) 
loue, à la vérité, la modération d'Occam. 
Mais n'est-ce pas en le jugeant d'après l'ou- 
vrage que nous lui contestons? Les trente 
et quelques premiers chapitres du Som- 
nium difïèrent-ils du reste du Dialogue? 
N'est-ce pas partout le même ton d'impar- 
tialité et de réserve!? Tant que l'âge des 
manuscrits de l'ouvrage dont on veut faire 
honneur à Occam n aura pas été fixé , je 
serai disposé à intervertir les rôles, c'est- 
à-dire que les manuscrits de la Disputatto 
(ou autrement àuDialogus) inter clericum 
et militem, bien loin d'appartenir à une 
composition originale, ne seraient que des 
copies du commencement du Somnium. 
J'invoquerai à l'appui de ma thèse les mots 
videntur qucedam desîderari placés par 
Goldast à la suite de Touvrage qu'il publie 
sous le nom d'Occam, et qui, selon moi, 
doivent être interprétés en ce sens que cet 
ouvrage n'est qu'un fragment, une copie 
incomplète du grand dialogue connu sous 
le nom de Somnium Viridarii» On a vu 
plus haut que l'auteur de la Disputatto 
était inconnu à Edmond Richer. Baie, 
Flach et Goldast n'appuyant leur attribu- 
tion d'aucun argument, je ne puis la com- 
battre que par son invraisemblance même. 
M. Hodgkin me paraît avoir bien compris 
la difficulté, quand il fait un appel aux ma- 
nuscrits d'Occam qui se trouveraient en 
France. Malheureusement, ces manuscrits 
manquent à la Bibliothèque impériale. Il 
est vrai que dans le Catalogue de cette Bi- 
bliothèque, imprimé en 1744, il y est fait 
mention (t. III, p. 83) d'un manuscrit que 
le rédacteur place sous le nom d'Occam ; 
mais comme, en même temps, il lui assi- 
gne l'époque du XV« siècle, ce document, 
qui ne serait qu'une copie postérieure de 
cent ans et plus à la mort d Occam, n'ap* 
porterait pas de lumière dans ce débat (t). 



( i) Je dois les renseignements puisés à la 
Bibliothèque impériale, a M. Léopold Pannien 
Je me plais à renouveler à M. Pannier mes 



Je suis donc réduit à prier l'érudit ques- 
tionneur anglais, dans lequel j'ai de plus 
rencontré un aimable correspondant» d'in- 
terroger de nouveau les manuscrits du Bri- 
tish'Museum, S'il est établi que ce ma- 
nuscrit, ou que tout autre manuscrit de 
l'ouvrage imprimé dans Goldast est anté«- 
rieur à l'année i336, date de la composi- 
tion du Somnium Viridariiy je serai con- 
traint d'abandonner ma thèse ; sinon, je 
resterai ferme dans mes convictions. 

Je saisis l'occasion de cette Réponse 
pour remercier M. T. de L. du nouveau té- 
moignage qu'il veut bien apporter à la 
thèse que j'ai soutenue en âiveurde Charles 
de Louviers (Analyse du Songe du Ver^ 
gier.,. Dissertation sur fauteur de cet ou- 
vrage célèbre,,, par Léopold Marcel. Pa- 
ris, Cotillon, i863, in-8°). 

J'espère, du reste, que cette question si 
intéressante de l'auteur du Somnium Viri' 
darii, que MM. Paulin Paris, Dupin aîné, 
Edouard Laboulaye et Jacques-Charles 
Brunetont jugée digne leur attention, sera 
traitée prochainement par les savants au- 
teurs de V Histoire littéraire de la France* 
J'attends avec un intérêt q^ui se compren- 
dra aisément les nouveaux éclaircissements 
qui doivent venir en aide à la solution dé- 
finitive du problème. 

(Louviers.) Léopold Marcel. 

Inscription énigmatique (V, 492). ^ La 
question n'ayant pas été élucidée, même 
par M. J. P., j'apporte cette fpetite pièce 
au procès : On ht dans V Antiquaire, de 
Walter Scott (chap. XIV) : « Je pourrais y 
ajouter un écrit qui fît beaucoup de bruit 
dans le temps, et qui fut inséré dans le 
Gentleman* s Magapne, C'était une discus- 
sion sur l'inscription d'iElia Lelia, et je la 
signai Œdipe. » 

L'écrit a-t-il réellement paru, ou n'est- 
ce qu'une fiction du romancier? Jacob. 

Les a immortels » deV Académie française 

(V, 5oi). — Pour répondre à la question, 
l'emprunte les lignes suivantes à un savant 
illustre, membre de toutes les académies 
des sciences de l'Europe, et de plus l'un 
des quarante immortels : a II n'en est pas 
tt des sciences comme de la littérature, 
a Celle-ci a des limites qu'un homme de 
tt génie peut atteindre, lorsqu'il emploie 
tt une langue perfectionnée. On le lit avec 
a le même intérêt dans tous les âges; et sa 
tt réputation , loin de s'affaiblir par le 
tt temps, s'augmente par les vains efforts 
tf de ceux qui cherchent à l'égaler. Les 
a sciences , au contraire , sans homes 
a coipme la nature, s'accroissent à l'infim 
I I II ■ ■ ■ . Il I » ■ 

vifs remercîments pour les recherches aux- 
quelles il a bien voulu se litrer avec la plus 
courtoise obligeance. 



N« II 8.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



671 



672 — 



tt par les travaux des générations successi- 
« ves : le plus parfait ouvrage, en les éle- 
a vant à une hauteur d'où elles ne peuvent 
« désormais descendre, donne naissance à 
« de nouvelles découvertes, et prépare 
a ainsi des ouvrages qui doivent Tefifacer. » 
{Précis de V Histoire de V Astronomie y par 
M. le marquis de Laplace. Paris, veuve 
Courcier, 1821, in-S», p. 12 2.) Je m'abstiens 
de tout commentaire. 

(Louviers.) L. M. 

-^ L'Académie française a précédé tou- 
tes les autres. De plus, c'était celle qui, 
par la nature de ses travaux et par le but 
de sa fondation, s'adressait le mieux aux 
goûts et aux aptitudes intellectuelles de la 
masse. Les livres purement littéraires, les 
drames et les comédies sont plus ou moins 
compris par tout le monde, tandis que les 
amateurs seuls (beaucoup moins nombreux 
au XVII» siècle qu'à présent) s'intéres- 
saient aux peintres, aux sculpteurs et aux 
architectes; les seuls savants, plus rares 
encore à toutes les époques, s'occupaient 
seuls des savants. C'est ainsi que l'on con- 
naît plutôt les éloges de d'Alembert que 
ceux de Fontenelle. De même, si l'on veut 
parler des grands hommes anciens et mo- 
dernes, en dehors des rois et des guerriers, 
on cite Homère, Euripide, Sophocle, Vir- 
gile, Lucrèce, Horace, Hérodote, Thucy- 
dide, Tite-Live, Salluste, Démosthènes 
ou Cicéron, TArioste, le Tasse, Shakes- 
peare, Lope de Véga, Montaigne, Pascal, 
Bossuet, saint Augustin, saint Jérôme, 
Racine et Corneille, etc., etc., plutôt que 
Euclide, Hippocrate, Gallien, Viete, Gas- 
sendi, Salomon de Caus, Papin, etc., etc. 
D'ailleurs, par la constitution de l'Acadé- 
mie française, les fauteuils se perpétuaient 
et assuraient, par leur perpétuité, autant 
que peut s'étendre la perpétuité humaine, 
une sorte d'immortalité à ceux qui s'y as- 
seyaient. Pris d'abord au sérieux, le mot 
immortelSy appliqué aux académiciens, a 
été bientôt tourné en raillerie, surtout par 
les écrivains qui avaient inutilement as- 
piré à V immortalité', 

Cy-gît Piron qui ne fut rien. 
Pas même académicien. 

Les membres des académies postérieu- 
res à l'Académie française n'ont pas aspiré 
à un titre devenu presque ridicule, et que 
la masse du public n'avait ni compris, ni 
adopté, ni ratifié. L'habitude l'a conservé 
aux académiciens de l'Académie française, 
parce que la malice française y trouvait un 
élément de moquerie poncive et facile, 
lorsqu'il ne s'appliquait ni à Voltaire, ni à 
Montesquieu, ni à Buffon ou aux grands 
écrivains qui ont maintenu notre gloire 
littéraire à un rang élevé. E. G. P. 

Marie Dorval (V, 5 12). — Pour ne pas 



laisser plus longtemps les lecteurs de l'in- 
termédtaire dans l'incertitude, l'auteur a 
eu l'obligeance de me transmettre la note 
suivante, que je transcris fidèlement: 

a On lit au Bibliophile français (octo- 
bre 1868, p. 407), sous la signature Loré- 
dan Larchey : « L'historiographe de Ma- 
a dame Dorval a caché son nom, mais il 
a ne doit pas y avoir de secrets pour le J5i- 
« bliovhile. Je nommerai donc M. Coupy, 
« professeur de mathématiques au Pryta- 
« née militaire. Le seul problème qu'il 
a n'ait pas réussi est celui de posséder une 
a collection complète. M. E. C. est un 
« amateur effréné de curiosités littéraires, 
a et la possession de ses raretés ne fait 
a que développer chez lui des convoitises 
a nouvelles. Il existe dans son cabinet des 
a documents bien curieux pour l'histoire 
« de la presse contemporaine. » 

F.-T. Bi?Aisois. 



Un vers de « l'Enfer » du Dante (V, 563)., 
— Je n'ai pas la prétention de trancher lei 
débat qui s'est élevé sur le sens du root 
Galeotto dans le fameux vers ^e l'épisode 
de Francesca. J'avoue mon ignorance des 
délicatesses et des nuances de la langue 
italienne. Je suis même très-disposé à tra- 
duire Galeotto par Galekaut, ainsi que 
l'ont fait la plupart des traducteurs. Mais 
il est parfaitement injuste d'attribuer à 
M. de Lansade ou à M. Veuillot, les pre- 
miers, la traduction de ce mot par celui 
de Galérien. Il y a plus de vingt ans que 
j'ai entendu des personnes sachant très- 
bien l'italien soutenir l'exactitude de ce 
dernier sens, en se fondant sur l'autorité 
de commentateurs dont j'ai oublié le nom. 

L. D. L. S. 

— Jusqu'ici, tous l'es traducteurs et tous 
les commentateurs de la Divina Comme- 
dia ont été d'accord, et dans Galeotto oni 
reconnu ce Gallehaut, roi d'outre les Mar- 
ches, de la complaisance duquel Lancelot 
et Genièvre avaient tant à se louer. Le 
mot Galeotto, cependant, signifie aussi 
galérien; mais, tout en donnant cette ac- 
ception, le Vocabolario per agevolere la 
lettura degli autori italiani ed in specie ai 
Dante (Prault, M.DCC.LXVIII) n'hésite 
pas à voir dans Galeoto le nom du per- 
sonnage qui favorisa les amours de la 
femme du bon roi Artus : a Galeotto, mez- 
zano degli amori che passarono fra Lan- 
cillotto e Ginevra, Dante l'usa in signifi- 
cato di sensele di disonestà, Galeotto vale 
ancora forzato o marinaro. Dante per la 
rima scrisse Galeoto. » (Page 107.) Je ne 
saurais croire, malgré MM. Lansade, Bi- 
gnani et. Veuillot, qu'on ait eu tort de tra- 
duire ainsi la fin de l'épisode de Fran- 
cesca : 

Arrivés au feuillet où Tamant trop heureux 
D'un désiré sourire approcha son visage, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 nov. i86g. 



673 



674 



Cette ombre à qui me lie un passé douloureux 
Me baisa sur la bouche en tremblant. Cette page 
Fut notre Gallehaut ainsi que son auteur. 
Et nous ne lûmes pas ce jour-là davantage. 

Quando leggemmo il disiato riso 
Esser baciato da cotante amante, 
Questi che mai da me non fia diviso 
La bocca mi bacio tutto tremonte. 
Galeoto fu il libro e chi lo scrisse 
Quel giorno più non vi leggemmo avante. 

Remarquons, en passant, que le Voca- 
bolario dit que le Dante a écrit Galeotto 
avec un seul T', à cause de la rime, et que 
ce nom ne se trouve qu'au commencement 
d'un vers. Th. P. 

— La critique littéraire de notre pays 
ne s'est pas honorablement signalée dans 
la discussion de ce vers. Il faut que l'ou- 
vrage le plus répandu, le plus lu, le plus 
admiré dfe l'Europe entière pendant toute 
la durée du moyen âge, le Lancelot du Lac 
soit resté tout à fait inconnu, pour qu'elle 
ait si péniblement compris ce que Dante 
avait ici voulu dire. Qui se méprendrait 
aujourd'hui sur une allusion à Tartuffe^ à 
Panurge ou à Figaro, rapidement expri- 
mée comme celle de Dante à Galeotto? 
Eh bien ! le nom de Galehaut, Galehot ou 
Galeotto était aussi célèbre, aussi prover- 
bial, au temps de Dante et de Boccace, 
que l'ont été depuis ceux que je viens de 
rappeler; et voilà pourquoi Boccace avait 
donné à son Décanter on le titre d'// prin- 
cijje Galeotto, sans que personne eût be- 
soin de lui demander ce qu'il entendait 
par là. 

Gallehot, prince des Iles Lointaines, 
avait ménagé la première entrevue de Lan- 
celot avec la belle Genièvre ; il avait reçu 
les premières confidences de leur mutuel 
amour; il les avait encouragés, protégés 
contre les justes soupçons du roi et de 
toutes les dames de la cour d'Artus. Au 
XIV® siècle, il n'y avait pas une âme qui 
ne connût par cœur toutes les circonstan- 
ces de cette première entrevue. Dante n'a- 
vait donc pas eu besoin de dire plus clai- 
rement, à l'occasion du livre que lisait 
Françoise de Rimini, que ce livre avait été 
le véritable entremetteur, le Galehot qui 
l'avait perdue. 

Galeotto fu il libro e chi lo scrisse. 

Le bon Grangier, dès iSgô, l'avait re- 
connu : 

Galeot fu le livre, et qui Ta mis en conte. 

Seulement, il avait dit en note que 
<c Lancelot , amoureux de Genièvre , 
a femme du roi Marc, avait couché avec 
a elle par le moyen de Galeot. » Et cela 
dut paraître grossièrement inexact, même 
à ses contemporains, qui savaient tous 
encore que Genièvre était la femme d'Ar- 
tusy et la blonde Iseult la femme du roi 



Marc. Ajoutons, en passant, que des in- 
fortunes conjugales de ce bon roi Marc, de 
Cornouailies, sont venues tputes les allu- 
sions qu'on fait encore aujourd'hui aux 
attributs et aux armes de tous les gens 
aussi mal fortunés que lui. C'est là une 
origine certaine, et qui pourtant, cas bien 
rare, a échappé à la sagacité de M. Littré. 
Permettez-moi de mentionner une se- 
conde allusion plus obscure, faite à ce fa- 
meux entretien de Genièvre avec Lance- 
lot, dans le seizième chant du Paradiso. 
Quand, sur les instances de Galehot, Ge- 
nièvre avait bien voulu : 

... Il disiato riso 
Esser baciato da cotanto amore, 

une de ses dames, tenue quelque peu à 
l'écart, les avait épiés, et avait aperçu le 
tendre manège. Alors, par une sorte de 
. dépit jaloux, elle avait toussé. C'était la 
dame de Malehaut. Or, dans le Paradis, 
Dante, oubliant un instant les choses cé- 
lestes pour celles de la terre, Béatrice, 
dont il s'était un peu éloigné, jette un sou- 
rire qui rappela au poëte « celle qui toussa 
à la première faute de Genièvre : » 

Onde Béatrice ch' era un poco serra, 
Ridendo, pare chella che tussio 
Al primo fallo scritto da Ginevra. 

Scritto, c'est-à-dire que l'on a écrit, ra- 
conté, et c'est, je suppose, ce mot scritto 
qui a fait dire à mon ami regretté, l'excel- 
lent M. Aroux, que « Gallehaut passait 
a pour avoir écrit l'histoire des amours 
« de Lancelot. » (Dante, la Divine Comé- 
die. Paris, 1842, t. I«', p. 49.) Mais, dans 
le vieux commentaire de Landino (Venise, 
i536, f° 38o), il serait assurément impos- 
sible à nos contemporains de deviner de 
quelle toux et de quelle dame avait voulu 
parler le grand poète dans ce dernier pas- 
sage, P. Sarpi. 

— Il ne peut y avoir le moindre doute 
sur le vrai sens du mot galeotto. Voici 
l'explication très-naturelle qu'en donne le 
père Venturi dans son commentaire de la 
Divine Comédie. (Inferno. Gant. V,'v. i3j*) 
{Galeotto fu // libro e chi lo scrisse) : 

« Galeotto, nom propre, celui de l'in- 
a fâme entremetteur de Ginevra et Lati- 
a cillotto; mais ici, il est appellatif, et si- 
a gnifie que cet impur roman et son auteur 
tt ont conduit au mal Paolo et Francesca, 
a comme Galeotto a aidé à la liaison cri- 
c( minelie de ces deux anciens amants. 
« Benvenuto d'Imola nous apprend qu'on 
a donnait autrefois ce nom à ceux qui 
a jouaient le rôle d'entremetteur (mesf^ 
a :fano) dans les intrigues amoureuses. De 
« là vient que les Cent nouvelles de Boc- 
a cace étant un répertoire de ruses d'a- 
« mour, on leur donna sur le titre le sur- 
tt nom de Prince Galeotto, qui se trouve 
« dans les anciens textes. » 



N* II 8.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



675 



676 



En effet; le manascrit du Manelli, daté 
de 1384, et devenu l'original, commence 

?ar ces mots : Comincia il libro chiamato 
)ecameron cognominato Principe Ga- 
leotto, 

Buttura, dans son édition du Dante (/ 
auattropoetiitaliani), donne au même mot 
la même signification et la même origine. 
On le trouve encore dans une des comé- 
dies vénitiennes de Goldoni : Eh! Ga^ 
leottOy te conosso! Je te connaiSy Galeotto ! 
Ici, l'épithète a perdu de sa force, et peut 
se rendre par fripon : car il ne s'agit pas 
alors de Tmculpation, d'aill«urs assez fré- 
quente dans ces comédies, de faire il me^ç- 
, xano, ou, en termes figures, batter ra![qa' 
Un, battre le briquet pour quelqu'un, pour 
éclairer sa marcne. Ad. Dz. 

— Voici le véritable sens du vers 137 
du 5« chant de ÏEnfer du célèbre poète : 
Galeotto fit il libro e chi lo scrisse, 

même que Gallehaut servit d'inter- 
médiaire entre Lancelot et la reine Gînè- 
vre, de même aussi le livre que Paolo et 
Francesca lisaient servit, comme son au- 
teur, d'intermédiaire à leurs amours. » Cela 
résulte du passage suivant du commentaire 
de François de Buti à la Divine Comédie 
de Dante; ce commentaire, terminé en 
i385, est le plus détaillé qui existe : « Ga- 
« leottofu il libro e chi lo scrisse. Qui fa 
« comparazione che come tra Lancellotto 
a e la reina Ginevra fu mezzano messer 
« Galeotto; cosi tra Paolo e Francesca fu 
« lo libro che leggevano, e lo scrittore di 
a quello, » (Voir Commento di Francesco 
da Buti sopra la Divina Comedia di Dante 
Allighieri fublicato per cura di Crescen* 
tino Giannini, Tomo primo. In Pisa, pei 
fratelli Nistri, i858, p. 172). Je m'étonne 
qu'un homme de talent comme M. Veuil- 
lot n'ait pas pensé à consulter un des meil- 
leurs et des plus renommés commentateurs 
du Dante. Laissons de côté ses confrères, 
habitués depuis longtemps à confondre la 
Divine Comédie avec la comédie humaine, 
c'est-à-dire avec la politique. Quant à 
M. Bignanî, je ne crois pas qu'il existe un 
Italien capable de renier les principes les 
plus élémentaires de notre littérature pour 
se mettre au service de M. Veuillot. 
(Rome.) Henri Nardugci. 

— Ce vers : 

Galeotto fu' 1 libro e chi lo scrisse 

a été traduit et commenté en anglais ainsi 
qu'il suit : 

i» Accursed was the book, and he who wrote ! 

Lord Byron. 

2® To ill soon lessoned by the pandar-page! 
Vile pandar-page! it smoothed the paths of 

[shame ! 

Henry Boyd A. M. (Dante's Inferno, 
Dublin, 1785, vol. I, p. 265.) 



3» The book and writer both 

Were love's pur veyors. 

Rev. H. J. Cary, A. M. (Dante's 
Vision, 1845. Page 24.) 

4" Galeotto was the book, and he who wrote it. 

H. W. LoNGFELLOw. (Dantc's Divine 
Comedy. 1867. Page 19.) 

5" a Cioè il libro e il suo autore furono 
per noi un altro Galeotto, un mezzano; 
perché come Galeotto era stato mezzano 
tra Lancellotto e Ginevra cosi il libro lo fii 
tra noi. (Ùlnferno di Dante Alighieri dis- 
posto in ordine grammaticale... du G. G. 
WarrenLord Vernon... Lond. i858,3 vol. 
in-fol.) 

6« a They were reading Launcelot of 
the lake... a romance in which the hero 
tinds himself with the fair Ginevra, and 
kisses her. There was a confidant on the 
occasion ; whose name, Galeotto, becanse 
to synonymous with that of an abettor 
of illicit amours, that the early editione of 
the Decameron were inscribea Prince Ga- 
leotto in the title page, in order to warn 
the reader of theirsensual tendency. This 
is the reason why Francesca calls both the 
romance that misled them, and its author 
Galeotto, that is to say, impure and false: 
M. Ginguené does not préserve this idea 
of culpability, for he construies Galeotto 
Messagers d* amour. » {Commentary, 
Lond. 1822, p. 329.) (Manchester.) 
William E. A. Axon F. R. S. L. 



< Je règne par les gazettes » (V, 564). 

— Je ne sais si Napoléon a jamais dit cela, 

— ou cet autre mot que lui attribue aussi 
Tabbé de Pradt, dans son Histoire de 
l'Ambassade : « Du sublime au ridicule il 
n'y a qu'un pas. » Mais on peut voir, dans 
la si remarquable Correspondance de Na- 
poléon, de curieuses instructions au prince 
de Talleyrand, prouvant le peu ae cas 
qu'il faisait des écrivains de gazettes, e: 
j ai eu sous les yeux des feuilles du Mo- 
niteur Universel (lors de la rupture du 
traité d'Amiens), sur lesquelles des colonnes 
entières sont biffées de la main même du 
premier consul, et quelques mots de sa 
griffe d'aigle mis à la place. M. de Pradt 
dit aussi de Napoléon, qu'il était ^and 
parleur : « Il ne s'est pas écoulé un jour, 
a qu'il n'ait dit quelque chose de renaar- 
a quable; parler était son bonheur; il à 
tt perdu plus de temps à parler, qu'il n'en 
a a mis à agir; pour lui, c'était de plus 
aune puissance; il sentait sa force, çt 
« qu'on sortait rarement d'auprès de lui, 
« sans être subjugué, ébloui, convaincu 
a ou... conquis. » 

Ce n'était donc pas du temns perdu? 

Un grand mathématicien mort en 1645 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 nov. 1969, 



677 



■•mi 



678 



••■ 



(V, 565). — Ce doit être Pierre de Fermât, 
oui mourut le 12 janvier 1645. Ce savant, 
aont la vie est peu connue, fut en cor- 
respondance avec Descartes, Torricelli, 
Huygens, Pascal, Mersenne, etc. Il serait 
intéressant de savoir ce que sont devenues 
ses lettres; toutefois, nous ne conseillons 
pas de les rechercher dans la précieuse 
collection dont s'est tant occupé r Institut. 

Alph. L. 



Maimscrits ayant fait partie de biblio- 
thèques particulières, et à retrouver (V, 
5Ô7), — Je crois, comme M. B. G. qu'un 
catalogue des manuscrits dont l'existence 
est révélée par les catalogues de biblio- 
thèc|ues ayant passé en vente publique, 
offrirait un très-grand intérêt pour l'his- 
toire littéraire et pour les études histo- 
riques. J'avais déjà eu l'idée d'un travail 
de ce genre, mais le système à suivre pour 
la classification des cartes recueillies pré- 
sente des difficultés. Permettez-moi de 
vous fournir du moins quelques échantil- 
lons fort succincts de ce (^ue j'ai entrepris. 
J'ai suivi, la plume en main, de nombreux 
catalogues, en notant les manuscrits qui 
s'y montrent au milieu d'une foule d'im- 

Î>rimés, mais je me contenterai de sîgna- 
er quelques-uns des articles de ce genre 
qui se rencontrent dans trois catalogues 
seulement (il faudrait en examiner des 
centaines, et accompagner de quelques 
observations la liste qu'on dresserait). 

Le Catalogue d'un amateur (A. A. Re- 
nouard), Paris, 18 19, 4 vol. in-8°, offre : 

a T. I«', p. 284. Nicolaus Smyrnaeus, de 
supputariis digitorum gestibus, joli manu- 
scrit grec-latin avec dessins à la plume. » 
M. Renouard croyait que ce peti.t traité 
était inédit; mais il a été imprimé par 
F» Morel en 16 14, et il est reproduit dans 
la Catena grœcorum patrum in Marcum 
(voir Schœll, Hist. de la littér, grecque^ 
tom. VII, p. 64). 

a T. III, p. 32. Poésies diverses sur les 
opérations de M. Law, par P. A. Bouret. 
«-" La Mort triomphante ou les excuses 
inutiles qu'on apporte pour lui échapper, 
transcrit par J. &illy« 

a T. III, p. 41. CEuvres inédites de Co- 
lardeau, in-8*», xxxii et 481 pages. » (Deux 
copies. Adjugé à 265 fr. à la vente Re- 
nouard en i855.) Ce manuscrit paraît as- 
sez curieux. Observons qu'il est question 
de la correspondance inédite de Colardeau 
avec son oncle, M. Reenard, curé à Pithi- 
viers, dans un article de M. E. de Certain, 
inséré dans la Correspondance littéraire, 
10 février 1860. La Galette des Beaux- 
Arts, i5 mai 1860, parle aussi de lettres 
de Colardeau, relatives à sa passion pour 
Marie Rinteau, dite Mademoiselle de Ve- 
nières. a Le pauvre Colardeau n'y gagne 
o que d'être mis un peu plus bas que ses 
« vers. » 



Le catalogue de la vente Nodier en 1844 
présente peu de manuscrits, mais on y 
distingue, p. 450, le Discours à Mademoy- 
^elle PanjUe^ par L. P. (Louis Papon,) 
i58i ; rhistoire de ce manuscrit est con- 
nue (circonstance assez rare) ; on sait d'où 
il venait et quel a été son destin. Il a figuré 
aux ventes de deux des plus zélés biblio- 
philes du XVIII» siècle : Girardotde Pré- 
fons et Gaigant (adjugé à 3o livres 5 sols); 
M. Yemeniz l'acquit pour 100 fr. en 1844 
et Ta fait imprimer dans l'édition qu'il a 
publiée en 1857, à petit nombre, des œu- 
vres de Papon (voir le Bulletin du biblio^ 
phile, i857, p. 35 1 et suiv.) En 1867, lors- 
que M. Yemeniz se décida à livrer son 
cabinet aux chances des enchères (favo- 
rables cette fois-ci) le manuscrit en ques^ 
tion s'est élevé à i,o5o fr. (n» 450). 

Passons au catalogue de la riche biblio- 
thèque dramatique de M. de Soleinne qui 
offre un grand nombre de manuscrits, sans 
parler de ceux (1843- 1845) qui forment un 
groupe spécial (tom. III, pag. i-36). On 
en rencontre souvent^ en parcourant les 
divers volumes de cet inventaire si curieux 
pour l'histoire du Théâtre, nous mention- 
nerons seulement les Mystères indiquées 
aux numéros 522 (voir le Bulletin du bi^ 
bliovhile, 1844, p. 843), 52 3 {Mystaire 
de la Passion, texte complètement diffé- 
rent de l'imprimé) et 347 {Mystère des 
Actes des Apôtres, texte beaucoup plus 
ancien que celui de la première édition, 
publiée en i537). 

Je désire que ces extraits, pris au hasard 
dans un travail beaucoup plus étendu, 
donnent aux curieux qui lisent Vlntermé' 
diaire, une idée favorable de ce que pour- 
rait offrir l'exécution du projet que j'ai in- 
diqué. L. P. 

La Diète polonaise en 1773 (V, 570). — 
Lorsque je posai cette question en 1867, 
le catalogue n'avait pas encore paru, qui — 
mais un peu tard — donna une descrip- 
tion sommaire du remarc^uable tableau de 
M. MatejkOy de Cracovie, à l'Exposition 
universelle de Paris. Je n'en remercie pas 
moins M. Gustave Pawlowski des détails in- 
téressants c^u'il a bien voulu donner sur ce 
grand méfait, le partage de la Pologne. 

J'ai une gravure intitulée: Tfie Twelfth" 
Cake — Le Gâteau des Rois, — qui re- 
présente la Grande Catherine , Tempereur 
Joseph IL et le Grand Frédéric, faisant 
cette odieuse spoliation, et l'infortuné roi, 
Stanislas-Auguste, retenant à grand'peine 
la couronne qui lui échappe de la tête. Cette 
gravure parut à Londres chez Rob. Sayer, 
Fleet Street, et à Paris, chez Le Mire, rue 
Saint- Etienne-des-Grez. J'aimerais savoir 
de qui elle est, et d'après qui ? Les têtes 
sont très-finement touchées. — Il y en a 
aussi une contrefaçon, mais qui est moins 
ne. -^ Dans Tune et dans l'a 



bonne. 



autre, on a 



N» 118.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



679 



680 



par erreur écrit : The Troeiïîh — pour the 
TwWfth-Cake. P. A. L. 



Femme du monde (V, 587). — II est as- 
sez curieux de voir ces mots femme du 
monde pris quelquefois dans une acception 
flétrissante, tandis que les mots homme du 
monde ne le sont jamais que dans un sens 
élogieux et flatteur ; même rapprochement 
ou même contradiction entre les mots 
courtisan et courtisane, et aussi les mots 
italiens cortigiano et cortigiana, avec cette 
observation que, si le courtisan est Y homme 
du monde par excellence, la courtisane est 
aussi la femme du monde dans le mauvais 
sens de cette désignation. L. D. L. S. 

— On a demandé si ce mot avait tou- 
jours eu le sens honnête qu'on lui connaît 
aujourd'hui. Le document qui suit répond 

à la question ; il est extrait des papiers pro- I elle âl;onVe*nTiTlYccêpter*etTfâ montée 
venant de 1 ancienne mairie du Xlle ar- ^ mais lorsqu'il fut chez elle après avoir j...» 

rondissement, actuellement déposes aux Après avoir ainsi transcrit la plus grande 

Archives de la Seine : partie de ce document, il me paraît inutile 

« — Service de nuit du 17 au 18 mars d'insister, puisque le sens du mot femme 

'79p-^—*^^J\9eures est comparu M. Mi- du monde comme synonyme de femme 



ledit porteur d'eau n'a voulu entendre à 
rien, et que pour sûreté de l'argent qu'il 
réclamoit il s'étoit emparé de l'oreiller du 
lit de la fille Carier, appartenant au com- 
parant, que ledit Teillard ne vouloit pas 
rendre ; que pour le ravoir il l'auroit re- 
poussé et luy auroit donné une tappe et 
l'a jeté par terre, à quoi il a dit se borner 
les n>auvais traitements; déclarant qu'à 
l'égard du vol il luy est étranger et qu'il 
n'a connoissance Je rien; déclarant en 
outre le dit Pressier avoir chez lui deux 
femmes du monde,|y compris la fille Ca- 
rier Que le déposant déclare être sortie ce 
soirae l'Hôtel de la Force où elle-étoit de- 
puis dimanche. 

« Le même jour, à onze heures du soir, 
est comparu Françoise Carier, a déclaré, 
qu'étant sur sa porte elle a invité Jean 
Teillard à monter chez elle, qu'il lui a ob- 
servé qu'il n'avoit que 12 sols à lui donner, 



chel Bernard Mauduit, caporal de garde 
en poste de la place Mauberi, "lequel nous 
a dit que sur les huit heures et demie deux 
soldats du centre sont venus au corps de 
garde requérir du secours à l'effet de faire 
cesser les mauvais traitements que des 
femmes du monde exerçoient rue des An- 
glois contre un porteur d'eau... 

a Et de suite est comparu ledit porteur 
d'eau qui nous a déclaré se nommer Jean 
Teillard — et nous a dit que passant par 
la rue des Anglois il a été accosté par des 
femmes du monde qui Font pressé de mon- 
ter chez elles; qu'ayant eu le malheur de 
céder à leurs invitations, il a au sortir de 
leur chambre descendu en bas et payé un 
poisson d'eau-de-vie et deuxr bouteilles de 
cidre qui ont été bues dans la salle de la 
dite maison où deoieurent ces filles; que 
lorsqu'il a fallu payer la dépense il a donné 
3 livres; que ayant demandé le surplus 
on le luy a refusé et qu'alors différents 
hommes ont paru , l'ont ftialtraité et luy 
ont porté plusieurs coups dans la tête et 
dans les jambes, et pendant <?ôs mauvais 
traitements on luy a pris environ la livres 
qu il avoit dans sa poche. 

a Et de suite est comparu le sieur Jean- 
Claude Praissier, principal locataire de la 
maison rue des Anglois n° 5 et appelée 
l'Hôtel de Chatillon, lequel nous a dit que 
la déclaration de Teillard contient plu- 
sieurs mensonges ; qu'on n'a rien bu dans 
sa salle basse, mais qu'ayant entendu du 
bruit dans une de ses chambres du premier 
étage où loge la fille Carier, femme du 
monde, il auroit trouvé un porteur d'eau 
en dispute avec elle pour de l'argent que 
la dite fille ne vouloit point lui rendre ; 
qu'ayant lui Pressier voulu mettre la paix, 



publique y est assez clairement fixé. Qu'il 
suffise de dire que la fille Carier niait, 
comme Pressier; qu'elle protesta n* avoir 
reçu de Teillard que om^e gros sous et 
n'avoir fait aucune violence pour en avoir 
davantage; qu'enfin les commissaires ren- 
voyèrent les uns et les autres au Départe- 
ment de Police pour y être statué ce que de 
raison. J'avoue gue je n'ai pas eu la ten- 
tation de les y suivre, en sorte que j'ignore 
ce qu'il en advint. G. Saint-Joanny. 



Médailles de la Saint-Barthélémy (V, 

589). — M. Frédéric Lock demande aux nu- 
mismates de publier dans V Intermédiaire 
la description des médailles parisiennes, 
frappées à l'occasion de la Saint-Barthé- 
lémy. 

Je suis heureux de pouvoir lui donner 
ici le titre d'une brochure, d'une rareté 
extrême, qui fut publiée à Paris l'année 
même du massacre : 

FIGVRE 

ET 

EXPOSITION DES 

POURTRAICTZ ET DICTONS 

contenuz es médailles de la conspi- 
ration des Rebelles en France, 
opprimée & estaincte par le 
Roy Tres-Chrestien 
Charles IX. le 24. 
iour d'Aoust 
1572 
PAR Nie. Favyer, conseiller 

DUDIT SIEVR, et GENERAL 

DE SES MONNOYES. 

A PARIS 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[25 nov. 1869» 



--• 681 •- 



— 682 



Par lean Dallier, Libraire demeurant sur 

le pot S. Michel, à l'enseigne de 

la Rose blanche. 

1572. 

AVEC PRIVILEGE 

La brochure est de douze pages, mar- 
quées, à la troisième A ij, à la neuvième 
B et à la onzième B ij. Deux bois inter- 
calés dans le texte de la page 8 représen- 
tent VEndroit et le Revers de la première 
médaille populaire (sic). 

J 'abrégé la description qui accompagne 
les médailles. 

Au droit de la première: la figure du 
Roy Charles neufiesme, séant en son tros- 

ne Royal ayant soubz les piex les corps 

morts de ses Rebelles. Légende: virtus. 

IN. REBELLES. 

Au revers : les armoiries de Frace, auec 
les deux coulonnes de la deuise ia long 
temps prinse par le Roy, accommodée au 

faict, PIETAS. EXCITAVIT. lUSTlTIAM. 

Dans Texergue: 24 augusti 1572. 

« L'autre médaille à l'antique contient 
l'effigie du Roy, exprimée près du naturel, 
auec dicton François : Charles IX, R. D. 
F. y Dompteur de Rebelles le vingtqua- 
triesme Aoust, i572. 

a Au reuers de laquelle est figuré Her- 
cules couuert de la despouille de Lion, sa 
massue ferrée en vne main et le flambeau 
ardent en Tautre, par le moyen duquelz il 
defaict l'hidre à plusieurs testes repré- 
sentant la factio d'iceux rebelles, etc..» 

Le cabinet de numismatique de la Bi- 
bliothèque royale de Belgique possède ces 
deux médailles d'argent, qui doivent se 
trouver également au Cabinet de France. 

Voici le commencement et la fin de VEx- 
trait du Priuilege qui termine la brochure : 

« Il est permis à Jehan Dallier, marchant 
libraire en ceste ville de Paris, d'imprimer 
et faire imprimer T Exposition des médail- 
les forgées surroppressiô des conspirateurs 
et rebelles... 

Faict à Paris le quatorziesme iour d'Oc- 
tobre, mil cinq cens soixante douze. 

Sifçné Seguier. 

C'est dans le tome II d'une collection 
nombreuse de brochures et de placards du 
XVI« et du XVII» siècle, collection por- 
tant le titre général de Rerum francica- 
rum collectio et placée sous le numéro 
9744 du fonds de la Ville de la Bibliothè- 
que royale, que se trouve la curieuse Ex- 
position des médailles de la Saint- Barthé- 
lémy. La Bibliothèque historique de la 
France de Jacques Lelong donne le titre 
de cette brochure sous le numéro 18 161, 
p. 203 du t. IL 

Camille Picqué. 

Secrétaire de la Société de 

numismatique. 



« Habent sua fata libelli. » (V, 593). — 



Ce vers se trouve dans le poëme de Sylla- 
bis du grammairien Terentianus Maurus. 
Voir à ce sujet une bien jolie anecdote ra- 
contée par M. Edouard Fournier, dans 
V Esprit des autres^ et trop longue, mal- 
heureusement, pour pouvoir être repro- 
duite dans V Intermédiaire» 

En échange de cette indication, M. Clo- 
vis Mx aurait-il l'obligeance de me faire 
savoir où je pourrais me procurer, en le 
payant, un exemplaire de l'ouvrage de 
l'artisan-poëte Durand, dont il a jadis pa- 
tronné les débuts? Joc'h d'Indret. 

— Cette fin de vers hexamètre est l'œuvre 
d'un grammairien de la fin du I«r siècle, 
Terentianus Maurus, auteur d'une proso- 
die latine. Son poëme didactique est in- 
titulé de Syllabis (des syllabes). — On a 
fréquemment attribué cette fin de vers à 
Ovide et à Martial, mais ils y sont étran- 
gers tous les deux. Cette citation n'appar- 
tient pas davantage à un autre poëte, dont 

^les odes ont été également traduites en 
vers fi*ançais par M. Clovis Mx , l'au- 
teur de rinterpellation à laquelle vous ré- 
pondez en ce moment : VEpttre aux Pi- 
sons d'Horace ne renferme pas, quoiqu'on 
ait souvent répété le contraire, les mots si 
fréquemment cités que nous venons de 
restituer à leur auteur. Terentianus Mau- 
rus a été souvent dépouillé ; mais, comme 
ii l'a dit lui-même ; habent sua fata libelli. 
(Villa Saïd.) Eue. Paringault. 

— Pro captu lectoris, habent sua fata libellî* 

Voyez Terentianus Maurus, poëme: de 
Syllabis, page 5';^, verso, de l'édition de 
Paris, i53i, in-4'>. — Nicolaîis Brissacus 
cite dans son commentaire sur ce vers la 
60" épigramme du 6« livre de Martial, de 
Pompiïlo, où l'auteur, moins facile à con- 
tenter, trouve qu'il est plus sûr de s'en rap- 
porter au génie qu'au fatum, pour faire 
vivre un ouvrage : 

Victurus geji^um débet habere liber. 

Pendant longtemps j'avais fait honneur 
de cette petite découverte à un de mes 
amis de Lyon, Breghotdu Lut, sur la foi 
de renseignements que m'avait donnés son 
beau-frère, liaon regrettable ami A. Péri- 
caud ; mais, en lisant les Lettres lyonnaises 
de Bréghot, je vois qu'il en rapporte le mé- 
rite à Barbier,^qui, dans son Examen cri- 
tique, consacre un assez long article à la 
phrase latine. (V. p. 137, 19» lettre). 

Martial donnait un génie aux tombeaux,- 
on pouvait bien en donner un aux livres. 

... Data sunt ipsis quoqve fata sepulchris. 

(X, 146.) 
et (satyre IX, 32) ; 

Fata regunt homines.. 

Stace en a dit autant pour les Dieux et 
pour les lieux: sunt fata locorum. 



N» 118.1 



L'INTERMÉDIAIRE 



- 683 



684 



Des auteurs ont donné le catalogue des 
écrivains qui ont écrit de Fato, deprovi' 
dentia, de fortuna. (Petr. Frid. Arpe, Jo. 
SironiuS) et autres.) 

Montaigne ne connaissait probablement 
pas le vers de Terentianus Maurus, car il 
eût coujjé de source lorsque Tauteur des 
Essaisà.\X: « Nous n'avons pas la millième 
« partie des écrits anciens ; c est la Fortune 
« qui leur donne vie. » Et c'est ce mot: 
Fortune^ qui avait tant scandalisé la Cour 
de Rome, qui finalement après avoir con- 
nu l'homme se borna à lui recommander 
de faire en sorte que le mot se présentât 
moins souvent. Montaigne reçut avec dé- 
férence l'invitation qui lui était donnée 
avec politesse, mais 11 ne promit rien, ce 
en quoi il a tenu parole, D^ J.-F. P. 

— La préface d'une édition du Capi- 
taine Paul, de 1861, commence ainsi: 
a Habent sua J[ata libelli,,. J'avais déjà 
écrit cet hémistiche, chers lecteurs, et j'al- 
lais inscrire au-dessous le nom d'Horace, 
lorsque je me demandai deux choses, si 
je me rappelais le commencement du 
vers, et si ce vers était bien du poëte de 
Venusium. Chercher dans les cinq ou six 
mille vers d'Horace, c'était bien long et 
je n'ai pas de temps à perdre. Cependant 
je tenais beaucoup à cet hémistiche qui 
s'appliaue merveilleusement au livre que 
vous allez lire. Que faire? Ecrire à Méry. 
Méry, vous le savez, c'est Homère, c'est 
Eschyle, c'est Virgile, c'est Horace, c'est 
l'antiquité incarnée dans un moderne : 

' Méry sait le grec comme Démosthène et 
le latin comme Cicéron. J'écrivis donc : 
tt Cher Méry, est-ce .bien d'Horace cet hé- 
« mistiche, habent sua fata libelli ? Vous 
a rappelez-vous le commencement du vers ? 
« A vous de cœur. — Alex. Dumas, n Je re- 
çus poste pour poste la réponse suivante. 
« Mon cher Dumas, l'hémistiche habent 
« sua fata libelli est attribué à Horace, 
« mais à tort. Voici le vers complet : 

Pro captu lectoris Jiabent sua fata libelli. 

(i II est du grammairien Terentianus Mau- 
n rus. Le premier hémistiche pro captu 
a lectoris n est pas de très-bonne latinité. 
« — Selon le goût, selon le choix, selon 
(t l'esprit du lecteur, les écrits ont leur 
« destin, — Je n'aime pas le pro captu, 
« qu'on ne trouverait chez aucun bon clas- 
« sique. Tout à vous de cœur, mon bien 
a cher frère, — Méry, » D'après la Biogr» 
Hœ/er, qui du reste n'oublie pas de lui 
faire honneur' du habent sua fata libelli, 
Terentianus Maurus vivait sous Trajan. 

O. D. 

— Ce bout de vers, devenu proverbial, 
est tiré du traité de Syllabis (v. 1006) de 
Maurus Terentianus, qu'on tient pour con- 
temporain de Petronius Arbiter. Comme 
il est^souvent cité d'une façon trop géné- 



rale, il est peut-être bon de rappeler les 
vers qui le précèdent et qui en précisent 
le sens. Les voici : 

Forsitan hune aliquis verbosum dicere librum 
Non dubitet : forsan multo prasstantior aller. 
Pnucfl reoertfl outet. auum nlura invenerît ins 



— Cinq autres correspondants renvoient 
à Ed. Fournier. 



La « Stratonice » (\% 596).— Voir Barbier, 
Dictionnaire des Anonymes : traduite de 
l'italien (de Luc Asserino, par d'Audiguier 
le jeune). Paris, 1640, in-8^ 

« Pélisson, ajoute Barbier en note, dans 
son Histoire de V Académie françoise, as- 
sure gue cette traduction a été donnée à 
d'Auaiguier par l'académicien Malleville, 
son ami intime. » 

Lenglet du Fresnoy, dans sa Bibliothè- 
que des Romans (Amsterdam, 1734), donne 
les éditions italiennes de ce roman, qui a 
paru avec le nom de l'auteur, en 16 36, 
in- 12, èi Macerata, à Venise en i638 et 
1642, in- 12, à Genève en 1647. ^^^ trois 
dernière's éditions, dit-il, sont plus com- 
plètes que celle de i636. 

(Strasbourg.) C. M. 

— L'original italien de ce roman, (]ui 
eut un grand succès, est Lucas Assarino 
(appelé à tort Ass^rinî dans quelques ou- 
vrages), né à Séville de parents italiens, et 
mort à Turin en 1672. Il parut pour la 
première fois à Parme, en i635, chez 
Viotti, et fut réimprimé plusieurs fois à 
Venise et ailleurs, toujours de formatin-12. 
Jean-Baptiste Cartolari en fit paraître une 
continuation sous le titre de : Catastrqfe 
délia Stratonica (Venise, 1676). 

Quant à la traduction française de la 
Stratonice, dont M. E. G. P. possède un 
exemplaire, M. Brunet dit qu'elle a passé 
pour être de d'Audiguier le jeune, mais 
que, selon Pellisson, « elle aurait été don- 
née à ce prétendu traducteur par Vacadé- 
micien Malleville, son ami. 1» 

Assarino composa encore d'autres ro- 
mans, dont « VÀrmelinoa » fut également 
traduit en français (Paris, 1646, in*8«j. 

GusT. Pawlowski. 



Le Gode Napoléon mis en vers français 

(V, 597). — Cette facétie est de Decombe- 
rousse (Benoît-Michel), jurisconsulte, né à 
Villeurbanne, près Lyon, en 1754, mort à 
Paris le i3 mars 1841. En 1792, il fut élu 
député suppléant à la Convention; en 
1795, il y siégea, et fit ensuite partie du 
Conseil aes Anciens jusqu'en 1798. Après 
le 1 8 brumaire, il fut nommé président du 
tribunal de Tlsère ; mais il refosa et resta 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



685 



686 



[25 nov. 1869* 



mmimm 



attaché au comité de jurisconsultes que 
Merlin de Douai avait créé au ministère 
de la justice. Pendant les Cent Jours, il 
fut nommé conseiller à la cour de Paris, 
et rentra sous la Restauration dans la vie 
privée. 

Regnault de Saint-Jean d'Angely, dans 
les Mémoires de Bourrienne, t. III, p. 143, 
s*exprime ainsi sur pecomberousse: « Beau- 
« coup de talent, aimant le travail, éloigné 
« des intrigues, incorruptible. » Il a laissé 
plusieurs ouvrages : le Testament de FA- 
ristocratie mourante, 1790? in- 12; le Co- 
dicile de V Aristocratie, 1790» in-12; le 
Siège de Florence ou la Nouvelle HéldiSe, 
tragédie en cinq actes et en vers, floréal, 
an III, \n~%°\Asgill ou le Prisonnier an- 
glais, drame en cinq actes et en vers, 
an IV, in-8® ; la Mort de Michel Lepelle- 
tier, tragédie en trois actes et en vers, 
an V, in-8° (pièce rare et curieuse); la 
Marche triomphante de la Liberté, épître 
à un ami, an III, in-B®, et enfin le Code 
Napoléon mis en vers, 181 1, in-12. 

Ces divers renseignements sont emprun- 
tés à la Biographie générale de Hœfer. 
Paris, Didot, i855, t. XIII. 

On trouve des notices sur Decombe- 
rousse, publiées l'année de sa mort dans le 
Courrier français du 1 5 mars 1 841, dans la 
Gazette au Dauphiné, du 16 avril 1841. Il 
a laissé deux fils, tous deux auteurs drama- 
tiques. 

M» A. Sorel pourra çncore consulter, au 
sujet de l'auteur du Code Napoléon, la 
2» édition du Dictionnaire des Anonymes, 
de Demanne. Lyon, i865. 

(Strasbourg.) CM. 

Emigration vers «Test» des centres de 
population (V, 599). — Cette tendance ne 
paraît nullement démontrée, et Texemple 
cité de la ville de Lyon, où une colline- 
obstacle vers Vouest aurait favorisé le mou- 
vement vers 1^5^, est peu concluant; car 
il semble assez naturel que la ville, n'ayant 
pu se développer d'un côté, se soit déve- 
loppée d'un autre. 

Dans un article publié en i856 sur les 
embellissements de Paris, j'avais exprimé 
une opinion absolument contraire à celle 
à laquelle je réponds en ce moment, et je 
basais la mienne sur des faits, ainsi qu'on 
pourra le voir par la lecture du paragra- 
phe que j'en reproduis ici : 

a Une remarque assez singulière, et que 
nos nombreuses pérégrinations nous ont 
mis à même de faire, c'est la tendance 
presque générale qu'ont les villes considé- 
rables à s'étendre d'Orient en Occident, 
suivant en cela la marche du soleil et celle 
de la civilisation qui répandent devant eux 
la lumière et laissent derrière eux les té- 
nèbres. 

« N'est-ce pas ainsi, en effet, que- la civi- 
lisation a marché successivement du fond 



de VInde dans VAsie Mineure, de ï Asie 
Mineure en Egypte, puis en Grèce, en 
Italie et dans VEurope occidentale, où les 
flots de l'Océan lui ont présenté une bar- 
rière qui ne l'a pas arrêtée, puisque le 
Nouveau Monde adopte les usages de l'an- 
cien? 

« Et pour ne citer que les trois capitales 
les plus importantes : 

« La Rome moderne, abandonnant les 
célèbres collines, aujourd'hui dépeuplées, 
qui furent son berceau, est venue s éten- 
dre , à Vouest, dans l'ancien Champ de 
Mars, sur les bords du Tibre. 

« A Londres, le West End est habité 
par l'aristocratie nobiliaire et financière, 
tandis que la Cité et le voisinage de la 
Tour sont abandonnés à l'industrie. 

« A- Paris, enfin, ïouest jouit également 
d'une faveur toujours croissante, tandis 
aue lei quartiers de Vest, autrefois séjour 
de la cour et des hautes classes, sont pres- 
que exclusivement livrés au commerce. » 

J. Brunton. 

Les RécoUets (V, 602). — La chanson 
du frère Etienne, dont le véritable titre 
est : le Fond de la Besace, date des envi- 
rons de 1780. L'auteur est inconnu : elle 
a neuf couplets qui se chantent sur l'air 
des Trembleurs, de LuUi ; se trouve dans 
tous les recueils de chansons joyeuses pour 
l'instruction de la jeunesse. Z. A. 



Le vaisseau du désert (V, 6o5). — Ce 
n'est pas BufFon qui a appelé le chameau 
vaisseau du désert, mais c^est lui qui, dans 
une note, cite un passage de Chardin 
attestant que les Orientaux appellent ainsi 
cet utile animal. « Les Orientaux appel- 
lent le chameau navire de terre, en vue de 
la grande charge qu'il porte, et qui est, 
d'ordinaire, de douze ou treize cents livres 
pour les grands chameaux... » {Voyage 
de Chardin, t. II, p. 27,) 

Cette citation de Chardin se trouve, en 
note, à la page 3o3 du tome XV de Bufîon, 
édition de Eymery, 1829. 

(Versailles.) R. de S. 

La Bourguignote (V, 61 3). — « Bour- 
guignote , s. f. , arme défensive pour 
couvrir la tête d'un homme de guerre: c'est 
une espèce de casque ou de salade, galea. 
Son nom vient de ce que les Bourguignons 
s'en sont servis les premiers. 

a Cette armure de tête dont se ser- 
vaient les piquiers n'est plus en usage. 

« On appelle maintenant Bourguignote, 
une sorte de bonnet, garni en dehors de 
plusieurs tours de mèches et revêtu d'é- 
toffe, que l'on porte dans les occasions à 
l'armée pour parer le coup de sabre. » 
(Académie française,) 



N*ii8.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [26 nov. 1869. 



687 



688 



Tout cet article est tiré textuellement 
du dictionnaire de Trévoux, édition de 
1771. (Versailles.) R. de S. 



%r0Ut)aiUe0 et €uxioB\th. 

Deux billets autographes de l'abbé 
Barthélémy. — Ils étaient intercalés dans 
l'exemplaire du Voyage du jeune Anachar- 
sis en Grèce, donné par l'auteur au con- 
ventionnel Goupilleau, de Montaigu- Ven- 
dée , et conservé encore aujourd'hui dans 
sa famille. Ils ont été écrits sur la fin de 
sa vie, lorsque, après avoir été incarcéré, en 
1793, nous ne savons sous quel mauvais 
prétexte, il venait d'être rendu à la liberté 
et avait obtenu d'être logé au Louvre, avec 
quelques autres savants. Le représentant 
du peuple, auouel ils sont adressés, s'était 
employé pour lui à cet effet. Outre que les 
autographes de Barthélémy sont fort rares, 
ceux-ci ont de plus un intérêt personnel. 

1» ilw citoyen Goupilleau le citoyen Bar- 
thélémy y salut et fraternité! 

«Je vous envoie le petit mémoire que 
vous avez eu la bonté de me demander (i). 
Je serai ravi de grossir la liste nombreuse 
de ceux qui vous ont des obligations. De- 
puis plus de cinquante ans, le citoyen Ma- 
rin me donne des marques touchantes de 
son amitié (2). Il y met le comble au- 
jourd'hui, car on est forcé de vous aimer, 
quand on a le bonheur de vous connaître. 

« Ce 3 pluviôse de l'an III de la Républi- 
que française, une et indivisible (22 jan- 
vier 1795^. 

a Puissiez-vous accepter cet exemplaire 
(duVoyage du jeune Anachar sis en Grèce) y 
avec la même satisfaction que j'ai à vous 
TofFrir. » 

Souscription: Au citoyen Goupilleau 
de Montaigu, 

2° A Vexcellent citoyen Goupilleau le ci- 
toyen Barthélémy, salut et fraternité, 

a Je me fais un devoir et un plaisir de vous 
apprendre le succès de l'intérêt que vous 
avez bien voulu me témoigner. Hier, le 
citoyen Garât eut la bonté de venir chez 
moi et m'annoncer que l'affaire de mon 
appartement était terminée. Je lui en té- 
moignai ma reconnaissance. Je vous la 

( I ) Ce Mémoire manque. C'était sans doute 
un aperçu des titres que réunissait Barthélémy 
pour obtenir d'être logé au Louvre. 

(2) F.-L.-Cl. Marini, dit Marin, littérateur- 
journaliste, né à La Ciotat en 1721, mort 
en 1809, ^^^"^ P^^ ^^^ discussions avec Beau- 
marchais, qui se plut à le ridiculiser, par une 
Histoire de Saladin, etc. M. Dugast-Matifeux 
possède toute une correspondance autographe 
de lui avec Goupilleau de Montaigu (Philippe- 
Charles-Aimé). C'était Marin qui avait mis en 
rapport Barthélémy et ce représentant. 



dois principalement, et j*aî un vrai plaisir 
à vous en taire l'aveu. Daignez le recevoir, 
avec les sentiments que vous avez eu la 
bonté de me marquer et dont je conser- 
verai toute ma vie le souvenir. 

« Ce 26 germinal de l'an III (i 5 avril 1 795). » 

Quinze jours plus tard, le digne abbé 
expirait, sans qu'on s'en aperçut, en li- 
sant une ode d'Horace ; ce billet doit être 
un des derniers qu'il ait écrits. 

Dugast-Matifeux . 



Une transposition monstmeuse. — Dans 

l'explication du Catéchisme à l'usage de 
toutes les églises de TEmpire français, 
nouvelle édition, Paris, 181 1, in-S», on lit 
textuellement ce qui suit (page 35) : a Dieu 
« créa Adam et Eve dans la justice et la 
a sainteté. La justice dont ils étaient re- 
« vêtus consistoît en ce que leur âme était 
o soumise à leur corps, leurs sens à la 
a raison et leur raison à Dieu. On appelle 
a cet état justice originelle, parce qu'il est 
« trèsjusteque leschoses inférieures soiQtii 
« soumises aux supérieures.*. » 

Et il n'y a pas un erratum pour corriger 
cette énormite ! 

(Lyon.) V. de V. 

M. Brame et Pierre de Blois. -7- On se 

souvient, sans aucun doute, des piquantes 
plaisanteries lancées du haut de la tribune 
du Corps législatif, au printemps dernier, 
pendant la discussion du budget, par 
M. Brame, contre ces malheureux vins de 
THérault, « plus solides, en quelque sorte, 
que liquides. » Pierre de Blois avait dit, 
au XIlo siècle, presque la même chose des 
vins que Ton buvait à la cour des rois 
d'Angleterre, à J'ai vu parfois, s'écrie le 
secrétaire delà reine Eléonore (Epist.XIV. 
Opéra omnia, édit. de 1667, in-f». Paris, 
p. 24), j'ai vu parfois servir aux grands du 
vin tellement épais, qu'il aurait plutôt fallu 
le cribler que le boire. » Pierre de Blois 
ajoute que l'on ne buvait ce vin-là que 
les yeux fermés et les dents serrées, avec 
dégoût et horreur. Je le crois sans peine! 

T. DE L. 



Des applaudissements comme moyen de 
chauffage. — « M"« Monrose n'aura pas 
a grandement à souffrir des rigueurs de 
« notre hiver, grâce à la chaleur des ap- 
a plaudisseménts qui lui seront légiiime- 
« ment prodigués. » {Impartial du Rhin, 
!•*• novembre). 

Que ne peut la galanterie française? 
Voilà des claques promises par un feuille- 
toniste à M^io Monrose pour lui tenir lieu 
de manchon et de fourrures. St. 



Paris. -. Tfp. de Gh. Mejneis, ra« Caju, 18. - 1869. 



.186.: 



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Numéro 119. 



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DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

(CORRESPONDANCE littéraire, (7SC0TES and QUERIES français.) 

==s 689 I 690 



^3./ L'Homme au masque de fer. 

r Un de nos correspondants nous écrit ce 
.' [ qui suit : 

<< On annonçait, il y a environ un an, que 
le secret du Masque de fer allait enfin être 
dévoilé j que ce secret venait d'être découvert 
par un jeune et heureux chercheur, M. Marius 
Topin, lauréat de l'Institut, dans des dépêches 
inexplorées de nos dépôts oiSîciels. L'eau m'en 
vint à la bouche, comme aussi sans doute à 
celle de tous les curieux, et plus particulière- 
ment des lecteurs de V Intermédiaire , qui 
avaient suivi avec intérêt les diverses commu- 
nications échangées sur cette question. 

« En effet, dans Le Correspondant du 25 fé- 
vrier 1869, parut un premier article de M. To- 
pin, annonçant qu'il tenait son homme, et qu'il 
allait le prouver par voie d'élimination, en ex- 

J posant d abord et en réduisant à néant toutes 
es vaines hypothèses que de nombreux écri- 
vains avaient jusqu'ici tour à tour échafaudées. 
U en signalait cinquante-deux (ni plus ni moins), 
qu'il enumérait nominativement en note, sans 
compter les auteurs d'histoire générale ou de 
simples articles. 

« JLe I o avril et le 10 juin, 2« et 3* parties du 
travail. 

« Puis, interruption; et, en guise d'inter- 
mède, survint, dans le n° du 10 sept., une vive 
défense-attaque du R. P. Turquancl, de la Com- 
pagnie de Jésus, à propos de l'affaire du pa- 
triarche Avédik, où il avait trouvé son ordre 
mal à propos impliqué et maltraité par M. To- 
pin. Celui-ci répliqua sur-le-champ et de bonne 
encre. 

« Tout en vidant cet incident, la Revue 
constata que ses lecteurs étaient « justement 
impatients, et même impatientés, des longs 
défais » que souffrait la publication de M. To- 
pin. Une maladie en avait été cause. 

« Enfin, les n~ des 10, 25 octobre et 10 no- 
vembre ont donné la suite des exposés préli- 
minaires et la conclusion du travail. 

« Cette conclusion, quelle est-elle? Quelle 
est la solution de ce problème irritant et re- 
gardé comme insoluble? Quel est le mot inat- 
tendu de cette énigme historique déclarée in- 
déchiffrable? 

c< M. Topin ne fait que confirmer l'assertion 
de Roux-Fazillac et de Delort, qui ont révélé, 
l'un en^ 1800, l'autre en 1825, l'aventure de 
Matthioly, ministre du duc de Mantoue, enlevé 
subitement en 1 679, et incarcéré par ordre de 
Louis XIV. Il établit que, bien avant Roux-Fa- 
zillac et Delort, des pamphlétaires, des histo- 
riens italiens, des puolicistes, avaient déjà dé- 
noncé cet enlèvement et avaient vu dans la per- 



sonne de Matthiol3r le prisonnier au masque de 
fer. Il aurait pu ajouter, aux noms qu'A cite, 
celui de l'historien Carlo Botta, qui, au tome Vf 
de sa continuation de Guicciardini (Paris, i832)y 
p. 321, dit aussi^ en propres termes, aue Mat- 
thioly est « il pngionero incognito colla mas- 
fc chera di ferro, tanto rinomato nelle storie di 
« Francia. » Mais ce que l'on n'avait pas encore 
fait, assure-t-il, c'est d'identifier exactement et 
définitivement le personnage enlevé près de Pi- 
gnerol le 2 mai 1670, et le prisonnier de la 
Bastille enterré à l'église Saint-Paul le 20 no- 
vembre 1 703. « Là est le nœud de la question. » 
Il admet avec un critique très-sagace, M. Jules 
Loiseleur, d'Orléans {Kev. cont., juillet 1867), 
que, sans la découverte de documents nouveaux 
et probants, cette identification était tout à fait 
impossible^ et que le mystère devait subsister 
à toujours. Mais c'est justement cette décou- 
verte qu'il a eu le bonheur de faire. Ainsi, plu- 
sieurs dépêches inédites qu'il reproduit mettent 
hors de doute que c'est oien le même prison- 
nier, confié à aaint-Mars, qui entra d abord, 
sous sa garde, en 1679, au donjon de Pigne- 
roi ; puis, qui fut transféré par lui, le 1 9 mars 
1694, aux îles Sainte- Marguerite ; enfin, qui 

Êénétra avec lui, le 18 septembre 1698, à la 
»astille, pour y mourir le 19 novembre 1703, 
et être enterre le lendemain, sous le nom de 
Marchialy, Et c'est ce prisonnier que concerne 
une dépêche inédite, partie de Versailles le 
28 avril 1679, ®* contenant ordre du roi d'en- 
lever le comte Matthioly, sans q.ue la chose 
FASSE AUCUN EscLAT, de le recevoir à Pignerol et 

l'y FAIRE GARDER SANS QUE PERSONNE EN Arr CO- 

GNoissANCE, enfin de faire en sorte que PER- 
SONNE NE SACHE CE QUE CET HOMME 
SERA DEVENU. 

« Voilà qui est fort bien; la démonstration 
me paraît complète : 

Le masque tombe, l'homme reste. 
Et le héros s'évanouit. 

« Oui, mais il me semble que les lecteurs, et 
notamment ceux de Y Intermédiaire, avaient 
droit à une surprise finale, à un petit coup de 
théâtre, qui se trouve ainsi manqué: car, à 
vrai dire, nous en savions autant que M. Topin, 
depuis trois ans qu'un de vos correspondants, 
M. Ê. Gallien, nous avait donné le dernier mot 
fur riiîitoîre du Masque de Fer (III, 140, n** 
du 10 mars 1866), et avait établi péremptoire- 
ment, par la force de ses observations et à 
l'aide des seuls documents jusque-là connus, 
que le fameux prisonnier n'était autre que... 
le comte Matthioly. — Une seule chose m'é- 
tonne, c'est que M. Topin n'ait pas même men- 
tionné, dans sa longue nomenclature des au- 
teurs qui se sont occupés avant lui de la question, 

TOME V. — 23 



N- 119,] 



L'INTERMÉDIAIRE 



691 



692 



celui qui l'avait en dernier lieu le plus avancée, 
au point d'en avoir bien réellement dit le der- 
nier mot, ~- saut ces preuves inédites qu'il était 
réservé à M. T. d'exhumer et de mettre en lu- 
mière. Sic vos non vobis» 

« Notez bien que je ne cherche pas ici une 
mauvaise chicane à M. T.; je ne lui mar- 
chande pas l'honneur d'avoir complété la solu- 
tion du problème; mais je revendique, pour 
V Intermédiaire et pour son correspondant 
M. G., l'honneur d'avoir positivement donné 
cette même solution, il y a déjà trois ans, et je 
regrette que M. T. n'en ait pas soufflé mot à 
ses lecteurs, — ce n'est cas par ignorance, — 
tandis qu'il les entretenait beaucoup, et on le 
conçoit, du travail plus récent et très-distingué 
de M. Loiseleur, lequel a nié la possibilité de 
tout éclaircissement définitif de la question et 
lui servait, par conséquent, d'excellente tête de 
turc, 

« Je ne l'en remercie pas moins d'avoir déci- 
dément ôté de l'oreille des eénérations pré- 
sentes et futures cette puce nistoricj^ue qui a 
tant tourmenté nos pères et nous-mêmes. On 
citait le Masque de fer, comme on cite la pierre 
philosophale, la quadrature du cercle, la direc- 
tion des ballons. 11 ne faut plus désespérer de 
tout cela, ni de rien, ni même de l'établisse- 
ment d'un bon gouvernement en France ! 

« E. H. M 

Nous admettons volontiers, avec les ré- 
serves qu*il fait lui-même, l'intéressante 
note de notre correspondant. Nous l'ad- 
mettons d'autant plus volontiers que nous 
nous étions promis de dire un dernier mot 
sur cette question, et c'est pour cela gue 
nous avions ajourné plusieurs coromunica* 
tions qui nous étaient parvenues antérieu- 
rement. De ce nombre était la réponse- 
question suivante : 

Le Mascpie de Fer (III, 140). — Est-ce 
bien là le « dernier mot ?» Il semble que, 
jusqu'ici, on a donné plutôt des conjectu- 
res, des probabilités, que des faits certains, 
non pas sur l'existence du prisonnier, cjui 
est hors de doute, mais sur son identité. 
Le secrétaire d'un prince, même d'un duc 
de Mantoue, n'est pas un personnage de si 
peu d'importance, qu'on puisse le faire dis- 
paraître sans qu'il laisse de trace, sans que 
sa disparition cause aucune surprise dans 
le pays auquel il appartenait. Des recher- 
ches ont-elles été faites dans les archives 
italiennes? A-t-on constaté que le duc de 
Mantoue avait effectivement un secrétaire 
nommé Matthioliou Marchiali? Trouve- 
t-on, en Italie, quelque chose se rappor- 
tant à un événement assez peu commun, 
pour qu'on s'en soit ému, au moins à la 
cour de Mantoue? On refait tous les jours 
la biographie de personne -jes moins consi- 
dérables que le secrétaire d'un duc, prince 
souverain. Si rien n'a été fait dans cette 
direction, il serait intéressant de s'en oc- 
cuper. Fréd. Lock. 

On voit que cette réponse-question avait 
suivi de près le dernier travail de M . Gai- 
lien, et appelait précisément de ses vœux 



une dernière démonstration, une identifi- 
cation j, comme celle de M. Topin. On 
n'aurait pas pu la lui donner plus tôt, et 
on ne pouvait la lui donner plus entière 
et plus satisfaisante. Le dernier mot est, 
pour le coup, dit et bien dit. C'en est fait, 
il n'y a plus de mystère, plus d*inconnu 
au masque de fer,.. Hélas .'pauvres cher- 
cheurs, encore un dada de moins! 

C. R. 



BELLES-LErrsES — PmLOLOGiB — Beaux-Arts 

— Histoire — Archéologie — NuiasMATiQ.uE 
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie 

— Divers. 

Une dédicace à Grolier, en 1517.— Est- 
ce quelque chose d'inconnu que je vais si- 
gnaler aux bibliophiles, et nia trouvaille 
aurait-elle réjoui le cœur de notre ami 
Le Roux de Lincy, si je l'avais faite il y a 
quelques mois ? J ai rencontré, en tête d un 
in-folio imprimé à Milan, en iSij, une 
petite pièce de quinze vers latins adressés 
à Jean Grolier, qualifié dès lors de Mécène 
de cette époque, par un nommé Dardanus. 
Le volume, d'une très-belle impression, 
sur beau papier, est intitulé : Stephani 
Nigri vin undecumque doctissimi Dia- 
logus, etc., etc. Mediolani in officina Mi- 
nutiana. M.D.XVL Prid. iCaL aprilis. 
Le privilège est donné par François I«S à 
Milan, le 20 février iSiy. Voici la pièce 
avec ses fautes évidentes d'impression et 
sa ponctuation textuelle : 

Ad prœclarum D, Joannem Grolierium, 
nostrorum temporum Mcecenatem. 
Dardanus. 

Mittit munera et hic et hic et ille. 
Sed qui munera mittit hic et ille, 
Haec sperat sibi mutuo rependi : 
Aut dono simili : aut beatiore : 
Mercatut {sic) potius, Dolisque tecum 
Agie Pessumus hic neçociator : 
Longe mens alia est tui Nigelli : 
Qui dono lepidum dédit libellum : 
Graecorum modo promptum ab oflftcinis 
Incude et manibus suis politam : 
Cujus si capiere lectione, 
Ent carior omnibus hbellis : 
Tanto carior omnibus libellis : 
Quanto muneribus vel iis : vel illis 
Virtutem facis usque et usque pluris. 

Qui est ce savantissime Etienne Le Noir 
(Niger)? Qui est ce versificateur Darda- 
nus ? Comment interprète^t-on ces quinze 
vers ? C. R. 



Les deux rondeaux des « Caractères. » 

A-t-on soulevé le voile, sait-on aujourd'hui 
quel est le véritable auteur des deux ron- 
deaux anonymes cités par La Bruyère 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[10 déc. 1869. 



693 



694 



dans le passage suivant des Caractères 
{De quelques usages) : 

« ai nos ancêtres ont mieux écrit que 
nous, ou si nous l'emportons sur eux par 
le choix des mots, par le tour et l'expres- 
sion, par la clarté et la brièveté du dis- 
cours, c'est une question souvent agitée, 
toujours indécise; on ne la terminera 
point, en comparant, comme Ton fait quel- 
quefois, un froid écrivain de l'autre siècle 
aux plus célèbres de celui-ci, ou les vers 
de Laurent, payé pour ne plus écrire, à 
ceux de Marot et de Desportes. Il fau- 
droit, pour prononcer juste sur cette ma-r 
tière, opposer' siècle à siècle, et excellent 
ouvrage à excellent ouvrage, par exemple, 
les meilleurs rondeaux de Benserade ou 
, de Voiture à ceux-ci, qu'une tradition 
nous a conservés, sans nous en marquer 
le temps ni Fauteur : 

Bien à propos s*en vint Ogier en France, • 
Pour le pais de mescreans monder; 
Jà n'est besoin de conter sa vaillance, 
Puisque ennemis n'osoient le regarder. 

Or, quand il eut tout mis en assurance, 
De voyager il voulut s*enharder; 
En Paradis trouva l'eau de Jouvance, 
Dont il se sceut de vieillesse engarder 
Bien à propos. 

Puis par cette eau son corps tout décrépite 
Transmué fut par manière subite 
Kn jeune gars, frais, gracieux et droit. 

Grand dommage est que cecy soit sornettes ; 
Filles connoy qui ne sont pas jeunettes 
A qui cette eau de Jouvance viendroit 
Bien à propos. 

L'autre rondeau débute ainsi : 

De cettuy preux maints grands clercs ont 

[écrit 
Qu'oncques dangier n'étonna son courage... 

Selon M. Valckenaër,ces deux rondeaux 
seraient assez modernes, et par conséquent 
peu propres à décider la question posée 
par La Bruyère. Cela se peut. 

Si pourtant ils se trouvaient, par hasard, 
imprimés dans quelque ancien recueil 
d'une date de beaucoup antérieure à celle 
de leur apparition dans les Caractères?,.. 

Ulric. 



Encore une question de paternité. — 

Quelqu'un des lecteurs de V Intermédiaire 
connaît-il une pièce devers que Byron, — 
un connaisseur, — proclamait une des 
perles de la littérature anglaise {the most 
per/ect in the language ?) Celle ode a pour 
titre : The burial of sir John Moore, et 
commence par ces mot? : a Not a drum 
tvas heard, » etc., et finit par ceux-ci: 
« But we left him alone ivith his glory. » 
Publiée pour la première fois, en 181 7, 
dans un journal irlandais, son type fut un 
entrefilet de VEdinhurgh annual Register 



(1808), relatant la mort de sir John Moore, 
après la sanglante action de Corunna 
flndes anglaises), et son stoïque enterre- 
ment sur le sol même où il tomba : on 
l'ensevelit dans son manteau de guerre, erf 
une fosse creusée par les baïonnettes de 
ses soldats. 

Shelley considérait cette pièce, célèbre 
en Angleterre, comme un premier jet de 
Campbell. Cependant, elle a été générale- 
ment attribuée à Ch. Wolfe (179 1-182 3). 
En 1841, cette ode fut réclamée par un 

Erofesseur écossais, qui voulut s'en attri- 
uer la gloire; mais cette revendication 
fut vivement combattue par les amis de 
Wolfe, mort à la 'fleur dej'âge, et le pla- 
giat fut constaté à la honte du réclamant: 
Dans les fragments de Wolfe, publiés à là 
suite d'une vie de ce poëte, par Tarchi- 
doyen Russell, cette oae est citée à l'actif 
de Wolfe. On la trouve aussi dans Ch. Pé- 
risse, les Poè'tes anglais. Paris, 1839, 
p. 16, et dans Robert Chambers, Cyclo- 
pedia of English littérature^ a. vqI. m -4®, 
t. II, p. 370. La question de paternité a 
déjà été agitée en Angleterre, et tout ré- 
cemment encore. 

Or, il m'est tombé entre les mains quel- 
ques strophes sur la mort du comte bre-r 
ton de Beaumanoir, tué, en 1749, à la dé- 
fense de PondichérVy contre les Anglais 
commandés par sir JSyre Coote, strophes 
qui sont, une traduction rigoureusement 
exacte de la fameuse ode de Wolfe. Tra-r 
duttore tradittore? Est-ce l'original 
français de 1740 que le poè'te anglais s'est 
approprié en 1817? D'aprèg une note en 
tête de ces strophes françaises, ce petit 
poëme se trouverait dans. 1 appendice, à la 
Vie du comte de Lally-Toflendal, écrite 
par son fils, 179U (Ce sont probablement 
les Lettres à Edmond Burke.) 
. L'imitation est flagrante, vers pour vers, 
strophe pour strophe; l'une est le calque 
de 1 autre : les deux odes, ou plutôt leur 
pensée créatrice, n'ont pu jaillir à la fois 
de deux cerveaux séparés par la Manche. 
Il faut ajouter que la copie (?) de Wolfe, 
sur Moore, est plus belle que l'original (?) 
français, sur Beaumanoir. Cette dernière 
pièce commence ainsi : 

Ni le son du tambour, ni la marche funèbre... 

et la 8® et dernière strophe se termine par 
ce vers : 

Le laissant seul avec sa renommée. 

Remontez aux sources, ô mes coabon- 
nés, et puissiez-vous apaiser, par vos in- 
telligentes et obligeantes recherches, la 
soif que j'éprouve de trouver la solution 
vraie de cet irritant problème!... 

Acheté. 

ITnn bracelet qui semble bien apocry- 
phe. — D'autres que Vittorio Siri {Mémo- 



N» 119.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



695 



696 



rie reconditey t. VII) ont-ils écrit que ce 
qui causa la mort du duc Henry de Mont- 
morency, décapité à Toulouse le 3o octo- 
bre i632, ce fut la découverte d'un brace- 
let de diamants au milieu duquel était le 
portrait d'Anne d'Autriche , bracelet 
trouvé sur le héros quand il fut fait pri- 
sonnier à Casielnaudary ? Si Vittorio Siri, 
le suspect anecdotier, est seul à parler du 
bracelet de diamants qui rendit l'époux 
inflexible là où le roi eût pardonné, n'a- 
t-on pas le droit de voir du/âu;r dans tout 
ceci? Yezimàt. 

Tout est dans Bayle ; il ne s'agit qne de 
l'en tirer. — De qui est ce mot? M. Sainte- 
Beuve {Pori'Royal, 3« édition, tome II, 
f)age 384, note i) déclare qu'il ne sait qui 
'a dit. « Mais, ajoute-t-il, ce n'est pas le 
comte de Maistre, comme l'a cru M. 
Sayous. » T. de L. 

« Ultima ratio règum. » — Lorsqu'on ar- 
rive sur la plate-forme du rocher de Mo- 
naco, la première chose que Ton rencon- 
tre, en avant du château du prince, c'est 
(qui le croirait?), d'un côté, Quelques piles 
de boulets, de l'autre, quelque sept ou 
huit canons de bronze, nonchalamment 
couchés à terre, sans affûts, ainsi que des 
lézards sans pattes. L'un d'eux porte cette 
inscription coulée et ciselée en saillie : 
Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu, 
duc d'Aumale, Puis les armes de France, 
et au-dessous : Nec pluribus impar. Et 
au-dessous : le Robuste. Ultima ratio 
REGUM. Autour de' la culasse, ornée de 
deux dauphins, on lit encore : Le 24* nov,.. 
(le reste est caché par le chapeau de bois 
qui couvre la lumière)... desjontes de Var^ 
tillerie. 

Voilà où se trouve nichée aujourd'hui 
cette vieille ultima ratio reguml... Mais, 
dites-moi, d'où vient-elle, cette vieille for- 
mule-là, — très-vraie, d'ailleurs? 

_ S. D. 

tt Ubi bene, nemo melius. Ubi maie, nemo 
pejus. » — Quel est le premier qui a si bien 
apprécié ainsi l'inégal génie d'Origène? 

Yezimat. 



Cantates et chants politiques en 1814 
et 1815, en l'honneur des Bourbons.— La 

rentrée des Bourbons et la chute définitive 
de «l'usurpateur », ont dû provoquer des 
manifestations lyriques analogues à celles 
dont les échos de la Corse retentissaient 
naguère lors de la visite du prince impé- 
rial au berceau de sa dynastie. Dans 1 in- 
térêt d'une publication sérieuse, on de- 
mande, soit l'indication bibliographique 
des cantates officielles ou spontanées, 
écloses sur le passage des Lis, soit la com - 



munication de celles de ces pièces qui 
seraient restées inédites. Celle qui suit, 
dont cinq couplets m'ont été communiqués 
et qui commence ainsi : 

Honneur à notre ancienne France, 
Gloire aux mœurs de nos bons aïeux ! 
Pour nous quel jour délicieux ! 
L*empire des lis recommence. 
^ Amis ! livrons- nous tout entiers 
Au noble transport de notre âme, 
Vive le Roi, vive Madame ! Etc. 

est -elle inédite, ainsi que cette autre 
pièce, chantée au château de Curis (Lyon- 
nais) en 18 14: 

Vive Louis, c'est le roi des Français. 

A tous les cœurs son nom rend respérance! 

Cz. 



Deux statues au mnsée de Tonlonse. - 

Lors de l'assassinat du duc et du cardinal 
de Guise en i588, les habitants de Tou- 
louse, zélés ligueurs, firent célébrer de 
magnifiques services religieux. Pour en 
augmenter l'éclat, ils commandèrent à un 
habile artiste les statues de ces deux héros 
de la révolte et du fanatisme. A la Révolu- 
tion, on crut devoir conserver ces sculp- 
tures et elles furent déposées au musée de 
la ville. Une personne qui a habité Tou- 
louse et qui aurait voulu les dessiner, m'a 
dit qu'elle n'avait pas pu les trouver dans 
cet établissement, il serait désirable d'être 
fixé sur le sort de ces statues ; un lecteur 
de V Intermédiaire aurait-il quelques ren- 
seignements? A. Benoit. 

Anéroïde. — Quel est l'inventeur de ce 
mot ? Quel est le sens exact de cet adjec- 
tif composé, qualificatif du baromètre mé- 
tallique? 

(Èourges.) X. Z. 

Les préfets «àpoignen. — Sait-on quel 
est l'écrivain ou l'homme d'Etat, qui, le pre- 
mier, mit en circulation cette heureuse 
expression, passée désormais à l'état de 
cliché y dans tous les journaux de la presse 
indépendante, et qui peint , — si claire- 
ment, et si complètement, en deux mots, 
— le zèle déployé par nos Majestés dépar- 
tementales, lors des dernières élections? 

Ulric. 



Actes de légitimation, par des évé- 
qneSy de bâtards de prêtres. -* Pourrait- 
on en indiauer des textes complets, par 
exemple celui dont on trouve l'analyse 
suivante , à la Bibliothèque Imoériale 
(départ, des manuscrits), dans la collection 
Housseau, n» ^.SoS : 

« i554, II décembre. —Gabriel Bou- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



697 



698 



[10 déc i86q. 



« 

« 
a 
ce 
a 



very, évêque d'Angers, donne des lettres 
de légitimation à Armagille de Faye, 
pour entrer dans les ordres, 
tt II était né d'un prêtre et d'une fille. 
L*évêque motive cette faveur sur ce qu'il 
sait, par témoins dignes de foi, que ledit 
Armagille de Faye nec fuerit nec sitpa- 
ternœ incontinentiœ imitator. » 

Des R. B. 



Deux inscriptions énigmatiques. — En 

visitant, il y a deux ans, le château de 
Saint-Germain, mon attention fut attirée 
par les deux sentences ci-dessous, peintes 
en noir sur fond blanc, de chaque côté de 
la principale entrée du château, à la façon 
de deux affiches municipales annonçant 
une vente de matériaux : 

a C'est avec justice que tu éprouves des 
tourments intérieurs, puisque tu aimes 
mieux remettre à demain à devenir bon 
que de l'être aujourd'hui. » 

« Il est ridicule que tu ne veuilles pas te 
dérober à tes mauvais penchants, ce qui 
est très-possible, et que tu prétendes échap- 
per à ceux des autres , ce qui ne se peut 
pas. » 

De quel sage sont ces pensées, et pour- 
quoi ont-elles été si singulièrement pla- 
cardées à cet endroit? Ont- elles quelque 
rapport avec le manoir royal-impérial en 
lui-même, ou bien est-ce simplement une 
leçon pour ses hôtes et ses visiteurs ? 

J. Mt. 



Un martyr de la liberté de la presse. — 
Une publication estimable, la Revue des 
Questions historiques, mentionne (octo- 
bre 1869, p. 640), d'après le Calendar of 
State Papers, édité par M. John Bruce, les 
poursuites dirigées contre un malheureux, 
nommé Pickermg, qui, ayant écrit contre 
Charles I«', fut mis au pilori, fut fouetté, 
fut marqué d'un fer rouge, eut les deux 
oreilles coupées, la langue percée, et fina- 
lement fut condamné à une prison per- 
pétuelle. M'occupant de quelques recher- 
ches sur les auteurs brûlés, pendus, et 
plus ou moins suppliciés, je serais heu- 
reux de connaître le titre de récrit qui pro- 
voqua une répression aussi sévère. J'ai 
' vainement consulté les articles Pickering 
et Charles /»»■ dans le Manuel de Lowndes, 
ce précieux répertoire de la bibliographie 
anglaise, livre dont l'équivalent nous man- 
que en France, car le manuel du Libraire 
ne s'occupe que des livres rares et pré- 
cieux, tandis que la France littéraire de 
Quérard ne remonte pas au delà de 1700, 
et voulant faire connaître tout ce qui a 
été imprimé depuis cette époque, enregis- 
tre inévitablement une multitude de pro- 
ductions dépourvues de tout intérêt. 

3. G. 



090 r 

Le premier suicidé. — Saurait-on, par 
impossible, quel a été le premier suicidé 
en France et en Europe, et à quelle épo- 
que? D^ Lejeune. 



Mort de Loois XVI. Santerre. Bean- 
franchet d'Ayat. — Lors de l'exécution de 
l'infortuné roi Louis XVI, d'où est parti 
l'ordre d'exécuter un roulement de tam- 
bour ? Faut-il imputer cet ordre au bras- 
seur Santerre, ou, comme on l'a dit ail- 
leurs, au parent de Desaix, à Beaufranchet 
d'Ayat ? 

(Clermont-Ferrand.) Francisque M. 



Lieu de naissance de Cabanis. — La Bio- 
graphie Didot, le Grand Dictionnaire de 
Larousse et la Statistique de la Char." 
Infér, (i83o) font naître ce célèbre physio- 
logiste à Cônac, départ, de la Charente- 
Infér. Les Dictionnaires de Biographie de 
Bouillet et de Dezobry placent le lieu de 
sa naissance à Cosnac, aépart. de la Cor- 
rèze. M. Rainguet, dans sa Biogr. Sain- 
ton g. y ne le mentionné pas. 

Où est la vérité? Ad. Bouyer. 



Jean de Gondé. — Je possède un manu- 
scrit gothique sur parchemin de format 
in- 12, dont voici le titre exact : Le Juge- 
ment des Chanoinesses et des Bernar- 
dinnes par devant la cour de Vénus, par 
Jean de Condée (sic), bachelier pauvre 
mais amoureux, i5oo. 

M. O. D. ayant cité ce nom de Jehan 
de Condé dans le dernier numéro (V, 644), 
me permet-il de lui demander, de même 
qu'à tout autre érudit, quel est ce person- 
nage? A-t-on publié ses œuvres, et en quel 
temps? Quel est son pays? J'ai interrogé 
vainement diverses biographies, et Brunet 
n'en dit mot. L. G. 



Bergeron, Laml)erdière,Laaron.— Quels 
détails pourrait-on donner sur Pierre Ber- 
geron, « conseiller du roy, et refFérendaire 
en sa chancellerie de Paris, » Lamberdière 
et Jean Lauron, « advocat à Chateauroux, » 
auteurs de stances et sonnets sur la Se- 
maine de P. de Saluste, sieur du Bartas, 
stances et sonnetsque Ton trouvera en tête 
de l'édition des (Èuvres complètes de ce 
poète (Paris, in-fol., i6u). T. de L. 



Bibliothèqne dn prince de Sonbise. — Il 

existe un Catalogue de cette importante 
bibliothèque, de 8,3o2 numéros, 64.3 pages 
de texte et 100 pages de table alphabétique, 
et encore l'avertissement prévient- il les 
amateurs que le teoips n'a pas permis de 
ifaire figurer au catalogue bon nombre de 



N» 119J 



L'INTERMEDIAIRE 



699 



700 — 



livres. Voici le titre exact de ce volume : 
Catalogue des livres imprimés et manu- 
scrits de la bibliothèque de feu Monsei- 
gneur le prince de Soubise, maréchal de 
France, dont la vente sera indiquée par 
affiches au mois de janvier 1789. A Paris, 
cnez Leclerc, libraire, quai des Auguslins, 
MDCCLXXXVIII. — A quelle époque fut 
vendue cette bibliothèque? Les enchères 
eurent-elles lieu avant la Révolution, ou 
bien les événenaents empêchèrent-ils de 
procéder à la vente. Dans ce dernier cas, 
quand aurait été dispersée cette précieuse 
collection? ' S. Y. 



Poètes anonymes à rechercher. — Les 

amateurs de productions légères et badi- 
nes connaissent un recueil in-i&, imprimé 
en 1789, sous la rubrique de Londres, avec 
le titre de Cantiques et Pots -Pourris. On 
y trouve le cantique de Suzanne, celui de 
Judith, celui d'Agnès Sorel et quelques au- 
tres. Quel est Tauteur ou quels sont les 
auteurs de ces vers? Le Dictionnaire des 
Anonymes de Barbier est muet à cet 
égard. Le Manuel du Libraire à jugé ce vo- 
lume digne d'être mentionné ; mais il est 
également ^muet sur la question de savoir 
à qui il faut l'attribuer. 
(Marseille.) A, S. 



Tonchard-LafOBse. — Quelque lecteur 
de V Intermédiaire pourrait-ii me citer un 
dictionnaire ou une brochure contenant la 
biographie de Touchard-Lafosse? 

D' Le Jeune. 



Les Poésies d'Edouard Foumier. — 

M. Edouard Fournier, l'érudit bibliophile, 
a-t-il réuni en volume de bibh'othèque les 
Poésies disséminées par lui dans divers re- 
cueils de littérature, et les Romances pu- 
bliées sous son nom chez les grands édi- 
teurs de musique ; Othello. Prière de 
Desdernona^ (mus. de Rossini); — Pauvre 
Tom, mélodie, (musiq. de Caspers); — 
VElisire d'Amore, cavatine, (musiq. de 
ponizetti), etc.? — Ulric. 



« Martin Luther, » drame de L. Halévy 

(V, 437 et 171, 108, 33), — C'est avec un 
plaisir extrême que je lis dans la chronique 
du journal le Temps, du lundi i«' novem- 
bre 1869, publiée sous la signature de 
Ch. Du Douzet, la nouvelle suivante, dont 
le résultat fait honneur à l'Intermédiaire, 
et prouve, une fois de plus, que cette chère 



petite feuille est bonne à quelque chose : 
« La censure semble, elle aussi, vouloir 
se donner un vernis de libéralisme. 

tt Elle a rendu la liberté à la pièce de 
M. Th. Barrière, Malheur aux vaincus! 
Elle vient encore de lever l'interdit mis 
depuis longtemps sur le Luther en vers de 
M. LÉON Halévy, subordonnant seule- 
ment la représentation de ce drame à la 
fin du concile de Rome. La précaution 
n'est peut-être pas inutile, car si Luther 
était joué au Théâtre- Français, qui l'a 
reçu, et si le rôle du principal personnage 
était joué par Beauvallet, le bruit en re- 
tentirait certainement jusqu'à Rome. » 

Ulric. 



Quelques-uns des Jeux de nos ancêtres 
(V,.466). — M. B. C. admettra-t-il parmi 
les jeux dont il cherche l'histoire, celui-ci, 
dont je trouve la mention dans les notes 
d'une édition des Proverbes de Carmon- 
telle? « Ce que dit Athénée des anciens 
Thraces est incroyable. Seleucus, dit-il, 
avait remarqué que quelques-uns des Thra- 
ces jouaient à un certain jeu qu'on appe- 
lait le Jeu du pendu. On attachait dans un 
lieu élevé une corde sous laquelle on met- 
tait perpendiculairement un caillou rond 
et uni. Après avoir choisi par le sort celui 
qui devait être Tacteur, on le faisait mon- 
ter sur le caillou, armé d'une faux. Il était 
obligé de se mettre lui-même la corde au 
cou, pendant qu'un autre ôtait adroite- 
ment la pierre; si celui qui demeurait sus- 
pendu n avait pas le bonheur ou l'adresse 
de couper à l'instant la corde avec la faux 
qu'il tenait des deux mains, il était étran- 
glé, et périssait au milieu des risées de tous 
les spectateurs, qui se moquaient de lui 
comme d'un maladroit. » O, D. 



Culhat.— Trintinhac(V, 53o).— M. Fr. 
Mége aurait pu remarquer, puisqu'il est à 
Ciermont (que je suppose à' Auvergne), 
que les Auvergnats qui prononcent pure- 
ment le patois ne disent pas Culliat, en 
détachant Cul iaty mais bien CuLLat en 
mouillant. De même pour Trintiniac, qu'ils 
prononcent bien empâté : Trintignac» Au 
reste, il est à remarquer que partout les 
signes étymologiques des mots tendent à 
disparaître par T'influence dfes instituteurs 
sur les enfants. Est-ce un bien ? Pour la 
langue courante, oui ; ma'is c'est un mal 
pour l'archéologie. Nous voyons chaque 
jour s'effacer les traces encor'es vives, il y 
a trente ans, du langage et de la pronon- 
ciation de nos provinces. 

Toutes les langues d'origine latine ont 
cette prononciation mouillée pour le LN 
{li antique) et pour le GN {ni antique). Le 
portugais surtout a conservé dans toute 
sa pureté cette manière de prononcer; il 
donne même cet empâtement de la pro- 



V 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[iodée 1869. 



701 



702 



nonciation auvergnate, et c'est ce qui le 
distingue de Tespagnol. Ainsi, en portugais 
on écrit : senhor^ senhora, saldanha, qui 
se prononcent : sengnovy sengnora^ sal- 
dagna. En espagnol, le tilde fait l'effet de 
\h en portugais et on écrit : senor, senora 
et saldàna^ qui se prononcent : ségnor, 
ségnorûy etc.: c'est-à-dire avec moins d'em- 
pâtement dans la liaison dçs deux pre- 
mières syllabes. Dans l'ancienne langue on 
écrivait : senior, senior a etsaldania. En ita- 
lien on a signore et signora, en français 
seigneur, qui ont la même origine, et il 
est à croire que la prononciation était la 
même, quoique la forme ni fût employée 
partout. En catalan et en valencien, dia" 
lectes romans qui se rapprochent beaucoup 
de l'auvergnat et du limousin (le valencien 
* se nomme la lengua lemosina ou simple- 
ment el lemosin), il existe aussi des formes 
de prononciation plus singulières pour 
nous : Tristany, Company, se prononcent 
Tristagn' tt Compagn'^. Ce qui n'empê- 
chait pas d'écrire toujours en suivant l'an- 
cienne orthographe latine ou romane. Mais 
ce travail continuel de l'enseignement qui 
tend à unifier Torthographe et la pronon- 
ciation des mots, et à représenter exacte- 
ment le son par les lettres, effaçait, à l'épo- 
que de la Renaissance comme aujourd'hui, 
les signes de l'origine et de l'étymologie, 
et en même temps amenait le paysan, qui 
parlait mais n^écrivait pas, à modifier sa 
prononciation.. C'est ainsi que les diffé- 
rents dialectes de la grande langue latine 
se sont corrompus en passant par diffé- 
rentes bouches et différentes piumes, et 
que des mots identiquement les mêmes 
ont pris des apparences toutes dissembla- 
blés. 

Il n'y a qu'à faire prononcer ces mots à 
un Auvergnat de la montagne, et on recon- 
naîtra quil prononce toujours iesLiV et les 
iVjff, comme un Portugais de ÏAlemtejo. 
(Mende.) D. Nargel. 

— Indépendamment de sa valeur pro- 
pre qui est d'indiquer l'aspiration, la lettre 
H est employée par diverses langues mo- 
dernes, avec une valeur toute de conven- 
tion, dans certaines combinaisons desti- 
nées à exprimer des sons pour lesqmels 
l'alphabet n'a pas de signe particulier. Tels 
sont les groupes CH en français, S H en 
anglais, SCH en allemand, qui représen- 
tent la sifflante chuintante; -* CH en es- 
pagnol, qui désigne la palatale forte, etc< 
De même le dialecte auvergnat, ainsi que 
plusieurs autres idiomes du midi, se sert 
des combinaisons LH, NH, pour noter les 
sons mouillés des consonnes L et N que 
nous écrivons en français ILLou IL (bou* 
teille, œil) et GN (seigneur). La même 
notation a été adoptée par le portugais, 
olho, senhor (prononcez oillo, segnor). 

DiCASTÈS. 



Année de la mort âe Marin Gnrean de 
la Chambre (V, 566). - Voici ce que dit 
sur ce médecin-littérateur, M Jal, dans 
son Dictionnaire critique : « Né au Mans, 
dit-on, médecin et client lettré de P. Sé- 
euier, Marin Cureau de la Chambre, que 
le Dictionnaire universel de Bouillet 
nomme Martin Cureau, entra à l'Académie 
française en i635, par la grâce de son 
patron et de l'aveu du cardinal de Riche- 
lieu; en 1666, par ordre de Louis XIV, 
dont il était un des médecins les plus inti- 
mement consultés, il fut admis à l'Aca- 
démie des sciences. En 1640 ou un peu 
avant, il se maria et eut de Marie Duchesne 
un fils, qui fut nommé Pierre, le 21 dé- 
cembre 1640, par Pierre Séguier, chance- 
lier de France, et par Marie Séguier, femme 
de M«» César de Combout, marquis de 
Coaslin (sic), colonel-général des Suisses 
(St-Eust.). Marin Cureau demeurait alors 
rue de Grenelle-Saint-Honoré. Il eut un 
autre fils, dont je n'ai pas vu le baptlstaire, 
François de la Chambre, qui, le 7 mars 
1670, « ancien médecin ordinaire de la 
« reine et des enfants de France, » fut 
nommé « médecin ordinaire du roi en l'ab- 
j a sence du premier médecin, » et trois 
jours après (10 mars), a médecin ordinaire 
« des bastiments pour avoir soin de tous 
« les officiers, servans et employés en l'Es- 
« tat. » (Bibl. imp. MS. S. F. 2771- 1, 
p. 121 et i33.) Le 3i juillet 1671, Fran- 
çois Cureau eut le brevet de a détnonstra- 
(( teur-opérateur de l'intérieur des plantes 
tt médicixiales au Jardin du roy, à la place 
a de Marin Cureau de la Chambre, son 
« père, pourveu de cette charge en 1669 
« et récemment décédé. »j(MS. S. F. 2771- 
2, p. 314.) Marin Cureau de la Chamore, 
que le brevet du 3i juillet 1671, dit « ré- 
« cemment décédé, » était mort rue de 
Grenelle, le 29 décembre 1669 (St-Eust.). 
L'acte de 3on inhumation fut signé : « Pierre 
« Cureau de la Chambre, » La Chambre 
(c'est François), B. Halle de Fontenillc. » 

Moréri, dans la liste des académiciens, 
dit aussi que Marin Cureau de la Cham- 
bre, élu en i635, est mort en 1669. Dans 
l'article qu'il lui consacre, il le fait mourir 
le 25 novembre 1669, dans sa soixante- 
quinzième année. Les registres de Saint- 
Eustache rectifient son erreur, auant au 
mois; mais l'année 1669 est hors de doute. 

L'ouvrage le plus connu de ce savant 
médecin est : Les Caractères des passions, 
Moréri en cite plusieurs autres. 

Si, d'après Moréri, Marin Cureau de la 
Chambre n'avait pas soixante et quinze ans 
révolus, en décembre 1669, il était né en 
1695. Si, d'après son épitaphe, il avait 
soixante et qumze ans, il était né à la fin de 
1694. E. G. P. 

— On demande pourquoi la Nouvelle 
Biographie générale fait mourir Marin 
Cureau de la Chambre en 1675, tandis que 



1 



N« 119.] 



L'INTERMÉDIAIRE 



703 



704 



le Moréri fixe la date du 29 novembre 
1669. L'extrait ci-joint des registres de 
la marguilleriede la paroisse de Saint-Eus- 
tache tranche la question, en redressant 
une nouvelle erreur de la Biographie : 

a Du samedi 3o novembre 1669. Convoi 
du chœur de 42 (^prêtres), le service le len- 
demain, général assistance de Monsieur le 
Curé, six vrestres porteurs^ plomb pour 
deffunty messire Marin Cureau de la 
Chambre, conseiller du roy en ses conseils 
d^ Estât, médecin ordinaire de Sa Majesté, 
de Monsieur le chancelier et de la grande 
chancellerie de France, demeurant rue 
de Grenelle y a été inhumé dans notre 
église. » 

En marge de cet acte se trouvent ces 
deux mentions : « Messieurs Paysant et 
Leroux ont veillé un jour, » — « Refu 
232 livres 12 sols » pour les frais desdits 
convoi, service et inhumation. 

M. Jal a d'ailleurs relevé le premier 
l'erreur, dans son Dictionnaire, en visant 
Tacte Qu'il a trouvé dans le registre des 
décès ae Saint- Eustache^ acte signé des 
témoins. J*ai pensé c]u'il n'était pas inutile 
de donner là mention plus complète du 
registre de la marguillerie, à cause des 
diverses indications, — veillée des prestres 
et prix, — qu'elle renferme. 

G. Saint-Joanny. 



Gnillanme Rebonl (V, 568). — Son nom 
est omis, il est vrai, dans la Biographie 
universelle y mais on le trouve dans une 
biographie locale, VHistoire littéraire de 
Nîmes, et des localités voisines quiforment 
actuellement le département du Gard, par 
Michel Nicolas (docteur en théologie, et 

Professeur de philosophie à la faculté de 
lontauban). Cet ouvrage, en trois vo- 
lumes, publiés en 1854 a Nîmes, est la re- 
production amplifiée d une série d'articles 
qui avaient paru, les années précédentes, 
en feuilleton, dans le Courrier du Gard, 
Par cette raison, il est écrit un peu au 
courant de la plume; et son auteur, plus 
préoccupé de ses profonds travaux sur des 
matières théologiques, n'y a pas attaché, 
dans le principe, une grande importance. 
Il n'en renferme pas moins de très-nom- 
breux et très-intéressants documents sur 
les écrivains de l'ancien Nemosez, et mé- 
riterait d'être plus répandu en dehors des 
étroites limites de ce petit pays. 

(Nîmes.) Ch. L. 

— Je ne peux que conseiller à M. L. D. 
de consulter sur ce personnage le VIII« vo- 
lume de la France protestante des frères 
Haag^ pages 395, 3p6. Il trouvera là des 
renseignements qu'il serait trop long de 
transcrire ici. La Biographie Didot sous 
la direction de M. Hœfer en parle égale- 
ment, mais elle ne fait aue reproduire 
Haag; elle ajoute cependant en note, 



ï 



u'on trouve des détails sur Reboul dans 
e Duchat, Remarques sur la Confession 
de Sancy, t. II, chap. 6, pag. 370-378.— 
Pr. Marchand, Dictionnaire historique^ 
pages 160-162. — Lestoile, Journal dit 
Henri IV. D. Charruaud. 



Etymologie d*amasone (V, 569).— -Dans 
le 2« livre de Diodore de Sicile, n» 53 — 
on lit : tt Si l'enfant est une fille, on lui brûle 
o les mamelles, afin d'empêcher ces organes 
tt de se développer par suite de l'âge ; car 
a des mamelles saillantes seraient incom- 
a modes pour l'exercice guerrier ; c'est ce 
« qui explique le nom d'amazones que les 
« Grecs leuront donné.» (Traduction d'Hoe- 
fer.) — Déjà, dans le même livre, n*> 46, il 
était dit : « Elles brûlaient la mamelle droite 
a aux filles, afin que la proéminence du sein 
« ne les gênât pas dans les combats. C'est 
« pour cette dernière raison qu'on leur 
o donna le nom d'amazones. » 

Dans une note relative à ce texte, le tra- 
ducteur ajoute : « 'A(JLiÇovo(;^ sans ma- 
« melles. Suivant Otrokoski(Orî^fn.-fl'«n- 
c gar.y t. II, c. 14), le mot amazone vient 
a aam* a^^çon, qui signifie femme robuste 
« dans quelques dialectes si avons. » 

J'avoue que je m'en rapporterais plus 
volontiers à Diodore de Sicile pour l'éty- 
mologie d'un mot grec. Quoi qu'il en soit, 
ce serait un singulier rapport entre les deux 
langues. E. G. P. 

Le général Dagobert (V, 584, 5o5). — 
Ne demandons rien aux biographes de 
profession, et pour cause... mais ouvrons 
les Annuaires des ci -devant satellites de 
nos anciens tyrans, qualifiés chacun Etat 
militaire de laFrance, par de Roussel, etc. : 
c'est une lecture que je recommande aux 
patriotes bien intentionnés, en quête d'il- 
lustrations plus guerrières que révolution- 
naires. 

Poursuivons : Etat militaire de 1786, 
régiment royal -italien, en garnison à Tou- 
lon : Dagobert, premier capitaine com- 
mandant, chevalier de Saint- Louis; — 
Etat militaire de 1 792 : Dagobert de Fon- 
tenille, chevalier de" Saint- Louis, 2* lieu- 
tenant-colonel (nromotion du 8 mars 1789) 
aux ci-devant chasseurs royaux du Dau- 
phiné, en garnison à Romans, devenus 
2« bataillon d'infanterie légère par règle- 
ment du !•«' avril 1791. — Remarquons, 
en passant , que Dagobert , Moncey , Du- 
merbion, Masséna, n'étaient ni mal notés 
ni mal en cour; car, en langage de 1788 
et 1789, on disait : la mode est aux chas- 
seurs! — Remarquons enfin que Masséna, 
lieutenant, était même chevalier de Saint- 
Louis. 

J'ai connu, es années 1843- 1844, une 
très-aimable femme d'esprit, Marie-Julie 
Dagobert de Fontenille, mariée à Jacques- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



7o5 



[iodée 1869. 



706 - 



Michel- François, baron Achard, déjà gé- 
néral sous le premier empire j et Tun de 
nos plus vigoureux divisionnaires. Le gé- 
néral Achard, grand-croix de la légion 
d*honneur, chevalier de Saint- Louis, séna- 
teur du second empire, est mort à l'âge 
de quatre-vingt-six ans, à Paris, tout criblé 
de blessures qu'il eût été dans le cours de 
sa glorieuse carrière, le 6 janvier i865 ; — 
remarié, toutefois, depuis le 17 octobre 
i863, à Madame veuve Eyckholt. 

M. Frédéric Lock peut m'accorder, après 
tout ceci, que le second empire n'avait 
aucune raison... politique, pour refuser à 
Tune des rues du nouveau Paris le nom de 
Dagobert? — et je lui certifie que j'ai vu 
de mes yeux le futur maréchal de Saint- 
Arnaud, frais lieutenant-colonel, en habi- 
tuelle compagnie des partenaires du géné- 
ral Achard, au whist officiel. (F. les lettres 
du maréchal Saint-Arna\id,) En somme, 
il y avait place pour les noms de Saint- 
Arnaud et de Dagobert dans le Paris de 
nos modernes ...édiles {vieux style); mais 
ils ont craint, — avec raison, je pense, — 
que les électeurs du quartier ne confon- 
dissent le général de la république avec le 
royal ami de Saint-Eloi. Les bacheliers 
du boulevard, section des utilitaires, ont 
bien demandé, avec quatre points d'in- 
terrogation : Qu'est-ce qui connaît Béli- 
dor???? H. DE S. 



Endetté comme nn boucher (V, 594). 
— Cette locution me paraît si singulière 
que, jusqu'à renseignement contraire, je 
croirai qu'elle ne peut être que bornée à 
une seule localité et qu elle fait allusion à 
quelque fait particulier. Je comprendrais 
mieux : endetté comme une pratique de 
boucher ; surtout dans le midi, où l'on est, 
dit-on, plus sobre que dans le nord, man- 
ger habituellement de la viande a pu pa- 
raître une habitude ruineuse; et je trouve 
à ce sujet, dans un livre dont la paternité 
est douteuse entre Mézeray et le cardinal 
de Richelieu (Histoire de la mère et du 
fils), une anecdote qui pourra paraître cu- 
rieuse, étant arrivée aux parents d un 
homme qui a été quelque peu roi de 
France. Ce livre attribue sans doute une 
fort piètre origine au connétable de Luines; 
mais il convient cependant que son père 
était gouverneur de la ville du Pont-Saint- 
Esprit, et ce fut dans son gouvernement 
même que l'aventure aurait eu lieu. « Il 
leur fallut quitter le Pont -Saint- Esprit, 
pour ce que sa femme devant beaucoup 
à un boucher qui les fournissoit, ayant un 
jour envoyé pour continuer à y prendre 
sa provision, le boucher ne se contenta 
pas de la refuser simplement, mais le fit 
avec telle insolence, qu'il lui manda que, 
n'ayant jusques alors reçu aucun payement 
de la viande qu'il lui avoit vendue, il n'en 
avoit plus qu'une pièce à son service, dont 



se conservant la propriété il lui donneroit 
si bon lui sembloit, l'usage sans en rien de- 
mander. Cette femme hautaine et coura- 
geuse reçut cette injure avec tant d'indi- 
gnation, qu'elle alla tuer celui de qui elle 
Pavoit reçue, en pleine boucherie, de qua- 
tre ou cinq coups de poignard. Après quoi 
ils se retirèrent à Tarascon. » O. D. 

— J'ai entendu souvent cette expression 
dans les départements de la Sarthe et de 
l'Orne, elle n'est donc pas propre à la ville 
de Nîmes. (Versailles.) R. de S. 



Henri VII a-t-il été empoisonné au 
moyen de la communion? (V, 595.) — Il 
n'est d'historien si sérieux qui sur une pa- 
reille question puisse être accepté par ceux 
dont sa décision contrarie les tendances, 
et entre les assertions contraires des Guel- 
fes et des Gibelins, le doute subsistera au- 
jourd'hui comme à l'époque même de la 
mort de Henri VIL Mais je voudrais pou- 
voir me rappeler où j'ai vu manifester une 
idée applicable à ce sujet, et trop curieuse 
pour être passée sous silence. C'est qu'on 
a pu, au moyen âge, mêler du poison à 
l'hostie ou au vin consacré, avec une in- 
tention pure et la ferme conviction que, si 
le communiant était en état de grâce, il 
n'éprouverait aucun mal. Si bizarre qu'une 
pareille croyance doive nous paraître au- 
jourd'hui, je pense qu'il ne faut pas nier 
trop vite qu'elle ait pu exister alors. Ce 
n'eût été qu'une forme du jugement de 
Dieu, et elle n'aurait eu rien de plus mira- 
culeux que l'épreuve du fer chaud. Aussi, 
des voyageurs ont raconté avoir trouvé 
l'ordalie ou poison en usage dans plusieurs 
pays barbares, et peut-être est-il permis 
de l'entrevoir dans l'épreuve des eaux- 
amères prescrite au chapitre V des Nom- 
bres, pour connaître 1 innocence ou la 
culpabilité des femmes soupçonnées d'adul- 
tère. O. D. 



Robert d'Ârbrissel (V, 569). — La Bio- 
graphie Hœfer, au mot Arbrissel, signale 
un fait qui montrerait combien il est dif- 
ficile de résoudre de semblables questions. 
« La lettre si accablante de l'évêque Mar- 
bode disparut plus tard du manuscrit ou 
l'avait vue le père Sirmond. Suivant Mé- 
nage, cette soustraction fut faite à la 
prière de Jeanne de Bourbon, légitimée 
de France, abbesse de Fontevrault. » Cette 
lettre de l'évêque de Rennes, Marbode, 
parlait de bien d'autres choses que de l'im- 
prudente épreuve du lit partage par deux 
femmes. « Taceo de juvenculis, quas sine 
examine religionem professas muta ta veste 
per diversas cellulas protinus inclusisti. 
Hujus igitur facti temeritatem miserabilis 
exitus probat. Alias enim, urgente partu, 
fractis ergastulis elapsae sunt : aliae in ipsis 



JN» II9.Î 



L'INTERMÉDIAilU!: 



7^ 



708^ 



er^stttlis ^> epwgiyu t,i> Bayle dh su sirict 
de notre saint : « On a comparé à Taataïe, 
rhomme qui s'aviserait d'un çenre de mor- 
tification tel que celui que Ton impute à 
notre Robert. Cette comparaison ne paraît 
pas exacte: il souffrirait la faim et la soif au 
voisinage du remède; mais il ne serait pas 
certain que le remède se retirerait à mesure 
qu'on voudrait le joindre. » Bavle ne con- 
naissait pas le Prévôt d'Aquilée, fabliau 
dont Legrand d'Aussy a donné l'analyse 
et où il voit un souvenir de Robert d'Ar- 
brissel, sans se prononcer sur ce c^u*il faut 
croire ou ne pas croire du saint lui-même. 
(Boccace et La Fontaine lui doivent leur 
Diable en Enfer). Ce prévôt d'Aquilée est 
marié, mais lui et sa femme ont fait vœu de 
continence, et pour être sûrs de le garder, 
ils tiennent près de leur lit une grande 
cuve d eau bien froide, où la dame ne 
manque pas de faire tomber son mari, 
sitôt qu'il fait mine de transgresser le 
vœu. Robert ou ses nonnes auraient-ils 
aussi usé de ce procédé héroïque? Ces 
vœux de continence dans le mariage n'é- 
taient pas très-rares à cette époque, et il 
faut avouer qu'ils rendent moins invrai- 
semblable une macération qui n'en serait 
que le perfectionnement... s. g. d. g. 

O. D. 

— Je crois qu'il faut renoncer à prendre 
au sérieux le tait allégué par Geofiroi, ab- 
bé de Vendôme, par Marbode, évêque de 
Rennes, et par une lettre anonyme qu'on a 
attribué à Koscelin, que Robert d'Arbris- 
sel couchait entre deux religieuses pour 
s'habituer à résister aux tentations oe la 
chair. Le P. de la Mainferme, dans son 
Clipeus nascentis ordinis Fontebral- 
densis, a réfuté ces allégations. Ce qui me 
décide surtout à reearder tout cela comme 
pure calomnie de la part des ennemis de 
Robert, c'est le sentiment très-prononcé 
de Bayle, contre la vérité de ces imputa- 
tions. On connaît, du reste, les disposi- 
tions frondeuses de cet écrivain et les 
notes croustilleuses dont il a émaillé son 
Dictionnaire. L'occasion était bonne ici 
pour donner libre cours à sa verve, il n'y 
a du reste pas manqué dans les notes qui 
accompagnent l'article sur Robert; néan- 
moins Bayle partage l'avis du P. de la Main- 
ferme et nie, pour son propre compte, la 
réalité des faits imputés au fondateur de 
l'ordre de Fontevrault. Après cela, vous 
direz que l'opinion de Bayle ne peut four- 
nir qu'une présomption et non une 
preuve ? d'accord : mais je crois qu'il se- 
rait difficile de fournir d'autres arguments 
en faveur de l'accusation, que les lettres 
des ennemis de Robert d'Arbrissel. 

D. Ch. 

Une édition nonvelle de Vaperean (V, 

598). — Je répondrai moi-même à la ques- 
tion posée par l'impatience flatteuse du 



ooRcspoodant de Bordeaiix. Une qua- 
trième édition du Dictionnaire des Ùon- 
temparains est non-seulement en prépa- 
ration, mais en voie d* exécution, et très- 
avancée. L'auteur reconnaît le premier les 
lacunes successives d'un travail condamné 
à se refaire sans cesse. Il n'est pas étonné 
qu'on parle d'une liste de trois cents noms 
omis dans l'édition précédente ; car il aura 
lui-même introduit plus de six cents no- 
tices nouvelles dans la 4» édition, sans 
compter un nombre au moins aussi grand 
d'anciennes notices entièrement transfor- 
mées, par suite de l'importance acquise 
récemment par les personnages auxquels 
elles étaient consacrées. De plus, d'innom- 
brables modifications de détail, rectifica- 
tives ou complémentaires, auront été ap- 
portées d'un bout à l'autre de l'ouvrage, 
pour le tenir au courant des événements 
et des publications.' La bibliographie sur- 
tout aura été complétée. Plus de 25 à 
3o,ooo notes, recueillies au jour le jour, 
auront été mises en œuvre. Et toutefois, 
l'auteur recevra avec reconnaissance, jus- 
qu'au dernier moment, et emploiera, dans 
les limites du possible, toutes les commu- 
nications propres à augmenter l'exactitude, 
si précieuse dans un tel livre, m^\% si diffi- 
cile à obtenir. G. Vaperkau. 

— Avant qu'une édition nouvelle soit 

Ï>ubliée, M. C. A. pourra combler une des 
acunes signalées par lui, en recherchant, 
dans l'Etude suivante, la notice spéciale- 
ment consacrée aux œuvres de M. Mau- 
rice Sand : Le Berry aux Salons de pein- 
ture et les Artistes en Berry, depuis 
trente ans^ etc., par M. Richard- Desaix, 
p. 320 à 325. (Société du Berry, X« an- 
née, 1 862-1 863. Paris, in-8®, Nap. Chaix. 
édit.) Truth, 



Armoiries des prélats et des sénateurs 
(V, 600). — Aux termes du décret impé- 
rial du i^'mars 1808, les ministres, les sé- 
nateurs, les conseillers d'Etat à vie, les 
présidents du Corps législatif, les arche- 
vêques, avaient droit au titre de comte; 
mais ils devaient faire régulariser leur si- 
tuation en demandant à Ta chancellerie la 
délivrance de lettres patentes. Le décret 
indique, à la section III, le mode de déli- 
vrance, de publication et d'enregistrement 
de ces lettres. Elles devaient inaiquer no- 
tamment la forme et la couleur des^r- 
moiries et livrées accordées à l'impétrant. 

De nos jours, dans le silence de la loi 
de 18 58, le droit a été remplacé par l'u- 
sage, et les armoiries dont se parent les 
membres du Sénat et de l'épiscopat sont 
ce qu'on nomme dans la langue du blason 
des armoiries de dignité. Ceux de ces per- 
sonnages qui sont déjà en possession d'ar- 
moiries de famille se contentent d'ajouter 
à l^pr écu, des attributs (toque, mitre, man- 



DES CHERCHEURS ET CVRIEUX. 



[lo déc. 1^69» 



teau, etc.) en rapport avec le titre dont ils 
sont revêtus; ceux auxquels Iç destin a re- 
fusé des distinctions héréditaires s'offrent 
des armes de fantaisie dont l'étrangeté pro- 
cure souvent une douce gaieté aux justes 
quelque, peu experts en pareille matière. 

Joc'h d'Indret. 



Ambroise Paré était-il hugnenot? (V, 

606.) — J'ai sous les yeux un petit volume 
intitulé : The Lyfe ofthe most fcodly va- 
leant and noble capteine and maintener of 
the treur Christian religion in Fraunce, 
Jasper Colignie Shatilion , sometyme 
greate adrnirall of Fraunce. Translated 
oui of latin by (le nom est malheureuse- 
ment déchiré). Imprinted at London by 
Thomas Vautrollier, 1576. 

On y lit que, dans la nuit de l'exécrable 
massacre de la Saint-Barthélémy, il n'y 
avait dans la maison de Coligny que 
a Cornaton^ Labon, Yolette, mayster of 
« the admiralls horses; Merline the mi- 
a nister of Gods word, Ambrose Pare the 
« kings surgion, etc., » lorsqu'elle fut en- 
vahie, comme ferait un torrent, par Co55m 
Attigny et le monstre C/i. Dianoivit!^ (vul- 
gairement appelé Be/zewe, parce qu'il était 
de la Bohême), à la tête des Suisses de la 
garde du duc d'Anjou, vêtus de noir, de 
blanc et de vert. Voici ce qu'en dit ce té- 
moin oculaire : a When the witnesse of ail 
a theis things came into his(the admiral's) 
« chamber, being demaunded of Ambrose 
a the surgion wnat noyze that was : he 
a turned himself tothe admirall and sayd: 
« Sir, it is God thatcalleth vs vntoo him. 
a They haue broken intoo the howse, and 
a there is no way too withstand them. As 
« formée (quoth the admirall) Ihaue pre- 
« pared myself vntoo death afore " hand. 
« Shift yow for yourselwes if yow can 
« possibly : for it will bee in vaine for yow 
« too go abowt too saue my life. I c'om- 
« mend my sowle to Gods mercy.They that 
a are the witnesses of theis things, noted 
a that the admirall did no more chaunge 
« his countenance at theis dovings, than 
« if no straunge thing at ail had happened 
« untoo him. AU the residew (sauing only 
a Nicolas Muskie, a right trustie seruaunt 
« of his, and his interpréter for the Dutche 
« tong) gelting themselues away intoo the 
a garrettes ofthe howse, andfindingawin- 
« dowe in the roofe, fell too shiftmg for 
« their Hues by flight, and diuers of them 
« scaped by the benefite of the night. » 

Il est présumable que c'est alors qu'^m- 
broise Paré, étant parvenu à se sauver 
avec les autres, aura été chercher refuge 
au Louvre, dans la chambre même de 
Charles IX. 

Il semble donc prouvé par ce récit, qu'il 
était huguenot^ lors de la Saint- Barthé- 
lémy. Or, est-il présumable qu'après cette 
boucherie de ses frères , il aura jamais 



71.0 



[ 



eu l'idée de se faire catholiaue? Est-il vrai- 
semblable aussi que Pare ait jamais tu- 
toyé le doux Charles IX : « Je te soygne 
et Dieu seul te guaryra ? » 

N. B. J'aimerais bien savoir de qui est 
la traduction anglaise de 1576, dont l'ex- 
trait précède. . P, A. L. 

Galands d'or (V, 614, 484). -- « C'est 
« sous Lom;5X///, est-il dit, qu'arriva d'Es- 
« pagne, où il signifie Amante Je mot Ga- 
« lan. » S'il en est ainsi, — ce que je n'ai 
aucune raison de révoquer en doute, — 
que devient, dès lors, la chanson populaire 
introduite dans la Chasse de Henri IV : 

Vive Henri Quatre, 

Vive ce roi vaillant, 

Ce diable à auatre 

A Je triple talent 

De boire et de battre 

Et d'être un vert galant! 

A ce propos, je me rappelle Talma à 
Nantes, en 18 16, jouant dans deux pièces 
pour son bénéfice : les Templiers et la 
Chasse de Henri IV, L'impression qu'il 
me fit dans cette dernière pièce est qu'il 
n'aurait pu, comme Garrick dans le célè- 
bre tableau de Reynolds, être également 
partagé entre la tragédie et la comédie. 
Talma était beau comme l'antique, et il 
était pénible de le voir faire le jovial, en 
habit couleur abricot, bordé de velours 
noir, une fraise au cou, un manteau à la 
Roquelaure, des bottes à la poulaine et le 
traditionnel chapeau à la Henri IV. De lui, 
l'on pouvait dire, avec une légère interver- 
sion : a Tel brille au premier rang, qui 
s'éclipse au second. » P. A. L, 



Mettre les pieds dans le plat (V, 6 18).— 
Il y a trente ans ou plus, on a joi^é au 
Palais- Royal une pièce intitulée les En- 
fants du Délire. Il y avait une scène où 
l'on procédait à la réception d'un nouvel 
Enfant du Délire. Un ennemi du candi- 
dat, pourmieux combattre son admission, 
montait sur 2a table déjà toute servie. 
Puis, s'échaufFant dans sa harangue, il ou- 
bliait la nature exceptionnelle de sa tri- 
bune, s'agitait, marchait et finissait par 
camper son gros soulier boueux au beau 
milieu de la soupière. Peut-être cette bouf- 
fonnerie explique-t-elle assez bien le sens 
et l'origine de ce dicton... beaucoup plus 
vieux qu'elle. O. D. 



Cadran solairiana (V, 620, SSg, etc.) — 
Chacun fait ce qu'il peut : il ne m'est pos- 
sible de venir en aide à M. H. E., que 
pour un seul cadran solaire. Je l'ai vu 
longtemps à Troyes, et sa devise m'a tou- 
jours semblé heureuse : Horas non numéro 
nisi serenas* Clovis Mx. 



N« 119.J 



L'INTERMÉDIAIRE 



711 



712 



— Pardon, M. S. D., je crois pouvoir 
affirmer que le cadran solaire de rhôtel de 
ville d'Anet ne porte point : Ora UT te 
rapiat hora^ mais bien : Ora NE te rapiat 
horûj ce qui est bien différent. 

J'ai visité Anet en i863 ; cette épigraphe 
m'était restée dans la mémoire, et je l'a- 
vais consignée, dès lors, sur un carnet, où 
i'e la retrouve telle que je la donne plus 
laut. 

Sur les murs du château de La Roche- 
foucauld (Charente), reconstruit en grande 
partie par Antoine Fontan, je me souviens 
parfaitement d'avoir vu, il y a déjà long- 
temps, un cadran solaire qui portait ces 
vers bien connus : 

Eheu, fugaces labuntur anni. 
Fugit irreparabile tempus. 

On peut ajouter à ce recueil les senten- 
ces qui se retrouvent sur beaucoup d'an- 
ciennes horloges, et même d'anciennes 
pendules. J'en possède une, du temps de 
Louis XIII, dont le cadran en chiffres ro- 
mains semble supporté à bras tendus par 
Saturne, figuré en ronde bosse et en cui- 
vre doré. Lé dieu est assis sur une sorte 
d'entablement, sous la frise duquel on lit 
ces mots : Soient avdet dicere falsvm. 
(Bordeaux.) Christagène. 

— Au cadran de l'ancienne église des 
Carmes de la ville de Vie (Meurthe), ser- 
vant de nos jours de magasin : 

AfHictis lents, celeres gaudentibus horae. 

Le tribunal est établi dans le couvent, 
et les prisons sont à côté. 

Sur celui de la chapelle du collège fjadis 
aux R. P. Jésuites) de Saar-Union (Bas- 
Rhin) : 

I. H. S. Sit nomen Domini benedictum 
usque ad occasum, 1758. 

La municipalité a fait restaurer der- 
nièrement les figures du Temps et des Gé- 
nies, qui tiennent cette inscription. 

A. Benoit. 

— Si je ne me trompe, M. H. E. a com- 
mis ci-dessus (V, 52 3) un léger lapsus 
calami» Gnomon^ à proprement parler, ne 
vient pas de YV<*>lAt3, sentence; — il vient 
directement de yv(Î)IMi)v, style qui marque 
les heures, dérivé lui-même de ^tvtîxjxa), 
connaître. 

— Il y a deux ou trois ans, j'ai vu à 
Bayeux (Calvados), sur le pignon d'une 
ancienne maison située non loin de la 
manufacture de porcelaine, un vieux ca- 
dran solaire fort endommagé par le temps, 
et autour duquel on pouvait encore, avec 
un peu d'attention, déchiffrer l'inscription 
suivante : sint tibe levés (s. e. horce) 

— A Loches, — ou à Corniery (Indre- 



et-Loire). — En 1866, un ancien cadran, 
placé près du cimetière, portait ces mots : 



« sta! 

FATALIS HORA VENIET. » 



— Je détache, à l'intention de M. H. E., 
le passage suivant, du onzième et dernier 
volume (hélas 1) des Nouveaux Lundis de 
C.-A. Sainte-Beuve (p. 4.32) : 

a Les Viguier, qui étaient de bons bour- 
geois de Paris, possédaient dans le prolon- 
gement de la rue de Rivoli une maison à 
laquelle ils avaient fait mettre sur la rue un 
cadran solaire avec une devise. Cette 
devise qui était de la composition de M. L. 
Viguier, lui ressemblait fort : Ver a intuer e^ 
média sequere. Une maxime de Montaigne 
ou d'Horace. Et il en avait fait lui-même 
une paraphrase en vers : 

Passant, quand le soleil brille à ce méridien, 
Contemple le temps vrai, mais n'en fais point 

[usage; 
Le bon sens et la loi suivent le temps moyen. 
« Prends l'heure à la paroisse » est un honnête 

[adage 

Dont plusieurs font abus, mais qui convient au 

[sage, 

Eût-il même du Vrai le miroir en sa main. 

Ulric. 

— Sur une plaque d'ardoise très-ornée 
qui sert de cadran solaire dans le parc de 
Mortefontaine, est gravé le distique sui- 
vant : 

Mors mortis; morti mortem nisi morte dedisset 
Cœlorum nobis janua clausa foret. 

Ce galimatias doit se comprendre ainsi : 
a Christ 1 s'il n'eût tué la mort en expirant, 
la porte des cieux nous eût été fermée. » 

A. D. 

— Un cadran solaire du commencement 
de ce siècle porte : Unam tinte. 

— Sur le cadran d'un clocher, on lit : 
Ultimam timete; et : Nescitis diem neque 
horam, 

— La lanterne du labyrinthe, au Jardin 
des Plantes, ne porte-t-elle pas aussi un 
cadran solaire avec une épigraphe? 

D^ Lejeune. 

— On lit sur un beau cadran solaire 
horizontal, dans le parterre -verger de 
l'ancienne maison seigneuriale de Montois- 
la- Montagne (Moselle) : 



CE n'est pas, ô mortels, cette 



ombre-ci qvi 

[passe, 

sont vos ans, sont vos lOVRS QVI NE FONT QVE 

[PASSER, 

TOVS LES ANS, TOUS LES lOVRS, l'oMBRE PASSE 

[et REPASSE, 

MAIS VOS ANS ET VOS lOVRS PASSENT SANS RE" 

[PASSER. 

GERVAISE FECIT. M.D.CC.XXVI. 

H. DE S. 
— Inscription relevée à Villenauxe 
(Aube) : 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[iodée. 1869 



7i3 



714 ^ 



Praecipites validis, tardœ languentibus horae. 

Jacob. 

— A Noyers, près de Tonnerre (Côte- 
d'Or), sur le mur de l'ancien collège des 
Pères de la Doctrine chrétienne : 

Quis melior vitae monitor rerumque magister, 
Cum doceat rapido quo fugit hora pede. 

Autre au même endroit : 

Itque reditque viam constans quam suspicis 

[uiribra. 
Umbra fugax, homines, non reditura sumus. 
Unam time. 

— A l'angle du premier bâtiment de 
THospice du Mont-Cenis, du côté de l'I- 
talie : 

Tempore nimboso, securi sistite gressum. 
Ut mihi, sic vobis, hora quietis erit. 

-- A Florence, au cadran du cloître de 
TAnnonciata : 

Dum tempus habemus, operemur bonum. 

— A Vintimiglia, frontière d'Italie : 

Aspiciendo senescis. 

— A Nice, boulevard du Midi, sur le 
derrière du théâtre qui fait face à la plage, 
est un très-savant cadran solaire indiquant 
avec force démonstrations la différence du 
temps vrai et du temps mojren. ^n y lit 
aussi cette légende : Transit hora y lux 
manet, 

— A Berlin, au Jardin Zoologique : Ich 
^eige nardir heiteren Stunden, S. D. 

Antiquité de la crinoline (V, 624). — Si 
M. E. G. P. n'a pas d'autre document pour 
prouver l'antiquité de la crinoline gue le 
passage cité d'Aulu-Gelle, il fera bien de 
montrer, sur ce sujet, la réserve prudente 
qu'il emploie lorsqu'il s'agit de déterminer 
ce que « les anciens appelaient un arbre 
heureux ou malheureux. » L'abbé Douze 
de Verneuil, qui ne paraît pas, du reste, 
connaître beaucoup mieux le français que 
le latin, Ta induit en erreur. Le texte 
d'Aulu-Gelle est clair et précis, mais ne 
ressemble guère à la prose du traducteur : 
Quod venenato operitur; et quod in rica 
surculum de arbore felici habet, « Elle (la 
prêtresse) est vêtue (d'un vêtement) de 
couleur; sur son voile est un rameau d'un 
arbre heureux. » Le cerceau, la couleur de 
feu, la couleur de pourpre et les franges 
sont de pure invention. Jusqu'à preuve 
contraire, la définition de l'arbre heureux 
ou malheureux par Caton doit être classée 
dans le même ordre de documents. 

% Fr. F. 



L'ëpigramme contre M. Henri Martin 



(V, 02 5) — doit être du Père Daniel, ou 

de Mézeray, à moins qu'elle ne soit de 

On y a répondu de plusieurs encres. Voici 
d'abord 1 encre de la Petite Vertu : 

Quand l'Institut, donnant la préférence 
Au docte Henri Martin, le plus loyal des Francs, 
Lui décerna le prix de vingt bons mille francs, 

Pour sa belle Histoire de France^ 
L'Envie eut son béjaune et charma sa souf- 

[france 
En trouvant à l'auteur cent défauts différents... 
« Les Francs ne sont pas sots; les sots ne sont 

[pas francs ! » 

B. V. 



Le bruit est ponr le fat (V, 625), —J'ai 
lu dans ma jeunesse /e^i^wmes de Volney, 
où chaque chapitre est précédé d'une épi- 
graphe. 

L'une d'elles était composée des deux 
vers en question, et devait citer l'auteur 
qui pourrait bien être M™» Deshoulières, si 
ma mémoire ne me fait défaut. On y lisait 
encore du même auteur : 

L'amour- propre est, hélas! le plus sot des 

[amours ! 

(Reims). E. D. 

— Ils appartiennent à Lanoue, et se trou- 
vent dans sa comédie de La Coquette cor- 
rigée^ acte I, scène 3. —En les citant dans 
mon petit recueil des Vers proverbes fran- 
çais, j'en ai indicjué l'origme vraisembla- 
ble par la note suivante : «Dans un siècle 
non moins corrompu que celui de LouisXV, 
Ovide avait dit (Amor. III, 4, v. 3y) : 

Rusticus est nimium quem lœdit adultéra con- 

[jux. 

« C'est être trop rustre que de s'of- 
fenser de l'adultère d'une épouse. » 

C. Dezobry. 

— Ils sont de Lanoue, scène 3®, acte !««• 
de la Coquette corrigée, Eraste, trahi par 
la Coquette, menace de faire imprimer 
les lettres qu'il a d'elle. Clitandre, ami 
d'Eraste, cherche à l'en détourner : 

Tu cherchas à lui plaire, et tu plus à Julie : 
Ne fût-ce que deux jours, elle fut ton amie. 
Tout ce que ces deux jours Julie a fait pour toi. 
Sous le sceau le plus saint fut commis à ta foi. 
Regards, billets, discours, signes de toute es- 

[pèce, 
Du plus profond secret supposaient la promesse. 
Aux mams d'un honnête nomme elle a cru con- 
Le pouvoir de la perdre ou de Thumilier. [fier 
Des devoirs de Tamant sois quitte ; elle est vo- 

[lage : 
Le secret en est un dont rien ne te dégage ! 
Elle est femme, elle rompt de perfides liens : 
Sois homme ; tes serments doivent survivre aux 

[siens. 
Laissons le petit- maître et Timpudent cynique 
S*abreuver de scandale et vivre de critique. 
Et, sans frein, sans pudeur, déchirer de leurs 

[traits 
Celles dont ils n'ont pu profaner les attraits; 



N- 1 19.] 



L'INTERMEDIAIRE 



— 7i5 — 



Laissons cette vermine orgueilleuse et sans âme 
Se parer des débris de Thonneur d*une femme j 
Le Druit est pour le fat, la plainte est pour le 

[sot; 
L'honnête homme trompé s*éloigne et ne dit 

[mot. 

Peut-être pourrait-on entrevoir dans 
cette tirade une critique du dénoûment 
du Misanthrope; mais Molière n'y a donné 
le vrai caractère d'honnête homme,, ni à 
Acaste. ni à Clitandre. O. D. 

Quatre autres correspondants font même 
réponse. Un cinquième indique, par erreur, 
la Femme jalouse de Desforges. Un sixième 
attribue la Coquette corrigée à Destou- 
ches, et renvoie à Ed. Fournîer, qui n'a 
point commis ce lapsus, et dont les ou- 
vrages, comme nous le dit fort bien un 
septième correspondant, dispensent au- 
jourd'hui de longues recherches et nous 
épargnent bien des efforts de mémoire. 



La décoration du Lis (V, 632, 268). — 
Les insignes de cet ordre éphémère ont 
sans doute varié, malgré sa courte durée. 
J'en ai vu un modèle bien différent de 
celui décrit par M. E. G. P. (V. 632). Il 
consistait uniquement en une fleur de lis 
d'argent de deux centimètres environ de 
hauteur, suspendue par une bélière à une 
couronne fermée de même métal. Le ru- 
ban était de moire blanche, sans liséré. 

Joc'h d'Indret. 

— Les diplômes de la décoration du Lis 
ne ressemblent pas tous à celui qui est 
décrit par M. E. G. P. J'en possède un 
qui présente de notables différences. 11 est 
sur parchemin, d'une hauteur de 40 cen- 
timètres et d'une largeur de 48 centimètres. 
Comme dans l'autre, le texte est encadré 
d'une vignette gravée par Adam et im- 
primée par P. Didot l'aîné, imprimeur du 
roi et des gardes nationales du royaume. 
En haut, deux génies ailés soutiennent 
d'une main les armes de la France dans 
une couronne de chêne et de laurier, et 
portant de l'autre une branche de lis. A 
droite et à gauche, sont deux trophées com- 
posés de drapeaux, d'armes, d'équipements 
militaires et d'une grosse caisse, le tout 
entremêlé de branches de lis. Le trophée 
de droite présente au bas la décoration du 
Lis dans une couronne et en haut les armes 
de France; celui de gauche offre au bas j 
les armes de la Ville de Paris et en haut 1 
la décoration du Lis. La vignette du bas ' 
est composée d'ornements et d'instru- 
ments de musique avec un cartouche ren- ' 
fermant les armes de la France en tim- 
bre sec. 

Ce brevet est délivré par Charles-Phi- 
liçpe de France, et constate qu'il s'est 
fait représenter les états de service de 
rimpétrant qui sont rapportés en en- '• 



y, 5 

tier. Puis, il déclare qu'il a reconnu «que 
a lesdits services arrêtés conformément à 
« l'Ordre et au Règlement des 4 et 10 juil- 
tf let 1814, par le Conseil général des bre- 
a vêts et récompenses» donnaient à l'impé- 
trant le droit de porter la décoration du 
Lys, telle qu'elle a été accordée à la garde 
nationale de Paris, dans Tordre du jour du 
26 avril, donné en notre nom, comme 
lieutenant-général du royaume , dans 
l'ordre du jour du 9 mai, aonné au nom 
du Roi^ notre souverain seigneur et frère, 
et dans l'ordonnance royale du 5 août 1 814, 
sur les récompenses accordées à ladite 
garde nationale. En conséquence, il auto- 
rise à porter ladite déclaration consistant 
dans la Fleur de Lys, surmontée de la 
couronne royale, le tout en argent, sus- 
pendu à un ruban blanc moiré, ayant sur 
chacun des bords un liséré bleu de roi, 
large de deux millimètres. 

Ce brevet, délivré le 8 février 181 5, est 
signé par Charles-Philippe, par le comte 
Dessolle, ministre d'Etat, pair de France, 
major général, par le duc de Montmo- 
rency, aide-major général, président du 
conseil des brevets, et par Gilbert de Voi- 
sins, secrétaire- général. V. T. 



%r0ut)ailUd et €ntioBités. 

Premières chansons (inconnues et re- 
trouvées) de Béranger. — Je viens de dé- 
couvrir un petit volunre, non encore signalé, 
qui renferme vingt-quatre chansons incon- 
nues de notre Béranger. Le malin chan- 
sonnier a si bien gardé son secret, qu'on 
pouvait le croire à jamais enseveli dans sa 
tombe. Mais vous savez ma théorie sur 
les œuvret non recueillies des poètes fi-an- 
çais ? J'ai établi en principe que tout poète, 
grand ou petit, a dû laisser s'égarer ou se 
perdre un certain nombre de pièces de 
poésie de sa composition , qu'il taut cher- 
cher dans les recueils contemporains im- 
primés ou manuscrits. J'ai donné un corps 
à ce système de dénicheur de poé.^ies 
cachées dans les buissons les plus épais de 
la littérature, en publiant deux gros vo- 
lumes à' Œuvres inédites ou non recueillies 
de notre La Fontaine. Je crois que Bé- 
ranger pouVrait nous fournir au moins un 
volume en ce genre, et peut-être deux, si 
Ton parvenait à constater tout ce qu'il a 
écrit, ptopria manu, pour les livres d'art 
de Landon. 

J'en reviens à mon volume dont j'igno- 
rais absolument Texistence. Edouard Four- 
nier seul (qui sait tout et sait si bien ce 
qu'il sait;, avait mentionné, dans ses notes, 
ledit volume , d'après une indication de 
Saintine, mais onc il n'avait pu rencontrer 
ce curieux rara avis! J'ai été plus heureux 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX. 



[iodée. 1869 



717 

que lui; en trouvant sur un étalage du 
quai Saint-Michel : La Guirlande ou choijc 
de chansons nouvelles, dédiée au beau sexe. 
Première année. (A Paris, Frechet et Cie, 
an XII (1804). Pet. in- 12 de 192 pages, 
non compris le calendrier et la table, avec 
un frontispice gravé par Brion.) Ce recueil, 
dont' le fameux Cousin d*Avalon paraît 
avoir été l'éditeur, a pour épigraphe ces 
deux vers, que Dupin cita plus tard avec 
bonheur dans son plaidoyer pour les Chan- 
sons de Béranger : 

Les vers sont enfants de la l^re : 
Il faut les chanter, non les lire. 

Voici, pour aujourd'hui, les trois pre- 
mières chansons que j'extrais de mon vo- 
lume, ad majorem aivi Berengerii glo- 
riam : 

Le Vieillard et l*Arbre. 

Air : De Marot et sa servante. 

Il est tombé, l'orme superbe, 
La parure de cea hameaux ! 
Son front dépouillé foule l'herbe 
Qu'ombrageaient ses vastes rameaux. 
Ecoutez gémir la fauvette : 
Son nid avec l'arbre a péri... 
Contre le chasseur qui vous guette, 
Oiseaux^ cherchez un autre abri ! 

Sous son ombre, les jours de fête, 
Des étés on fuyait Tardeur. 
Son feuillage, dans la tempête, 
Offrait asile au voyageur. 
Il ne viendra plus, le villag;e, 
Danser sous son orme chéri!... 
Et vous, qu*hélas! surprend Forage^ 
Ne comptez plus sur son abri ! 

Je commençai mon existence 
Sous ses rameaux touffus et verts : 
Il vit les jeux de mon enfance, 
Il a compté tous mes hivers. 
Comme lui, battu par l'orage, 
Le corps brisé, le cœur flétri, 
Je revenais sous son ombrage, 
Y marquer mon dernier abri. 

Béranger. 

Chanson de table. 
Air : Turlurette, etc. 

L'amour, l'amitié, le vin 
Vont égayer ce festin, 
Nargue de toute étiquette ! 
Turlurette, turlurette. 
Bon vin et fillette! 

L'Amour nous fait la leçon : 
Partout ce dieu sans façon 
Prend la nappe pour serviette. 
Turlurette, etc. 

Que dans l'or mangent les grands ! 
Il ne faut à deux amants 
Qu'un seul verre, qu'une assiette. 
Turlurette, etc. 

Sur un trône est-on heureux? 
On ne {jeut s'y placer deux : 
Mais, vive table et couchette ! 
Turlurette, etc. 



718 



Si pauvreté qui nous suit, 
A des trous à son habit. 
De fleurs ornons sa toilette ! 
Turlurette, etc. 

N'ayons de laurier ni d'or, 
Mais que nous puissions encor 
Chanter dans cette chambrette 
Turlurette, turlurette, 
Bon vin et fillette. 

Béranger. 

Le Vaudeville^ 

Air du Zéphir, 

Enfant 
Pétulant, 
Il craint l'art 
Kt le faW, 
Mais, en tout. 
Avec goût 
Il sourit 
A l'esprit. 

Des mœurs. 
Des auteurs 
II a ri, 
A l'abri 
Des lauriers 
Des premiers 
Chansonniers. 

Piron, 
Sans façon, 
Engagea, 
Protégea 
Cet enfant, 
En plaçant 
Au Caveau 
Son berceau. 

Panard, 
Au brocard, 
A l'amour, 
Tour à tour 
Prêta son 
Joyeux son, 
Qu'il polit, 
Embellit. 

Vadé 
L'a guidé 
Sur les ports. 
Chez les forts. 
Lattaignant, 
En chantant, 
A ce dieu 
Dit adieu. 

Favart, 

Malgré l'art. 

Lui fut cher ; 

Collé, clerc. 

Couvrait les 

Noirs procès, 

De couplets. 
Tels sont en France, 
Par sa puissance, 
D'un dieu joyeux 
Les apôtres f^ameux. 

Vieux airs 
Toujours chers, 
A-propos, 
Traits falots, 
Gros rébus 
Sont tous ses attributs. 



N»ii9.] 



L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo dée. 1869. 



719 



720 



Enfant 
Pétulant, etc. 

BéRANGER. 

Pour copie conforme : Bibl. Jacob 



H. Lonis Viardot et rAcadémie deTroyes 
en Champagne. — Que de fois n'a-t-on 
pas relevé la bévue, commise encore tous 
les jours par d'étourdis rédacteurs de cata- 
logues, qui glissent parmi les recueils aca- 
démiques la facétie célèbre composée et 
publiée par Grosley et ses amis sous le 
titre de : Mémoires de rAcadémie des 
scienceSy inscriptions, belles-lettres, beaux- 
artSy etc., nouvellement établie à Troyes 
en Champagne, Parmi les {)laisanteries 
dont on a formé ce volume, imprimé en 
1744, se trouve : Projet d'un voyage en 
Espagne pour constater un fait important 
de l Histoire du chevalier Don Quichotte; 
lu dans l Académie le 10 mai 1744, /7ar 
M""*, Vun des sept: Le but que se propo- 
sait le prétendu auteur de ce projet de 
voyage, était de réfuter les railleries de 
mauvais plaisants qui soutiennent que Ton 
ne meurt point d'amour. Et il n'avait pas 
trouvé de meilleur moyen pour y par- 
venir, que de démontrer par des recher- 
ches topographiques, chronologiques, gé- 
néalogiques et testimoniales, opérées sur le 
théâtre des exploits de Don Quichotte, 
la véracité incontestable de l'histoire du 
berger Chrysostôme. Accessoirement il pro- 
posait de rechercher dans la bibliothèque 
de l'Escurial le texte arabe du Cid-Hamet- 
Ben-Engeli, de le conférer avec celui de 
Cervantes, et avec la tradition du pays, et 
de dresser : a i» Un itinéraire de Don Qui- 
chotte, où Ton marquerait exactement les 
routes qu'il a tenues et les lieux où il a 
été; 20 de bonnes tables chronologiques 
où chaque fait serait raneé sous sa date. » 
Malheureusement les réaacteurs des Mé- 
moires prennent soin de nous apprendre 
que : « ce projet n'a point eu lieu, la Com- 
pagnie s'étant trouvée dispersée avant le 
temps de l'exécution. » 

Qui croirait que, de cette fine parodie 
des abus de l'érudition, M. Louis Viardot 
a pu tirer la note grotesque qui orne 
(t. I, p. 139), sa traduction de Don Qui- 
chotte, publiée, avec des vignettes de Tony 
Johannot, en i836, à Paris, chez Dubo- 
chet, 2 vol. gr. in-S®: 

a Une des Académies de France, celle 
de Troyes en Champagne, prit au sérieux 
la plaisanterie du prétendu Ben-Engeli : 
elle envoya dans le milieu du dix-septième 
siècle un commissaire à Madrid, pour vé- 
rifier si la traduction de Cervantes était 
conforme au manuscrit arabe qui devait 
se trouver dans la bibliothèque de l'Escu- 
rial, ajoutant, dans ses instructions, que 
la publication de l'original serait d'un prix 
inestimable pour la littérature de l'Orient. » 



Si M. Louis Viardot qui a enrichi son 
agréable traduction d'éclaircissements ena- 
pruntés à divers commentateurs anglais 
et espagnols, eût restitué à chacun sous 
chaque note ce qui lui appartenait ; il ne 
se serait pas exposé à endosser des bévues 
aussi réjouissantes ! E. D. 



Des noms propres caracteristiqnes. — 

Il est de ces noms qui représentent bien 
le caractère de ceux qui les portent. Il en 
est aussi qui sont en complète contra- 
diction avec le caractère. Citons quelques 
exemples : 

Carrel (Armand). Carrel, flèche dont le 
fer a une pointe triangulaire; gros trait 
d'arbalète; en basse lat. : Quarellus. Le 
tonnerre et la foudre. M. Ch. Nisard, 
dans ses « Curiosités de l'étymologie, » 
citant Roquefort (Glossaire de la langue 
romane) dit, au mot Garos : a II aurait pu 
ajouter quarrel, quarriau, carriax. » Or, 
c est précisément ce qu'a fait Roquefort en 
ajoutant : « Voyez Carrel, » et à ce mot : 
« quarrel, quarriau, carriax. » N'est-ce 
pas là que les aurait trouvés M. Nisard ? Les 
Anglais ont conservé le mot quarrel pour 
dispute, disputer. Nous en avons fait que^ 
relie, quereller. 

Voici, par contre, l'épitaphe d'un homme 
célèbre par son esprit enjoué, dont le nom 
ne s'accordait guère avec cette aimable 
disposition : 

How often wrongs our nomenclature 
How our names differ from our nature, 
Tis easy to discern. 
Herelies the quintessence of wit, 
For mirth and humour none so fit ; 
And yet men called him Sterne. 

Mais, en allemand, Stern signifie étoile, 
et Laurence Sterne en était certainement 
une des plus brillantes dans cette voie 
lactée des beaux-esprits du dix-huitième 
siècle. P. A. L. 



Le président de Brosses, Alphonse Karr 
et Alex. Onmas. — Alphonse Karr a dit 
quelque part : u Le seul plaisir que l'on 
puisse goûter au théâtre, en été, c'est 
d'en sortir. » Le président de Brosses avait 
écrit, le 8 juillet 1 789, à M. de Neuilly : 
« Parmi les plaisirs que Gênes peut pro- 
curer, mon cher Neuilly, on doit compter 
pour un des plus grands celui d'en être 
dehors. » Nos hommes d'esprit ont, du 
reste, énormément emprunté au président, 
et Alexandre Dumas père notamment s'est 
souvenu fort à propos, dans ses Impres- 
sions de voyage, de ce joli mot d'une 
lettre du 1 9 octobre : « Je n'aurais jamais 
imaginé que, dans un si petit Etat (l'Etat 
de Lucques), il pût faire une si grande 
pluie. » T. DE L. 

Palis. - Typ. de Ch. Meiracii, nurCajaa, 18. — iSW. 






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